- il y a 10 heures
Un animateur et un commentateur sportif ont été licenciés à quelques jours d’intervalle en décembre. Récit de la mise au pas de la chaîne, depuis l’arrivée de Vincent Bolloré à sa tête.
Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Ambre Rosala, Raphaël Pueyo et Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol- Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : Canal Plus, France Inter, Radio Londres, Winamax, Europe 1.
Code source est le podcast quotidien d’actualité du Parisien. Des histoires racontées par les journalistes de la rédaction ou par celles et ceux qui les ont vécues directement.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Ambre Rosala, Raphaël Pueyo et Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol- Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : Canal Plus, France Inter, Radio Londres, Winamax, Europe 1.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Ce sont deux visages de Canal+, que les téléspectateurs ne verront plus à l'antenne.
00:16Sébastien Thoen, animateur et humoriste, licencié pour avoir parodié une émission d'une autre chaîne du groupe, C News,
00:23et Stéphane Guy, journaliste à la rédaction des Sports depuis deux décennies, viré lui aussi pour avoir dénoncé l'éviction
00:30brutale de son collègue.
00:32Ces deux départs ont relancé les critiques sur la chaîne cryptée, qui revendiquait autrefois sa liberté de ton et son
00:38sens de la dérision,
00:39et reprise d'une main de fer par Vincent Bolloré il y a maintenant six ans.
00:44Codesources revient sur tous ces bouleversements à Canal+, avec deux journalistes du service culture et loisirs du Parisien,
00:50Sylvain Merle et Mickaël Zoltobroda, ce dernier est à distance en raison de l'épidémie.
01:06Mickaël Zoltobroda, quand Vincent Bolloré prend la tête du conseil surveillance de Canal+, à l'été 2015,
01:12vous, vous travaillez pour la chaîne cryptée, vous faisiez quoi exactement ?
01:16J'ai été journaliste pour l'émission du Midi qui s'appelait La Nouvelle Édition, j'ai été reporter pour
01:23la chronique Médiaque présentée Ophélie Meunier.
01:26Il y a une bonne ambiance dans l'équipe et il y a des moyens pour bien travailler, et on
01:30part tous en vacances en se disant on se revoit à la rentrée.
01:32Et qu'est-ce qui s'est passé cet été-là ?
01:34Eh bien, juste avant de partir en vacances, on apprend que Vincent Bolloré a joué au chamboule-tout avec la
01:39grille des programmes de Canal+.
01:40Il y a par exemple Maïté Nabi Raben qui était au supplément, qui est promis au Grand Journal,
01:45Ali Bado qui présentait La Nouvelle Édition, qui lui récupère le supplément,
01:49Daphné Burki qui présentait Le Tube, elle va à La Nouvelle Édition,
01:52et Ophélie Meunier qui est présentée à la rubrique Média, elle récupère Le Tube.
01:57Bref, les émissions restent, mais les incarnations changent complètement,
02:01voire certaines boîtes de production aussi, dont KM qui est rétrogradée à le midi,
02:06alors que KM, détenue par Renaud Laurent Kim, qui produisait le Grand Journal depuis une dizaine d'années,
02:12est rétrogradée en deuxième division.
02:17Et concrètement, vous, qu'est-ce que ça change autour de vous ?
02:20Je me retrouve avec une équipe qui ne m'a pas choisi, dans une autre production que je ne connais
02:25pas,
02:25et on se regarde un peu à la rentrée, entre quatre yeux, en disant
02:30« bon, il s'est passé un peu un cataclysme, il faut qu'on y aille,
02:33mais un sentiment de gâchis, où les talents ne sont pas forcément mis là où ils devaient être,
02:38et beaucoup de frustration de part et d'autre. »
02:40Et est-ce que cet épisode vous sert aujourd'hui, en tant que journaliste média au Parisien,
02:46lorsque vous devez enquêter sur le groupe ?
02:48« Bien sûr, parce que j'ai noué des relations très fortes pendant ces deux ans à Canal+.
02:54Donc pour vérifier des informations, j'ai un réseau de 50 personnes que je peux appeler.
02:58Maintenant, ceux avec qui je n'ai pas gardé des relations très fréquentes,
03:02celles-là, elles se méfient de moi, et elles ont même pour consigne de ne pas me répondre.
03:06Et d'autant plus que dans cette boîte, c'est vraiment le culte du secret. »
03:14Alors la chaîne vient de fêter ses 30 ans d'existence.
