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Devenue l’une des voix de la lutte contre cette situation qui toucherait environ deux millions et demi de Français, elle raconte dans Code source le long chemin pour sortir de la honte. Aline Le Guluche a accepté de raconter son histoire dans Code source au micro d’Ambre Rosala

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#illettrisme #lecture

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Les Journées nationales de lutte contre l'illettrisme ont été organisées en France du 11 au 15 septembre.
00:18Dans le pays, selon une estimation, 2,5 millions de personnes sont en grande difficulté
00:23avec les connaissances de base permettant d'être autonomes au quotidien,
00:27la lecture, l'écriture ou encore le calcul.
00:30Mais il n'est jamais trop tard pour apprendre, c'est le message d'Aline Le Gulluche, 62 ans,
00:36elle-même a appris à lire à l'âge de 52 ans.
00:39Aline Le Gulluche témoigne aujourd'hui dans Codesource au micro d'Ambre Rosala.
00:59Quand je la rencontre, Aline Le Gulluche est en pleine tournée de conférences
01:02à l'occasion des Journées nationales d'action contre l'illettrisme.
01:06Nous nous retrouvons à Bernay, en Normandie, juste avant qu'elle témoigne devant du public.
01:11Aline Le Gulluche est née le 8 octobre 1961.
01:15Elle grandit dans un petit village des Yvelines, en région parisienne.
01:18C'est la dernière d'une fratrie de 8 enfants et ses parents sont paysans.
01:23Moi, dans ma famille, ce qui était important, c'était de se lever le matin et de travailler,
01:27s'occuper des animaux, s'occuper de la ferme, des terrains, etc.
01:31C'était une question de vie, quoi. Il fallait travailler pour manger.
01:35J'étais pas malheureuse, bien au contraire.
01:37J'étais plutôt une enfant heureuse de gambader, de courir et s'occuper des animaux.
01:43C'était pas un problème, ça, du tout.
01:46Aline ne va pas en maternelle et elle entre pour la première fois à l'école au CP quand elle
01:50a 6 ans.
01:50Son instituteur est très sévère et aller à l'école l'impressionne beaucoup.
01:55C'était un professeur sadique.
01:58Il tirait les cheveux, il tapait avec la règle, il mettait à la cave.
02:02Il y avait d'autres enfants qui avaient déjà touché un stylo et autres,
02:05mais moi, pas du tout. Je n'avais pas ni touché de stylo ni eu de livre,
02:09donc c'était un peu compliqué.
02:11Donc je cassais les plumes.
02:13Quand il a fallu apprendre les lettres, je les mélangeais aussi.
02:17Donc ça a été pour moi très difficile.
02:20Donc moi, je me suis aussi bloquée assez rapidement et je préférais, au bout du compte,
02:25je préférais ne plus écrire plutôt que d'être frappée sans cesse et humiliée sans cesse.
02:30Je n'ai rien appris sauf la peur.
02:32Aline ne sait ni lire ni écrire à la fin de l'année, alors elle redouble le CP.
02:37Mais la deuxième année est tout aussi difficile pour elle.
02:39Le mot n'est pas encore posé sur ses difficultés, mais elle souffre de dyslexie.
02:43Elle confond les lettres, comme le B et le P, ou encore le M et le N,
02:48et elle a beaucoup de mal à reconnaître et reproduire les mots.
02:51Et son instituteur ne prend pas le temps de l'aider.
02:55Autour de moi, il n'y avait rien pour soigner cette pathologie.
02:59Et il y a beaucoup d'enseignants qui trouvaient que c'était plutôt les imbéciles,
03:04ou abrutis, ou tout ce que vous voulez comme nom d'oiseau,
03:07mais voilà, on n'était pas normaux.
03:09À la fin de sa deuxième année d'école, Aline ne sait toujours pas lire ni écrire,
03:14mais elle passe quand même en CE1.
03:15Elle se retrouve dans la classe d'un nouvel instituteur, M. Beau.
03:20Il n'était pas froid comme une porte de prison, il était souriant.
03:24Il m'a éduquée à la musique, au théâtre, à raconter des histoires.
