Passer au playerPasser au contenu principal
Monument du cinéma, le réalisateur franco-suisse est mort le 13 septembre dernier. Retour sur le parcours de cette icône de la Nouvelle Vague, décédée à l’âge de 91 ans avec Yves Jaeglé, journaliste au service culture du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA, France Culture, TF1, Europe 1.

#godard #aboutdesouffle #nouvellevague

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Lunettes fumées, cigarettes ou cigares vissées aux lèvres, pas coiffées, mal rasées, désabusées, il incarnait le cinéma d'auteur.
00:19Le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard est mort à 91 ans le 13 septembre chez lui en Suisse, dans
00:25la commune de Rôles, 5000 habitants au bord du lac Léman.
00:28Ses nouveaux films étaient très peu vus depuis les années 70, ses interviews étaient de moins en moins compréhensibles, mais
00:34il était la dernière grande figure encore en vie de la nouvelle vague.
00:37Alors qui était Jean-Luc Godard au-delà du mythe ?
00:40Élément de réponse dans Codesource aujourd'hui avec Yves Géglet du Service Culture du Parisien.
00:58Le mardi 13 septembre, le journal Libération annonce la mort de Jean-Luc Godard, d'autres médias confirment rapidement, et
01:05c'est une pluie d'hommage Yves Géglet.
01:07Oui, le président Macron lui-même parle de trésor national.
01:10Godard, donc c'est l'auteur d'A bout de souffle, Pyrrho le fou, Le mépris, il a inventé Balmondo,
01:15il a fait tourner Bardot.
01:18Donc c'est un monument du cinéma français, et puis il a 91 ans, donc le dernier représentant de la
01:23nouvelle vague qui s'en va.
01:24Il a révolutionné le cinéma français, le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard est décédé à l'âge de 91
01:30ans.
01:30Il est l'un des réalisateurs les plus célèbres de l'histoire du cinéma. Dans les années 60, il accéda
01:35au rang de star.
01:37Il osa filmer comme personne avant lui, bousculant la grammaire de l'image avec une vraie fausse nonchalance et un
01:43immense talent.
01:44Si vous n'aimez pas Jean-Luc, si vous n'aimez pas Godard, si vous n'aimez pas le cinéma,
01:48allez vous faire foutre.
01:50C'est à bout de souffle ce matin que l'on a donc appris la nouvelle avec l'envie d
01:55'hurler, sauf qui peut la vie.
01:57Quelques heures plus tard, on apprend que le cinéaste a eu recours à un suicide assisté.
02:02Ça a beaucoup surpris, même si lui a souvent parlé de suicide, même assez jeune, il était attiré par le
02:08suicide.
02:09Bon là, il avait 91 ans. De ce qu'on a lu, il n'était pas malade, mais épuisé.
02:13Et comme vous le savez, en Suisse, c'est autorisé, selon un protocole particulier, de pouvoir effectivement avoir accès au
02:21suicide assisté.
02:26Yves Géglet, vous allez nous résumer la vie de Jean-Luc Godard.
02:29Précisons tout de suite que nous ne serons pas exhaustifs.
02:32L'idée est d'essayer d'un peu mieux cerner cette personnalité complexe.
02:36Jean-Luc Godard est né le 3 décembre 1930 à Paris et il grandit dans une famille fortunée.
02:42Déjà, la particularité, c'est qu'il naît à Paris, mais il est suisse, à moitié suisse en tout cas.
02:47Il s'est toujours amusé sur le fait que Jean-Luc avait un trait d'union et que lui était
02:50un peu un trait d'union entre la France et la Suisse.
02:53Son père est médecin, mais devient directeur de clinique, donc ça va bien.
02:56Sa famille maternelle est très riche, c'est la famille Mono.
03:00Donc c'est un milieu de notables et en même temps de créateurs où il y a beaucoup d'argent.
03:04Il a 9 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate.
03:07Il était à ce moment-là chez ses grands-parents à Paris.
03:09Sa famille le renvoie en Suisse où il passe toute la guerre avec ses parents.
03:13Ses parents qui ne s'entendent pas.
03:15Il divorce en 1952 quand il a 22 ans.
03:18Il est à ce moment-là un très jeune adulte à problème.
03:22Et un jour, il vole dans la bibliothèque de son grand-père un livre précieux.
03:25Oui, son grand-père était ami avec le poète Paul Valéry, donc il lui avait dédicacé un livre.
03:30Et Godard vole ce livre, qui a donc une valeur très élevée en raison de la dédicace, et va vendre
03:35ce livre.
03:36Il commet d'autres petits vols.
03:38À ce moment-là, il est en rupture avec sa famille ?
