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A l’automne 2020, l’ARN messager, la molécule des vaccins Moderna et Pfizer, apparaît comme une nouveauté dans le monde de la recherche médicale. Pourtant la technique a été mise au point il y a plus de 60 ans et a été ignorée pendant plusieurs décennies. Code source revient sur cette épopée avec Julien Solonel, journaliste au Parisien Week-End et Elsa Mari, journaliste santé au Parisien.
Dans ce podcast : Cela fait un an qu'on entend parler de lui, son nom : acide ribonucléique ou plus couramment ARN messager cette molécule utilisée dans des vaccins s'est montrée, à la surprise du monde scientifique, particulièrement efficace contre le Covid-19 ce succès met en lumière une technique méconnue pourtant elle a été découverte il y a plus de 60 ans et longtemps mise de côté voire ignorée par la plupart des chercheurs. Code source retrace la folle histoire de l’ARNmessager.
L’histoire de l’ARN messager commence avec deux scientifiques français le premier s'appelle François Jacob. Il est le chef du service de génétique cellulaire qui vient tout juste d'être créé à l'Institut Pasteur à Paris. C'est un médecin biologiste de 40 ans, ancien membre de la France Libre à Londres et qui est également un passionné de peinture et d'art. A l'été 1960 il fait une découverte…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation Thibault Lambert - Production : Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : Europe 1, INA, BFM TV, Le Figaro.
#vaccin #arnmessager #pfizer
Dans ce podcast : Cela fait un an qu'on entend parler de lui, son nom : acide ribonucléique ou plus couramment ARN messager cette molécule utilisée dans des vaccins s'est montrée, à la surprise du monde scientifique, particulièrement efficace contre le Covid-19 ce succès met en lumière une technique méconnue pourtant elle a été découverte il y a plus de 60 ans et longtemps mise de côté voire ignorée par la plupart des chercheurs. Code source retrace la folle histoire de l’ARNmessager.
L’histoire de l’ARN messager commence avec deux scientifiques français le premier s'appelle François Jacob. Il est le chef du service de génétique cellulaire qui vient tout juste d'être créé à l'Institut Pasteur à Paris. C'est un médecin biologiste de 40 ans, ancien membre de la France Libre à Londres et qui est également un passionné de peinture et d'art. A l'été 1960 il fait une découverte…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation Thibault Lambert - Production : Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
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00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Cela fait un an qu'on entend parler de lui.
00:15Son nom, acide ribonucléique ou plus couramment ARN messager.
00:20Cette molécule utilisée dans des vaccins s'est montrée à la surprise du monde scientifique,
00:25particulièrement efficace contre le Covid-19.
00:27Ce succès met en lumière une technique méconnue, pourtant elle a été découverte il y a plus de 60 ans
00:34et longtemps mise de côté, voire ignorée par la plupart des chercheurs.
00:39Codesource retrace la folle histoire de l'ARN messager avec Julien Solonel
00:43qui a consacré un long papier à ce sujet dans le Parisien Weekend
00:46et Elsa Marie, journaliste aux Parisiens, en charge des questions de santé.
00:59Elsa Marie, à l'automne 2020, à quelques jours d'intervalle,
01:02deux laboratoires, allemands et américains, BioNTech et Moderna,
01:07annoncent qu'ils ont trouvé un vaccin contre le Covid-19.
01:11Souvenez-vous, c'était le 9 novembre 2020, il y a un an pile,
01:14et ce jour-là, Pfizer et BioNTech font une annonce qui vont bouleverser le cours de l'épidémie.
01:19Après des mois de pandémie meurtrière et paralysante,
01:22c'est l'immense espoir suscité par le labo américain Pfizer.
01:26Le vaccin qui vient d'être mis au point réduit de 90% le risque de tomber malade du virus.
01:31Le lendemain, à la une de notre journal, on va titrer « Ce vaccin qui change tout ».
01:36Dans la foulée, 7 jours plus tard, c'est au tour de Moderna, le concurrent américain de Pfizer,
01:41d'annoncer un vaccin encore plus efficace à 94,5%.
