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Avant de révéler ses talents d’acteur dans le film de Louis Garrel, il a mené une vraie vie de bandit, faite de cavale et de détention. Cet épisode de Code source est raconté par Yves Jaeglé, journaliste au service culture du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : AdVitam, Festival de Cannes.

#festivaldecannes #cinema

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Jean-Claude Poteau, 66 ans, est un ancien braqueur devenu artiste peintre après plus de 25 ans passés en détention.
00:18L'homme a même joué un second rôle au cinéma dans le film de Louis Garel, L'Innocent, sorti en
00:24octobre 2022.
00:24Et après ça, le Parisien a brossé son portrait au début du mois de novembre et raconté sa nouvelle vie
00:30rangée.
00:31Mais entre Noël et le jour de l'an, le 27 décembre, Jean-Claude Poteau a été une nouvelle fois
00:37interpellé par la police.
00:39Cet épisode de Codesources est raconté par Yves Géglet, journaliste au service culture du Parisien.
00:44Il avait pu interviewer Jean-Claude Poteau.
01:04Yves Géglet, cet automne, le 12 octobre, sort un film réalisé par Louis Garel, qui marche bien en salle, a
01:10de bonnes critiques et a un très bon bouche à oreille.
01:13C'est L'Innocent. A quoi ça ressemble ?
01:15L'Innocent, c'est un film sur un homme qui va sortir de prison, qui est joué par Roche-Dizem.
01:20Et dans la prison, il rencontre une femme qui est jouée par Anne-Luc Grimbert, qui vient animer des ateliers,
01:26des théâtres.
01:27Et ils vont tomber amoureux, donc elle l'accueille à sa sortie.
01:30Mais ce personnage de femme a un fils joué par Louis Garel, qui est exaspéré.
01:35Parce que cette femme, sa mère, tombe régulièrement amoureux d'anciens taulards, qui parfois replongent.
01:40Et le film va tourner un petit peu autour de ça.
01:42Vous allez voir le film de Louis Garel le dimanche 30 octobre au cinéma MK2 Nation.
01:47Et vous, Yves Géglet, vous êtes intrigué par le visage d'un personnage secondaire pendant tout le film.
01:52Oui, parce que je découvre un second rôle qui s'appelle Jean-Paul, qui est donc un copain de ce
01:57taulard.
01:58Et sa tête me dit quelque chose, je le trouve excellent comme acteur.
02:01Et je me dis, mais comment ça se fait, moi qui écris sur le cinéma, je ne vois pas qui
02:04c'est, je cherche un nom.
02:05Il a un regard un peu menaçant, mais très fort.
02:09C'est-à-dire un regard qui vous accroche.
02:11Il est un petit peu voûté, trapu.
02:13C'est ça aussi qui me rappelait quelque chose.
02:15Je me souvenais d'un homme qui avait ce type de posture sans réussir à le remettre.
02:19Il a une présence très forte.
02:22Arrive le générique, et je me dis, je vais rester pour bien regarder le nom de tous les acteurs.
02:27Et je verrai si finalement je me souviens de lui.
02:30Et je vois tout d'un coup ce nom, Jean-Claude Poteau.
02:33Il se passe un truc incroyable dans ma tête.
02:36Il y a un souvenir qui devient immédiat et évident.
02:40C'est qu'en 1986, j'étais jeune stagiaire de 20 ans au Progrès de Lyon.
02:47J'adorais les faits divers, donc j'avais demandé à suivre la chroniqueuse judiciaire.
02:52Et Jean-Claude Poteau était jugé pour un procès.
02:54Et tout d'un coup, je me dis, mais évidemment, je me souviens de tout.
02:58De son regard, de sa manière d'être un peu voûté, de sa franchise aussi dans le regard.
03:03Il ne cherchait pas du tout à fuir les faits dont il était accusé.
