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  • il y a 12 heures
A la surprise générale, Rachida Dati a été nommée au ministère de la Culture ce jeudi 11 janvier. Cet épisode est raconté par deux journalistes du service politique du Parisien, Olivier Beaumont et Alexandre Sulzer, et par Clémence Bauduin, cheffe adjointe de l’édition de Paris.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : Public Sénat, France Inter, France Info, BFM TV, Huffington Post, France TV.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Dans la salle des fêtes de l'Elysée, le mardi 16 janvier, pendant sa conférence de presse,
00:15Emmanuel Macron a défendu la nomination de Rachida Dati au poste de ministre de la Culture.
00:21J'ai proposé à madame Rachida Dati de devenir ministre de la Culture parce que son énergie,
00:25son talent, je crois, seront utiles à la culture, à ouvrir des portes et à permettre au fond
00:31de mettre fin à cette France du « c'est pas fait pour moi ».
00:34Qui est Rachida Dati ? Quel est son parcours ? Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il fait ce choix ?
00:38Pourquoi cette arrivée a-t-elle autant surpris dans les milieux de la culture en France ?
00:43Récit de trois journalistes du Parisien, Olivier Beaumont et Alexandre Sulzer du service politique
00:48et Clémence Bauduin, chef adjointe de l'édition de Paris.
01:00Le matin du vendredi 12 janvier, Alexandre Sulzer, Rachida Dati prononce devant les caméras
01:05ses premiers mots en tant que ministre de la Culture, dans ses murs rue de Valois.
01:10Décrivez-nous ce moment et ce qu'elle dit en résumé.
01:12Elle dit « n'ayez pas peur », une expression qu'elle reprend au pape Jean-Paul II.
01:16« N'ayez pas peur. Je serai donc toujours là pour défendre cette exception culturelle ».
01:22Elle s'adresse, quand elle dit ça, évidemment au monde de la culture, qui ne la connaît pas
01:26et qui a un peu de réticence à son arrivée.
01:28« Je comprends qu'elle puisse surprendre cette nomination. »
01:31Elle a un autre message, c'est qu'elle dit que la culture est trop élitiste,
01:35elle-même vient d'un milieu populaire et elle veut assurer qu'elle aura à cœur
01:39de rendre la culture également populaire.
01:41« Par mon parcours, la culture est un combat.
01:44C'est un combat de tous les jours, dans un monde où les défis sont nombreux. »
01:49Alors on va voir pourquoi cette nomination a tant surpris
01:52et pourquoi Emmanuel Macron a fait ce choix.
01:54Mais d'abord, on va résumer son parcours.
01:56Rachid Haddati a 58 ans.
01:58Elle est née le 27 novembre 1965 à Saint-Rémy, en Saône-et-Loire.
02:02Olivier Beaumont, elle a grandi dans ce département de Saône-et-Loire,
02:06à Châlons-sur-Saône, dans une famille modeste et nombreuse.
02:09« Très nombreuse même, puisqu'une fratrie de 11 enfants, dont elle est la deuxième,
02:13elle a grandi dans un milieu populaire, un quartier populaire de Châlons, dans un logement HLM,
02:18avec un père marocain, une maman algérienne.
02:21Lui est arrivé en France en 1963, il était maçon.
02:25Et elle, quand elle est arrivée, elle ne savait ni lire, ni écrire le français. »
02:29Dans les années 1980, Rachid Haddati doit faire des petits boulots pour payer ses études
02:33et pour aider sa famille.
02:35Elle travaille notamment dans une clinique en 1983, quand elle a 17 ans.
02:39Elle cherche un job d'été et une de ses amies lui conseille d'aller postuler à la clinique Sainte
02:44-Marie
02:44de Châlons-sur-Saône.
02:45Ce qu'elle fait, elle est reçue par le directeur, qui lui demande en la voyant débarquer
02:50« Mais qu'est-ce que vous savez faire ? »
02:51Et elle, elle répond du tac au tac « Je sais tout faire. »
02:54Et donc la première mission qu'elle va avoir à remplir dans cet établissement,
02:58ce sera de faire le ménage, donc un job d'été, comme beaucoup d'étudiants en ont.