01:46Et le grand public entend parler pour la première fois de la technique utilisée par ces vaccins,
01:52qui est inédite, l'ARN messager.
01:54L'ARN messager pour acide ribonucléique.
01:58Très peu de gens connaissent cette technologie, et beaucoup de scientifiques n'y croyaient pas.
02:02Pour autant, si Pfizer et Moderna ont tablé sur cette technologie, c'est pas pour rien.
02:07Pour plein de gens, cette technologie apparaît comme novatrice,
02:10mais en réalité, elle est étudiée depuis de nombreuses années.
02:18Justement, on va retracer l'histoire de ce vaccin, et pour ça, il faut revenir 60 ans en arrière.
02:23Julien Solonel, l'histoire de l'ARN messager commence avec deux scientifiques français.
02:28Le premier s'appelle François Jacob.
02:31François Jacob, c'est le chef du service de génétique cellulaire
02:34qui vient tout juste d'être créé à l'Institut Pasteur à Paris.
02:37C'est un médecin et un biologiste de 40 ans, ancien membre de la France Libre à Londres,
02:42et qui est également un passionné de peinture et d'art.
02:44A l'été 1960, il fête une découverte.
02:48Il est donc sur le campus du California Institute of Technology à Pasadena,
02:53sur la côte ouest américaine.
02:55Et alors que tous les scientifiques américains se passionnent plutôt pour la campagne présidentielle,
03:00lui, il passe ses journées dans son laboratoire à répéter sans cesse la même expérience,
03:06après des dizaines et des dizaines de tentatives infructueuses.
03:09Victoire, Eureka, enfin, en rajoutant du magnésium dans ses tubes à essai,
03:14il réussit à prouver l'existence d'une molécule dont on ignorait jusque-là l'existence,
03:19c'est l'ARN messager.
03:21Au même moment, un autre chercheur français, François Gros, mène des recherches sur l'ARN messager.
03:26François Gros, c'est également un biologiste, et puis il fait aussi partie de la bande de l'Institut Pasteur.
03:31C'est un scientifique avec ses lunettes rectangulaires et sa pipe toujours au bec,
03:36qui correspond bien à l'image qu'on peut avoir d'un scientifique rigoureux et un peu austère.
03:41Et alors qu'il se trouve à 5000 kilomètres de lui,
03:45François Gros fait exactement la même découverte que son confrère François Jacob.
03:50Pour le coup, on est sur la côte est des Etats-Unis, à Harvard,
03:53donc la prestigieuse université de Boston.
03:56Et donc François Gros travaille dans des locaux assez vêtus,
03:59tirant une chaleur torride.
04:01Les expériences se poursuivent jusqu'à 2 ou 3 heures du matin.
04:05Et là, il utilise un protocole expérimental qui est différent de celui de l'équipe de François Jacob,
04:11mais qui aboutit à la même découverte, celle de l'ARN messager.
04:16Elsa Marie, pour comprendre ce qu'est l'ARN messager,
04:20il faut d'abord expliquer comment fonctionne une cellule dans le corps humain.
04:24La cellule, elle comporte un noyau.
04:26A l'extérieur du noyau, on appelle ça le cytoplasme.
04:29Il faut imaginer un trésor.
04:31Ce trésor, il est soigneusement conservé dans le noyau de nos cellules.
04:35C'est l'ADN.
04:36C'est quoi l'ADN précisément ?
04:37L'ADN, c'est comme un grand livre qui renferme tous les plans de fabrication de notre corps.
04:42Grâce à ces plans de fabrication,
04:44les cellules vont créer des grosses molécules qu'on appelle les protéines.
04:47Et ces protéines, elles font fonctionner tout notre corps.
04:51Le problème, c'est que ces protéines,
04:53elles ne sont pas dans le noyau,
04:54elles sont à l'extérieur du noyau, dans le cytoplasme.
04:57Et elles n'ont pas accès au plan de fabrication,
05:00donc l'ADN, qui reste dans le noyau de la cellule
05:03et qui est une sorte de château fort imprenable.