03:39Oui, puisqu'il vient d'une famille de droite, protestante, avec un grand-père qui est pétainiste pendant la guerre,
03:46qui est assez proche de certains milieux collaborationnistes.
03:49Et Godard, au sortir de la guerre, va être en guerre un peu contre ça.
03:52Ses études sont chaotiques. En 1949, à 19 ans, il écrit ses premiers articles sur le cinéma dans des revues
03:58confidentielles.
03:59Il devient ensuite caméraman à la télévision suisse.
04:02Mais un jour, il commet un vol sur son lieu de travail.
04:04Il est dénoncé. Et à la demande de son père, il est interné dans un hôpital psychiatrique de Lausanne.
04:10Yves Géglet, sa mère, meurt brutalement dans un accident en 1954, quand il a 24 ans.
04:15Oui, il a des relations tellement difficiles avec sa famille qu'il va être interdit d'assister aux obsèques de
04:19sa mère.
04:20Et il a souvent dit qu'il s'est créé à cette époque une autre famille adoptive,
04:24qui est celle d'une jeune génération de critiques cinéma.
04:27Pendant dix ans, ils seront journalistes, critiques, donc au cahier du cinéma,
04:32autour de, évidemment, François Truffaut, aussi Jacques Rivette, qui est très proche de lui,
04:37Claude Chabrol et Éric Romère, qui l'a beaucoup aidé à ses tout débuts.
04:41Au moment du Festival de Cannes 1959, François Truffaut est en compétition officielle
04:46avec le film Les 400 coups, mais pas Jean-Luc Godard.
04:49C'est là où il y a aussi une petite compétition entre tous ces jeunes gens.
04:52Truffaut est le premier à exposer.
04:55Godard est fou, parce qu'à ce moment-là, il est à Paris.
04:57Il est attaché de presse, ils avaient tous des petits boulots dans le cinéma.
05:00Et il dit, c'est dégueulasse.
05:02Truffaut est à Cannes, il dit, moi je ne peux pas faire de cinéma, j'y suis pas,
05:05je ne suis pas à la place qu'il faut.
05:07Et il se débrouille, il prend une voiture, il arrive à Cannes.
05:10Et il arrive à signer un contrat, vraiment sur une nappe de table, de restaurant.
05:15Il va signer un contrat avec le producteur Georges de Bourgard,
05:18qui est un jeune producteur qui va ensuite produire beaucoup, beaucoup de films de La Nouvelle Vague,
05:22pour son premier film.
05:25Ce film, ce sera à bout de souffle, dont la première version du scénario est signée François Truffaut.
05:30Jean-Luc Godard le tourne en août et septembre 1959,
05:35avec Jean-Paul Belmondo et l'actrice américaine Jeanne Seberg.
05:39D'abord, Yves Géglet, décrivez-nous le tournage, comment ça se passe ce tournage ?
05:42C'est complètement chaotique.
05:45D'abord, Godard, alors il a fait des courts-métrages, mais c'est un autodidacte du cinéma.
05:48Alors il demande à une technicienne où est-ce qu'il faut placer la caméra.
05:51Alors la technicienne lui répond, ben là.
05:53Et il la met toujours à un autre endroit, volontairement.
05:55Elle pleure.
05:56Belmondo est la bonne âme, l'ange gardien de ce tournage,
05:59parce que Jeanne Seberg, qui a tourné avec Préminger à Hollywood,
06:02qui est effectivement américaine, est complètement perdue par ce nouveau cinéma français
06:06où le scénario tient sur un ticket de cinéma.
06:08Les dialogues sont improvisés.
06:10En tout cas, Godard les donne aux acteurs une heure avant le tournage.
06:16Et d'ailleurs, Belmondo, qui est très détendu, dit à Jeanne Seberg
06:18« T'inquiète pas, de toute façon, ce film ne sortira jamais. »
06:21C'est un peu n'importe quoi, mais on s'amuse bien.
06:22Et c'est un caméraman, ancien reporter de guerre, qui tient la caméra à l'époque.
06:26« Oui, c'est Raoul Coutard qui va devenir un très grand chef opérateur du cinéma,
06:31qui a une sorte de technique virtuose très rapide,
06:33puisqu'effectivement il a filmé des grands conflits en Indochine notamment.
06:38Et du coup, ce flux d'images va amener un style, en fait, qui est à demi volontaire.
06:43Godard va créer des ellipses temporelles, des trous dans l'histoire,
06:46parce qu'il a beaucoup trop de choses.
06:48Et ça va aussi amener une sorte d'accélération du rythme
06:51qui correspond complètement au polar à bout de souffle. »
06:54Au bout du compte, à quoi ressemble le film, une fois monté ?
06:56« C'est un film en noir et blanc qui ressemble à rien d'un polar classique.
