- il y a 10 heures
Cette œuvre retrouvée il y a près d’un siècle, et tardivement attribuée au génie italien, suscite fantasmes et polémiques. Depuis son rachat pour 450 millions de dollars en 2017 par le prince héritier d’Arabie Saoudite, elle fait même l’objet de tractations politiques. Code source retrace la folle histoire du « Salvator Mundi » avec Yves Jaeglé, journaliste au service culture du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Raphaël Thomas - Production : Marion Bothorel et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : Christie's, The National Gallery, France 5.
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NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est le tableau le plus cher au monde.
00:1465 sur 45 cm, il représente le Christ, deux doigts levés vers le ciel, une boule de cristal dans l
00:22'autre main.
00:23Longtemps pris pour une copie, il est aujourd'hui acquis que ce tableau est sorti de l'atelier de Léonard
00:29de Vinci.
00:30Codesources vous raconte aujourd'hui l'histoire du Salvatore Mundi avec Yves Géglé du service culture du Parisien.
00:45Yves Géglé, le 15 novembre 2017 à New York, la maison de vente aux enchères Christie's, organise une vente très
00:51importante, celle d'une œuvre attribuée à Léonard de Vinci.
00:55Oui, alors c'est une vente hors du commun au Rockefeller Center de New York.
00:59Il y a eu toute une publicité qui a été faite et en plus c'était une vente d'art
01:03contemporain.
01:04Alors que faisait là un Léonard de Vinci ? C'est parce que dans les ventes d'art contemporain, il
01:08y a toujours beaucoup plus de folie.
01:09Il y a des acheteurs qui viennent de Russie, de Chine, d'Arabie Saoudite ou des milliardaires qui ont envie
01:15de s'offrir un énorme coût.
01:16Ce qui n'arrive jamais dans les ventes d'art ancien.
01:18Alors quel tableau attribué à Léonard de Vinci est en vente ?
01:21Le Salvatore Mundi, le Christ sauveur du monde, qui est un thème récurrent dans l'art de la Renaissance.
01:29Il faut savoir que ce tableau, sa trace a été perdue pendant un siècle et demi.
01:33Les historiens disent qu'il a pu se retrouver dans une collection royale en Angleterre,
01:36mais dont cette version de Léonard de Vinci a été redécouverte quelques années avant.
01:41Sur le tableau, on voit le Christ qui semble dicter la parole divine.
01:46Il a une main qui semble enseignée et puis de l'autre, il tient une sorte de boule de cristal.
01:51Alors pas de magicien, mais c'est une sorte de bénédiction du monde.
01:56Avant de vous dire comment s'est déroulée cette vente, on va d'abord retracer l'histoire du Salvatore Mundi.
02:02Des décennies plus tôt, en 1958, le tableau est vendu par un collectionneur britannique quelques dizaines de livres.
02:09Il passe pour une copie, soit un élève, soit carrément une copie tardive.
02:13Et donc il est vendu pour une poignée de livres sterling.
02:16En 2005, le tableau attire l'œil de trois marchands d'art dans une vente régionale aux Etats-Unis.
02:22C'est un industriel de Louisiane, enfin à Bâton Rouge, qui a disparu et sa collection est vendue.
02:27Christie vient l'expertiser, il tombe sur ce tableau et il n'en veut pas.
02:32Il dit non, ça c'est une copie un peu minable.
02:34Du coup, ce tableau se trouve vendu dans une petite vente locale.
02:37Mais là, il y a effectivement deux ou trois marchands américains qui ont l'œil,
02:41qui repèrent que c'est sans doute une œuvre importante.
02:44Et donc ils arrivent à l'acheter pour une somme dérisoire de 1175 dollars.
02:49Ça m'a fasciné parce que j'ai fait la conversion, c'est 990 euros.
02:53Le tableau est restauré pendant plusieurs années.
02:56En 2008, il est transporté à Londres pour être expertisé par cinq des plus grands spécialistes de Léonard de Vinci.