03:02Ça va plutôt bien se passer.
03:04Elle raconte même que parfois, les médecins l'autorisent à entrer dans les blocs opératoires,
03:09par exemple.
03:10Et c'est un épisode qui va aussi beaucoup la marquer pour la suite, puisqu'elle racontera
03:14plus tard qu'elle avait été confrontée à la mort à ce moment-là, la détresse sociale.
03:17Et c'est quelque chose qui, effectivement, va beaucoup la structurer.
03:20Rachid Haddati essaie de faire des études de médecine, mais c'est un échec.
03:23Elle se rabat sur les sciences économiques.
03:25Olivier Beaumont, ensuite, à plusieurs reprises, au début de sa carrière, de sa vie active,
03:30elle provoque des opportunités.
03:31Et oui, comme ce soir de novembre 1987, elle se fait inviter à un cocktail organisé
03:37à l'ambassade d'Algérie.
03:39Et elle rencontre, à cette occasion, l'ancien ministre de la Justice, Albin Chalandon.
03:44Et spontanément, elle va vers lui, elle se présente, elle lui dit « Je veux travailler
03:48avec vous ».
03:49Lui, il est un petit peu étonné de prime abord, mais en même temps, il est soufflé par
03:54la spontanéité, le sanggène du personnage.
03:57Et du coup, elle lui dit « Banco ».
03:58Et c'est comme ça qu'il l'a fait rentrer chez ELF, le groupe pétrolier où elle est
04:02auditrice.
04:02Et quelques temps plus tard, la même scène, quasi identique, se reproduit avec une autre
04:07figure, l'industriel Jean-Luc Lagardère, qui lui l'a fait rentrer chez Matra, l'entreprise
04:12aéronautique.
04:13Et à chaque fois, la particularité, c'est qu'elle y va au culot.
04:19Rachida Dati décroche une maîtrise de droit public et ensuite, grâce à un système de
04:22validation des acquis, elle réussit à entrer à l'école nationale de la magistrature.
04:28Elle est diplômée en 1996.
04:30En tant que magistrate, elle travaille notamment au parquet de Bobigny et d'Evry.
04:35Olivier Beaumont, en 2002, à l'âge de 36 ans, elle contacte Nicolas Sarkozy, à ce
04:40moment-là ministre de l'Intérieur.
04:41Elle écrit au premier flic de France et là aussi, elle lui dit qu'elle a envie de
04:46travailler avec lui, qu'elle veut le rencontrer.
04:48Tout de suite, Nicolas Sarkozy est séduit par la gouaille de cette femme qu'il ne connaissait
04:53pas du tout auparavant.
04:55Et il décide de la nommer dans son cabinet.
04:57Elle devient conseillère technique en charge de la prévention de la délinquance et elle
05:02va le suivre après, quand il va aller au ministère de l'économie et des finances à
05:05Bercy.
05:06Le grand public la découvre quand elle est nommée porte-parole de Nicolas Sarkozy pour
05:10la campagne présidentielle de 2007.
05:12Elle est porte-parole du candidat avec Xavier Bertrand.
05:15C'est un nouveau visage émergent à droite.
05:18C'est une femme à un poste où on a plutôt l'habitude de voir des hommes émerger.
05:22Elle est issue de la diversité.
05:24Et Nicolas Sarkozy en profite pour lui confier aussi une mission sous-jacente, redorer son
05:31blason dans les quartiers.
05:32Et c'est comme cela qu'en marge des meetings de campagne de Nicolas Sarkozy pour la campagne
05:37de 2007, elle va organiser des réunions entre Nicolas Sarkozy et des jeunes dans la perspective
05:43de cette élection.
05:46Au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2009, pendant deux ans, elle est ministre
05:51de la Justice.
05:52Mais elle ne fait pas l'unanimité dans son propre camp, l'UMP qui deviendra les Républicains.
05:56Bah oui, parce qu'elle émerge trop vite, trop haut, dans un ministère très exposé,
06:01elle ne vient pas du Serail, c'est quelqu'un qui n'a pas sa langue dans sa poche, qui
06:05rend
06:05les coups aussi quand on lui donne.
