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  • il y a 10 heures
Cet article controversé sera entièrement réécrit, annonce la majorité à l’Assemblée après plusieurs jours de vive polémique. Code Source raconte comment une vidéo a déclenché une crise politique majeure.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Marion Bothorel et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian - Archives : Loopsider, France 2, France 3, BFM-TV, L'OBS

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'affaire Michel Zecler, le passage à tabac filmé de ce producteur de musique, pousse la majorité à reculer.
00:19Emmanuel Macron a réuni à l'Élysée le lundi 30 novembre Jean Castex, les ministres de l'Intérieur et de
00:24la Justice,
00:25ou encore Christophe Castaner, patron du groupe LREM à l'Assemblée.
00:29Dans la foulée, ce dernier a promis la réécriture complète de l'article 24 de la loi sur la sécurité
00:35globale,
00:36récemment votée en première lecture à l'Assemblée.
00:39C'est parce que nous sommes résolus, résolus à protéger nos forces de l'ordre et à le faire sans
00:44ambiguïté,
00:45mais aussi à lever les doutes et les incompréhensions que nous considérons aujourd'hui nécessaires de clarifier
00:52dans la sérénité le dispositif juridique adopté en première lecture.
00:57Comment l'article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale est devenu intenable ?
01:03Cet épisode de Code Source est raconté par trois journalistes du Parisien,
01:07David Doucan, Damien Delsenis et Zoé Lovresse.
01:17Damien Delsenis, vous êtes chef du service police-justice du Parisien.
01:21En juillet dernier, Christophe Castaner est débarqué du gouvernement.
01:24On lui reproche notamment de ne pas assez soutenir les policiers.
01:27Oui, ça peut être étonnant parce qu'il les a beaucoup soutenus pendant une période,
01:31notamment pendant la période critique des manifestations de gilets jaunes
01:34où les policiers étaient à la fois pris à partie, très critiqués,
01:38soit pour leur non-action, soit pour leur suraction.
01:40Plus que des mots, il y a eu un soutien financier.
01:42Les policiers ont obtenu des choses qu'ils n'avaient pas obtenues depuis des années.
01:46Et puis brusquement, tout ça s'est un petit peu inversé.
01:48Effectivement, notamment les syndicats de police ont trouvé que Christophe Castaner
01:51ne les avait pas assez soutenus sur deux ou trois incidents
01:54et qu'il y a eu une espèce de défiance qui s'est installée entre Castaner et les syndicats de
01:58police.
01:59Tout ça a fait qu'au bout d'un moment, il était difficile pour lui de se maintenir à ce
02:02poste.
02:03Et à l'occasion d'un remaniement, il est remplacé par Gérald Darmanin
02:06qui était depuis mai 2017, depuis l'élection d'Emmanuel Macron,
02:10ministre de l'Action et des Comptes Publics, issu de l'UMP.
02:13Il va rapidement se positionner comme le premier flic de France.
02:16Oui, il se met un petit peu dans les pattes d'un de ses mentors, Nicolas Sarkozy,
02:20qui a été le ministre de l'Intérieur un peu emblématique de ces dernières années.
02:24Donc c'est vrai qu'il se met un petit peu dans les pattes de Nicolas Sarkozy.
02:27Il a des discours qui sont très vite pro-policier.
02:30En tout cas, il apporte son soutien.
02:32Il fait un peu de calinothérapie en arrivant.
02:34Donc oui, il va être dans une démarche au départ très, très en soutien de ses forces de police.
02:39David Doucan, vous êtes chef du service politique du Parisien.
02:43Gérald Darmanin, il veut se montrer plus ferme que son prédécesseur, Christophe Castaner.
02:47C'est pour ça qu'il a été nommé, au fond, pour réconcilier ce gouvernement avec les forces de l
02:53'ordre.
02:53Il y avait eu une sorte de malentendu, le sentiment pour bon nombre de policiers
02:56qu'ils n'étaient pas soutenus par leur autorité politique.
02:59Donc Gérald Darmanin, il arrive en juillet, effectivement, avec cette feuille de route.
03:03Il faut rappeler le contexte.
03:05La France est régulièrement victime d'attentats.
03:07Depuis notamment Mohamed Merah en 2012, il y a eu les attentats de janvier 2015,
03:12du 13 novembre 2015, l'attentat du 14 juillet à Nice en 2016.
03:17Et beaucoup d'attaques qui font moins de morts, mais qui choquent l'opinion,
03:21comme l'assassinat du professeur Samuel Paty ou de trois fidèles à Nice le 29 octobre.
