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  • il y a 9 heures
Après deux BD sur François Hollande et une comédie politique au cinéma, son nouvel album «Comédie Française» met en scène Emmanuel Macron et un artiste fasciné par le pouvoir. Il raconte en deux épisodes les coulisses de ses reportages dessinés.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Thibault Lambert - Production : Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : France 2, Arte, BFM-TV.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:10Après deux albums sur François Hollande, il récidive avec Comédie française consacrée à Emmanuel Macron et à la mise en
00:18scène du pouvoir, une BD publiée chez Dargo en octobre.
00:21Auteur de bandes dessinées, réalisateur, Mathieu Sapin ne s'intéressait pas à la politique avant d'y prendre goût et
00:28d'en être aujourd'hui accro.
00:30Invité de Codesources, il nous raconte en deux épisodes son histoire avec la politique, ce qui le fascine chez les
00:36présidents et ce qu'il a appris à leur contact.
00:42Mathieu Sapin, avant de revenir sur votre parcours, arrêtons-nous sur une anecdote.
00:47En septembre 2019, vous tombez sur une photo publiée sur un compte Instagram.
00:53Sur un compte Instagram de fans qui s'appellent Emmanuel et Brigitte, je crois.
00:58Et donc c'est quelqu'un qui manifestement adore le couple présidentiel et je tombe sur une photo très insolite,
01:05puisqu'on voit Brigitte Macron dans le bureau présidentiel en train de frapper son mari avec une liasse de feuilles
01:12de BD,
01:13parce qu'on voit les cases quand même, et je me dis mais qu'est-ce que c'est que
01:15ces feuilles de BD ?
01:16Et je regarde mieux et je vois que ce sont des reproductions de mes pages de mon album que je
01:21lui avais données quelques jours plus tôt.
01:24Et donc je comprends, en voyant cette photo, que Brigitte Macron donne des coups à son mari avec mes pages
01:30de BD finalement.
01:31Pourquoi est-ce que vous l'avez rencontrée quelques jours plus tôt ?
01:33Alors je l'avais rencontrée parce que j'avais commencé une bande dessinée sur la maison en scène du pouvoir
01:39au temps d'Emmanuel Macron.
01:40J'avais fait toutes sortes de tentatives pour le rencontrer, lui, et elles avaient toujours échoué ou alors été déjouées
01:48au dernier moment.
01:49Et au final, je me suis dit, peut-être un moyen de l'approcher, c'est de passer par son
01:53épouse.
01:54Donc j'avais sollicité une interview avec Brigitte Macron qui m'a été accordée.
01:59Et c'était à ce moment-là que je lui ai expliqué ma démarche et qu'elle a fait des
02:03photocopies de mes pages.
02:08Vous nous raconterez cette difficile approche d'Emmanuel Macron dans le deuxième épisode de ce podcast.
02:14Mais on va d'abord vous présenter.
02:16Mathieu Sapin, vous êtes auteur, dessinateur, réalisateur.
02:19Vous vivez à Paris.
02:21Vous êtes papa de deux filles.
02:22Vous êtes né le 7 octobre 1974 à Dijon.
02:27C'est là que vous avez grandi.
02:28Que faisaient vos parents ?
02:30J'ai une maman qui était bibliothécaire.
02:31Donc j'ai beaucoup passé de temps dans les bibliothèques de Dijon, bibliothèques municipales et bibliothèques universitaires.
02:38Et mon père est archéologue, chercheur en histoire de l'art, spécialiste de l'art roman.
02:43J'avais beaucoup accès aux livres et aussi à l'art, à l'histoire de l'art.
02:48Très jeune, vous prenez goût aux arts plastiques et notamment aux dessins.
02:52Mon père était aussi prof à l'école des beaux-arts de Dijon.
02:55Donc j'étais inscrit au cours du mercredi.
02:58C'est vrai que j'ai toujours dessiné en fait.
03:00Je ne me rappelle pas avoir cessé vraiment de dessiner.
03:03Et puis mes parents m'ont encouragé dans cette voie.
03:05Donc j'ai enchaîné.