03:16C'est une chaîne qui n'est jamais passée de mode.
03:19C'est la chaîne, encore, de l'humour, de l'impertinence.
03:23Elle a une belle grille.
03:25On a le Grand Journal, ça fait une dizaine d'années déjà que ce talk show est un phare dans
03:31le paf.
03:32Et puis on a tout un tas de nouvelles émissions, ou d'émissions assez récentes.
03:35Il y a le Tube, l'émission Média, présentée par Daphné Burkik, qui cartonne, qui est très bonne.
03:41Il y a évidemment le Petit Journal de Yann Barthès.
03:43Il y a une grille cohérente, structurée.
03:45C'est de l'infotainment, cher à Pierre Lescure, l'un des créateurs de la chaîne.
03:50D'ailleurs, c'est en clair.
03:51C'est-à-dire que ce n'est pas uniquement réservé aux abonnés.
03:52Ces émissions, tout le monde peut les regarder.
03:54Et on y trouve de l'humour, de la légèreté, mais aussi du sérieux et de l'info.
03:59La même année, Michael Zoltobroda, l'homme d'affaires Vincent Bolloré,
04:03devient président du conseil de surveillance de Vivendi.
04:06C'est la maison mère de Canal+.
04:08Et en septembre 2015, il prend aussi la tête du conseil de surveillance du groupe Canal.
04:13C'est quoi son objectif ?
04:15Clairement, c'est de réduire les coûts.
04:16Il a regardé à chaque ligne des budgets.
04:18Il a vu qu'il y avait des animateurs qui étaient grassement payés.
04:21Parce qu'il y a eu les années fastes de Canal+, avec des salaires à 5 chiffres.
04:26Et puis, il veut s'entourer d'hommes de confiance.
04:28Il va les mettre à des places stratégiques.
04:31Ils limogent une grande partie de la direction en place.
04:3430 cadres parmi les plus hauts salaires sont limogés ou prennent la porte
04:39ou partent rapidement dans les semaines de sa prise de contrôle.
04:44Parfois, ils n'ont même pas le temps de faire leur carton.
04:46On leur retire leur badge.
04:48Il y a eu des séances d'humiliation aussi avec ces grands patrons.
04:51Et ce n'est pas les moindres.
04:52C'est Bertrand Méheux, c'est Rodolphe Bellemère,
04:54les numéros 1 et 2 de Canal+,
04:56suivi d'un réapriquant qui gérait la partie claire du groupe Canal,
05:00dont des 8 à l'époque qui viendraient à ces 8.
05:03C'est vraiment un ménage de fond en comble pour placer ces hommes de confiance
05:08qui ne lui tiennent pas tête et qui vont être en fait des exécutants,
05:12ce que n'était pas l'ancienne direction.
05:15Et dans le milieu du cinéma, Sylvain Merle,
05:17beaucoup de réalisateurs français sont inquiets.
05:19Il faut rappeler que Canal+, c'est le financeur principal du cinéma français.
05:25Et donc, dans une lettre ouverte,
05:27ils disent leur consternation face à cette éviction.
05:30Ils rappellent combien Bellemère a été le garant de la diversité du cinéma français.
05:34Et ils se disent inquiets.
05:36Ils disent leur inquiétude de voir Bolloré et ses équipes
05:39mettre à mal l'ADN de la chaîne et qui a fait son succès,
05:43c'est-à-dire l'indépendance d'esprit, la liberté d'expression,
05:46le refus de se soumettre au diktat des pouvoirs en place.
05:49Et la diversité du cinéma qu'elle soutient.
05:52Quelques mois plus tôt, le 12 février 2015, sur France Inter,
05:55Léa Salamé interrogeait Vincent Bolloré sur ses projets pour la chaîne.
05:59Elle lui demandait de définir l'esprit Canal.
06:02C'est un esprit de découverte, d'ouverture, d'initiative,
06:06parfois un peu trop de dérision.
06:08C'est pas du tout la pertinence et l'impertinence qu'on avait connue jusqu'alors.
06:12Il est OK pour l'autodérision, mais surtout pas pour la dérision.
06:16Je trouve que se moquer de soi-même, c'est bien.
06:19De se moquer des autres, c'est moins bien.
06:21Mais je trouve qu'à côté de ce petit travers, c'est une chaîne qui a créé énormément de choses.