03:26Des policiers, eux aussi, avaient été victimes.
03:29Oui, on a un policier qui est abattu sur les Champs-Elysées à Paris.
03:31On a ce couple de policiers à Magnanville, dans les Yvelines,
03:35qui est assassiné par un terroriste en juin 2016 à leur domicile.
03:38Et c'est cette action-là qui fait un petit peu le « switch », c'est-à-dire que
03:42là,
03:42les policiers se rendent compte qu'ils sont vulnérables chez eux.
03:45Et il y a une espèce de psychose qui s'installe, c'est-à-dire qu'ils se disent que
03:48se faire tirer dessus, être pris pour cible quand ils sont en uniforme dans la rue,
03:51c'est déjà totalement anormal, mais quelque part, c'est les risques du métier.
03:54On peut en tout cas entendre ça.
03:56Par contre, être visé chez eux, devant leurs enfants, avec leur famille,
04:00ça devient totalement insupportable et intolérable pour eux.
04:02En même temps, de nombreuses affaires entachent la réputation des forces de l'ordre,
04:05comme les violences policières pendant le mouvement des Gilets jaunes,
04:08ou encore plus récemment, les agissements d'une partie des policiers de la CSI 93.
04:13Oui, il y a quelques affaires emblématiques.
04:14Effectivement, on a tous en mémoire les images des manifestations de Gilets jaunes
04:18avec ces personnes éborgnées, ces tirs de LBD parfois un petit peu anarchiques,
04:23ces images d'interpellations très très musclées,
04:25qui évidemment marquent l'opinion publique.
04:27Et donc, ça s'imprime un peu dans l'imaginaire et dans la réalité des gens.
04:30Effectivement, il y a cette affaire de la compagnie de sécurisation et d'intervention du 93,
04:34qui semble être une espèce de service avec des tas d'écarts au règlement,
04:39plusieurs enquêtes qui sont toujours en cours,
04:41avec en gros des tournements de stupéfiants.
04:44Enfin, on ne sait plus trop s'ils sont du côté des flics ou du côté des voyous.
04:47Donc, il y a ces affaires-là qui forcément, sans être très nombreuses en volume et en masse,
04:51sont forcément des affaires qui frappent, qui atteignent toujours l'image de la police.
04:58D'où vient la proposition de loi sur la sécurité globale ?
05:01Alors, elle vient d'un rapport parlementaire qui est fait par deux députés de la majorité de La République En
05:06Marche,
05:07M. Fauvergue et Mme Tourault.
05:08Alors, Fauvergue, il sait de quoi il parle, puisqu'il a été longtemps patron du RAID.
05:11Il a quitté la police pour être rentré en politique aux côtés d'Emmanuel Macron et de député.
05:16Donc, ce rapport, il est rédigé en 2018.
05:19Le rapport, au départ, il est juste là pour dire,
05:21on a des polices municipales qui sont de plus en plus importantes, qui ont de plus en plus de moyens.
05:24On a une sécurité privée en France qui représente des dizaines de milliers de personnes et d'emplois.
05:29Il faut voir comment on peut essayer de faire travailler tout ce petit monde ensemble
05:31pour aider, en quelque sorte, la police nationale à se concentrer sur ces missions essentielles.
05:36Ce rapport des deux députés va devenir une proposition de loi qui arrive à l'Assemblée ce mois de novembre.
05:42Un article de ce texte va susciter beaucoup de débats, l'article 24.
05:46Au départ, cette proposition, c'est comme une recette de cuisine.
05:49Au fur et à mesure, on va rajouter des ingrédients.
05:51Et ça va devenir cette proposition de loi qui arrive en ce moment.
05:54Dans ces ingrédients qu'on rajoute, on va rajouter notamment cet article 24
05:58sur le fait de pénaliser la diffusion d'images pouvant porter atteinte au psychisme
06:03ou à la sécurité des policiers.
06:05Et ça, c'est une demande très forte des syndicats de police.
06:07C'est-à-dire que les syndicats de police en ont assez de voir sur les réseaux sociaux
06:10des bribes de vidéos où apparaissent visages découverts des policiers en intervention
06:15avec des commentaires qui sont partagés des milliers, voire des millions de fois.
06:18Et eux estiment que ça met clairement en danger la sécurité, voire la vie de ces policiers.
06:23Et donc, quelque part, ils font un peu de lobbying auprès des parlementaires
06:25en disant « voilà, et nous, il nous faut une mesure pour protéger nos hommes.
06:28On ne veut pas qu'ils soient livrés en pâture aux réseaux sociaux,
06:30qu'on puisse après s'attaquer à eux. »
06:32Et donc, ça rentre dans cette proposition de loi.
