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Le 22 octobre 2020, Élise a accompagné une dernière fois ses parents à l’hôpital, atteints tous les deux de maladies incurables. Pour Code source, elle raconte comment ils ont eu recours à l’euthanasie, ensemble, en Belgique.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#témoignage #maladie

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La question de la fin de vie est étudiée depuis le mois de décembre par 180 citoyens tirés au sort.
00:18Cette convention citoyenne a jusqu'au mois de mars pour travailler et pour dire si elle estime nécessaire un changement
00:24de la loi.
00:25Cet avis ne sera que consultatif, le gouvernement ne sera pas obligé de le suivre.
00:30Nous avions déjà consacré un épisode de Codesource en octobre 2022 au débat sur l'euthanasie qui dure depuis deux
00:36décennies en France.
00:37Aujourd'hui, nous vous proposons un témoignage sur ce sujet.
00:41Une femme, Élise, qui a aidé ses deux parents à bénéficier d'une euthanasie en Belgique.
00:46Ils étaient tous les deux condamnés par des cancers en phase terminale.
00:50Elle leur a dit au revoir le même jour.
00:53Élise témoigne dans Codesource au micro d'Ambre Rosala.
01:07Élise a 46 ans et elle habite à Lille où elle est enseignante, avec son mari et ses deux fils
01:12de 15 et 6 ans.
01:13Je la rencontre chez elle, nous nous installons dans son salon, puis elle me raconte comment ses parents, Paul et
01:18Maïté, se sont rencontrés en 1959 alors qu'ils étaient tous les deux en classe préparatoire dans le même lycée.
01:25C'était mignon parce que mon père, 30 années après, il racontait encore la première fois qu'il avait vu
01:30ma mère traverser la cour du lycée pour aller en prépa.
01:34Elle était dans les petites nouvelles.
01:35Puis ma mère était très myope.
01:37Donc comme elle avait fait sa coquette, elle n'avait pas mis de lunettes.
01:39Et donc il avait vu cette fille qui ne savait pas trop où elle allait.
01:42Et il racontait toujours qu'il avait eu une sorte de coup de foudre pour cette jolie femme.
01:46Et c'est vrai que ma mère était une assez belle femme.
01:48Donc c'était d'abord un coup de foudre comme ça.
01:51Et puis ensuite, après, je pense qu'il y a eu une vraie complicité intellectuelle qui s'est installée entre
01:54eux, en fait.
01:56Paul a deux ans de plus que Maïté.
01:58Elle devient professeure de latin et de grec dans un lycée.
02:01Lui travaille dans l'aviation civile.
02:03Ils sont très complices et ils se marient deux ans après leur rencontre.
02:07Paul est muté à Bruxelles au début des années 70 et le couple s'installe là-bas.
02:11Élise naît donc en Belgique en 1976.
02:14Elle est fille unique et elle grandit dans un milieu assez confortable.
02:18Il y a des règles assez strictes à la maison,
02:20mais toujours beaucoup de dialogues entre l'adolescente et ses parents.
02:24Mon père était très calme, hyper tolérant.
02:27Je trouvais qu'il était ultra moderne pour son temps, en fait.
02:31Il laissait une grande liberté à ma mère.
02:33Ils étaient tout le temps dans la conciliation.
02:36Il n'y avait jamais de rapport de force et de domination.
02:38Donc ça, c'était quelque chose qui pouvait le caractériser.
02:41Et ma mère, au contraire, elle, c'était un peu la romanesque,
02:44mais je pense qu'elle vivait dans ses livres aussi.
02:47Donc, un peu fantasque.
02:49Et tous les deux étaient très drôles.
02:50Donc, ça donnait des gens plutôt aussi ouverts sur le monde,
02:54qui avaient beaucoup d'amis très différents les uns des autres.
02:57Ils formaient en fait une sorte de duo où on pouvait dire des choses à ma mère,
03:00des choses à mon père,
03:01des conseils de l'un, des conseils de l'autre.
03:03Ça se complétait très bien.
03:06En 1994, quand elle a 18 ans,
03:08Élise part s'installer à Paris pour faire ses études.
03:11Deux ans plus tard, sa grand-mère maternelle tombe malade d'un cancer généralisé.
03:16Maïté la prend chez elle pour s'en occuper
03:18et quand elle rend visite à ses parents,
03:20Élise voit l'état de sa grand-mère se dégrader jusqu'à sa mort.