06:27Entre les lignes, il faut comprendre que c'est blessant pour ses amis de se faire attaquer.
06:32Donc parmi ses amis intouchables, il y a des politiques bien sûr,
06:36mais il y a aussi des hommes d'affaires, des patrons de banques.
06:39Donc c'est un petit peu le réseau du 4,40.
06:42Sylvain Merle, en juin 2016, Vincent Bolloré échoue à mener un accord avec Beansport.
06:48Cet accord devait permettre à la chaîne de pouvoir présenter une offre de chaîne sport pour se maintenir à flot.
06:54C'est un coup dur ?
06:55C'est un coup dur parce qu'il mettait beaucoup d'espoir dans cet accord,
06:59mais la haute autorité de la concurrence lui refuse cet accord.
07:03Donc il va réagir en gestionnaire, il va couper dans les effectifs, il va réduire les coûts,
07:08et il va réduire drastiquement la part du clair, donc du non-crypté, dans la grille des programmes.
07:13En gros, il va se concentrer sur celui qui paye, sur son client, sur les abonnés.
07:19Michael Zoltobroda, le 17 octobre 2016, la rédaction d'Itélé, la chaîne d'info du groupe Canal+,
07:25se met en grève. Pour quelles raisons ?
07:28L'arrivée de Jean-Marc Morandini, qui vient juste d'être mis en examen pour corruption aggravée de mineurs.
07:35À ce moment-là, la rédaction d'Europe 1 le débarque, le prive d'antenne immédiatement.
07:40En revanche, Itélé tient sa nouvelle recrue et fait tout pour le mettre à l'antenne,
07:45et va le mettre à l'antenne ce lundi 17 octobre.
07:49Jean-Marc Morandini, nous demandons sa mise en retrait de l'antenne,
07:54comme c'est le cas sur Europe 1, comme c'est le cas sur NRG12.
07:57Pour la rédaction d'Itélé, Morandini tient plus du divertissement, selon eux.
08:02C'est vraiment incompatible entre l'info et l'arrivée de Morandini,
08:06qui est mise en examen, c'est quelque chose d'inconcevable.
08:09Et ses salariés s'inquiètent aussi de plusieurs nominations qui ont eu lieu au sein de la chaîne.
08:15Il y avait Guillaume Zeller, qui venait du groupe Bolloré, mais il n'est pas resté très longtemps.
08:21Ce qui fait que Serge Nedjar, le directeur de la chaîne, a aussi à ce moment-là la double casquette
08:27en tant que patron de la rédaction.
08:29Et généralement, c'est quelque chose qui est distinct,
08:32parce qu'il y en a un qui prodège la rédaction, l'autre les finance.
08:36Là, il a la double casquette et c'est inconcevable aussi pour une grande partie de la rédaction
08:40qui voudrait avoir un gage d'indépendance.
08:43Cette grève devient la plus longue grève dans l'histoire de l'audiovisuel privé.
08:48Elle se termine un mois plus tard, le 16 novembre.
08:50C'est 31 jours de grève non-stop.
08:53Ils sont complètement épuisés quand ils sortent de cette grève,
08:56et surtout dépités parce qu'ils ont fait des actions assez fortes.
09:00Ça a été repris dans la presse chaque jour, ou presque, on faisait un papier sur eux.
09:04Bolloré n'a pas cédé d'un iota.
09:07Alors, ils ont obtenu la création d'une charte d'éthique, d'éontologie,
09:12mais sur le reste, ils n'ont rien obtenu.
09:15Morandini est toujours à l'antenne,
09:17ce qui fait que ça conduit à de nombreux départs.
09:20Sur les 120 cartes de presse, il y en aura presque 100 qui vont partir
09:24dans les jours ou les semaines qui suivent.
09:26E-Télé devient quelques temps plus tard CNews.
09:29Cette grève, elle instaure un climat de peur chez les salariés du groupe ?
09:32De peur, voire de terreur.
09:34En tout cas, ça montre que ça ne sert à rien de tenir tête à Bolloré.
09:37C'est lui qui aurait le dernier mot.
09:38Il faut filer droit, sinon c'est la porte.
09:48Sylvain Merle, à la rentrée 2017,
09:50c'est le grand retour des guignols de l'info,
09:52en clair sur Canal+.
09:53L'émission était jusque-là diffusée en cryptée depuis 2015.