03:07Après au lycée, je faisais une classe de dessin.
03:09Et puis après, j'ai fait une école à Strasbourg qui s'appelle les arts décoratifs.
03:13Et qui est une école assez réputée, notamment en illustration.
03:17Et voilà.
03:17Vous refusez de faire votre service militaire au titre d'objecteur de conscience.
03:21À la place, vous travaillez à la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image d'Angoulême.
03:26En parallèle, vous dessinez aussi principalement pour la littérature jeunesse.
03:31Vous diriez qu'il est comment votre dessin, votre trait ?
03:34Moi, je n'ai pas de problème à dire que mon trait est assez enfantin.
03:37Parce que j'ai été même formé pour ça.
03:38L'école où j'étais à Strasbourg est une école qui forme beaucoup à l'illustration jeunesse.
03:43J'ai un dessin un peu presque naïf, on peut dire, assez simple.
03:46Par contre, j'ai le souci de la précision.
03:49Vraiment d'écrire les choses avec le plus de justesse possible.
03:53Votre premier album, L'Oreille Gauche, paraît en 2000.
03:56Et en 2002, vous connaissez votre premier succès avec le premier tome de Supermurgeman.
04:02Dans les années 2000, vous faites des rencontres importantes avec d'autres auteurs.
04:05Ceux qui allaient devenir mes compagnons d'atelier.
04:07Je pense à Johan Sfar, notamment, avec qui j'avais fait une collaboration pour un magazine jeunesse chez Bayer Press.
04:15Et Johan, qui était déjà un auteur accompli, il avait déjà commencé Le Chat du Rabbin.
04:19Il était connu pour Donjon, Petit Vampire, Grand Vampire.
04:22Moi, à l'époque, je travaillais chez moi, à Paris.
04:24Et donc, il m'a dit, tiens, on va créer un atelier.
04:27Donc, on va trouver un lieu et puis travailler ensemble.
04:29Et il m'a présenté Riyad Satouf.
04:31Riyad Satouf, qui était à l'époque complètement inconnu.
04:33Et puis aussi, il m'a présenté Christophe Blain, auteur de Quai d'Orsay, notamment, et d'Isaac le Pirate.
04:39Et donc, ces trois-là étaient vraiment mes trois mousquetaires qui m'ont permis de devenir auteur de bande dessinée
04:46à part entière.
04:47Puisqu'ils m'ont à la fois aidé, influencé.
04:51C'est vraiment une rencontre déterminante.
04:53À cette même époque, un ami dessinateur, Lewis Strondheim, vous donne un conseil.
04:57Lewis Strondheim, c'est à la fois un auteur, il est aussi éditeur.
05:00Et puis, c'est quelqu'un qui s'intéresse beaucoup aux autres auteurs de BD.
05:04Et moi, il m'a fortement encouragé à créer un personnage qui me représente.
05:09Une version dessinée de moi-même, en me disant que c'était très pratique pour exprimer des idées, des envies,
05:15des émotions.
05:16J'ai suivi son conseil, j'ai commencé à essayer de me représenter, faire un espèce d'autoportrait en BD.
05:22Et puis, peu à peu, toujours sous l'influence de Lewis, je me suis approché d'une forme de ce
05:28qu'on peut appeler aujourd'hui le reportage dessiné.
05:31D'un mot, votre alias, vous êtes comment en BD ? Décrivez-nous, vous, en BD ?
05:36Mon personnage s'est imposé assez rapidement.
05:40Moi, je ne suis pas très grand, donc je ne l'ai fait pas très grand, voire petit.
05:43Tout petit, quand même.
05:43Tout très petit, avec une grosse tête, pas beaucoup de cheveux.
05:49Mais c'est drôle parce qu'il y a un côté un peu Tintin dégénéré, comme ça, avec une grosse
05:54tête.
05:54Mais ce n'est pas très loin de ça, parce que Tintin, finalement, c'est un reporter et c'est
05:58un personnage de BD.
06:00Mon personnage a l'air comme ça, un peu candide, mais c'est une posture que moi, j'aime bien,
06:03parce qu'elle est assez naturelle pour moi.