06:34Mais au départ, la proposition de loi sécurité globale,
06:36elle n'est pas du tout axée sur cet article-là.
06:38Donc, l'article 24 interdit de diffuser des images
06:42qui pourraient trahir l'identité des policiers, c'est ça ?
06:44On a le droit de les filmer.
06:46Ce que voudrait pénaliser cet article, c'est qu'à partir du moment où on a filmé,
06:49on diffuse ça, par exemple, sur un réseau social.
06:51Et en le diffusant, c'est-à-dire sans flouter la personne
06:54ou en mettant des commentaires un peu subjectifs,
06:57il faudrait que le législateur dise « bon, ben voilà, à quel moment on porte atteinte
07:00au psychisme du policier qu'on a filmé ?
07:02À quel moment on le met en danger ?
07:04Est-ce que le fait de le filmer dans un espace public sans le flouter,
07:08c'est mettre en danger le policier, mettre en danger sa famille,
07:11mettre en danger sa réputation ? »
07:12David Doucan, le ministre de l'Intérieur, lui, il défend cet article 24.
07:16Oui, il le défend parce que cet article 24, qui, je le rappelle,
07:20ne vient pas du gouvernement, mais d'une proposition de loi issue du Parlement,
07:23de la majorité présidentielle.
07:25Cet article 24, pour Gérald Darmanin, en fait, c'est un outil
07:28qu'il veut utiliser pour démontrer aux policiers
07:31qu'ils peuvent compter sur leurs ministres pour les défendre en toutes circonstances.
07:35Mais cet article inquiète une grande partie des journalistes.
07:38Bon nombre des confrères y ont vu une volonté de censure,
07:42l'idée que l'on ne pourrait plus filmer librement,
07:45lors d'une manifestation, les interventions des forces de l'ordre
07:48et ne plus pouvoir les diffuser.
07:49Il y a eu une incompréhension, et c'est ce qui, ensuite,
07:52a beaucoup occupé le gouvernement pour essayer d'éteindre le feu.
07:55Le mercredi 18 novembre, Gérald Darmanin déclare que les journalistes
07:58doivent se rapprocher des autorités avant de couvrir des manifestations.
08:02Je rappelle donc que si des journalistes couvrent des manifestations,
08:05notamment conformément au schéma du match de l'ordre que j'ai évoqué,
08:08ils doivent se rapprocher des autorités pour se signaler.
08:10Ça provoque un tolègue.
08:11On nous l'a raconté, il était fatigué ce jour-là.
08:14Il a d'ailleurs corrigé quelques heures plus tard en disant
08:16« Mais non, ils ne doivent pas s'accréditer,
08:18ils peuvent se rapprocher de la préfecture ».
08:20Et puis ensuite, l'idée a totalement été abandonnée,
08:23tant il paraissait ahurissant, incompréhensible,
08:26que l'on puisse dire à des journalistes,
08:28pour couvrir un événement sur la voie publique,
08:31qu'il faille s'enregistrer auprès de la préfecture.
08:33C'était une maladresse et elle a été coûteuse.
08:38Le lundi 23 novembre, le soir, à Paris,
08:41des migrants et des militants qui manifestaient Place de la République sont évacués.
08:45Oui, alors cet incident, il arrive en pleine polémique sur cet article 24
08:49et sur cette proposition de loi Sécurité Globale.
08:51On a donc ces 300 migrants qui arrivent à Place de la République,
08:54qui s'installent, qui installent des tentes.
08:56Et puis, ordre est donné aux forces de l'ordre d'évacuer au plus vite la Place de la République.
09:00Et à partir du moment où on leur donne l'ordre d'évacuer,
09:02ils évacuent de manière assez virulente, voire même violente,
09:06on peut le dire sur certaines images.
09:08Tout ça va être filmé par des journalistes,
09:09va être filmé par des militants qui sont là avec leur smartphone.
09:12Et tout ça va donner lieu à des images assez délicates,
09:15c'est-à-dire avec des journalistes qui sont molestés,
09:17des élus qui sont molestés,
09:19des migrants qu'on dégage sans ménagement,
09:20c'est-à-dire on arrache les tentes,
09:22on bouscule un petit peu tout le monde,
09:23on repousse tout le monde en dehors de la place.
09:25Et évidemment, dans le contexte de cet article 24,
09:29eh bien, politiquement, ça va devenir une affaire,
09:31puisque là, c'est la preuve,
09:33on est en train de filmer une intervention de police qui se passe mal.