05:06Comment est-ce qu'elles font alors pour avoir accès aux informations de l'ADN dont elles ont besoin ?
05:11Elles y arrivent justement grâce à l'ARN messager.
05:14C'est en quelque sorte des petites photocopies de l'ADN en fait
05:17qui sont envoyées à l'extérieur du noyau.
05:20Et ces messagers, l'ARN messager, il porte bien son nom,
05:25se comportent comme des duplicatas de l'ADN
05:27et ce qui va permettre donc la fabrication des protéines.
05:31Les protéines, ensuite, elles auront accès à ces plans qui seront photocopiés
05:34et elles sauront quelles tâches elles vont devoir effectuer
05:37et elles se mettront ensuite au travail.
05:39Que fait l'ARN messager une fois qu'il a délivré son message ?
05:42Il se dégrade très vite et il disparaît.
05:46On en revient à nos deux chercheurs français, Julien Solonel.
05:49On est donc au début des années 60.
05:51Que font François Gros et François Jacob
05:53après leurs découvertes respectives sur l'ARN messager ?
05:56Il faut revenir quelques années en arrière.
05:58Au retour de leurs expériences respectives aux Etats-Unis,
06:03François Jacob et François Gros mettent en commun leurs résultats,
06:07on discute et ils voient qu'ils ont abouti à la même découverte
06:10et ils décident de mettre en commun leurs résultats, ce qui est assez rare,
06:14dont l'univers scientifique est plutôt jalonné d'équipes qui se tirent dans les pattes.
06:19Et c'est ce qu'il faudra quelques années plus tard à François Jacob
06:22d'avoir le prix Nobel de médecine pour la découverte de l'ARN messager.
06:26C'est le travail d'une équipe que vient de couronner à l'unanimité
06:29le jury du prix Nobel de médecine,
06:31décerné cette année à trois professeurs de l'Institut Pasteur
06:34pour leur découverte dans le domaine de la biologie cellulée.
06:39Il y a 20 ans que Jacques Monod,
06:41qui enseigne la chimie à la faculté des sciences de Paris,
06:44a commencé ses travaux en étroite collaboration avec son collègue André Leboff,
06:48spécialiste de microbiologie.
06:51Ils ont tiré au clair le fonctionnement des gènes
06:53et les mécanismes régulateurs des cellules.
06:59Le professeur François Jacob s'est joint à eux par la suite.
07:03C'est la première fois depuis 1928 que la France figure au palmarès du prix Nobel de médecine.
07:10Et malgré cette distinction, l'ARN messager est un peu laissé de côté
07:14pendant la décennie qui suit, pour quelles raisons ?
07:16On est au début des années 60.
07:18À cette époque-là, ne serait-ce que décoder l'ADN,
07:21qui est le préalable pour pouvoir utiliser l'ARN messager,
07:24ça relève de la science-fiction.
07:26Tout comme le synthétiser, c'est des choses qui viendront bien plus tard,
07:29dans les années 80, avec le développement de la biologie moléculaire.
07:33Il y a aussi le problème que l'ARN messager est une molécule instable
07:37et qu'à l'époque, on ne la maîtrise pas du tout
07:40et que ça paraît aberrant de l'utiliser dans des recherches thérapeutiques.
07:44Enfin, et ce n'est pas le moins important,
07:47c'est qu'à l'époque, on avait des vaccins dont tout le monde était satisfait
07:49et qui venaient à l'esprit de personne de chercher de nouveaux vaccins.
07:52Au début des années 80, en Hongrie, loin des grandes universités occidentales,
07:58une chercheuse se passionne pour l'ARN messager.
08:01Qui est-elle ?
08:01C'est Kathleen Carrico.
08:03Elle est née en 1955 dans un petit village à quelques kilomètres de Budapest, en Hongrie.
08:08C'est une excellente élève.
08:11Elle passe un doctorat en biologie et en biochimie.
08:14Et donc à ce moment-là, dans les années 80,
08:16elle poursuit ses études à l'Académie des sciences hongroises.
08:19Mais elle n'a vraiment pas beaucoup de moyens pour mener ses recherches.
