- il y a 9 heures
Louise Colcombet, Zoé Lauwereys et Timothée Boutry se relaient aux journées audiences. Témoignages bouleversants, images effroyables… Suite du récit de nos trois reporters.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Crédits : Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Marion Bothorel et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : France 2, RTL, Europe 1.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Deuxième épisode aujourd'hui de notre podcast sur le procès des attentats de janvier 2015.
00:16Les premières semaines d'audience consacrées au parti civil et au rappel des faits ont donné lieu à des témoignages
00:22bouleversants.
00:23Codesource vous raconte le début de ce procès hors normes à travers le regard de trois journalistes,
00:29Louise Colcombé, Zoé Lovresse et Timothée Boutry, membres du service police-justice du Parisien.
00:35Ils se relaient au palais de justice de Paris pour couvrir les audiences.
00:42L'épisode précédent se terminait par des rires dans la salle d'audience, rires provoqués par un dessin de charbe.
00:48Zoé Lovresse, le vendredi 11 septembre, viennent s'exprimer les proches du dessinateur Tignous, Bernard Verlac,
00:54et du journaliste spécialiste d'économie, Bernard Maris.
00:57On a d'abord Gabriel et Raphaël, les enfants de Bernard Maris, le journaliste économique, qui viennent à la barre.
01:05Ils décrivent, ils racontent ce père joyeux, aimant, le père qu'on aurait tous envie d'avoir,
01:12et on comprend leur douleur quand il s'effondre un peu à la barre.
01:16C'est ce que j'ai voulu raconter ce jour-là, c'est des piliers arrachés à leur famille.
01:20Chloé Verlac raconte ça, elle a deux jeunes enfants en 2015, c'est la femme de Bernard Verlac,
01:26et elle raconte comment, par exemple, son petit garçon a eu peur, après la mort de son père,
01:33de plus jamais pouvoir aller à l'école, parce qu'en fait c'était son papa qui l'emmenait à
01:37l'école le matin,
01:38et pour lui c'était la fin de l'école, puisque papa n'était plus là.
01:44Le lundi 14 septembre, les policiers, dont la voiture s'est retrouvée nez à nez avec les frères Kouachi,
01:50en bas de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, racontent ce qu'ils ont vécu.
01:54On a cette patrouille de la Bac du 11e, à bord il y a Mathieu le chef de bord,
02:01et il y a Alban qui est au volant, c'est un stagiaire, c'est un tout jeune policier,
02:06et donc ils reçoivent le premier appel, et c'est les premiers policiers sur place.
02:11Et donc ils racontent qu'ils se retrouvent dans la rue, et ils se retrouvent face à une voiture.
02:16Ils se regardent et ils se disent « mais c'est quoi cette voiture en face ? »
02:19Ils font des appels de phare, et là il y a les occupants de la voiture d'en face,
02:23ils ouvrent les portières, ils posent le pied par terre, et ils sont armés.
02:27Et là les deux flics, ils racontent, c'est eux.
02:30« Je me rappelle comme si c'était hier. »
02:33Et ils voient les couachis brandir leur kalachnikov et leur tirer dessus.
02:37« Le bruit, le feu sort de l'arme, on se couche dans la voiture, je suis au volant,
02:46je suis couché, je choisis de passer la marche arrière, il faut qu'on sorte de cette rue. »
02:51Ils sont tête contre tête au-dessus du frein à main,
02:54il n'y a que le bloc moteur finalement qui les empêche d'être touchés par des balles.
02:57« Le bruit est assourdissant dans la voiture, le pare-brise est en train de péter de partout. »
03:04« Il faut bouger, il faut bouger, et puis il faut aussi se défendre. »
03:07« On a des policiers dans une petite voiture avec des armes de poing et des armes lourdes en face,
03:11c'est presque David contre Goliath finalement. »
03:14« On est tous blessés, soit par des éclats de verre, soit par des acouphènes dus au bruit dans la
03:20voiture. »
03:21Donc le chef de bord Mathieu raconte qu'il arrive finalement à sortir son arme,
03:27mais il ne peut pas tirer par la fenêtre parce qu'il serait à découvert.
03:29Donc il tire à travers son pare-brise sur les couachis,
03:33ça permet de baisser la cadence des tirs de Kalachnikov,
03:36pendant qu'Alban lui, il parvient finalement à reprendre ses esprits,
03:40et à embrayer, à passer la marche arrière, à enfoncer l'embrayage,
03:44et à faire une marche arrière à l'aveugle, pour se tirer de ce piège en fait.