03:07Presque tout le procès me revient, mais d'un coup, alors que je parle de quelque chose qui a eu
03:10lieu plus de 35 ans avant.
03:13À ce moment-là, Jean-Claude Poteau est jugé pour un braquage et il a déjà une solide réputation.
03:19Il était jeune à l'époque, il avait à peine 30 ans.
03:21Il avait déjà une lourde, entre guillemets, carrière judiciaire.
03:25Son premier procès d'assise remontait à 1976, où il avait une vingtaine d'années.
03:30Mais surtout à Lyon, où il avait déjà été condamné quelques années plus tôt.
03:33Il s'était évadé de la prison Saint-Joseph en sciant les barreaux à l'ancienne.
03:38Donc là, il revenait au tribunal de Lyon, juste à côté de cette prison.
03:42Donc effectivement, le juge et l'avocat général l'attendaient de pied ferme.
03:46Quelques temps plus tard, à Paris, vous apercevez sa famille.
03:49Oui, alors c'est un moment incroyable pour moi, parce que j'ai encore 20 ans.
03:52J'ai vécu ce procès de manière assez romanesque.
03:55Et puis, il se trouve que deux ou trois mois après, je tombe rue Mouffetard sur ses parents,
04:00qui étaient au procès, et cette femme.
04:02Et je me dis, mais donc c'est vrai, non seulement c'est bien sa femme,
04:05mais alors que lui est emprisonné à Lyon, elle est bien là, ce week-end-là, à Paris,
04:11avec les parents de Jean-Claude Poteau.
04:12J'avais eu très envie de leur parler en disant « je vous comprends ».
04:15Et puis, je n'avais pas osé, mais je les avais même suivis rue Mouffetard.
04:19Après avoir vu l'innocent Yves Géglé dans les jours qui suivent,
04:22vous cherchez à interviewer pour le Parisien Jean-Claude Poteau, qui a maintenant 66 ans.
04:27Oui, je me dis que c'est quand même une histoire formidable.
04:29J'ai vu qu'il n'y avait eu aucune interview sur lui liée à ce film.
04:32Donc, je demande si c'est possible, et on me dit « ça ne va pas être évident ».
04:37Alors, l'attaché de presse me dit « écoute, je vais lui laisser un message ».
04:41Et puis, il ne se passe rien pendant 2-3 jours.
04:44J'insiste parce que je sens que pour moi, et je ne saurais pas vous dire pourquoi,
04:47je sens que pour moi, c'est un sujet hyper important.
04:49Et il finit par dire « oui » pour une interview en visio,
04:53ce qui n'est pas si mal parce qu'il est dans le sud.
04:55Et il est très sympa, il me dit « bonjour ».
04:58Alors, il est avec un polo de marque blanc, il est au bord d'une piscine,
05:02il me dit plus ou moins qu'il est en vacances.
05:04Ça ressemble à une sorte de location au bord de la mer.
05:08Grâce à cette interview et à la documentation du Parisien,
05:11à de vieux papiers que l'on a retrouvés,
05:13vous allez maintenant pouvoir nous raconter l'histoire de Jean-Claude Poteau.
05:17Il vient d'une famille de la classe moyenne,
05:19il a grandi dans le Val-de-Marne, en région parisienne.
05:21Oui, il est fils unique, il grandit au Péreux-sur-Marne.
05:25D'ailleurs, il y a toujours une adresse.
05:28Il a d'ailleurs commis certains de ses braquages dans le Val-de-Marne,
05:31donc vraiment son département.
05:33Moi, il m'a dit qu'il n'avait pas eu de problème avec ses parents,
05:35que ce n'est pas du tout un enfant laissé de côté ou abandonné.
05:39Par contre, il a un problème de violence.
05:41Aujourd'hui, on l'aurait considéré comme bipolaire.
05:44D'ailleurs, c'est quelque chose dont souffre l'un de ses fils,
05:46mais qui est soigné pour ça.
