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Le Pr Guillaume Canaud a trouvé une molécule permettant de réduire les malformations provoquées par cette pathologie. Aujourd’hui ce traitement offre une nouvelle vie à des milliers de patients, en France et aux Etats-Unis. Pour Code source, Florence Méréo, journaliste santé au Parisien, raconte l’histoire de cette découverte médicale.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#maladie

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le syndrome de Clove est une maladie génétique rare.
00:15Elle provoque dès l'enfance des malformations importantes, handicapantes,
00:19pouvant mettre en péril la vie des personnes touchées.
00:22À Paris, à l'hôpital Necker, un médecin, Guillaume Canot,
00:25a trouvé en 2016 une molécule permettant de réduire les malformations.
00:30Et aujourd'hui, ce traitement offre une nouvelle vie à des milliers de patients en France et aux Etats-Unis.
00:36Le 15 décembre 2022, Guillaume Canot a reçu un prestigieux prix scientifique, le prix Gallien.
00:42Le 27 janvier, le Parisien a consacré à ce sujet un long reportage.
00:46Son autrice est dans Codesources aujourd'hui, Florence Méréo, spécialiste santé au sein du service futur du Parisien.
01:00Florence Méréo, le mercredi 25 janvier, vous êtes à l'hôpital Necker, à Paris, dans le bureau du médecin Guillaume
01:06Canot.
01:07Décrivez-nous d'abord les lieux et qui est Guillaume Canot en quelques mots.
01:11C'est un bureau qui est situé dans une aile de l'hôpital Necker.
01:15C'est un hôpital très réputé.
01:17On dit que c'est le temple de la pédiatrie en France.
01:19Et dans le bureau, qui est donc juste à côté de son laboratoire de recherche, on voit au mur différents
01:26cadres avec des prix, de nombreux prix scientifiques accrochés.
01:31Des photos de lui qui reçoit des prix.
01:34Juste à côté, il y a son laboratoire où il y a déjà plusieurs personnes qui travaillent.
01:39Et ensuite, il va aller recevoir une dizaine de patients.
01:42Guillaume Canot, c'est un médecin dont on dit qu'il a d'ores et déjà radicalement changé la vie
01:47de ses patients.
01:48Il a révolutionné la prise en charge d'une maladie rare.
01:55Guillaume Canot a 45 ans.
01:57Il est brun aux yeux bleus.
01:58Il a quatre enfants, fils de médecin.
02:00Il a grandi à Montpellier dans l'Hérault.
02:02Avant d'être un médecin reconnu en France et à l'étranger, il n'a pas toujours été brillant.
02:07Au lycée notamment, il avait du mal à travailler.
02:09Oui, son père est néphrologue.
02:12Sa mère est anesthésiste en pédiatrie.
02:14Il va un peu prendre le contre-pied de ses parents à ce moment-là.
02:19Donc, il nous raconte qu'il est plus intéressé par les sorties que par le travail.
02:24Il sort beaucoup, il s'amuse.
02:27Et là, vient le bac blanc et il a un 8 sur 20 au bac blanc.
02:31Il va être chambré par le père d'un de ses amis qui va dire,
02:36« Oh, mais de toute façon, Guillaume, ça ne m'étonne pas, c'est toujours comme ça. »
02:39Et là, Guillaume Canot est un peu piqué au vif.
02:42Il se dit qu'il n'a pas envie d'être considéré comme le cancre, celui dont on se moque.
02:46Et il va se mettre à travailler.
02:49Il va se lancer dans les études de médecine qui va réussir brillamment.
02:53Au départ, il est néphrologue, donc comme son père,
02:56c'est-à-dire qu'il est spécialiste des reins et de ses pathologies.
02:59Mais sa vie bascule en septembre 2015,
03:01quand l'un de ses patients, un jeune homme de 26 ans, prénommé Emmanuel, vient le voir.
03:06D'abord, de quoi souffre Emmanuel ?
03:08Emmanuel, il souffre d'un syndrome dit de Clove.
03:12C'est une maladie génétique qui se manifeste par des excroissances,
03:16c'est-à-dire comme des tumeurs graisseuses qui peuvent apparaître sur les membres ou sur le visage.
03:22C'est des déformations.
03:24Emmanuel, lui, il est ingénieur dans l'aéronautique.