09:57Entre ces deux dates, elle a connu beaucoup de changements.
10:00Ça a longtemps été la meilleure audience de la chaîne.
10:03C'est une émission qui est impertinente,
10:05qui touche à la politique.
10:06On se souvient de la marionnette de Chirac.
10:10Compagnons, mangez des pommes !
10:12Je les bouffais tous, j'ai la gnaque !
10:14Revenons à votre programme,
10:15tout le monde dit que c'est un peu anachronique,
10:17un peu démago pour dire le mot.
10:18Non, c'est pas démago, c'est y'en a pour tous les goûts, quoi.
10:22Un peu comme un buffet campagnard.
10:24Il y a tout en grande quantité pour tout le monde.
10:27Chacun prend ce qu'il aime autant qu'il veut.
10:28C'est ça, mon programme.
10:29Des références qui sont aujourd'hui les références de toute une génération.
10:34Et à partir de 2015,
10:35Vincent Bolloré reprend l'émission en main.
10:37Il remplace tous les auteurs.
10:39Il donne des idées lui-même.
10:40D'ailleurs, il va même jusqu'à imaginer un sketch
10:42où il met en scène son arrivée
10:44et sa reprise en main de la chaîne.
10:46Il va changer de case, de version, de longueur.
10:49Effectivement, elle va passer en cryptée.
10:51Ça crée des remous à l'époque.
10:52Mais bon, c'est lui, il le mettra à bord.
10:54Donc, il fait ce qu'il veut.
10:55Voilà, elle sera moins axée sur la politique
10:57qu'il faisait son sel.
10:59Et puis voilà, après des mois en cryptée,
11:01elle a perdu en visibilité.
11:03Les gens ont presque oublié.
11:04Et puis, ils sont de moins en moins nombreux à regarder.
11:07Et l'émission s'arrête le 22 juin 2018,
11:10quelques semaines avant de fêter ses 30 ans.
11:13À la fin de la saison, si on fait le bilan,
11:15beaucoup de programmes ont aussi disparu.
11:18Oui, les guignols de l'info ont disparu
11:21dans l'indifférence la plus totale.
11:22Mais c'est une émission parmi d'autres qui ont disparu.
11:26Il y a le Zapping, une émission historique de Canal+,
11:29avec son impertinence, ce montage d'images,
11:32d'actualités savamment orchestrées.
11:35Il y a aussi le Grand Journal, le Petit Journal,
11:37le Supplément, la Nouvelle Édition.
11:39Tout ce qui faisait Canal+, justement,
11:41des dernières saisons, a disparu.
11:43Et beaucoup, dans les médias, à cette époque-là,
11:45se demandent où est l'esprit Canal.
11:48Entre-temps, Michael Zoltobroda,
11:50Vincent Bolloré a quitté la tête du groupe de surveillance
11:52de Canal+, mais il reste à la tête de Vivendi.
11:55En septembre 2018, le Tribunal des Prud'hommes
11:58de Boulogne-Bignancourt condamne la chaîne
12:00à verser près de 3,5 millions d'euros d'indemnités
12:03à Maïtena Biraben, l'ex-présentatrice du Grand Journal.
12:06C'est une somme colossale.
12:08Elle en demandait 4,4 millions,
12:10mais ça reste vraiment énorme.
12:12Ce qu'il faut savoir, c'est que Maïtena Biraben,
12:15elle avait eu la présence d'esprit
12:18de signer un contrat de 5 ans.
12:19Donc, elle a fait un an.
12:20Le groupe Canal+, a été contraint
12:22de lui payer les 4 ans restants
12:24avec un salaire estimé,
12:26de son côté, à 80 000 euros par mois,
12:29du côté de Canal+, 50 000 euros.
12:31Mais en tout cas, ça restait énorme.
12:33Et cette somme, elle ne l'a pas volée.
12:35Elle savait que ça pouvait se finir mal.
12:37Elle avait anticipé ça.
12:38Elle le dit elle-même.
12:39Elle a dit qu'elle a été virée vraiment violemment,
12:43avec un certain mépris,
12:44et qu'elle voulait faire payer Vincent Boulogne-Boulogne.
12:48Sylvain Merle, on en vient au 19 novembre dernier.
12:51Le site de Paris Sportif Winamax
12:53met en ligne une parodie de L'Heure des Pros,
12:56l'émission de débat de Pascal Praud sur CNews.
