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  • il y a 10 heures
Nicolas Sarkozy et 13 autres prévenus étaient jugés dans l’affaire des comptes de campagne de 2012. Le parquet a requis six mois de prison ferme pour l’ancien président. Pascale Egré, journaliste au service police-justice du Parisien, raconte le déroulé du procès dans Code source.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Hage et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian - Archives : INA, TV5 Monde.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'affaire Big Malion a été jugée du 20 mai au 22 juin par le tribunal correctionnel de Paris.
00:18C'est l'affaire du dépassement de 20 millions d'euros de la campagne de Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle
00:23de 2012.
00:24La décision sera rendue le 30 septembre. Le parquet a demandé un an de prison, dont six mois avec sursis,
00:31à l'encontre de l'ancien chef de l'État.
00:34Après un premier épisode consacré au rappel des faits, Codesources vous raconte aujourd'hui le procès Big Malion avec Pascal
00:41Aigret du service police-justice du Parisien.
00:50On avait déjà consacré un épisode de Codesources à l'affaire Big Malion.
00:53Je vous conseille vivement de l'écouter, si ce n'est pas encore fait, avant de vous plonger dans celui
00:59-ci sur le procès.
01:00Pascal Aigret, on rappelle l'essentiel malgré tout en quelques mots.
01:03L'affaire Big Malion, c'est l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle de 2012,
01:09quand il était justement président sortant. Et en résumé, le candidat a trop dépensé, c'est ça ?
01:15Le candidat a trop dépensé. Pour toute élection présidentielle, il y a un plafond à respecter.
01:19En l'occurrence, il était à peu près de 22 millions d'euros.
01:22Et ce qui va être mis au jour deux ans après cette présidentielle, c'est qu'en fait, Nicolas Sarkozy
01:28a dépensé 20 millions d'euros de plus
01:30et que cela a été dissimulé.
01:32Alors que s'est-il passé d'après l'accusation ?
01:34D'après l'accusation, il y a eu toute la mise en place d'un double système de fausses facturations.
01:41D'une part avec l'agence de communication qui était chargée d'organiser les meetings,
01:46qui s'appelle l'agence Big Malion et sa filiale Event.
01:49Ça pour plus de 16 millions d'euros.
01:52Et une autre fraude organisée au sein même du parti, de l'UMP,
01:56qui a consisté tout simplement à escamoter des factures pour un montant total de 3,5 millions d'euros.
02:02Ce qui fait bien au final 20 millions d'euros.
02:05Et donc l'UMP a payé une grosse partie des dépenses du candidat Sarkozy, c'est ça ?
02:09Tout à fait. C'est-à-dire qu'au lieu d'imputer les frais de campagne à l'association de
02:14financement,
02:14ce qui exige la loi, ces factures ont été réglées par l'UMP à Big Malion.
02:23Dans l'actualité politique de ce jeudi, cette enquête du journal Le Point qui fait du bruit...
02:27Le Point de départ de cette affaire, c'est en 2014, un article du Point en février,
02:32qui laisse penser que le patron de l'UMP à l'époque, le secrétaire général du parti,
02:36Jean-François Copé, s'est constitué un trésor de guerre.
02:40Oui, cette une, elle est extrêmement violente puisqu'elle accuse Jean-François Copé d'avoir volé l'UMP.
02:45Il faut dire que les finances du parti après toute cette campagne sont vraiment à sec.
02:50Mais en l'occurrence, Le Point met la puce à l'oreille de la justice puisqu'elle ouvre une enquête,
02:55mais il se trompe en fait.
02:57Les vraies révélations viendront plus tard, quelques mois plus tard en mai,
03:02de libération qui parlent de conventions bidons, qui pourraient avoir des titres crédibles,
03:08par exemple sur le microcrédit, sur la politique en Afrique,
03:10mais qui en réalité ne se sont jamais tenues, encore moins pendant cette période-là.