05:48À l'époque, on ne savait pas trop ce que c'était.
05:49Il avait des accès de violence, des grosses montées d'humeur.
05:52Du coup, il va être envoyé en maison de redressement à 14 ans,
05:54suite à une bagarre très violente.
05:56Cette maison de redressement, elle se situe à Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan.
06:01Ça se passe très mal pour lui.
06:02Il va être renvoyé de cette maison.
06:05Après, à 16 ans, il entre dans la Légion étrangère.
06:08Alors, sans doute pour se cadrer,
06:09en même temps, c'est là qu'il va apprendre le maniement des armes.
06:12Et donc, c'est une adolescence quand même assez particulière.
06:14Et donc, il dit que rien ne le prédisposait à devenir gangster,
06:17si ce n'est des livres qu'il adorait, des polars.
06:21Oui, il dit que socialement, il aurait pu ou dû y échapper,
06:24mais qu'effectivement, il va tomber sur Auguste Le Breton,
06:28un grand auteur de polars d'après-guerre,
06:31qui est surtout connu pour Durififi chez les hommes,
06:34Razia sur la chenouve,
06:35des grands polars qui ont donné lieu à des films importants,
06:38avec Gabin, Ventura.
06:40C'est vraiment ce cinéma français des années 50-60.
06:45Mais lui, le livre qui va l'impressionner d'Auguste Le Breton
06:48s'appelle « La loi des rues ».
06:50C'est-à-dire que Poteau va me dire
06:52qu'il a été très sensible à cette loi de la rue,
06:56c'est-à-dire des malfrats, avec des valeurs.
07:00D'ailleurs, lui est très fier de n'avoir jamais dénoncé personne.
07:02Du moins, c'est ce qu'il dit.
07:04Et je pense que ce qui l'a touché aussi,
07:05c'est qu'Auguste Le Breton lui-même avait eu une adolescence très difficile
07:09où il avait un moment mal tourné
07:11et la littérature l'avait aidé à, entre guillemets,
07:14revenir dans une activité légale.
07:17Et donc, Poteau, lui, va être attiré par les personnages eux-mêmes.
07:20Le mardi 6 décembre 1994,
07:24Jean-Claude Poteau a 38 ans
07:26quand il participe à un braquage en Seine-Saint-Denis
07:28à Clichy-sous-Bois avec quelques complices.
07:31Yves Géglet, il vise des convoyeurs de fonds
07:33juste devant la banque d'un centre commercial.
07:36Et c'est très violent.
07:37Les trois braqueurs sont lourdement armés.
07:40Donc, ils tombent sur les convoyeurs.
07:42Ils leur disent tout de suite
07:43« Couche-toi, t'es mort. »
07:44Ça se passe à toute allure.
07:46Malgré tout, il y a un échange de tir.
07:48Les deux convoyeurs sont touchés durement.
07:51L'un dans la jambe et à l'abdomen.
07:53L'autre, celui qui porte l'argent,
07:55est visé dans le ventre et s'effondre.
07:56Et les braqueurs repartent à toute vitesse
07:59avec 300 000 francs.
08:01Ce qui correspond à environ 45 000 euros.
08:04La somme ne paraît pas démente pour une telle attaque.
08:08Mais on dit aussi que c'est peut-être le braquage
08:10qui en précède d'autres.
08:12Jean-Claude Poteau et les autres complices s'enfuient.
08:14Mais ils sont retrouvés par les policiers de la BRI,
08:17la brigade de recherche et d'intervention parisienne,
08:19au niveau d'un stade à Fontenay-sous-Bois,
08:21dans le Val-de-Marne.
08:21Oui, alors ils s'enfuient en moto.
08:23Ils sont coursés par la police.
08:25Et il y a de gros échanges de tirs devant ce stade
08:27où la rencontre se fait.
08:29L'un des complices de Poteau dit même
08:31que les braqueurs sont plus armés que les policiers.