06:05J'adore aller dans des lieux que je ne connais pas, voire observer une équipe en train de travailler.
06:10Donc c'était vraiment ça qui m'a guidé dans ses premiers livres.
06:24Premier reportage en BD sur le tournage de Gainsbourg, vie héroïque, de votre ami Joanne Sfars,
06:30la donne Feuille de Chou, deux albums sortis en 2010,
06:33puis vous suivez le quotidien du journal Libération pendant six mois.
06:37Ça donnera journal d'un journal.
06:39Et à partir de fin 2011, pour Libération, vous suivez la campagne présidentielle,
06:44et en particulier François Hollande. Pourquoi lui ?
06:47Je me suis dit, pour aller plus en profondeur, il faut que je suive un candidat.
06:51Si possible un candidat qui a des chances d'aller au second tour.
06:54Nicolas Sarkozy n'était pas candidat, il s'est déclaré très tard candidat.
06:58Donc par élimination, j'ai misé sur François Hollande.
07:02Je suivais très peu la politique, j'avais des opinions, mais je n'étais pas spécialement attentif à tout ça.
07:09Et c'est vraiment en suivant les reporters politiques sur le terrain que je me suis pris au jeu.
07:14En plus, il faut se rappeler qu'en 2011, il y avait eu ce qu'on appelle l'affaire DSK,
07:19qui avait été finalement le début de la campagne de 2012,
07:23parce que c'est là que les choses se sont vraiment enclenchées,
07:25et que François Hollande a pu sortir du bois.
07:27Et à ce moment-là, moi pour avoir été témoin, puisque j'étais au sein de la rédaction de Libé,
07:32du séisme médiatique qu'était l'affaire DSK, on est tout de suite accrochés.
07:36Et donc c'est comme ça que je me suis retrouvé à suivre ça, et comme une série télé finalement.
07:41Vous allez suivre la campagne de François Hollande,
07:43vous êtes embarqué souvent avec les journalistes,
07:47mais vous ne le rencontrez pas lui tout de suite.
07:49Comment ça se passe ?
07:50Lui, il est aimable avec moi, mais il a vraiment autre chose à faire que de parler avec un dessinateur
07:55de BD.
07:55Vous n'êtes personne presque ?
07:57Oui, mais c'est aussi une de mes qualités, c'est que je suis assez discret,
08:00donc il ne fait pas spécialement attention à moi,
08:02et je ne cherche pas plus que ça d'ailleurs à attirer l'attention.
08:05François Hollande, je l'ai rencontré une fois très brièvement dans un train,
08:08au retour d'un déplacement où on me l'a présenté.
08:10Un TGV Nantes-Paris ?
08:11Un TGV Nantes-Paris, exactement, après un déplacement à Nantes.
08:14Par contre, je suivais de près.
08:15Moi ce que je voulais, c'était raconter le candidat, mais aussi son entourage, bien sûr.
08:19Et donc il y a tout un organigramme avec les directeurs de campagne,
08:22les directeurs de la communication, les porte-paroles, etc.
08:25Et peu à peu, les gens s'habituent à moi.
08:28C'est un peu mon atout, c'est que j'ai du temps.
08:30Et donc je donne du temps pour que les gens s'habituent,
08:32et peu à peu, je suis accepté.
08:35Le jour du second tour, le 6 mai 2012,
08:37vous êtes à Tulle, le fief de François Hollande, en Corrèze,
08:41aux côtés du candidat et de son équipe.
08:43Il est 16h.
08:44Les premières estimations sous embargo des instituts de sondage
08:46donnent le socialiste vainqueur.
08:48Racontez-nous l'ambiance à ce moment-là.
08:50Les résultats sont arrivés assez tôt.
08:52Dans l'après-midi, on sentait que ça se passait plutôt bien pour François Hollande.
08:56Donc l'ambiance était relativement détendue,
08:58si bien que j'ai pu être admis dans le bureau présidentiel.