03:14L'enquête a duré des années et elle a écarté l'hypothèse d'un enrichissement personnel
03:19ou de la création d'une cagnotte de guerre pour Jean-François Copé.
03:22Oui, cette hypothèse a été complètement écartée par l'instruction,
03:26qui d'ailleurs conclut à un non-lieu pour Jean-François Copé.
03:31Finalement, 14 personnes se retrouvent sur le banc des prévenus dans cette affaire.
03:34Quels sont leurs profils ?
03:36On a plutôt des hommes d'affaires avec les anciens dirigeants de Big Malion,
03:40ils sont quatre, d'anciens cadres de l'UMP,
03:44soit des très proches de Nicolas Sarkozy, soit des très proches de Jean-François Copé à l'époque,
03:49ou d'anciens proches de Xavier Bertrand, enfin en tout cas ils sont plutôt dans le giron politique.
03:54Et on a aussi tout ce qui est le mandataire financier,
03:57les responsables de l'association de financement et les experts comptables,
04:01parmi lesquels figure quand même un ancien caisseur de l'Assemblée Nationale,
04:05et puis le directeur de campagne Nicolas Sarkozy qui lui est un préfet.
04:11Le prévenu le plus connu, c'est l'ancien président Nicolas Sarkozy,
04:14qui vient d'être condamné dans l'affaire des écoutes, l'affaire Paul Bismuth,
04:18à trois ans de prison dont un ferme, une décision dont il a fait appel.
04:22Mais pour ce nouveau procès, il a choisi de venir le moins possible.
04:26Il a choisi de ne venir que pour le jour où il va être interrogé par le tribunal.
04:32En droit, un prévenu qui encoure moins d'un an de prison, ce qui est son cas,
04:36peut ne pas se présenter.
04:37Et surtout, le tribunal peut ne pas l'obliger à venir à la barre du tribunal.
04:42Donc il a fait le choix d'en profiter.
04:44Il est au cœur du procès Big Malion.
04:47Il en est surtout le grand absent.
04:49Comme il en avait le droit, Nicolas Sarkozy ne s'est pas rendu au tribunal judiciaire de Paris ce jeudi.
04:55Pascal Aigret, décrivez-nous l'atmosphère juste avant l'ouverture du procès,
05:00le jeudi 20 mai, au tribunal correctionnel de Paris.
05:03L'ambiance, déjà, elle est ultra sécurisée.
05:07Comme il s'agit d'un procès où doit se présenter potentiellement un ancien chef de l'État,
05:11il y a beaucoup de policiers.
05:13Ils ont aussi fait appel à des vigiles.
05:15On est fouillés, on doit ouvrir nos sacs.
05:17On est même passé au détecteur de métaux.
05:20Donc tout ça prend un certain temps.
05:21Il y a énormément de monde.
05:22Ils ont ouvert d'autres salles de retransmission
05:24parce qu'on se demande si, oui ou non, Nicolas Sarkozy sera présent ce premier jour.
05:29Le premier après-midi d'audience est consacré à des questions de procédure.
05:32Et à un moment, la présidente du tribunal, Caroline Viguier, appelle Nicolas Sarkozy.
05:38Oui, elle procède.
05:39Ça, c'est la forme classique au début d'un procès correctionnel à ce qu'on appelle l'appel des
05:43prévenus.
05:44Et elle fait exactement ce qu'elle avait fait au faux départ du procès en mars.
05:47C'est-à-dire qu'après avoir appelé les 13 premiers, elle appelle le 14e, monsieur Nicolas Sarkozy.
05:54Et elle a bien vu que la chaise était vide, mais elle fait comme si elle ne l'était pas.
05:58Un peu plus tard, toujours pendant cette première après-midi d'audience,
06:01les avocats de deux prévenus demandent de nouvelles enquêtes sur Jean-François Copé.
06:06Et il présente des documents qui prouvent, selon eux, que Jean-François Copé, en tant que patron de l'UMP
06:12à l'époque,
06:12était forcément au courant des fausses factures.
