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Le lundi 16 mai, le Premier ministre Jean Castex passe le relais à Elisabeth Borne, l’ancienne ministre du Travail. Elle devient la deuxième femme nommée à Matignon sous la Vème République depuis le passage éphémère d’Edith Cresson de 1991 à 1992. Code source retrace le parcours d’Elisabeth Borne avec trois journalistes du Parisien : Rosalie Lucas et Valérie Hacot, cheffes-adjointes du service politique, et Vincent Vérier du service économie.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : LCI, INA, France Inter, France Info.

#ElisabethBorne #ministre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 16 mai, Elisabeth Borne, 61 ans, est devenue la deuxième femme première ministre de l'histoire de la République
00:19française, 30 ans après Edith Cresson sous François Mitterrand.
00:23Ingénieure de formation, elle a travaillé aux côtés des socialistes Jacques Lang, Lionel Jospin, Bertrand Delanoé ou encore Ségolène Royal.
00:31Elisabeth Borne a dirigé la RATP avant d'occuper trois ministères entre 2017 et 2022, les transports, l'écologie puis
00:38l'emploi.
00:39Jugée travailleuse et loyale, Elisabeth Borne a gagné la confiance d'Emmanuel Macron.
00:44Retour sur son parcours aujourd'hui avec trois journalistes du Parisien, Valérie Hacot et Rosalie Lucas, toutes les deux chefs
00:51adjointes du service politique, et Vincent Verrier, spécialiste transport au service économie.
01:06Valérie Hacot, le jeudi 19 mai, Elisabeth Borne effectue son premier déplacement en tant que première ministre en banlieue parisienne,
01:14aux Mureaux, dans les Yvelines.
01:15Elle choisit la ville des Mureaux, qui est une ville plutôt populaire, pour aller à la rencontre de jeunes, surtout
01:21de jeunes filles, parce que c'est le message qu'elle veut faire passer, Elisabeth Borne, c'est le message
01:26de l'égalité des chances, donc tout est possible.
01:28Il faut évidemment travailler, mais il faut de l'engagement, de la volonté. Mais les points de départ, c'est
01:35un rêve et avoir confiance en soi.
01:37Ça, c'est les autres aussi qui peuvent vous aider à construire cette confiance. En tout cas, je pense qu
01:41'il ne faut surtout pas écouter tous ceux qui vous disent « ce métier-là, ou cette voie, elle n
01:46'est pas faite pour toi ».
01:47C'est là-dessus qu'elle veut commencer à imprimer ses premiers pas en tant que Premier ministre.
01:55Rosalie Lucas, Valérie Hacot, Vincent Verrier, vous avez tous les trois rencontré à plusieurs reprises Elisabeth Borne, avant sa nomination
02:02à Matignon.
02:03Rosalie, elle est comment, Elisabeth Borne, hors micro ?
02:06C'est quelqu'un qui peut avoir, ça ne se voit pas forcément, mais beaucoup d'humour, mais plutôt un
02:10humour pince sans rire.
02:12Elle a travaillé avec Lionel Jospin. Lionel Jospin se décrivait comme un austère qui se marre.
02:16Et c'est un peu ça, Elisabeth Borne, c'est-à-dire que sous ses abords un peu techno, elle
02:20peut être assez drôle.
02:21Vincent Verrier, elle est comment, hors micro ?
02:22C'est quelqu'un qui peut être très cash. Moi, je l'ai côtoyé quand elle était au ministère du
02:25Transport.
02:26Et c'est vrai qu'elle n'avait pas la langue dans sa poche pour parler des grands patrons du
02:29secteur des transports.
02:30Un collaborateur qui a travaillé à la fois avec Ségolène Royal et puis avec Elisabeth Borne me disait que Ségolène
02:36Royal, elle est avenante de l'extérieur et plutôt dure à l'intérieur.
02:41Elisabeth Borne, c'est l'inverse, c'est-à-dire que de l'extérieur, on perçoit une femme très dure,
02:45mais de l'intérieur, ce que vous discutez avec elle, elle est plutôt avenante et ça peut être détendu.
02:49Elle a des passions ?
02:50Oui, notamment une dont elle parle assez facilement, c'est la course à pied.