08:21C'est la guerre froide, on est dans la Hongrie communiste,
08:25et à ce moment-là, il n'y a pas beaucoup d'argent pour les chercheurs.
08:28La preuve, c'est que des fois, pour ses expériences,
08:30Kathleen Carrico est obligée d'aller chercher du matériel biologique,
08:34c'est-à-dire des cadavres de vaches ou de porcs, à l'abattoir voisin.
08:38Et c'est ce qui la pousse, quelques années plus tard, à quitter son pays.
08:41Si elle veut poursuivre ses recherches sur l'ARN messager,
08:44il faut qu'elle quitte la Hongrie.
08:45C'est pour ça qu'en 1985, elle décide, avec son mari et leur petite-fille de deux ans,
08:51de passer le rideau de fer direction les États-Unis,
08:54où elle a trouvé un poste après de multiples tentatives.
08:57Ils ont 100 dollars en poche, qui est le maximum autorisé,
09:00et aussi les 900 dollars qu'ils ont tiens de la vente de leur Lada.
09:04Et ces 900 dollars, ils les planquent dans l'ours en pluche de la petite-fille.
09:08Ils prennent donc l'avion pour un vol sans retour.
09:11Kathleen Carrico intègre une première université pendant 5 ans,
09:15avant de rejoindre une université renommée dans l'État de Pennsylvanie,
09:19où elle continue à travailler sur l'ARN messager.
09:22Mais à cette époque, c'est une autre molécule qui focalise l'attention des chercheurs.
09:26C'est vrai qu'à l'époque, l'ARN messager, personne ne s'y intéresse,
09:29que tout le monde s'intéresse à l'ADN.
09:31Il faut bien voir que le séquençage complet du génome humain a été lancé en 1988,
09:36et qu'à l'époque, le monde scientifique, les laboratoires pharmaceutiques,
09:41ils n'ont qu'une chose en vue, c'est l'ADN et les thérapies géniques.
09:44L'ARN messager n'est vraiment pas une priorité.
09:46Kathleen Carrico est moquée par ses pères, voire même humiliée.
09:50Oui, parce que contrairement à la majorité du monde scientifique,
09:52elle, elle continue de miser sur l'ARN messager,
09:55ce qui ne va pas favoriser sa carrière, au contraire.
09:58En Pennsylvanie, elle est placardisée,
10:01et on lui refuse même sa titularisation en 1995.
10:05À ce moment-là, en France, une équipe de chercheurs vient d'expérimenter
10:08un traitement basé sur l'ARN messager. Comment ça se passe ?
10:11Au début des années 90, Pierre Molien, qui est un chercheur
10:14qui est passé par l'Université d'Edimbourg,
10:16et lui aussi par l'Institut Pasteur,
10:18travaille au début sur des vaccins à base d'ADN.
10:21Le problème avec l'ADN, c'est la sécurité.
10:24On se demandait si en injectant,
10:26on n'allait pas provoquer des mutations génétiques.
10:29Et ce que se dit Pierre Molien à ce moment-là,
10:31c'est qu'en utilisant l'ARN messager,
10:34ce risque n'existera pas.
10:35Et donc, avec son équipe, ils essayent sur des souris,
10:38et ils ont une réaction immunitaire positive.
10:40Et pourtant, le projet est abandonné.
10:42Autant sur le papier, sur les paies de laboratoire,
10:44c'était très intéressant,
10:45mais il y avait d'énormes problèmes liés à l'industrialisation du processus.
10:50En gros, il aurait fallu mobiliser une équipe pléthorique
10:53pendant 10 ans et mobiliser 100 à 200 millions d'euros
10:57pour que ça fonctionne.
10:58Et aussi, il y a un problème plus scientifique,
11:00qui était que la réaction immunitaire,
11:03ils ne savaient pas à quel moment ça allait marcher ou pas.
11:05C'est-à-dire que des fois, les souris étaient guéries,
11:07d'autres fois, elles mourraient,
11:09et on ne savait pas exactement pourquoi.