12:59Et cette parodie, elle s'appelle L'Heure des Pronos.
13:02Et elle est présentée par Pascal Prono.
13:05C'est Julien Cazard qui campe ce Pascal Prono.
13:09Donc c'est Pascal Praud, évidemment,
13:10tout le monde l'a reconnu.
13:11Il est plus vrai que nature.
13:12Il s'énerve, il ne laisse pas parler l'interlocuteur
13:15qui n'est pas d'accord avec lui.
13:16Il a notamment un invité qu'il présente,
13:19un marin pêcheur qu'il présente comme de gauche,
13:21syndicaliste.
13:22Voilà.
13:22Puis il y a aussi à côté d'eux,
13:24Thomas Serafine et Sébastien Thoen.
13:26Alors Thoen, lui, il est Lionel Messia.
13:29Alors lui, il parodie Jean Messia,
13:31un ancien du Rassemblement National
13:33et un invité régulier de Pascal Praud.
13:36Vous jouez avec la peur des gens.
13:38On n'en peut plus.
13:39C'est insupportable.
13:40Aujourd'hui, on n'a pas besoin de ça.
13:41Le foot va mal.
13:42Les stades sont vides.
13:44Il y a des cas de Covid dans tous les clubs.
13:45Il y a des blessés.
13:46Il y a des indisponibilités.
13:47Il y a des clubs en faillite.
13:49On est au bord du gouffre.
13:50On n'a plus de clubs en Coupe d'Europe qui sont respectables.
13:51On est en train de crever.
13:52Et vous jouez avec la peur des gens.
13:53Vous êtes anxiogènes.
13:56Mais provocatrice, évidemment.
13:58Elle moque et elle dénonce les discours radicaux
14:01qui ont tribune ouverte chez Pro et sur CNews
14:03de manière générale, avec Éric Zemmour notamment.
14:07Et donc, vous l'avez dit,
14:08l'un des personnages est joué par Sébastien Thoen
14:10qui est un présentateur de Canal+.
14:13Sébastien Thoen, ça fait 17 ans qu'il est sur Canal+,
14:15avec Thomas Serafine et Julien Cazard.
14:18C'est un membre d'Action Discrète.
14:20C'est une bande de trublions née sur Canal+,
14:22et qui s'est fait connaître par des caméras cachées
14:25et des vidéos très impertinentes.
14:26Il est à l'antenne depuis 17 ans.
14:29C'est un chroniqueur historique, encore une fois.
14:32Et il est l'un des derniers représentants
14:34de l'esprit poil à gratter de Canal+.
14:37J'aimerais avoir votre avis sur ce fameux Lille-Lorient.
14:40C'est surtout ce match, le choc des civilisations.
14:43Nous avons Lorient en Léguin.
14:45Moi, j'ai préféré l'Occident en Léguin.
14:47Nous sommes en France, messieurs.
14:48Non, mais pardon, mais il a raison.
14:51Mais vous niez la réalité.
14:52Il a raison.
14:53Pour l'anecdote, il faut savoir que Sébastien Thoen,
14:56quelques heures avant de tourner ce sketch,
14:58n'était pas très chaud pour jouer ce rôle.
15:00Et c'est finalement ses acolytes qui l'ont fait changer d'avis.
15:03Est-ce qu'on sait comment a réagi Pascal Praud ?
15:05Mais oui, il envoie un message à Julien Cazard.
15:07Il lui dit qu'il n'aime pas trop l'image qu'on lui prête.
15:11Mais il répond aussi que c'est drôle.
15:13Et que quand c'est drôle, c'est plus fort que tout.
15:15Point barre.
15:16En revanche, cette vidéo, elle ne fait pas du tout rire
15:18la direction de Canal+.
15:19Non, pas du tout.
15:20Et Sébastien Thoen est très vite informé
15:22que ça grince en haut lieu.
15:24Et on lui signifie rapidement qu'il est viré.
15:27Et c'est le journal L'Équipe qui révèle son licenciement
15:30le 27 novembre.
15:31Comment la chaîne, elle justifie ça ?
15:33Alors, dans un premier temps, elle ne justifie rien du tout.
15:36Elle ne commente pas.
15:37Nous, on passe des coups de fil.
15:38On essaye de vérifier l'info.
15:39On la vérifie.
15:40Mais la chaîne ne veut pas commenter.
15:43Il faut attendre le 9 décembre
15:44pour que Gérald Brice-Viré,
15:46le directeur général des antennes,
15:48au micro d'Europe 1,
15:49justifie ce licenciement.
15:50Sébastien s'est affiché avec des personnes
15:53qui dénigrent sur des antennes concurrentes de la vôtre
15:56constamment la direction des sports
15:58et le service des sports de Canal+.
16:00En clair, il vise Julien Cazard.
16:03C'est un peu surprenant.
16:04Ça voudrait dire que Sébastien Thoen
16:05est licencié pour ses fréquentations.
16:08Vous, vous essayez de joindre Sébastien Thoen
16:10à ce moment-là ?
16:11Évidemment, on essaye d'appeler Sébastien Thoen
16:13pour confirmer l'information.
16:14D'abord, pour en savoir un peu plus aussi
16:16sur les circonstances du tournage de ce sketch,
16:19sur les circonstances de son licenciement.
16:22Alors Sébastien Thoen, il ne veut pas parler.
16:24D'abord, il ne peut pas parler.
16:25Il est en train de négocier son départ.
16:27Ça fait 17 ans qu'il est à l'antenne de Canal+.
16:29Il peut prétendre à un chèque important.
16:33Donc, il ne veut pas mettre en péril cette négociation.
16:36Après, en parlant avec son entourage,
16:39on a appris qu'il prenait la chose
16:40avec une certaine philosophie.
16:42Le 5 décembre, le journaliste sportif Stéphane Guy
16:46profite d'un match qu'il commente
16:47pour saluer Sébastien Thoen.
16:49Juste peut-être pour saluer l'ami Sébastien Thoen
16:52qui n'a peut-être pas eu la sortie
16:53qu'il aurait méritée.
16:55On lui souhaite bon vent.
16:57Et comme le disait Coluche,
16:58l'un des pères fondateurs
16:59de notre belle chaîne Cana, la Bible,
17:00il faut se méfier des comiques
17:02parce que quelquefois,
17:03ils disent des choses pour plaisanter.
17:04Ce clin d'œil lui attire des ennuis.
17:07Il faut dire que ce clin d'œil
17:08en direct sur Canal+, intervient
17:10alors que la veille,
17:11des salariés de la chaîne
17:13avait présenté à la direction
17:15une pétition signée par 148 personnes
17:18et dénonçant le licenciement
17:20de Sébastien Thoen.
17:22148 personnes dont un tiers
17:24avaient voulu garder l'anonymat.
17:27C'est-à-dire le climat
17:28qui règne actuellement à Canal+.
17:30Et donc ce clin d'œil,
17:31il passe très très mal ?
17:32Il passe très très mal
17:33parce que la direction,
17:34elle est assez énervée
17:34par cette pétition.
17:35Pétition qui est relayée
17:37partout dans les médias.
17:38Et donc Stéphane Guy,
17:39il intervient le lendemain
17:40et tout de suite,
17:42c'est la sanction.
17:43Le 16 décembre,
17:44il est convoqué devant la DRH
17:45et le 24 décembre,
17:47on apprend qu'il est licencié.
17:50Cela faisait presque
17:51un quart de siècle
17:52qu'il était à Canal+.
17:53Là encore,
17:54comment est-ce que la chaîne
17:54justifie son départ ?
17:56Eh bien,
17:57pas de justification,
17:58pas de commentaire.
17:59Mais le message envoyé,
18:00il est clair,
18:00ne sortez pas des rangs,
18:01ne vous faites pas remarquer.
18:03D'ailleurs,
18:03la semaine durant laquelle
18:04Stéphane Guy est convoqué
18:05devant la DRH,
18:06il y a plusieurs réunions
18:07qui sont tenues
18:08par visioconférence
18:09avec les journalistes
18:10du service des sports.
18:12Trois en tout.
18:13Et à chaque fois,
18:14le message est clair,
18:15pas de pétition
18:16parce que cette fois-ci,
18:17ça ne passera pas du tout.
18:18Et en clair,
18:19on leur signifie
18:20que s'ils veulent sauver
18:21Stéphane Guy,
18:22cette fois-ci,
18:22il faudra se taire.
18:31Michael Zoltobroda,
18:32ce licenciement
18:33est un nouveau coup dur
18:34pour la rédaction
18:35de Canal+.
