- il y a 10 mois
À la fois militant écologiste, documentariste, auteur, poète, Cyril Dion est inclassable. Il enchantait la lutte l'année dernière dans la Terre au carré avec ses chroniques hebdomadaires et propose depuis 2019 le spectacle Résistances Poétiques. L'occasion de parler des racines de son engagement.
Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
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00:00Musique
00:00L'invité au carré, aujourd'hui,
00:19Cyril Dion, auteur, réalisateur et militant écologiste.
00:24France Inter,
00:26la terre au carré,
00:27On croit connaître Cyril Dion, son nom à tout le moins nous est familier.
00:35Et si l'on réfléchit, on se rappelle que c'est un écolo, un écolo militant, camarade de Pierre Rabhi,
00:40avec qui il avait fondé le mouvement Colibri.
00:42Ensuite, bien sûr, on n'est pas sans savoir que Cyril Dion est cinéaste,
00:45qu'avec la comédienne Mélanie Laurent, ils ont réalisé le documentaire Demain,
00:49qui a eu de nombreux spectateurs de Par le Monde, ainsi que le film Animal.
00:53Ce qui n'est déjà pas si mal pour un jeune homme de 40 et quelques printemps,
00:56surtout s'il en tient compte du fait que pendant ce temps, il a également voyagé aux quatre coins du monde,
01:01publié plusieurs albums pour enfants, des essais et un roman.
01:06Participer à moult débats, colloques et festivals a été l'une des forces motrices de la Convention citoyenne pour le climat
01:11et a osé confronter le président Macron sur l'insuffisance de ses réponses.
01:16Enfin, si comme moi, on connaît Cyril Dion d'un peu plus près,
01:18on sait qu'il a une belle voix de basse, aime chanter, fréquenter les musiciens,
01:22connaît plein de chansons en anglais et en français, mais écrit également ses propres chansons,
01:27et que par ailleurs, il est poète.
01:29Reprenons notre souffle.
01:31La poésie, ce n'est pas une chose de plus dans la longue liste de ce que sait faire Cyril Dion.
01:35Non, les poèmes sont lui.
01:38Depuis qu'ils ont quitté leur enfance de l'espèce pour se mettre à parler,
01:41les humains se demandent avec angoisse
01:43« Que faisons-nous sur cette planète ? Qui nous a mis là ? Pour quelles raisons ? »
01:47Vu qu'à ces questions n'existe aucune réponse, le reste peut se déclencher.
01:51Les pensées tanguent, mais sont scandées par des chœurs qui répètent, reprennent,
01:56reproposent des bribes de langage en guise de berceuse ou de refrain
01:59« Je suis un, je suis ça ».
02:02C'est parce qu'il est musicien aussi que Dion sait faire cela.
02:06Nancy Huston, préface de La route sans fin, 2024.
02:11Bonjour Cyril Dion.
02:16Bonjour Mathieu Vidard.
02:17Ça a de la gueule de se faire tirer le portrait par Nancy Huston quand même.
02:20C'est vrai qu'en écoutant là, je me suis dit que ce n'est pas si mal.
02:23De poésie nous parlerons dans cette émission.
02:25On vous entendra même en live tout à l'heure,
02:27accompagné par votre camarade Sébastien Haug pour annoncer un concert rencontre.
02:31Ce sera le 24 octobre prochain au Cabaret Sauvage à Paris.
02:35Mais si vous êtes ici aujourd'hui Cyril, c'est parce que je sorte attention aux éditions Actes Sud.
02:41« Lutte enchantée », vos chroniques qui nous ont accompagnés toute l'année dernière dans cette émission.
02:45Nous ne sommes pas peu fiers que votre prose hebdomadaire ait trouvé un prolongement dans les pages de ce petit livre.
02:52Soutitré « Comment garder espoir et lutter dans un monde qui bascule ? »
02:57Tout ne serait donc pas foutu, Cyril Dion ?
02:59Tout n'est jamais foutu.
03:03C'est ce que je dis souvent quand on me dit « Est-ce que vous avez encore de l'espoir ? »
03:06Et je dis « Et vous, est-ce que vous avez encore de l'espoir ? »
03:08Est-ce que vous vous levez tous les matins en sachant que vous allez mourir un jour ?
03:10Que l'expérience humaine, c'est quand même un truc qui va mal finir.
03:13Et pourtant, vous ne vous dites pas tous les matins, comme Woody Allen,
03:16« Tout est foutu, ça ne sert à rien, je ne vais pas me lever. »
03:18Au contraire, on se dit « Comme l'existence est courte, il faut lui donner de l'intensité,
03:22il faut lui donner du sens, comme disait Nancy Houston. »
03:26Et je pense que face à la catastrophe écologique,
03:29quel que soit le nom qu'on veut lui donner, c'est la même chose.
03:32Et quand justement, on a commencé à vous poser cette question,
03:36à partir de quand d'ailleurs, dans votre parcours,
03:38vous avez réalisé que le monde était quand même drôlement mal barré en général ?
03:43Quand est-ce que vous êtes sorti de votre innocence ou de vos illusions ?
03:47Je pense que c'était à l'adolescence.
03:50Je n'aimais pas du tout l'école, comme pas mal d'adolescents.
03:53Et quand je regardais les adultes autour de moi,
03:55j'avais l'impression que ce truc n'allait jamais se terminer.
03:57C'est-à-dire que je me disais « Bon, ok, je tiens le coup,
04:00je vais jusqu'au bout de l'école, puis après ça ira. »
04:02C'est long les journées de classe, quand on n'aime pas l'école.
04:04Et je regardais les adultes, je les voyais aller au chagrin,
04:08comme disait Renaud, au boulot.
04:10Ils n'avaient pas l'air d'être beaucoup plus réjouis que moi.
04:12Et je me suis dit « Mais il y a une arnaque dans cette histoire,
04:13ça ne va jamais s'arrêter, en fait. »
04:15Ça va s'arrêter, je ne sais pas, au moment de la retraite.
04:18Et donc je crois qu'à ce moment-là,
04:19je me suis fait une espèce de promesse de me dire
04:21« Je veux que ma vie ait du sens,
04:24je veux faire des choses qui me passionnent,
04:26je ne veux pas rentrer dans cette espèce de... »
04:28Ce qu'Henri Miller appelait le cauchemar climatisé.
04:30J'ai envie de rentrer en sécession par rapport à tout ça.
04:35Donc ça, c'était la phase de création, on va dire.
04:38Et puis le moment précisément où vous avez réalisé
04:40quand même que c'était un sacré bordel sur la planète.
04:42Vous en souvenez, ça ?
04:43Après, il y a eu plusieurs moments,
04:46mais quand j'avais 22 ans,
04:50j'ai commencé à organiser des congrès israélos-palestiniens.
04:53Donc là, en termes de bordel, c'est pas mal.
04:54On se rencontre un peu en ce moment.
04:57Donc on a organisé des congrès pour essayer
04:59de créer du dialogue entre les deux parties.
05:03Ça a très bien marché d'ailleurs, comme vous pouvez le voir.
05:05Ne vous remerciez pas.
05:08Et ensuite, on a organisé des congrès
05:10d'imam et de rabbin pour la paix.
05:11Donc on faisait venir tous les plus grands leaders
05:13juifs et musulmans du monde entier.
05:14On les mettait dans un hôtel pendant 4 jours
05:16et puis on regardait ce qui se passait.
05:17Ça aussi, c'était pas mal.
05:19Et après 5 ans à faire ça,
05:21j'étais un peu désespéré de la politique,
05:23un peu désespéré de la nature humaine aussi.
05:25Et on m'a proposé de créer un mouvement
05:27autour des idées de Pierre Rabhi.
05:28Et donc là, j'ai commencé à m'intéresser
05:29à la question écologique.
05:31Et là, ça a été un peu le choc brutal.
05:35C'est-à-dire que je me suis dit
05:35comment est-ce possible que la situation soit si grave
05:38et que personne n'en parle ?
05:41C'est-à-dire que j'écoutais les infos,
05:42je regardais la télé,
05:43puis tout le monde continuait à faire
05:44comme si de rien n'était.
05:46Et ça, ça a été une espèce de schisme dans ma tête.