06:14Il présente plusieurs documents, dont un contrat de prêt souscrit par l'UMP juste après la campagne présidentielle en août
06:222012.
06:23Il s'agit de 55 millions d'euros que l'UMP veut emprunter auprès d'une banque.
06:27Et parmi les raisons pour lesquelles ils disent « on a une dette », figurent 20 millions d'euros de
06:32dépenses de meeting.
06:33Pour ces avocats, ça prouve quoi ?
06:34Le but de ces avocats, c'est essentiellement de remettre le nom de Jean-François Copé dans le procès,
06:41c'est-à-dire de suggérer qu'il savait dès 2012 qu'il y avait eu un gros souci dans
06:45cette campagne.
06:46Est-ce que ces plaidoiries entraînent des réactions ?
06:49Oui, principalement celle de l'avocat de Jérôme Lavrieux, qui est l'ancien bras droit de Jean-François Copé
06:54et l'ancien directeur adjoint de la campagne.
06:58Donc son avocat, Christian Saint-Palais, se lève, prend la parole et dit
07:02« oui, c'est le retour des vieilles lunes, toujours cette histoire de trésor de guerre que l'instruction a
07:08écartée ».
07:09Le mercredi 26 mai est consacré à l'audition de l'un des prévenus,
07:13l'homme qui organisait les meetings du candidat Sarkozy, l'un des cadres de Big Malion, Franck Attal,
07:19quel rôle il avait dans cette campagne en 2012 ?
07:21Au sein de Big Malion, il était l'un des dirigeants, mais celui en particulier de leur filiale événementielle, Event.
07:28Franck Attal, en fait, on le voit sur toutes les images où Sarkozy monte sur la tribune
07:32puisque c'est lui qui lui donnait le top départ pour qu'il arrive près du pupitre.
07:37J'imagine que la présidente du tribunal l'interroge sur l'organisation des meetings ?
07:41Oui, il est le premier en fait à expliquer à quel point justement ça n'était pas organisé.
07:45Il parle de meetings qui sont commandés neuf jours avant,
07:49que ça représente l'équivalent d'un terrain de football à installer dans un temps record.
07:55Alors lui, il est passionné par sa matière, donc il explique les écrans, les pupitres,
07:59les signaux IFI, les techniciens, les traiteurs.
08:03Mais elle, ce n'est pas ça qui l'intéresse.
08:05Ce qui l'intéresse, la présidente, c'est de savoir,
08:07« Mais ah bon, il n'y avait pas de contrat cadre, rien n'était programmé à l'avance,
08:12rien n'était donc budgété non plus, est-ce que vous aviez une idée de combien ça pouvait coûter à
08:17l'avance ? »
08:18Il lui répond « Non, pas du tout, par contre, ce qu'on nous avait demandé, c'est qu'il
08:22fallait que ça pète. »
08:23Franck Attal se souvient aussi d'une réunion à l'UMP en 2014, juste après les révélations de Libération.
08:29Oui, il est très surpris parce qu'il reçoit un appel de Fabienne Liadze,
08:33qui est une cadre de l'UMP, et qui lui dit « Voilà, Jean-François Copé veut te voir dans
08:38son bureau demain, au siège du parti. »
08:41Il s'y rend, Jean-François Copé rentre, s'adresse à lui et lui dit « Qu'est-ce que
08:45c'est que cette histoire ? »
08:46Franck Attal se dit « Mais quoi ? Jean-François Copé n'est pas au courant. »
08:50Il a l'impression, dit-il, d'une supercherie.
08:53C'est-à-dire une mise en scène de la part de Jean-François Copé pour montrer qu'il n
08:57'était pas au courant.
08:58Il est encore plus surpris parce que lui, sa conviction, c'est qu'à l'UMP,
09:03tout le monde savait de la tête du parti aux plus petits salariés.
