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  • il y a 10 heures
Près de huit ans après leur dernier album, les Daft Punk ont annoncé leur séparation le 22 février. Code source revient sur les origines de ce duo aussi mystérieux que mythique. Emmanuel Marolle, journaliste au service culture du Parisien, revient sur leurs 28 ans de carrière pour Code source.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Mona Delahais, Mathias Penguilly, Thibault Lambert et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : Brut.

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après 28 ans de carrière en duo, 4 albums studio et quelques rares concerts, les Daft Punk se séparent.
00:19Les deux hommes robots l'ont annoncé fin février à travers une courte vidéo sans donner davantage d'explications.
00:25Sous leur costume se cachent deux français très discrets d'une quarantaine d'années, amis depuis le collège, considérés aujourd
00:32'hui comme des pionniers de la scène électro.
00:35Code Source revient sur le parcours de Daft Punk avec Emmanuel Maroll, chef du service culture du Parisien.
00:44Emmanuel Maroll, quand est-ce que vous rencontrez les Daft Punk pour la première fois ?
00:48Je rencontre Daft Punk à l'occasion de la sortie de l'album live du groupe à l'automne 2007.
00:55Et donc je les rencontre dans le cadre d'une journée promotionnelle, un peu à l'anglo-saxonne.
01:01C'est assez minuté.
01:02Bonjour, Emmanuel.
01:04Ça va ?
01:05Tout se fait bien ?
01:06Tout se présente bien ?
01:07Tout se passe bien ?
01:08Oui.
01:08Et c'est comme si des artistes américains ou anglais venaient à Paris et enchaînaient les interviews tout au long
01:13de la journée.
01:14Et ça, dans ces cas-là, ça se passe dans une suite ou dans un bureau d'un grand hôtel
01:18parisien.
01:18Là, c'était au cœur de Paris.
01:20Et je me retrouve face au Daft Punk pour la première fois.
01:22Et vous avez conservé précieusement l'enregistrement de cette interview.
01:26À cette occasion, vous les découvrez sans leur casque de robot.
01:29À quoi est-ce qu'ils ressemblent ?
01:31En fait, ils ressemblent à l'image que je pouvais avoir dans mes lointains souvenirs des anciennes photos et des
01:36seules photos qui existaient.
01:37Donc, Thomas Bancalter, c'est un jeune homme grand, brun, frisé, avec les cheveux assez courts à ce moment-là.
01:45Et puis, Guy Manuel, il a les cheveux longs, assez raides.
01:49Mais finalement, ils n'ont pas tellement changé par rapport aux photos qu'on connaissait.
01:53Et sont comment en interview ?
01:55Alors, il y en a un qui parle beaucoup et l'autre qui parle peu, voire pas du tout.
01:58Thomas, lui, il parle assez longuement.
02:01Il s'explique.
02:02Il aime vraiment raconter la façon dont ils abordent la musique, etc.
02:06Que le fait de ne pas apparaître, c'était une volonté de faire les choses de façon différente.
02:11Ça n'a jamais été critique du Star System, professionnellement et artistiquement.
02:14Je pense que c'est aussi une démarche que beaucoup de gens me semblent soutenir aussi.
02:18Et Guy Manuel, il est vraiment en retrait.
02:20Je me rappelle que lors de cette première interview, je n'ai pas du tout, du tout entendu le son
02:25de sa voix,
02:26à part le moment où je suis rentré et que je lui ai dit bonjour.
02:28Mais sinon, il n'a absolument répondu à aucune question.
02:31Et Guy Manuel écoutait ou soit avait le sentiment de n'avoir rien à rajouter, soit il s'ennuyait, je
02:36n'en sais rien.
02:37Mais à l'arrivée, c'est une conversation qui est très sympathique, qui est vraiment dans l'échange,
02:42qui est très très normale finalement, alors qu'a priori, on est face à des artistes hors normes.
02:47On va revenir ensemble sur le parcours des Daft Punk.
02:50Thomas Bangalter et Guy Manuel de Omeem Christo,
02:53ils sont nés avec un an d'écart en 1975 et 74 à Paris et à Neuilly-sur-Seine.
03:00Dans quel milieu est-ce qu'ils grandissent ?