03:30Il était très pédagogue.
03:31Avec lui, je n'étais pas punie aux récréations, j'avais le droit de jouer.
03:34Et puis il était gentil, surtout.
03:36Alors je progresse un peu, il prend le temps avec les lettres, il lit à ma place bien souvent.
03:42Voilà, il prend beaucoup de temps avec moi.
03:44Et du coup, j'ai plus la boule au ventre quand je viens à l'école.
03:47Aline reste trois ans dans la classe de M. Beau.
03:49Elle fait des progrès, mais elle a toujours énormément de difficultés en lecture et en écriture.
03:54Puis elle se retrouve avec d'autres instituteurs, beaucoup moins patients et compréhensifs,
03:58qui recommencent à la punir à la moindre faute d'orthographe.
04:02J'arrive en sixième, je ne maîtrise pas la lecture et l'écriture.
04:05Puis moi, j'arrive à être une jeune ado et je ne supporte plus qu'on me maltraite, qu'on
04:11me parle méchamment.
04:13Donc je réponds.
04:14Et j'essayais, j'ai essayé, franchement.
04:17Mais voilà, à chaque fois, si j'avais un résultat correct, c'était tout de suite que j'avais triché.
04:25Donc moi, je répondais et puis à chaque fois, je finissais par être arrogante et je finissais par être dans
04:31le couloir.
04:32Je me sentais inutile à l'école.
04:35Aline ne veut pas passer son certificat d'études, l'ancêtre du brevet des collèges, parce qu'elle est sûre
04:40qu'elle ne l'aura pas.
04:41À la fin de l'année de quatrième, l'adolescente a 15 ans.
04:44Elle décide d'arrêter l'école et d'essayer de trouver du travail pour gagner sa vie.
04:49Là, on se pose la question, qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ?
04:52On ne peut pas travailler n'importe où, parce que j'ai travaillé dans des restaurants quand j'avais 14
04:57ans pour me faire des sous,
04:59mais je ne prenais pas les commandes, parce qu'une fois j'ai pris les commandes, de toute façon, ce
05:03n'était pas lisible, donc ce n'est pas la peine.
05:06Dans une boulangerie, dans tous les métiers commerciaux, on ne peut pas.
05:11Donc j'ai trouvé de travailler en usine.
05:14Une usine de pâtisserie.
05:15Je fabriquais de la pâte sablée, donc voilà, c'était des pétrins, des sacs de farine apportés.
05:20Je fabriquais de la pâte feuchtée.
05:22J'aimais bien, ça ne me gênait pas de faire ça, mais c'était quand même très physique.
05:27C'est physique, c'est rébarbatif.
05:30Quand on est lettré, on ne peut pas faire un travail de choix.
05:33Aline arrive à cacher à ses collègues qu'elle ne sait pas lire ou écrire.
05:36Et elle le cache aussi à ses amis.
05:38Quand elle va au restaurant, par exemple, elle fait semblant de lire le menu
05:42et attend que tout le monde ait commandé son plat pour choisir le même qu'un de ses amis.
05:46Elle n'en parle pas non plus à sa famille parce qu'elle a trop honte.
05:49De côté de ma famille, c'était tabou, ça, on n'en parlait pas.
05:53Personne n'en parlait.
05:54On disait au juste, bon, dans notre famille, on n'est pas très doué.
05:57Il y a beaucoup qui ne savent pas trop bien écrire les mots, mais ce n'est pas grave.
06:02On ne peut pas en parler parce qu'on n'aurait pas été compris.
06:05Enfin, je n'aurais pas été comprise à l'époque du tout.
06:07Je ne me sentais pas assez forte non plus.
06:09La honte avait pris le dessus et le manque de confiance en soi depuis longtemps.
06:14À 17 ans, Aline se marie avec Marcel qu'elle connaît depuis qu'elle est enfant.
06:18Elle tombe enceinte la même année et l'une de ses soeurs l'accompagne chez son gynécologue
06:23pour suivre sa grossesse.
06:25C'était un vieux monsieur très, très gentil.
06:28Et ensuite, c'est lui qui m'a tout fait, en fait.