07:00C'est une sorte de road movie, donc Belmondo joue à une sorte de voyou
07:05qui tue un policier après avoir volé une voiture,
07:08qui revient à Paris où il drague une jeune américaine qui est jouée par Gene Seberg.
07:12« New York, Herald Tribune ! »
07:14« Je te le rends, il n'y a pas d'horoscope. »
07:16« Qu'est-ce que c'est l'horoscope ? »
07:17« L'horoscope, c'est l'avenir. J'ai envie de savoir l'avenir, pas toi ? »
07:20Mais ce qui est fou, c'est la forme.
07:22Belmondo, quand il revient en voiture, un moment, il se retourne
07:24et il parle au spectateur, à la caméra.
07:26Il y a cette réplique sublime.
07:27« Si vous n'aimez pas la mer,
07:31si vous n'aimez pas la montagne,
07:34si vous n'aimez pas la ville,
07:39allez vous faire foutre ! »
07:40Il y a des tas de phrases comme ça, qui sont très puissantes.
07:43On n'était pas du tout habitués à ça dans le cinéma.
07:45Il y a aussi une musique jazz qui donne un rythme au film.
07:48Ce n'est pas du tout un film policier comme on les connaissait.
07:52À bout de souffle, arrive en salle le 16 mars 1960.
07:55Oui, alors c'est une grosse surprise que ça va être un très grand succès.
07:58Plus de 2 millions de spectateurs,
08:00ce qui était quand même inattendu pour un film qui raconte une histoire,
08:04mais enfin de manière très très novatrice.
08:07À bout de souffle va être vraiment le film manifeste,
08:09celui qui reste aujourd'hui d'ailleurs le plus emblématique de la nouvelle vague,
08:12aussi parce qu'il lance Belmondo,
08:14quand même une vraie star,
08:15qui après va jouer dans évidemment des tas d'autres films.
08:17Ce qui est très neuf et ce qu'il faut comprendre,
08:19c'est que jusque-là, le cinéma, c'était Marcel Carnet,
08:21c'était des bons films,
08:22mais vraiment avec des techniciens traditionnels,
08:26enfin on respectait le scénario.
08:27Là, ces jeunes gens, ils tournent dans Paris,
08:30sans avoir même forcément toujours repéré avant.
08:33C'est un cinéma qui se fait beaucoup dans l'improvisation,
08:34avec une virtuosité technique et d'inspiration.
08:37C'est 1960 en plus, c'est le début d'une époque,
08:40donc ce film vraiment incarne une nouvelle génération.
08:42Trois ans plus tard, en 1963,
08:44Jean-Luc Godard sort Le Mépris,
08:46avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli.
08:48Oui, alors c'est son film, entre guillemets,
08:50le plus hollywoodien en cinémascope,
08:52tourné en partie à Cinecita et puis à Capri.
08:56Brigitte Bardot et Michel Piccoli
08:58incarnent un couple qui va se défaire,
09:01c'est pour ça que ce film s'appelle Le Mépris.
09:02Le Mépris, c'est le mépris d'une femme pour l'homme qu'elle aime,
09:04et puis en cinq minutes va se détacher de lui.
09:07Je t'ai vu tout à l'heure quand il t'a embrassé.
09:10Je sais.
09:15Pourquoi est-ce que tu ne m'aimes plus ?
09:18C'est la vie.
09:21Pourquoi est-ce que tu me méprises ?
09:24Ça, je ne te le dirai jamais,
09:26même si je devais mourir.
09:29C'est un film sur l'amour,
09:31plutôt le désamour,
09:32qui est vraiment le grand thème de Godard,
09:34et aussi une interrogation sur le cinéma,
09:36puisque c'est un film sur un tournage,
09:38avec Fritz Lang,
09:39qui était le cinéaste préféré de Godard,
09:41qui joue son propre rôle,
09:42c'est assez émouvant.
09:43Il y a Jack Palance,
09:44un grand acteur américain,
09:45plutôt de western et de film noir,
09:47qui ici joue un producteur.
09:48Alors Godard n'aimait pas les producteurs,
09:49il se battait toujours contre eux,
09:50donc il a pris un acteur qui jouait les méchants
09:52pour jouer le producteur.
09:53Et c'est tourné vraiment
09:54avec une musique de Georges Delru
09:56qui vous prend aux tripes.
09:57Alors certes, ça reste du Godard,
09:59ce n'est pas non plus une histoire
10:00si simple que ça,
10:02mais c'est son film le plus accessible.
10:05En 1965,
10:07avec une nouvelle fois à l'affiche
10:08Jean-Paul Belmondo,
10:10c'est Pierrot le fou.