03:27Il souffre d'une hypertrophie de la jambe gauche.
03:30Il a une scoliose.
03:31Il a des malformations des vaisseaux.
03:34Et il est en fauteuil roulant.
03:35Guillaume Canot le voit parce qu'en fait,
03:38les excroissances compressent les reins d'Emmanuel.
03:41Donc, il faut un avis vraiment de néphrologue.
03:44À ce moment-là, Guillaume Canot ne connaît pas le syndrome de Clove.
03:47Que se dit Guillaume Canot après avoir reçu Emmanuel,
03:50qui souffre donc de ces malformations ?
03:52En poussant les examens, il se rend compte qu'Emmanuel est atteint d'une mutation génétique.
03:58Il a un gène qui dysfonctionne et qui fait pousser ses cellules de manière totalement anarchique.
04:04Donc, ça grossit, ça grossit.
04:05Ce gène, il s'appelle PIC3CA.
04:08Vous, moi, on a PIC3CA.
04:09Mais dans le syndrome de Clove, il dysfonctionne totalement.
04:12Et là, il se dit quoi, Guillaume Canot ?
04:14Comme il fait également beaucoup de recherches scientifiques,
04:17il sait que ce gène, il est également impliqué dans certains cancers,
04:21notamment le cancer du sein.
04:23Et là, il se dit, mais quand même, il doit bien exister un médicament
04:26pour bloquer ce gène, pour le faire taire.
04:28Et là, ça commence à devenir une espèce d'obsession pour lui.
04:31Il faut bien se dire qu'il a face à lui des patients avec une maladie extrêmement handicapante
04:35dont le pronostic vital est engagé.
04:40Et à partir de là, Guillaume Canot cherche une molécule
04:42qui pourrait bloquer ce gène PIC3CA.
04:45Oui, il commence à chercher.
04:47Moi, il me montre des documents de l'époque
04:49où il référençait tout ce qui pouvait exister sur le marché,
04:52tout ce qui pouvait avoir des effets secondaires ou non,
04:55tout ce qui bloquait spécifiquement le gène.
04:56Il fait le tour des laboratoires.
04:59Et là, bingo, il voit que le laboratoire suisse Novertis
05:02est en train de développer une molécule spécifiquement
05:05pour bloquer ce gène PIC3CA.
05:08Et il va les appeler pour prendre contact avec eux.
05:10Et là, commence de longues négociations avec Novertis.
05:13Oui, parce que pour le laboratoire, l'enjeu est énorme.
05:16Le médicament qu'ils développent, ils le développent dans le cadre du cancer du sein.
05:20S'ils acceptent de donner le médicament et que ça se passe mal,
05:23ça peut tout faire capoter.
05:24Et l'essai en cancérologie,
05:26et évidemment, les essais dans le cadre du traitement de clove.
05:30Donc, c'est une grosse responsabilité pour le médecin et pour le laboratoire.
05:33Il y a énormément de discussions entre eux.
05:35Le laboratoire accepte.
05:37L'agence du médicament est convaincue également de l'intérêt que peut apporter la molécule.
05:42Et là, ça y est, l'autorisation est donnée.
05:44Au mois de janvier 2016, l'ingénieur qui souffre du syndrome de clove, Emmanuel,
05:48commence son traitement avec ce médicament.
05:50Et les résultats sont spectaculaires.
05:53Bien au-delà de ce que tout le monde avait pu imaginer,
05:57les excroissances arrêtent de grossir.
05:59Mais en plus, elle se rétracte.
06:01Emmanuel va perdre en tout 35 kg,
06:04uniquement dû à ses excroissances.
06:07Son thorax n'est plus comprimé, sa moelle épinière n'est plus comprimée.
06:10Cette molécule s'appelle l'alpélisible.
06:13Sans entrer dans des détails trop techniques, Florence Méréo,
06:15que permet ce médicament face à la maladie de clove ?
06:19Elle va tout simplement bloquer le gène,
06:21le fameux PIC3CA dont on se parlait.
06:24Elle va empêcher les cellules de grossir.
06:26Et en plus, elle va permettre de faire fondre les tumeurs graisseuses.
06:31Il y a évidemment l'aspect esthétique et social qui est très important.
06:34Mais surtout, il y a un aspect fonctionnel.