03:49« C'est miraculeux d'être sorti de cette voiture, ni plus ni moins.
03:53Il y avait une bonne étoile, je pense, au-dessus de nous trois. »
03:59Le mercredi 16 septembre, Louise Colcombé viennent témoigner les deux gendarmes
04:03qui sont arrivés en premier à l'imprimerie de Damartin-Angouel, en Seine-et-Marne,
04:07imprimerie où s'étaient retranchés les frères Kouachi.
04:10C'était le 9 janvier 2015, et les deux gendarmes s'en souviennent comme si c'était hier.
04:14Leur voiture a essuyé des tirs, des rafales de Kalachnikov de Shérif Kouachi.
04:18Ce qui est fou, c'est qu'on a un peu oublié cet épisode dans le flot de ces journées
04:22terribles.
04:23Ce sont des gendarmes ordinaires, comme va dire l'une des deux.
04:26C'est un équipage d'un homme, une femme.
04:28Mais ce jour-là, on les envoie en fait pour une mission de base,
04:31c'est-à-dire que leur boulot c'est d'aller donner le café à leurs autres collègues
04:34qui sont tous sur des ronds-points, parce qu'on sait qu'à ce moment-là,
04:36les Kouachi sont dans la nature, mais dans cette zone.
04:39Ils ont braqué une voiture juste avant les Kouachi dans la forêt de Compiègne,
04:41donc on sait très vite qu'ils sont à bord d'une Peugeot 206.
04:45Ces deux gendarmes répondent à un appel radio où on leur dit « elle a été vue à tel endroit
04:48».
04:48Donc ils s'y rendent et ils arrivent très vite.
04:51La jeune gendarme raconte qu'elle est un peu en vision tunnel,
04:54c'est-à-dire qu'elle ne réfléchit pas, elle y fonce.
04:56Et ils arrivent à cette imprimerie.
04:57Ils se garent juste derrière la Peugeot 206.
04:59Et là, ils comprennent immédiatement qu'il s'agit des Kouachi.
05:01Pour eux, c'est très clair.
05:03Et ce qui est très clair aussi immédiatement,
05:04c'est qu'en fait là où ils sont garés, ils sont en plein dans la zone de tir.
05:08Le plus chevronné des deux réagit tout de suite et lui dit « écoute, il faut qu'on se mette
05:12à couvert ».
05:12Ils font très bien d'ailleurs, parce que Sheriff Kouachi, il a vu la voiture.
05:16Donc il arrive et il tire en rafale.
05:18On va voir ensuite des images de cette voiture qui est criblée de 14 impacts de balles.
05:24Clairement, s'ils étaient restés dedans, ils seraient morts.
05:27Ils se mettent à couvert et le gendarme parvient à toucher Sheriff Kouachi.
05:32Il le blesse.
05:34Là, ce qui est très éclairant, c'est qu'il raconte qu'en fait, il peut tirer une deuxième fois.
05:38Il sait que s'il tue Sheriff Kouachi, il se dit « son frère va exécuter les otages dans l
05:44'imprimerie ».
05:44Donc, il n'en fait rien.
05:47Sheriff Kouachi rentre à nouveau dans l'imprimerie.
05:50Et pour eux, ils se disent « on leur a fait peur ».
05:53Ils ne vont pas sortir ailleurs, parce que c'est une zone industrielle où il y a énormément d'entreprises.
05:58Et ils ne vont pas faire un carnage à côté.
05:59Tous les deux dénoncent un manque de soutien de leur hiérarchie après cette expérience particulièrement traumatisante.
06:05Le lendemain, ils se retrouvent tous les deux à travailler.
06:08Elle, elle raconte qu'elle se retrouve à prendre des plaintes et qu'à un moment, elle se demande ce
06:11qu'elle fait là.
06:12Et puis après, il y a eu tous ces mois derrière où en fait, on ne les a pas soutenus.
06:15On ne leur a pas demandé comment ils allaient vraiment.
06:17On leur a vaguement dit d'aller voir un psy.
06:19Cette gendarme, elle raconte qu'elle, elle a craqué en fait en service, mais elle l'a cachée.
06:22Et elle ne voulait absolument pas que sa hiérarchie sache qu'elle allait mal parce qu'elle avait peur de
06:26se retrouver étiquetée faible psychologiquement.
06:28C'est le genre de dossier qu'on traîne comme un boulet qui vous empêche de bouger et d'évoluer.
