- il y a 10 heures
Cet artiste a participé à la vague de témoignages qui a émergé après les révélations de Camille Kouchner. Les sévices commis par son père, ce moment où il a brisé le silence, le long chemin pour se reconstruire… Il se confie au micro de Clawdia Prolongeau.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12D'après un sondage Ipsos publié en novembre 2020, 10% des personnes interrogées disent avoir été victimes d'inceste.
00:20Jusqu'ici, on parlait très peu dans les médias de ce fléau de l'ombre,
00:23jusqu'à la sortie du livre de Camille Kouchner sur le sujet, la familia grande,
00:27et jusqu'à l'apparition du hashtag MeTooinceste à la mi-janvier.
00:32Des centaines d'hommes et de femmes ont alors raconté en quelques mots sur Twitter l'inceste subi pendant leur
00:38enfance.
00:39Parmi cette foule de messages, celui de Romain, un comédien, auteur et chanteur âgé de 44 ans,
00:46Claudia Prolongeau est allée à sa rencontre pour l'écouter.
01:01Romain vit entre Paris et l'heure.
01:03C'est sa compagne qui mouve la porte.
01:07Bonjour, je suis la journaliste du Parisien, Claudia Prolongeau. Comment allez-vous ?
01:11Bien et vous ?
01:12Ils ne sont pas mariés, n'ont pas d'enfants, ne vivent pas ensemble à Paris,
01:16mais ont cette maison qu'il appelle en souriant leur lieu commun.
01:21Elle est typique de la région, c'est une longère avec une très grosse cheminée
01:25et une pièce annexée dont Romain a fait son bureau.
01:29Là derrière vous, il y a une grande bibliothèque, vous pouvez me dire un peu ce qu'il y a
01:32dedans ?
01:33Il y a quelques ouvrages sur la chanson, quelques recueils de poésie, quelques essais,
01:41et j'ai deux livres sur Barbara.
01:43Alors Barbara, c'est quelqu'un qui fait complètement partie de ma vie, pour le coup,
01:47que j'ai vu en concert, quatre fois.
01:50Mes parents m'ont emmené.
01:51C'est une des artistes que j'ai le plus écouté.
01:54Quand j'écoute Barbara chanter, c'est comme si je recevais quelque chose sans filtre.
02:01C'est une complicité, une connivence un peu mystérieuse.
02:07Vous pensez que c'est peut-être lié à la chanson L'Aigle Noir de Barbara,
02:10dans laquelle elle fait allusion à l'inceste dont elle a été victime, elle aussi, de la part de son
02:14père ?
02:15C'est possible.
02:15Moi j'ai découvert tardivement quel était le sujet, l'inspiration de la chanson L'Aigle Noir.
02:22Mais en tout cas, je pense que dans la sensibilité qu'est la sienne,
02:27alors j'allais dire peut-être qu'il y ait la nôtre, effectivement,
02:29les failles qui sont les nôtres,
02:31et ce qu'on peut mettre en branle pour s'en sortir,
02:36pour que la vie soit aussi joyeuse, légère,
02:41tout simplement pour qu'elle ait un sens.
02:43Il y a probablement là un rapprochement peut-être à faire,
02:46peut-être une complicité.
02:49Est-ce que je peux vous laisser me raconter ce qui s'est passé avec votre père,
02:52quand ça a commencé, comment ça a commencé ?
02:55La première fois, j'ai du mal à savoir si j'avais 6 ans ou 7 ans.
03:02Mais je crois que j'avais plutôt 7 ans.
03:04Je dormais depuis un bon moment, je pense.
03:08Mon père est venu me rejoindre dans mon lit, il était nu.
03:12Il m'a demandé si je voulais qu'il me montre comment on fait les enfants.
03:19Il m'a montré son sexe, il bandait, il m'a demandé de le toucher,
03:28il m'a montré comment le masturber.
03:34Il m'a demandé d'embrasser son sexe, il s'est masturbé lui-même.
03:46Il l'a éjaculé.
03:49Il m'a dit qu'il fallait le dire à personne,
03:52il m'a dit qu'il ne fallait pas le dire, surtout à maman.
03:57Et il est retourné se coucher.
03:59En fait, la maison n'était pas très grande,
04:00donc il était dans la même chambre que moi,
04:04il dormait dans la même chambre que moi.