08:34Poteau reçoit quand même deux balles
08:35qui vont l'arrêter.
08:38Le braquage est jugé une décennie plus tard,
08:41en 2005, du 17 au 22 mars,
08:43devant la cour d'assises de la Seine-Saint-Denis à Bobigny.
08:46Mais Jean-Claude Poteau n'est pas là.
08:48Après des années de détention provisoire,
08:50il avait été remis en liberté
08:52dans l'attente de son jugement
08:54et il en a profité pour s'enfuir à l'étranger
08:57quand s'ouvre son procès Yves Géglet.
08:59Il est en cavale.
09:00Il devait rester en France,
09:01mais il a quitté le territoire national.
09:02Il se cache en Allemagne
09:04où il a réussi même à refaire sa vie.
09:06Il s'est remarié, il vit à Cologne,
09:09il dirige même un hôtel.
09:10Il a complètement refait sa vie.
09:12Le seul accusé présent à l'audience
09:14charge Jean-Claude Poteau.
09:15C'est un grand classique
09:17de charger celui qui n'est pas là.
09:20Après, Jean-Claude Poteau a effectivement
09:21un lourd passif, une réputation.
09:24Il s'est souvent servi des armes.
09:26Ça fait déjà 20 ans qu'il commettait des braquages.
09:29Donc il reste des zones d'ombre
09:30sur les responsabilités des uns et des autres.
09:32À cette période,
09:33Jean-Claude Poteau a un surnom dans le milieu.
09:35Le ouf et FF comme fou furieux.
09:38Le mardi 22 mars 2005,
09:40le verdict est rendu par les assises
09:41de Seine-Saint-Denis.
09:43Jean-Claude Poteau est condamné,
09:44malgré son absence,
09:45par défaut, c'est le terme juridique,
09:47il est condamné à la perpétuité.
09:49Finalement, Yves Géglet, le braqueur,
09:51est arrêté 4 ans plus tard,
09:53le 8 juillet 2009.
09:55À Cologne, en Allemagne,
09:56donc où il s'était réfugié.
09:59Alors il va être rejugé,
10:00puisque dans ce cas de figure,
10:01il faut rejuger l'accusé.
10:03Et il est condamné
10:04à une peine de 17 ans de prison.
10:10Un jour, en 2012,
10:12à la centrale de Saint-Maur,
10:13dans l'Indre,
10:14Jean-Claude Poteau participe
10:15à un atelier bande dessinée.
10:17Oui, alors il avait une première expérience
10:18assez brève,
10:1920 ans plus tôt,
10:20dans ces ateliers qui sont organisés
10:22pour les détenus de longue peine.
10:23Il avait un peu tâté de la peinture,
10:25mais pas sérieusement.
10:26Et un jour, il participe
10:27à un atelier bande dessinée
10:28avec un auteur,
10:29Laurent Astier.
10:30Alors ce qui est déjà intéressant,
10:32c'est que Laurent Astier racontera
10:33que personne n'est venu parmi les détenus
10:35à cet atelier,
10:37sauf Jean-Claude Poteau.
10:38Et une amitié va naître entre eux.
10:40Jean-Claude Poteau va collaborer
10:41avec cet auteur de bande dessinée,
10:43Laurent Astier,
10:43sur un album inspiré de son histoire.
10:46Ça s'appelle Face au mur.
10:47C'est un album qui s'est fait
10:49sur plusieurs années.
10:50Donc vraiment, ils deviennent amis.
10:53Astier est dessinateur,
10:55aussi scénariste,
10:56mais Poteau est complètement associé
10:57au scénario.
10:58Donc il va raconter sa vie
10:59d'une manière romancée.
11:01Cette BD est très violente.
11:02Moi, j'ai demandé à Jean-Claude Poteau,
11:03mais c'est vraiment ça, votre vie ?
11:05Il m'a dit, non,
11:06la cavale s'est passée comme ça,
11:07mais il y a des choses
11:08qui ont été inventées.