03:02Ils grandissent dans des milieux assez bourgeois, bohèmes on dirait aujourd'hui.
03:06D'Emmanuel, lui, il vient d'une grande famille portugaise, de parlementaires portugais, d'écrivains, etc.
03:12Et Thomas Bangalter, lui, il vient d'une famille d'artistes.
03:15Donc voilà, ils évoluent dans un milieu assez confortable à l'époque.
03:19Le père de Thomas Bangalter est musicien.
03:22Oui, le père de Thomas s'appelle Daniel Bangalter, connu sous le nom de Daniel Vanguard.
03:27Et il a produit plein de choses dans les années 70.
03:31Il a produit notamment du disco latino et il avait produit quelques tubes,
03:34notamment d'un duo éphémère qui s'appelait Otawan.
03:38Alors les plus anciens qui nous écoutent se souviendront peut-être d'une chanson qui s'appelait Téhoquet, Tébat, Téine.
03:48Qui était un truc qui passait en boucle à la radio.
03:50Il a produit aussi des chansons pour Sheila.
03:53Et il a aussi travaillé avec un groupe qui s'appelle la Compagnie Créole, que tout le monde connaît aussi.
03:58Et il a été producteur pour ce groupe.
04:00Les deux ados se rencontrent en 1986, en classe de 4e, dans un collège huppé du 17e arrondissement de Paris.
04:08Ils sont tous les deux passionnés de musique à ce moment-là.
04:10Oui, ils se rencontrent au lycée Carnot et ils sont passionnés de musique et de cinéma en fait.
04:15Ils se retrouvent très très vite sur des goûts communs de films et de groupes.
04:20Alors ils ont plutôt une culture rock à l'époque, a priori, et aussi un petit peu soul.
04:25C'est vraiment ça qui va les rapprocher.
04:28En 1991, ils forment un premier groupe, Darling.
04:31Oui, Darling, c'est vraiment typiquement le groupe de lycée en fait.
04:34C'est plusieurs potes qui aiment la musique, qui la partagent, qui écoutent des disques ensemble et qui se disent
04:38« tiens, si on faisait un groupe ».
04:39Et en plus, à l'époque, les groupes qui vont se former, c'est des groupes de rock, donc guitare,
04:44basse, batterie.
04:45Et c'est exactement ce qui se passe.
04:46Guy Manuel et Thomas forment Darling avec quelqu'un qui s'appelle Laurent Brokowitz et qui va être après un
04:52des futurs membres du groupe Phoenix.
04:54Techniquement, c'est assez simple pour eux, puisque Daniel, le père de Thomas, est musicien.
04:58Donc il a des équipements et ils commencent tout de suite à jouer, à répéter et à s'enregistrer avec
05:03les moyens du bord.
05:04Le style de musique qu'ils font, c'est vraiment ce qu'on appelle à l'époque du rock alternatif,
05:09du rock indépendant à l'anglaise.
05:10Et eux, ils sont un peu dans cette mouvance-là, on va dire rock-pop, un petit peu avec un
05:16pas de côté par rapport à ce qui passe à la radio.
05:21Leur musique se fait remarquer, non pas en France, mais en Angleterre.
05:25Oui, ils se font remarquer par un label anglais qui s'appelle Diophonique.
05:28Et sur ce label, on retrouve un groupe justement de pop alternative anglaise qui s'appelle Stéréolab, qui a un
05:33petit peu le vent en poupe.
05:35Et voilà, ils se font remarquer comme ça.
05:36Ils sortent quelques titres donc sur ce label Diophonique.
05:40Pour autant, ce n'est pas un succès.
05:41Le groupe se prend même une très mauvaise critique dans un magazine de référence en Grande-Bretagne, Melody Maker.
05:48Oui, le Melody Maker à l'époque, c'est un hebdomadaire anglais, un petit peu comme les enroquip-types peuvent
05:52l'être à ce moment-là.
05:54Et qui est vraiment une référence.
05:56Et qui justement est très très à l'affût des jeunes groupes, de tous les nouveaux trucs qui sortent, etc.
06:01Et donc, le Melody Maker fait une critique de ses premiers enregistrements de Darlene.
06:05Et au milieu de la critique, il y a cette expression où ils disent que c'est daft, punky, trash.