11:10Pendant ce temps, Kathleen Carrico continue ses travaux
11:13sur l'ARN messager dans l'indifférence.
11:15Et un jour, de 1998,
11:18elle fait la rencontre d'un collègue chercheur sur le même campus.
11:21Kathleen Carrico ne lâche pas l'affaire de l'ARN messager
11:24et la légende veut qu'elle ait rencontré l'immunologiste Drew Westman
11:29un jour de 1998 devant la photocopieuse à l'université de Pennsylvanie.
11:34Ils entament la discussion
11:35et là, ils se rendent compte qu'ils travaillent chacun dans leur coin
11:37sur le même sujet, c'est-à-dire l'ARN messager.
11:40Et c'est là que la biochimiste opiniâtre
11:43et le jeune médecin discret ont décidé d'unir leurs forces.
11:47Ils travaillent ensemble
11:48et leurs travaux donnent lieu à une grande avancée.
11:52Ça prend des années, avec beaucoup d'essais ratés,
11:54des tâtonnements, etc.
11:56Mais finalement, ils réussissent,
11:58en modifiant subtilement l'ARN messager,
12:01à le doter d'une sorte de câble d'invisibilité
12:03qui, à la fois, le rend enfin acceptable par le système immunitaire
12:07et réduit aussi les réactions inflammatoires
12:10qui étaient un des gros problèmes
12:11depuis le début du travail sur l'ARN messager.
12:13Leur découverte est publiée en 2005.
12:16A partir de là, Julien Solonel,
12:17le monde de la recherche,
12:19commence à s'intéresser à l'ARN messager.
12:21Oui, alors effectivement, l'ARN messager,
12:23qui a fait rire tout le monde pendant des années,
12:26là, ne fait plus rigoler personne.
12:28Et on a une poignée de start-up,
12:30de petites entreprises, des biotechnologies,
12:33qui se lancent sur ce créneau extrêmement prometteur.
12:35Et qu'est-ce qu'elles font concrètement ?
12:36Elles travaillent déjà à élaborer des premiers vaccins
12:40et aussi à mettre en place des médicaments contre le cancer.
12:43En 2013, Kathleen Carrico rejoint
12:46une de ses petites entreprises de biotechnologie.
12:49Elle est baptisée BioNTech.
12:51Kathleen Carrico, pour le coup,
12:53a commencé à être courtisée par toutes les entreprises
12:55après avoir été placardisée.
12:57Et elle a choisi BioNTech,
12:59qui est cette entreprise allemande,
13:01et notamment parce qu'ils étaient très en pointe
13:03dans la lutte contre le cancer
13:04qui l'intéresse particulièrement.
13:06Deux ans plus tard, en 2015,
13:08toujours avec son collègue et chercheur,
13:09Drew Weissman,
13:10elle publie de nouveaux résultats de recherche
13:13qui, là encore, résolvent
13:14beaucoup de problèmes autour de l'ARN.
13:16Nos deux chercheurs, là,
13:17ils réussissent à enfin loger
13:19leurs précieuses molécules
13:20dans un enrombage de nanoparticules de lipides,
13:24en clair, dans une espèce de microbille de graisse.
13:26Et ça, ça évite que l'ARN messagerie se dégrade
13:29et ça facilite son entrée dans les cellules.
13:31Donc avec cette innovation,
13:32il est complètement accepté par le corps humain ?
13:35Entre la découverte de 2005
13:37qui provoque la réaction immunitaire
13:39et donc ces fameuses micro-bis,
13:42maintenant, tout est quasiment en place
13:44pour que ça puisse fonctionner.
13:47On en vient au début de l'année 2020.
13:49Un point commun a été détecté
13:51entre les personnes contaminées.
13:52Elles se seraient toutes rendues à Wuhan
13:54ces dernières semaines.
13:56Elsa Marie, le 11 janvier,
13:57les autorités chinoises publient le séquençage
14:00d'un mystérieux coronavirus
14:02à l'origine d'une épidémie
14:03dans la région de Wuhan,
14:05au centre du pays.