06:31Il m'a dit, voilà, il faut donner tel papier à la Sécurité sociale, il faut remplir ça.
06:35Enfin, il le remplit, tac, tac, tac.
06:38Et puis, voilà, ma soeur m'a guidée aussi.
06:40Et ça s'est bien passé.
06:42Impeccable.
06:43Mais ça aussi, c'est compliqué.
06:46Moi, à l'époque, je suis tombée sur un gentil monsieur.
06:48Sinon, on sort de là avec notre carnet de maternité.
06:54Je ne sais pas comment ça marche, moi, ça.
06:55Je ne sais pas.
06:56Puis, je ne peux pas le lire.
06:59Pour toutes ces autres démarches administratives, Aline réussit à se faire aider en trouvant des parades.
07:04Elle dit qu'elle n'a pas ses lunettes et ne voit pas bien,
07:06ou bien qu'elle a les mains prises pour que quelqu'un lise et écrive à sa place.
07:11Aline attend une petite fille et décide de l'appeler Céline.
07:14Elle réussit à trouver son prénom sur le calendrier
07:17et elle s'entraîne à l'écrire pendant toute sa grossesse.
07:20Céline naît le 27 octobre 1979.
07:23Aline tombe à nouveau enceinte très rapidement
07:25et Fabrice naît l'année d'après quand Aline a 19 ans.
07:29Elle reprend ensuite le travail et quand elle a 30 ans,
07:32après 15 ans dans l'usine de pâtisserie,
07:34elle décide de chercher un poste ailleurs.
07:36Elle trouve du travail à la restauration d'un hôpital bien plus près de chez elle.
07:41Quand elle est embauchée, Aline doit seulement faire la plonge et le ménage.
07:44Mais ses employeurs lui demandent ensuite de changer de poste
07:47et elle est désormais chargée de la préparation des entrées pour les repas des patients.
07:52Les menus changent tous les jours et chaque matin,
07:54elle doit récupérer une liste de tous les produits nécessaires,
07:57puis noter sur un autre papier tout ce qu'elle prépare.
08:02Il fallait lire, comprendre et recopier la fabrication qu'on avait faite.
08:07Par chance, on faisait ça à deux.
08:10Donc moi, je prenais toujours le travail manuel.
08:14Moi, je fabrique les 150 tomates ou la macédoine de fruits, tout ça.
08:18Moi, je fais et puis ma collègue s'occupe des comptes, etc.
08:23L'écriture.
08:24Mais petit à petit, j'ai ramené ces listings à la maison
08:28pour les écrire, pour les déchiffrer de mon mieux,
08:34apprendre à les lire et puis les menus aussi.
08:37J'ai tout ramené à la maison pour apprendre par cœur,
08:39faire des lignes, des lignes, des lignes,
08:41pour écrire le mot betterave sans faire de fautes,
08:44pour me dissimuler parmi tous ces gens qui savent.
08:48C'est fatigant, c'est éprouvant,
08:50ça m'angoissait tout le temps.
08:52J'avais la boule au ventre tout le temps.
08:54Je me suis améliorée un peu, voilà, j'ai fait de mon mieux,
08:57mais quelquefois je faisais des fautes alors.
08:59J'avais le droit à des moqueries.
09:02J'ai eu la honte, voilà, c'est le mal-être.
09:05Mais jamais je disais que j'avais un problème.
09:08Aline divorce de son mari
09:09et elle s'installe dans un petit appartement avec ses deux enfants.
09:12Au travail, ses employeurs lui demandent à nouveau de changer de poste.
09:16Elle doit maintenant aller directement dans les chambres des patients
09:19pour leur demander ce qu'ils veulent manger
09:21et transmettre les commandes en cuisine.
09:24Aline fait de son mieux pour cacher son illettrisme,
09:26mais c'est de plus en plus compliqué pour elle.
09:28Un jour, elle apprend qu'un collègue est absent
09:31parce qu'il suit une formation de remise à niveau.
09:33Aline voudrait faire pareil,
09:35alors elle fait une demande à son employeur.
09:37Entre le travail qui allait mal et moi qui me sentais mal,
09:40tout allait mal, de mal en pire.