09:11Deux jours plus tard, le vendredi 28 mai, c'est l'interrogatoire de l'ancien patron de Big Malion,
09:16Bastien Millot, 48 ans, c'est l'un des principaux prévenus.
09:19Lui, qu'est-ce qu'il dit sur le système de fausse facture ?
09:22On sait qu'il a nié, pendant toute l'instruction, avoir été au courant du système de fausse facture.
09:26Et on se demande si le procès n'est pas le moment pour lui de reconnaître quelque chose,
09:31d'autant qu'il passe après les trois autres qui ont dit que oui.
09:34Et non, il persiste à nier et il dit qu'il ne connaissait pas l'existence de ce système de
09:38fausse facture.
09:39Est-ce qu'il vous semble sincère à la barre ?
09:41Non, il est même presque un peu pathétique parce qu'il se lance dans des explications,
09:48emberlificotées de ses soi-disant mauvaises relations avec Nicolas Sarkozy,
09:51pour montrer qu'il se désintéressait complètement de cette campagne
09:55qui représentait pourtant un très beau marché pour son entreprise.
09:58Le lundi 31 mai, une autre prévenue est entendue à la barre.
10:01C'est la directrice des ressources de l'UMP à l'époque, dont on a déjà parlé, Fabienne Liadzé, 47
10:06ans.
10:07Qu'est-ce que l'on espère de cet interrogatoire ?
10:09De la même manière, on en espère une sincérité.
10:13Fabienne Liadzé va, j'allais dire, donner un peu la méthode qui sera celle de tout ce qu'il nie.
10:17C'est-à-dire, elle dit non, mais je n'avais pas vraiment des responsabilités importantes au sein de l
10:21'UMP.
10:22Je ne m'intéressais pas du tout aux questions financières.
10:25Et quand je m'y intéressais, j'avais toujours l'aval de quelqu'un d'autre.
10:28Donc, elle se place aussi sous couvert de sa hiérarchie.
10:31Elle dit qu'elle ne s'intéresse pas aux aspects financiers, alors qu'elle est directrice des ressources de l
10:35'UMP ?
10:36Oui, elle se positionne comme une spécialiste des ressources, mais des ressources humaines.
10:40Et elle dit que pour le reste, il y a un trésorier, le directeur général de l'UMP, il y
10:44a d'autres interlocuteurs.
10:45Et si elle signe les engagements de dépenses, parce qu'on lui présente des engagements de dépenses,
10:49elle signe, mais parce que ça a été validé par d'autres.
10:52Donc, elle dit, ça représente des millions, mais j'ai l'aval et je signe.
10:57L'un des visages de ce dossier, c'est Jérôme Lavrieux.
11:00Il est interrogé le vendredi 4 juin, l'ancien bras droit de Jean-François Copé à l'UMP,
11:05ancien directeur adjoint de la campagne Sarkozy.
11:08C'est lui qui avait reconnu les fausses factures sur BFM TV, en direct, parfois au bord des larmes, le
11:1326 mai 2014 au soir.
11:14Il y a eu un dérapage sur le nombre d'événements qui ont été organisés dans le cadre de cette
11:20campagne.
11:21Sept ans plus tard, il est comment à la barre ?
11:24À la barre, Jérôme Lavrieux, on sent quelqu'un qui est prêt à se défendre,
11:27qui n'entend pas porter le chapeau pour tout le monde, ce qui était un petit peu sa crainte,
11:32puisqu'il est l'un des rares à un très haut niveau dans la campagne à avoir admis participer au
11:37système de fausses factures.
11:38Donc il est à la fois combatif et marchant sur des oeufs, un peu stressé.
11:43Une nouvelle fois, il reconnaît les faits ?
11:45Une nouvelle fois, il reconnaît les faits, mais lui dit qu'il aurait été au courant du système de fausses
11:52factures
11:52seulement à la fin de la campagne, après le deuxième tour de l'élection, le 6 mai.
11:56Et non pas, comme l'enquête tend à le démontrer, dès la mi-mars, c'est-à-dire très tôt,
12:03dans la campagne.