06:32Son collègue, qui a évité quand même un carnage, il a été décoré, mais il a dû demander à ce
06:37que sa collègue soit aussi décoré par la gendarmerie.
06:40Ils ont dit qu'il se sentait abandonné, qu'il y avait vraiment eu un manque de suivi et un
06:43manque de psychologie de la hiérarchie derrière ces événements.
06:46Ce jour-là, j'étais en train de discuter avec mon collaborateur, on attendait un fournisseur et on a sonné
06:52à la porte.
06:53Timothée Boutry, le patron de l'imprimerie Michel Catalano, va raconter le huis clos dans l'entreprise avec les frères
06:58Kouachi pendant plusieurs heures.
06:59Il a fait croire aux terroristes qu'il était seul, alors qu'un salarié, un jeune graphiste de 26 ans
07:05à ce moment-là, était caché dans un placard sous un évier.
07:08C'est ce qui va être presque le plus marquant dans le témoignage de Michel Catalano, qui va faire preuve
07:12d'un sang-froid incroyable.
07:14J'ai vu effectivement un lance-roquette et puis une kalachnikov.
07:18Il va être avec les Kouachi, il va leur parler, il va leur faire un café.
07:22Et alors qu'il sait qu'il y a son graphiste qui s'appelle Lilian, qu'il a prévenu, parce
07:26que dès qu'il a vu que c'était les frères Kouachi, il a compris, il lui a dit «
07:29tu vas te cacher ».
07:31Et en fait, je lui explique que son unique but à ce moment-là, c'est de préserver Lilian et
07:35qu'il n'aura que ça en tête.
07:37Tout faire en sorte pour qu'il ne sache pas qu'il est là et qu'il ne le découvre
07:40pas.
07:40Et Lilian témoigne à son tour. Qu'est-ce qu'il dit ?
07:43Lilian s'est réfugié sous l'évier dans la cuisine de l'imprimerie.
07:47On a vu les photos, on se demande comment un homme peut rentrer là.
07:52Il est resté 8 heures à l'intérieur, roc-roquevillé, sans bouger, avec cette angoisse absolue que la porte puisse
08:00s'ouvrir, qu'il puisse être découvert et qu'il puisse être exécuté, évidemment.
08:04Il raconte qu'il n'y avait plus de sang dans ses jambes, plus de sang dans ses bras, qu
08:07'il pouvait, au moment où l'assaut est donné, il dit « non mais moi je ne peux pas sortir,
08:10je ne pourrais pas sauter par la fenêtre.
08:11Est-ce que vous pouvez sortir par la fenêtre ? Non, je ne peux pas, je ne pourrais pas marcher.
08:14»
08:14On est avec lui. On sent qu'il est ému, on parle plutôt d'une petite voix.
08:19Et donc il va raconter cette scène incroyable, celle qu'il a le plus marquée, c'est que l'un
08:22des frères Kouachi, sans doute Saïd, rentre dans la cuisine pour se servir un verre d'eau.
08:26Et d'abord il ouvre plusieurs placards, mais pas le sien.
08:29Et il ouvre le robinet, et en fait Lilian est en dessous, et il sent l'eau qui coule dans
08:33son dos.
08:34Le terroriste est à quelques centimètres de lui.
08:38Évidemment, il est en apnée, et par chance pour lui, il ne découvrira pas sa cachette.
08:49Le 18 septembre, la cour d'assises spéciales se penche sur ce qu'il s'est passé à Montrouge.
08:53Le 8 janvier 2015, la mort de la policière municipale Clarissa Jean-Philippe, tuée par Amélie Koulibaly.
08:59Louise Colcombé, un employé du service propreté de la ville, chef de service, raconte comment il s'est battu avec
09:06le terroriste.
09:06C'est Laurent, un quarantenaire qui travaille à ce moment-là à la voirie, parce qu'en fait ce matin
09:12-là, il a appelé pour un accident de voiture, un banal accrochage sur lequel a été appelé Clarissa et l
09:17'un de ses collègues.
09:19Ils arrivent, ils discutent, ils ne connaissaient pas Clarissa Jean-Philippe d'ailleurs.
09:21Elle lui dit ce jour-là qu'elle est très émue parce qu'elle est promue, elle vient de réussir
09:24son concours.
09:25Et en fait, il voit arriver Amélie Koulibaly.
09:28Ils ont d'ailleurs discuté juste avant de Charlie Hebdo, tout ça est dans leur tête.