03:03Qu'est-ce qu'ils en disent ?
03:05Alors déjà, c'est une expertise assez rapide.
03:07Il faut le dire, c'est parce qu'il y a une exposition Léonard de Vinci qui se prépare à
03:10la National Gallery de Londres.
03:12Et donc les conservateurs convoquent cinq experts.
03:15Et qui effectivement constatent qu'il y a des restaurations, qu'il y a des parties très abîmées.
03:20Ils ne sont pas d'accord entre eux.
03:22Il y a un expert britannique, Martin Kemp, qui est âgé, qui est un des grands spécialistes de Léonard,
03:27qui dit oui, c'est un Léonard.
03:29Il reconnaît sa touche, la lenteur du travail.
03:32Il y a une Américaine qui dit non.
03:34Elle ne le reconnaît pas comme un Léonard, mais comme le tableau d'un de ses élèves.
03:37Et les autres refusent de se prononcer.
03:40Ça veut quand même dire que sur cinq, il y en a un seul qui l'authentifie.
03:44Ce qu'il est important de comprendre, c'est qu'on ne parle pas là d'une expertise scientifique.
03:49On parle d'experts, c'est-à-dire des gens qui ont un œil,
03:52qui vont donc voir le tableau, mais pas forcément très longtemps,
03:55et qui donc n'ont pas le même avis.
04:01Suite à cette expertise, en 2011, le Salvatore Mundi est quand même présenté
04:04comme une œuvre peinte de la main de Léonard de Vinci.
04:08Il est exposé à la National Gallery de Londres.
04:11Et il est présenté déjà avec un luxe, un peu comme dans un show.
04:15Il y a une vidéo qui est faite de manière extrêmement spectaculaire,
04:19parce que le musée y tenait, un petit peu pour légitimer le tableau,
04:22où les spectateurs, enfin le public, est filmé, on voit l'émerveillement.
04:27Et d'ailleurs, il y a des people qui passent.
04:29Et il y a même Leonardo DiCaprio qu'on voit regarder ce tableau
04:33avec les yeux totalement fascinants.
04:50Deux ans plus tard, Yves Géglet, par l'intermédiaire d'un courtier,
04:54le tableau est revendu près de 130 millions de dollars à un milliardaire russe.
04:59C'est Dimitri Ribolovlev, qu'on connaît bien en France,
05:02puisque c'est le président du club de foot de l'association sportive de Monaco,
05:06qui fait partie de ces oligarques qui se sont enrichis énormément
05:11après la fin de l'Union soviétique.
05:13Et donc, il achète des tableaux, il a une énorme collection,
05:16et il est intéressé par ce tableau.
05:18Alors, pour lui, ce sont des placements financiers.
05:20Il l'a vu une fois, le tableau, ou deux,
05:22mais en tout cas, il ne l'expose pas chez lui.
05:24Mais il l'achète de gré à gré, comme on dit.
05:42Yves Géglet, on en revient maintenant au point de départ de cet épisode de Codesources,
05:46la vente chez Christie's à New York, le mercredi 15 novembre 2017.
05:50C'est donc ce milliardaire, Dimitri Ribolovlev,
05:53qui décide de vendre le tableau chez Christie's.
05:55Comment se déroulent les enchères ?
05:57Il faut bien comprendre que dans une vente comme celle-ci,
05:59les acheteurs réels et collectionneurs ne sont pas présents.
06:03Très vite, l'enchère devient un duel entre deux milliardaires qu'on ne connaît pas.
06:08Avec Alex, à 280 millions de dollars.
06:13On est tous faits ?
06:14Peut-être pas.
06:15Dans ce duel, ce sont deux hommes qui sont en fait membres du personnel de Christie's,
06:18et chacun représente un des deux acheteurs principaux.
06:22Et à 53 reprises, l'enchère monte.
06:27Les enchères continuent, continuent.
06:30Parfois, il y a des blancs, même des ralentissements.