12:04Ce qui est peut-être une façon encore de se protéger lui et de protéger aussi son ancien patron, Jean
12:09-François Copé.
12:12En 2014, il avait couvert Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy en disant qu'il n'avait pas parlé avec
12:17eux du système de fausses factures.
12:19A l'audience, la présidente du tribunal lui demande à nouveau qui a décidé de faire payer à l'UMP
12:26une grande partie des frais du candidat Sarkozy.
12:28Oui, la question, évidemment, elle est clé et on n'a toujours pas la réponse, c'est qui a décidé
12:33d'organiser ce système ?
12:34On la lui pose et en fait, il ne le dit pas. Il dit que c'est le fruit d
12:39'une décision collective.
12:41Il est relancé ?
12:41Oui, il est relancé et il reste assez flou, toujours, mais en expliquant qu'en dépit des notes d'alerte
12:48des experts comptables
12:49et surtout de la première, celle du 6 mars, qui parle presque déjà d'un dépassement,
12:53le rythme des meetings va s'accélérer et qui prend la décision d'accélérer le rythme des meetings, dit-il,
12:59c'est l'Elysée, le candidat.
13:01Donc, d'une certaine manière, il pointe le doigt vers Nicolas Sarkozy.
13:05Le jeudi 10 juin, c'est un jour très important puisque Jean-François Copé vient témoigner à la barre.
13:11Lui qui a bénéficié d'un non-lieu, mais dont le nom est régulièrement cité depuis le début du procès,
13:17quel est son état d'esprit ?
13:18Il est vraiment en mode combatif, comme s'il se défendait, alors qu'en fait, il n'a pas à
13:22le faire.
13:23Mais il dit que ses oreilles ont sifflé beaucoup et donc il va répondre à toutes les questions.
13:29Il revient sur le moment où l'affaire a éclaté, d'abord dans Le Point en février 2014, puis dans
13:34Libération au mois de mai.
13:35Il dit que l'article du Point ne l'a pas tellement inquiété parce qu'il a vu ça comme
13:38une attaque politique
13:39et que celui de Libération, en revanche, alors là, il tombe des nus.
13:43Qu'un système de fausse facturation aurait existé, qu'il ne comprend pas et qu'il cherche à comprendre.
13:48Et pour ça, il va appeler plusieurs personnes.
13:50La première, c'est Fabienne Liadzé.
13:52Et il parle de cette réunion, il donne sa version de cette réunion dans le bureau en disant « mais
13:56ça a duré plus longtemps ».
13:57Et il m'a expliqué, donc Franck Attal, que les dépenses avaient filé et qu'il avait fallu trouver un
14:03système pour dissimuler leur explosion.
14:06Franck Attal a parlé d'une supercherie concernant cette réunion.
14:10Jean-François Copé est interrogé là-dessus.
14:11Oui, on lui demande « mais pourquoi vous demandez à Franck Attal et pas aux autres dirigeants de Big Malion
14:15que vous connaissez mieux, Bastien Millot et Guy Alves ? »
14:19Il dit « mais vous comprenez bien que je n'avais plus confiance en personne ».
14:22D'ailleurs, il explique aussi qu'il ne voit Jérôme Lavrieux, qui est pourtant son bras droit, que deux jours
14:28après, le dimanche.
14:29Et que là, Jérôme Lavrieux lui confirme l'existence de cette explosion de dépenses et de cette idée folle, dit
14:35-il, qui a surgi pour la dissimuler.
14:40Et donc, à l'entendre, il découvre tout ça dans Libération, deux ans plus tard.
14:44Il réaffirme la position qu'il a toujours tenue. Il n'était au courant de rien. Tout lui a été
14:50dissimulé.
14:51Il dit d'ailleurs qu'en gros, s'il avait été au courant, s'il avait été informé, il aurait
14:55mis un terme à tout ça.
14:56Le procureur lui rappelle aussi que le 24 mai 2014, il va voir Nicolas Sarkozy.