09:32Et il voit ce type, barraqué, grand, avec son blouson, qui met à l'épaule sa cachine-coff et qui
09:37tire.
09:38Et en fait, il a un moment de déni, il est en incrédulité, il lui tape sur l'épaule, il
09:42lui dit « mais enfin, ça ne va pas te faire des blagues comme ça avec ce qui s'est
09:44passé hier ».
09:45Il dit ça à Amélie Koulibaly ?
09:46Il dit ça à Amélie Koulibaly, c'est complètement surréaliste.
09:48Et en fait, il tourne la tête un quart de seconde, il comprend, il voit son collègue blessé à la
09:52carotide, il voit Clarissa Jean-Philippe qui gît au sol.
09:55Et là, il comprend.
09:56Il se dit « ok, le prochain, c'est moi, si je fais demi-tour, il va m'abattre.
09:59Donc oui, je n'ai pas le choix, il faut que je l'agrippe ».
10:01Il n'a rien.
10:02Et là, il raconte qu'il se jette dans un corps à corps avec Koulibaly qui est un type athlétique,
10:07impressionnant.
10:08Lui, il n'est pas très épais.
10:10Donc il s'agrippe, il raconte qu'il tape contre un grillage, un capot de voiture, il roule par terre
10:13un moment et donc il tombe à genoux un moment.
10:15Et en fait, il s'agrippe des deux mains à la kalachnikov de Koulibaly pour ne pas qu'il tire.
10:20Koulibaly finit par s'énerver, parce qu'il voit qu'il n'arrive pas à s'en défaire.
10:23Il a cette phrase terrible, il lui dit « ah, tu veux jouer ? Bah tu vas crever ».
10:27Et donc là, il prend une arme de poing dans son autre poche et il lui assène un coup de
10:32crosse sur la tête pensant le mettre KO.
10:35Mais Laurent, il raconte qu'il ne tombe pas dans les pommes et Koulibaly veut lui tirer dans la tête.
10:42Il a cette obsession pourtant, il est à bout portant.
10:44Il dit « bon voilà, je suis vaincu, il va m'achever ».
10:48Bah Koulibaly, il tire pas, il range ses affaires, il s'en va.
10:52On apprendra en réalité après que Koulibaly, il n'a pas eu de pitié, c'est juste que son arme
10:57s'était enrayée.
10:58Est-ce qu'on sait ce qu'Amélie Koulibaly faisait à Montrouge ce jour-là ?
11:02Alors on présume qu'Amélie Koulibaly, en réalité, voulait sans doute s'attaquer à une école juive.
11:07À 200 mètres du lieu où Clarissage-Jean-Philippe est morte.
11:10Il ne pouvait pas deviner que ce matin-là, il y aurait une présence policière, puisqu'on ne peut pas
11:15prévoir cet accident de la route.
11:17Il a aussi préparé une moto qui est dans une rue adjacente, dont il a fait retirer le traceur juste
11:22avant.
11:23Ça rappelle évidemment Mohamed Merah, l'attaque à l'école juive de Toulouse.
11:29C'est l'hypothèse privilégiée, elle n'a pas été étayée, mais on pense que c'était sa cible véritable.
11:34Le début de la quatrième semaine du procès est consacré à la prise d'otages sanglantes de l'hypercachère de
11:40la porte de Vincennes à Paris.
11:42Les images de vidéosurveillance sont projetées.
11:44Elles permettent de reconstituer précisément ce huis clos de 4 heures et 4 minutes.
11:50Amélie Koulibaly entre dans le magasin à 13h06.
11:53Et en moins d'un quart d'heure, il va faire quatre morts.
11:55Le jeune employé Yohan Cohen, le premier touché, il va agoniser longtemps sous les yeux des otages.
12:02Trois clients, Philly Braham, Michel Saada et Yoav Attab, ce jeune Tunisien qui tente de lui arracher sa kalachnikov.
12:09Louise Kolkombé et les survivants se succèdent à la barre.
12:12Une poignée d'entre eux avaient pu s'enfuir dès les premières minutes.
12:15D'autres se sont cachés au sous-sol, dans la chambre froide, débranchée pour faire moins de bruit.
12:21Que racontent ces témoins ?
12:22Ils racontent qu'ils sont là à attendre la mort dans le noir, avec un bébé de 11 mois dans
12:28les bras de son père,
12:29avec les surgelés qui décongèlent et l'eau qui leur coule dans les pieds,
12:33à guetter le moindre bruit, à faire le moins de bruit possible.