09:36Et parce qu'on la filme,
09:37on est pris à partie par des policiers qui refusent d'être filmés.
09:39Mais pourquoi ils refusent d'être filmés ?
09:40Parce qu'ils font des croches-pieds aux gens,
09:42parce qu'ils arrachent des tentes.
09:43Donc il faut absolument qu'on les filme pour montrer
09:45qu'ils font leur travail d'une manière qui n'est pas correcte.
09:47Le ministre de l'Intérieur lui-même, Gérald Darmanin,
09:50juge ces images choquantes.
09:51Bah oui, comme le lendemain matin,
09:52il découvre toutes ces images,
09:54notamment cette fameuse image du commissaire
09:55qui fait un croche-pied à un migrant qui tente de s'enfuir.
09:58Mais qu'est-ce que c'est, toi ?
09:59C'est gratuit !
10:00C'est gratuit !
10:01Il y a évidemment un journaliste aussi qui est assez habitué,
10:04qui était par mal sur les manifs de gilets jaunes,
10:06qui est prise à partie par des policiers plusieurs fois,
10:08qui essaie de lui prendre son matériel,
10:10qui le moleste, etc.
10:11Donc forcément, encore une fois, dans le contexte,
10:13on ne peut que constater que cette intervention,
10:15elle est sans doute, entre guillemets,
10:18disproportionnée par rapport à la menace qu'elle représentait.
10:2219h30 hier soir, l'article 24 de la loi Sécurité globale est adopté.
10:27David Doucan, le mardi 24 novembre,
10:29l'Assemblée nationale vote la loi sur la sécurité globale,
10:33mais une partie des députés LREM ne vote pas le texte.
10:36Oui, une trentaine d'abstentions,
10:38une dizaine de députés qui ont voté contre.
10:40Ce n'est pas la pire fronte du quinquennat.
10:42On a déjà eu des chiffres plus inquiétants
10:44pour le président de la République.
10:46Mais effectivement, ça illustre le malaise
10:49qu'a pu créer cet article dans la majorité.
10:52Une majorité présidentielle qui, rappelons-le,
10:55pour une bonne part, vient de la gauche
10:57et s'est retrouvée, là encore, un petit peu en difficulté
10:59par rapport à ce thème.
11:00Je vous donne une petite coulisse.
11:02Je discutais avec une ministre récemment,
11:04qui d'ailleurs n'est pas spécialement de gauche,
11:06et qui me disait, moi je veux être ministre,
11:08mais je n'ai pas très envie d'être dans un gouvernement de cow-boy.
11:11Et je pense que cette phrase-là, elle illustre assez bien
11:13le malaise qui a pu exister au sein de la majorité.
11:16Zoé Lovresse, vous êtes journaliste au service police-justice du Parisien.
11:20Je précise que vous êtes en télétravail
11:22en raison de l'épidémie de coronavirus.
11:24C'est donc dans ce contexte que le jeudi 26 novembre,
11:27le média en ligne Loopsider
11:28sort la vidéo du passage à tabac de Michel Zéclair.
11:32Qui est-il d'abord ?
11:32Michel Zéclair, c'est un homme de 41 ans.
11:36C'est un producteur de musique installé dans le 17e arrondissement,
11:40dans le côté chic du 17e,
11:42et il produit de jeunes artistes.
11:45L'effet remonte au samedi précédent, le samedi 21.
11:48Michel Zéclair, qui est un homme noir,
11:50ce qui est important pour la suite de cette histoire,
11:52marche vers son studio.
11:54Que se passe-t-il à ce moment-là ?
11:55Trois policiers ont patrouillé dans leur voiture,
11:57le voit, et remarquent qu'il ne porte pas son masque anti-Covid
12:01obligatoire en ce moment dans les rues de Paris.
12:04Il décide de l'aborder pour le contrôler et le verbaliser.
12:09Il rentre dans son studio, et là, il est alpagué.
12:12J'ai senti des mains qui me poussaient ou me tiraient,
12:15je ne sais plus trop, et puis là, il me demande de sortir.
12:17Je leur dis, je suis chez moi.
12:18Je me demande ce qui se passe, je ne comprends pas ce qui se passe.
12:21Il y a des gens qui passent, j'essaie d'interpeller tout le monde.
12:23À l'aide, je crie à l'aide, qu'est-ce qui se passe ?
12:25Franchement, ça va tellement vite,
12:26je me demande même si c'est des vrais policiers.
12:27Et à partir du moment où Michel Zéclair et les policiers sont dans le studio,
12:31tout est filmé par une caméra de vidéosurveillance.