06:36C'est des vessies qui ne sont plus comprimées,
06:38des thorax qui ne sont plus comprimés,
06:39le cœur qui est libéré.
06:41C'est absolument exceptionnel.
06:47Florence Méréo, début juin 2018.
06:49Vous entendez parler de Guillaume Canot
06:51et de ses travaux sur la maladie de clove.
06:53Vous le rencontrez une première fois et vous faites un premier papier sur lui,
06:57dans Le Parisien, qui paraît le 13 juin 2018.
07:00La même année, en 2018, une petite fille originaire de Saint-Martin,
07:04dans les Antilles françaises, prénommée Achantie,
07:07commence ce traitement.
07:09Oui, à ce moment-là, Achantie, elle est en fauteuil roulant.
07:12Ça fait déjà deux ans qu'elle est hospitalisée nuit et jour,
07:16dans un hôpital du Val-de-Marne,
07:18parce qu'elle a une masse,
07:20enfin même deux masses, en bas et en haut du dos,
07:22qui la comprime totalement.
07:24Donc, elle porte un corset.
07:25Elle est donc paraplégique.
07:27Elle ne marche plus.
07:28Sa maman, qui a donc quitté les Antilles
07:30pour évidemment être à ses côtés,
07:33travaille très tôt le matin
07:34et vient la voir dès qu'elle sort du travail.
07:36Tous les soirs, elle lui masse les jambes
07:38et Achantie, qui est une petite fille
07:40pleine de vie, arrête pas de lui demander
07:42« Mais maman, est-ce que je remarcherai un jour ? »
07:44Quand vous publiez ce premier papier sur Guillaume Canot
07:47dans Le Parisien en 2018,
07:49il soigne à ce moment-là 19 malades.
07:52Le temps et les années passent
07:54et un jour, en 2022,
07:55quelqu'un vous reparle de Guillaume Canot.
07:57Oui, c'est l'ancien directeur des hôpitaux de Paris,
08:00Martin Hirsch,
08:02qui me dit au cours d'une conversation totalement informelle
08:05« Mais vous savez, il y a un chercheur
08:07que vous devriez vraiment avoir,
08:09en gros, dans le viseur,
08:10c'est Guillaume Canot.
08:11Regardez, ses travaux vont forcément
08:13un jour faire parler d'eux.
08:15La conversation se termine
08:16et ça reste dans un coin de ma tête. »
08:18Vous reprenez contact avec Guillaume Canot
08:19et première chose,
08:20il a abandonné sa spécialité d'origine.
08:22Il m'explique que
08:23depuis notre première rencontre en 2018,
08:26finalement, sa vie a totalement changé.
08:28Qu'il a abandonné sa spécialité de néphrologue.
08:31D'ailleurs, il me dit
08:32« Je ne sais même plus comment me qualifier,
08:34je ne suis plus néphrologue,
08:35je ne suis pas pédiatre. »
08:36Il dit « Je suis devenue une sorte
08:38de médecin généraliste des malformations. »
08:41Depuis 2018, il y a 4000 patients
08:43qui l'ont appelé d'Afghanistan,
08:46des Etats-Unis, du Canada,
08:47d'Amérique du Sud, d'Asie.
08:49Il a été submergé d'appels.
08:51Un hôpital de jour dédié à la maladie
08:54a ouvert à l'hôpital Necker.
08:56Il reçoit des petits patients tous les matins.
08:59Et il y a maintenant 19 chercheurs
09:01qui travaillent avec lui spécifiquement
09:03sur la maladie quand il n'était que 3 en 2015.
09:10Vous prenez des nouvelles d'Emmanuel,
09:12le premier patient à avoir été traité
09:14avec la molécule de Novartis.
09:15Il a aujourd'hui 31 ans.
09:17Qu'est-ce qu'il devient ?
09:18Alors, Emmanuel, il va bien.
09:20D'ailleurs, ils sont devenus amis
09:22avec Guillaume Canot.
09:23C'est un peu devenu la mascotte du service.
09:26C'est un peu le patient 1.
09:27C'est le patient par qui tout est devenu possible.
09:29Donc, ça a créé un lien
09:31vraiment très particulier entre eux.
09:32Donc, Emmanuel, il va bien.
09:34Il travaille.