04:06Moi, j'étais sur un matelas par terre et lui, il était dans un lit.
04:12Et dans mon souvenir, je me suis rendormi tout de suite.
04:16Et vous vous souvenez avoir perçu que ce n'était pas normal ?
04:20Non, pas spécialement.
04:25Puisque pour moi, la sexualité n'était située à aucun endroit.
04:33Elle n'existait tout simplement pas, donc pourquoi pas là ?
04:38Entre les 7 et les 14 ans de Romain,
04:40il va être violé régulièrement par son père.
04:43Pas forcément fréquemment.
04:45Pendant des mois parfois, il ne se passe rien.
04:48Mais ça finit toujours par revenir.
04:51Dans leur maison normande, ou dans l'appartement parisien,
04:54où il grandit avec ses deux frères et sa sœur.
04:57Les enfants baignent dans les livres et la musique.
04:59Pour s'exprimer, ils sont encouragés à trouver les mots justes.
05:03La mère est réalisatrice chez France Culture,
05:05le père professeur de français au collège.
05:08Des viols, Romain ne dit rien, à personne.
05:11Il se souvient qu'un mercredi après-midi,
05:14son père lui propose d'aller faire une sieste avec lui.
05:17Romain dit non, son père n'insiste pas.
05:21Je crois que c'est la seule fois où je lui ai dit non.
05:25Il n'y a jamais eu de contrainte au sens physique.
05:31Je me souviens parfois l'avoir rejoint de moi-même.
05:35C'est-à-dire que le problème, c'est aussi, à un moment donné,
05:39puisque de 7 ans à 14 ans,
05:40on passe aussi par la phase de l'éveil, du désir, etc.
05:46Et finalement, de fait,
05:49j'ai découvert le plaisir sexuel avec mon père.
05:52Véritablement.
05:54Si on était toujours dans un rapport contraint,
06:01en pleine conscience d'être absolument opposé
06:04à ce qui est en train de se produire,
06:08on pourrait plus facilement s'en détacher.
06:12C'est-à-dire, je ne voulais pas, j'ai été forcé.
06:15Mais en ce qui me concerne,
06:17la difficulté, c'est de remettre tout ça au bon endroit après,
06:21puisqu'il y a aussi ce rapport de désir et de plaisir
06:24qui va intervenir et qui, lui, pour le coup,
06:27n'est absolument pas au bon endroit.
06:29Quand on imagine un père incestueux,
06:32on imagine le mec à moitié débile, à moitié alcoolo,
06:37insensible, etc.
06:39Et mon père, ce n'était pas ça du tout.
06:41C'était quelqu'un qui était très intéressant.
06:43C'était, hélas, un professeur de français en collège,
06:47très cultivé, qui lisait beaucoup, qui écrivait beaucoup.
06:51Il faisait extrêmement bien la cuisine.
06:54Moi, j'aimais beaucoup faire la cuisine avec lui.
06:56Il y a plein de choses qui me constituent,
07:00qui me rendent heureux,
07:01qui me viennent directement de mon père.
07:03Je veux dire, le goût pour la chanson, par exemple,
07:05la chanson française, c'est quelque chose qui est très centrale dans ma vie.
07:08J'en écris, j'en écoute.
07:10Ça vient de lui.
07:11C'est lui qui m'a fait écouter des chansons très tôt.
07:14Il m'a fait découvrir Bobby Lapointe.
07:16Il m'a fait découvrir Barbara.
07:17Il m'a fait découvrir les frères Jacques.
07:22Donc, c'est ça qui est délicat.
07:24C'est que mon père a été un père incestueux.
07:28Donc, c'est un criminel.
07:31Et j'en suis personnellement la victime.
07:33Mais ça a aussi été un bon père.
07:40Pendant plusieurs années,
07:42Romain ne parle pas du tout des viols dont il est victime.
07:44Et puis, à 10 ou 11 ans,
07:46il ne sait plus trop pourquoi,
07:48il décide de s'en ouvrir à une copine d'école.
07:50La petite fille lui révèle alors
07:52qu'elle est aussi victime de son père.
07:55Ce qui passe à ce moment pour une incroyable coïncidence
07:57ne l'est en fait pas du tout.
08:00Selon les spécialistes,
08:01dans chaque classe de CM2,
08:03deux à trois enfants sont victimes d'inceste.