15:01Oui, le procureur lui demande « détaillez-moi un petit peu le contenu de cette entrevue ».
15:07Jean-François Copé dit « c'était un moment très pénible pour moi et sans doute pour lui aussi ».
15:12Nicolas Sarkozy lui aurait dit qu'il n'y croyait pas tellement et Jean-François Copé lui aurait dit «
15:18mais si, c'est la vérité ».
15:19Et il n'en dit pas plus.
15:21Le mardi 15 juin, finalement, c'est au tour de l'ancien président et ancien candidat Nicolas Sarkozy d'être
15:27entendu.
15:28Racontez-nous son arrivée dans la salle d'audience.
15:30Il entre par la porte qui est réservée aux prévenus et aux avocats, c'est-à-dire la porte de
15:36droite pour la salle.
15:37En fait, la géographie de la salle d'audience a été un peu revisité pour son audition,
15:42puisqu'on a demandé aux autres prévenus de se mettre un peu plus loin pour placer ne serait-ce que
15:47ses gardes du corps.
15:48Il a son avocat juste derrière lui et ses communicants au deuxième rang de la salle.
15:55Il y a un grand silence. Tout le monde attend que l'absent du procès, enfin présent, s'exprime et
16:01s'explique.
16:03Le tribunal rentre et la présidente l'appelle à la barre.
16:08« Monsieur Nicolas Sarkozy, voulez-vous bien venir à la barre ? »
16:13Et ensuite, on assiste à plusieurs heures d'un interrogatoire où il est debout face au tribunal comme s'il
16:19était sur la tribune d'un meeting.
16:21Il regarde à droite, à gauche, comme s'il cherchait des soutiens du regard.
16:26Donc pas forcément son avocat, mais parfois il se retourne même vers son ancien directeur de campagne dans la salle.
16:33Il mouline des bras, il osse des épaules, il parle de façon parfois très véhémente.
16:40De temps en temps, il rebaisse le ton. En fait, on voit Nicolas Sarkozy tel qu'on le connaît.
16:44La présidente du tribunal, Caroline Viglier, le recadre par moments ?
16:47À chaque fois, elle réinsiste. Et peut-être que c'est aussi pour ça qu'il s'énerve un petit
16:51peu,
16:51parce qu'elle repose une fois, deux fois, trois fois la question.
16:55La campagne était organisée comment ? Mais est-ce que c'est vous qui décidiez du nombre de meetings ?
17:00Mais est-ce que vous avez vu ou pas ces fameuses notes d'alerte des experts comptables ?
17:04Et est-ce que vous en avez tenu compte ?
17:07En gros, lui répond en disant « Moi, j'étais président, j'étais encore président de la République en exercice.
17:12Ma tâche était lourde. J'avais constitué une équipe de campagne pour rassembler.
17:17Il y avait Jean-François Copé à la tête du parti.
17:19Je m'occupais de la stratégie politique et pas de la sono, des devis, des factures à signer. »
17:27Il dit « Je n'ai jamais vu Jacques Chirac signer une facture.
17:30Je n'ai jamais vu Edouard Balladur signer une facture. »
17:33Il cite même François Hollande. « Je n'ai jamais vu François Hollande signer une facture. »
17:39Il dément aussi l'idée d'un emballement de sa campagne en 2012 ?
17:42Oui, pour lui, la campagne de 2012 est la sœur de la campagne de 2007.
17:47Même s'il concède qu'avec les chaînes d'information en continu,
17:51qui sont beaucoup plus présentes en 2012 qu'en 2007, c'est forcément un petit peu différent.
17:54Il faut fournir des images de qualité.
17:56Mais l'idée d'un emballement, il la réfute.
17:58Il dit « Ce serait faire insulte à mon expérience politique de croire que je voulais faire que 4-5
18:04meetings. »
18:06Évidemment, on en avait prévu beaucoup plus.