05:50Donc j'ai commencé à m'intéresser
05:51de plus en plus à tout ça.
05:52à aller voir des conférences,
05:55à lire des bouquins,
05:56à rencontrer des gens,
05:57à regarder des documentaires
05:58et à chercher à transcrire
06:01ce que je comprenais
06:02de la façon la plus intelligible possible
06:04en me disant
06:05si les gens comprennent ce qui se passe,
06:07ils vont bien faire quelque chose.
06:08Donc il y avait un souci
06:09de vulgariser le propos finalement,
06:11déjà pour vous ?
06:12En fait, ça c'est vraiment une compétence
06:15que j'ai découverte
06:16au fur et à mesure de ma vie.
06:18C'est-à-dire que j'étais toujours le mec
06:20qui expliquait les trucs compliqués
06:22aux gens qui n'avaient pas compris
06:23en essayant de le faire
06:24avec des mots simples.
06:25Et puis, au bout d'un moment,
06:27j'ai commencé à avoir
06:28de la reconnaissance pour ça.
06:29C'est-à-dire que les gens me remerciaient
06:30en me disant
06:30dis donc, super,
06:32je n'avais pas compris, merci.
06:33Mais ce n'est pas une des clés majeures
06:35ça aujourd'hui,
06:36à la fois pour faire comprendre
06:37les messages
06:37et puis ce qui explique aussi
06:39que certaines personnes
06:40soient plus écoutées que d'autres
06:41quand même, non ?
06:42Je pense que c'est une clé
06:43mais au fur et à mesure
06:45de mon parcours,
06:46je me suis rendu compte
06:46que ça ne suffisait pas.
06:48C'est-à-dire que
06:48même si vous êtes capable
06:50de transcrire des rapports scientifiques
06:52ou avec le plus de simplicité possible,
06:56il y a quand même toujours
06:57quelque chose qui manque
06:58qui est l'émotion.
07:00C'est ce que c'est l'émotion
07:01qui, enfin, étymologiquement,
07:03j'enfonce une porte ouverte
07:03mais l'émotion,
07:04c'est ce qui nous meut,
07:05c'est ce qui nous met en mouvement.
07:07Donc c'est aussi pour ça
07:08que je suis retourné à la création
07:09qui était mon premier métier
07:11puisque moi j'étais comédien,
07:12j'ai commencé à écrire
07:13quand j'avais 13 ans
07:14des pastiches de romans policiers
07:16assez lamentables
07:16que corrigeait ma prof de latin.
07:18Un jour, j'avais écrit,
07:20elle était mignonne avec moi
07:21parce que j'avais écrit
07:21« Elle gisait pendue ».
07:23Ce qui n'est pas facile.
07:26Non, ce n'est pas facile.
07:26Ce n'est pas facile.
07:27Il y a un truc qui,
07:27physiquement,
07:28n'est pas tout à fait évident.
07:30Et donc c'était ça.
07:32Moi, j'avais besoin de créer.
07:33J'ai toujours eu besoin de créer.
07:34Et j'ai toujours eu besoin
07:35à travers l'art
07:37d'exprimer des choses
07:38qui ne trouvaient pas de place
07:39dans ma vie.
07:39Donc c'est comme ça
07:40que j'ai commencé à écrire
07:41de la poésie
07:41à 16-17 ans.
07:43Et en fait,
07:43quand j'ai commencé à militer,
07:45je me suis rendu compte
07:47que, de la même façon,
07:49les gens avaient besoin
07:49d'être touchés dans leur vie,
07:51que ça raconte quelque chose.
07:52Pour moi,
07:53il y a un truc qui ne va pas,
07:53dans la façon dont on « milite ».
07:56C'est que,
07:58s'il y a autant de personnes
07:59qui disent
07:59« Les écolos sont dogmatiques,
08:01ils nous donnent des leçons,
08:02ils veulent nous apprendre
08:03comment on doit vivre »,
08:04c'est que, d'une certaine manière,
08:05ils ne se sentent pas concernés.
08:06C'est-à-dire qu'ils n'ont pas compris
08:07que ça parlait de leur vie.
08:08Ce n'était pas simplement
08:09les écolos qui,
08:11dans une espèce de lubie
08:12ou dans une vision du monde
08:14très dogmatique,
08:14voulaient que les choses changent.
08:17C'est simplement
08:17que c'est des personnes
08:18qui alertent
08:19sur quelque chose
08:20qui concerne tout le monde
08:20dans sa vie la plus quotidienne.
08:24Et ça, c'est justement
08:25un problème aujourd'hui,
08:26dans l'acceptation même
08:27de l'idée de l'écologie.
08:29Mais c'est un énorme problème.
08:30C'est ce que je disais
08:30dans la première chronique,
08:32je me souviens,
08:33il y a un peu plus d'un an
08:34quand je me suis retrouvé ici.
08:36Je racontais
08:37qu'il y avait beaucoup de personnes
08:38qui m'interpellaient dans la rue
08:39en me disant
08:40« Ou merci »,
08:41avec l'air de dire
08:42« Merci mon gars
08:43de continuer à faire ça
08:44parce que tu le fais pour nous
08:45et puis nous,
08:45comme ça,
08:46on peut continuer à vivre tranquille. »
08:47Ou des gens qui me disaient
08:48« Ouais, vous les écolos,
08:49vous voulez ci et vous voulez ça. »
08:50Et je disais dans la chronique
08:51« Mais c'est pas notre problème. »
08:54Je veux dire,
08:54on va pas sauver le climat
08:55pour me faire plaisir
08:56ou pour faire plaisir aux écolos.
08:57C'est pas mon golf stream,
08:58c'est pas mon climat,
08:59c'est pas ma barrière de corail.
09:02Et donc,
09:03je pense qu'il y a un enjeu
09:04et dans une autre chronique,
09:05je disais ça,
09:06je disais peut-être que
09:07la meilleure façon
09:08de sensibiliser à l'écologie,
09:10c'est de parler
09:11d'autre chose que d'écologie.
09:12C'est de dire,
09:13aujourd'hui,
09:14est-ce qu'on a envie
09:14qu'il fasse 45 degrés l'été ?
09:17Aujourd'hui,
09:17est-ce que ça nous va
09:18qu'il y ait,
09:20suivant les chiffres,
09:21entre 50 et 100 000 personnes
09:22qui meurent chaque année
09:23de la pollution de l'air ?
09:24Est-ce que c'est pas ça
09:25le problème de sécurité,
09:26par exemple ?
09:27On parle toujours de la sécurité,
09:29c'est l'extrême droite
09:30et la droite
09:30qui ont repris cette thématique,
09:32mais on n'en parle jamais
09:33sur le volet
09:33sécurité sanitaire.
09:36Est-ce que vivre en sécurité,
09:37c'est pas être sûr
09:38que dans l'eau qu'on va boire,
09:40il n'y a pas de polluants éternels,
09:42de pesticides ?
09:43Est-ce que c'est pas être sûr
09:44que l'air qu'on respire
09:45ne va pas nous donner
09:45des maladies cardiovasculaires
09:47ou des cancers ?
09:48Est-ce que c'est pas être sûr
09:49que, justement,
09:50les villes dans lesquelles
09:51on va habiter
09:52ne vont pas être tellement surchauffées
09:53qu'on va risquer
09:54d'être déshydraté,
09:55que des gens vont mourir de chaleur ?
09:56C'est ça la sécurité.
09:57Et donc,
09:58repartir des besoins,
10:00repartir de notre vie
10:01de tous les jours
10:02en se demandant
10:03quelle est la meilleure façon
10:04pour manger,
10:05pour se déplacer,
10:06pour organiser la cité,
10:08c'est peut-être plus efficace
10:10que de dire
10:10il faut faire ci,
10:11il faut faire ça.
10:12On y reviendra,
10:12évidemment,
10:13dans un contexte
10:14où l'écologie subit
10:16les coups de boutoir
10:18de nombreuses instances
10:20et de nombreux personnages aussi.
10:23C'est un moment aussi
10:24très particulier
10:24qui est fait de montagnes russes,
10:26d'ailleurs, l'écologie.
10:26On pourrait y revenir avec vous.