08:06Partageant ce secret avec cette seule amie,
08:09Romain continue à grandir.
08:11Il vit toujours dans le même appartement avec ses parents
08:14et va souvent voir sa sœur
08:15qui s'est installée en couple dans son propre logement.
08:18Un jour, sans qu'il ne sache comment,
08:21elle lui fait comprendre qu'elle a tout appris
08:22et essaye de le confronter.
08:24Elle m'a demandé
08:26s'il s'était passé quelque chose avec papa.
08:30Et je lui ai dit non, pas du tout, rien.
08:33Et je suis rentré chez moi
08:36et je me suis dit, bon, je n'ai pas réussi à lui dire,
08:38mais je vais le lui écrire.
08:40Et je me suis mis à mon bureau
08:42et j'ai commencé à écrire
08:45à ma sœur une lettre
08:46pour lui dire ce qui s'était passé avec mon père.
08:50Je suis retourné chez elle
08:50pour la mettre sous son paillasson et je suis parti.
08:54À la suite de ça,
08:55ma sœur en a parlé
08:57à la CPE de mon collège
09:00et je me souviens,
09:01j'étais en cours d'EPS
09:03et le prof d'EPS,
09:04au plein milieu du cours,
09:06il m'a dit
09:07Romain, tu retournes au vestiaire,
09:09tu t'habilles
09:10et tu vas dans le bureau de l'assistante sociale.
09:14L'assistante sociale
09:16a pris mon témoignage
09:20et je suis parti dormir
09:23chez ma sœur
09:24trois semaines
09:26et au terme de ces trois semaines,
09:29ma mère et mon frère aîné
09:30ont débarqué
09:31et ma mère m'a dit
09:33papa est mort.
09:35Donc ce qui s'était passé,
09:37c'est que mon père partait
09:40donner ses cours,
09:41il était prof dans un collège,
09:43il a pris le métro
09:44qu'il prend d'habitude
09:45pour aller au collège,
09:46simplement au lieu de
09:48descendre au hall
09:49pour prendre son RER,
09:50il est allé à pied
09:51à la guerre Saint-Lazare,
09:52il a commencé
09:53à écrire une lettre,
09:56il est monté dans le train
09:57pour aller dans sa maison
09:58en Normandie,
09:59il a continué d'écrire
10:00cette lettre dans le train,
10:03il a pris un bain de mer,
10:06il a conclu sa lettre,
10:08il a pris un poison,
10:10je ne sais pas lequel,
10:11et il est mort.
10:13Comment vous savez tout ça ?
10:15Parce que tout ça
10:16est dans la lettre.
10:19Après le suicide de son père,
10:21Romain est comme anesthésié.
10:23Moi, ce dont je me souviens
10:24à la mort de mon père,
10:27c'est que c'était
10:28un tel chaos dans ma tête
10:30que je n'avais pas de pensée,
10:33au sens,
10:35j'étais incapable d'analyser
10:36quoi que ce soit.
10:38Et d'ailleurs,
10:38j'avais des problèmes
10:39de concentration énormes,
10:40parce que j'étais complètement
10:41parasité dans tous les sens,
10:44par ce que j'avais vécu
10:45et qui m'empêchait
10:48oui, c'est ça,
10:48qui m'empêchait
10:49de me concentrer
10:50sur autre chose.
10:51Romain continue
10:52à grandir comme ça.
10:53À l'adolescence,
10:54c'est un garçon gentil,
10:55calme,
10:56qui ne fait pas de vagues.
10:57En classe,
10:58il n'arrive pas
10:59à se concentrer
10:59et ne ramène
11:00que des mauvaises notes.
11:01À la maison,
11:02après le suicide de son père,
11:04on parle beaucoup
11:04de ce qu'il a subi,
11:05du moins avec ses frères,
11:06dont il apprend
11:07qu'ils étaient eux aussi
11:08victimes de leur père,
11:09et avec sa sœur,
11:11grâce à qui tout est sorti.
11:12Avec sa mère,
11:13en revanche,
11:14le sujet est impossible
11:15à aborder.
11:16Je crois que ma mère,
11:17elle était incapable
11:20de ne pas faire
11:22comme si rien ne s'était passé.