18:08Et 44, c'est à peu près le même nombre qu'en 2007.
18:11Et pour lui, sa campagne n'a pas coûté spécialement cher ?
18:14Oui, il essaie d'expliquer par exemple qu'à Villepinte, c'est un hangar.
18:18Et que donc, on lui parle de la scène qui aurait coûté beaucoup d'argent.
18:21Mais il dit « Mais comme c'est un hangar, il faut bien une scène.
18:23Parce que sinon, comment le candidat peut parler à 70 000 personnes au milieu de la foule ? »
18:29Il dit « Mais elle est où la campagne somptueuse ? Elle est où la campagne en or massif ?
18:34»
18:34« Ça se serait vu. J'avais la moitié de la presse contre moi.
18:37Ils auraient dit que ça dégoulinait d'argent, qu'on offrait du caviar aux militants.
18:41Pour lui, non. La campagne n'a pas coûté plus cher. »
18:44Alors comment est-ce qu'il explique le dépassement de plus de 20 millions d'euros de sa campagne ?
18:48Ce qu'il suggère, c'est que les 20 millions d'euros de dépassement ne sont pas allés à sa
18:52campagne.
18:53Ces 20 millions seraient allés ailleurs.
18:54En l'occurrence, ce qu'il suggère fortement, c'est que ça aurait servi surtout à enrichir les dirigeants de
18:59Big Malion.
19:03Pascal Aigret, le jeudi 17 juin, c'est les réquisitions.
19:06Les procureurs annoncent les peines qu'ils demandent.
19:09Décrivez-nous ces réquisitions.
19:11Le ton de ces réquisitions est très sévère, voire par moments cinglant.
19:16Et ce ton sévère, ils l'ont pour l'ensemble des prévenus, dont il suggère qu'ils les ont beaucoup
19:22mentis,
19:23mais aussi surtout pour l'ancien chef de l'État.
19:25Ils disent par exemple que Nicolas Sarkozy, en tant que président de la République,
19:29devait faire montre d'une probité exemplaire et que ça n'a pas été le cas.
19:33Ils disent même qu'il aurait porté atteinte, en bénéficiant de ce système, aux valeurs de la démocratie républicaine.
19:40Donc le ton est vraiment très sévère.
19:41Ils demandent des peines de prison avec sursis, entre 18 mois et 4 ans pour la plupart des prévenus,
19:46dont Jérôme Lavrieux, 3 ans avec sursis, 2 ans dont 1 an ferme à l'encontre de l'ancien patron
19:52de Big Malion, Bastien Millot.
19:54Que disent-ils concernant Nicolas Sarkozy ?
19:56Concernant Nicolas Sarkozy, ils disent, nous allons demander sa condamnation et une peine de 1 an de prison ferme,
20:04donc là tout le monde retient son souffle, avec 6 mois de sursis,
20:08ce qui veut dire qu'il requiert une peine de 6 mois de prison ferme.
20:10C'est une peine sévère qui est demandée à son encontre ?
20:13Symboliquement, c'est une peine sévère, 6 mois ferme requis à l'encontre d'un ancien président de la République.
20:19Et ce, d'autant plus que Nicolas Sarkozy est le seul avec Bastien Millot,
20:24à l'encontre de qui une peine de prison ferme est requise.
20:27Pascal Aigret, l'instruction n'avait pas permis de dire qui avait demandé ou donné son feu vert à ces
20:32fausses factures
20:33après la campagne de Nicolas Sarkozy.
20:35Est-ce que le procès a permis de répondre à cette question ?
20:37Non, les 5 semaines d'audience ont permis de vraiment mieux comprendre le mécanisme de la fausse facturation.
20:43Mais quant à savoir qui a ordonné ce système, qui a donné son feu vert, on ne le sait toujours
20:48pas.
20:55Merci à Pascal Aigret.
20:57Cet épisode a été préparé avec l'aide de Clara Hage, production Thibault Lambert, réalisation Julien Moncouquiole.
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