10:11C'est le dernier film de ce triptyque
10:14qui va installer Godard
10:16dans l'histoire du cinéma.
10:17C'est encore un polar,
10:19mais un polar très politique cette fois,
10:21et encore plus éloigné qu'A bout de souffle,
10:23d'une trame policière.
10:27Belmondo, d'ailleurs on le voit sur l'affiche,
10:28il va finir en se dynamitant lui-même.
10:31Alors c'est un film très pop-art,
10:32si on compare à la peinture.
10:33Godard est très inspiré par la peinture,
10:35donc de très très belles couleurs.
10:36Il y a Anna Karina,
10:37qui est sa muse,
10:38sa compagne,
10:39qui va jouer dans sept de ses films.
10:41Il y a des moments encore mythiques,
10:43elle chantonne,
10:43je ne sais pas quoi faire.
10:44Qu'est-ce que je peux faire ?
10:48Je n'ai pas quoi faire.
10:51Qu'est-ce que je peux faire ?
10:54Je n'ai pas quoi faire.
10:55Non, j'écris.
10:57C'est un film encore policier,
10:59mais qui est peut-être le dernier Godard accessible,
11:02mais qui est déjà de moins en moins,
11:03et on est seulement en 65.
11:05À cette période,
11:06il se politise de plus en plus,
11:07à gauche,
11:08et concernant le cinéma,
11:09il s'investit dans un collectif.
11:11Il refuse de signer seul ses films.
11:13Oui, c'est vraiment une fracture dans sa carrière,
11:16une révolution,
11:17puisqu'il va se séparer complètement de la nouvelle vague.
11:19Les autres auteurs vont continuer à faire des films
11:21qui sont quand même dans le système.
11:23Et donc, il est dans une équipe
11:24avec un ami à lui qui s'appelle Jean-Pierre Gorin,
11:26et donc ils font des films
11:27qui ne sont plus du tout,
11:29alors encore moins commerciaux.
11:30On ne sait plus trop à quoi ça ressemble,
11:32il n'y a plus d'histoire,
11:33il n'y a plus d'acteurs connus.
11:34Parfois, il y en a, mais pas toujours.
11:36Et c'est une toute autre période de son parcours.
11:39En 1971, le 9 juin,
11:42Jean-Luc Godard est victime
11:43d'un grave accident de moto
11:44dans le centre de Paris.
11:45Oui, un accident terrible.
11:47Il va rester six mois à l'hôpital,
11:49un mois de convalescence.
11:50Et lui, qui avait beaucoup protesté
11:52contre la guerre du Vietnam,
11:53il dira,
11:55moi, ça a été ma guerre du Vietnam,
11:56il a vraiment failli y rester.
11:57Il a eu des séquelles très importantes,
12:00durables.
12:01Ça a été vraiment un changement
12:03très profond dans sa vie.
12:04Pendant sa convalescence,
12:05il rencontre sa nouvelle compagne,
12:06Anne-Marie Mievil,
12:08une photographe qui a 15 ans de moins que lui
12:09et qui est très investie
12:11dans la cause palestinienne.
12:12Toujours dans la première moitié
12:14des années 70,
12:15il se fâche avec François Truffaut.
12:17Ils étaient très fusionnels,
12:19ils se sont beaucoup aidés l'un l'autre.
12:21Et Godard va voir La nuit américaine,
12:23en 73,
12:24qui est un film de Truffaut
12:25sur un tournage de cinéma,
12:26donc très autobiographique.
12:28Et il écrit une lettre à Truffaut
12:29après avoir vu le film
12:30pour lui dire
12:30« Tu n'es qu'un menteur,
12:32ton film,
12:32ça ne raconte pas la vérité
12:34sur un tournage de cinéma. »
12:35Mais là où Godard est très pervers,
12:36c'est que dans la même lettre,
12:37il lui dit
12:37« Par contre,
12:37si tu pouvais me prêter de l'argent,
12:39moi, je vais faire aussi un film sur le cinéma. »
12:40Alors lui,
12:41il est beaucoup en galère.
12:42C'est une période
12:43où ils ne sont plus du tout
12:44au même niveau.
12:45Truffaut ne réalise que des films
12:47qui font tous
12:48plus d'un million de spectateurs.
12:49Et Godard,
12:50il ne signe même plus les siens
12:51et ses films ne sont plus vus.
12:52Et Truffaut va lui répondre
12:54une très longue lettre,
12:55très très dure,
12:55mais très argumentée,
12:57en lui disant
12:58« Tu te conduis comme une merde. »
12:59C'est ce qu'il dit, mot à mot.
13:05À cette période,
13:06Jean-Luc Godard tourne un film
13:07sur la Palestine et ses combattants.