03:23Quand elle a 25 ans,
03:25on détecte chez son oncle, le frère de Maïté,
03:28un cancer des poumons et de la langue.
03:29Il s'installe à son tour chez Paul et Maïté
03:32et Élise vient les aider à s'en occuper.
03:34Je me suis retrouvée à aller chercher des médicaments à la pharmacie,
03:39prescrits par le médecin,
03:41avec un pharmacien qui vous dit
03:42« Ah ben là, c'est pour quelqu'un qui va mourir ».
03:44Et en fait, on se rend compte que
03:46quelque part, on est en train de faciliter peut-être la sortie.
03:50Donc, c'est vrai que
03:52là, je l'ai vraiment vu mourir sous mes yeux.
03:55En une journée, on lui a mis des patchs de morphine très forts
03:58et en une journée, il était mort.
04:01Et ça, c'était quelque chose de difficile
04:03parce que je me souviens que
04:04déjà, quand on a 25 ans,
04:06on n'est pas forcément un peu préparé à ça.
04:08Il y avait eu ma grand-mère avant,
04:09donc je savais un peu, mais quand même.
04:12Très vite, déjà,
04:14on a été nous confrontés à cette idée
04:16que quand on a une fin de vie
04:18dans des souffrances terribles,
04:20on peut donner un petit coup de pouce.
04:22Dans notre famille, ça a engagé beaucoup de discussions.
04:26Élise et ses parents commencent à discuter
04:27de la question de la fin de vie.
04:29Paul et Maïté décident d'adhérer à l'ADMD,
04:31l'Association pour le droit de mourir dans la dignité,
04:34alors que l'euthanasie vient tout juste, en 2002,
04:37d'être dépénalisé dans certaines conditions en Belgique.
04:40Il rédige alors une déclaration anticipée.
04:43C'est un document qui leur permet d'indiquer
04:45qu'ils souhaitent avoir recours à l'euthanasie
04:47en cas de situation médicale sans issue,
04:50si jamais un jour ils se retrouvent
04:51dans l'incapacité d'exprimer leur volonté.
04:54Ce document doit être également signé par un témoin
04:57et Paul et Maïté demandent alors à Élise,
04:59qui a 26 ans.
05:00Elle devra donc s'assurer du respect de leur volonté
05:03si jamais il leur arrive quelque chose.
05:08Je me souviens que la première fois,
05:09mon père, on était à l'apéro,
05:10et puis mon père, il me sort un petit papier,
05:12il me dit « Ah oui, au fait, tu sais,
05:14cette histoire de fin de vie,
05:15on a besoin d'un témoin,
05:17on en a déjà parlé ensemble,
05:18est-ce que t'es ok pour signer ? »
05:20Puis en fait, de façon naturelle,
05:22j'ai dit « Ben oui, oui, pas de problème »,
05:23puis j'ai signé sur un coin de table.
05:26Ce document se renouvelle tous les 5 ou 10 ans,
05:28je ne sais plus.
05:29Et donc la fois d'après,
05:31j'ai dit « Bon, on ne va pas faire ça rapido,
05:34je voudrais qu'on en parle quand même. »
05:36Et donc là, on en a reparlé
05:37de façon un peu plus conséquente.
05:40Et là, j'ai vraiment signé
05:41en leur montrant que je savais pourquoi je signais.
05:44Pour moi, ça me permettait d'intérioriser
05:46peut-être l'éventualité,
05:48parce que je pense que pour un enfant,
05:49c'est difficile de réaliser
05:51que ses parents sont mortels.
05:54Je pense que moi, ça me préparait
05:55un peu mentalement aussi.
05:57Maïté a un cancer du sein
05:58peu de temps après,
05:59mais elle est soignée assez rapidement.
06:01Puis on lui découvre un cancer du rein
06:03et elle s'en remet également.
06:05Élise devient enseignante
06:06et avec son compagnon
06:07qu'elle a rencontré à Paris,
06:09il décide de s'installer à Lille,
06:10dans le Nord.
06:11Ils ont un premier fils en 2007
06:13et Élise tombe à nouveau enceinte
06:14d'un petit garçon en 2015.
06:17Quand je suis tombée enceinte
06:19de mon deuxième enfant,
06:20elle a été faire son dernier contrôle
06:2215 ans après la rémission
06:23de son cancer du sein,
06:24auprès de l'oncologue,
06:26à ce propos-là.