06:11C'est-à-dire littéralement idiot, paumé et trash.
06:17Donc évidemment, ça ne fait pas très très plaisir parce que c'est très péjoratif.
06:20Et c'est quelque chose, évidemment, qui va être, sans le vouloir, les fondations de daft, punk.
06:27En 1993, Thomas et Guy Manuel s'inspirent de cette critique pour former leur duo daft, punk.
06:34Avec ce groupe, ils disent adieu au rock.
06:36Oui, c'est un petit peu la révolution électro, en fait.
06:39Le passage de Darling à daft, punk.
06:41Ils découvrent tout le phénomène techno, tout le phénomène rave party.
06:45Ils racontent notamment avoir assisté à une immense soirée techno sur les toits de Beaubourg, à l'époque.
06:52Où il y avait des DJs, où il y avait de la musique extrêmement puissante, où il y avait des
06:56visuels.
06:57Enfin, en tout cas, une grosse importance de l'image.
06:59Et là, c'est un peu la révélation.
07:00C'est-à-dire qu'ils se rendent compte que cette musique-là, elle peut être aussi puissante que le
07:04rock.
07:04Et aussi que techniquement, c'est une musique relativement facile à faire avec quelques équipements, des boîtes à rythme, quelques
07:11synthétiseurs.
07:12Qu'à partir de là, tout est possible.
07:14Il y a à la fois un public, il y a à la fois des gens qui sont intéressés par
07:18cette musique partout.
07:21Et qu'on peut vraiment atteindre, en faisant des trucs dans sa chambre, atteindre des gens à l'autre bout
07:25de la terre.
07:27Deux ans plus tard, l'un de leurs titres, Da Funk, est un carton.
07:30Da Funk, c'est vraiment la première chanson qui a fait buzzer Da Funk.
07:35Et là, à ce moment-là, il commence à y avoir un intérêt, quelque chose autour de ce groupe.
07:57C'est à la fois un tube et en même temps une chanson assez tordue.
08:01C'est-à-dire qu'il n'y a pas de voix, il n'y a pas de chanteur.
08:03Et c'est une montée en puissance électronique par couche, si on peut dire.
08:09Qui fait que ça donne quelque chose d'hypnotique, d'entêtant et en même temps d'assez simple, a priori.
08:23En 1997 sort leur premier album, Homework.
08:27Deux millions d'albums se vendent en seulement deux mois.
08:31A l'étranger, on utilise une expression pour parler d'eux, la French Touch.
08:35Daft Punk, les punks timbrés.
08:37Les nouvelles coqueluches techno de l'Angleterre viennent de France et cassent la baraque.
08:42Signés sur un petit label indépendant écossais, leurs premiers singles ont été acclamés par la critique internationale.
08:48Qualifiés de New Wave of the New Wave par une presse anglaise surexcitée.
08:52C'est quoi la French Touch ?
08:53La French Touch littéralement c'est la touche française.
08:56Donc on pourrait dire la spécificité française.
08:58C'est-à-dire que les anglo-saxons ont inventé la pop, ont inventé le rock.
09:02On peut être touchés aussi à la musique électronique.
09:05Mais ce qui les intéresse dans la musique des Daft Punk, c'est justement que c'est une musique qu
09:09'ils ne savent pas eux-mêmes faire.
09:11Et justement j'interviewais des Américains qui me disaient
09:13« Mais nous le rock on connaît, on sait faire. Si vous le faites, ok, vous allez le faire, mais
09:17ça ne nous intéresse pas spécialement. »
09:19Par contre cette musique électronique-là, nous on ne sait pas faire.
09:21Ni les Américains, ni les Anglais.
09:23Et ça c'est vraiment une spécificité française qui est née avec Daft Punk.
09:33C'est à peu près à ce moment-là qu'ils décident de se cacher.
09:37Daft Punk au départ avance à visage découvert.
09:41Mais au bout d'un certain temps, ils ont envie de mettre en avant la musique, qui est primordiale par
09:46rapport à ces auteurs si on peut dire.
09:49Donc eux, ils vont par exemple faire des photos, mais les photos quand elles paraissent dans la presse, elles sont
09:55trafiquées, déformées.
09:57Ils utilisent des masques.