09:01Et c'est vrai que c'est des moments assez palpitants,
09:03parce qu'on voit à la télé le commentaire sur tout ce qui se passe.
09:07Mais moi, ce que j'ai noté, surtout,
09:09c'est que même François Hollande,
09:10il a eu besoin de se voir à la télévision à 20h,
09:14la confirmation, pour vraiment se détendre.
09:16Tant que ce n'est pas annoncé par la télévision,
09:18ce n'est pas encore vrai.
09:19Voici notre estimation du résultat de la présidentielle
09:23en ce 6 mai 2012.
09:26C'est François Hollande qui est élu président de la République
09:28avec 51,9% des voix.
09:32Quand il est 20h, je suis avec lui et quelques autres dans le bureau.
09:35Et puis là où tout se déclenche,
09:37c'est juste après 20h.
09:38Il est attendu à Paris, donc il quitte son bureau.
09:40Et là, tout d'un coup, il y a des policiers à moto
09:44qui sont là pour l'attendre.
09:45Il est devenu... Il est élu, quoi.
09:46Et donc, on se retrouve dans une voiture derrière
09:48et tout gira au fer allumé.
09:50Il y a un avion qui attend.
09:52Et on a l'impression vraiment d'être là où ça se passe, quoi.
09:54D'être témoin direct de l'histoire en train de se faire.
09:57Donc, je n'oublierai pas ces moments-là.
10:00L'album Campagne présidentielle sort quelques semaines après l'élection,
10:03en juin 2012.
10:04C'est un succès de librairie.
10:06Vous auriez pu vous arrêter là,
10:07mais vous avez envie de continuer à suivre le candidat devenu président.
10:12Au départ, je pensais m'arrêter là,
10:13parce que je voulais passer à autre chose.
10:15Et puis, c'était assez éreintant.
10:16Une campagne présidentielle, c'est très fatigant.
10:18En plus, moi, je dessinais l'album au fur et à mesure.
10:21Il est sorti vraiment très peu de temps après.
10:23Donc, à la fin, je dormais quatre heures par nuit.
10:25Donc, on sort de là, on est complètement rincés.
10:27Et puis, les semaines passant, je me dis,
10:29ah, c'est quand même dommage de m'arrêter en si bon chemin.
10:32L'équipe de campagne de François Hollande
10:33s'était retrouvée, de fait, en poste à l'Élysée.
10:37Donc, je me dis peut-être qu'il y a quelque chose à faire.
10:39Mais pour approcher un président,
10:41c'est tout de suite beaucoup plus compliqué.
10:42Je pensais que ça se ferait naturellement,
10:44vu que j'avais les contacts qu'il fallait,
10:46mais pas du tout.
10:48À chaque fois, on me disait, pourquoi pas,
10:49bonne idée, une BD sur l'Élysée,
10:51mais rien ne venait.
10:53Si bien que pendant pas mal de temps,
10:55j'ai été coincé.
11:03Au mois d'août, on vous propose de partir en voyage
11:06avec Gérard Depardieu, en Azerbaïdjan,
11:09sur les traces d'Alexandre Dumas,
11:10qui avait écrit en 1858 « Voyage au Caucase ».
11:15Lui était accompagné à l'époque d'un peintre.
11:17Vous allez suivre l'acteur, à la fois pour le dessiner
11:20et pour figurer à ses côtés dans un documentaire.
11:23Ça vous fait peur ?
11:24Non, non, sur le moment, je me dis, c'est parfait.
11:26Moi, je sortais de la campagne présidentielle,
11:28j'avais vraiment envie de changer complètement de décor.
11:30Ça vient, on va passer voir la... par là.
11:33Pas si tu passes.
11:34Si.
11:35Tu fous le maïol ?
11:37Depardieu, je l'avais vu en plus en...
11:39Il apparaît dans ma BD sur la campagne présidentielle,
11:41puisqu'il avait pris la parole
11:43lors d'un meeting de Nicolas Sarkozy.
11:45Je l'ai vu brièvement à Paris, avant le départ.
11:48Et puis après, très vite, je me suis retrouvé à Bakou.