06:27Elle pensait être tranquille
06:28et en fait, là, ils ont découvert
06:29que son cancer du sein
06:31avait redémarré
06:33et s'était transformé,
06:34comme c'est souvent le cas,
06:35en cancer des os.
06:37Et donc, elle a eu le diagnostic
06:38quand je pense que j'étais enceinte
06:39de 4 mois.
06:41En fait, elle ne m'a rien dit.
06:42Elle m'a laissé faire ma grossesse
06:44tranquillement
06:44parce que ça avait été
06:46un peu compliqué.
06:47Et quand mon deuxième
06:48a eu à peu près 6 mois,
06:50elle me l'a dit
06:50parce qu'elle est entrée
06:51dans des nouveaux traitements.
06:53Puis bon, le cancer des os,
06:54on sait ce que c'est.
06:55C'est quand même pas
06:57le cancer qui se soigne.
06:58Et puis, les médecins
07:00n'étaient pas hyper confiants.
07:04J'ai regardé un peu
07:05tout ça avec elle.
07:07On a regardé
07:08chez qui elle allait
07:09se faire soigner.
07:10Et elle a accepté
07:11énormément de traitements
07:12expérimentaux
07:13en plus d'une chimio traditionnelle.
07:16On est resté assez confiants.
07:18Je pense que le fait aussi
07:19d'avoir un nouveau petit enfant,
07:20ça a aidé aussi son moral.
07:22elle avait besoin
07:23de se mettre dans une idée
07:25qu'elle allait continuer
07:26à vivre.
07:27Elle était même parfois
07:28un peu inconsciente.
07:29Moi, je la voyais jouer
07:30avec le plus grand.
07:32Elle jouait facilement
07:33à la balle avec lui.
07:34Et je lui disais toujours
07:34« Mais maman,
07:35si tu tombes
07:36et que tu te casses
07:36un os, c'est fini. »
07:38Et elle me disait
07:38« C'est bon,
07:39il faut quand même vivre. »
07:40Elle avait quand même
07:41une forte pulsion de vie.
07:43En 2019,
07:44Maïté demande à Paul
07:45de faire des examens
07:46parce qu'elle trouve
07:47qu'il a mauvaise mine.
07:48Et le 30 septembre 2019,
07:50le jour de ses 80 ans,
07:52Paul apprend
07:52qu'il est lui aussi malade.
07:54D'un seul coup,
07:55en fait,
07:56on apprend
07:56qu'il a une leucémie aiguë.
07:59Et donc,
08:00il est rentré à l'hôpital
08:01le 30 septembre,
08:02enfin le jour
08:03de son anniversaire.
08:04Et là,
08:04ils ont commencé
08:05à faire des transfusions
08:06sanguines
08:06de manière accélérée
08:08pour enrayer
08:09la leucémie rapidement.
08:11Le diagnostic
08:11a été posé ultra vite
08:13et on a donné quasiment
08:14à mon père
08:15une espérance de vie
08:15de six mois.
08:18C'était un choc.
08:21Ma mère,
08:22qui m'appelle
08:22complètement désespérée
08:24et qui me dit
08:25« C'est pas possible,
08:26il peut pas mourir avant moi,
08:27c'est pas prévu comme ça. »
08:29Puis mon père
08:30va décider
08:31de pas se laisser faire,
08:32quoi,
08:33non plus.
08:34Il dit
08:34« Je vais faire
08:35tous les traitements possibles
08:36et imaginables. »
08:37Et donc,
08:37il accepte
08:38une chimio intensive
08:39que lui propose
08:40son médecin.
08:41et elle va fonctionner.
08:44La chimiothérapie
08:45fait reculer
08:45l'avancée
08:46de la leucémie de Paul.
08:47Mais le traitement
08:48le diminue
08:48de manière très impressionnante
08:50et il perd
08:50beaucoup de poids.
08:52Un jour,
08:52il chute gravement
08:53et perd toutes ses dents.
08:55Il doit désormais
08:56être nourri par une sonde
08:57et c'est très difficile
08:58à accepter pour lui.
09:00En février 2020,
09:02Paul développe
09:02une très forte fièvre.
09:03Comme les médecins
09:04soupçonnent un Covid
09:05qui vient tout juste
09:06d'arriver en France,
09:07il est hospitalisé
09:08et n'a pas le droit
09:09de voir ses proches.