09:35Et Guillaume Canot me dit
09:37« Ok, j'ai peut-être changé la vie d'Emmanuel,
09:40mais Emmanuel, il a complètement bouleversé la mienne. »
09:43Vous contactez aussi la mère de la petite Achanty
09:45dont on a parlé.
09:46Vous allez chez elle, dans leur appartement,
09:49à Villiers-sur-Marne, dans le Val-de-Marne.
09:51Elle est comment d'abord, aujourd'hui, à Achanty ?
09:53Achanty, elle a 9 ans.
09:55C'est une petite fille vraiment adorable.
09:57Elle a les cheveux tressés.
09:59Elle est pleine de vie.
10:01Elle n'est plus en fauteuil roulant.
10:03Elle marche.
10:04Elle vient m'ouvrir la porte.
10:06À un moment donné, elle me dit
10:07« Regarde, ça, ce sont mes voitures. »
10:09Donc, je me retourne.
10:10Je vois son vélo, ses rollers, sa trottinette.
10:14Elle m'explique qu'elle danse la salsa avec sa maman.
10:18Elle me montre les photos où elle est en fauteuil roulant.
10:20Et maintenant, elle me montre qu'elle va super bien.
10:22C'est une petite fille de CM1 qui vit une vie quasiment normale.
10:27Et comment son état a évolué ces dernières années ?
10:30Alors, après la prise de ce traitement,
10:31donc un simple petit comprimé rose,
10:34les masses qui la bloquaient ont fondu.
10:37Donc, elle a pu remarcher.
10:39Le jour où je la vois, là, ce dimanche-là,
10:42elle porte un pull col roulé ample.
10:44Mais elle me montre qu'elle a encore des petites masses,
10:47mais absolument rien à voir avec les masses précédentes.
10:50Elle a aussi encore une masse qui lui opprime un petit peu le pied.
10:54Et elle dit, quand elle va à la piscine avec ses copains,
10:57ils lui disent « Mais Achanty, qu'est-ce que t'as sur le pied ? »
11:00Et elle leur répond « Ah, mais je suis née comme ça, c'est comme ça, c'est moi. »
11:04Florence Méréo, vous préparez donc un long dossier pour le Parisien.
11:07Du coup, vous vous échangez avec une autre femme concernée.
11:10Elle s'appelle Nora.
11:11Elle a 36 ans.
11:12Elle vit près de Denain, dans le Nord.
11:14Et quand elle était enceinte au septième mois,
11:16l'échographie a révélé une anomalie sur le bébé qu'elle portait.
11:20Oui, Nora m'explique qu'elle-même,
11:23elle voit à l'écran d'immenses taches noires
11:26qui recouvrent les jambes du bébé qu'elle porte.
11:29Elle dit clairement que le ciel lui tombe sur la tête.
11:32Un médecin pense qu'en fait, c'est des anomalies du sang,
11:35qu'il va mourir à la fin de la grossesse ou qu'il sera mort-né.
11:39Et donc là, on va lui proposer un avortement thérapeutique.
11:42Mais Nora demande un deuxième avis à une autre professionnelle.
11:45Oui, à Lille, elle voit une autre médecin,
11:48qu'elle appelle d'ailleurs son ange,
11:50puisque la médecin lui dit,
11:51bon, non, votre enfant va vivre.
11:54Elle aura probablement un syndrome qui s'appelle le syndrome de Clove.
11:57Mais vous savez, à Necker, un médecin est en train de développer un traitement.
12:01Sa fille, Joséphine, née début octobre 2019.
12:04Comment est ce petit bébé à la naissance ?
12:07Joséphine, en fait, elle a la jambe droite,
12:09quatre fois plus grosse que la jambe gauche.
12:12Sa maman m'explique que c'est ces termes qu'elle a des boules à la place des orteils.
12:17Le pied gauche est déformé et elle a aussi plusieurs doigts qui sont rétractés.
12:23Les neuf premiers mois sont véritablement un enfer pour la petite fille
12:27puisqu'elle va faire six graves infections.
12:30En fait, ses orteils sont tellement collés
12:32que ça provoque des infections qui remontent le long des jambes.
12:35Elle est hospitalisée par tranche de 15 jours.
12:38C'est très, très lourd.