06:31On entend des cris dans la salle.
06:33Ça va durer en tout 19 minutes.
06:39Et puis arrivent 400 millions.
06:41Le chiffre est une barre incroyable.
06:47Et là, il y a un silence,
06:48puisque dans le duel, l'autre enchérisseur ne laisse tomber.
06:54Et là, on entend adjugé, vendu, le coup de marteau, surtout.
07:07Le tableau est donc vendu 400 millions de dollars, sans compter les frais.
07:12Comment réagit le monde de l'art à ce moment-là ?
07:14Le monde de l'art est stupéfait.
07:16Jamais un tableau ne s'était vendu ni à 400 millions, ni même à 300 millions.
07:20Et le monde de l'art est très surpris,
07:22parce que beaucoup de critiques d'art et d'historiens ont vu le tableau à Londres.
07:26Et c'est un tableau qui reste discuté.
07:29Les experts n'étaient pas d'accord, on l'a dit.
07:31Et c'est un tableau qui n'est pas très beau,
07:33parce qu'il a été très abîmé par le temps.
07:35Il y a donc une sorte de sidération.
07:37Est-ce qu'on sait qui a acheté le tableau ?
07:39Juste après la vente, on ne sait pas du tout.
07:41C'est assez amusant.
07:41Je me souviens que moi-même, je cherchais.
07:43On a parlé d'un acheteur chinois.
07:46On a parlé de musées venant de pays émergents.
07:50Il y a un grand mystère autour de cet achat.
07:55Trois semaines plus tard, le 6 décembre, aux Émirats Arabes Unis,
07:59le Louvre Abu Dhabi, inauguré en 2017,
08:02annonce que le tableau a rejoint sa collection.
08:04Oui, le Louvre Abu Dhabi publie un tweet en annonçant qu'il possède le tableau.
08:09C'est à la fois une énorme surprise et ça semble logique.
08:12Une énorme surprise parce que le Louvre Abu Dhabi est dirigé plutôt par des équipes françaises
08:16et qu'il y a un budget, un budget qui ne permet absolument pas de dépenser cette somme.
08:22Et en même temps, les Émiratis, qui malgré tout co-dirigent aussi le musée,
08:27avaient toujours dit que s'il y avait un gros coût, ils seraient prêts à le faire.
08:30Et on est à peu près un an après la création du musée.
08:33Et tout d'un coup, on se dit, mais bien sûr, pour le Louvre Abu Dhabi,
08:37posséder possiblement le 16e tableau de Léonard de Vinci,
08:40puisqu'il n'en a pas qu'une quinzaine dans sa vie, c'est un coût extraordinaire.
08:43Toujours début décembre, le Wall Street Journal fait des révélations sur l'acquéreur de ce tableau.
08:49Il s'agirait d'une tête couronnée.
08:51Alors c'est encore une surprise de plus,
08:53puisque tout le monde pense que le tableau a été acheté par les Émirats.
08:57Et là, arrive un nom, un nom en plus très sulfureux.
09:01Mohamed Ben Salman, le fameux MBS, le prince héritier de l'Arabie Saoudite.
09:06Et on se dit, mais pourquoi ?
09:08En juin 2018, le Louvre Abu Dhabi fait une annonce.
09:11Oui, alors ce musée annonce qu'il va présenter le tableau lors d'une exposition.
09:17On se dit, on va enfin le voir,
09:19parce qu'il y a une grande amitié diplomatique entre les Émirats arabes unis et l'Arabie Saoudite.
09:24On se dit, ce tableau a peut-être été acheté par un prince qui le prête à un autre prince,
09:28mais on s'attend à enfin le voir.
09:31Finalement, l'exposition n'a pas lieu.
09:33Non, cette exposition n'aura jamais lieu.
09:35Et le Louvre Abu Dhabi ne parlera plus jamais de ce tableau,
09:38ce qui est un autre trou noir dans cette histoire incroyable.