09:11C'est finalement
09:11une pneumonie
09:12et il rentre chez lui
09:13quelques mois plus tard.
09:15Il a toujours
09:16toute sa tête
09:16mais il est très diminué
09:17physiquement.
09:19Et donc,
09:19il est rentré à la maison
09:20mais dans un état
09:21terrible.
09:23Il a fallu organiser
09:23toute la maison
09:24autour de sa maladie.
09:25Il s'est retrouvé
09:26dans un lit médicalisé
09:27avec une sonde gastrique.
09:29Il était vraiment
09:30très diminué.
09:31Ma mère avait
09:32de plus en plus
09:33de difficultés
09:33à soulager
09:35ses souffrances.
09:36Elle était
09:37complètement tordue
09:38de douleur.
09:39Elle s'était
09:40très affaissée
09:41parce que ses os
09:42étaient dans un état
09:43compliqué.
09:45Et donc,
09:45moi j'y étais
09:47deux fois par semaine
09:48minimum.
09:49Et puis,
09:49je voyais que ça
09:50devenait compliqué.
09:52Les médecins respectifs
09:53de Paul et Maïté
09:54estiment qu'il leur reste
09:56très peu de temps
09:56à vivre,
09:57quelques mois peut-être.
09:58Alors qu'Élise
09:59n'avait plus jamais parlé
10:00de la question
10:01de la fin de vie
10:01avec ses parents,
10:02il lui annonce
10:03qu'ils aimeraient
10:03mourir ensemble
10:04et être euthanasiés
10:05en même temps.
10:06C'est mon père
10:07qui a un peu
10:08pris les devants
10:08parce que je pense
10:09que lui se sentait
10:10un peu plus partir.
10:11Je pense qu'il était
10:11vraiment très fatigué.
10:13Il me dit
10:14j'aimerais,
10:15idéalement j'aimerais
10:16qu'on parte tous les deux
10:17dans notre lit,
10:18la main dans la main.
10:19Bon, ça a toujours été
10:20un grand romantique.
10:23Bon, c'est pas toujours
10:23simple à entendre.
10:25Assez vite,
10:26je lui ai dit
10:26écoute,
10:27j'ai aucun problème
10:28avec ce projet,
10:29au contraire.
10:29Je dis,
10:30effectivement,
10:31je pense que c'est
10:31ce qu'il y a de mieux
10:32pour vous deux.
10:33Mais il y a juste
10:34une chose que je te demande,
10:36c'est de ne pas faire ça
10:37à la maison.
10:38Pour moi,
10:39ce sera impossible
10:39de pouvoir vous accompagner
10:41en n'ayant pas
10:42d'encadrement médical.
10:44En Belgique,
10:45l'euthanasie est possible
10:47pour les personnes
10:47qui se trouvent
10:48dans une situation médicale
10:49sans issue
10:50et qui sont en pleine conscience
10:51pour exprimer leur volonté.
10:53Mais les médecins
10:54ont le droit
10:54de refuser de la pratiquer.
10:56Paul et Maïté
10:57demandent à leurs généralistes
10:58depuis 30 ans
10:59qu'ils refusent.
11:00Ils se tournent alors
11:01vers leurs oncologues
11:02respectifs
11:03qui les suivent
11:03à l'hôpital.
11:05La cancérologue de Maïté,
11:06qui n'a jamais pratiqué
11:07d'euthanasie,
11:08refuse elle aussi.
11:10Mais celle de Paul,
11:11elle,
11:11réfléchit à leurs demandes
11:12et les rappelle un jour
11:14où Élise est chez eux.
11:15Elle demande
11:16à me parler directement.
11:17Je la prends au téléphone
11:18et là,
11:18elle fait un truc
11:19que je pense
11:19que je ne pourrai jamais
11:20assez la remercier.
11:21Elle me dit,
11:22voilà,
11:22j'ai compris
11:23ce que vos parents veulent faire.
11:24Je vais être hyper directe.
11:26Votre père en a
11:26pour maximum 15 jours.
11:28Si on veut le faire,
11:29il faut le faire maintenant.
11:40Je me suis mise
11:41cette idée
11:42comme étant
11:42mon dernier cadeau
11:43à leur faire.
11:44Et du coup,
11:44c'était ma mission.
11:45Et donc,
11:46j'ai dit,
11:46mais est-ce que vous pouvez m'aider ?
11:47Elle me dit,
11:48mais moi,
11:48je ferai tout ce qu'il faut
11:49pour vous aider.
11:50Et elle me dit,
11:51on va essayer d'y arriver.
11:52On va mettre tout en place
11:54dans mon service
11:55pour pouvoir faire ça.
11:57Elle leur assure également
11:58qu'elle en parlera
11:59à la cancérologue de Maïté
12:00parce qu'ils doivent tous les deux
12:02avoir un médecin différent
12:03pour les accompagner.
12:04Et cette dernière
12:05finit par accepter à son tour.
12:07Paul et Maïté signent alors
12:08une déclaration manuscrite
12:09pour attester
12:10qu'ils sont en pleine conscience
12:11et en possession
12:12de tous leurs moyens
12:13pour prendre cette décision.
12:15Ils sont suivis par un psychologue
12:16et une commission
12:17examine leurs dossiers médicaux
12:19pour accepter ou non
12:20leur demande d'euthanasie.
12:21Le jeudi 15 octobre 2020,
12:24Élise est chez ses parents
12:25à Bruxelles.
12:25Elle apprend qu'ils vont
12:26être hospitalisés
12:27le lundi qui arrive
12:28pour les prendre en charge
12:30avant de savoir quand
12:31et s'ils pourront avoir
12:32recours à l'euthanasie.
12:34Mon mari, mes enfants
12:35sont venus le week-end.
12:37C'était un peu surréaliste.
12:39C'était pas du tout triste en fait.
12:41On a fait une raclette
12:42le samedi soir
12:43avec ma mère, quoi.
12:45Avec les enfants, tout ça.
12:46C'était presque gay, quoi.
12:48Bon, mon père ne pouvait pas manger
12:49parce qu'on lui était
12:50quand même très atteint.
12:52Mais il avait sa tête, hein.
12:53Donc il discutait encore
12:54avec nous.
12:55Voilà, il a réussi à nous dire
12:56« Ah, ça pue, votre truc. »
12:57Enfin, c'était pas du tout morbide en fait.
13:01Arrive le lundi matin
13:02où je me retrouve
13:04à emmener mon père
13:04puis ensuite ma mère
13:06et donc ils disent
13:07au revoir à mes enfants.
13:10Mon père, lui, était plutôt dans
13:12« C'est la fin de mes souffrances,
13:14c'est très bien.
13:15Et puis voilà, je vais perdurer
13:16dans vos discours,
13:17dans vos souvenirs, quoi. »
13:19Donc il avait pu dire
13:20ce qu'il voulait nous dire.
13:22Pour mon fils de 13 ans,
13:23c'était pas simple.
13:24Enfin, c'était difficile.
13:25Donc il a dit
13:26« Au revoir, fiston. »
13:27Et puis il est parti.
13:29Ça a complètement
13:30dédramatisé le truc.
13:31Ma mère, c'était plus compliqué.
13:33Mon fils, il s'est pas effondré.
13:36Pour lui, c'était bénéfique aussi
13:38de se retrouver
13:38à dire au revoir comme ça
13:40dans des conditions
13:40qui n'étaient pas
13:41des conditions
13:42physiquement dramatiques, quoi.
13:45Élise conduit ses parents
13:46à l'hôpital.
13:47Alors qu'ils ne dormaient plus
13:48dans la même pièce
13:48depuis des mois,
13:49Paul et Maïté décident
13:50de rapprocher
13:51leur deux lits médicalisés
13:52dans la chambre
13:53qu'ils partagent.
13:54Et le lendemain de leur arrivée,
13:56le mardi,
13:57les médecins viennent les voir.
13:59Ils étaient quatre médecins.
14:00Ça faisait deux médecins
14:01par personne, en fait.
14:02Et ils viennent me dire
14:03« En fait, c'est bon,
14:04le dossier est passé,
14:05donc vos parents
14:07pourront bénéficier
14:07d'une euthanasie
14:08jeudi à 13h. »
14:10Il y a eu un mélange
14:11chez moi de soulagement
14:13et puis de choc
14:14parce que je me suis dit
14:15« Waouh !
14:15Qui connaît l'heure
14:17de sa mort ? »
14:19C'est un truc de fou.
14:21Et en même temps,
14:22j'étais tellement contente.
14:23Je me suis dit
14:24« Waouh !
14:24C'est incroyable !
14:26On a réussi ! »
14:31La veille, le mercredi,
14:32Élise passe l'après-midi
14:33à discuter avec sa mère.
14:35Maïté appelle des amis
14:36et enregistre des messages
14:37pour ses petits-enfants
14:38sur le téléphone d'Élise.
14:40Paul, lui,
14:41ne parle presque plus
14:42à cause de la fatigue.
14:43Élise rentre chez ses parents
14:45pour la nuit
14:45et le matin du jeudi 22 octobre 2020,
14:48elle se rend à l'hôpital
14:49avec son mari.
14:51« Mon père avait été rasé de près.
14:55Il était dans son beau pyjama.
14:57On lui a dit bonjour.
14:59Il nous a vus.
15:00Il était content.
15:01Il nous a souri.
15:02Il a dit
15:02« C'est bien, c'est bien. »
15:04Mais bon,
15:04il était quand même très affaibli.
15:07Et puis, ma maman,
15:08elle avait été levée
15:09par son infirmière.
15:10Elle m'avait demandé.
15:11Elle était en train
15:12de se maquiller.
15:13Je lui avais ramené
15:14une jolie petite toilette,
15:15tout ça.
15:16Elle a enfilé tout ça.
15:17Donc, elle était toute belle.
15:19À partir de 11h,
15:2011h30,
15:21ils étaient installés
15:22dans leur lit.
15:23Voilà.
15:24Et les gens sont passés
15:26à leur dire
15:26des petits mots,
15:27tout ça.
15:29Et puis, maman,
15:30elle papotait.
15:30Elle racontait plein d'anecdotes.
15:32Et elle riait, en fait.
15:34Les médecins arrivent
15:34à 13h,
15:35guidés par la cancérologue
15:36de Paul
15:37qui a tout organisé.
15:38Elle est arrivée.
15:39En plus,
15:39c'est quelqu'un
15:40qui a la patate.
15:41Elle dit
15:42« Monsieur,
15:42on est là.
15:43C'est 13h. »
15:44Et là, mon père,
15:45qu'on n'avait pas entendu
15:45pendant des heures,
15:48il fait
15:48« Enfin ! »
15:49Comme ça,
15:50avec un air
15:50de soulagement.
15:52Et donc,
15:52tout le monde s'installe,
15:53etc.
15:55Et donc,
15:55là,
15:55il y a quand même
15:56des procédures.
15:57Il faut demander
15:57s'ils sont toujours d'accord.
15:59Il faut demander
15:59s'ils veulent toujours mourir.
16:01Et donc,
16:01mon père,
16:02oui.
16:02Et ma mère,
16:03oui.
16:04Et puis,
16:04évidemment,
16:04arrive le moment
16:05où est-ce que vous voulez
16:06dire quelques mots ?
16:08Et là,
16:09mon père,
16:09qui n'avait pas beaucoup parlé,
16:11il se met à prendre
16:11une voix un peu assurée
16:12et à dire merci,
16:13en fait.
16:15À dire qu'il avait
16:16une vie heureuse.
16:18Il s'est retourné vers moi
16:19et il m'a dit
16:19« Je crois qu'on s'est tout dit. »
16:21Et je dis
16:21« Oui,
16:22on s'est tout dit. »
16:23Et donc,
16:23ma mère,
16:24après,
16:24qui elle était
16:24un peu plus dans son...
16:27Elle a fait le clown.
16:28Elle dit « Mais j'ai rien préparé. »
16:29Elle dit « Mais j'ai rien préparé. »
16:31Et donc,
16:32évidemment,
16:32tout le monde
16:32commence à rire.
16:34Elle a remercié
16:34tout le monde.
16:35Elle a remercié
16:35son infirmière.
16:36Elle m'a dit
16:37« Merci de m'avoir fait
16:38belle et propre
16:38pour partir. »
16:40Et puis,
16:40elle a regardé
16:40son médecin.
16:41Il faut quand même
16:42resituer le fait
16:43que l'oncologue
16:44de ma mère
16:44n'avait jamais pratiqué
16:45d'euthanasie.
16:46Et donc,
16:47ma mère la regarde
16:47et le médecin lui dit
16:49« Est-ce que vous êtes prête ? »
16:52Et elle lui répond
16:52« Mais vous,
16:53est-ce que vous êtes prête ? »
16:55« Vous savez que vous êtes
16:56mon miracle. »
16:57Elle dit
16:58« Je suis tellement contente
16:59qu'ensemble,
17:00on est marché
17:00vers plus d'humanité. »
17:03Et puis,
17:03elle a fait une blague
17:04en disant
17:04« De toute façon,
17:05on va bientôt se retrouver. »
17:06Puis,
17:06elle a regardé
17:07le médecin encadrant
17:07qui était le plus vieux.
17:08Il dit
17:08« Vous, peut-être
17:09avant les autres. »
17:10Elle lui a dit comme ça.
17:12Donc,
17:12je dis « Toi,
17:13tu fais le clown jusqu'au bout. »
17:15Et puis,
17:15on s'est regardé.
17:16On ne s'est rien dit.
17:18On s'est souri.
17:19Et puis,
17:20ils ont lancé la procédure.
17:26On injecte d'abord,
17:27en fait,
17:27une solution
17:28pour endormir le patient.
17:29Et puis,
17:30ensuite,
17:30on injecte
17:31une solution létale.
17:32Et en fait,
17:33la solution pour endormir,
17:34c'était assez magique
17:35pour moi.
17:36Et notamment,
17:37ma mère,
17:38puisqu'on se regardait,
17:39elle a vraiment
17:40fermé les yeux
17:40comme si elle s'endormait
17:41visiblement.
17:43Du coup,
17:43ce n'était pas du tout violent.
17:44C'était très calme,
17:46très serein.
17:47Et ils ont même
17:48ronflotté.
17:49À nouveau,
17:50ça a un peu
17:50dédramatisé
17:51les choses.
17:53Et puis après,
17:53il y a eu une injection
17:54qui est une injection
17:55létale.
17:56Et là,
17:56on m'avait préparée.
17:57On m'avait dit
17:58que mon père partira
17:59avant ma mère
17:59parce qu'il était
18:00plus affaibli physiquement.
18:01Donc,
18:02j'ai pu ainsi
18:02plutôt d'abord
18:04tenir la main
18:04de mon père.
18:06Et puis après,
18:07ma mère est partie.
18:08Alors,
18:08elle a fait un peu
18:09de résistance
18:09comme pour tout le reste.
18:11Mais ils sont partis.
18:12on s'était dans la main.
18:15C'était
18:16très digne.
18:19Moi,
18:20je dis toujours
18:20que j'ai voulu
18:21leur faire un cadeau.
18:22Mais en fait,
18:22c'est eux
18:23qui m'ont fait un cadeau.
18:24Je pense que
18:24cette mort-là,
18:25sereine,
18:27c'est-à-dire,
18:28comme on sait
18:28que ça va se passer
18:29comme ça,
18:31les moments
18:31qu'on vit entre nous
18:33sont beaucoup plus
18:34denses.
18:34en fait.
18:36On a le temps
18:36de se préparer,
18:37on a le temps
18:38de se dire des choses.
18:39Le docteur Sarda,
18:41qui est donc
18:41un médecin,
18:42un cancérologue
18:43qui accompagne aussi,
18:45dit,
18:45il faut se dire
18:46quatre choses
18:46avant de partir
18:47ou cinq,
18:47je ne sais plus.
18:48Il faut se dire
18:50pardonne-moi,
18:51je te pardonne,
18:53merci,
18:54au revoir.
18:55Je t'aime
18:56en passant aussi,
18:57c'était le cinquième.
18:58Moi,
18:59j'ai eu l'impression
19:00d'avoir dit tout ça
19:01à mes parents.
19:02Donc,
19:03c'est beaucoup plus facile
19:03en fait.
19:05Pour mon deuil,
19:06c'est très salvateur
19:06en fait.
19:20Ambre,
19:21Élise était fille unique,
19:22elle a perdu ses deux parents
19:23le même jour,
19:24même si tout s'est passé
19:25au mieux,
19:26on l'a entendu,
19:26ça a dû être
19:28particulièrement difficile
19:29quand même ?
19:29Oui,
19:30bien sûr,
19:31ça a été très compliqué
19:32pour elle.
19:32Perdre un parent,
19:33c'est toujours difficile
19:34donc en perdre
19:35deux d'un coup,
19:36elle m'a dit
19:36que ça avait fait
19:37un grand vide.
19:38Aujourd'hui,
19:39elle est évidemment
19:40encore très triste
19:41mais surtout
19:42parce qu'il lui manque
19:43mais elle m'a dit
19:44que de la manière
19:45dont ils étaient partis,
19:46elle ne regrettait rien.