12:39Elle souffre beaucoup à tel point qu'un jour, sa maman supplie littéralement les médecins
12:43et leur dit « mais il faut l'amputer, ce n'est plus possible ».
12:46Et Nora va espérer pouvoir donner à sa fille la molécule de Novartis.
12:50Oui, parce qu'elle sait que cette molécule existe.
12:52Sauf que Guillaume Canot, qu'elle a eu à plusieurs reprises, a été clair.
12:56Le traitement, à l'instant T, il n'est que pour les enfants de plus de deux ans.
13:01Joséphine, elle n'a pas l'âge pour recevoir le traitement.
13:03Un jour, le samedi 13 juin 2020, le jour du baptême de Joséphine,
13:08Nora, la maman, reçoit un mail.
13:09Elle est sortie de l'hôpital quelques jours plus tôt.
13:13Elle va faire baptiser sa fille.
13:15Et là, dans la voiture, le portable sonne.
13:17C'est un mail de Guillaume Canot qui lui dit « rappelez-moi, j'ai une bonne nouvelle ».
13:21Il lui dit « Joséphine va pouvoir avoir la molécule ».
13:24Vu la gravité de la situation, il a réussi à obtenir les autorisations pour traiter Joséphine.
13:30Ce sera le premier nourrisson au monde à recevoir la molécule.
13:35Les résultats sont assez incroyables.
13:37Quasiment immédiatement, Nora, la maman de Joséphine, m'explique que la couleur violette qui recouvrait la jambe de Joséphine s
13:44'estompe, que les masses fondent.
13:46Moi, j'ai vu les photos avant-après.
13:48C'est impressionnant.
13:49Avant, on voit vraiment un corps et notamment sur les jambes déformées avec vraiment des masses qui sont spectaculaires.
13:55Et ensuite, c'est une enfant dont on voit encore des petites masses, on voit que les pieds sont déformés,
13:59mais ça n'a plus rien à voir.
14:01D'ailleurs, la maman le dit, quand ma fille est nue, la maladie se voit, à la différence près qu
14:05'elle ne la fait plus du tout souffrir.
14:12D'un mot, Florence Méréo, ce traitement bloque la maladie, mais il ne guérit pas, c'est ça ?
14:17Oui, il ne guérit pas, il met la maladie sur pause.
14:20D'ailleurs, le médecin m'expliquait qu'il a eu une patiente qui recevait le traitement, qui pareil, est en
14:25fauteuil roulant, qui avait pu remarcher.
14:28Elle a eu une grossesse, donc ils ont stoppé le traitement pendant la grossesse pour ne pas qu'il y
14:31ait de répercussions sur le bébé à naître.
14:34Et quelques semaines après, elle a été de nouveau en fauteuil roulant.
14:37Elle a mené sa grossesse.
14:39Après son accouchement, elle a repris le traitement et elle a de nouveau pu se lever.
14:43Au mois de février 2022, des agents américains, des agents de la FDA, la Food and Drug Administration, l'agence
14:49américaine du médicament,
14:51viennent dans le laboratoire de Guillaume Canot à Paris, à Necker.
14:54Oui, il y a eu plusieurs contacts entre les Etats-Unis et Guillaume Canot.
14:59Lui-même est allé plusieurs fois aux Etats-Unis.
15:00Et là, cette fois, c'est la FDA qui vient à Necker.
15:03Dès le premier jour, il pose une plaque sur le bureau, un peu comme le FBI, en disant
15:07« Voilà, si vous nous mentez, c'est comme si vous mentez au gouvernement américain. »
15:12Dix jours d'inspection intense, ils viennent très tôt le matin, ils restent très tard le soir,
15:16ils regardent toutes les photos des patients, toute leur identité, ils reprennent tous les examens médicaux.
15:21Ils vont même jusqu'à prendre les températures, dans le laboratoire, à la pharmacie.
15:26En fait, ils cherchent s'il y a un loup, s'il y a quelque chose qui ne serait pas
15:29vrai,
15:30puisque l'enjeu est énorme, c'est l'approbation d'un médicament.
15:33Trois mois plus tard, en avril 2022, la FDA rend sa décision.
15:37Oui, Guillaume Canot reçoit un premier courrier, qui est d'ailleurs affiché dans son bureau,
15:42qui dit qu'il n'y a aucune anomalie dans son laboratoire.