09:43J'avais demandé à ma fille de me faire des courriers
09:45pour retourner à l'école.
09:47Mais les courriers,
09:48ils n'en ont pas tenu compte
09:49puisque c'était bien écrit.
09:51Je n'avais pas besoin selon eux
09:53puisque je ne m'étais jamais plaint de rien.
09:55Et puis je remplissais leurs codes,
09:57je remplissais leur travail.
09:58Je n'étais jamais en retard,
10:00je ne demandais rien.
10:01En fait, je leur suffisais.
10:03Sauf que moi-même, je ne me suffisais pas moi-même.
10:05Et c'était ça l'important.
10:08Les années passent
10:09et Aline va au travail chaque jour
10:10avec la boule au ventre
10:11de peur qu'on ne remarque qu'elle est illettrée.
10:13En 2013, l'année de ses 52 ans,
10:16elle se lève un matin
10:17avec la ferme intention
10:18de parler de son problème à sa direction.
10:21Je me lève le matin,
10:22je dis dans cette journée,
10:23il faut vraiment que j'aille à la DRH
10:25pendant mon travail.
10:27Il faut vraiment que je pousse la porte
10:29et que je raconte.
10:30Donc je m'étais motivée, motivée, motivée.
10:34Et voilà, j'ai eu le courage,
10:36j'y suis allée.
10:37Et là, j'ai vidé mon sac.
10:39Je lui ai dit, voilà,
10:40j'ai besoin de retourner à l'école
10:41parce que j'ai des problèmes
10:43avec la lecture et l'écriture.
10:45Et je suis allée à l'école,
10:47mais je ne peux pas faire un courrier,
10:50je ne peux pas évoluer,
10:51je ne peux rien faire.
10:52Je me sens mal au travail,
10:54je me sens mal dans ma vie.
10:56Il faut m'aider.
10:57C'était vraiment un appel au secours.
10:59J'ai raconté quelques anecdotes,
11:01j'ai même pleuré.
11:03Je n'avais jamais vidé mon sac.
11:04Jamais.
11:05Jamais.
11:06Donc ça fait un poids.
11:07Mais elle m'a écoutée jusqu'au bout
11:09et puis elle m'a promis
11:10de faire quelque chose pour moi.
11:12C'était le début d'une nouvelle vie.
11:16L'employée des ressources humaines
11:18rappelle Aline la semaine d'après.
11:20Elle lui annonce qu'elle a trouvé
11:21une école de remise à niveau à Paris
11:22à une soixantaine de kilomètres de chez elle.
11:25C'est une formation pour adultes
11:27où elle pourra apprendre à lire et à écrire
11:29avec l'aide d'un professeur.
11:31Aline commence sa formation
11:32en novembre 2013.
11:35Pour aller à l'école à Paris,
11:37il faut savoir prendre le bus,
11:38il faut savoir prendre le train
11:39et le métro.
11:40Et pour tout ça, il faut savoir lire.
11:43Et voilà, encore un problème supplémentaire.
11:47Mais je me suis fait aider par mes enfants.
11:49Je me suis fait aider autour de moi.
11:51J'ai fait un voyage de reconnaissance,
11:54on va dire.
11:55et ensuite, j'y suis allée tranquillement.
11:58Tranquillement, non, pas tranquillement.
11:59On n'est jamais tranquille.
12:01Mais je suis partie deux heures à l'avance
12:02et puis je suis arrivée à l'heure
12:05avec beaucoup d'angoisse.
12:06Je me suis perdue un peu,
12:07mais bon, ça va.
12:09Et puis donc, j'arrive là-bas
12:10et je me dis,
12:12qu'est-ce que tu fais là, ma pauvre fille ?
12:15Aïe, aïe, aïe.
12:16T'es sûre de ton choix ?
12:17Si tu rentres, il faut aller jusqu'au bout.
12:20Et voilà.
12:21Donc je suis rentrée et j'étais jusqu'au bout.
12:23Aline suit la formation tous les vendredis matins.
12:26Elle est dans un groupe d'une quinzaine d'élèves,
12:28tous adultes, jeunes ou moins jeunes.