02:54Elle court très très régulièrement et elle aime également marcher dans le désert.
02:58Valérie Hacot, d'un mot, elle a un péché mignon qui ne se voit pas forcément à la télévision.
03:02Elisabeth Borne, c'est une ancienne grosse fumeuse et elle a remplacé ça par une vapoteuse,
03:07vapoteuse goût menthol qu'elle utilise en permanence, qu'elle utilise même des fois à l'Assemblée nationale, ce qui
03:12lui a valu quelques remarques.
03:14Valérie Hacot, Rosalie Lucas, Vincent Verrier, vous allez nous raconter tous les trois son parcours.
03:20Elisabeth Borne a 61 ans, elle a été mariée, divorcée, elle a un fils qui a une petite trentaine d
03:26'années.
03:26Elisabeth Borne est née le 18 avril 1961 à Paris. Qu'est-ce que l'on sait de sa famille
03:32?
03:32Elisabeth Borne, c'est la fille d'une pharmacienne normande et d'un russe juif qui était résistant pendant la
03:40guerre,
03:40qui est arrivée en France en 1939, qui a été déportée en 1942.
03:44Elle en a très peu parlé, Elisabeth Borne, elle a juste raconté il y a quelques semaines que son père
03:49s'était suicidé quand elle avait 11 ans, en 1972.
03:53Donc Elisabeth Borne, c'est une pupille de la nation.
03:55Et elle fait des études brillantes.
03:57Sa mère pharmacienne a peu de revenus et donc Elisabeth Borne va avoir une bourse en tant que pupille de
04:04la nation.
04:05Et comme elle a un goût prononcé pour les maths, les maths et tout ce qui est science, parce qu
04:08'elle l'explique plus tard,
04:10c'est quelque chose qui la rassure parce que tout, entre guillemets, est prévisible.
04:13Contrairement à son histoire où il y a des choses qui ont bouleversé le monde et la vie.
04:18Donc elle se lance dans des études scientifiques et elle rentre à Polytechnique, qui est une école d'ingénieurs très
04:24très prestigieuse.
04:25Et après Polytechnique, elle fait également les ponts et chaussées, qui est également une école d'ingénieurs très prestigieuse.
04:34Ingénieur, elle débute sa carrière de fonctionnaire à la fin des années 80, au ministère de l'équipement,
04:39puis devient conseillère de Jack Lang, ministre de l'éducation en 1992,
04:44puis dans le cabinet du socialiste Lionel Jospin, quand il devient premier ministre de cohabitation de Jacques Chirac en juin
04:501997.
04:51Et alors là, elle fait ses premiers pas, effectivement, dans les cabinets ministériels.
04:55Elle a cette réputation d'être très tendue, assez stressée.
04:59Et certains qui l'ont comptoyée à cette époque disent qu'à chaque fois qu'elle prenait la parole, on
05:02avait l'impression qu'elle jouait sa vie.
05:04Donc c'est un petit peu les premières images qu'il imprime d'Elisabeth Borne dans les cabinets ministériels.
05:09Vincent Verrier, de 2002 à 2007, Elisabeth Borne est directrice de la stratégie de la SNCF.
05:14Alors c'est pas n'importe quel poste dans des grands groupes comme la SNCF.
05:18Normalement, cette fonction est dévolue au patron pour réfléchir à ce que sera l'entreprise dans les prochaines années.
05:24Ça veut dire quelles lignes il faut développer, est-ce qu'il faut davantage acheter deux TGV,
05:28comment il faut réorganiser les effectifs.
05:31Donc c'est pas un petit poste qu'elle a occupé entre 2002 et 2007.
05:35Après ça, elle va travailler auprès du maire de Paris, Bertrand Delanoé.
05:38Elle est directrice de l'urbanisme de la ville de 2008 à 2013.
05:43A ce poste, elle côtoie notamment Anne Hidalgo, qui est à ce moment-là première adjointe au maire de Paris.
05:49Rosalie Lucas, le 31 janvier 2013, elle est nommée préfète de la région Poitou-Charentes et du département de la
05:55Vienne.
05:56Une femme dans l'uniforme de préfète de la région Poitou-Charentes, c'est une grande première.
06:01Elisabeth Borne est aussi la seule femme en France métropolitaine à occuper cette fonction.
06:05J'ai fait une partie de mon parcours dans des cabinets ministériels.
06:09J'en ai fait une autre en administration centrale, dans des entreprises publiques.
06:13Et par définition, un préfet n'est pas proche d'un parti.
06:16Un préfet est un fonctionnaire de la République.
06:18C'est à l'époque la première femme à occuper ce poste.
06:21Elle est nommée à l'époque parce qu'il y a le dossier notamment de la ligne à grande vitesse
06:25qui doit être géré.
06:27Donc comme elle arrive de la SNCF, c'est important pour prendre ce poste.
06:32Elle gère pas mal de dossiers également, comme la création d'un center park dans la Vienne.
06:37Et à cette occasion, elle rencontre Jean-Pierre Raffarin, qui est sénateur de la Vienne.
06:41Et Jean-Pierre Raffarin ne tarie pas d'éloge sur elle en disant que c'est une grande bosseuse, qu
06:45'elle a une grande connaissance des dossiers.
06:46Et il dit notamment qu'elle sait parler aux écologistes, notamment dans le dossier center park.
06:51Il y a la question des amphibiens.
06:53Il ne faudrait pas créer le center park là où il avait été placé.
06:56Et elle, elle arrive à retourner les écologistes et en tout cas à leur démontrer que le center park peut
07:01bien se faire là.
07:02Et entre guillemets, en partie grâce à elle, le center park se fait dans la Vienne.
07:06Après ça, en 2014, Ségolène Royal, qui est à ce moment-là ministre de l'Environnement, recrute Elisabeth Borne comme
07:12directrice de cabinet.
07:14Un poste visiblement pas facile. Pourquoi ? C'est comment d'être le bras droit de Ségolène Royal ?
07:19C'est pas facile parce que Ségolène Royal, sous ses airs effectivement sympathiques, c'est une ministre qui peut être
07:24très très dure avec ses collaborateurs.
07:26Et puis elle a aussi effectivement un côté fantasque, imprévisible.
07:30Et quand on est une Elisabeth Borne, très bonne élève, entre guillemets, c'est pas facile à gérer.
07:34Donc c'est vrai que tout le monde reconnaît Elisabeth Borne d'avoir survécu à Ségolène Royal.
07:40C'est ce qu'on dit toujours, elle a passé un an avec elle et elle est toujours en vie.
07:44Mais globalement, c'était pas du tout la même façon de fonctionner.
07:47Qu'est-ce qu'Elisabeth Borne apprécie chez Ségolène Royal ?
07:50Ce qu'elle lui reconnaît, c'est d'être une vraie politique.
07:52Ce qui est clairement pas le cas d'Elisabeth Borne, qui est une vraie technicienne.
07:55Elle l'a toujours admirée pour son sens et son flair politique.
07:58En mai 2015, Elisabeth Borne est nommée par le président François Hollande, PDG de la RATP.
08:03Notre invitée ce matin, la PDG, comment dit-on, la PDG, PDG ?
08:08Oui, on voit qu'il n'y a pas beaucoup de femmes, donc du coup, ils vont inventer des nouveaux
08:12mots.
08:12De la RATP, Elisabeth Borne.
08:15Vincent Verrier, à ce poste, comment elle se comporte avec les syndicats de l'entreprise ?
08:19C'est quelqu'un finalement d'abordable.
08:20Quand vous discutez avec les syndicalistes, ils vous disent, elle donne son numéro de portable,
08:24on traite directement avec elle, on n'est pas d'accord, donc elle fixe les règles, elle fixe le cadre.
08:28Mais derrière, on peut négocier et donc elle est capable, lorsque les négociations n'aboutissent pas, de trouver des compromis.
08:35Et elle est comment avec ses collaborateurs ?
08:37Très exigeante, c'est-à-dire qu'elle est capable d'envoyer des SMS à 3h du matin.
08:41Elle peut piquer des colères froides, notamment avec des très très proches collaborateurs.
08:46Certains la surnommaient Born Out pour Born Out, parce que l'exigence qu'elle demandait à ses collaborateurs était totale.
08:52Rosalie Lucas, au printemps 2017, Elisabeth Born vote Emmanuel Macron au deux tours de la présidentielle.
08:59Et après son élection, le mercredi 17 mai, elle fait son entrée au gouvernement.
09:04Elle est nommée ministre des Transports.
09:06Madame Elisabeth Born, ministre auprès du ministre d'État, ministre de la Transition écologique, chargée des Transports.
09:14Pourquoi ce choix ?
09:16Emmanuel Macron a besoin de nouveaux visages.
09:19Le fait d'être une femme, ça lui permet aussi de faire un gouvernement paritaire.
09:22Et surtout, c'est une très grande connaisseuse de ses dossiers, puisqu'on l'a dit, elle a travaillé à
09:27la SNCF.
09:28Elle a été patronne de la RATP.
09:30Donc, en la nommant, Emmanuel Macron sait qu'elle va être tout de suite opérationnelle, puisqu'elle connaît ses dossiers
09:36par cœur.
09:37D'un mot, Rosalie Lucas, Elisabeth Born a pris sa carte à La République en marche.
09:41Il faut savoir qu'a priori, personne ne se souvient qu'elle a pris sa carte au PS.
09:45A priori, elle ne l'a pas prise.
09:46En revanche, elle a travaillé avec beaucoup de socialistes, mais elle n'a jamais fait cette démarche.
09:51Là, pour Emmanuel Macron, elle a fait la démarche de prendre sa carte.
09:54Et elle a fait quelques portes à portes, notamment pendant les élections.
09:57Ce rôle-là d'aller voir les Français en tant que militantes, ça l'amuse beaucoup.
10:02Vincent Verrier, au ministère des Transports.
10:04Elisabeth Born doit gérer la réforme de la SNCF.
10:06Eh oui, ce n'est pas une petite réforme.
10:08C'est une réforme qui doit réformer le statut des cheminots.
10:11Donc, il leur accorde quelques avantages.
10:13Transformer la SNCF en société anonyme.
10:15On a ouvert la SNCF à la concurrence.
10:17Il a fallu revoir la dette de la SNCF.
10:18Donc, c'est un gros, gros chantier qu'elle a mené de bout en bout.
10:21Il y avait un cadre défini par l'exécutif, par le président de la République.
10:24Elle a respecté ces cadres.
10:25Elle a négocié ce qui était négociable.
10:26Et elle n'a pas négocié ce qui n'était pas négociable.
10:28Il y a eu une grosse grève à l'occasion de cette réforme.
10:29La plus grande grève de la SNCF depuis 1995.
10:32Face à la réforme de la SNCF, des syndicats déterminés et unis.
10:38Dès le 3 avril, l'intersyndicale commence une grève perlée pendant trois mois.
10:44C'est la grève dure.
10:45Elle a tenu.
10:46Force est de constater que la réforme a abouti.
10:49Et à ce moment-là, certains articles sur elle mettent en avant un autre surnom.
10:52Oui, Mme Bornet.
10:53Parce qu'elle est intransigeante.
10:55Parce que le cadre qu'elle donne à une négociation, il ne faut pas le dépasser.
10:58Donc, elle est capable de négocier dans un cadre qu'elle aura défini en amont.
11:02Au-delà, on ne touche pas, on ne bouge pas.
11:05Valérie Hacot, en juillet 2019, il y a un remaniement suite à l'affaire dite des dîners au homard
11:10du ministre de la Transition écologique François de Rugy.
11:13Il est contraint de démissionner.
11:15Et Elisabeth Born hérite de son ministère, l'écologie, mais pas avec le même statut.
11:20Elisabeth Born prend du galon.
11:22Mais contrairement à ses deux prédécesseurs à ce poste, Nicolas Hulot ou François de Rugy,
11:26elle n'est pas ministre d'Etat.
11:28Alors, ce n'est pas un détail, parce que ça donne moins de poids,
11:30notamment pour remporter des arbitrages.
11:32La raison pour laquelle elle n'est pas ministre d'Etat,
11:34c'est parce qu'elle est très soutenue par Alexis Collère,
11:38le secrétaire général de l'Élysée.
11:39En revanche, elle fait moins l'unanimité auprès de Matignon.
11:44Edouard Philippe et ses équipes la jugent trop rigide,
11:47trop à gauche aussi, quand même, il faut bien reconnaître.
11:50Donc, c'est aussi pour ça qu'elle est simplement ministre et pas ministre d'Etat.
11:53Rosalie Lucas, pendant les vacances de Noël 2019,
11:56Elisabeth Borne est prise en faute.
11:58On est en pleine grève contre la réforme des retraites,
12:01donc grève notamment dans les transports.
12:03Et les ministres ont pour consigne de rester joignables
12:05et de rester assez proche de Paris.
12:07Et elle est la seule, finalement, à s'éloigner.
12:09Elle va à Marrakech.
12:11C'est une info révélée à l'époque par le Parisien.
12:13Et ça fait désordre, ça fait polémique.
12:15Alors, elle est quand même protégée par le président
12:17et par le Premier ministre qui, à l'époque, dit « on était au courant ».
12:21Mais voilà, ça ne passe pas très bien.
12:23Surtout qu'elle est ministre de la Transition écologique à l'époque.
12:26Et prendre l'avion pour quelques jours, pour Noël, ça fait un peu tâche.
12:31Elisabeth Borne change de ministère en juillet 2020.
12:34Elle prend en charge le travail.
12:36Un ministère important pour Emmanuel Macron.
12:39Rosalie Lucas, que fait-elle à ce poste ?
12:41Déjà, elle arrive.
12:42On est encore en pleine crise sanitaire.
12:44Donc, elle doit gérer toutes les questions de chômage partiel
12:46pour des millions de Français.
12:48Et elle doit aussi gérer tout ce qui est protocole sur le télétravail.
12:51Donc, il doit être adapté de semaine en semaine.
12:53Et ensuite, dans les choses concrètes qui lui ont été données à faire,
12:58il y a la réforme de l'assurance chômage.
12:59C'est une réforme qui durcit les règles d'accès à l'indemnisation chômage
13:04et qui aboutit pour certains à une baisse de l'allocation.
13:07Elle gère aussi le plan Un jeune, une solution.
13:09Tout un dispositif pour favoriser l'emploi des jeunes,
13:13favoriser également l'apprentissage.
13:14Et c'est également en pleine crise sanitaire
13:16pour éviter qu'il y ait toute une jeunesse, entre guillemets,
13:19sacrifiée par cette crise.
13:20Rosalie Lucas, en mars 2021, Elisabeth Borne contracte le Covid
13:24et elle est hospitalisée.
13:26C'est même assez sérieux.
13:27Elle reste plusieurs jours à l'hôpital.
13:29Elle doit être placée sous oxygène.
13:31C'est un passage à l'hôpital, évidemment, qui l'a beaucoup marquée.
13:35Elle en sort aussi assez affaiblie physiquement,
13:37c'est-à-dire plusieurs semaines après, même quand on la rencontre,
13:40elle dit qu'elle peut encore éprouver des difficultés respiratoires quand elle court.
13:44Donc voilà, elle a été marquée par cet épisode.
13:46Quand son premier quinquennat touche à son terme, au printemps 2022,
13:49le président Emmanuel Macron ne tarie pas d'éloge au sujet d'Elisabeth Borne.
13:53Oui, c'est quelqu'un qui a fait tout le quinquennat d'Emmanuel Macron,
13:56à différents postes comme on l'a dit.
13:58Et à chaque fois, ça s'est plutôt bien passé, en tout cas dans l'esprit d'Emmanuel Macron.
14:02Ses interviews restent souvent très techno,
14:04mais elle a fait quelques sorties, notamment contre l'extrême droite.
14:09Donc ça, ça plaît aussi.
14:10Elle a très envie de se frotter au suffrage universel,
14:13ce qu'apprécie également Emmanuel Macron.
14:15Donc il a pu apprécier le fait qu'elle mouille le maillot pour défendre le quinquennat.
14:20Emmanuel Macron est réélu président de la République le 24 avril.
14:24Au départ, il cherche pour le poste de premier ministre
14:26une personnalité avec une sensibilité de gauche.
14:30Rosalie Lucas, à ce moment-là, Elisabeth Borne fait partie de celles et ceux dont le nom circule.
14:35Il y a une phrase qui revient très souvent dans la bouche des macronistes,
14:39c'est « elle coche toutes les cases ».