14:06À ce moment-là,
14:07des chercheurs du monde entier
14:09partent à la recherche d'un remède.
14:11Oui, on cherche des traitements.
14:13Moderna est le premier à mettre au point
14:15un candidat vaccin,
14:16seulement 42 jours après le séquençage
14:18du virus par les Chinois,
14:19c'est-à-dire la carte d'identité du virus.
14:22Et 6 mois plus tard,
14:23on a 200 candidats vaccins dans le monde.
14:26C'est une véritable lutte technologique
14:28qui s'engage alors.
14:29Et on le sait,
14:31c'est l'ARN messager
14:32qui va tirer son épingle du jeu
14:33à la surprise générale.
14:35On ne s'attendait pas
14:36à ce qu'il gagne
14:36cette course mondiale au vaccin.
14:39C'est vraiment la revanche
14:40de l'outsider.
14:41C'est ce qu'il faut comprendre.
14:42C'est l'élève au fond de la classe
14:43sur qui personne ne misait.
14:50L'ARN est donc une technologie
14:52qui peut être utilisée
14:53dans différents domaines
14:54de la recherche médicale.
14:56Comment elle marche
14:57dans le cadre d'un vaccin ?
14:58Dans le cadre d'un vaccin,
15:00on envoie pareil un message.
15:02Le message,
15:03il est injecté directement
15:05dans la cellule.
15:06Et ce message,
15:07ça va être de dire au corps
15:09fabriquer un petit morceau du virus.
15:11Le corps se met à fabriquer,
15:13grâce à la recette,
15:14un petit bout du virus,
15:16la protéine Spike.
15:17Et ensuite,
15:18il va se mettre en alerte
15:19et réagir
15:19en pensant qu'il y a un intrus,
15:21un ennemi à combattre.
15:23Et une fois que le vrai virus
15:24se présentera,
15:25le corps sera armé
15:27pour se défendre.
15:28C'est le principe
15:28de la vaccination.
15:29Et donc,
15:29quelle est la différence
15:30avec un vaccin dit classique ?
15:32Dans la vaccination classique,
15:33souvent,
15:33c'est un virus atténué
15:35ou inactivé
15:36qui est introduit
15:37dans l'organisme.
15:38Là, c'est différent.
15:39On envoie un mode d'emploi
15:41et on dit à l'organisme,
15:42voilà ce que vous devez fabriquer,
15:44un petit morceau du virus
15:46contre lequel le corps
15:48va ensuite se défendre.
15:49Pourquoi l'ARN messager
15:50a permis d'obtenir
15:52un vaccin aussi vite ?
15:54D'abord,
15:54les premiers résultats
15:55encourageants
15:55sur les vaccins ARN
15:56ont généré
15:57des investissements massifs
15:59qui ont évidemment
15:59boosté la recherche.
16:00Mais surtout,
16:01l'atout de l'ARN messager,
16:03c'est sa flexibilité.
16:04Il est très facile
16:05à produire.
16:06Pour donner une image,
16:07on pourrait dire
16:07qu'on peut changer
16:08la cartouche
16:09en fonction de l'ennemi
16:10à tuer.
16:11Pour autant,
16:12ce n'est pas toujours
16:12aussi simple.
16:13Parfois,
16:13on ne connaît pas
16:14le visage de l'ennemi
16:14et parfois,
16:15il y en a plusieurs.
16:16Les vaccins ARN messagers
16:17connaissent un immense succès
16:19à travers le monde.
16:20Mais certaines voix,
16:21inquiètes,
16:22s'élèvent pour dire
16:23que cette technologie
16:24est utilisée
16:24à très grande échelle
16:25sans le recul nécessaire.
16:27Est-ce que c'est vrai ?
16:28Cette technologie,
16:29elle est testée
16:30depuis plus de 30 ans.
16:31Et ce qui est nouveau,
16:32ce n'est pas l'ARN,
16:33c'est qu'on sache le fabriquer.
16:35On utilise aussi
16:36ces vaccins
16:36depuis près d'un an aujourd'hui,
16:38partout dans le monde.