12:35On voit Michel Zéclair empoigné, tabassé,
12:39se prendre des coups sur le visage, sur le dos,
12:43des coups de matraque à plusieurs reprises.
12:45Avec trois policiers autour de lui,
12:47il tente de refermer la porte, il tente de les repousser.
12:51Vu la violence et tous les coups que je me prenais,
12:54je me dis, si je tombe par terre,
12:56je vais rester par terre et je ne vais pas me relever.
12:59Je ne voulais pas avoir de gestes virulents
13:03qui allaient jouer contre moi par la suite.
13:05Il ne fallait pas que je lève les mains,
13:06que je fasse quelque chose qui pourrait s'apparenter
13:09à être quelque chose de violent.
13:11Il dit effectivement que l'un des policiers
13:13lui a lancé un « sort de la salle nègre ».
13:17Il dit quoi comme insulté exactement ?
13:19J'ai beaucoup entendu le « sale nègre ».
13:20Michel Zecler, il appelle les jeunes
13:24qu'il s'est en train d'enregistrer au sous-sol de son studio.
13:27À ce moment-là, il crie leur prénom à plusieurs reprises.
13:30Les jeunes finissent par l'entendre
13:32et montent les escaliers
13:34et tentent de pousser la porte qui donne sur l'entrée du studio.
13:38À ouvrir, wesh !
13:40À ouvrir, wesh !
13:44Ils finissent par faire éruption dans la pièce
13:46et les policiers apparemment se sentent en danger
13:49et finissent par sortir dans la rue.
14:00Les renforts sont arrivés.
14:01Il y a plusieurs policiers.
14:03En fait, ils veulent retourner dans le studio
14:05pour interpeller Michel Zecler et les gamins.
14:08Et pour pouvoir à nouveau rentrer dans le studio,
14:10il y a un policier qui glisse par l'entrebaillement de la porte
14:13une grenade lacrymogène.
14:15Et là, on m'envoie une grenade
14:18qu'on envoie pour les manifestants, en fait,
14:20qui doit être envoyée dehors, normalement.
14:22On est à l'intérieur, tout est fermé.
14:24À ce moment-là, moi, j'ai peur.
14:26Je me dis, c'est mon dernier jour, peut-être, aujourd'hui.
14:30Du coup, ils arrivent à de nouveau entrer dans la pièce
14:33et là, ils interpellent tout le monde
14:34et tout le monde sort un fil indien du studio.
14:43Michel Zecler est placé en garde à vue
14:44et les policiers vont faire un rapport très différent
14:47de ce que vous venez de nous raconter.
14:49Les policiers, dans leur rapport, ils disent
14:51« Nous, on a tenté de le maîtriser.
14:53Il s'est débattu, il était trop fort,
14:55il était insensible à nos techniques de maîtrise.
14:58Il est imposant, on lui a mis quelques coups,
15:01mais c'est parce qu'il se débatait très fort
15:03et lui aussi nous a mis des coups, d'ailleurs. »
15:05Damien Delceni, je rappelle que vous êtes chef
15:07du service police-justice du Parisien.
15:08Vous, à quel moment vous voyez ces images pour la première fois ?
15:11Le jeudi matin, on voit apparaître cette fameuse vidéo
15:13qui a été montée par le site Loopsider
15:14et on découvre effectivement l'histoire de ce Michel,
15:17les images, évidemment, de la vidéosurveillance,
15:19les images de l'intervention de police.
15:21Voilà, on découvre toute cette histoire jeudi matin, très tôt.
15:23Le procureur de la République de Paris, Rémi Hetz,
15:25fait savoir qu'il suit personnellement
15:27cette affaire extrêmement importante.
15:29Oui, alors c'est un signe quand le procureur de la République
15:31décide de « descendre » dans l'arène médiatique
15:34et dit immédiatement
15:35la gravité de cette affaire.
15:37On n'a pas que le procureur, d'ailleurs.
15:39On a très vite la hiérarchie de la police,
15:41le ministère de l'Intérieur.
15:42Tout le monde comprend très vite, d'abord,
15:45que l'affaire, elle est grave
15:46et qu'il va falloir donner des réponses très rapides
15:48pour éviter, entre guillemets,
15:49que tout ça pourrisse gentiment.
15:54Les quatre policiers sont suspendus à titre conservatoire.
15:57Ça veut dire quoi ?
15:58Ça veut dire qu'ils sont suspendus en attente
16:00d'une éventuelle sanction.
16:01Mais il y a parfois des policiers
16:02qui peuvent être mis en examen,
16:03qui peuvent être soupçonnés,
16:04mais qui peuvent continuer à exercer leur travail.