11:09Je ne connais pas toute la vérité.
11:10Jean-Claude Poteau
11:11obtient un aménagement de peine
11:13en 2015.
11:14Il peut sortir.
11:15Et en parallèle,
11:16Jean-Claude Poteau continue à peindre.
11:17Il a compris qu'il doit avoir
11:19un projet pour espérer
11:21bénéficier d'une remise de peine
11:22compte tenu de son très lourd passé.
11:24Il est passionné par la peinture.
11:26Il avait une première expérience,
11:27donc il va beaucoup peindre en prison.
11:29C'est une manière, dit-il,
11:30de se calmer.
11:31Mais sa peinture
11:31est aussi l'expression de sa vie,
11:33de Tollard,
11:34puisque dans ses peintures
11:35qui sont figuratives,
11:37mais un peu à la Dali,
11:37qui est son peintre préféré,
11:39on voit un homme, par exemple,
11:40en sang,
11:41qui est la représentation
11:42d'un de ses amis
11:43qui est mort lors d'une
11:44tentative d'évasion.
11:45C'est donc une peinture
11:46qui est un petit peu surréaliste,
11:48qui est très colorée.
11:49Il aime beaucoup la couleur.
11:50Il dira,
11:50la prison, c'est tellement gris,
11:52j'avais besoin de couleurs.
11:53Il réalise aussi des sculptures,
11:55des masques,
11:55qui sont assez impressionnants,
11:57où il y a une influence
11:58de Picasso,
11:59du surréalisme,
12:00où il y a en tout cas
12:01quelque chose
12:01d'extrêmement vivant.
12:04Jean-Claude Poteau
12:05obtient un aménagement
12:06de peine en 2015.
12:07Il peut sortir
12:08et il va exposer
12:09ses tableaux
12:10et ses sculptures.
12:11Oui,
12:11et c'est même un succès.
12:13Il est exposé
12:13à la galerie Revelle,
12:15qui est une galerie
12:15importante sur les Champs-Elysées.
12:17Ses peintures se vendent,
12:18ses masques surtout
12:19sont très demandés.
12:20Il va entrer dans un milieu
12:22qui est très nouveau pour lui.
12:23Il va rencontrer J.R.,
12:24le street artiste
12:25qui s'intéresse à lui.
12:26et lui a son passé romanesque
12:29et il change de milieu.
12:30À cette période,
12:31il vit où et comment ?
12:32Quel est son nouveau mode de vie ?
12:34Il raconte qu'il s'est rangé.
12:36Il a à la fois à Paris
12:37un atelier
12:38qui n'est pas que le sien,
12:39qui est cet atelier de vie
12:40pour des personnes
12:41qui ont été en difficulté,
12:42qui se trouve rue de Charenton,
12:44qui n'est d'ailleurs pas très loin
12:45de là où il a encore
12:46une maison, au Péreux,
12:48puisqu'il a toujours continué
12:49à vivre là où il a grandi.
12:51Et il est aussi beaucoup
12:52dans le sud,
12:52me dit-il,
12:53où il fait du paddle,
12:55il est très attaché
12:56à son chien,
12:58il s'occupe aussi
12:58beaucoup de sa mère
12:59qui est malade.
13:00Il vit avec une femme,
13:01il a deux enfants,
13:02alors il dit qu'il n'a pas pu
13:03s'occuper de son grand-fils,
13:04mais il s'occupe plus
13:05du plus petit,
13:06qui est un pré-adolescent.
13:08Il vit comme tout le monde,
13:10enfin, dit-il.
13:13Jean-Claude Poteau
13:14vous raconte
13:15que c'est le photographe
13:16et street artiste J.R.
13:17qui lui présente
13:18l'acteur et réalisateur
13:20Louis Garel.