09:59À un moment, ils vont faire une séance photo avec un magazine et ils disent « Ah mais qu'est
10:02-ce qu'on peut mettre sur nous ? »
10:03Ils vont dans un magasin et ils achètent des masques vraiment que des gamins pourraient acheter.
10:06C'est une façon aussi de se protéger de la célébrité tout simplement, qui parfois est un petit peu compliquée
10:12à gérer pour les artistes.
10:13Comment est-ce qu'ils travaillent ?
10:15Il travaille vraiment à la maison pour le coup.
10:18Le premier album s'appelait « Homework », donc littéralement les devoirs, les devoirs à faire à la maison.
10:23Et c'est vraiment ça, c'est-à-dire que cet album, il a été fait avec quelques synthés, avec
10:29des boîtes à rythme de l'époque, dans la maison familiale à Montmartre.
10:33Il y a une chanson qui s'appelle « Revolution 909 ».
10:43C'était un clin d'œil à une boîte à rythme dont les références étaient justement 909 et qu'ils
10:47utilisaient dans tous leurs morceaux de l'époque.
10:53Ils sont complètement autoproduits et en plus, ils ont une idée déjà de l'industrie musicale.
10:58Et donc très vite, quand ça a commencé à buzzer autour d'eux, ils n'ont pas signé un contrat
11:03d'artiste classique.
11:05Eux, ils s'autoproduisent, ils font tout eux-mêmes.
11:07Maintenant, on arrive à une époque où l'industrie musicale, elle est ouverte à tous.
11:11Il faut que tout le monde se lance là-dedans parce qu'on a trop eu l'habitude d'avoir
11:15des produits finis de merde qui nous cassent les gouttes, mais pas pour longtemps.
11:21Et ils livrent un produit fini à la maison de disque, ils le commercialisent.
11:24En 2001, ils reviennent avec un nouvel album, Discovery.
11:27Le disque s'ouvre avec le titre « One More Time ».
11:35Oui, « One More Time », c'est un titre totalement euphorisant et c'est vraiment une chanson qui va
11:41leur ouvrir le marché américain.
11:42« One More Time », avec son côté beaucoup plus solaire, beaucoup moins sombre et beaucoup moins tordu que certaines
11:50chansons qu'il pouvait y avoir dans Homework, là, va complètement conquérir les États-Unis.
11:54Qu'est-ce qu'elle a de particulier, cette chanson « One More Time » ?
11:57Cette chanson, elle est construite vraiment à travers des samples.
12:00C'est-à-dire, on construit une chanson en allant emprunter un petit bout dans une autre chanson qu'on
12:06va faire tourner en boucle ou qu'on va déformer, etc.
12:09Le thème générique de « One More Time », en fait, c'est un tout petit extrait d'une chanson
12:15d'Eddie Jones.
12:29Ces deux notes qui sont enfouies dans une mélodie qui passe a priori totalement inaperçue et qu'ils ont isolé,
12:37qu'ils ont monté en boucle.
12:38Et tout l'album Discovery va être construit comme ça, c'est-à-dire qu'ils vont emprunter plein d
12:42'extraits de chansons un peu partout qui vont sampler.
12:47Pour en faire un album extrêmement euphorisant.
12:50Il y a plein de tubes sur cet album.
12:52Oui, il y a plein de tubes. Il y a « One More Time », évidemment, qui est la chanson
12:55qu'on entend encore en boucle dans les soirées.
12:57Il y a « Harder », « Better », « Faster », « Stronger ».
13:06C'est un album qui va se décliner vraiment chanson par chanson et single par single.
13:14Discovery est un succès planétaire. À ce moment-là, les plus grandes stars cherchent à collaborer avec les Daft Punk.
13:20Oui, il y a des propositions qui viennent de partout. Il y a Madonna qui veut bosser avec eux.
13:24Il y a George Michael. Il y a plein plein d'artistes comme ça qui veulent avoir ce son-là.
13:29Parce qu'encore une fois, c'est un son que les Américains n'ont pas.
13:31Et eux, ils déclinent. Ils veulent être dans leur monde. Ils veulent bosser dans leur coin.
13:36Les voix qu'on entend, par exemple, sur l'album Discovery, c'est des gens qui ne sont pas très
13:40connus.