12:36Ça c'est leur obsession.
12:37Pendant 4 heures, ils vont essayer de faire jouer un enfant dans le noir, sans rien, pour éviter qu'il
12:42pleure.
12:43À un moment où ils tentent des clés, les clés tombent au sol, ils se disent « on est fichu
12:46»,
12:46ils lui donnent des bouts de papier, ils essayent de lui sourire.
12:49C'est un enfer, mais eux, ils ont le contact avec l'extérieur, parce qu'ils ont leur portable.
12:53Donc eux, ils vont pouvoir discuter un petit peu avec les forces de l'ordre.
12:56Il y a aussi les témoignages des otages qui sont restés prisonniers au niveau du magasin, avec le tueur.
13:01Les otages, ils supportent l'allogoré d'Amélie Coulibaly, qui justifie ses actes,
13:07qui leur tient des propos antisémites absolument horribles.
13:10Tous les récits étaient denses, émouvants, précis, poignants.
13:15Ils ont tous eu cette idée fixe qu'ils allaient mourir.
13:19Louis Scolcombe, le même jour, celui qu'on avait surnommé le héros de l'hypercachère,
13:23Lassane Abatili, vient à la barre.
13:25Il avait aidé les otages à se cacher dans la chambre froide,
13:28avant de s'enfuir par le mont de charge.
13:31Qu'est-ce qui vous frappe dans ce témoignage ?
13:33Déjà, c'est une bouffée d'air frais quand il arrive, ça fait du bien après ce qu'on a
13:35entendu sur l'hypercachère.
13:37Parce qu'il a un discours très apaisé, très républicain.
13:40Lui-même, il est musulman, pratiquant.
13:43Il arrive à 15 ans en France, il ne parle pas français, il passe par tout un tas de difficultés.
13:49Il passe finalement de CAP.
13:51Un jour, un ami lui propose, lui dit, ça embauche.
13:55Donc il est pris à l'essai dans un hypercachère,
13:57et au vu de son investissement, il obtient son premier CDI.
14:01Donc il est extrêmement heureux.
14:02Il va travailler à la porte de Vincennes,
14:04et là, il se prend d'amitié tout de suite pour tous ses collègues, notamment Johan Cohen.
14:08Johan Cohen, en fait, c'est un jeune qui lui ressemble.
14:10Ils écoutent la même musique, ils aiment le sport, ils bavardent.
14:14Et finalement, cette amitié-là, elle était hyper forte.
14:17Et ce jour-là, il a perdu plus qu'un ami.
14:19Il dit, j'ai perdu un frère.
14:20La scène à Batili raconte que Johan Cohen avait peur, justement, d'une agression.
14:24Quand il quittait le magasin, le soir, Johan cherchait à cacher sa confession.
14:28Oui, il se souvient de deux choses.
14:30D'abord, qu'il retournait les sacs en plastique de l'hypercachère pour pas qu'on ne voit le logo.
14:35Il mettait une capuche sur sa tête pour pas qu'on voit qu'il portait une quipin.
14:39Et la scène à Batili se souvient qu'il lui avait posé la question,
14:43mais pourquoi tu fais ça ?
14:43Il lui dit, écoute, je traverse tout Paris pour rentrer chez moi, j'ai peur qu'on m'agresse.
14:47Et la scène à lui avait dit, mais non, mais t'inquiète, il va rien arriver.
14:53Timothée Boutry, les familles des quatre victimes de l'hypercachère se succèdent à la barre le lendemain, le mardi 22
14:58septembre.
14:59Ces hommes et ces femmes racontent que leur vie s'est arrêtée ce jour-là.
15:03Oui, c'est extrêmement poignant parce qu'il y a la femme de Philippe Rahm qui a raconté, voilà, elle
15:07dit, je suis morte ce jour-là.
15:09On a le père de Johan Cohen, Eric Cohen, qui a raconté que depuis ce moment-là, il y a
15:14une part de leur vie qui s'est arrêtée.
15:15Alors, ils continuent, ils sont courageux, mais on a vraiment vu, touché du doigt, l'impact du terrorisme, en fait.
15:22Comment réagissent les onze accusés présents à l'audience ?
15:27Pendant toutes ces trois semaines d'audition de partis civils, ils ont été extrêmement silencieux, en fait.
15:32On n'est pas du tout dans un box rebelle.