19:47Cette euthanasie
19:48de ses deux parents
19:49en même temps,
19:49s'est donc déroulée
19:50en Belgique,
19:50à Bruxelles.
19:51Est-ce que ça aurait été
19:52possible en France
19:53avec la loi actuelle ?
19:54Non,
19:55pas du tout.
19:55Depuis 2016,
19:56avec la loi
19:57Claes-Leonetti,
19:58les patients
19:59en fin de vie
19:59peuvent bénéficier
20:00d'une sédation profonde
20:01jusqu'à la mort
20:02pour alléger
20:03leur souffrance
20:04mais en France,
20:04il n'y a pas d'aide active
20:05à mourir,
20:06en tout cas,
20:06ce n'est pas légal
20:07donc peut-être
20:08que les parents d'Élise
20:09auraient pu
20:10à un moment donné
20:10bénéficier
20:11d'une sédation profonde
20:12ici en France
20:13mais en tout cas,
20:14ils n'auraient jamais
20:15pu avoir recours
20:16à l'euthanasie
20:16comme ça a été le cas
20:17en Belgique.
20:18On le disait
20:19au début du podcast,
20:19il y a en ce moment
20:20une convention citoyenne
20:21qui se penche
20:22sur la question
20:23de la fin de vie
20:23pour réfléchir
20:24à une évolution
20:25de la loi en France.
20:26Qu'est-ce que Élise
20:27pense de ce processus ?
20:29Oui, en fait,
20:29depuis le mois de décembre,
20:30il y a 180 citoyens
20:32qui se réunissent régulièrement
20:33pour réfléchir
20:34à la question
20:34de la fin de vie en France
20:35et au fait
20:36de faire évoluer
20:37ou non la loi
20:39et Élise,
20:40elle, elle est complètement
20:41pour que la loi
20:41évolue en France,
20:42elle aimerait que l'euthanasie
20:43soit légalisée
20:44comme en Belgique,
20:45évidemment pour les personnes
20:46pour qui la situation
20:48médicale est sans issue
20:49mais pour elle,
20:50voilà, c'est nécessaire
20:51qu'on puisse permettre
20:52aux gens de partir
20:52sans souffrance
20:53quand ils le souhaitent
20:54et pour que la fin de vie
20:55ne soit pas trop longue
20:56et trop douloureuse
20:57et pour les patients
20:58et pour leur entourage.
21:00Est-ce qu'elle s'est engagée
21:01sur la question ?
21:02Non, pas à proprement parler,
21:03c'est-à-dire qu'elle ne milite
21:04pas dans une association
21:06mais par contre,
21:06elle suit de très près
21:08les débats
21:08et surtout,
21:09elle en parle beaucoup
21:10autour d'elle.
21:11Pour elle,
21:11c'est très important
21:12qu'on brise le tabou de la mort,
21:13qu'on permette aux gens
21:14de préparer leur mort
21:16entre guillemets
21:16au cas où un jour
21:18ils se retrouvent
21:18dans une situation critique
21:19et donc,
21:20elle en parle beaucoup
21:21à son entourage,
21:22à ses amis
21:23et même à ses enfants.
21:25Merci Ambre Rosala
21:26et merci à Bérangère Lepetit
21:28pour son aide.
21:30Code Source
21:30est le podcast quotidien
21:31d'Actualité du Parisien.
21:33N'oubliez pas de vous abonner
21:34pour ne rater aucun épisode.
21:35Vous pouvez nous faire vos retours
21:37codesource
21:38at leparisien.fr
21:40Cet épisode de Code Source
21:41a été produit par Thibaut Lambert,
21:43réalisation
21:44Julien Moncouquiol.
21:45Le Parisien vous propose
21:47un deuxième podcast
21:48depuis décembre 2022,
21:50Crime Story,
21:51podcast hebdomadaire
21:52de faits divers.
21:53Chaque samedi,
21:54Claudia Prolongeau
21:54vous raconte
21:55une grande affaire criminelle
21:56avec l'expertise
21:57de Damien Delsenis,
21:59le chef du service
22:00police-justice du Parisien.
22:02Crime Story
22:02est disponible
22:03sur toutes les plateformes.
22:08Sous-titrage Société Radio-Canada
22:08Sous-titrage Société Radio-Canada
22:13Sous-titrage Société Radio-Canada
22:15Sous-titrage Société Radio-Canada
22:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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