13:21La mère de Louis Garel,
13:22Brigitte Sy,
13:23est une comédienne
13:24qui a animé
13:25beaucoup d'ateliers
13:26dans des prisons
13:27et qui a vécu
13:28le genre d'histoire
13:29qui est racontée
13:29dans le film
13:30L'innocent
13:30à une part très autobiographique.
13:32Donc je pensais
13:32que la rencontre
13:33s'était faite
13:34par la mère de Louis Garel.
13:35Mais en fait, non.
13:36Donc Louis Garel
13:36est ami avec J.R.
13:37Et effectivement,
13:38c'est par ce biais
13:39de ce milieu artistique
13:40qu'ils se sont rencontrés.
13:41Que demande Louis Garel
13:42à Jean-Claude Poteau ?
13:43Louis Garel veut le faire jouer
13:44dans son film
13:45qui se passe à Lyon,
13:46là où beaucoup
13:47des méfaits
13:47de Jean-Claude Poteau
13:48ont été commis.
13:50Mais dans un premier temps,
13:51Poteau ne veut pas
13:51jouer dans le film.
13:52Il veut bien être conseiller.
13:54Garel lui demandera,
13:55il y a un casse dans le film,
13:57de travailler comme ça
13:58sur la vraisemblance
13:59de ces longues scènes.
14:00Mais il n'a pas envie
14:01de jouer
14:02parce qu'il n'aime pas
14:02le personnage, justement.
14:03C'est un personnage
14:04de braqueur
14:06et il ne veut plus
14:06en entendre parler.
14:07Mais il est très ami
14:08avec Garel,
14:09il est très reconnaissant
14:10de ce que Garel fait pour lui
14:11et il va finalement accepter
14:12de jouer ce second rôle.
14:14Et qu'il est le troisième
14:14en dix ans,
14:15tu l'as prévenu aussi ?
14:16C'est plus une prison,
14:17c'est un club de rencontres.
14:17Je suis ta mère quand même !
14:18J'en m'en fous,
14:19c'est complètement folle !
14:20Et donc,
14:21il joue comment
14:21dans ce film,
14:22l'innocent ?
14:23Il est vraiment très bon.
14:24Je pense qu'il a
14:25une présence naturelle,
14:27un don.
14:27Poteau,
14:27c'est vraiment un titi parisien.
14:29C'est-à-dire qu'il vous regarde,
14:30il regarde la caméra,
14:31il dit deux phrases.
14:33Immédiatement,
14:33vous êtes pris.
14:34Il y a une scène incroyable
14:35où le personnage de Garel
14:36doit faire semblant
14:37d'être dur
14:38et Poteau,
14:40où le personnage joué par Poteau
14:40lui dit
14:41« Mais même le chien
14:41n'y croit pas ! »
14:43Et il lui dit ça
14:43avec un regard tellement dur.
14:45On est assez saisi.
14:47C'est un acteur
14:47assez magnétique
14:48qu'on aurait envie
14:49de revoir dans d'autres films.
14:54Nous avons grand plaisir
14:56d'accueillir maintenant
14:57l'équipe du film
14:58L'Innocent.
15:00Mardi 24 mai 2022,
15:02Festival de Cannes.
15:03Ce jour-là,
15:03le Festival de Cannes
15:04fête son 75e anniversaire.
15:07C'est une soirée particulière
15:08et avec toute l'équipe
15:09du film L'Innocent,
15:11Jean-Claude Poteau
15:11est sur le tapis rouge.
15:13Il monte les marches
15:14du Palais des Festivals.
15:15Il est en smoking
15:16et il est très reconnaissant
15:17à Louis Garel
15:18de lui avoir proposé
15:19de faire la montée
15:19des marches
15:21avec l'équipe du film.
15:23Noémie Merlin.
15:26Jean-Claude Poteau.
15:28Et donc, il y a des photos
15:29de lui au même niveau
15:30des marches,
15:32donnant l'accolade
15:33à Louis Garel,
15:34à Roche d'Izem,
15:35à Anouk Grimbert,
15:36à Noémie Merlin.
15:38Sur les photos qu'on voit,
15:39il ne sourit pas,
15:40mais il est fier.
15:41Il est très fier.
15:41C'est vraiment un moment
15:42d'accomplissement.
15:44Yves Géglet,
15:45pendant cette interview
15:46qu'il vous a accordée,
15:47est-ce que vous lui parlez
15:48de vos souvenirs
15:49de jeune journaliste
15:50stagiaire
15:50en 1986 à Lyon ?
15:52Oui, bien sûr,
15:53je lui en parle
15:53parce que j'avais même
15:54demandé à ce qu'on lui dise
15:55que je l'avais vu très jeune.
15:57J'espérais le toucher.
15:59Et ce qui a été
16:01vraiment émouvant pour moi,
16:02c'est que je lui dis
16:04à ce moment-là,
16:05mais c'est curieux
16:06parce que moi,
16:07dans mon souvenir,
16:08vous aviez des lunettes
16:09à votre procès
16:10et là,
16:10vous n'en portez plus.
16:11Il me dit,
16:11oui, c'est vrai,
16:12j'ai été opéré récemment
16:13de la cataracte
16:14et je ne porte plus de lunettes.
16:15Et puis, je lui dis,
16:16mais je me souviens aussi
16:16que j'avais croisé
16:17vos parents en rue Mouffetard
16:18avec votre compagne
16:20et ça lui fait quelque chose.
16:21Il me dit,
16:21bah oui,
16:21ma compagne,
16:22c'était Martine,
16:23effectivement,
16:24c'est ma première femme
16:25que j'avais rencontrée
16:25en Corse.
16:26Et c'est vrai
16:27qu'ils allaient à Rue Mouffetard
16:28puisqu'ils habitaient au Pérum
16:29et quand ils venaient à Paris,
16:30ils allaient dans un restaurant
16:31Rue Mouffetard.
16:33Du coup,
16:33ça valide en fait
16:33tous ses souvenirs
16:34et ça crée un lien entre nous.
16:36Au moment où il vous parle,
16:43de son ancienne vie
16:44et de ses plus de 25 ans
16:45passés derrière les barreaux
16:47en détention.
16:48Il me dit que finalement,
16:49dans sa vie,
16:5095% étaient à jeter.
16:51Je crois que c'est même 28 ans
16:53qu'il a passé en prison.
16:55Il dit qu'il est passé
16:56à côté de beaucoup de choses,
16:57qu'il a fait beaucoup de mal
16:58à sa famille.
16:59Il n'a pas pu accompagner son père
17:00qui est mort d'un cancer
17:02très longtemps avant
17:03alors que son père
17:04a toujours été là pour lui.
17:06Il est vraiment dans le regret.
17:08En même temps,
17:08il assume tout ce qu'il a fait
17:09mais surtout,
17:10il insiste sur le fait
17:11que c'est derrière lui,
17:12que maintenant,
17:12il n'est plus attiré
17:13par ce monde-là.
17:16Et à la fin,
17:17il me dit
17:18écris ce que tu veux
17:19mais surtout,
17:20ne me trahis pas, amigo.
17:22Et j'avoue que sur le moment,
17:23c'est tellement une phrase
17:26impressionnante
17:26que j'ai un petit coup de chaud.
17:28Je me dis
17:28qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
17:30Moi, je suis toujours
17:31assez fidèle
17:32et je comprends en fait
17:33que si je le déçois
17:34dans ce que j'écris,
17:35c'est-à-dire
17:35si je ne suis pas respectueux
17:37des paroles,
17:38si j'en fais trop,
17:38en gros,
17:39sur l'ancien braqueur,
17:40ça ne lui plaira pas,
17:41c'est tout.
17:42Mais ça a été un moment
17:43un peu étrange.
17:47L'interview dure
17:48environ trois quarts d'heure.