16:06Là, quand on suspend à titre conservatoire,
16:08ça veut dire qu'il y a un vrai problème.
16:09Et avant même de savoir s'ils vont être sanctionnés,
16:11on préfère qu'ils ne soient plus dans les rangs de la police.
16:13Dès le jeudi soir, les syndicats de policiers
16:14sont très sévères contre leurs collègues.
16:16Oui, parce qu'ils connaissent les dégâts que ça fait.
16:18Parce qu'ils défendent leur corporation,
16:20ils défendent leurs hommes,
16:21ils ont toujours tendance à soutenir.
16:23Mais là, vraiment, c'est tellement effarant
16:25et c'est tellement clair
16:26qu'ils ne peuvent pas monter au créneau
16:27pour défendre ces trois policiers
16:28ou ces quatre policiers-là.
16:29Ils sont obligés de condamner
16:30parce qu'ils savent aussi
16:32que le comportement de ces quatre-là
16:33va rejaillir sur tout le reste de leur profession
16:35et que ça fait des dégâts considérables.
16:37Donc ils sont obligés de condamner,
16:39ne serait-ce que pour sauver
16:40la réputation de tous les autres.
16:42David Doucan, le jeudi, en fin de matinée,
16:45Gérald Darmanin est reçu à l'Élysée.
16:47Oui, il est reçu par Emmanuel Macron
16:48parce que les réseaux sociaux s'enflamment,
16:50une émotion commence à s'exprimer
16:52très largement dans le pays.
16:54On voit bien des personnalités
16:55de très forte notoriété,
16:57comme des champions du monde
16:58de l'équipe de France de football
16:59qui commencent à dire
17:00attention, qu'est-ce qui se passe ?
17:01C'est du racisme
17:01et qui s'émeuve de ces images choquantes
17:04de l'arrestation de ce producteur de musique.
17:08Et donc Emmanuel Macron
17:09s'empare du sujet lui-même.
17:10Alors c'est dans cette réunion-là
17:12que le président de la République
17:14et le ministre de l'Intérieur
17:15conviennent qu'il est urgent
17:17pour Gérald Darmanin
17:18de se présenter au journal de 20h.
17:20Parce que quand la situation
17:21est aussi inquiétante,
17:22aussi explosive,
17:23il y a la nécessité
17:24de s'adresser au plus grand nombre
17:25et de manière puissante.
17:26C'est ce qui est décidé à ce moment-là.
17:27David Doucan,
17:28que dit-il le soir
17:30dans le 20h de France 2 ?
17:31Lors de son intervention
17:32au journal de 20h de France 2,
17:34en réalité,
17:34Gérald Darmanin arrive avec un message.
17:36Je pense que les Français
17:37soutiennent leurs policiers.
17:38Je voudrais dire aux policiers
17:39et aux gendarmes
17:40que moi je les soutiens
17:41sans faille.
17:42Lorsqu'il y a des gens qui déconnent,
17:44ils doivent quitter
17:44l'uniforme de la République,
17:46ils doivent être sanctionnés,
17:47ils doivent quitter ce travail.
17:48Le comportement,
17:49si l'enquête confirme
17:51qu'il a été en dehors des clous,
17:53est inacceptable.
17:54Et en même temps,
17:55il est premier flic de France.
17:56Il ne peut pas donner
17:58le sentiment
17:58qu'il lâche ses troupes.
18:00Le problème est assez simple.
18:02Là, il y a des actes
18:02qui sont posés devant une caméra,
18:04il y a des images
18:05qui sont suffisamment parlantes.
18:06Donc on est obligé, là,
18:07d'éteindre l'incendie
18:08quand on est ministre de l'Intérieur.
18:09C'est-à-dire,
18:10on fait clairement comprendre
18:11que ceux qui sortent des clous,
18:13on ne peut pas les défendre.
18:16Dès le jeudi soir,
18:17la vidéo de Loopsider
18:18a été visionnée
18:199 millions de fois.
18:20Sur LCI,
18:21le ministre de la Justice,
18:22Éric Dupond-Moretti,
18:23se dit lui aussi choqué.
18:25Quel sentiment
18:26vous inspirent ces images ?
18:27Je suis forcément scandalisé
18:29par ces images.
18:30Mais il faut faire très attention,
18:32bien sûr,
18:32parce que dire
18:34que la République
18:35a un problème
18:36avec les violences policières,
18:38c'est pas vrai.
18:39Et pour lui,
18:40il faut filmer.