06:07On l'accuse de ne pas avoir les mêmes codes.
06:09Elle, elle fonctionne avec les codes de la banlieue, des milieux populaires.
06:12C'est elle qui le dit, elle le revendique comme cela.
06:15Et on l'accuse aussi d'être une arriviste, une intrigante.
06:19Son ascension suscite inévitablement de la jalousie, des inimitiés.
06:23D'autant plus qu'elle est très proche de l'épouse de Nicolas Sarkozy, Cécilia.
06:30Grâce à Nicolas Sarkozy, Rachida Dati est candidate aux élections municipales de 2008 à Paris,
06:35candidate dans le 7e arrondissement et elle est élue le dimanche 29 mars 2008.
06:40Clémence Bauduin, elle est comment dans ce rôle de maire d'arrondissement ?
06:44Elle est proche de ses administrés, on la voit régulièrement serrer des mains sur les marchés.
06:49Le 7e, c'est un arrondissement propre, c'est un point important qui est régulièrement salué.
06:54Et sur le plan des dossiers qui ne relèvent pas de sa compétence, comme la sécurité,
06:58notamment sur le champ de Mars, puisqu'on rappelle que la tour Eiffel se situe sur l'arrondissement de Rachida
07:04Dati,
07:04elle monte régulièrement au créneau pour solliciter l'intervention de la préfecture de police,
07:09dans l'intérêt là encore de ses administrés.
07:11Donc en résumé, Rachida Dati dans son arrondissement, c'est une maire appréciée.
07:15Comment elle se comporte en tant qu'opposante face à Anne Hidalgo ?
07:18En fait, Rachida Dati, elle est dans un rôle de personnage, elle coupe régulièrement la parole à Anne Hidalgo.
07:24Par exemple, j'ai en mémoire là une vidéo dans laquelle on la voit interrompre la maire de Paris,
07:29en lui disant « ma pauvre chouchoute ».
07:31Alors face à ce désengagement, à son manque de soutien,
07:36alors qu'Anne Hidalgo est à la tribune en train de parler d'un dossier brûlant,
07:41et Rachida Dati, c'est la seule qui se permet de ce genre d'incursion dans le discours de la
07:45maire.
07:46De 2014 à 2020, on voit beaucoup moins Rachida Dati dans les médias nationaux.
07:50Elle se consacre essentiellement à son fief, le 7e arrondissement,
07:53et à sa fonction de députée européenne.
07:56Mais Clémence Bourdieu, elle rêve toujours de devenir maire de Paris.
08:00Alors effectivement, c'est un objectif qu'elle n'a jamais caché sur toute cette période.
08:05Elle communique pas mal sur les réseaux sociaux,
08:08où elle est tantôt auprès d'associations pour la défense des animaux,
08:12ou pour les femmes victimes de violences conjugales.
08:16Elle s'implique sur des thématiques de premier plan, mais toujours à l'échelle de Paris.
08:21Et ce qu'elle répète, c'est que de toute façon, son objectif, c'est la mairie de Paris.
08:27Elle est la candidate des Républicains pour les municipales de 2020,
08:31dont le calendrier est modifié à cause de l'épidémie de Covid.
08:34Et le dimanche 28 juin 2020, le second tour des municipales à Paris est remporté par Anne Hidalgo.
08:40Rachida Dati est deuxième, il y avait trois candidates encore en lice.
08:44Rachida Dati rassemble 34% des suffrages.
08:47La candidate macroniste, l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est loin derrière, avec 13% des voix.
08:54Elle avait remplacé au pied levé Benjamin Griveaux, contraint à l'abandon,
08:58suite à la diffusion d'une vidéo à caractère sexuel, une vidéo de lui.
09:03Oui, Clémence Bauduin, pour le parti d'Emmanuel Macron, ce scrutin a été une déroute.
09:08Oui, ça a été un épisode catastrophique pour le camp Macron.
09:12Cette vidéo intime de Benjamin Griveaux, qui est à ce moment-là un proche d'Emmanuel Macron,
09:16qui, on le rappelle, est l'un des co-fondateurs d'En Marche,
09:20elle porte un coup définitif à la campagne.