12:29Le premier cours,
12:31personne n'ose vraiment se parler.
12:32Mais au fil des semaines et des heures de classe,
12:35la solidarité s'installe entre les élèves.
12:41On s'est ouvert les uns auprès des autres.
12:43On a beaucoup parlé.
12:44On avait l'envie de partager.
12:46De partager ensemble nos méconnaissances
12:49et nos connaissances.
12:50Parce qu'on a tous des connaissances.
12:53Et Cathy, notre prof,
12:56elle nous a demandé de ramener
12:57des documents du travail,
12:59des documents administratifs
13:01pour pouvoir travailler dessus.
13:03Parce que la lecture et l'écriture,
13:05ce n'est pas seulement les livres
13:07que l'on a en primaire.
13:09C'est pour nous adultes,
13:10ce qu'on a tous les jours,
13:12nos contrats de travail,
13:13nos fiches de travail,
13:14nos plannings,
13:16les allocations pour certains,
13:18les papiers de mairie pour d'autres.
13:20Moi, ça m'a permis
13:21de ramener des papiers du notaire.
13:23Et l'un dans l'autre,
13:24on a tous trouvé du bonheur,
13:26des éclaircies, des lumières.
13:28Et puis, ça nous a permis
13:30de tous aller de l'avant.
13:32À la maison,
13:33je travaillais beaucoup
13:33avec mon ordinateur,
13:35avec YouTube, par exemple.
13:37J'ai trouvé des dictées
13:38pour le CP.
13:39C'est bien.
13:40Ce n'est pas grand-chose,
13:41mais il faut bien commencer.
13:42Et c'est par le CP
13:43qu'on commence.
13:44Il ne faut pas avoir honte.
13:44C'est comme ça.
13:45CP, CE1, CE2.
13:47Voilà.
13:48Et là, on a quand même
13:49un peu plus de base,
13:50un peu plus d'assurance,
13:53de connaissance aussi.
13:55La clé, c'est de ne pas avoir honte.
13:56Et il n'y a rien de ridicule.
13:58Le ridicule, on s'en fiche.
14:00La classe de remise à niveau
14:02dure six mois.
14:03À la fin, Aline fait toujours des fautes
14:05et la lecture n'est pas
14:06complètement fluide pour elle,
14:07mais elle a déjà de bonnes bases.
14:09Elle continue de travailler chez elle,
14:11puis elle fait une demande
14:12de validation des acquis
14:13de l'expérience, une VAE.
14:15Cette mesure permet
14:16à des personnes sans diplôme
14:17de faire valider leur expérience
14:19dans le monde du travail
14:20pour obtenir une certification professionnelle.
14:23Pendant de longs mois,
14:24Aline monte alors un dossier
14:25d'une cinquantaine de pages
14:26qu'elle fait relire
14:27et corriger par sa direction
14:29pour tenter d'obtenir
14:30un CAP service hôtelier.
14:32Un an et demi après avoir
14:33commencé son dossier,
14:35elle se rend à l'examen final,
14:36un oral devant des professionnels
14:38de son secteur.
14:39J'avais peur de perdre mes moyens.
14:41Je perdais mes moyens même.
14:42Entre ma gauche, ma droite,
14:44je me perds.
14:45Oh là là, quelle angoisse.
14:47J'ai tenu bon, j'ai respiré.
14:49Arrivée devant, hop,
14:51je n'ai plus eu peur.
14:52Ça a coulé d'office.
14:54Et ben voilà, je suis passée.
14:56Et puis ils m'ont félicité.
14:57Ils m'ont dit que c'était
14:58un merveilleux travail.
15:00Ils m'ont remerciée.
15:01Ils m'ont même encouragée
15:02à continuer.
15:03Donc pour moi,
15:05c'était un feu d'artifice.
15:08Même si les commentaires du jury
15:10sont très encourageants,
15:11Aline ne sait pas encore
15:12si elle a son diplôme.
15:13Les résultats officiels
15:14arrivent dans une enveloppe
15:16quelques semaines plus tard.
15:17Je l'ouvre et puis je me dis
15:20j'ai réussi ou j'ai pas réussi.