09:41Seule certitude, le tableau acheté par le prince MBS, Mohamed Ben Salman,
09:45est bien devenu la propriété de l'Arabie Saoudite.
09:48En 2018, on sait officiellement que le tableau appartient au ministère de la Culture de l'Arabie Saoudite,
09:55via ce prince MBS.
09:57C'est une année où il y a beaucoup de tractations entre la France et l'Arabie Saoudite.
10:01A partir de ce moment-là, on sait que les négociations pour voir le tableau,
10:04éventuellement en France, au Louvre, se font avec l'Arabie Saoudite.
10:07Mais le monde de l'art, les amateurs, les journalistes, se posent tous la même question.
10:12Où est passé le tableau ?
10:13En effet, il y a un grand flou qui dure des semaines, des mois.
10:18Moi, je me souviens même de conversations avec le président du Louvre,
10:21alors qu'il peut me mentir, mais qui me dit « je vous jure, je ne sais pas où se
10:24trouve le tableau ».
10:25Et on comprend que le tableau est probablement en Arabie Saoudite,
10:29ce qui va se confirmer au fil des mois.
10:30Et il va y avoir plusieurs théories sur où se trouve précisément le tableau.
10:34Donc, une des rumeurs qui vient de la presse américaine
10:38dit que le tableau a été emporté de nuit en avion
10:41et transporté sur le yacht du prince Mohamed Ben Salman.
10:45Un yacht immense, c'est le paquebot France, version Arabie Saoudite.
10:50Mais personne ne l'a vu.
10:51En fait, on ne sait pas.
11:02En 2019, l'année des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci,
11:05le 24 octobre, à Paris, le musée du Louvre inaugure une exposition-événement
11:11consacrée à l'œuvre du maître italien.
11:13Oui, alors c'est une exposition retentissante,
11:15puisque le Louvre est le musée au monde qui possède le plus de Léonard de Vinci.
11:20Et donc, cette expo ouvre.
11:22On s'est demandé, est-ce qu'on y verra le Salvatore Mundi ?
11:25Je me souviens d'avoir visité l'exposition au vernissage une semaine avant.
11:28On m'a expliqué, là, cet emplacement, si le tableau vient, il sera là.
11:32Mais le tableau n'est pas venu.
11:34Yves Géglet, en réalité, à ce moment-là, le musée et Mohamed Ben Salman
11:38n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord sur les conditions pour exposer ce tableau à Paris.
11:44Non, c'est une négociation vraiment folle qu'on commence seulement à comprendre.
11:48C'est que la France et l'Arabie Saoudite ont négocié jusqu'au début de l'exposition et même après,
11:53puisqu'ils ont espéré avoir le tableau même pour les deux derniers mois.
11:57En réalité, le prince voulait absolument que le Salvatore Mundi soit exposé à côté de la Joconde.
12:03Et le Louvre ne le voulait pas.
12:05Déjà, il faut savoir que la Joconde n'était pas dans l'exposition.
12:07C'est un tableau qui ne bouge pas, donc la Joconde était restée à son emplacement habituel.
12:12Mais l'Arabie Saoudite voulait que le Salvatore Mundi soit exposé, même dans cette salle-là,
12:17mais en face de la Joconde.
12:18Et pour le Louvre, l'enjeu était énorme, parce que ça aurait sous-entendu que le Salvatore Mundi était un
12:23tableau qui,
12:23entre guillemets, valait autant esthétiquement, sans parler financièrement, que la Joconde.
12:30Et le Louvre ne voulait pas se prêter à ce jeu-là, parce que ça restait un tableau discuté.
12:35Et il y a eu un autre point de blocage ?
12:36Oui, alors une des autres interprétations, parce qu'il faut savoir que le Louvre, officiellement, ne parle jamais de ces
12:41sujets-là.
12:42Ce ne sont pas des déclarations du Louvre.
12:44Mais il s'est dit que dans la négociation, le Louvre, qui souhaitait quand même avoir le tableau,
12:49voulait mettre un cartel, donc ce qui est écrit sous le tableau, Léonard de Vinci et Atelier.