13:09Il rencontre à cette occasion
13:11le leader palestinien Yasser Arafat.
13:13Le film ne sortira jamais,
13:15mais Godard va utiliser
13:16ces images,
13:17ces rushs,
13:18dans un autre film
13:19« Ici et ailleurs »,
13:20sorti en 1974.
13:22Et dans ce film,
13:23il y a une séquence
13:23qui interroge.
13:24Oui, il va mêler des images
13:26de Hitler et de Golda Meir,
13:28qui est à l'époque
13:29la première ministre
13:30de l'État d'Israël
13:32et qui, en Israël,
13:33représente énormément
13:34parce qu'elle est une femme,
13:35parce qu'elle a vécu
13:36beaucoup de drames
13:37du peuple juif
13:39avant même l'existence d'Israël.
13:41Et en fait,
13:41à cette période,
13:42enfin pas seulement à cette période,
13:43toute sa vie après,
13:44Godard est vraiment
13:45un militant pro-palestinien
13:47très virulent,
13:48très anti-israélien,
13:50puisqu'il a écrit,
13:51et donc on peut le dire
13:51qu'Israël faisait
13:53aux Palestiniens
13:55ce que les Allemands
13:56avaient fait aux Juifs.
13:57C'est pour ça qu'il fait ce collage,
13:58mais ça a beaucoup choqué.
13:59À partir de 1979,
14:01il revient à des films
14:02plus ambitieux
14:03qu'il signe sous son nom.
14:05D'abord,
14:06« Sauf qui peut la vie »
14:07avec Jacques Dutronc,
14:08Nathalie Baye
14:08et Isabelle Huppert.
14:10Et quelques années plus tard,
14:11il tourne « Détective »
14:12en salle en 1985
14:14avec notamment
14:14Johnny Hallyday.
14:16Mais pour l'acteur et chanteur,
14:17c'est un souvenir
14:18un peu douloureux.
14:19Johnny raconte
14:20qu'un matin,
14:21devant tout le monde,
14:22Godard l'appelle « Mon petit »
14:23et lui dit
14:23« Mon petit,
14:24t'étais vraiment à chier
14:25dans cette scène. »
14:26Et Johnny est d'autant plus surpris
14:28que la veille au soir,
14:29Godard lui avait dit l'inverse.
14:30Quand il intervient
14:31dans les médias,
14:32Jean-Luc Godard
14:33dit ce qu'il pense
14:33sans avoir peur
14:34de malmener,
14:35de bousculer les journalistes.
14:37Toujours en 1985,
14:38le 22 janvier,
14:40il est l'invité
14:40du journal
14:41de 13h de TF1
14:42présenté par
14:43Yves Mourosy
14:44et Marie-Laureau Gris
14:45et Savire au Happening.
14:46Les gens ne vont plus
14:47tellement voir ses films
14:48et c'est un bon client
14:49comme on dit.
14:50Et avec Mourosy,
14:51il fait un truc
14:51quand même assez incroyable.
14:53Donc Mourosy,
14:53c'est quand même
14:53le grand présentateur
14:55à l'époque.
14:56Il lui fait une sorte
14:57de leçon de cinéma
14:58mais il s'approche de Mourosy.
14:59Non, c'est pas ça
14:59comment vous terminez
15:00un journal ?
15:01Vous dites ça.
15:01Je vais dire...
15:03Non, non, mais la phrase
15:04que vous allez dire maintenant.
15:05Au revoir et je l'espère
15:08à demain.
15:08Bon, alors est-ce qu'on peut
15:09se rapprocher d'Yves ?
15:11Est-ce que la caméra peut se rapprocher ?
15:12Il serait cadré comment
15:13d'habitude pour dire ça ?
15:14Non, normalement.
15:16Normalement sur la une,
15:18je pense,
15:19en gros plan.
15:21Bon, c'est ça que vous appelez
15:22un gros plan ?
15:22Ah ben je ne sais pas,
15:23moi je ne suis pas réalisateur.
15:24Non, non, non, c'est comme ça
15:25que vous seriez cadré.
15:26Mais je pense, oui.
15:26Moi je pense qu'il faudrait le cadrer
15:29comme ça, vraiment.
15:31Comme ça, je peux voir l'image.
15:34Voilà, il faudrait cadrer comme ça.
15:38Enlever une lumière,
15:39par exemple ici.
15:41Et simplement, moi je ne sais pas,
15:42ben dites-le au revoir, Yves.
15:44Au revoir et à demain à 13h
15:47avec Marie-Laure.
15:48Non, là vous rigolez.
15:49Vous ne pensez pas
15:49que vous allez les revoir demain.
15:51On voit que Mourousy est quand même
15:52un peu gêné de tout ça
15:53étant direct, puisque c'est le JT.