10:28Cyril Dior,
10:28on aime bien rembobiner le fil
10:29un petit peu
10:29de la vie de nos invités
10:30pour comprendre
10:31les racines de l'engagement.
10:32C'est pas juste pour aller
10:33dans l'intimité
10:33des personnes que nous recevons,
10:35mais c'est pour comprendre
10:36justement comment ils ont nourri,
10:37comment ils se sont construits
10:38par rapport à ce qu'ils sont aujourd'hui.
10:40Vous qui avez grandi au Vésiné,
10:41commune verdoyante
10:42de 17 000 habitants
10:43qui est considérée
10:44comme la ville
10:45la plus bourgeoise des Yvelines
10:46avec le revenu fiscal des ménages
10:48qui est le plus élevé
10:49du département.
10:49Les Yvelines,
10:50c'est déjà assez bourgeois en soi.
10:52Comment décririez-vous
10:52le milieu dans lequel
10:53vous avez été formé finalement ?
10:56Un jour,
10:57j'ai vu un documentaire
10:58sur Arte,
10:59sur le Vésiné,
11:00qui disait
11:00le Vésiné,
11:01ghetto de riches.
11:03Donc, je suis quand même
11:04né dans un milieu
11:05hyper privilégié,
11:06hyper bourgeois,
11:08très catholique.
11:09J'étais enfant de cœur
11:10assez longtemps.
11:11Vous faites la grimace
11:12en disant.
11:13Je ne le dis pas trop fort
11:14quand même parce que
11:14j'étais enfant de cœur
11:16entre 11 et 15 ans.
11:17Donc à 11 ans,
11:17ça peut se comprendre,
11:18mais à 15 ans...
11:18C'est grâce à ça
11:19que vous chantez aujourd'hui
11:20peut-être aussi quand même.
11:21Donc, ne reniez pas.
11:22Il ne faudra pas dire ça
11:23à Sébastien Hox tout à l'heure.
11:24Je ne suis pas sûr
11:24que ça lui ferait un plaisir.
11:26Mais non,
11:27donc je suis né dans un milieu
11:28qui était assez traditionnel
11:29finalement.
11:31Qu'est-ce qu'ils faisaient
11:32vos parents ?
11:32Alors, mon père
11:33faisait de la gestion
11:34de patrimoine.
11:35Il était banquier.
11:36Mais ce n'était pas exactement
11:37ce qu'il voulait faire.
11:39C'est-à-dire que mon grand-père
11:41était un ami d'enfance
11:42de Mitterrand.
11:43Vous savez,
11:43un peu un hasard,
11:44mais ils étaient à l'école
11:44ensemble en Charente.
11:48La Cognac.
11:49Exactement.
11:50Et mon père,
11:51assez tôt,
11:52a voulu faire de la politique.
11:54A été attaché parlementaire
11:56et voulait être diplomate.
11:58Et puis,
11:59ma mère ne voulait pas voyager.
12:00Donc, il a dû changer
12:01son fils d'épaule
12:01et il s'est retrouvé dans la banque.
12:03Et donc,
12:04je dis toujours pour rigoler,
12:05son métier,
12:05c'était de rendre
12:06les riches plus riches.
12:07Donc, c'est vrai que
12:07quand j'ai commencé
12:08à m'engager,
12:09ça a été un vrai sujet
12:11de conversation entre nous.
12:13Et je pense que j'ai vécu
12:14un moment de rupture
12:15très fort
12:16avec mon milieu.
12:19C'est-à-dire que
12:19à l'adolescence,
12:21quand j'ai commencé
12:22à arrêter justement
12:23d'être enfant de cœur
12:24et que c'était plutôt
12:25la rencontre
12:26avec le rock'n'roll,
12:27avec tout ce qui va avec,
12:30je ne donnerai pas de détails,
12:31je me sentais
12:34complètement étranger
12:35à l'endroit
12:36où je vivais.
12:36Mais vos parents
12:37étaient des bourgeois de droite
12:39ou des bourgeois de gauche ?
12:40Non, c'était des bourgeois de gauche.
12:42C'est plutôt la gauche
12:43qui a bien.
12:43Donc c'est ça.
12:44Non, non, mon père
12:45a toujours été à gauche,
12:47il militait au PS,
12:48il avait collé des affiches.
12:49Je me souviens
12:50quand j'étais gamin,
12:50il se battait
12:51avec les militants
12:51du Front National
12:52sur les points de collage
12:54des affiches.
12:55Ma mère a travaillé au PS aussi,
12:57était secrétaire du PS
12:58du temps de Jospin.
13:00Elle me racontait toujours
13:01qu'elle était enceinte
13:02de moi
13:02quand elle travaillait
13:04au journal du PS.
13:05Donc en se disant
13:06qu'il y a peut-être
13:06des trucs qui ont infusé.
13:07Et à la fois,
13:10c'est intéressant
13:11parce que quand on avait
13:12des conversations politiques
13:13avec mon père particulièrement,
13:16mon idée de la gauche
13:18était parfois un peu plus,
13:20je ne sais pas s'il faut dire radicale
13:21ou plus exigeante
13:22que ce que je voyais
13:23que le PS pouvait être devenu,
13:24par exemple.
13:25Et alors donc,
13:26ce désir de sortir un peu
13:27de cette bourgeoisie,
13:28de ce milieu de riches
13:29qui enrichit les riches,
13:31qu'est-ce qui s'est passé en fait ?
13:32Pourquoi il y a eu ce déclic ?
13:34Vous auriez pu être
13:34un fils de bourgeois
13:35comme plein d'enfants de bourgeois ?
13:37Profiter de tout ça.
13:38Sans aucun problème.
13:38J'ai travaillé dans la banque moi aussi.
13:41En fait,
13:41je n'aimais pas...
13:42Mais en fait,
13:44je n'aimais pas l'école
13:45mais je n'aimais pas
13:46être un enfant non plus
13:47parce que j'avais l'impression
13:48que je n'avais pas de pouvoir
13:49sur les choses.
13:50Donc j'avais vraiment hâte
13:51de devenir un adulte
13:52pour pouvoir choisir.
13:54Et je n'aimais pas trop
13:55le milieu dans lequel j'étais.
13:57Je me sentais vraiment étranger.
13:58Je ne sais pas comment expliquer ça
14:00et je ne sais pas d'où ça vient.
14:02Mais j'avais l'impression
14:02que je n'étais pas à ma place.
14:03C'est la vie étant long.
14:04Fave tranquille,
14:05vous avez peut-être été échangé
14:06à la naissance en fait.
14:08Je crois que je ressemble
14:08beaucoup à mes parents quand même.
14:10Et puis,
14:11il y a plein de choses super
14:12qui m'ont transmise aussi.
14:13Mais je ne me sentais pas
14:15à ma place.
14:15Je n'aimais pas
14:16cette façon de réfléchir.
14:19Je n'aimais pas
14:20cette façon d'organiser la vie.
14:22Et très rapidement,
14:23justement,
14:24quand j'ai eu accès
14:25à autre chose
14:26et je le raconte effectivement
14:28dans La Route Sans Fin
14:30qui est ce petit bouquin
14:32de poésie au Castor Astral.
14:34Je raconte qu'un jour,
14:34avec mon copain Brice,
14:36à 14 ans,
14:37on découvre les Dorses.
14:38On voit le film.
14:40Ça nous retourne le cerveau.
14:43On croit qu'on va devenir
14:44des rockers
14:45avec une guitare
14:46et en buvant trois bières
14:48et en écoutant
14:49Jim Morrison à fond.
14:50Et au-delà de tout le cliché,
14:53comme j'étais passionné
14:54de Jim Morrison,
14:55j'ai commencé à lire sa poésie.
14:56Je me suis rendu compte
14:57qu'il aimait Kerouac.
14:58Donc, j'ai lu Kerouac.
14:59J'ai lu Sur la Route.
14:59Ça a été une espèce
15:00de déflagration.
15:02J'ai lu Rimbaud
15:02parce que je me suis rendu compte
15:03qu'il aimait Rimbaud.
15:03J'ai lu une saison en enfer
15:04et là, j'ai eu l'impression
15:05de trouver une espèce de famille.