14:41Elle vient de la gauche, comme on l'a dit.
14:42C'est une femme.
14:44Emmanuel Macron a dit à plusieurs reprises qu'il aimerait nommer une femme à Matignon.
14:48Et donc, elle a fait plus que le job pendant les cinq ans.
14:51Le temps passe, plusieurs semaines s'écoulent.
14:53Emmanuel Macron n'a toujours pas annoncé son choix.
14:55Au bout d'un moment, le nom d'Elisabeth Borne a presque trop circulé.
14:59Oui, il a tellement circulé que la plupart des commentateurs et des journalistes
15:02pensaient que ça ne pourrait pas être elle,
15:03puisque le grand classique des remaniements,
15:05c'est que si un nom sort, ça met la personne dont le nom sort
15:09dans une situation quasiment impossible.
15:11Parce qu'il faut surprendre, parce que certains présidents,
15:13comme par exemple Nicolas Sarkozy,
15:15lui, ce qui lui l'amusait vraiment beaucoup,
15:17c'était de prendre le contre-pied des journalistes.
15:18Emmanuel Macron est un petit peu comme ça.
15:21Donc voilà.
15:21Le fait que son nom circule autant,
15:23c'est vraiment plutôt négatif pour elle.
15:25D'autant qu'il y a d'autres noms, d'autres personnalités qui circulent également.
15:29Il y a eu Valérie Rabault, la socialiste,
15:31qui a dit non à Emmanuel Macron.
15:32Véronique Bédague, pareil, qui était le numéro 2 de Nexity,
15:35qui a dit non à Emmanuel Macron.
15:37Et puis surtout, dans les dernières semaines,
15:38Catherine Vautrin, qui est issue des Républicains,
15:40qui semble, elle, avoir vraiment les faveurs d'Emmanuel Macron.
15:44Et donc, à ce moment-là, tout le monde se dit
15:45que c'est terminé pour Elisabeth Borne.
15:48Valérie Acquo, quand on parle de nommer une femme à Matignon,
15:51on pense forcément au précédent d'Edith Cresson,
15:53sous François Mitterrand, en 1991-92.
15:57Et ça n'a pas été facile pour elle.
15:59Non, Edith Cresson, effectivement, première femme,
16:01premier ministre, et dans les années 90,
16:03très très compliqué.
16:04Alors, je ne sais pas si vous vous rappelez,
16:05mais l'émission satirique phare de l'époque,
16:07ça s'appelait le bébé de chaud, de Stéphane Collarot.
16:10Et donc, il représentait Edith Cresson sous les formes d'une panthère,
16:14je cite une panthère lassive.
16:16Et son surnom, c'était Amabotte.
16:18Amabotte, sous-entendu, à la botte de François Mitterrand.
16:21Ce qui en dit quand même long sur la façon dont a été perçu le rôle des femmes politiques.
16:26Je lis les journaux et je me marre.
16:27Vous vous marrez aussi Amabotte, tu te marres.
16:30Hein, que tu te marres. Allez, fais voir.
16:31Fais voir que tu te marres.
16:32Oui, oui, oui.
16:34Elle-même en parlera, Edith Cresson.
16:37Elle a fait une interview récemment pour dénoncer le sexisme qu'il y avait dans la classe politique.
16:42Sexisme dont elle a beaucoup souffert.
16:43On commentait systématiquement ses tenues.
16:45Ça a été très compliqué.
16:47Elle est restée tout juste 11 mois à Matignon, Edith Cresson.
16:51Finalement, la décision d'Emmanuel Macron est annoncée le 16 mai.
16:55Jean Castex sera remplacé à Matignon par la ministre du Travail, Elisabeth Borne.
17:00Madame la première ministre, chère Elisabeth.
17:05Elle prend ses fonctions le jour même, Rosalie Lucas,
17:08et elle prononce un discours sur le perron de Matignon, le soir à 19h40.
17:12Dans son discours, en fait, c'est un discours qui reprend exactement les ambitions d'Emmanuel Macron
17:18pour le nouveau quinquennat, c'est-à-dire qu'elle évoque le défi climatique et écologique.
17:22Alors vous pouvez compter sur moi pour poursuivre dans cette voie,
17:25face aux nombreux défis qui sont devant nous.
17:28Je pense notamment à la situation internationale,
17:32mais aussi aux défis climatiques et écologiques,
17:36sur lesquels il faut agir plus vite et plus fort.
17:39Elle parle aussi de dialogue avec les élus, les partenaires sociaux et les associations.
17:44C'est tout ce qu'Emmanuel Macron a appelé la nouvelle méthode.
17:47Donc on voit qu'elle va appliquer la feuille de route d'Emmanuel Macron.
17:51Et enfin, dans son discours, elle a une pensée pour Edith Cresson,
17:54donc la première femme première ministre avant elle.
17:56Je ne peux pas m'empêcher d'avoir une pensée pour la première femme
18:00qui a occupé ses fonctions, Edith Cresson.
18:05Et peut-être je voudrais dédier cette nomination à toutes les petites filles
18:11en leur disant « Allez au bout de vos rêves ».
18:14Et rien ne doit freiner le combat pour la place des femmes dans notre société.
18:21Elle adopte un discours féministe
18:22qu'elle aura sans doute tout au long de son passage à Metinier.
18:30Le vendredi 20 mai, la composition du gouvernement est annoncée
18:34avec notamment l'arrivée de l'historien Papendiaï à l'éducation nationale.
18:37Et le samedi 21, le lendemain, première grosse difficulté pour Elisabeth Borne.
18:42Le site Mediapart révèle que le nouveau ministre des Solidarités,
18:46l'ancien Les Républicains Damien Abad, fait l'objet de deux accusations de viol.
18:51Elisabeth Borne dit qu'elle apprend ça dans la presse.
18:54Et évidemment, sa première phrase est de dire « Je n'étais pas au courant ».
18:58Bien évidemment, je n'étais pas au courant.
19:00Je vais être très claire sur tous ces sujets de harcèlement, d'agression sexuelle.
19:06Il ne peut y avoir aucune impunité.
19:08C'est important qu'elle dise tout ça parce qu'Emmanuel Macron,
19:11dans le quinquennat précédent, a été accusé de ne pas faire assez pour la cause des femmes.
19:14Là, il nomme une femme à Matignon.
19:16C'est un geste très fort.
19:18Et le dossier Damien Abad vient mettre à mal tout ce positionnement pour les femmes.
19:24Donc, il fallait absolument qu'elle rappelle qu'il n'y a pas d'impunité
19:27et qu'ils tireront les conséquences s'il y a des éléments nouveaux.
19:30Éléments nouveaux pour l'instant qu'il n'y a pas,
19:32puisqu'on répète, Damien Abad est présumé innocent.
19:36Elisabeth Borne se présente également aux élections législatives en Normandie,
19:40dont est originaire sa mère, dans la sixième circonscription du Calvados.
19:43Si elle perd, ce qui est peu probable, elle démissionnera.
19:47Et en cas de victoire, elle laisserait bien sûr son siège à son suppléant.
19:51Valérie Hacot, pourquoi elle se présente ?
19:53Ça fait des années qu'elle dit, en tout cas quand on la rencontre comme ça en off,
19:57qu'elle a envie de se frotter à une élection.
19:59Là, pour les législatives, elle a décidé de se lancer.
20:03Et donc, effectivement, d'aller se frotter un scrutin quand on est première ministre
20:06avec une image de technicienne comme elle a,
20:09c'est quand même pas idiot parce que ça lui permet de gagner ses galons de politique
20:14dont elle va avoir besoin.
20:15Rosalie Lucas, Elisabeth Borne est vraiment devenue une politique aujourd'hui ?
20:19Oui, je pense, parce que quand son nom, on disait, a beaucoup circulé pour aller à Matignon,
20:24puis il n'a plus trop circulé, c'est-à-dire qu'on sentait que ce n'était plus forcément
20:27elle
20:27qui allait être à Matignon.
20:29Et elle a rencontré à ce moment-là beaucoup de journalistes en off,
20:32elle a fait un peu sa campagne pour être à Matignon.
20:34Donc là-dessus, on peut dire que finalement, elle a été politique.
20:49Sous-titrage Société Radio-Canada
21:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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