09:22Et pour Agnès Buzyn, qui a dû le remplacer au pied levé,
09:25forcément, la fin de cette campagne a été un véritable chemin de croix.
09:28Olivier Beaumont, suite à cet échec, Emmanuel Macron va se forger, au fil du temps, une conviction.
09:34Il comprend tout simplement que seul, il n'arrivera jamais à remporter la capitale,
09:39alors que c'est une ville qui, sociologiquement et électoralement, lui est plutôt favorable.
09:43Que faire pour essayer de battre l'indéboulonnable Anne Hidalgo ?
09:47Eh bien, c'est d'opérer un deal, un rapprochement.
09:50Et ce rapprochement, il ne peut que se faire avec l'autre partie représentée au Conseil de Paris,
09:55c'est-à-dire les Républicains, emmenée par une figure, Rachida Dati.
10:01Alexandre Sulzer, le lundi 21 juin 2021,
10:05Rachida Dati est sur France Inter au lendemain des élections régionales,
10:08marquées par une prime aux sortants, PS et LR.
10:11Elle fustige le « en même temps » d'Emmanuel Macron,
10:14qui va chercher des personnalités issues du PS ou des Républicains.
10:17Comme d'habitude, elle y va à la sulfateuse, c'est la méthode Dati, avec des formules choc.
10:22En marche, c'est quoi ?
10:23C'est des traites de gauche, des traites de droite.
10:25C'est un peu dur, non ?
10:26Non, c'est pas dur, c'est la réalité.
10:28Arrêtez de dire, c'est dur.
10:29Quand vous dites la vérité, vous dites « ah, c'est dur ».
10:31C'est la réalité.
10:32Évidemment, ça vise tous ceux qui, dans son camp, sont, à l'époque, tentés de rejoindre le pouvoir.
10:37Elle a déjà fustigé le macronisme à plusieurs reprises.
10:39Oui, à plusieurs reprises, elle s'en est prise au côté un peu élastique d'Emmanuel Macron.
10:43Elle a notamment, dans l'une de ses formules, parlé d'une droite chewing-gum, par exemple,
10:47qui collait aux semelles des marcheurs.
10:49Donc, elle y va à chaque fois avec des formules très imagées.
10:54On en arrive à l'actualité récente.
10:56À la fin de l'année 2023, Emmanuel Macron est face à une crise politique,
11:00provoquée par son absence de majorité absolue à l'Assemblée depuis les législatives de 2022.
11:05Il y a d'abord le vote d'une motion de rejet le 11 décembre,
11:08puis le projet de loi sur l'immigration, qui est adopté le mardi 19 décembre,
11:13avec toutes les voix du RN, les 88 députés RN,
11:16alors que 20 députés Renaissance ont voté contre.
11:19Emmanuel Macron veut changer de séquence.
11:21Il décide de remercier la chef du gouvernement, Elisabeth Borne.
11:25Le mardi 9 janvier, elle est remplacée par le jeune ministre de l'Éducation, Gabriel Attal, 34 ans.
11:30Alexandre Sulzer, il faut former un nouveau gouvernement, rapidement.
11:34Tout le monde pense que la ministre de la Culture, Rima Abdoulmalak, ne sera pas gardée.
11:40Rappelez-nous pourquoi.
11:41Deux raisons principales à cela.
11:42Premièrement, ses déclarations par le passé contre Vincent Bolloré.
11:46Elle a à plusieurs reprises fustigé le milliardaire en l'attaquant sur l'indépendance des médias qu'il mettrait en
11:52péril.
11:53Ça, c'est quelque chose qu'elle a fait sans l'accord d'Emmanuel Macron.
11:56Emmanuel Macron n'a pas apprécié.
11:57Emmanuel Macron veut se garder comme une forme de bienveillance de la part des médias de cet empire à son
12:02égard.
12:03Et par ailleurs, elle a également eu des propos très durs contre Gérard Depardieu, accusé de viol et d'agression
12:09sexuelle.
12:10Elle a légitimé le fait que sa légion d'honneur soit remise en cause,
12:14ce qui n'est pas du tout la position que défend le président de la République.