15:07Je me suis dit
15:07mais c'est ça, ma famille.
15:09C'est ça, les gens
15:09auxquels j'ai l'impression
15:10que je ressemble
15:11à l'intérieur de moi.
15:12Et j'ai envie
15:13de suivre cette route-là.
15:14Et alors, évidemment,
15:15pour ceux qui ont lu
15:15Sur la Route,
15:16ça ne ressemble pas beaucoup
15:17au Vésiné.
15:18Ce n'est pas exactement
15:19la même ambiance.
15:19C'est plus routes,
15:19on va dire.
15:20C'est plus routes.
15:22C'est plutôt des gens
15:22qui décident...
15:23C'est une espèce de choses
15:23plus intense peut-être.
15:25Qu'on ne vit pas beaucoup
15:26dans les rues du Vésiné.
15:27Donc, Cyril Dion,
15:29ado, c'était rocker
15:31professionnel plus tard ?
15:32C'était ça, votre rêve ?
15:33Oui, on faisait de la musique,
15:36on fumait des joints un peu.
15:39Et puis, j'étais rebelle
15:43mais au sens...
15:44Je me sentais vraiment révolté
15:47contre un monde
15:49dans lequel je me sentais
15:50enfermé.
15:51Profondément enfermé.
15:52Et je pense que cette idée,
15:53d'ailleurs,
15:54de sortir d'une forme
15:55d'aliénation
15:56traverse vraiment
15:57tout ce que j'ai fait
15:58depuis ce moment-là,
16:01que ce soit les films,
16:01les livres,
16:02la poésie.
16:03Et donc,
16:04j'ai passé mon temps
16:05à essayer de comprendre
16:06comment je pouvais sortir
16:07de cette espèce d'aliénation
16:08dans laquelle
16:09on m'avait plongé
16:10sans me demander mon avis.
16:11Et c'est d'ailleurs,
16:12pour faire un petit bond
16:13en avant,
16:14un petit flash forward,
16:15comme on dit,
16:16c'est ça qui m'a touché
16:17beaucoup chez Pierre Rabhi,
16:17par exemple.
16:18Ce n'était pas vraiment
16:19le côté écolo,
16:20ce n'était pas les bretelles,
16:21les sandales,
16:22c'était le côté
16:22« Je suis aliéné
16:24dans un monde
16:24qui m'a vendu
16:26la modernité
16:26comme quelque chose
16:27de libérateur
16:27et qui ne l'est pas.
16:29Et j'essaie
16:31de reprendre
16:31l'espace de ma liberté
16:33et de créer
16:33un monde cohérent. »
16:34Donc lui,
16:35c'est passé par
16:35le retour à la terre.
16:36Moi,
16:36ça passait plus
16:37par le rock,
16:38par la poésie,
16:38par la création.
16:39J'ai voulu être comédien
16:40très vite
16:40en me disant
16:41que j'ai l'impression
16:42que par l'art,
16:43là,
16:43il y a un petit chemin.
16:44Il y a une espèce
16:44de petite porte
16:45par laquelle je pourrais passer
16:46qui me permettrait
16:48de ne pas être l'esclave
16:50que j'ai l'impression
16:51que je deviendrais
16:51si je jouais le jeu
16:52de ce milieu
16:53dans lequel je suis.
16:54Le théâtre,
16:55le cinéma,
16:56le documentaire,
16:57les livres
16:57et le militantisme,
16:59tout ça,
16:59c'est votre vie.
17:00Cyril Lyon,
17:00vous êtes aujourd'hui
17:01notre invité au Carré.
17:20Quelle arrivée dans ta tête
17:21Tu prends la poudre
17:22d'escampette
17:23Je suis qu'un fichet
17:24qui se jette
17:24qui se remplace
17:25Et si mon tête vibre
17:27C'est que Vinted
17:28ou ma grand-mère
17:29Il n'y a que toi
17:29qui peut te taire
17:30dans ces moments
17:31Une suffire étonnant
17:32Mais le grain de ta foi
17:34m'a fait déjà savoir
17:35qu'elle s'est fait
17:36sa place auprès de toi
17:37Je suis qu'une particule
17:39qui orbite autour de toi
17:40qui orbite autour de soi
17:41qui orbite autour de...
17:43Je suis qu'une particule
17:44Quand je m'approche
17:45je me brûle
17:46Si je m'éloigne
17:47je te perds
17:47À quoi ça sert ?
17:49Je suis qu'une particule
17:51Je suis qu'une particule
17:56Je suis qu'une particule
18:00Quelle arrivée dans ta tête
18:02Est-ce que t'es la telle avec elle ?
18:03En passant qu'elle se réveille
18:04Qu'elle te rassera
18:05Quelle arrivée dans ta tête
18:07Tu prends la poudre d'escampette
18:08Je suis qu'un fichet
18:09Qui se jette
18:10Qui se remplace
18:11Je me sens tellement nulle à tes couches
18:13J'étais même pas belle
18:14Pendant mon visio
18:15Avec ma coupe de bireau
18:16Alors que c'était peut-être la terre
18:18T'es peut-être la terre
18:19T'es terre
18:20T'es terre
18:21T'es terre
18:23T'es tellement beau
18:24T'es beau quand tu rougis
18:25Tu rougis quand tu parles d'elle
18:28Mais dis t'inquiète
18:29C'est pas la peine
18:31C'est quand même pas une top model
18:33Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre
18:35Puisque tu cèdes
18:41J'suis qu'une particule
18:42Qui arbite autour de toi
18:43Qui arbite autour de soi
18:44Qui arbite autour de...
18:46J'suis qu'une particule
18:47Tant je m'approche
18:48Je me brûle
18:49Si je m'éloigne
18:50Je te perds
18:51Quoi ça sert ?
18:52J'suis qu'une particule
18:54J'suis qu'une particule
18:57J'suis qu'une particule
18:59J'suis qu'une particule
19:16Qui arbite autour de toi
19:17Qui arbite autour de soi
19:19Qui arbite autour de...
19:20J'suis qu'une particule
19:21Quand je m'approche
19:22Je me brûle
19:23Si je m'éloigne
19:24Je te perds
19:25Quoi ça sert ?
19:26J'ai qu'une particule, elle s'appelle Miki.
19:43La terre au carré, Mathieu Vidard sur France Inter.
19:48Il y a trois ans, Cyril est venu me parler de cette étude, alors que j'étais encore enceinte.
19:57Elle disait que mon fils grandirait dans un monde où l'eau, la nourriture, le pétrole viendrait à manquer dramatiquement.
20:03Où des villes entières pourraient être englouties par les océans.
20:07Elle suggérait qu'une partie de l'humanité pourrait disparaître d'ici la fin du siècle.
20:10Alors on a décidé de réunir une équipe d'amis travaillant dans le cinéma.
20:14On leur a raconté le contenu de cette étude.
20:16Ils avaient presque tous des enfants, on n'était pas tous écolos ni militants.
20:20Mais aucun ne voulait rester les bras croisés devant une telle nouvelle.
20:23On voulait tous faire quelque chose.
20:25La voix de Mélanie Laurent, l'ouverture de demain.
20:28Nous sommes Cyril Dion en 2015.
20:30Vous êtes notre invité au carré cet après-midi sur France Inter.
20:33Sors donc à cette date votre documentaire, qui va vraiment être une balise finalement dans votre vie.
20:38Vous dites que ça a tout changé pour vous.
20:40C'est aussi je pense une balise pour pas mal de gens qui ont vu ce documentaire.
20:44Quand vous dites que ça a tout changé, concrètement ça veut dire quoi en fait ?
20:48Ça veut dire qu'en 2012 j'ai fait un burn-out, qui était une sorte de burn-out militant.
20:53A l'époque je dirigeais Colibri, donc le mouvement qu'on avait créé avec Pierre Rabhi.
20:56Je dirigeais la collection du domaine du possible chez Actes Sud, un magazine qui s'appelait Kaizen.
21:01J'étais déjà en train d'écrire ce film.
21:02Et j'étais dans cette idée qu'il fallait en faire toujours plus, toujours plus, toujours plus, que ce serait jamais assez.