11:51Quand je le vois là-bas, on se connaît à peine.
11:53Tu veux le voler ?
11:55Si tu penses que le moine-né se permettait de reprendre du mât,
11:59en tout cas, bon appétit.
12:01Vous allez donc passer dix jours avec lui.
12:03À quoi ressemble Gérard Depardieu quand on partage son quotidien ?
12:06Gérard Depardieu est quelqu'un de fascinant.
12:09Il peut être complètement imprévisible,
12:13très cultivé, très drôle aussi.
12:16Je me suis dit, mais j'ai jamais rencontré quelqu'un comme ça,
12:19qui est capable de parler à n'importe qui,
12:22qui à la fois est tout à fait conscient de sa stature de star.
12:26Parce que même là-bas, il est très connu.
12:27Dans les moindres recoins du Caucase, les gens le reconnaissaient.
12:30Ils étaient là, obélix, obélix.
12:31Donc il est très conscient de ça.
12:34Et en même temps, il s'en fout.
12:36Il est aussi à l'aise dans un marché que dans un hôtel de luxe.
12:42Je me suis dit, il faut que je raconte ça.
12:44Parce que c'est vrai que l'image qu'on voit de lui médiatiquement est toujours très, très simplifiée.
12:48Et là, j'avais devant moi une montagne de complexité.
12:55Et puis aussi, visuellement, à dessiner, il est très, très intéressant.
12:58Il y a de la matière, comme on dit.
12:59Donc c'est venu très naturellement.
13:01Je l'ai dessiné dans mes carnets.
13:03Et puis peu à peu, je notais des choses.
13:04Et puis je me suis rendu compte que c'était une mine sans fin d'anecdotes,
13:08de trajets de vie qui est complètement improbable.
13:14Concernant votre projet de faire une BD sur l'Elysée,
13:16vous êtes au point mort à ce moment-là.
13:18Qu'est-ce que vous faites ?
13:20Je finis par me trouver comme solution de contacter directement le président.
13:26Je lui envoie un texto, puisque je m'étais procuré son numéro de téléphone.
13:30Il y avait beaucoup de journalistes qui avaient son accès direct, son 06.
13:33Donc je le contacte.
13:35Je lui ai fait deux textos.
13:36Il finit par me répondre et il me dit, venez me voir.
13:39Alors j'appelle son secrétariat et en effet, j'obtiens un rendez-vous.
13:43Il me reçoit dans le bureau, le bureau présidentiel.
13:45Donc c'est quand même un lieu pas banal, assez impressionnant.
13:48Et tout de suite, je suis marqué par le lieu qui est fait pour ça.
13:51L'Elysée, c'est un endroit qui en jette avec des dorures, des tapisseries.
13:55C'est un palais.
13:56Mais lui, très à l'aise, il parle un peu avec moi.
13:59Et donc il me demande finalement qu'est-ce que je veux, qu'est-ce que je fais là.
14:02Et je lui explique que mon ambition, mon idée, c'est de raconter les coulisses de l'Elysée,
14:09montrer comment ça marche, cette maison, et qui fait quoi.
14:12Et à ma grande surprise, il est tout à fait ok, il ne voit pas de problème à ça.
14:16En disant, de toute façon, l'Elysée, ça appartient à tout le monde, c'est la maison des Français.
14:19Donc d'accord.
14:20Et puis il a cette phrase un peu sibylline, il me dit, et puis vous verrez comme ça qu'on
14:24n'a rien à cacher.
14:25Alors ça, par contre, je suis moins convaincu, quand même.
14:29À l'époque ou aujourd'hui ?
14:30À l'époque et aujourd'hui, je trouve ça un peu gonflé de dire ça, mais peut-être qu'il
14:33y croyait.
14:34En tout cas, je commence donc à partir de l'été 2013 à aller très régulièrement à l'Elysée
14:39pour raconter les coulisses de ces endroits.
14:41Vous allez faire une soixantaine de visites à l'Elysée en l'espace d'un an.
14:45Et vous, vraiment, vous montrez ce qu'est l'Elysée, les coulisses.