12:17Qui va d'ailleurs jusqu'à l'humilier publiquement,
12:19puisque fin décembre, il est l'invité en prime time de l'émission Et c'est à vous.
12:23Il est interrogé sur la position de la ministre de la Culture et il dit qu'elle a eu tort.
12:27La ministre de la Culture, c'est avancé.
12:29Oui, je le confirme. Un peu trop.
12:37Olivier Beaumont, au départ, quels sont les noms qui circulent pour remplacer Rima Abdelmanak ?
12:42En fait, il y a très peu de noms.
12:43Un nom m'avait été glissé, celui d'Éric Dupond-Moretti, l'actuel garde des Sceaux.
12:49Certains conseillers disaient, il fait du théâtre, c'est un acteur,
12:52donc ça pourrait cocher certaines gaz, en plus il vient de la gauche, donc pourquoi pas.
12:56Et puis un autre nom va circuler, celui de la journaliste Claire Chazal.
13:00Alors, ce n'est pas la première fois, chaque remaniement, c'est un peu un gimmick qui revient systématiquement,
13:05c'est-à-dire que son nom circule.
13:06C'est une rumeur qui va très vite retomber, c'est-à-dire qu'il va y avoir un veto
13:11catégorique de l'entourage du président à l'Elysée concernant cette hypothèse.
13:16Et donc, le nom de Rachida Dati apparaît dans les discussions à l'Elysée, pourquoi ?
13:20Son nom apparaît parce qu'il y a une volonté de refaire un second coup pour Emmanuel Macron.
13:27Après le premier effet waouh, Gabriel Attal, elle est reçue, ça se passe bien,
13:31il lui fait quelques propositions qui ne sont pas à la culture d'ailleurs au début.
13:35On apprendra après coup qu'il lui aurait notamment proposé le ministère de l'Intérieur.
13:39Elle n'est pas convaincue par les propositions du président.
13:42Et c'est quand le sujet de Paris commence à être abordé dans les conversations
13:46que ça va faire basculer Rachida Dati dans son choix.
13:50Que lui propose Emmanuel Macron ?
13:52En gros, une forme de deal, c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
13:55Rachida Dati est la candidate déclarée de la droite pour la capitale.
14:00Renaissance ne s'est pas encore choisi un candidat.
14:03Et ce que propose Emmanuel Macron, en gros, c'est de lui dire
14:06écoute Rachida, moi j'ai besoin de toi pour former ce gouvernement, donc tu viens.
14:11Et puis le moment venu, quand 2026 approchera pour les municipales,
14:14eh bien tu n'auras pas de candidat Renaissance face à toi.
14:20Il y a un élément qui pourrait être un frein à cette nomination,
14:23c'est le fait que depuis le mois de juillet 2021,
14:26Rachida Dati est mise en examen pour corruption passive et trafic d'influence.
14:30En résumé, de quoi elle est soupçonnée ?
14:32Il y a un soupçon de conflit d'intérêt,
14:34puisqu'elle a fait une prestation de conseil à l'époque où elle était avocate
14:38pour une filiale de Nissan, à l'époque dirigée par Carlos Ghosn,
14:42le patron de l'Empire Automobile.
14:43Et à l'époque où elle était aussi députée européenne.
14:48Et donc il y a derrière ça, de manière sous-jacente,
14:50ce soupçon que cette collaboration aurait pu peser
14:54dans ses votes et ses prises de décision politiques.
14:56Olivier Beaumont, cette mise en examen, ça a joué dans les discussions ?
14:59Il y avait une jurisprudence jusqu'à présent,
15:01c'est-à-dire que quand un ministre est mis en examen,
15:03il quitte le gouvernement.
15:04Bon, on a vu que déjà quand Éric Dupond-Moretti l'a été,
15:08il n'a pas quitté le gouvernement.
15:10Donc on imagine que Rachid Haddati, dans les discussions qu'il a eues avec Emmanuel Macron,
15:14a dû lui apporter un certain nombre de garanties concernant sa probité.
15:21Le jeudi 11 janvier, à 18h,
15:23Rachid Haddati informe certains élus de Paris, de son groupe,
15:26qu'elle va être nommée ministre de la Culture.