21:07Dans une espèce de confusion aussi où j'essayais de réparer plus ou moins mes propres blessures en réparant le monde.
21:13Et c'est n'essayez pas chez vous, ça ne marche pas.
21:16Et au bout d'un moment je me suis effondré.
21:18Et quand je me suis effondré, j'ai compris, je me souviens, j'étais à un concert de Rufus Reinwright à la Philharmonie à Paris.
21:26C'était une carte blanche de Marianne Faithful qui lui avait donné la scène.
21:30Il était tout seul au piano et je le regardais.
21:32Et pour ceux qui connaissent Rufus Reinwright, il a une sorte de liberté sur scène qui est absolument fabuleuse.
21:38Et je le regardais et je me disais dans ma tête, si je ne recommence pas à créer, je vais mourir.
21:45Je n'y arriverai pas.
21:46Et donc je suis sorti du concert, j'ai fondu en larmes et j'ai dit à la mère de mes enfants, à ce moment-là, il faut que je me remette à créer.
21:53J'ai démissionné de Colibri, de Kaizen, donc j'ai abandonné deux CDI.
21:57Je n'avais pas un sou en poche, je n'avais jamais fait de film.
22:00Et je me suis dit, allez, je vais essayer de faire ça.
22:04Et c'était vraiment un pari.
22:05Le pari de me dire, si je fais quelque chose qui me correspond, qui me passionne, peut-être que la chance me sourira.
22:13Et ce film a tellement marché que ça a changé ma vie parce que tout d'un coup j'ai gagné de l'argent, alors qu'avant je n'en avais jamais.
22:20Tout d'un coup, je me suis mis à être connu, reconnu dans la rue.
22:23Des gens venaient me voir en me disant, mais c'est toi le gars qui a fait le film.
22:26Mais attends, c'est génial.
22:27Des gens m'arrêtaient pour me dire, vous avez changé ma vie.
22:30Et puis, tout d'un coup, on me laissait faire d'autres choses.
22:34On me disait, vous voulez faire un roman ? Bien sûr, faites un roman, monsieur.
22:36Vous voulez faire de la pausie ? Mais il n'y a aucun problème.
22:38Mais bien sûr.
22:39Tout est possible.
22:39Mais oui.
22:40Et là, c'était un monde qui s'ouvrait pour moi.
22:43D'ailleurs, vous le racontez dans une de vos chroniques, qui par échec, le sud, La lutte enchantée, c'est votre actualité, Cyril Dion.
22:48Vous aviez fait une chronique là-dessus, justement, à la fois sur le burn-out et puis sur le besoin de créer pour sortir de l'impasse.
22:54Donc, c'est ce que vous avez fait avec ce film.
22:57Dans l'idée aussi de proposer d'autres récits, il y avait déjà ça aussi derrière deux mains ?
23:00C'était inventé ou autre chose ?
23:01C'était complètement ça.
23:02En fait, moi, j'ai fait le film que je voulais voir au cinéma.
23:05Et le film qui, pour moi, n'existait pas.
23:07C'est-à-dire, très rapidement, je me suis dit, mais il y a quand même un problème.
23:10C'est-à-dire qu'on passe notre temps à essayer de mobiliser les gens sur l'horreur du péril écologique.
23:17On les déprime avec un nombre de faits incalculables qui nous paraissent en plus tellement atroces qu'on ne sait pas très bien ce qu'on pourrait faire par rapport à ça.
23:24Et jamais on leur propose un horizon.
23:26Jamais on leur dit, mais en fait, ça pourrait être vachement mieux si on créait un monde plus écolo.
23:32Et ça pourrait ressembler à ça.
23:33Et moi, je me disais, j'aimerais bien que quelqu'un me raconte cette histoire.
23:35Et comme personne ne le faisait, je me suis dit, je vais essayer de la raconter moi-même.
23:39Et ça vous a valu, César, l'année suivante, donc en 2016.
23:43On va écouter justement l'annonce de votre prix et votre réaction.
23:46Le César du meilleur film documentaire est attribué à...
23:51Demain, réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent.
23:54La magnifique aventure en salle de ce documentaire, déjà plus de 700 000 spectateurs trouvent son apothéose ce soir avec ce César.
24:00Le deuxième pour Mélanie Laurent, après celui de Meilleur Espoir en 2007, pour Je vais bien, ne t'en fais pas.
24:05Et le premier pour Cyril Dion.
24:07Merci d'avoir fait ça.
24:09D'habitude, l'écologie, tout le monde s'en fout.
24:11Et là, vous avez vraiment réparé quelque chose à l'intérieur de moi.
24:15Je voudrais vraiment énormément remercier tous les gens qui ont cru, depuis le début, qu'on pouvait faire un documentaire sur l'écologie, sur l'économie, sur la démocratie.
24:24Et que ça serait pas chiant.
24:25Et que des gens iraient le voir en salle.
24:26Et particulièrement Mélanie, qui a cru dans ce projet dès la première seconde.
24:31Et je te remercie énormément d'avoir fait ce voyage avec moi.
24:35Vraiment beaucoup.
24:37Voilà, 2016.
24:38Qu'est-ce que vous ressentez en réécoutant ? Vous vous revoyez derrière votre pupitre, face au public de César ?
24:43Je me dis que j'étais très ému, je me sens que ma voix, par déraille.
24:48Un peu cassé, oui.
24:49Enfin, c'était une émotion incroyable.
24:50C'était une émotion incroyable, déjà, de reconnaissance de notre travail.
24:53Mais en fait, moi, ce qui me passait par la tête quand j'étais sur scène, là, c'est que je me disais,
24:58tous les gens qui font ce qu'on a montré dans le film,
25:01tous ces gens qui font de la permaculture, qui font des monnaies locales,
25:04en fait, aujourd'hui, ils sont sortis de cette espèce de statut de radicaux, de marginaux, d'urluberlus.
25:14Il y a une espèce de consécration du fait que ce qu'ils font a été couronné par un César.
25:19En fait, c'est eux qui l'ont eu.
25:20Bon, maintenant, on pourrait se dire qu'on a eu un petit retour en arrière,
25:24mais ça a duré quand même, ces dix dernières années.
25:27Il y a eu une effervescence.
25:28Il y a eu un mouvement énorme.
25:30Après, on peut expliquer de façon assez circonstanciée
25:34pourquoi, aujourd'hui, il y a un retour en arrière.
25:36Mais il y a vraiment eu une transformation dans la société.
25:39Donc 2015, d'ailleurs, c'est aussi la COP21.
25:41C'est à ce moment-là.
25:42C'est vrai qu'il y a eu une décennie plutôt pas mal.
25:44Oui, mais on a vu, là, 2018, 2019, 2020,
25:47il y a eu une sorte de flambée écologique,
25:50sur l'écologie qui s'est passée à la fois dans les urnes,
25:53qui s'est passée dans la rue, dans la presse.
25:55Le sujet est quand même devenu,
25:57dans l'opinion publique, tout le monde s'est dit
26:01« Ok, il y a un problème, il faut qu'on fasse quelque chose,
26:03on reconnaît ça ».
26:04Vous parlez encore de « réparer », d'ailleurs,
26:06dans votre discours au César.
26:07C'est un mot qui revient souvent.
26:08Oui.
26:09Pourquoi il revient autant, d'ailleurs ?
26:11Quand vous dites « Je cherche à réparer le monde »
26:13ou « Je cherche à me réparer, ça m'a réparé ».
26:15Je ne le savais pas pendant longtemps.
26:17Et puis après, je l'ai su.
26:18J'en ai parlé plein de fois, y compris sur France Inter,
26:20mais je me suis fait violer quand j'avais six ans,
26:22par mon grand-père.
26:23Pas celui qui était Amérique Mitterrand, l'autre.
26:25Et je pense que j'ai toujours eu quelque chose d'un peu brisé.
26:30Et que ça a créé en moi,
26:32c'est ce que me dit ma psychiatre régulièrement,
26:34elle me dit « Vous avez fait un très bon usage de vos névroses,
26:36je vous félicite. »
26:37C'est que d'une certaine manière,
26:39maintenant, quand je vois un problème
26:40ou quand je vois quelque chose de cassé,
26:41c'est un élan assez naturel pour moi de me dire
26:43« Il faut que je trouve une solution, il faut que je répare. »
26:47Et je pense que je le fais
26:48parce que c'est un besoin intime, fondamental, pour moi.