12:54Mais l'Arabie Saoudite voulait que soit inscrit sur ce cartel uniquement Léonard de Vinci,
12:59que ce soit un tableau 100% Léonard de Vinci.
13:02Et une des thèses est que cela, le Louvre n'a pas voulu l'accepter.
13:08À cette période, une critique anglaise de passage à la librairie du Louvre
13:13tombe par hasard sur un document qui aurait dû rester confidentiel.
13:16Oui, c'est un énième chapitre insensé dans cette histoire qui n'en manque pas.
13:22C'est que le Louvre avait donc édité son catalogue.
13:25Mais ils n'ont pas eu le droit de mettre la notice sur le Salvatore Mundi dans le catalogue officiel,
13:30puisque le tableau n'est pas venu.
13:32Mais les négociations ayant continué, ils ont préparé une sorte d'ajout, un fascicule,
13:36de trois textes d'une quarantaine de pages qui présentent l'expertise du Salvatore Mundi.
13:42Ce livre n'aurait jamais dû sortir, sauf si le tableau était venu.
13:46Mais, à la suite apparemment d'une erreur technique, la librairie du Louvre l'a mis en place pendant quelques
13:51heures,
13:52ou une journée maximum, et une critique d'art anglaise était là et a pu l'acheter et lui a
13:56consacré un article.
13:57Est-ce qu'il y a eu des retombées après cet article ?
14:00Non, curieusement, à ce moment-là, on n'en parle pas, ça ne rencontre pas d'écho.
14:05L'expo est un événement énorme en elle-même, comme j'ai dit, un million de visiteurs.
14:09On n'était bizarrement pas dans ces thématiques-là.
14:12Yves Géglet, vous, vous avez finalement accès à ce fascicule trois ans plus tard cette année, le 11 avril.
14:18Voilà, ça circule entre très peu de médias, finalement.
14:23Et pour moi, ce fascicule est un choc énorme, parce que j'avais compris que le Louvre considérait que c
14:29'était un tableau en partie de Léonard, mais plutôt de son atelier.
14:32Or, dans ce mini-catalogue fantôme, et le président du Louvre, Jean-Luc Martinez,
14:37et le spécialiste des peintures italiennes et commissaire de l'exposition Vincent Delieuvin,
14:41et les chercheurs de l'atelier de restauration du Louvre et des Musées de France disent
14:45« c'est vraiment un tableau de Léonard et que de Léonard, pas de ses élèves ».
14:50Est-ce qu'on sait pourquoi le Louvre est en mesure d'affirmer ça dans ce fascicule ?
14:55Oui, ce que ce fascicule montre, c'est que le Salvatore Mundi est venu au Louvre,
15:00du moins dans les sous-sols du Louvre où se tient cet atelier qui s'appelle le C2RMF, c'est
15:04un centre de recherche.
15:05Il y est resté plusieurs semaines, voire mois en 2018.
15:08Et donc cette fois, ce ne sont pas des experts qui l'ont juste regardé,
15:11ce sont des machines, ce sont des rayons X qui permettent d'aller voir ce qui se trouve
15:16sous les différentes couches picturales sans abîmer le tableau.
15:19Et c'est un travail d'une scientificité exceptionnelle qui est pratiquement irréfutable
15:25et qui montre en apparence qu'il y a vraiment la touche de Léonard de Vinci.
15:30On en sait plus sur cette expertise effectuée au Louvre ?
15:33Alors c'est une opération top secret.
15:36Très peu de personnes ont été accréditées, même au sein du Louvre
15:39et parmi ce comité de chercheurs de l'atelier de restauration,
15:42on raconte que peut-être des serrures ont été changées.
15:44Il y a des grands spécialistes de Léonard de Vinci au Louvre qui eux-mêmes n'ont pas vu le
15:47tableau.
15:48Voilà, une sécurité comme on n'en a jamais vu.