15:29Alexandre Sulzer, cette nomination sera confirmée quelques minutes plus tard.
15:33Et elle surprend tout le monde, notamment dans le milieu de la culture.
15:36Oui, c'est un milieu qui ne connaît pas du tout Rachid Haddati.
15:39C'est vrai qu'elle, dans l'espace public,
15:41elle intervient sur les questions de justice,
15:43sur les questions d'intégration, sur les questions de sécurité,
15:45mais pas du tout sur les questions culturelles.
15:48Donc cette nomination surprend énormément de monde et inquiète.
15:51Il est vrai que c'est un milieu qui est plutôt de gauche.
15:54Rachid Haddati a un profil de droite, de droite assumée.
15:57Et par ailleurs, elle est connue pour être extrêmement offensive,
16:02extrêmement clivante.
16:03Et le milieu a des interrogations sur sa capacité à discuter
16:07avec une ministre aussi tranchée.
16:09Clémence Bauduin, je rappelle que vous êtes chef adjointe
16:11de l'édition de Paris, du Parisien.
16:13Est-ce que jusqu'ici, Rachid Haddati a semblé s'impliquer
16:16dans les dossiers culturels de la capitale ?
16:19Alors, on ne peut pas vraiment dire que Rachid Haddati
16:22s'illustre spécifiquement sur les dossiers culturels à Paris.
16:26D'ailleurs, un de ses opposants, le député communiste Yann Brossal,
16:29a épinglé à ce sujet sur X, anciennement Twitter.
16:32Il a listé un certain nombre de projets culturels
16:35auxquels la maire du 7e s'est opposée au Conseil de Paris.
16:39Alors, ça ne dit pas que Rachid Haddati
16:41fera une piètre ministre de la Culture.
16:43Laissons l'avenir le dire.
16:45En tout cas, à Paris, il n'incarne pas vraiment
16:47le combat pour la culture.
16:51Dès la soirée du jeudi 11 janvier,
16:53le président des Républicains, Éric Ciotti,
16:55ne cache pas sa colère à Alexandre Sulzer.
16:57Il y a eu des rumeurs dans l'après-midi.
16:59Éric Ciotti a essayé d'appeler Rachid Haddati
17:00pour avoir confirmation de ces rumeurs.
17:02Elle a fini par le rappeler et lui dire
17:04« Oui, c'est vrai, effectivement, je vais au gouvernement. »
17:07Il l'a appris comme ça, vraiment, dans la dernière ligne droite.
17:09C'est un désaveu pour lui, d'autant plus
17:10que Rachid Haddati, c'est vraiment une amie,
17:12c'est une proche, c'est pas quelqu'un
17:14avec qui il est en opposition, en interne.
17:16Donc, il est vraiment pris de court.
17:18Et il est obligé, dans la foulée,
17:20dans les minutes qui suivent l'annonce,
17:22d'envoyer un communiqué pour dire
17:24qu'elle ne fait plus partie désormais
17:25de la famille politique.
17:27« J'ai appris la nomination de Rachid Haddati
17:29qui m'en a informé dans ce gouvernement avec tristesse.
17:33Aujourd'hui, nous en tirons toutes les conséquences.
17:35Rachid Haddati ne fait plus partie des Républicains. »
17:38Colère également du président du parti centriste Modem,
17:41François Bayrou,
17:41pour lui, le nouveau gouvernement penche trop à droite.
17:45« Oui, c'est une obsession de François Bayrou
17:47que les gouvernements ne penchent pas trop à droite,
17:48ne soient pas dominés non plus
17:49par des personnalités qui attirent trop la lumière.
17:53Et ça, c'est vrai que Rachid Haddati,
17:54également, est une personnalité sarkoziste.
17:57François Bayrou, lui, a une inimitié de longue date
18:00et largement documentée avec Nicolas Sarkozy.
18:02Il ne voit pas ça d'un très bon oeil. »
18:08Donc là, Emmanuel Macron se froisse
18:09avec ses alliés du Modem
18:10et avec ses adversaires LR.