16:40Et ils sont extrêmement efficaces.
16:42Ensuite,
16:43ces vaccins,
16:43ils ont quand même été testés,
16:45homologués.
16:46Ils ont passé
16:46toutes les étapes
16:47de validation,
16:48même si bien sûr,
16:49ces délais ont été raccourcés
16:50en raison de l'urgence
16:51de la crise sanitaire.
16:52Mais évidemment,
16:53c'était la première fois
16:54qu'on utilisait
16:55des vaccins
16:55à base ARN messager
16:56et surtout
16:57à une échelle planétaire.
16:59Et donc,
16:59c'est normal,
17:00on peut comprendre
17:00qu'il y ait eu
17:01beaucoup de doutes
17:01et de craintes à l'époque.
17:03Julien Solonel,
17:04cette année,
17:05en octobre,
17:05à quelques jours
17:06de l'annonce
17:07du prix Nobel de médecine,
17:08Kathleen Carrico
17:09est donnée
17:10grande favorite.
17:11Vu le contexte,
17:12les compagnies de vaccination,
17:14tout le monde s'attendait
17:14à ce que ce soit
17:15Kathleen Carrico
17:16et Drew Westmine
17:17qui est le Nobel
17:18cette année.
17:19Bon, finalement,
17:19pas du tout.
17:20Ça a été deux chercheurs
17:22américains
17:23sur la façon
17:23dont le système nerveux
17:24ressent la température
17:25et le toucher.
17:29Comme quoi,
17:30il ne suffit pas
17:31de découvrir
17:31une technique
17:32qui sauve des millions de vies
17:33pour décrocher le Nobel.
17:35Elsa Marie aujourd'hui,
17:36Kathleen Carrico
17:37continue d'explorer
17:38l'ARN messager
17:39comme beaucoup de chercheurs.
17:41De nombreux essais cliniques
17:42sont en cours
17:43sur d'autres maladies.
17:44Oui, aujourd'hui,
17:45on compte près de 300 essais cliniques
17:47dans le monde
17:48à base de cette technologie,
17:50l'ARN messager,
17:51sur toutes sortes de pathologies.
17:52Ça peut être le sida,
17:54la grippe,
17:55des maladies rares,
17:56des maladies infectieuses,
17:57cardiovasculaires.
17:58En ce moment même,
17:59pour donner un exemple,
18:00Moderna travaille actuellement
18:01sur un traitement
18:02pour le cœur
18:03quand d'autres travaillent
18:04sur la mucoviscidose,
18:06par exemple.
18:06Et il pourrait même
18:07se montrer efficace
18:08contre certains cancers ?
18:10Alors, soyons prudents,
18:11ça fait 25 ans
18:12qu'on cherche un vaccin
18:14contre le cancer
18:15à base d'ARN messager.
18:16Pour l'instant,
18:17on n'en a pas.
18:18Les chercheurs
18:19que l'on a interrogés
18:20nous disent
18:20qu'il faudra sûrement
18:21combiner un vaccin
18:22avec d'autres thérapeutiques.
18:24Ce qui est sûr,
18:25c'est que le Covid
18:26a donné un véritable coup de fouet
18:28à la recherche
18:28sur l'ARN messager
18:29qui suscite aujourd'hui
18:30un énorme engouement.
18:32Par exemple,
18:32la ligue contre le cancer
18:34prévoit d'investir
18:352 à 3 millions d'euros
18:36dans cette technologie
18:38et ça nous fit 2 milliards.
18:39Les spécialistes
18:40que nous avons interrogés
18:41nous disent
18:42qu'on pourrait avoir
18:43de belles surprises
18:43dans les 10 prochaines années
18:45grâce à l'ARN messager.
18:50Merci à Elsa Marie
18:51et Julien Solonel.
18:53Code Source
18:54est le podcast d'actualité
18:55du Parisien
18:56disponible chaque soir
18:57sur toutes les plateformes audio.
18:59Cet épisode a été produit
19:00par Sarah Amny
19:02et Clara Garnier-Amourou.
19:04Réalisation Julien Moncouquiole.
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