18:41Éric Dupond-Moretti,
18:43depuis le début de cette affaire,
18:44joue une musique
18:46qui n'est pas celle
18:47qu'entonne Gérald Darmanin.
18:50Éric Dupond-Moretti,
18:51il y a déjà une semaine,
18:52le dimanche,
18:53dimanche dernier,
18:54mettait en cause
18:55la qualité de cet article 24,
18:56puisqu'il disait
18:57« L'article 24 prévoit
18:58de punir une intention,
19:00l'intention malveillante,
19:01lorsqu'on utilise
19:01ces images des forces de l'ordre,
19:03mais en droit pénal,
19:04on ne peut pas démontrer
19:04une intention.
19:05En droit pénal,
19:06on démontre des faits,
19:07des actes,
19:07mais pas une intention. »
19:09Donc déjà,
19:10le ministre de la Justice
19:11n'était pas du tout
19:13sur la même ligne
19:14que celle de Gérald Darmanin.
19:16Au passage,
19:17Éric Dupond-Moretti
19:18le dit déjà
19:18depuis plus d'une semaine
19:19que cette loi
19:20doit être revue
19:21et que pour lui,
19:22elle n'était pas
19:23à ce stade
19:24conforme aux valeurs
19:25et aux textes constitutionnels
19:27de notre République.
19:28Le vendredi,
19:29David Ducan,
19:30dans une déclaration
19:31à l'agence France Presse
19:32dans la matinée,
19:33puis sur Twitter,
19:34Emmanuel Macron
19:35fait savoir
19:36qu'il est choqué,
19:37il parle de honte.
19:38Oui,
19:38il n'en avait peut-être pas
19:39ressenti le besoin
19:40jusqu'à présent
19:41parce qu'il pensait
19:42que l'affaire
19:42pouvait être contrôlée.
19:43Donc il a considéré
19:44à ce moment-là
19:45qu'il était indispensable
19:46de faire savoir aux Français
19:47que lui aussi,
19:48au fond,
19:49comme beaucoup d'entre eux,
19:50il avait été choqué
19:51par ces images.
19:53À la mi-journée,
19:54la vidéo a été vue
19:5511 millions de fois
19:56et le Premier ministre
19:57Jean Castex
19:58demande à une commission
20:00indépendante
20:00de réécrire
20:01l'article 24
20:02de la loi
20:03sur la sécurité globale.
20:04Comment est-ce qu'il faut
20:05interpréter cette information ?
20:07Le gouvernement
20:08cherche une solution,
20:09cherche une porte de sortie.
20:11Cet article 24,
20:12depuis le début,
20:12c'est l'article maudit.
20:13Il a été mal compris,
20:14mal rédigé
20:15et pourtant il a été voté.
20:17Cet article 24,
20:18surtout,
20:18il est percuté
20:19par deux actualités.
20:21Cette rencontre
20:21entre des vidéos
20:22qui tendent
20:23à démontrer
20:24des comportements
20:25inadéquats
20:26et le vote
20:27de cet article 24
20:28du point de vue politique
20:29et à l'égard
20:30de l'opinion,
20:31c'est intenable.
20:32Donc là,
20:32Matignon cherche
20:33une porte de sortie.
20:34Ils ont essayé
20:35d'être inventifs
20:36et de dire
20:36on a un texte
20:37qui a déjà été voté,
20:38on va quand même
20:39déclencher une commission
20:40indépendante
20:41pour en réécrire le contenu.
20:43Là,
20:43on a un problème.
20:44Cette annonce
20:44est très mal perçue
20:45par les présidents
20:46de l'Assemblée nationale
20:47et du Sénat.
20:47Comment comprendre
20:48cette initiative
20:49autrement
20:50qu'un piétinement
20:51du fonctionnement parlementaire
20:52et des institutions parlementaires ?
20:55Pour ma part,
20:55je n'avais jamais vu ça,
20:57c'est-à-dire une commission
20:57pour réécrire un texte
20:59qui a déjà été voté.
21:00Ces commissions-là,
21:01elles existent.
21:02Ça s'appelle
21:02le Sénat et l'Assemblée.
21:03Donc,
21:04si le texte doit être modifié,
21:05pourquoi diable
21:06créer cette commission indépendante ?
21:08Elle est là,
21:08l'incompréhension
21:09de Richard Ferrand
21:10et de Gérard Larcher ?
21:11C'est une crise politique
21:13qui vient de s'ouvrir ?
21:14Quand cette commission indépendante
21:15est annoncée,
21:16on entre immédiatement
21:17dans une phase
21:18de crise institutionnelle
21:19parce que les institutions
21:21de la République
21:22ne sont pas respectées.