11:25Sa manière à elle
11:28de dire qu'elle était avec nous,
11:31qu'elle nous accompagnait,
11:33c'était d'assurer le matériel.
11:36Et elle a vraiment réussi
11:37à assurer le matériel.
11:38Et pour le reste,
11:42de fait,
11:43il fallait qu'on se débrouille
11:44par nous-mêmes.
11:46Votre père,
11:46vous m'avez dit
11:47qu'il était professeur
11:48au collège.
11:49Oui.
11:50Vous savez s'il y a eu
11:51d'autres victimes
11:52que dans votre famille ?
11:54D'autres victimes
11:54que dans ma famille ?
11:55Alors non.
11:56Vous ne savez pas ?
11:57Non, je ne le sais pas.
12:00Et quand mon père est mort,
12:02à ma connaissance,
12:04il n'y a pas eu
12:07de travail et de fait
12:10parce qu'il y avait quand même eu
12:12des classes vertes
12:13ou je ne sais pas quoi,
12:14des vacances.
12:14Enfin, je veux dire,
12:15il y a eu des déplacements
12:16extérieurs au collège
12:17et tout ça.
12:18Donc peut-être qu'il ne s'était
12:18absolument rien passé,
12:19je ne sais pas.
12:20Mais je ne sais pas, justement.
12:23Et moi, personnellement,
12:24je trouve ça vraiment hallucinant
12:25que ce travail n'ait pas été fait.
12:29En première,
12:30Romain commence à suivre
12:31des cours de théâtre
12:32et à prendre de la distance
12:33avec ce qu'il a vécu.
12:35Pour la première fois,
12:36il arrive à tenter
12:37d'en analyser les conséquences.
12:38Il passe son bac
12:40et rentre dans un cours
12:41d'art dramatique à Paris
12:42où il reste trois ans
12:43et décide au même moment
12:45de commencer une psychothérapie.
12:47À cette période-là,
12:49ses nuits sont rythmées
12:49par un cauchemar,
12:50toujours le même,
12:51où il se jette d'une falaise
12:52et par des crises de larmes incontrôlées.
12:55Trois ans plus tard,
12:56Romain estime que ce suivi
12:57lui a permis d'obtenir
12:58de nouveaux outils
12:59pour reprendre le dessus.
13:01C'était il y a 15 ans
13:02et depuis,
13:03il n'a pas ressenti
13:04le besoin d'y retourner.
13:06L'année dernière,
13:06Romain a retrouvé
13:07son ami de primaire
13:08avec qui il était resté
13:09en contact longtemps
13:10puis qu'il avait perdu de vue.
13:16Elle, elle n'a pas du tout
13:17eu le même parcours
13:18puisqu'elle a fait
13:19tout le parcours judiciaire.
13:21Elle a témoigné
13:22contre son père,
13:23il y a eu un procès,
13:24son père est allé en prison.
13:26J'étais un peu jaloux
13:27d'elle
13:28parce que je me disais
13:29mais jamais à moi,
13:31à un moment donné,
13:33à un endroit,
13:34de quelque manière que ce soit,
13:36la société
13:37ne m'a dit
13:38« Tu es une victime,
13:41ton père est coupable
13:43et voilà, c'est tout. »
13:45J'étais un peu jaloux
13:45parce que je me disais
13:47ça l'a obligé,
13:48il lui a fallu
13:48un courage immense,
13:49mais ça l'a obligé
13:50à réagir,
13:53à ne plus être
13:54cet objet de désir
13:56qu'on prend
13:56et qu'on laisse.
13:58Ce qui n'est pas mon cas
13:59puisque
14:00je n'ai jamais, moi,
14:02mis un point final
14:04au viol
14:04avec mon père.
14:06C'est mon père
14:07qui a arrêté
14:08dans un sens.
14:11d'une manière radicale
14:12mais ça vient de lui
14:14parce que
14:15d'une certaine manière
14:16il l'a bien voulu.
14:17Moi, je n'ai rien fait pour ça
14:19et donc j'ai l'impression
14:20qu'au début
14:22comme à la fin
14:25j'ai été manipulé.
14:28Cette amie
14:31peut se dire
14:33qu'elle,
14:33elle a remis les choses
14:34à leur place.
14:37À défaut de parler de tout ça
14:38avec sa mère,
14:39Romain a pu le faire
14:40avec sa grand-mère
14:41et une de ses tantes
14:42du côté de son père.