15:35Il y a un grand, grand silence, en fait. Un grand silence partout dans la salle et dans le box.
15:39On rappelle qu'ils clament leur innocence et que leurs rôles respectifs vont être examinés plus tard dans ce procès.
15:45Oui, c'est ça. Ça a commencé à être abordé dans la quatrième semaine du procès.
15:49Tous disent qu'ils n'avaient absolument pas connaissance des projets d'Amedi Koulibaly et des frères Kouachi,
15:54qui sont totalement en dehors de ces actes terroristes.
16:00Le 25 septembre, un ancien chef de service de la DGSI, les Renseignements Intérieurs, témoigne, mais de façon anonyme.
16:08Comment ça se passe concrètement ?
16:09Il est à distance. C'est de la visioconférence.
16:13Donc, tout ce qu'on voit, c'est une plaque blanche et derrière, une ombre, quelqu'un qui parle en
16:18bougeant un peu.
16:19Et ce membre de la DGSI, à l'époque, doit expliquer pourquoi les services ont arrêté de surveiller les frères
16:25Kouachi six mois avant qu'ils ne passent à l'acte.
16:28Il explique qu'à ce moment-là, ils ne représentent pas une menace imminente.
16:33Et du coup, ils suspendent la surveillance parce qu'ils sauraient rentrer dans l'illégalité s'ils avaient poursuivi les
16:40écoutes, par exemple, de ces hommes-là.
16:42À la fin de ce compte-rendu, Zoé Lovresse, il souhaite ajouter quelque chose qui lui tient à cœur.
16:49Il dit « Je tiens à dire quelque chose.
16:51Nous, à la DGSI, c'est des collègues, c'est des hommes, c'est des femmes, c'est pas qu
16:55'une institution.
16:57On n'est pas rentrés là-dedans parce qu'on a vu de la lumière.
17:00Et en fait, on le sent, sa voix, tout d'un coup, s'éraille.
17:04On sent qu'il devient un peu fébrile, qu'on sent bien qu'il commence à pleurer, en fait, ce
17:09monsieur, derrière cette plaque blanche.
17:11Il dit qu'à chaque attentat, ses services, ses hommes et ses femmes sont touchés,
17:15que pour eux, c'est un constat d'échec de ne pas avoir réussi à entraver, à empêcher les attentats.
17:21Et là, en l'occurrence, de ne pas avoir réussi à empêcher les couachis de commettre cet attentat.
17:26Il vient de nous faire un témoignage extrêmement administratif.
17:29Et tout d'un coup, on sent l'émotion qu'il submerge.
17:32Et c'est encore une fois de l'émotion dans cette cour d'assises comme on en a depuis plusieurs
17:37semaines.
17:38Il est midi moins 10, ce jour-là, donc le 25 septembre.
17:40Les téléphones des journalistes vibrent dans la salle d'audience et les salles de retransmission.
17:46Avec Louise, on est dans une salle de retransmission du procès.
17:49Et on reçoit sur WhatsApp, toutes les deux, sur le groupe de notre service, une info.
17:55Il y a une attaque, rue Nicolas, père, près des anciens locaux de Charlie Hebdo.
18:00D'après les toutes premières informations consolidées que nous avons pu recueillir,
18:04une attaque à l'arme blanche a eu lieu un peu avant midi.
18:08Et là, tout le monde lâche le témoignage du monsieur de la DGSI.
18:11Et on sort et en fait, il y a une suspension d'audience.
18:15Évidemment, ce n'est pas une attaque anodine.
18:16On est là, pile dans le secteur du premier attentat de janvier 2015.
18:20C'est un peu la stupeur parce que là, l'audience est quand même très lourde.
18:22Ça fait trois semaines qu'on entend des témoignages terribles.
18:25Et là, on se dit, ça recommence.
18:31Merci, Louise Colcombe, Zoé Lovresse, Timothée Boutry.
18:34Vos comptes rendus d'audience sont à retrouver chaque jour dans Le Parisien.
18:38Et vous viendrez au micro de Codesources nous raconter la suite de ce procès.
18:46Codesources est le podcast d'actualité du Parisien, disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:50Cet épisode a été produit par Raphaël Pueillot, Thibaut Lambert et Marion Bottorel.
18:56Réalisation Alexandre Ferreira.
18:58Si vous aimez Codesources, n'hésitez pas à laisser des petites étoiles sur votre application de podcast.
19:02Et n'oubliez pas de vous abonner.
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19:20Sous-titrage Société Radio-Canada