15:22Dans ma tête, c'était un mélange
15:24d'angoisse.
15:26Et du coup, je n'arrivais pas trop
15:27à bien lire en plus ce qui était écrit.
15:30Et puis après, je tire comme ça,
15:32je vois quand même le diplôme.
15:33Je suis...
15:34Je l'ai.
15:37J'ai vaincu, quoi.
15:38J'ai vaincu, j'ai gagné,
15:40j'ai mérité.
15:42Certains m'ont dit
15:42que c'est pas grand-chose un CAP.
15:45C'est bon.
15:46Mais qu'importe.
15:47Moi, mon CAP,
15:48il vaut...
15:49Il vaut tout l'or du monde.
15:51Après l'obtention de son CAP,
15:53Aline décide d'écrire un livre
15:54pour raconter son histoire.
15:56Elle écrit à son rythme
15:57et son livre
15:58« J'ai appris à lire à 50 ans »
16:00est publié aux éditions Prisma
16:02en septembre 2020.
16:03C'était dingue.
16:05Un truc de fou.
16:06En plus, c'est moi qui l'écris.
16:08J'ai pas dit à quelqu'un
16:09de l'écrire à ma place.
16:10J'ai dit de le corriger.
16:12Mais personne ne l'a écrit à ma place.
16:15Ce livre, c'est pour les gens
16:16en situation de l'électrice
16:17que je l'ai fait
16:18pour leur dire qu'ils sont pas seuls.
16:20Ils sont pas seuls
16:21dans cette misère d'incompréhension,
16:23dans cette misère de vie.
16:24Et je l'ai fait en audio aussi
16:26pour qu'ils puissent l'entendre
16:28s'ils peuvent pas le lire,
16:29qu'ils puissent le lire
16:31et l'entendre en même temps.
16:32Ça aide aussi.
16:34Il faut mieux lutter pour apprendre
16:36que baisser les bras
16:37et puis vivre dans le sombre.
16:39La tristesse,
16:41la malveillance des autres.
16:43Non, il faut être libre,
16:45autonome.
16:46C'est ça la clé de la vie.
16:53Ambre, tu l'évoquais dans ton reportage.
16:55Aline Le Guluch donne des conférences
16:57sur le sujet.
16:58Elle a donc écrit un livre.
16:59Est-ce qu'aujourd'hui,
17:00elle est un peu devenue
17:00une porte-parole de la lutte
17:02contre l'illettrisme ?
17:02Oui, c'est ça.
17:03Elle témoigne régulièrement
17:04lors de conférences.
17:05Elle rencontre aussi souvent
17:07des associations qui luttent
17:08contre l'illettrisme en France.
17:10Et surtout,
17:10elle est devenue l'ambassadrice
17:12d'un programme
17:12lancé par la marque Lancôme
17:14qui vise à lutter
17:15contre l'illettrisme
17:16chez les femmes.
17:17Donc, c'est vraiment
17:18un combat qu'elle mène
17:19au quotidien.
17:20Et tout ça,
17:20elle le raconte d'ailleurs
17:21dans un deuxième livre
17:22qu'elle a écrit,
17:23seule, encore une fois,
17:24et qui s'appelle
17:25Mon combat contre l'illettrisme
17:26et qui est sorti le 7 septembre
17:28aux éditions Prisma.
17:30Merci, Ambre Rosala.
17:31Cet épisode de Code Source
17:33a été produit par Thibaut Lambert.
17:35Réalisation,
17:36Julien Moncouquiole.
17:37Je redonne les références
17:38du livre d'Aline Le Gulluche,
17:40« J'ai appris à lire à 50 ans ».
17:42C'est publié aux éditions Prisma.
17:43Si vous êtes directement
17:45concerné par l'illettrisme,
17:46un numéro vert
17:47est disponible pour vous aider,
17:49le 0800 11 10 35.
17:52Un numéro à retrouver
17:53sur la fiche de ce podcast.
17:55Code Source est le podcast
17:56quotidien d'actualité du Parisien.
17:58Vous pouvez nous écrire
18:00codesource.leparisien.fr
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