14:48J'ai même fait un plan pour qu'on voit bien où les choses se passent.
14:53Parce que je voulais montrer les salles, comment on dit, les salles d'apparat,
14:56c'est-à-dire la salle des fêtes, les beaux bureaux, mais aussi l'arrière-cuisine, les sous-sols.
15:02Je voulais vraiment montrer la maison sous tous ses aspects.
15:05Et c'est un lieu très paradoxal parce qu'il peut être très clinquant, très impressionnant,
15:10mais aussi les arrières-salles sont assez vieillotes, c'est un lieu qui est assez mal foutu,
15:15qui n'est pas du tout pratique, il n'y a pas le wifi partout.
15:17C'est assez étonnant de voir le côté archaïque de cet endroit avec les fonctions suprêmes qui lui sont dédiées.
15:26On parlait de Gérard Depardieu, et justement, dans l'actualité, il va être beaucoup question de lui
15:30pendant l'hiver 2012-2013, quand il obtient la citoyenneté russe,
15:35ce qui laisse penser qu'il veut échapper aux premières mesures fiscales de François Hollande.
15:40Vous, vous êtes aux premières loges à ce moment-là.
15:42Il y a eu cette phrase malheureuse de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre de François Hollande.
15:46C'est une grande star, tout le monde l'aime, comme artiste,
15:50mais se mettre juste de l'autre côté de la frontière, il y a quelque chose de, je dirais, presque
15:54assez minable.
15:56Ça a vraiment envenimé les choses, et je me suis dit qu'ils font une erreur terrible
15:59de ne pas essayer d'arranger les choses avec lui, parce que Gérard Depardieu, qu'il le veuille ou non,
16:03il est un symbole français plus connu que François Hollande.
16:08Donc je trouvais qu'il y avait quelque chose de paradoxal à se mettre à dos,
16:12quelqu'un d'aussi important pour l'image de la France,
16:14et sorti de là, un énorme malentendu.
16:24Mathieu Sapin, avec ce reportage en BD à l'Élysée,
16:28vous allez suivre de l'intérieur les premières crises du quinquennat,
16:31la une de Closer avec Julie Gaillet,
16:33l'affaire Cahuzac, l'affaire Léonarda, les remaniements.
16:36Qu'est-ce que vous retenez de tout ça ?
16:38C'est passionnant de voir, d'abord une campagne présidentielle,
16:42de voir toutes les intentions, toute l'espérance,
16:44qui est portée par une campagne,
16:46et de voir comment tout ça se fracasse avec la réalité,
16:49tout simplement, la campagne de 2012.
16:52À mes yeux, a été aussi le début d'une nouvelle forme de communication
16:56qui était les années Twitter, les années, les chaînes d'information en continu.
17:00Et tout ça, je pense qu'à l'époque, il y avait encore une forme de mauvaise appréciation
17:06des effets de l'information galopante.
17:09On n'est plus aux années Mitterrand où on pouvait contrôler l'information
17:12et doser et être, comme on dit, maître des horloges
17:15et donc rythmer les choses comme on veut.
17:17Là, les choses nous échappent très vite.
17:19Vous avez cité l'affaire Léonarda, par exemple,
17:21c'est typiquement un truc qui aurait pu être évité,
17:24mais dont, je pense à l'époque,
17:27les communicants de François Hollande et de François Hollande lui-même
17:30n'imaginaient pas la portée.
17:32Et c'est vrai que quand on suit les choses de l'Elysée,
17:34on peut très vite être en vase clos.
17:36On l'a beaucoup dit, mais c'est la réalité.
17:38C'est un lieu où on ne perçoit pas du tout le fracas du monde.
17:41C'est très feutré, c'est très calme.
17:42Il n'y a pas des gens qui crient ou qui...
17:44Les télés sont en sourdine.
17:45Donc, on ne ressent pas forcément les choses
17:48telles qu'on peut les ressentir dans la rue.
17:49Bonjour à tous.
17:50On commence ce journal avec cette fusillade
17:52en plein centre de Paris, dans le 11e arrondissement.