21:24Cette crise institutionnelle
21:25s'est éteinte
21:26puisque le Premier ministre
21:27vient d'annoncer
21:28et de répondre
21:29à Richard Ferrand
21:30en lui disant
21:31évidemment,
21:33cette commission
21:33n'a pas pour but
21:34de réécrire l'article 24.
21:36Donc,
21:37cette commission,
21:37on ne sait pas trop
21:38à quoi elle sert.
21:38En tout cas,
21:38tout ça n'est pas
21:40en faveur
21:41de Jean Castex.
21:43L'épisode lui coûtera
21:44sans doute assez cher
21:45sur le plan politique.
21:48Damien Nelseni,
21:49est-ce que Gérald Darmanin
21:50est fragilisé aujourd'hui ?
21:51Il l'est forcément
21:52puisqu'il se retrouve
21:54un petit peu
21:54au centre de la polémique
21:56et puis au centre
21:56des questions qui se posent.
21:58Il l'est au même titre
21:59que le préfet de police
22:00de Paris,
22:01M. Lallemand,
22:02puisque les deux incidents
22:03graves de la semaine,
22:04que ce soit
22:04Place de la République
22:05ou dans le 17ème,
22:06se passent sur le territoire
22:07de la préfecture de police.
22:08On est dans une situation
22:09où ça tangue,
22:10c'est-à-dire qu'il y a
22:10la base de la police
22:11qui réclame des choses,
22:13il y a l'opinion publique
22:13qui se rend compte
22:14que les policiers,
22:16il y a sans doute
22:16quelque chose qui ne va pas
22:17parce qu'il y a
22:18des débordements.
22:19On ne sait pas
22:19s'ils sont plus fréquents
22:20qu'avant,
22:20mais en tout cas,
22:21ils sont visibles,
22:22ils sont filmés
22:23et qu'en même temps,
22:25essayer de défendre une loi
22:25où on n'a plus le droit
22:26de filmer la police,
22:27ça vaudrait presque dire
22:28circuler,
22:28il n'y a rien à voir
22:29et il se trouve
22:30que s'il y a à voir
22:31et qu'il y a des choses
22:31pas forcément très agréables
22:32à voir.
22:34David Ducan,
22:35politiquement,
22:35cette affaire
22:36et ce débat
22:36sur l'article 24,
22:38ça peut coûter cher
22:39à Emmanuel Macron,
22:40c'est un coup dur ?
22:41C'est un coup dur
22:42dans le sens
22:43où ça n'aide pas
22:44à l'efficacité
22:45de l'action publique.
22:46La France est face
22:47à la pire crise
22:48finalement qu'elle ait pu connaître
22:49depuis la Seconde Guerre mondiale,
22:50pandémie, terrorisme,
22:52la crise économique
22:54catastrophique
22:54et maintenant
22:55des images
22:56de violences policières
22:57absolument intolérables
22:58ou en tout cas
22:59qui choquent énormément
23:00nos concitoyens.
23:02Face à cela,
23:03Emmanuel Macron
23:04a besoin d'efficacité.
23:05C'est sur ça
23:05qu'il sera jugé
23:06sur la fin de son quinquennat,
23:07c'est est-ce qu'il aura réussi
23:08à protéger les Français ?
23:09Et les hésitations,
23:10les errements
23:11n'aident pas à l'efficacité
23:12et à cet égard-là,
23:14oui,
23:14ça peut avoir
23:15un impact très lourd
23:16pour la fin du quinquennat.
23:25Merci à Zoé Lovresse,
23:26David Ducan
23:27et Damien Delseni.
23:28Je précise que
23:29ces entretiens
23:30ont été enregistrés
23:31le vendredi 27 novembre.
23:33Code Source
23:34est le podcast
23:35d'actualité du Parisien
23:36disponible chaque soir
23:37du lundi au vendredi.
23:38Cet épisode a été produit
23:40par Marion Bottorel
23:41et Thibaut Lambert,
23:42réalisation Julien Moncouquiol.
23:44Si vous aimez Code Source,
23:45n'hésitez pas à en parler
23:46sur les réseaux
23:47ou à vos amis,
23:48à laisser des petites étoiles
23:50sur votre application
23:50de podcast.
23:51N'oubliez pas de vous abonner
23:53pour ne rater aucun épisode.
23:55Et puis pour vos retours,
23:56vos questions,
23:57vous pouvez nous écrire
23:57codesourceatleparisien.fr
24:00et puis pour vos retours.
24:10Sous-titrage Société Radio-Canada
24:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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