15:55Donc c'est un moment à la fois,
15:57un vrai moment de télé
15:58avec un petit malaise quand même.
16:00Deux années plus tard,
16:01toujours à la télé,
16:02le journaliste Thierry Ardisson
16:03provoque une rencontre
16:04entre Jean-Luc Godard
16:06et son ancienne épouse
16:07et muse, Anna Karina.
16:09Interview diffusé
16:09le jour de Noël 1987
16:11dans l'émission
16:12Bain de minuit sur la 5.
16:14C'est là où on voit
16:15que Godard a quand même
16:16un côté très antipathique.
16:18Anna Karina est très émue
16:19de le retrouver
16:20parce qu'il ne se voit plus.
16:31Et Ardisson fait du Ardisson,
16:32c'est-à-dire il pose des questions
16:33très intimes, très cash.
16:35Et Godard montre très clairement
16:37que ça ne lui fait rien du tout
16:38de revoir Anna Karina.
16:50Elle finit quand même
16:50par être en larmes.
16:51Et c'est à cause de ça
16:52que vous vous êtes quitté finalement ?
16:54C'est parce que vous n'aviez pas
16:55assez à lui donner peut-être, non ?
16:56Et puis je crois que j'avais aussi,
16:58moi je copiais,
16:59donc je voulais faire,
17:00je me disais,
17:00moi après tout,
17:01il y avait Orson Welles
17:03et Rita Ewer,
17:05Sternberg,
17:05Marlène Dietrich,
17:07Renoir et Catherine Nesling.
17:10Alors je me disais,
17:11ben...
17:13Moi aussi,
17:13donc c'est un modèle.
17:14Et puis on voit que,
17:16après,
17:16bon,
17:16ce modèle permet
17:17de faire certains films
17:18et puis que les films,
17:19après,
17:19ont du mal à repasser
17:20dans la vie
17:22et que ça n'a jamais
17:23bien marché.
17:26Est-ce qu'on peut être
17:26aussi heureux après ?
17:29Un jour,
17:30un jour,
17:30un jour.
17:34Et Ardisson,
17:34qui est quand même
17:35un des journalistes
17:35les plus cyniques qu'il soit,
17:36il le dirait lui-même,
17:37est estomaqué
17:39par la froideur
17:41vraiment glaçante
17:41de Godard
17:42vis-à-vis de celle
17:43qui joue quand même
17:44dans sept de ses films.
17:45Yves Géglet,
17:46après un long métrage
17:47avec Alain Delon,
17:48en 1990,
17:50intitulé Nouvelle vague,
17:51pendant les années 90 et 2000,
17:53les films de Jean-Luc Godard
17:54deviennent de plus en plus
17:56expérimentaux,
17:57durs à comprendre
17:58et confidentiels.
17:59Oui, alors vraiment,
18:00plus personne ne va les voir,
18:01ces quelques milliers
18:02de spectateurs.
18:03Alors,
18:04il tourne beaucoup,
18:05mais il a complètement
18:06abandonné,
18:06alors l'histoire,
18:07le scénario,
18:08ça faisait longtemps,
18:08mais là,
18:09c'est ce qu'on pourrait appeler
18:10des poèmes filmés
18:11ou des essais filmés.
18:12Alors,
18:13il a une base de fans,
18:15ça reste des films
18:15très intelligents,
18:17mais qui effectivement
18:18sont beaucoup plus complexes,
18:21à une sorte de réflexion
18:22très mélancolique
18:23sur l'état du cinéma,
18:24du monde avec beaucoup
18:25de collage.
18:26Il faut être en forme,
18:27en tout cas.
18:27Au printemps 2014,
18:29quand il a 83 ans,
18:31Jean-Luc Godard revient
18:32dans l'actualité culturelle
18:33avec un film en compétition
18:35au Festival de Cannes,
18:37film intitulé
18:38« Adieu au langage ».
18:39C'est la première fois
18:40depuis assez longtemps
18:41qu'on se réintéresse
18:42à Godard.
18:43Moi-même,
18:44je suis allé voir le film
18:44en salle,
18:45ce que je ne faisais plus trop.
18:47Il ne se passe pas grand-chose
18:48dans ce film,
18:48mais ce qui est touchant,
18:49c'est que c'est une sorte
18:50d'autobiographie quand même
18:51assez intimiste.
18:52C'est tourné tout près
18:53de chez lui,
18:53donc il habite à Rolles,
18:54au bord du lac Léman.
18:56Il y a beaucoup de promenades
18:57avec son chien au bord du lac
18:59qui est filmé
19:00de très belle manière.
19:01Il n'y a pas d'histoire,
19:02mais c'est une sorte de poème
19:03sur la nature
19:04autour de cette région.
19:06Le samedi 24 mai,
19:07le jury du Festival de Cannes
19:09livre son palmarès.
19:10Jean-Luc Godard reçoit
19:11le prix du jury,
19:13prix partagé,
19:14avec le réalisateur canadien
19:16Xavier Dolan,
19:17qui a 25 ans à ce moment-là.
19:18Mais dans les semaines
19:18qui suivent,
19:19Jean-Luc Godard
19:20n'est pas tendre
19:21avec Dolan.
19:22Non, il n'a pas du tout
19:23apprécié de partager
19:24ce prix déjà,
19:25lui qui n'a jamais eu
19:26de palme d'or.
19:27Là, il a un prix du jury.
19:29Et il va dire,
19:30effectivement,
19:30dans la presse,
19:32Dolan,
19:32c'est un jeune cinéaste
19:34qui a fait un film
19:35de vieux.
19:36Et moi,
19:36je suis un cinéaste âgé
19:38qui a fait un film de jeune.
19:39Xavier Dolan lui répond
19:40sur Europe 1
19:41quelques mois plus tard,
19:42le 6 octobre,
19:43à l'occasion de la sortie
19:44de son film,
19:45Momie.
19:45Je n'ai pas vu
19:46son indieux au langage.
19:47De toute manière,
19:48lui ne verra pas Momie
19:48puisque c'est un film
19:49qui ne l'intéresse pas
19:50et donc il sait déjà tout
19:51avant d'en avoir vu rien.
19:54C'est ce que vous pressentez,
19:55lui ?
19:55Non, c'est ce qu'il a dit.
19:56Ah, c'est ce qu'il a dit.
19:57Très bien.
19:57C'est ce qu'il a dit publiquement
19:58avec toute la sagacité
19:59qu'il incarne
20:02dans sa Suisse isolée.
20:04Il faut...
20:08historiquement,
20:09je comprends l'importance
20:09du personnage
20:10mais ce n'est pas un cinéma
20:12qui me touche
20:12ou qui m'intéresse.
20:14En 2017,
20:15la réalisatrice Agnès Varda,
20:17qui est de la même génération
20:18que Godard,
20:19tourne un documentaire
20:20avec l'artiste contemporain J.R.
20:23et ils se rendent tous les deux
20:24en Suisse,
20:25à Rol,
20:26devant la maison
20:27de Jean-Luc Godard
20:28en espérant le rencontrer.
20:30Varda est allée
20:30dans beaucoup de pays
20:31pour ce film avec J.R.
20:33C'est un film important
20:34pour elle.
20:35un peu autobiographique.
20:36Et donc,
20:36elle a donné rendez-vous
20:37à Jean-Luc Godard
20:38à Rol,
20:39donc à côté de Genève
20:40et il lui a dit oui.
20:42Et donc,
20:42la fin du film
20:43doit se passer à Rol,
20:45tout près de Genève,
20:46au bord du Léman
20:46où vit Godard
20:47et où elle a rendez-vous
20:48avec lui
20:48et il lui a donné son accord.
20:50Donc,
20:50ils viennent filmer
20:51avec J.R.
20:51Jean-Luc !
20:53Jean-Luc !
20:54Et là,
20:54Godard se contente
20:55d'avoir laissé
20:56un mot écrit au feutre
20:58sur la vitre de sa maison.
20:59C'est quoi qui est écrit là ?
21:01Ça, c'est un message codé
21:04de la part de Jean-Luc.
21:06À la ville de Douarnenez,
21:08c'est là où on allait manger.
21:10C'était un petit restaurant,
21:11boulevard du Montparnasse,
21:13où on allait manger
21:16avec Jacques et Jean-Luc.
21:20Et quand Jacques est mort,
21:21c'est juste ça
21:22qui m'a envoyé comme mot.
21:24Donc,
21:25elle le lit
21:25et elle est un peu écoeurée
21:27parce qu'en fait,
21:27il fait référence
21:28à un restaurant
21:29où ils allaient ensemble
21:29avec Jacques Demy,
21:30son ancien mari.
21:31On comprend que pour Godard,
21:32c'est plutôt Jacques Demy
21:33qui était plus important.
21:35C'est même pas un mot
21:35qui s'adresse vraiment à elle
21:37en tant que cinéaste,
21:38alors qu'elle a été honorée
21:39par un Oscar d'honneur
21:40en plus,
21:40il n'y a pas très longtemps.
21:42Elle est vraiment très déçue.
21:43On la voit pleurer.
21:45Ça veut dire qu'il sait
21:46que c'est moi,
21:46ça veut dire qu'il pense à Jacques.
21:47Mais c'est pas très drôle.
21:50C'est pas très drôle.