15:50Tout était anormal.
15:57Vous racontez tout ça dans un article dans Le Parisien le 12 avril
16:00et le lendemain, un documentaire est diffusé sur France 5
16:03intitulé « Salvatore Mundi, la stupéfiante affaire du dernier Vinci ».
16:08Que raconte ce documentaire ?
16:10Alors ce documentaire ne parle pas du tout du fascicule, du catalogue fantôme.
16:14Il raconte l'histoire depuis le début, depuis la Louisiane.
16:17C'est passionnant parce que le réalisateur a retrouvé les tout premiers vendeurs.
16:22Enfin, il raconte vraiment comment ce tableau est passé de 1000 dollars à 450 millions de dollars.
16:28Mais surtout, on découvre que ce n'est pas simplement une bataille d'experts,
16:31pour savoir si c'est un vrai Léonard et jusqu'à quel point,
16:34mais on découvre que c'est une bataille diplomatique entre la France et l'Arabie Saoudite.
16:39Pour l'après-pétrole, le prince a un projet révolutionnaire, Vision 2030.
16:46Il repose sur une ouverture à l'Occident et un changement d'image,
16:50mais aussi sur le développement du tourisme autour du site d'Aloula
16:55et sur la construction de musées.
16:59On veut importer ce qui se fait de mieux au monde
17:02pour créer quelque chose de nouveau ici,
17:05pour la nouvelle Arabie Saoudite.
17:08Ça, c'était très nouveau.
17:10C'est-à-dire que la peinture sort de sa sphère habituelle de spécialiste
17:13et devient un enjeu économique majeur
17:15parce que la France et l'Arabie Saoudite négocient actuellement,
17:20et depuis ces dernières années, de très gros contrats,
17:22pas seulement autour de l'armement, mais précisément autour de la culture.
17:26Et justement, dans ce documentaire, on apprend par exemple
17:28que Mohamed Ben Salman aurait profité d'un rendez-vous
17:31avec le président français Emmanuel Macron, il y a trois ans,
17:34en avril 2018, pour lui demander de faire expertiser son tableau
17:38à Paris par le Louvre.
17:39Oui, alors on savait avant ce documentaire
17:42que Mohamed Ben Salman et Emmanuel Macron
17:46avaient dîné sous la pyramide du Louvre,
17:47puisque c'était le lancement d'une visite officielle
17:49du prince d'Arabie Saoudite, le prince héritier.
17:52Mais ce qu'on ignorait, c'est effectivement que le tableau avait pu être au centre
17:56d'une tractation importante.
17:59Et cela, on l'apprend notamment parce que des conseillers de la présidence
18:02ou du Premier ministre et du ministère de la Culture
18:05ont parlé en offre aux réalisateurs du documentaire
18:07et lui ont révélé des éléments qu'on ne connaissait pas
18:10sur toute cette longue négociation.
18:11Et donc l'expertise top secrète que vous nous avez racontée
18:14avait été négociée entre les deux hommes ?
18:16Absolument, c'est le président Macron
18:18et le prince héritier d'Arabie Saoudite MBS
18:21qui, au cours de ce fameux dîner,
18:23discutent de ce qu'ils pourront faire avec ce tableau
18:26pour une raison très simple,
18:27c'est que l'atelier de restauration du Louvre
18:29ne travaille pas pour des clients privés,
18:31c'est une entreprise d'État.
18:33Et donc, pour que cette expertise ait lieu,
18:36il fallait en principe que le tableau après soit présenté au Louvre.
18:39Sinon le Louvre n'aurait pas eu à l'expertiser.
18:41Que dit ce documentaire sur la paternité du tableau ?
18:44Sur qui a peint le Salvatore Mundi ?
18:47Selon ce film, c'est surtout l'atelier de Léonard
18:50qui a contribué au tableau.