17:55Des hommes cagoulés auraient pénétré les locaux de Charlie Hebdo.
17:58Un salarié, joint par 20 minutes, parle de massacre.
18:02Selon le dessinateur Luz, il y aurait des victimes.
18:04Le 7 janvier 2015, la rédaction de Charlie Hebdo
18:07est attaquée par deux terroristes.
18:08C'est le début d'une série d'attentats à Paris et Montrouge.
18:12Mathieu Sapin, à ce moment-là,
18:13vous avez arrêté de vous rendre à l'Elysée
18:16depuis quelques mois,
18:17mais en apprenant l'information, vous y retournez.
18:19J'étais à mon atelier, à mon bureau,
18:21en train de dessiner les toutes dernières pages.
18:24Et là, j'apprends, comme tout un chacun,
18:26qu'il se passe un truc grave dans les locaux de Charlie Hebdo.
18:29Et là, ma réaction était assez étrange.
18:32Sur le moment, je n'ai pas réfléchi.
18:33Je me suis dit, le seul endroit où je peux aller,
18:37où ça a du sens que je sois, c'est à l'Elysée,
18:39parce que je serai là où il y a l'information la plus actualisée.
18:43Donc, je me suis rendu là-bas.
18:45Donc, j'ai suivi toute la soirée
18:47et je raconte dans l'album la communication de crise.
18:50Et c'est vrai que c'est des moments que je n'oublierai pas,
18:53parce que là, on prend peur,
18:55parce qu'on voit que même au plus haut de l'État,
18:57tout le monde est dépassé.
18:58Le 11 janvier, l'Elysée convie de très nombreux chefs d'État.
19:02Mathieu Sapin, vous êtes l'une des rares personnes
19:04à vous trouver dans le bureau du président
19:06avant l'arrivée des invités.
19:08J'ai assisté au moment où le président appelait
19:11pour féliciter l'Asana Abatili,
19:13qui est cet employé de l'hyper-cachère
19:14qui avait sauvé des vies.
19:16Et puis après ça, François Hollande
19:18devait recevoir tous les chefs d'État
19:20qui arrivaient au compte-gouttes.
19:22Et alors, c'était un moment...
19:23Même dans des moments aussi terribles,
19:24il y a des moments qui font sourire,
19:26parce que les équipes du protocole de l'Elysée
19:29n'avaient pas eu le temps de forcément bien préparer
19:31l'arrivée de tous ces chefs d'État.
19:32On n'avait jamais vu ça,
19:33autant de personnalités importantes au mètre carré.
19:36Donc, ils avaient des listes,
19:37mais parfois, ils n'avaient pas forcément les photos.
19:39Et donc, il y avait des confusions possibles
19:41sur qui est qui.
19:42Et il y avait Netanyahou, il y avait Merkel.
19:46Tout le monde était là.
19:47Mais on sentait que les gens étaient un peu pris de court.
19:49Ils ne savaient pas trop quoi faire d'eux-mêmes.
19:50Et donc, j'étais moi aussi dans la salle des fêtes
19:52à ce moment-là.
19:53Et c'est vrai qu'on se dit qu'il se passe un truc
19:55complètement hors du commun.
19:59Merci, Mathieu Sapin.
20:00Je rappelle le titre de votre dernier album,
20:03publié chez Dargo en octobre,
20:05Comédie française.
20:05Vous allez nous raconter la suite de votre histoire
20:08avec la politique dans le prochain épisode de Code Source,
20:11notamment votre rencontre avec Emmanuel Macron
20:13qui cherchait visiblement, surtout à travers vous,
20:17à atteindre Gérard Depardieu.
20:19Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
20:22disponible chaque soir du lundi au vendredi.
20:24Cet épisode a été conçu et préparé par Thibault Lambert,
20:27production Marion Bottorel,
20:29réalisation Alexandre Ferreira.
20:31Si vous aimez Code Source,
20:32n'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode.
20:35Et pour vos retours, vos questions,
20:37vous pouvez nous écrire directement
20:39code-source-at-le-parisien.fr
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