21:53Bon,
21:54s'il ne veut pas ouvrir,
21:55c'est une peau de chien.
21:57On s'en va.
21:59Et on voit quand même
22:00le côté
22:01pas toujours sympathique
22:02de Godard.
22:0619 mai 2018,
22:0871e édition
22:08du Festival de Cannes,
22:10Jean-Luc Godard
22:10reçoit une palme d'or spéciale
22:12pour son dernier film
22:14intitulé
22:14le livre d'images
22:15et pour l'ensemble
22:16de son oeuvre.
22:17Yves Géglet,
22:18qu'est-ce qu'il a dit
22:19un peu plus tard
22:20au sujet de cette palme d'or ?
22:21C'était gentil,
22:23mais c'était pas nécessaire.
22:24On peut dire
22:25qu'il est sans doute agacé
22:27parce que Godard
22:28a eu des prix d'honneur.
22:29Il a eu un César d'honneur,
22:30un Oscar d'honneur,
22:31mais il n'a jamais eu
22:32la palme,
22:33il n'a eu des prix à Berlin,
22:34mais il n'a jamais eu
22:35les prix les plus importants
22:36au cinéma.
22:37Et du coup,
22:38il a 88 ans.
22:41Je pense qu'il s'en fiche
22:42d'avoir ce prix.
22:42Yves Géglet,
22:43on a vu au début
22:44de cet épisode de Code Source
22:45les nombreux hommages
22:46à Jean-Luc Godard.
22:47On a vu aussi
22:47qu'il s'est isolé
22:48au fur et à mesure
22:49et que ce qu'il lisait
22:50était sans doute
22:50de moins en moins compréhensible.
22:52Est-ce qu'on peut dire
22:52malgré tout
22:53que Jean-Luc Godard
22:54était un génie ?
22:55C'est un cinéaste
22:56qui a été souvent
22:57agaçant,
22:58ennuyeux,
22:59même pendant des décennies,
23:01mais il a des fulgurances
23:02incroyables.
23:03C'est grâce à des cinéastes
23:04comme Godard
23:04qu'on sait que le cinéma,
23:05c'est pas simplement
23:06un divertissement,
23:07c'est pas simplement
23:07une industrie,
23:08mais c'est un art
23:09à l'égal de la peinture,
23:11de la grande musique
23:12et quand on voit
23:13à bout de souffle,
23:14quand on voit le mépris,
23:15ce sont des films
23:16de quelqu'un
23:16qui a des éclairs de génie,
23:18oui.
23:22Ce qu'il y a de difficile
23:23dans le cinéma,
23:23c'est qu'il y a
23:24une énorme somme d'argent
23:26investie dans un temps
23:27assez court
23:28et qu'on n'a pas le droit
23:30de se tromper en principe.
23:32Si on a fait un mauvais plan,
23:33on peut le recommencer une fois,
23:35mais on ne peut pas
23:35le recommencer 50 fois
23:36et encore,
23:37si c'est un plan
23:38très compliqué
23:39avec 200 figurants,
23:41avec Greta Garbo
23:42ou Marilyn Monroe,
23:43ça, on ne peut pas
23:44le recommencer.
23:44S'il est raté,
23:45il est raté.
23:46Or, ce que je voulais
23:47me permettre,
23:48c'est le ratage,
23:49au contraire,
23:50pour garder
23:50ce que j'estimais le meilleur
23:52et de me permettre,
23:53si je tourne un film
23:55en un mois,
23:56de rater des choses
23:57pendant 29 jours,
23:59s'il faut,
23:59et pendant le 30e,
24:00tourner tout ce qu'il y a de bon.
24:02Et ça correspondait
24:02à moi un désir
24:03de montrer
24:05que tout était permis.
24:25Merci à Yves Géglé.
24:27Cet épisode de Codesource
24:28a été produit par
24:29Thibault Lambert
24:30et Emma Jacob,
24:31réalisation Julien Moncouquiol.
24:33Codesource est le podcast
24:34d'actualité du Parisien,
24:36un nouvel épisode
24:36chaque soir de la semaine.
24:38Pour n'en rater aucun,
24:39n'oubliez pas de vous abonner.
24:41Si vous aimez Codesource,
24:42n'hésitez pas à le dire
24:42en laissant un commentaire
24:43ou des petites étoiles
24:44sur votre application audio préférée.
24:46Vous pouvez nous interpeller
24:48sur Twitter
24:48ou nous écrire
24:50codesource
24:51at
24:51leparisien.fr
24:53Sous-titrage Société Radio-Canada
25:01Sous-titrage Société Radio-Canada
25:02Sous-titrage Société Radio-Canada
25:03Sous-titrage Société Radio-Canada
25:03Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations