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  • il y a 10 heures
L’ancien président de la République a été jugé pour “corruption” et “trafic d’influence”. Code Source retrace ce dossier en deux parties. Dans ce premier épisode, consacré au rappel des faits, Timothée Boutry, journaliste au service police du Parisien, retrace l’affaire “des écoutes” pour Code source.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Nathan Chatelain et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : RTL, CNEWS.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Nicolas Sarkozy a été jugé du 23 novembre au 10 décembre à Paris pour corruption et trafic d'influence dans
00:17l'affaire Bismuth.
00:19Ses avocats dénoncent un dossier complètement vide, basé sur des écoutes illégales.
00:24L'accusation évoque au contraire une affaire qui a ébranlé l'institution judiciaire et l'état de droit.
00:30Le 8 décembre, le parquet a demandé pour l'ancien président et les deux autres prévenus une peine de 4
00:36ans de prison, dont 2 fermes.
00:38CodeSource vous raconte en 2 épisodes cette affaire et le procès avec Timothée Boutry du service police-justice du Parisien.
00:49Timothée Boutry, pour bien comprendre cette affaire, il faut revenir 7 ans en arrière.
00:54Nicolas Sarkozy mis en examen ce jeudi pour abus de faiblesse dans l'affaire Bettencourt.
00:59Une mise en examen pour abus de faiblesse envers une personne âgée, c'est évidemment dévastateur d'un point de
01:04vue politique et symbolique.
01:06En 2013, Nicolas Sarkozy est soupçonné par la justice d'abus de faiblesse sur la milliardaire héritière du groupe L
01:12'Oréal, Liliane Bettencourt.
01:14Il est soupçonné, vous l'avez dit, d'abus de faiblesse, c'est-à-dire d'avoir bénéficié de la
01:19manne de cette richissime femme en profitant de son état de santé,
01:24puisqu'elle était évidemment très âgée. Le soupçon est né sur Nicolas Sarkozy et il a été mis en examen
01:29en toute fin d'instruction.
01:30Le dossier est instruit à Bordeaux. Finalement, la bonne nouvelle tombe pour Nicolas Sarkozy, 6 mois après sa mise en
01:36examen.
01:37Nicolas Sarkozy a donc bénéficié hier d'un non-lieu dans l'affaire Bettencourt. Il s'en est d'ailleurs
01:41félicité sur Facebook.
01:43Il n'est pas poursuivi dans l'affaire Bettencourt.
01:45C'était le juge gentil qui a instruit cette enquête, qui avait mis en examen Nicolas Sarkozy,
01:49et qui a considéré que les charges n'étaient pas suffisantes pour le renvoyer dans un tribunal correctionnel.
01:54Mais dans le cadre de cette enquête, les agendas présidentiels de Nicolas Sarkozy ont été saisis.
01:59Et ça ne plaît pas du tout à l'ancien président. Pourquoi ? Que peut faire la justice avec ces
02:03documents ?
02:04En fait, il a peur que ces agendas soient utilisés par d'autres juges d'instruction qui enquêtent sur d
02:09'autres affaires.
02:10Et il pense notamment à l'affaire de l'arbitrage tapis.
02:13Parce que ces agendas, ça peut prouver les rendez-vous. C'est ça, les gens qu'on a reçus à
02:16l'Elysée ?
02:16Oui, c'est ça en fait. C'est un agenda. Et celui du président de la République, évidemment, il est
02:20très rempli et plus sensible.
02:22Et potentiellement, il peut receler des rendez-vous dont il ne voudrait pas qu'on ait la connaissance.
02:27Pour lui, c'est très important.
02:30Nicolas Sarkozy va lancer une demande pour annuler cette saisie auprès de la Cour de cassation.
02:35C'est quoi la Cour de cassation ?
02:37Alors, en fait, c'est la plus haute juridiction française en droit pénal.
02:41C'est l'arbitre du droit. Pour comprendre le processus, il y a eu cette saisie qui a été contestée,
02:46mais qui a été validée par la Cour d'appel de Bordeaux,
02:49puisque l'affaire Betancourt était instruite à Bordeaux.
02:51Et donc, si on veut contester une décision de la Cour d'appel, il faut saisir la Cour de cassation.
02:55Et l'idée, c'est de dire que ces agendas sont ceux du président.
02:59Et donc, ils sont eux aussi soumis à l'immunité présidentielle.
03:02Et donc, la justice n'a pas à en avoir connaissance.
03:04À partir de là, Nicolas Sarkozy est préoccupé et il veut à tout prix savoir quelle sera la décision de
03:10la Cour de cassation.
03:11Et il va beaucoup en parler au téléphone avec son avocat, Thierry Herzog.
03:15Thierry Herzog, c'est son frère. C'est comme ça qu'il le présente.
03:18Ils ont prêté serment la même année. Ils ont commencé dans l'avocature au même moment.
03:23Et ils sont devenus potes, quoi. Vraiment, c'est des potes.
03:26Ils dînent ensemble, ils connaissent leur famille respective.
03:30C'est vraiment des gens très, très proches. Ils se parlent quasiment tous les jours.
03:33Et donc, la grosse question, quand ils se parlent au téléphone, à ce moment-là, c'est de savoir ce
03:37que va faire la Cour de cassation.
03:38Oui, ça fait partie de leur sujet de discussion.
03:41Alors, la Défense dit, si on prend la totalité des échanges entre eux, ce n'est pas du tout la
03:45majorité.
03:46Mais le fait est que c'est une vraie préoccupation pour eux à ce moment-là.
03:49Et Nicolas Sarkozy dit, ben oui, moi, j'ai envie de gagner. J'ai toujours envie de gagner.
03:52Donc, c'est normal, ça m'intéresse. Donc, je pose des questions sur la procédure en cours.
03:59Ce que Nicolas Sarkozy ne sait pas, Timothée Boutry,
04:02c'est qu'à ce moment-là, il est sur écoute.
04:05Alors là, il faut parler d'une autre affaire, l'affaire du financement supposé libyen de sa campagne de 2007.
04:11Il y a une information judiciaire qui est ouverte depuis longtemps,
04:15qui est menée à l'époque par le juge Serge Tournaire,
04:18et qui a décidé de placer sur écoute l'ancien président.
04:20Thierry Herzog est lui aussi sur écoute.
04:22Et le vendredi 10 janvier 2014,
04:24les enquêteurs font une demande pour renouveler ces interceptions.
04:29Oui, parce que des écoutes téléphoniques décidées par un juge d'instruction,
04:32c'est pour un délai de 4 mois qui doit être renouvelé.
04:35C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire, je vous écoute,
04:37et puis au bout d'un moment, on va arrêter.
04:39Non, c'est quand même un petit peu encadré.
04:40Qu'est-ce qui se passe quand on fait une demande de renouvellement d'écoute ?
04:43C'est très simple, c'est le juge d'instruction qui fait une ordonnance de poursuite des écoutes.
04:47C'est extrêmement simple.
04:48C'est un acte qui est dévolué au juge d'instruction.
04:50Et l'information est transmise aussi au bâtonnier,
04:52qui est, on va dire, le chef des avocats d'un barreau, c'est ça ?
04:55Oui, en fait, les avocats sont réunis dans ce qu'on appelle un barreau.
04:59Il y en a un par tribunal judiciaire,
05:00donc évidemment, celui de Paris, c'est le plus important.
05:02Le chef, entre guillemets, des avocats, c'est ce qu'il s'appelle le bâtonnier.
05:05Il est élu tous les deux ans par ses pairs.
05:07Et donc, quand il y a un renouvellement d'écoute, forcément, le bâtonnier est au courant.
05:10Oui, parce que les avocats, c'est une profession évidemment sensible.
05:13On considère qu'on ne peut pas faire n'importe quoi
05:15et que ça nécessite d'alerter les autorités ordinales
05:20du placement sur l'écoute d'un confrère.
05:23Le lendemain, le samedi 11 janvier,
05:25l'avocat et très proche ami donc de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog,
05:29achète des téléphones.
05:30Oui, en fait, Thierry Herzog va aller à Nice,
05:32là où il habite la moitié de l'année,
05:34pour acheter deux puces prépayées et des téléphones.
05:38On peut dire que ce sont des téléphones dédiés
05:40puisqu'ils vont servir uniquement à l'échange entre les deux hommes.
05:43C'est des lignes qui vont être acquises sans document d'identité
05:46et en fait, c'est des lignes qu'on va dire occultes.
05:49Thierry Herzog achète ces téléphones avec un faux nom,
05:52le nom de Paul Bismuth, presque par hasard.
05:55Oui, alors en fait, c'est parce qu'il a reçu la veille, je crois,
05:58un mail de trombie.com,
06:00qui est un site qui vous rappelle à vos jeunes années de photos de classe
06:05et Paul Bismuth, c'était un de ses condisciples.
06:08Et donc voilà, il a dû penser à ce nom-là,
06:09il a donné une identité qui était fausse,
06:11puisque le but, c'était d'avoir des téléphones cachés.
06:14Et comme il avait vu ce nom-là sur sa boîte mail,
06:16il a pensé à lui.
06:17Donc voilà, c'était les fameuses lignes Bismuth.
06:19Les deux hommes échangent sur leur ligne Bismuth le samedi 1er février.
06:23Oui, par exemple, Nicolas Sarkozy dit à Thierry Herzog,
06:27répond sur son téléphone qu'on ait l'impression d'avoir une conversation.
06:30Voilà, il lui dit, on va se rappeler sur le téléphone normal dans 10 minutes.
06:33Donc on a l'impression qu'ils vont essayer de blanchir leur conversation
06:36sur la ligne qui est écoutée.
06:37Du coup, la justice soupçonne l'existence d'une taupe
06:40qui les aurait informés de leur placement sur écoute.
06:44Effectivement, et d'ailleurs, dans le cadre de l'enquête,
06:46il y a eu des investigations qui ont été faites
06:47pour essayer de démontrer ça.
06:49Alors, il y a notamment eu des auditions qui ont été faites
06:51au niveau de l'ordre des avocats.
06:53Et au final, alors qu'ils étaient poursuivis pour ça,
06:56ils ont obtenu un non-lieu, Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy.
06:58Donc, au-dessus de la justice, rien ne peut prouver qu'il y a une taupe.
07:03En tout cas, à partir de ce moment-là,
07:04les deux hommes vont surtout échanger sur la ligne Paul Bismuth.
07:07Et le mercredi 5 février, l'avocat Thierry Herzog évoque
07:12un éventuel service à rendre au magistrat de la Cour de Cassation,
07:15Gilbert Azibert.
07:16Oui, alors déjà, il faut expliquer qui est Gilbert Azibert.
07:19C'est un haut magistrat qui est premier avocat général
07:22à la Cour de Cassation.
07:23Mais il est affecté à une chambre civile, c'est-à-dire qu'il n'est pas
07:26directement concerné par le pourvoi dans l'affaire Bettencourt.
07:28Mais c'est un homme très intrendu, qui a 40 ans de carrière dans la magistrature.
07:32Et on se rend compte qu'il est beaucoup question de ce Gilbert
07:35dans les conversations entre Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy.
07:39Et ce 5 février, par exemple, Thierry Herzog évoque le souhait
07:42que Gilbert Azibert puisse obtenir un poste prestigieux dans la principauté.
07:48Thierry Herzog dit « il m'a parlé d'un truc sur Monaco, il mérite son coup de pouce,
07:52je lui ai dit avec tout ce que tu as fait, tu mérites ».
07:54Sarkozy dit « bah oui, appelle-le, dis-lui que je m'en occuperai ».
07:56Voilà, donc en fait, c'est tout le cœur de cette affaire bismut,
08:00de cette affaire des écoutes.
08:01L'idée, c'est que Gilbert Azibert aurait servi de tête chercheuse,
08:05de poisson pilote, d'agent traitant pour Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog
08:09à l'intérieur de la cour de cassation, où se joue le pourvoi à Betancourt,
08:13et qu'en échange de ses services, Nicolas Sarkozy lui aurait donné un coup de pouce
08:18pour l'obtention d'un poste à Monaco.
08:20Et ce que veulent les deux hommes, toujours, c'est récupérer les agendas présidentiels.
08:23Oui, l'enjeu, c'est ça, c'est obtenir un pourvoi favorable
08:26qui viendrait casser l'arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux,
08:29qui donc annulerait la saisie des agendas du président de la République.
08:34Nicolas Sarkozy se rend à Monaco, deux semaines plus tard,
08:37pour quelques jours, pour une visite privée.
08:39Et le mardi 25 février de Monaco, il appelle Thierry Herzog sur la ligne Bismuth.
08:46Alors il lui dit, je voulais te dire, pour que tu puisses le dire à Gilbert Azibert,
08:50que j'ai rendez-vous à midi avec Michel Roger, le ministre d'État à Monaco.
08:54Dis-lui que je ferai la démarche, je t'appellerai pour dire ce qu'il en est.
08:56Le lendemain, le ton change entre eux sur leur portable officiel, puis sur la ligne Bismuth.
09:02Les policiers qui écoutent Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog
09:04constatent qu'il y a un brusque changement de ton dans leur conversation,
09:08notamment par rapport à cette intervention alléguée à Monaco.
09:12Et que finalement, Nicolas Sarkozy dit, en fait, j'ai pas fait l'intervention,
09:17je le sentais pas, je le connais pas si bien que ça, Gilbert Azibert,
09:20donc bon, tu lui diras que finalement j'ai rien fait.
09:22Et ça sur les deux lignes ?
09:23Oui, ça se passe sur les deux lignes en fait.
09:25Après ces échanges, les enquêteurs ont la conviction
09:26qu'une top a prévenu les deux hommes que leur ligne Bismuth est aussi sur écoute.
09:31Voilà, ils se disent, c'est pas possible, ce changement de ton, c'est trop brutal,
09:36c'est pas normal.
09:37Pour les enquêteurs, ils ont été avertis que la ligne Bismuth était également cramée.
09:41Et donc, ben voilà, ils racontent des histoires en disant,
09:45ben non, non, je l'ai pas senti, finalement je l'ai pas fait,
09:47tu lui diras, bon, d'accord, ok, je comprends.
09:49Enfin voilà, aux yeux de l'accusation, c'est une mise en scène.
09:55Et là, une enquête préliminaire est ouverte pour essayer de trouver cet éventuel top.
09:58L'existence de cette enquête préliminaire, on va l'apprendre beaucoup plus tard,
10:01à la faveur d'un article du Point de cette année.
10:05Et les avocats de Nicolas Sarkozy vont aussi la découvrir incidemment,
10:09dans le courant de l'enquête, l'existence de cette deuxième enquête parallèle,
10:12qui va faire couler beaucoup d'encre.
10:15Ils vont demander à 13 reprises à se faire communiquer cette enquête parallèle,
10:19mais à chaque fois, le parquet national financier va refuser,
10:22selon la défense, avec des arguments qui n'ont pas lieu d'être.
10:25L'enchaîne-chef du parquet national financier va notamment écrire
10:28« Mais non, mais cette enquête ne concerne pas votre client. »
10:30Or, l'enquête, il est marqué sur le bord d'euro, enquête Nicolas Sarkozy.
10:34Ça va vraiment causer un grand, grand trouble pour la défense,
10:37cette histoire d'enquête préliminaire.
10:39Et les enquêteurs vont regarder de près les factures détaillées,
10:41les fadettes de plusieurs avocats.
10:43Oui, parce qu'ils sont toujours dans l'idée que la fuite puisse provenir des avocats.
10:48Il va y avoir des géolocalisations de portables d'avocats,
10:52des fadettes, c'est-à-dire des relevés téléphoniques, pas d'écoute,
10:54mais des fadettes quand même, des plus grands cabinets pénalistes de la place de Paris.
10:58Parmi les avocats en colère, celui qui est devenu l'actuel ministre de la Justice,
11:03Éric Dupond-Moretti.
11:04Oui, parce qu'on va découvrir qu'Éric Dupond-Moretti a lui aussi fait l'objet de cette enquête.
11:08Son téléphone a été géolocalisé.
11:11Il annonce son intention de porter plainte.
11:13Il dénonce des méthodes barbouzardes.
11:15Pourquoi ça a autant choqué les avocats ?
11:16Parce qu'en fait, c'est une enquête qu'ils vont dire cachée.
11:18Ils n'en ont pas la connaissance.
11:20Alors que c'est une enquête dans une enquête.
11:22La défense de Nicolas Sarkozy va dire une enquête poubelle.
11:24En fait, on fait des recherches.
11:26Et si on avait trouvé la taupe, évidemment, on aurait livré les résultats à l'enquête principale.
11:32Et là, on ne l'a pas trouvée.
11:33Donc, on l'a fait vivre artificiellement pendant six ans, ce qui est extrêmement long.
11:37Au final, il n'y a rien, on la classe et elle ne nous a pas servi.
11:40Donc, ils trouvent que l'égalité des armes n'a pas été respectée.
11:48On en revient au mois de février 2014, le jeudi 27 février.
11:53Deux jours après l'appel téléphonique passé de Monaco par Nicolas Sarkozy à Thierry Herzog,
12:00Gilbert Azibert, qui lui aussi est sur écoute, mais qui ne le sait pas,
12:04évoque les agendas présidentiels avec un autre magistrat de la Cour de Canada.
12:07Oui, il en parle avec son collègue Patrick Sassou, qui est, lui, affecté à la chambre criminelle.
12:12Et il lui demande des renseignements sur ce qu'il en pense, sur la date du délibéré,
12:18est-ce que ça va être confirmé ou pas.
12:20Donc, on voit qu'il s'intéresse toujours au pourvoi.
12:23Quelques jours plus tard, début mars, Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy,
12:26parle au téléphone avec ce magistrat, Gilbert Azibert.
12:29Et là, l'avocat, lui non plus, ne sait pas que Gilbert Azibert est sur écoute.
12:34Qu'est-ce qu'il lui dit ?
12:35C'est une des écoutes les plus intéressantes de cette affaire.
12:38Thierry Herzog dit à Gilbert Azibert,
12:41« Bon, en fait, l'intervention à Monaco, elle a été faite par Nicolas Sarkozy. »
12:45Alors que, quelques jours plus tôt, il disait,
12:47« Non, non, je ne l'ai pas fait sur leur téléphone, sur écoute. »
12:50Et donc, Gilbert Azibert dit, « Ben, c'est sympa. »
12:52Et il dit, « Mais par contre, on a été obligé de dire des choses au téléphone.
12:56Ben, je t'expliquerai quoi. »
12:58Sous-entendu, bon, ben, sur les écoutes officielles,
13:01on a dit qu'on ne l'a pas fait, alors qu'en fait, on l'a fait.
13:03Voilà.
13:03Donc, c'est une écoute qui pourrait traduire la duplicité, en fait,
13:06de Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy.
13:10Timothée Boutry, le contenu de ses écoutes,
13:13sort quelques jours plus tard dans la presse,
13:14dans Le Monde, puis dans le Canard Enchaîné.
13:16C'est le début de l'affaire des écoutes, l'affaire Paul Bismuth.
13:20Le lundi 30 juin, Thierry Herzog et les deux hauts magistrats,
13:23Gilbert Azibert et Patrick Sassou, sont placés en garde à vue.
13:26Dans la foulée, Nicolas Sarkozy est lui aussi placé en garde à vue
13:29à l'Office anticorruption de la police judiciaire.
13:32Et après 18 heures de garde à vue, il est mis en examen.
13:35Il est mis en examen pour corruption et trafic d'influence.
13:38C'est-à-dire qu'on estime qu'il y a eu un pacte entre lui,
13:42Thierry Herzog et Gilbert Azibert.
13:44Donc, le magistrat se renseigne et tente d'influencer
13:46sur la décision de ses pairs à la Cour de cassation.
13:49Et en échange, il aurait eu une promesse de coup de pouce
13:52pour le poste à Monaco qu'il n'a pas eu.
13:53Thierry Herzog et Gilbert Azibert sont eux aussi mis en examen
13:56pour corruption et trafic d'influence.
13:59Timothée Boutry, d'un mot, est-ce qu'on sait ce qu'a donné
14:02la procédure devant la Cour de cassation
14:04concernant les fameux agendas présidentiels ?
14:06Finalement, il n'a pas à obtenir gain de cause
14:08puisqu'en fait, comme il y a un non-lieu,
14:09les magistrats de la Cour de cassation
14:12considéraient qu'il était irrecevable
14:13à former un pourvoi contre cet arrêt de la Chambre de l'instruction
14:16qui avait confirmé la saisie de ces agendas.
14:19Donc, c'est un échec.
14:19En fait, c'est un échec faute de combat.
14:21Il n'a pas perdu son pourvoi.
14:23C'est juste que le pourvoi n'a pas été examiné
14:25car considéré comme pas légitime.
14:28Aux yeux de l'accusation, il peut y avoir trafic d'influence
14:30ou corruption, même si finalement,
14:32les intéressés n'ont pas obtenu gain de cause ?
14:34Oui, en fait, la définition de ces deux infractions
14:38dans le Code pénal est assez large.
14:40On parle de l'influence réelle ou supposée.
14:43À partir du moment où Nicolas Sarkozy aurait promis
14:46à Gilbert Aziber d'intervenir en échange
14:48de son intervention sur le pourvoi,
14:51alors ça suffit.
14:51Et quand bien même Gilbert Aziber n'a pas obtenu
14:54son poste à Monaco, puisque c'est le cas,
14:56et quand bien même Nicolas Sarkozy n'a pas gagné
14:58son pourvoi en cassation, peu importe,
14:59à partir du moment où il y a promesse,
15:02le pacte est scellé.
15:03Et donc, s'il y a pacte, alors on peut rentrer
15:05en voie de condamnation.
15:06Et évidemment, la défense dit « mais attendez,
15:08il n'y a jamais eu de pacte,
15:09on est que sur des bavardages,
15:10il n'y a rien du tout qui a été scellé,
15:12aucun engagement qui a été fait.
15:14Et donc, la loi ne peut pas s'appliquer
15:16puisque l'infraction n'est pas constituée. »
15:21Merci Timothée Boutry.
15:23Dans le prochain épisode,
15:24vous allez nous raconter comment l'ancien président
15:26s'est défendu pendant son procès.
15:29Cet épisode a été produit par Thibaut Lambert
15:31et Nathan Chatelain,
15:32réalisation Alexandre Ferreira.
15:34Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
15:37disponible chaque soir du lundi au vendredi.
15:39N'hésitez pas à nous écrire
15:41codesource.fr.
15:43Si vous aimez Code Source,
15:44abonnez-vous pour ne rater aucun épisode
15:46sur Apple Podcast ou Google Podcast.
15:48Et puis, dites-le nous en laissant des petites étoiles
15:51ou un commentaire sur votre application préférée.
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