14:43Sans qu'elles en soient certaines,
14:45elles lui ont confié
14:46qu'elles pensaient
14:46que son père lui-même
14:47pouvait avoir été victime
14:48d'inceste
14:49de la part d'un oncle
14:50dans son enfance.
14:52Ma tante savait ça,
14:53c'était probablement
14:54pas la seule
14:56et par exemple,
14:58ma mère,
15:00elle,
15:01ne l'a jamais su.
15:04Pour elle,
15:06elle épousait
15:06quelqu'un,
15:07elle voulait une famille
15:08nombreuse,
15:09mon père voulait
15:10une famille nombreuse,
15:11leur projet était
15:11d'avoir une famille
15:12nombreuse
15:12et pour elle,
15:14elle épousait
15:14quelqu'un
15:16de tout à fait sain,
15:17enfin,
15:17elle ne se posait même
15:18pas la question.
15:19Alors qu'en fait,
15:20il y avait des gens
15:20autour,
15:21très proches,
15:22qui savaient
15:23qu'il y avait
15:23un problème énorme.
15:27Et avec toute cette
15:28libération de la parole
15:29qu'il y a aujourd'hui,
15:30je me dis,
15:32moi je ne me serais
15:33pas retrouvé
15:34dans cette situation-là
15:37si j'avais
15:37six ans aujourd'hui.
15:43Alors mon tweet,
15:44c'est
16:02J'écoutais
16:04France Inter
16:05et j'ai entendu
16:05dans le journal
16:06qu'il y avait
16:06un hashtag
16:07qui,
16:10depuis la veille,
16:12déferlait
16:13sur Twitter.
16:15Et donc instantanément,
16:16je me suis dit
16:16ah cool,
16:17je vais mettre
16:19mon mito inceste.
16:19Donc j'ai pris mon téléphone,
16:21j'ai écrit ça
16:22en une minute
16:24et j'ai tweeté.
16:27En fait,
16:27il ne faut pas être
16:28intimidé par ce qu'on a vécu,
16:29il ne faut pas avoir peur
16:30de ce qu'on a vécu,
16:31il faut le regarder.
16:32Ça a existé
16:33et ça ne prend pas
16:34non plus toute la place.
16:35Je veux dire,
16:35il n'y a pas
16:36que ça dans ma vie.
16:39Ça n'empêche pas
16:39que je suis quelqu'un
16:40de plutôt joyeux.
16:42En fait,
16:43je n'ai pas un besoin
16:45particulier du tout,
16:46impérieux
16:46de le raconter
16:48ou de le dire.
16:50Mais simplement,
16:52il y a aussi un moment
16:53où il faut remettre ça
16:54à sa place.
16:55Moi,
16:56je le considère
16:56comme un accident,
16:57c'est-à-dire
16:57un accident grave,
16:59mais c'est un accident.
17:01et il n'y a pas
17:02de raison
17:03d'avoir honte
17:05d'avoir été victime
17:06d'un accident.
17:10Et je crois
17:11qu'il faut se...
17:13Alors,
17:13ça va paraître
17:14un peu incongru
17:15dit comme ça,
17:15mais en fait,
17:16il faut se détendre
17:17avec ces sujets-là.
17:18C'est un sujet
17:19qu'il faut prendre
17:20à bras-le-corps
17:21comme les accidents
17:23de la route,
17:25comme la lutte
17:25contre le cancer.
17:26Moi,
17:27j'aimerais
17:27que ça devienne
17:28un sujet de société
17:30comme un autre.
17:32Et si
17:33cette libération
17:34de la parole,
17:35ce livre de Camille Kouchner
17:38doivent servir
17:38à quelque chose,
17:41c'est à ça.
17:51Claudia,
17:51c'est très fort
17:52ce que vient de dire Romain
17:53à la fin.
17:54Est-ce que tu sais
17:55si la lutte
17:55contre l'inceste
17:56ou la prévention
17:57de l'inceste
17:57a déjà été déclarée
17:58grande cause nationale,
18:00par exemple ?
18:01Non,
18:01elle ne l'a jamais été.
18:03En 2018,
18:04il y a eu une pétition
18:04pour faire de la protection
18:05de l'enfance,
18:06une grande cause nationale.