18:53Léonard aurait peint plutôt peut-être une partie,
18:55les cheveux, les mains,
18:57mais il y a en tout cas un doute, selon ce documentaire,
18:59sur le fait qu'il se serait attaqué à la totalité,
19:02notamment du visage.
19:03Donc ça contredit ce que disait le Louvre
19:06dans ce fascicule qui était censé rester secret.
19:08Oui, il y a une contradiction évidente
19:10puisque dans un cas, c'est un Léonard de Vinci 100%,
19:13et dans un autre cas, c'est un tableau d'atelier avec Léonard,
19:18ce qui ne veut pas dire du tout la même chose.
19:20Donc là, on est complètement dans le flou, alors qu'il est ?
19:23On est dans le flou, oui et non,
19:24parce que tous les peintres travaillaient avec un atelier
19:26et un atelier important.
19:28C'étaient des petites entreprises.
19:29Il n'y avait pas l'image du peintre solitaire,
19:31comme au XIXe siècle avec Van Gogh, etc.
19:34Le simple fait que Léonard ait très largement ou largement contribué à ce tableau
19:38en fait un tableau de Léonard de Vinci.
19:40La vraie question, c'est est-ce que ça reste un chef-d'œuvre
19:43ou est-ce que les altérations du temps sont telles
19:46que ce qui donne vie à ce tableau,
19:48à un tableau de Léonard habituellement,
19:50par exemple, la Joconde semble vivante,
19:52elle semble respirée,
19:52ça, on ne le voit pas sur le Salvatore Mundi.
19:55Et même dans l'expertise de ce fameux catalogue fantôme,
19:57il est dit que ce tableau manque de vie,
20:00que c'est donc un vrai Léonard,
20:02mais pas un grand Léonard,
20:03à cause du temps, de mauvaises restaurations
20:06qui ont considérablement abîmé le tableau originel.
20:10Dans ce que vous nous avez raconté, Yves Géglet,
20:12on dirait que Mohamed Ben Salman,
20:14donc le potentiel acheteur du Salvatore Mundi,
20:16a tout fait pour donner de la valeur à ce tableau.
20:19Quand on paye un tableau 450 millions de dollars,
20:22je pense qu'on veut lui donner une valeur énorme
20:24et surtout, l'Arabie Saoudite est extrêmement fière
20:27de posséder un Léonard de Vinci,
20:29parce que de fait, elle possède un Léonard de Vinci.
20:31Qu'il ait participé à ce tableau à 20, 30, 50, 80 ou 100%,
20:36ça reste quand même la main de Léonard.
20:38Donc effectivement, ils veulent valoriser ce tableau
20:40et ils n'étaient pas satisfaits
20:42des conditions que le Louvre leur proposait.
20:58Yves Géglet, est-ce qu'on sait, aujourd'hui, où se trouve ce tableau ?
21:02Non, on ne sait pas.
21:03Il peut se trouver en Arabie Saoudite, mais on ne sait pas où.
21:06Il pourrait aussi se trouver en Suisse,
21:07où beaucoup de milliardaires stockent leurs tableaux
21:09dans des entrepôts ultra sécurisés.
21:11Dans l'un de vos articles, vous avez parlé d'un chef-d'œuvre malade.
21:15Pourquoi ce terme ?
21:16Parce que justement, j'ai lu la longue expertise du Louvre
21:19et on comprend, en lisant cette expertise,
21:21que ce tableau, tel que Léonard l'a achevé,
21:24était sûrement exceptionnel à cette époque-là.
21:26Que les gens qui l'ont vu à l'époque
21:28ont vu un tableau aussi beau que la Joconde
21:31ou que le Saint-Jean-Baptiste.
21:33Mais le tableau est abîmé à un tel point
21:35qu'on ne pourra jamais retrouver l'état originel.
21:38C'est comme un paradis perdu.
21:47Merci à Yves Géglet.
21:49Cet épisode a été préparé par Raphaël Thomas,
21:52production Thibault Lambert et Marion Boutorel,
21:54réalisation Julien Moncou-Kiol.
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