17:49Vous vous dites quoi
17:50en raccrochant ?
17:51J'espère le revoir.
17:52Je suis très ému
17:53parce que ça m'a ramené
17:53à quelque chose de,
17:54j'allais dire,
17:55de mon enfance,
17:56de mes tout débuts
17:57dans le journalisme
17:57où j'ai été très impressionné.
18:00Moi, j'écris sur la peinture
18:01donc j'ai envie de voir
18:01ces tableaux en vrai.
18:02Je ne les ai vus
18:03que sur Internet.
18:05Et je me souviens
18:05lui avoir dit
18:06à la fin de l'interview,
18:07j'espère vraiment vous voir
18:08en 2023 à Paris.
18:10Et il me dit
18:10oui, on mangera ensemble
18:12ou tu viendras dans l'atelier.
18:14Donc, j'en reste là-dessus
18:15sur le fait
18:16qu'on va se revoir.
18:19Le 31 décembre 2022,
18:21le Parisien révèle
18:23que la police espagnole
18:24a fait une importante saisie
18:25de cocaïne,
18:26740 kilos,
18:27embarqués sur un voilier
18:28au large de l'archipel
18:29des Açores
18:30et sur la terre ferme
18:31dans le cadre
18:32de cette vaste opération
18:33de police.
18:34390 kilos
18:35de cocaïne supplémentaires
18:37sont saisis,
18:37donc plus d'une tonne
18:38au total.
18:39Une dizaine de personnes
18:40sont interpellées
18:41et parmi elles,
18:42Jean-Claude Poteau,
18:43il fait partie
18:44des complices présumés,
18:45Yves Géglé,
18:46vous vous dites quoi
18:47en apprenant ça ?
18:48C'est un très gros choc.
18:50Je ne sais pas pourquoi
18:50je me suis attaché
18:51à cet homme.
18:52Alors évidemment,
18:53il est quand même
18:54présumé innocent,
18:55mais quand même,
18:56c'est un énorme trafic.
18:58La police apparemment
18:59suivait l'équipe
19:01depuis plusieurs mois.
19:02On se dit,
19:03c'est une histoire
19:04de résilience
19:04qui était magnifique.
19:05Peut-être que l'histoire
19:06était un peu trop belle.
19:07J'en parle à quelqu'un
19:08de l'équipe du film
19:09qui est très choqué
19:10comme moi
19:11et qui me dit,
19:12mais au fond Yves,
19:13c'est l'histoire du film.
19:14L'innocent raconte
19:15l'histoire d'un braqueur
19:17qui va rechuter
19:18alors qu'il a réussi
19:19à sortir de prison,
19:20qu'il s'est mis
19:20à faire autre chose.
19:22Ça fait penser aussi
19:23à ces romans
19:24d'Auguste Le Breton
19:25qu'il aimait tant
19:25où finalement
19:26on n'échappe pas
19:27à son destin.
19:49Merci à Yves Géglé.
19:51On rappelle que cette affaire
19:52de trafic de drogue
19:53est en cours d'instruction
19:54et que dans ce dossier,
19:55Jean-Claude Poteau
19:56est bien sûr
19:56présumé innocent.
19:58Code Source
19:58est le podcast quotidien
20:00d'actualité du Parisien.
20:01N'oubliez pas
20:01de vous abonner
20:02pour ne rater aucun épisode.
20:03Vous pouvez nous faire
20:04des retours,
20:05nous écrire
20:05codesource
20:06at leparisien.fr
20:08Cet épisode de Code Source
20:10a été produit par
20:11Raphaël Pueillot
20:12et Thibaut Lambert,
20:13réalisation
20:14Julien Moncouquiole.
20:16Le Parisien vous propose
20:17un nouveau podcast
20:17depuis décembre.
20:19Crime Story
20:19est disponible
20:20sur toutes les plateformes
20:21d'écoute.
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