18:12Olivier Beaumont, on rappelle qu'il n'a pas
18:14de majorité absolue à l'Assemblée.
18:17Est-ce que ça ne va pas lui compliquer
18:18encore un peu plus la tâche ?
18:20« Oui, parce qu'on voit bien qu'à chaque fois
18:22qu'un texte est soumis au vote
18:24dans l'hémicycle, pour avoir une majorité,
18:27le groupe Renaissance et ses partenaires
18:29Modem et Horizon ont besoin d'autres voies.
18:31Et à chaque fois, c'est naturellement
18:33qu'ils se tournent vers les 62 députés
18:36du groupe Les Républicains.
18:37Sauf qu'avec ce qui vient de se passer
18:39avec la promotion de Rachid Haddati,
18:41je pense que ça a plutôt à avoir un effet inverse.
18:43C'est-à-dire qu'on sait déjà
18:44qu'entre le président du groupe LR,
18:46Olivier Marlex, et le président de la République,
18:48et la majorité en général,
18:49c'est la haine absolue.
18:51Et Rachid Haddati, elle a été exclue immédiatement
18:53de son parti le soir de sa nomination.
18:55Donc, je pense que ce genre de provocation
18:58va plutôt être contre-productif
19:00et que dès qu'ils vont avoir la première occasion
19:03de se venger, ils ne vont pas se gêner.
19:05Ils vont mettre en minorité la majorité présidentielle. »
19:09Samedi 13 janvier, Rachid Haddati
19:11accorde une interview aux Parisiens
19:13qui est publiée dans la soirée.
19:15Clémence Bauduin, est-ce qu'elle confirme
19:17avoir passé un accord avec Emmanuel Macron
19:18pour ne pas avoir face à elle
19:20de candidat de la majorité présidentielle
19:22au municipal à Paris en 2026 ?
19:25« Alors en fait, elle nous renvoie
19:26la question qu'on lui pose, bien sûr,
19:28à ce sujet.
19:30Et d'une certaine manière, elle dément
19:31puisqu'elle nous dit « Mais vous m'imaginez
19:33parler de ça avec Emmanuel Macron
19:34à un moment où il me nomme,
19:36comme ça, à la dernière minute.
19:37Ce qu'elle nous dit à ce moment-là, c'est
19:39« Paris reste pour moi un objectif.
19:42Elle nous dit qu'elle va rester maire d'arrondissement
19:44et qu'elle va continuer à siéger
19:46au Conseil de Paris. »
19:48Le mardi 16 janvier, Emmanuel Macron a démenti
19:50lui aussi avoir parlé des municipales avec elle.
19:53Clémence Bauduin, est-ce que Rachida Dati
19:55peut vraiment continuer à être maire d'arrondissement
19:57et conseillère de Paris
19:58en même temps que ministre de la Culture ?
20:01C'est en tout cas ce qu'elle nous dit.
20:02C'est une mission qu'elle veut accomplir.
20:05Par exemple, le samedi 13 janvier,
20:07elle a tenu à célébrer un mariage
20:09à la mairie du 7e arrondissement
20:11alors qu'elle venait d'être tout juste
20:12nommée ministre de la Culture.
20:14Est-ce qu'elle pourra continuer
20:15à assurer ce genre de cérémonie
20:17dans les prochaines semaines
20:19et dans les prochains mois
20:19tout en traitant les dossiers brûlants
20:21de la culture ?
20:22C'est une question qu'on peut légitimement
20:23se poser.
20:24Par ailleurs, à la fin du mois de janvier,
20:26on a un prochain Conseil de Paris
20:28où du coup, il est prévu qu'elle siège.
20:30Est-ce qu'une ministre de la Culture
20:31peut passer trois ou quatre jours,
20:33c'est la durée du Conseil de Paris,
20:35assise au Conseil de Paris ?
20:37Là encore, on peut se poser la question.
20:47Merci à Clémence Broduin, Olivier Beaumont
20:49et Alexandre Sulzer.
20:51Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
20:53Cet épisode a été produit par Barbara Gouy
20:55et Clara Garnier-Amouroux.
20:58Réalisation, Pierre Chaffanjon.
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