13:41La voix de « One More Time », c'est quelqu'un qui s'appelle Roman Tony, qui est un
13:45chanteur de funk,
13:46qui sont allés dénicher je ne sais plus trop où, et qui n'est pas du tout connu à l
13:50'époque.
13:51Au début des années 2000, Emmanuel Marolle ne font pas que de la musique.
13:54Ils vont faire un film qui s'appelle « Interstellar ».
13:57Ils feront un petit peu plus tard un autre film qui s'appelle « Electroma ».
14:01Et c'est quelque part le concept d'Aft Punk qui, là, prend toute sa dimension.
14:06C'est-à-dire qu'il y a la musique, mais il y a évidemment l'image.
14:09Il y a l'image à travers tous leurs clips et leurs visuels, et les casques aussi,
14:13qui vont arriver à l'aube des années 2000, puisqu'ils décident de devenir des robots.
14:18C'était aussi une façon de créer un univers visuel extrêmement fort.
14:22En 2005, leur troisième album, « Human After All », déçoit la critique et beaucoup de fans.
14:28C'est un album qui a été fait très vite, en quelques semaines.
14:32Le contexte, on ne le connaît pas trop, mais on m'a dit qu'il y avait eu des choses
14:36un petit peu compliquées pour le groupe,
14:38des choses personnelles, des deuils, des problèmes de santé, des choses comme ça,
14:42qui ont fait qu'ils ont travaillé dans l'urgence, qu'à un moment ils se sont dit
14:45« Allez, on fait un disque tout de suite, on le sort, et en plus on l'appelle « Human
14:48After All »,
14:49ce qui veut dire donc « humain après tout », et c'était une façon de dire
14:52« Oui, maintenant on est devenu des robots, mais on n'est pas infaillible et on est des humains avant
14:56tout ».
15:13C'est pas un album qui marche très très fort, peut-être un peu dans la redite de ce qu
15:17'ils ont fait jusqu'à maintenant,
15:18et quelque part c'est la première fois depuis leur début qu'on se dit « ouais bof » avec
15:22Daft Punk.
15:23Que fait le duo pour rebondir ?
15:25Il fait un truc qu'il n'a pas vraiment fait jusqu'à maintenant, c'est qu'il décide de
15:29faire de la scène.
15:31Alors ça part d'une demande du festival de Coachella en Californie,
15:35qui est le festival le plus branché aux Etats-Unis, et qui leur fait une grosse proposition financière,
15:40ils essaient chaque année de leur en faire une.
15:42En 2006, ils disent à leur manager, Pedro Winter, est-ce qu'il viendrait pour 300 000 dollars ?
15:48Et le groupe se dit « banco ».
15:49C'est le début d'une tournée mondiale qui passe par la grande salle de Bercy à Paris le 14
15:54juin 2007.
15:56Vous y assistez pour le Parisien Emmanuel Marolle, racontez-nous ce concert.
16:00Ils se présentent en robot, en haut d'une pyramide, avec autour d'eux tout un dispositif de LED, de
16:07lumière LED.
16:08Alors aujourd'hui il y en a partout des LED, mais à l'époque il n'y en avait pas
16:10partout.
16:10Pour la petite histoire, quand ils ont créé le spectacle au festival de Coachella l'année précédente aux Etats-Unis,
16:17ils ont rameuté tous les fabricants de LED des Etats-Unis, tellement tellement il y en avait sur scène,
16:23autour de cette pyramide et aussi sur cette pyramide.
16:26Évidemment les robots ne parlent pas, il n'y a pas d'échange avec le public,
16:30si ce n'est qu'il y a un échange dans la puissance.
16:32J'ai vu plein plein de concerts à Bercy, je n'ai jamais vu quelque chose qui dégageait autant de
16:36puissance musicale,
16:38et je n'ai jamais vu non plus le public de Bercy renvoyer autant de puissance que ça.
16:43Et on a eu le sentiment à l'arrivée d'avoir assisté à un truc qu'on n'a jamais
16:48revu depuis.
17:06En 2007, le rappeur américain Kenny West sample l'un de leurs morceaux pour son titre Stronger.
17:12De 2008 à 2010, il compose la bande-son du film Tron, l'héritage.
17:17Il travaille, Emmanuel Marolle, mais il font très peu par les deux.
17:21Oui, c'est vraiment les musiciens de l'ombre, en fait.
17:25Pour Kenny West, ils font de la production.
17:27Et puis Tron, c'est une bande originale, ils ne font pas d'interview,
17:30ils n'apparaissent pas du tout pour défendre ce projet-là.
17:33Mais en même temps, c'est un projet qui est hyper, hyper important pour eux,
17:36et c'est un déclic parce que ça change complètement leur façon de travailler.
17:40Déjà, ils ne sont plus complètement maîtres des choses parce qu'ils travaillent pour une grosse multinationale qui est Disney.
17:46Et puis, ils travaillent avec des musiciens et ils essaient de mélanger leur musique électronique
17:51à la musique organique et acoustique d'un orchestre.
17:55Et ça, c'est totalement nouveau pour eux et ça va changer des choses par la suite.
18:12On ne sait pas grand-chose d'eux, à part qu'ils ont chacun deux enfants.
18:16Thomas Bangalter est marié avec l'actrice Elodie Boucher.
18:19A quoi ressemble la vie des deux musiciens en dehors des studios ?
18:22On sait qu'ils se partagent entre Paris et Los Angeles.
18:26Leurs bureaux sont aux Etats-Unis, leur vie familiale est plutôt à Paris,
18:31leur famille habite Paris et ils font vraiment la navette entre les deux.
18:36Il vous est déjà arrivé de croiser l'un des deux membres, Thomas Bangalter, comme ça à l'improviste ?
18:42Oui, parce que de par le fait qu'on ne connaît pas leur visage, ils sont assez tranquilles quand ils
18:45sortent.
18:45Et ça m'est arrivé notamment de le rencontrer dans les coulisses d'un concert de Christine and the Queen
18:49à Bercy, il y a quelques années.
18:50Et voilà, je me représente, je lui dis « Salut Thomas, tu te souviens de moi ? C'est Emmanuel
18:54du Parisien ? »
18:55« Oui, bien sûr, ça va, oui, oui. Et toi, oui ? »
18:58Comme je le fais souvent avec les artistes, je dis « Bon, t'en es où ? Vous faites quoi
19:02? Vous travaillez ? »
19:03Oui, oui, on travaille. Et c'est tout, en fait.
19:06Lui, il est tout de suite très très prudent parce qu'encore une fois, il cultive le secret.
19:11Et surtout, je pense qu'il faut comprendre aussi que les Daft Punk ne vivent pas au rythme des artistes
19:16habituels.
19:17C'est-à-dire qu'il y a quand même 80% des artistes qui vont sortir un album, faire
19:21deux ans de tournée, faire un ou deux ans de pause,
19:24et puis ils refont un album, une tournée, etc.
19:26Eux, ils ne sont pas du tout dans ce rythme-là. Ils reviennent et ils réapparaissent quand ils ont des
19:31choses à dire.
19:40« Daft Punk » revient en mai 2013. C'est un événement avec un album de 13 titres, « Random
19:47Access Memories ».
19:49« Random Access Memories », c'est l'expression qui consiste à remettre un petit peu à zéro les ordinateurs.
19:53Et quelque part, c'est presque ça cet album. C'est-à-dire comment, après tout ce qu'on a
19:59fait, on pourrait remettre les compteurs à zéro,
20:01ils reprennent l'histoire à l'envers, si on peut dire. C'est-à-dire qu'eux ont commencé à
20:05travailler avec la technologie de l'époque,
20:08les boîtes à rythme, les synthétiseurs, puis les ordinateurs.
20:10Et là, ils reviennent aux sources de l'enregistrement de la musique, c'est-à-dire qu'ils travaillent dans
20:14un vrai studio,
20:15avec des vrais musiciens et avec des vrais collaborateurs et des vraies voix.
20:19Et donc, c'est là que soudain, les deux sorciers de studio commencent à partager des chansons avec Pharrell Williams,
20:26qui va chanter ce tube énorme « Get Lucky ».
20:46C'est une chanson qui est à la fois à l'ancienne et totalement dans son époque.
20:50C'est-à-dire qu'il y a une guitare très funky qui est faite par Nile Rodgers du groupe
20:54Chic.
20:54Il y a une mélodie qui est extrêmement simple, les voix un peu trafiquées des robots qui arrivent.
21:00Et puis, il y a la voix très funk de Pharrell Williams.
21:03C'est un titre qui, tout de suite, crée l'événement et qui devient un tube planétaire instantané.
21:17L'album se classe premier dès sa sortie dans de nombreux pays.
21:21Il finit par s'écouler à près de 4 millions d'exemplaires dans le monde.
21:25Le 26 janvier 2014, c'est la 56e cérémonie des Grammy Awards à Los Angeles.
21:30Les Daft Punk sont nommés dans 5 catégories, dont celle de « Meilleur album » et « Meilleur duo ».
21:36Leur apparition sur scène fait sensation.
21:39Ils ont dans l'idée de faire une version qui sera unique et qui ne sera pas celle qu'on
21:42entend depuis des mois à la radio.
21:44Donc, on voit Pharrell sur scène et on voit déjà qu'il est avec Stevie Wonder.
21:49Donc, première surprise et premier événement, Stevie Wonder sur scène avec les Daft Punk.
22:00On se demande de quelle façon ils vont apparaître.
22:02Ils sont forcément là et d'un seul coup, il y a une vitre qui s'ouvre et on voit
22:06les deux Daft Punk apparaître un peu comme s'ils étaient dans leur studio derrière une vitre.
22:20On voit les gens dans le public, il y a un frisson, un frémissement dans la salle et ça commence
22:24à bouger.
22:24Les gens quittent leur siège, on voit Paul McCartney qui se lève, qui a le point levé en se disant
22:29« ce qui se passe là est complètement dingue ».
22:31Et les téléspectateurs qui assistent à ce moment-là et à cette séquence-là devant leur télé se disent aussi
22:37que c'est un moment unique.
22:37Ce soir-là, ils remportent cinq Grammy Awards.
22:41Ah oui, c'est vraiment une consécration et puis c'est une consécration mondiale.
22:48Il n'y a jamais eu historiquement un artiste français qui a été célébré comme ça dans cette cérémonie, qui
22:57est la plus grande cérémonie musicale du monde.
22:59Il n'y a jamais eu non plus un artiste de musique électronique, qu'il soit anglais, américain ou français,
23:03qui a été célébré de cette façon-là.
23:05Et donc ce soir-là, quelque part, Daft Punk, ça devient les anonymes les plus célèbres du monde.
23:12Emmanuel Marolle, on en vient à l'annonce de leur séparation le lundi 22 février dans une vidéo de 8
23:19minutes postée sur YouTube intitulée « Epilogue ».
23:22Elle s'ouvre sur un extrait de leur long métrage « Electroma ».
23:25Les Daft Punk marchent dans le désert, l'un des deux enclenche un compte à rebours dans le dos de
23:31l'autre, ce dernier s'éloigne et finit par exploser.
23:36Un message final apparaît à l'écran de date 1993-2021 sur un arrangement de leur morceau « Touch »
23:45issu de leur dernier album.
23:47Emmanuel Marolle, depuis la publication de cette vidéo, est-ce qu'on en sait plus sur les raisons de ce
23:52divorce ?
23:52Je pense qu'il y a peu de gens qui ont le fin mot de l'histoire et qui sont
23:56dans le secret, et les gens qui sont dans le secret et qu'on connaît ne veulent pas parler.
24:00Donc à l'arrivée aujourd'hui, on se pose toujours plein plein de questions sur le pourquoi du comment de
24:04cette séparation.
24:06Mais eux ont répondu, ont répondu à leur façon et c'est une fin qui leur ressemble bien.
24:11C'est-à-dire qu'en un peu plus de 25 ans, ils ont créé un langage universel à travers
24:17leur musique, où il n'y a pas énormément de messages, si ce n'est « Amusons-nous ».
24:22C'est des grands gamins finalement Daft Punk, ils sont toujours toujours amusés et ils n'ont pas envie d
24:27'en dire plus.
24:27Les robots ont disparu, un robot ça ne parle pas, donc il n'y a pas de raison que Daft
24:32Punk parle.
24:43Merci à Emmanuel Marolle.
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24:51Cet épisode a été produit par Mona Delahaye, Raphaël Puyot et Mathias Penguilly, à la réalisation Julien Moncouquiole.
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