26:51Mais que, comme me disait ma psychiatre dont je parle très souvent,
26:56j'ai réussi à en faire quelque chose qui puisse peut-être servir aussi à d'autres.
27:00Mais comment on trouve la force, finalement,
27:02de transformer ce drame, en l'occurrence,
27:04en quelque chose d'ouvert, de créatif ?
27:08Pour moi, c'est opposer des dynamiques de vie à des dynamiques de mort.
27:14C'est-à-dire que quand on vit quelque chose comme ça,
27:16c'est comme si on était profondément nié.
27:20C'est-à-dire que c'est comme si toutes les limites avaient été franchies
27:22et que la personne qu'on est avait été niée jusqu'au plus profond.
27:26Donc, d'une certaine manière,
27:28je pense qu'une autre dynamique qui s'est plantée en moi à ce moment-là,
27:34c'est la nécessité d'être le plus vivant possible
27:37et de me prouver à moi-même et de prouver aux autres
27:39que j'étais vivant, que j'avais le droit d'exister.
27:42Et donc, de faire des choses qui soient les plus vivantes possibles
27:47et les plus intenses possibles.
27:51Et ça, ça crée un effet d'entraînement malgré tout.
27:54Et on arrive vraiment à se réparer d'un tel drame, Cyril Dion ou pas ?
27:58Alors, je vais encore vous raconter ce que me dit ma psychiatre.
28:01Elle me prenait une illustration qui est d'ailleurs
28:06proche de ce qu'on pourrait lire dans des manuels sur la biodiversité.
28:12Elle me dit, par exemple, vous voyez,
28:12quand il y a une souris qui rentre dans une ruche,
28:16les abeilles ne peuvent pas faire sortir la souris.
28:19Et pourtant, la souris les met en danger de mort.
28:22Qu'est-ce qu'elles font ?
28:22Elles vont se ruer sur la souris,
28:24la piquer de toutes les façons possibles,
28:26jusqu'à ce qu'elle meure.
28:27Et ensuite, elles vont l'embaumer avec de la cire.
28:30Et ensuite, elles vont reprendre leur vie.
28:32Et d'une certaine manière, la souris sera toujours là.
28:35On ne pourra pas l'enlever.
28:36Donc c'est exactement comme ce qu'on a vécu.
28:38Ce qu'on a vécu, on l'a vécu.
28:40Mais on peut essayer de le ranger au bon endroit,
28:43dans sa tête, dans son histoire,
28:45pour pouvoir continuer à vivre autour,
28:47sans que ça devienne quelque chose qui est paralysant.
28:51En revanche, si ce qu'on a vécu
28:53est toujours une sorte d'angle mort,
28:55c'est-à-dire que si on n'a jamais travaillé dessus,
28:58si on n'a jamais été dans une phase d'acceptation
29:01et de guérison par rapport à ça,
29:03alors cet événement continue à jouer son rôle traumatique,
29:06continue à décharger sa charge émotionnelle
29:09dans des circonstances qui, d'une certaine façon,
29:12ne s'y prêtent pas.
29:14C'est une psy qui s'appelle Alice Miller,
29:19qui a beaucoup travaillé sur les violences,
29:20notamment faites aux enfants,
29:21qui dit que 100% des personnes agressées
29:24ne deviennent pas des agresseurs,
29:25mais 100% des agresseurs ont été agressés.
29:28D'où la nécessité de faire un travail sur soi
29:29qui permette de ranger les choses à leur place.
29:32Et la poésie, ça aide, j'imagine,
29:34beaucoup aussi à réparer.
29:35Écrire, en réciter, en chanter.
29:38Et c'est ce qu'on va faire avec vous tout de suite.
29:40Cyril Dion, vous êtes venu avec votre camarade Sébastien Hogue.
29:43Vous allez pouvoir rejoindre le micro.
29:45Bonjour Sébastien.
29:46On va brancher votre micro,
29:48avec un bel écho,
29:49puisque vous êtes derrière la guitare,
29:52à l'occasion d'un concert
29:53qui va se dérouler le 24 octobre,
29:55Cyril, au Cabaret Sauvage à Paris.
29:57Absolument, avec plein d'invités.
29:59Ça s'appelle Résistance Poétique and Friends.
30:01Donc il y aura Arthur Hache,
30:03il y aura Voyou,
30:03il y aura Émilie Loiseau,
30:04il y aura Mishka Asayas,
30:06qui les auditeurs connaissent bien.
30:08Qui est-ce que j'ai oublié encore ?
30:10Barbara Carlotti.
30:11Barbara Carlotti.
30:12Qui sera présente.
30:12Et donc vous chantez aussi ?
30:15Eh bien, un peu.
30:16Il y a quelqu'un qui va peut-être le découvrir aujourd'hui.
30:18Je slam, je chante, effectivement.
30:20Qu'est-ce que vous allez nous chanter aujourd'hui ?
30:21Aujourd'hui, on va chanter un morceau qui s'appelle
30:24Tiens encore,
30:24qu'on a composé il y a deux ans,
30:26pendant la grande mobilisation qu'il y a eu contre la 69.
30:29Et on était en Corse,
30:30on venait de faire un concert,
30:32et on avait des amis qui étaient sur place,
30:34qui étaient en train de se faire matraquer,
30:35gazer,
30:36et encerclés par la police.
30:37On se sentait un peu impuissants, loin,
30:40et ça nous a inspiré ce morceau.
30:41Ça s'appelle Tiens encore,
30:43Cyril Dion et Sébastien Haug,
30:45en direct,
30:46aujourd'hui,
30:47dans La Terre au Carré.
30:54Peut-être que depuis toujours,
30:55il a fallu interposer nos corps.
30:57Peut-être que ceux dont l'argent achètent le droit
30:59de disposer des rivières,
31:00des femmes, des pauvres, des terres,
31:01ne comprennent que ça.
31:03Peut-être que le droit ne devient un droit
31:04que quand tu tords le bras
31:05de celui qui te donnait par le coup.
31:10Peut-être que dans certains cas,
31:11radical, ça veut juste dire normal.
31:13Si radical, c'est préférer les forêts au parking,
31:14les humains à la bourse en ligne,
31:16si c'est défendre des champs
31:17contre les pelleteuses,
31:18si radical, c'est dire
31:19je préfère qu'on nous vende moins de conneries
31:20que de me taper 35 degrés la nuit,
31:23si radical, c'est refuser d'être un connard
31:24en costard qui vend sa dignité
31:25pour une montagne de dollars.
31:29Aujourd'hui, il y a des gens que j'aime,
31:30assis sur un tronçon d'autoroute.
31:33Aujourd'hui, il y a des gens perchés
31:34sur des arbres
31:34pour ne pas qu'on les coupe.
31:37Et je ne sais plus bien
31:38ce qu'il faudrait faire
31:39pour que quelqu'un les écoute.
31:40Tiens encore
31:47Tiens encore
31:49Tiens encore
31:51Tiens-moi contre toi
31:54Peut-être qu'à force de tout essayer,
32:04plus personne ne sait quoi faire
32:05et que ça rendait gens violents.
32:06Peut-être que moi non plus,
32:07je n'en sais plus rien.
32:08Et si on avait juste besoin
32:09de s'arrêter un moment
32:10et de réfléchir ?
32:11Et si on avait été tellement gavés
32:12d'images, de pubs,
32:13d'histoires de croissance,
32:14de capitalisme,
32:15qu'on nous avait tellement répété
32:15qu'il n'y a pas d'autres options
32:17qu'on ne sait même plus ce qu'on veut,
32:18ce qui est vraiment important,
32:20qu'on confond tout ?
32:21Peut-être qu'on n'est rien
32:22que des ados
32:22qui cherchent des limites
32:23et qu'il n'y a personne
32:23pour être des adultes
32:24dans cette histoire.
32:25Ou peut-être que les adultes
32:26ont 17 ans,
32:27qu'ils sont cachés
32:27dans des corps d'enfants,
32:28qu'ils défilent dans les rues
32:29et que tout le monde s'en tape.