15:44Et quelques jours après, un mail qui lui indique un peu par anticipation que le lendemain,
15:49le médicament va être approuvé aux Etats-Unis.
15:52Ça y est, une autorisation de mise sur le marché est accordée.
15:58En France, ce médicament va bientôt être mis sur le marché ?
16:00Oui, le laboratoire Novartis m'indique qu'ils ont demandé une autorisation de mise sur le marché,
16:06qu'ils espèrent l'avoir d'ici fin 2023.
16:09Il faut quand même savoir que pour ce type de maladie, c'est extrêmement rare que ce soit aussi rapide.
16:14En moins de 4 ans, ils auront réussi à avoir des autorisations de mise sur le marché.
16:18C'est assez exceptionnel.
16:20On sait si cette molécule va pouvoir aussi être utilisée contre les cancers du sein ?
16:23Oui, alors cette molécule, effectivement, initialement conçue pour le gène impliqué dans le cancer du sein,
16:30a été approuvée dans le cadre du cancer du sein.
16:32Mais, un petit peu ironie de l'histoire, la Haute Autorité de Santé a estimé en France
16:37que dans cette indication, le service rendu n'était pas assez probant
16:41pour autoriser un remboursement vraiment dans les cancers du sein.
16:45Par contre, aux Etats-Unis, le médicament, il est en pratique dans le cancer du sein.
16:48Et donc là, il y a la double autorisation, cancer du sein et syndrome de clauve.
16:53Au mois de décembre, Florence Méreau, le jeudi 15 décembre,
16:56Guillaume Canot reçoit un prix prestigieux.
16:59Le prix Gallien, qui est un prix qui honore la rigueur et la recherche scientifique,
17:06c'est un prix qui, pour lui, est important parce qu'en fait,
17:09ça va surtout permettre de remettre un coup de projecteur sur la pathologie.
17:12Et plus on en parle, mieux c'est pour obtenir des financements et pousser la recherche.
17:16Le 25 janvier, Florence Méreau, vous passez la journée avec Guillaume Canot à l'hôpital Necker
17:21et le matin, il reçoit des patients dans un cabinet de consultation à l'hôpital.
17:25Et là, vous voyez une dizaine de patients et leurs familles
17:28et vous assistez à l'annonce d'une bonne nouvelle pour l'une de ces familles.
17:32Oui, pour la famille du petit Lenzo, qui est venu d'Angers spécifiquement pour voir le professeur.
17:38Lenzo, il a 22 mois.
17:39Il a un syndrome de clauve qui lui atteint le pied, les cuisses, la fesse.
17:45Ses parents m'expliquent qu'il a énormément de saignements,
17:47que chaque couche ressort rouge.
17:50Donc sa maman, Ophélie, et son papa Thibaut, ils savent très bien que le traitement existe.
17:55Ils espèrent pouvoir en bénéficier, mais ils pensent que ça va arriver d'ici quelques mois.
17:59Sauf que Guillaume Canot sort une ordonnance et leur dit
18:02« ça y est, on commence ce soir ».
18:05Là, évidemment, il y a Ophélie, la maman, qui se met à pleurer.
18:10Elle s'excuse, elle dit « excusez-moi, je suis tellement surprise ».
18:12Elle est absolument ravie, il y a Thibaut qui lui attrape la main, c'est un grand moment d'émotion.
18:18La maman dit à Lenzo « Zouzou, on va avoir un médicament pour toi ».
18:22Alors lui, c'est un petit garçon de 22 mois, lui il répond qu'il veut surtout manger un pancake.
18:26Donc tout le monde rigole, c'est très joyeux.
18:28Et pour les parents, évidemment, ça représente un espoir dingue, probablement le début d'une nouvelle vie.
18:46Merci Florence Méréo.
18:48Vos articles sur le sujet sont à retrouver sur leparisien.fr.
18:52Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
18:56N'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode.
18:59Vous pouvez nous écrire pour nous faire vos retours.
19:05Cet épisode de Code Source a été produit par Raphaël Pueillot et Thibaut Lambert.
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19:22avec l'expertise de Damien Delsenis, le chef du service police-justice du Parisien.
19:27Crime Story est disponible sur toutes les plateformes.
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