18:35Comment réagissent les salariés ?
18:37Ils se disent
18:38mais comment on va pouvoir
18:41réagir ?
18:41Comment on va pouvoir
18:42surmonter ça ?
18:43On leur avait demandé
18:44de ne pas parler
18:45pour essayer de sauver
18:46les meubles
18:46avec Stéphane Guy
18:47et l'avenir de Stéphane Guy
18:48sur Canal+.
18:49Ça n'a pas marché.
18:51Qu'est-ce qui peut marcher
18:52maintenant ?
18:52Est-ce que se lancer
18:54dans une grève ?
18:55Mais on l'a vu
18:55avec l'Italé,
18:56ce n'est pas forcément
18:58adéquat.
18:59Vincent Bolloré
18:59n'a pas peur du conflit.
19:01En revanche,
19:02eux,
19:02ils ont tous peur
19:03de perdre leur job.
19:03Le mardi 29 décembre,
19:05Augustin Trapenard
19:06annonce son départ surprise
19:08de Canal+,
19:09après 10 ans de contrat.
19:11Est-ce qu'on en connaît
19:11les raisons ?
19:12Officiellement,
19:13il y aurait d'autres projets.
19:15Moi, je n'en connais pas.
19:16En revanche,
19:17ce qu'on sait,
19:17c'est que Vincent Bolloré
19:18voulait depuis plusieurs mois
19:20se séparer
19:21d'Augustin Trapenard.
19:22Augustin Trapenard
19:23à qui on avait demandé
19:24de recevoir
19:25des auteurs maison
19:27du groupe Vivendi
19:28dans 21 cm,
19:30son émission littéraire.
19:31Ce qui était mal passé
19:32pour Augustin Trapenard
19:33qui tenait à sa liberté
19:34d'expression.
19:35Lui,
19:36même s'il n'était arrivé
19:37que depuis 10 ans,
19:39il avait cet esprit canal
19:40à l'ancienne
19:41et ça ne collait plus.
19:43Du coup,
19:43il a sûrement eu
19:44un gros chèque de départ
19:46avec une clause
19:47de non-dénigrement
19:48comme tous les autres
19:49qui sont partis
19:49et puis basta.
19:53Michael Zoltobroda,
19:54les salariés du groupe
19:55qui y travaillent
19:56parfois depuis très longtemps,
19:58est-ce qu'ils ont
19:58de l'espoir pour 2021 ?
20:00C'est compliqué
20:01parce que pour se faire entendre,
20:03pour se mobiliser,
20:04il va falloir qu'ils trouvent
20:04un leader,
20:05ce qu'il n'y a pas vraiment
20:06et puis qui va prendre le risque
20:08d'affronter Vincent Bolloré.
20:10Là, ce qu'on sait en revanche,
20:11c'est que le contexte économique
20:13et le marché du travail
20:14est compliqué.
20:15Il y a une chaîne
20:15qui s'appelle
20:16Téléfoot qui va fermer
20:17avec plusieurs dizaines
20:20de salariés
20:20qui vont être sur le carreau
20:21et qui peuvent être embauchés
20:23par Canal+.
20:24Donc, le mot d'ordre,
20:26ça va être surtout
20:26d'essayer de garder son job.
20:29Certains partiront peut-être
20:30d'eux-mêmes,
20:30en tout cas,
20:31ceux qui restent,
20:32c'est clair,
20:32ils ne doivent pas sortir du rang
20:33et surtout suivre les règles
20:35imposées par la direction
20:37du groupe Canal+.
20:44Merci à Sylvain Merle
20:46et Mickaël Zoltobroda.
20:49Code Source est le podcast
20:51d'actualité du Parisien.
20:53Il est disponible chaque soir
20:54du lundi au vendredi.
20:56Cet épisode a été produit
20:57par Ambre Rosala,
20:58Raphaël Pueyo
20:59et Marion Bottorel
21:00à la réalisation
21:02Julien Moncouquiole.
21:03Si vous aimez Code Source,
21:05abonnez-vous pour ne rater
21:06aucun épisode
21:06sur Apple Podcast
21:07ou Google Podcast
21:09et puis dites-le nous
21:10en laissant des petites étoiles
21:11ou un commentaire
21:12sur votre application préférée.
21:14Vous pouvez aussi nous écrire
21:16codesource
21:16at leparisien.fr
Commentaires