32:31Peut-être que l'amour
32:31est vraiment la réponse.
32:34Aujourd'hui,
32:34il y a des gens que j'aime
32:35qui se collent la main
32:36sur le bitume.
32:38Des gens qui arrêtent
32:39de manger et de boire
32:40pour dire on est déjà
32:40dans le mur.
32:43Et je ne sais plus bien
32:44ce qu'il faudrait faire
32:44pour qu'on arrête
32:45de leur taper dessus.
32:51Tiens encore,
32:53tiens encore,
32:55tiens encore,
32:57tiens-moi contre toi.
33:00Tiens encore,
33:02tiens encore,
33:04tiens encore,
33:06tiens-moi contre toi.
33:21Peut-être que rien n'est vraiment foutu
33:23Peut-être que toi avec moi ça change déjà beaucoup
33:26Peut-être que les corps assiégés à partir d'un certain point se rebellent
33:30Peut-être que la droiture des mots un jour fait chavirer les cœurs
33:34Ou peut-être que c'est la droiture des cœurs qui un jour fait chavirer l'histoire
33:39Tiens encore, brûle encore, crie encore
33:44Tiens-moi contre toi
33:47Tiens encore, tiens encore, tiens encore
33:53Tiens-moi contre toi
34:14Bravo, je suis tout seul à applaudir
34:25Désolé mais il y a plein de gens derrière la vitre qui vous applaudissent aussi
34:27Bravo Cyril Dion, Sébastien Haug
34:29Merci Sébastien
34:30Merci beaucoup
34:31Et donc rendez-vous le 24 au Cabaret Sauvage pour ce concert rencontre
34:36Vous allez chanter, lire de la poésie, discuter
34:39Un premier moment avec Mishke Asayas qui va faire une sorte de causerie sonore et chanter sur cette idée de résistance poétique
34:46Donc les chansons qui ont appelé à résister, qui ont aidé à résister dans l'histoire
34:52On va faire un set de résistance poétique ensuite qui va avec les nouvelles chansons, le nouvel album
34:56Et ensuite on aura tous les invités dans un plateau commun où on va tous chanter et jouer ensemble
35:01Voilà, avec le public et donc on peut réserver ses places
35:04Absolument
35:05Pour le Cabaret Sauvage, le 24 octobre, c'est à Paris
35:08Tiens encore, c'est donc le dernier extrait de l'album
35:12Votre actualité, c'est aussi la sortie de la lutte enchantée, Cyril Dion
35:15Vos chroniques pour la Terre au Carré, réunies dans un livre chez Actes Sud
35:19Dans l'avant-propos, vous dites avoir ressenti pour la première fois l'ombre du défaitisme
35:23C'était un sentiment vraiment nouveau ça pour vous ?
35:28Oui, en fait je pense que c'est ce que je disais juste avant
35:32Je pense que j'ai cette espèce de ressort qui fait que quel que soit ce qui arrive, j'ai une sorte de pulsion de vie
35:37Et là je dois dire que l'élection de Donald Trump à la deuxième, plus la suite des législatives
35:44Et le sentiment qu'en fait même quand on se bagarre pour essayer de faire barrage à l'extrême droite
35:50Ça sert pas à grand chose, ou en tout cas pas autant qu'on voudrait
35:53J'ai eu une sorte de ras-le-bol, je me suis dit là ça fait 20 ans que je passe mon temps à essayer d'alerter les gens
35:59A essayer de mobiliser et tout ça pour ça
36:02Et je pense que l'autre chose qui a fait que je me suis senti comme ça c'est que
36:06Et je pense que ça, ça concerne toutes les personnes qui militent pour la question écologique
36:10Se dire que ce qu'on disait il y a 20 ans est en train de se produire maintenant
36:13C'est quand même un peu un constat d'échec
36:16C'est-à-dire qu'on se dit, bon en même temps ça repose pas que sur nos petits bras et nos petites épaules
36:20Mais on se dit, waouh, ok, donc en fait tout ce qu'on a fait entre les deux ça n'a pas empêché que ça se produise
36:26Et vous êtes sorti de ce sentiment justement, de ce sentiment de défaitisme ?
36:31Oui, enfin ça dure jamais très longtemps chez moi
36:33Mais pour la raison que j'évoquais tout à l'heure
36:35C'est-à-dire que de toute façon il faut vivre, de toute façon il n'y a pas le choix
36:40Donc autant faire en sorte que la vie soit la plus cool possible
36:45Et autant faire en sorte de se battre aussi
36:47Enfin je pense qu'il y a plein de gens qui se sont retrouvés dans des situations assez dramatiques
36:50Je pense aux résistants pendant la Deuxième Guerre mondiale
36:52Bon ben voilà, enfin celui qui allait saboter une ligne de train
36:55Ou qui faisait passer des courriers
36:57Il se disait, bon ben c'est pas comme ça qu'on va gagner la guerre
37:00Et pourtant il le faisait
37:01Je pense qu'il y a quelque chose de...
37:03C'est ce que Corinne Morel-Darleu a écrit dans son petit ouvrage
37:06Plutôt coulé en beauté que flotter sans grâce
37:09Il y a un truc de la dignité du présent
37:10C'est-à-dire que en même temps je me vois pas faire autre chose
37:13C'est ce qu'elle dit d'ailleurs dans ce qu'on critique parfois avec les petits gestes
37:19Elle dit évidemment c'est pas ça qui va changer le monde
37:21Mais c'est important aussi pour sa propre dignité
37:24C'est-à-dire que structurellement il faut que les choses changent
37:28Mais soi-même on a besoin aussi pour rester droit et rester digne
37:32De faire des petites choses quand même
37:34Absolument, et puis de toute façon on n'a jamais vu une structure changer
37:39C'est-à-dire on n'a jamais vu une révolution
37:40Je sais pas, quand l'esclavage a été aboli
37:43Sans que des personnes se dressent
37:45Et pour qu'elles se dressent il faut bien qu'elles soient animées par quelque chose
37:49Et que ça se traduise dans leur quotidien
37:51Mais est-ce que la non-violence ça peut fonctionner jusqu'au bout
37:55Si on veut vraiment changer les choses à Cyril Dion ?
37:57En fait je pense que ça dépend ce qu'on entend par la violence
38:00Étymologiquement la violence c'est contre des personnes
38:02C'est pas contre des biens
38:04C'est-à-dire que des personnes qui vont décider d'avoir
38:06De faire de l'action directe
38:09D'aller saboter un pipeline par exemple
38:11Ou d'aller, je sais pas, casser des vitrines comme faisaient les suffragettes
38:15Ça c'est de la dégradation matérielle
38:17On peut appeler ça du vandalisme
38:19Mais ça n'est pas de la violence
38:21En revanche c'est un rapport de force
38:23Et ce à quoi je crois profondément
38:25Moi je suis profondément non-violent
38:27Même si je fais de la boxe
38:30Et que je me prends parfois des marrons dans la figure
38:33Mais moi je veux vivre dans un monde non-violent
38:37En revanche je suis intimement convaincu
38:39Que c'est impossible de faire changer la société sans rapport de force
38:42Tout simplement parce qu'il y a des gens
38:43Qui aujourd'hui sont au pouvoir
38:45Qui n'ont pas envie que ça change
38:47Ils ont aucune raison que ça change
38:49Je veux dire aujourd'hui Bernard Arnault
38:50Aujourd'hui Patrick Pouyanné
38:51Ils ont pas de raison qu'on aille vers un monde de la sobriété heureuse
38:55Ce qui est pourtant a priori ce qui est totalement nécessaire
38:59Réduire notre consommation de matière et d'énergie au maximum
39:02On va écouter la politologue Hélène Landemore
39:04Qui est professeure à l'université d'Yel
39:06Que vous citez souvent
39:07Elle témoignait dans Un Nouveau Monde de Thierry Robert
39:10La raison pour laquelle la démocratie est si faible
39:12Dans la manière dont elle traite des problèmes climatiques
39:15C'est que c'est pas une vraie démocratie
39:17Les sciences politiques démontrent
39:19Qu'il n'y a pas de corrélation
39:20Entre ce que la majorité des gens veulent
39:22Et ce qu'ils obtiennent
39:24Sauf quand ils ont les mêmes préférences
39:25Que les 10% les plus riches de la population
39:27Qu'est-ce que ça veut dire ?
39:28Ça veut dire qu'on est gouverné par des gens
39:30Qui ne sont intéressés que par
39:33Ce que veulent les corporations en gros
39:35Et les gens qui payent des impôts
39:37Et qui les financent
39:38Et tant que ce sera le cas
39:39Je vois pas comment la question écologique va s'améliorer
39:42Parce qu'au fond
39:42L'obstacle c'est pas la démocratie
39:44L'obstacle c'est la plutocratie
39:45L'oligarchie
39:46Et même j'ai envie de dire
39:47Le capitalisme
39:48Hélène Landemore
39:49Et quels obstacles Cyril Lyon quand même
39:51Pour se combattre le capitalisme
39:53Ou les oligarchies d'ailleurs
39:54Qu'elles soient financières, politiques ou économiques
39:56Il faut quand même avoir une sacrée contre-force derrière
40:00Si on veut réussir à faire quelque chose
40:02C'est pour ça que je pense que le salut
40:03Est dans la construction d'une véritable démocratie
40:06On est en train de tourner un film
40:08Avec Paloma Moritz
40:09Qui s'appelle Démocratie maintenant
40:11Justement là-dessus
40:12Parce qu'on croit profondément
40:14Que c'est comme ça qu'on peut s'en sortir
40:16Il faut reprendre le pouvoir
40:17Mais ça veut dire qu'on n'est pas dans une vraie démocratie en ce moment ?
40:20Non, on est dans une démocratie
40:21Alors déjà la démocratie telle qu'on la conçoit
40:25Est très dégradée
40:26C'est-à-dire qu'aujourd'hui il y a à peu près 25% des gens
40:29Qui vivent véritablement
40:30Enfin 28% qui vivent dans un pays plutôt démocratique
40:33Et 72% de la planète qui vivent dans une autocratie
40:37C'est deux fois plus qu'il y a 20 ans
40:38Mais même dans nos pays
40:40Qui sont plus démocratiques que d'autres
40:42On voit bien qu'on ne va pas au bout
40:44Il y a eu un grand débat pendant la révolution française
40:47Notamment entre ceux qui plaidaient pour la démocratie représentative
40:50Typiquement l'abbé Seyès
40:51Et ceux qui plaidaient pour la démocratie directe
40:53Typiquement Rousseau
40:54Seyès disait quand même
40:55Si la France était une démocratie
40:57Et elle ne saurait l'être
40:58Le peuple exercerait directement son pouvoir
41:00Or il l'abdique à ses représentants
41:02Et Rousseau disait de son côté
41:04En parlant des Anglais qui avaient déjà des députés
41:06Les Anglais pensent être libres
41:08En réalité ils ne le sont que quand ils élisent leurs représentants
41:11Ensuite ils redeviennent des esclaves pendant 5 ans
41:12Aujourd'hui c'est ce que dit Hélène Landemore
41:14Notre bulletin de vote ne permet pas d'orienter véritablement
41:18Les décisions publiques qui sont prises théoriquement dans l'intérêt général
41:21Donc on a besoin de reprendre la main là-dessus
41:24Donc ça demande des changements institutionnels
41:26Qui demanderaient d'intégrer des mécanismes
41:28Comme des assemblées citoyennes tirées au sort
41:30Comme des référendums
41:31Comme la possibilité peut-être de réévoquer des élus
41:34Comme la possibilité de faire des budgets participatifs
41:36En tout cas que chacune et chacun d'entre nous
41:39Participe à construire la décision publique
41:42Le plus souvent possible
41:43Est-ce que vous voyez un embryon justement de changement
41:46D'une nouvelle forme en tout cas de démocratie
41:48Vraiment pour reprendre l'étymologie de démocratie
41:50C'est effectivement le pouvoir du peuple
41:51Mais est-ce que vous voyez quelque chose qui est en train de s'installer ?
41:54Parce que depuis les gilets jaunes on n'a pas vu grand chose quand même
41:56On voit bien qu'aujourd'hui les manifs ne servent à rien
41:58Les grèves ne servent à rien
41:59Donc qu'est-ce qu'il faut mettre en place ?
42:02Ce sont des signaux faibles pour le moment
42:04En fait il faut que les rapports de force
42:07Soient à la fois dans la rue
42:10Mais qu'ils soient dans les urnes
42:11Et puis surtout qu'ils soient organisés stratégiquement
42:15C'est ce que j'essaie d'expliquer aussi
42:16Dans un certain nombre des chroniques du livre
42:18C'est qu'on manque de stratégie
42:20C'est-à-dire que si on se dit
42:22Ok le problème il est démocratique
42:23Donc il faut changer les institutions
42:25Il faut permettre aux gens
42:26De délibérer sur leur territoire
42:28Pour décider s'ils veulent mettre des éoliennes ou non
42:31S'ils veulent enlever les voitures des villes ou non
42:34Parce que c'est la seule façon dont ça marchera
42:36Si l'objectif c'est de changer les institutions
42:38Il faut construire des rapports de force
42:39Qui permettent de le faire
42:40Donc ça veut dire qu'il faut aller dans la rue
42:41Ça veut dire qu'il faut faire la démonstration que ça marche
42:43En allant chercher des exemples qui existent un peu partout
42:45Et qui le montrent
42:46Et il faut qu'il y ait des gens qui se présentent aux élections
42:49Et qui aient ça dans leur programme
42:51Et qu'il y ait des gens qui votent pour eux
42:53Nancy Huston on va boucler avec elle
42:56Elle dit le capitalisme est une fiction
42:58Ça c'est une idée puissante aussi
42:59Pour refermer sur cette discussion là
43:02C'est une idée qui me passionne depuis longtemps
43:04Et c'est un de ses livres qui m'a beaucoup inspiré là-dessus
43:07Qui s'appelle l'espèce fabulatrice
43:08C'est que les humains passent leur temps à construire des fictions
43:10C'est-à-dire qu'on regarde le monde à travers une petite fenêtre
43:14On glane des éléments de la réalité
43:15Et on essaye de leur donner du sens
43:17Justement parce qu'on sait qu'on va mourir
43:19Et que c'est insupportable
43:20Donc il faut qu'on donne du sens à ce qui nous arrive
43:22Et ça, agréger des éléments du réel
43:24Et essayer de leur donner du sens
43:25Ce sont des récits, ce sont des fictions
43:27Et donc c'est très important de comprendre
43:28Qu'on a des fictions dans nos vies
43:29Mais que les systèmes politiques
43:30Ou les systèmes économiques
43:31Ou les systèmes religieux
43:32Sont aussi des fictions
43:33Ça veut dire qu'ils ont été inventés par des humains
43:35Donc qu'on peut les changer
43:37Qui ne sont pas immuables
43:38Merci beaucoup Cyril Dion
43:40Donc on se retrouve le 24 octobre
43:42Au Cabaret Sauvage à la Villette
43:44Pour vos résistances poétiques
43:45Votre actualité c'est donc la sortie
43:46De la lutte enchantée
43:48Comment garder espoir et lutter dans un monde
43:49Qui bascule séché
43:50Actes Sud
43:50Vos chroniques de la Terre au Carré
43:52Et puis je signale que pour les 10 ans
43:54Demain ressort également au cinéma
43:55Dans toute la France
43:56Le 8 décembre
43:58On fait une grande soirée
43:59A Paris
44:00Mais ça sera retransmis
44:01Un peu dans toute la France
44:02Et vous pourrez organiser des projections
44:04Aller voir le film au cinéma
44:05Emmener les gens qui ne l'ont pas vu
44:06Merci beaucoup à vous
44:08Merci à Nama Sardier
44:09Qui a préparé ce dossier aujourd'hui
44:10Renan Maé à la technique
44:11Lucie Sarfati
44:12Pour la coordination de la Terre au Carré
44:13Et Jérôme Boulet
44:14Qui réalise l'émission
44:15Dans un instant
44:16Affaires sensibles
44:17Avec Fabrice Drouel
44:18Et
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