18:07Ça n'a pas été le cas.
18:08La seule fois
18:09où la protection
18:09de l'enfance
18:10a été grande cause nationale,
18:11c'était en 97,
18:12via l'association
18:14Le Secours Populaire
18:15et c'est tout.
18:16Le témoignage de Romain
18:17est bouleversant.
18:18Est-ce que tu as eu
18:18le sentiment
18:19que ça a été dur
18:20pour lui de parler ?
18:21Non,
18:22j'étais assez surprise même.
18:23J'ai eu le sentiment
18:24qu'il employait des mots
18:25qu'il avait très bien choisi
18:26et que ce n'était pas
18:27la première fois
18:27qu'il le faisait.
18:28Ce qui a été difficile
18:29en revanche pour lui,
18:30c'était de parler
18:31de sa relation
18:32avec sa mère.
18:33Il t'a d'ailleurs envoyé
18:34un message
18:34pour apporter des précisions
18:36là-dessus.
18:37Oui,
18:37je pense que c'est important
18:38de le mentionner
18:39parce qu'il m'a dit
18:40dans ce message
18:41que c'était une chose
18:42à laquelle il avait réfléchi
18:43mille fois
18:43et qu'en fait,
18:44il avait complètement oublié
18:45de me le dire.
18:45C'est clairement les questions
18:47sur sa mère
18:47qui l'ont mis le plus en difficulté
18:49au moment de cette interview
18:50et il m'a écrit
18:52dans un mail
18:53« Ma mère m'a toujours invité
18:54au silence
18:55et c'est toujours le cas aujourd'hui.
18:56En 30 ans,
18:57elle ne m'a jamais demandé
18:58ce qui s'était passé.
18:59Je sais maintenant
19:00que cette injonction au silence
19:01a eu sur moi
19:01un effet aussi dévastateur
19:03que les viols,
19:04pas moins.
19:04Outre le moyen de prévenir
19:06et d'éviter le plus de drames
19:07possible à l'avenir,
19:08le hashtag
19:10MeTooinceste
19:10doit selon moi
19:11servir à cela
19:12pour celles et ceux
19:13à qui c'est arrivé,
19:14que cela soit audible,
19:16recevable,
19:16réhabilité à sa place
19:17d'accident de la vie.
19:18C'est à cette condition
19:19que nous pourrons tous,
19:20victimes et proches de victimes,
19:21enfin parler d'autre chose.
19:23Un dernier mot,
19:24Claudia,
19:24pour aller plus loin.
19:26En podcast,
19:27tu nous conseilles
19:27une série de podcasts
19:28à propos de l'inceste
19:29produit par Louis Média.
19:30Oui,
19:31c'est une série
19:31qui est sortie
19:32au mois de septembre,
19:33il me semble.
19:34C'est une série
19:35qui est absolument passionnante
19:36avec un travail
19:38extrêmement fouillé,
19:40extrêmement précis
19:40sur l'inceste.
19:42Moi,
19:43je l'ai écouté
19:43au moment où c'est sorti.
19:44Je ne savais pas,
19:45évidemment,
19:45que ce serait un sujet
19:46dont on parlerait autant
19:47dans les médias
19:48en ce début d'année.
19:49Ça s'appelle
19:50« Ou peut-être une nuit »
19:51en référence à la chanson
19:52de Barbara,
19:53« L'Aigle Noir »
19:53et c'est absolument bouleversant.
20:01Merci Claudia Prolongeau.
20:03Cet épisode a été produit
20:04par Thibault Lambert,
20:06réalisation
20:06Julien Moncouquiol.
20:08N'hésitez pas à nous écrire
20:09codesource
20:10at leparisien.fr
20:11ou à nous interpeller
20:12sur les réseaux.
20:13Codesource est le podcast
20:14d'actualité du Parisien,
20:16disponible chaque soir
20:17du lundi au vendredi.
20:18Pour ne rater aucun épisode,
20:21abonnez-vous
20:21sur Apple Podcast
20:22ou Google Podcast
20:23par exemple.
20:24Et puis,
20:25si vous aimez Codesource,
20:26dites-le nous
20:26en laissant des petites étoiles
20:28ou un commentaire
20:29sur votre appli préférée.
20:30Sous-titrage Société Radio-Canada
20:33Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires