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Exécuté par les Allemands le 21 février 1944, le résistant communiste Missak Manouchian va entrer au Panthéon. Code source retrace la vie du résistant arménien. Cet épisode est raconté par Charles de Saint Sauveur, journaliste à la cellule récits, et chargé de la page histoire du Parisien chaque dimanche.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Emma Jacob, Thibault Lambert et Julia Paret - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

#resistance #communiste

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 18 juin, le président Emmanuel Macron a annoncé l'entrée du résistant Missak Manouchian
00:17et de son épouse Mélinet Manouchian au Panthéon,
00:20ce mausolée du 5e arrondissement de Paris qui honore de grands personnages de l'histoire de France.
00:25À la tête d'un réseau de résistants communistes pendant l'occupation allemande,
00:29Missak Manouchian a été arrêté en novembre 1943,
00:33puis exécuté avec 21 autres compagnons en février 1944 au Mont-Valérien, près de Paris.
00:40Codesources retrace aujourd'hui le destin de Missak Manouchian
00:43avec Charles le Saint-Sauveur, journaliste au service Récits du Parisien,
00:47Charles le Saint-Sauveur qui s'occupe également de la page Histoire du Parisien chaque dimanche.
00:59Charles le Saint-Sauveur, au mois de janvier et une seconde fois le 16 juin,
01:03vous échangez avec la petite nièce de Missak Manouchian.
01:06Elle s'appelle Katia Guiragossian, elle a une petite cinquantaine d'années,
01:10elle n'a donc pas connu le résistant.
01:12Et elle vous parle surtout de Mélinet, l'épouse de Missak Manouchian.
01:16Oui, elle a beaucoup connu Mélinet, la femme de Missak Manouchian,
01:20chez qui elle allait régulièrement avec sa grand-mère Armen déjeuner à Paris,
01:24dans le quartier de la République.
01:26Mélinet lui préparait de la sole, le poisson.
01:29Elle en a gardé des souvenirs très forts.
01:31Elle se souvient aussi d'une femme qui était dure, qui lui faisait un petit peu peur.
01:34Mais il y avait surtout de la joie.
01:36Et dans la famille, on a gardé vraiment le souvenir d'un homme plein de vie,
01:40plein de passion, aimant la fête, la musique, les lettres, les amis.
01:45C'est vraiment ça qui prédomine dans la mémoire familiale.
01:49Charles de Saint-Sauveur, la panthéonisation de Missak Manouchian,
01:52ça faisait très longtemps qu'elle était évoquée.
01:54Oui, parce que Missak Manouchian est une figure très connue de la Résistance,
01:58et depuis longtemps, depuis la Libération,
02:00il a été question de sa panthéonisation en 2014,
02:04quand François Hollande a annoncé la panthéonisation de quatre figures de la Résistance.
02:09Il était le cinquième, tout le monde l'attendait,
02:12et finalement, il n'en a rien été.
02:13Pourquoi Emmanuel Macron a fait ce choix aujourd'hui en 2023 ?
02:17Alors d'abord, parce qu'il y avait une demande très forte d'un communauté de parrainage
02:21qui a vraiment fait un lobbying très efficace.
02:24Macron, d'ailleurs, y avait répondu favorablement lors de la campagne présidentielle de 2022.
02:30Macron, il est en quête de héros.
02:32Il l'a montré lors de ses années à la présidence de la République.
02:35Il y en a eu beaucoup qui ont été célébrés sous son mandat,
02:38et Misak Manouchian en est un.
02:39C'est une figure consensuelle, un vrai héros de la Résistance,
02:43figure communiste, donc pas de son bord,
02:45mais qui a ses partisans partout, figure incontestée de la Résistance.
02:49Et politiquement, effectivement, il est aussi un symbole.
02:52C'est un étranger, apatride, c'est-à-dire sans passeport, sans nationalité,
02:57qui a défendu la France contre les nazis jusqu'au sacrifice de sa vie.
03:07Charles le Saint-Sauveur, vous allez nous raconter aujourd'hui l'histoire de Misak Manouchian.
03:11Il est né le 1er septembre 1906 à Adiyaman,
03:15dans ce qui est à ce moment-là l'Empire Ottoman.
03:17C'est une ville située dans le sud de la Turquie d'aujourd'hui.
03:20Qu'est-ce que l'on sait de son milieu d'origine, de sa famille ?
03:23On sait qu'il est aussi d'une famille de paysans assez pauvres,
03:27arméniens donc dans l'Empire Ottoman et catholiques.
03:30On sait aussi que c'est le petit dernier de la famille,
03:32qu'il a deux grandes sœurs et un grand frère.
03:34Sa famille est décimée pendant le génocide arménien perpétré par l'Empire Ottoman.
03:39Misak Manouchian a grandi avec le souvenir d'un massacre avant sa naissance
03:44perpétré par les Ottomans qui avaient fait 200 000 morts.
03:47En 1915, quand il a 9 ans, ça recommence.
03:50Cette fois, le génocide est d'une envergure absolument phénoménale
03:54puisqu'on parle de 1,5 million de morts.
03:56Parmi eux, il y a son père qui faisait partie d'un comité d'autodéfense
03:59et qui a tué des armes à la main en 1915.
04:02Sa mère, elle, meurt peu après des suites d'une maladie qui était liée à la famine
04:06parce qu'effectivement, il n'y avait plus grand-chose à manger parmi les déportés arméniens.
04:10Avec son frère aîné Garabé, Misak Manouchian s'exile d'abord au Liban.
04:14Oui, il a été pris en charge par la communauté arménienne
04:17et mis à l'abri au Liban, à 20 km de Beyrouth,
04:20dans un pensionnat francophone qui est à Jounier.
04:23Là, il va passer plusieurs années, d'une enfance assez solitaire.
04:27Et c'est là qu'il commence à rêver de France.
04:29En 1925, avec son frère Garabé, il part pour Marseille.
04:34Il a appris entre-temps le métier de menuisier, qu'il exerce un temps.
04:37Ça ne lui plaît pas beaucoup.
04:38Ce dont il rêve, c'est évidemment de Paris, de la capitale.
04:40Et c'est ce qu'il fait. Il va à Paris avec son frère Garabé en 1927.
04:45Mais la même année, son frère meurt des suites d'une maladie.
04:48Il avait une santé fragile.
04:50Misak Manouchian, lui, à quoi est-ce qu'il ressemble à ce moment-là,
04:53pour qu'on puisse se l'imaginer ?
04:55C'est un jeune homme très brun de peau, très typé,
04:59avec un corps vraiment d'athlète, nourri par des tours de piste.
05:02Il fait beaucoup, beaucoup de sport.
05:04Et puis un visage qui est assez beau, qui est taillé à la serpe,
05:07un petit peu comme ceux des acteurs d'Hollywood.
05:09C'est un garçon qui est surtout plein de vie.
05:11Il a perdu tous les siens dans des circonstances abominables.
05:14Il vient de perdre son frère.
05:15On pourrait imaginer qu'il est à terre.
05:17Mais voilà, il a décidé de croquer la vie à plein dedans.
05:20Il travaille comme ouvrier.
05:21Il est tourneur dans une usine Citroën à Paris, dans le 15e arrondissement.
05:25Mais Misak Manouchian est aussi un intellectuel.
05:28Oui, il se passionne pour la poésie, pour les arts.
05:31Il suit des cours, d'ailleurs, en auditeur libre à la Sorbonne.
05:34Il fréquente la bibliothèque ouvrière
05:36et assidûment la bibliothèque Sainte-Geneviève,
05:38très connue des étudiants parisiens.
05:41C'est vraiment un amoureux de la poésie et des lettres.
05:44Pour lui, c'est ça, la France.
05:45Et notamment, il traduit en arménien
05:47des poèmes de Verlaine, de Baudelaire et de Rimbaud.
05:49Ces poèmes, à lui, ils sont comment ?
05:51Alors, c'est des poèmes très lyriques et très politiques.
05:55Alors, il parle de son douloureux passé,
05:57mais aussi de la condition ouvrière, par exemple,
06:00dans un très joli poème qui s'appelle « Les couturières ».
06:03Elles sont là, devant la machine à coudre,
06:05aux premiers rayons du soleil,
06:07et coudront jusqu'à la nuit, sans relâche,
06:09s'abrevant de jour jusqu'à tomber de sommeil.
06:12La commande presse, le travail exige du soin.
06:15Il le faut, sinon c'est le chômage,
06:17demain, qui met à la merci de la misère,
06:20dont le spectre est toujours là,
06:22montrant ses crocs.
06:23Ainsi besogne-t-elle,
06:25pour un patron qui les exploite sans pitié.
06:28Il s'engage au Parti communiste à partir de 1934.
06:31Il s'engage en 1934
06:33parce qu'il est très affecté par deux événements politiques.
06:36C'est l'incendie du Reichstag
06:37perpétré par les nazis en Allemagne.
06:39Et le 6 février 1934,
06:41où les ligues d'extrême droite
06:43défilent devant le palais Bourbon,
06:46avec pas mal de morts.
06:47C'est un grand choc pour lui.
06:49Et il décide d'adhérer au Parti communiste,
06:52dont il était sympathisant depuis quelques années déjà.
06:54C'est un chemin, finalement, assez naturel pour lui,
06:56qui a perdu tous les siens,
06:57parce qu'il trouve dans le Parti communiste
06:59une nouvelle famille.
07:03Au sein du Parti communiste,
07:04Misak Manouchian rencontre
07:05celle qui va devenir son épouse.
07:07Oui, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer
07:09parce qu'elle est, elle aussi,
07:10orpheline du génocide arménien.
07:12Elle n'a pas été au Liban,
07:13mais en Grèce,
07:14là où elle a été exilée,
07:15puis elle a rejoint ensuite la France.
07:16Elle a les mêmes convictions que lui,
07:18les mêmes origines.
07:20Et ils se rencontrent, donc, en 1934,
07:23via une organisation arménienne
07:25affiliée au Parti communiste.
07:26Et d'ailleurs, pour la petite histoire,
07:28quand il lui déclare sa flamme,
07:30il le fait dans un café en lui tendant un miroir
07:32et en lui disant
07:33« Je vais te montrer qui est l'élu de mon cœur. »
07:35Que se passe-t-il pour Misak Manouchian
07:36au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939 ?
07:39Au moment où la France déclare la guerre à l'Allemagne,
07:41il est arrêté en tant que militant communiste.
07:44Il va être interné quelque temps
07:46avant de servir dans l'armée française
07:48et puis d'être démobilisé en juin
07:51au moment de la défaite de l'armée française
07:53face au Reich allemand.
07:54Il est arrêté une nouvelle fois
07:56en tant que militant communiste,
07:58mais cette fois par le régime de Vichy,
08:00juste après l'invasion par l'Allemagne nazie
08:03de l'URSS,
08:04qui met fin donc au pacte germano-soviétique.
08:07C'est le signal d'entrée
08:08des communistes dans la résistance.
08:10Il est relâché, en fait, assez vite,
08:12faute de preuve,
08:13et il rentre dans la clandestinité.
08:15Pendant l'occupation,
08:16dans le Paris occupé par les Allemands,
08:18ils voient souvent des amis arméniens,
08:20la famille Aznavourian.
08:21Oui, les Aznavourians habitent rue Navarin
08:24dans le quartier de Pigalle à Paris,
08:25alors que Méliné et Missak, eux,
08:27habitent dans le 14e rue de Plaisance.
08:29Mais ils y passent beaucoup de temps.
08:30Le père et la mère Aznavourian
08:32préparent des bons petits plats
08:34pour le couple manouchiant.
08:36Missak lui-même apprend à Charles,
08:38qui deviendra Charles Aznavour,
08:40à jouer aux échecs.
08:41Ils y trouvent aussi une sorte de plan
08:43qu'ils viennent se changer
08:45après, par exemple,
08:46une action clandestine.
08:48En 1943, Missak Manouchian
08:50rejoint un groupe armé de résistants
08:52fondé l'année précédente,
08:54les FTP-MOI.
08:57FTP-MOI, c'est Front Tireur et Partisan.
09:00C'est un groupe clandestin communiste
09:02de la résistance,
09:04fondé pendant la guerre.
09:05Et MOI, c'est la main-d'œuvre immigrée.
09:07C'est antérieur, date de 1924.
09:10Le Parti communiste crée à ce moment-là
09:12la MOI,
09:13qui fédère syndicalement et politiquement
09:17les masses d'immigrés venus d'un peu partout en Europe
09:21et surtout dans les années 30,
09:22effectivement,
09:23à la faveur de la crise économique
09:24et des crises politiques,
09:26notamment en Allemagne et en Europe de l'Est.
09:29La FTP-MOI,
09:29c'est un groupe armé résistant,
09:32composé essentiellement d'immigrés d'Europe
09:34et pour la plupart juifs.
09:36Concrètement, que fait son groupe,
09:37les FTP-MOI ?
09:38Son groupe mène des actions clandestines
09:41qui vont de l'incendie de voitures
09:44à des rails-ventreins
09:46et des choses beaucoup plus audacieuses
09:48comme des attentats,
09:49voire des exécutions de dignitaires nazis.
09:53Il faut savoir qu'en 1943,
09:54la plupart des groupes résistants
09:56en région parisienne ont été démantelés
09:58et que les FTP-MOI sont à peu près
10:00les seuls à affronter les nazis dans Paris.
10:02Le vendredi 2 juillet 1943,
10:05l'un des chefs des FTP-MOI,
10:07Joseph Kliski, meurt
10:08suite à l'attaque d'un bus rempli d'allemands
10:10à Clichy dans l'actuel département des Hauts-de-Seine.
10:13Cette mort est un véritable coup d'arrêt
10:15qui désorganise complètement
10:17le premier détachement des FTP-MOI
10:20dont il était le commandant militaire.
10:22C'est à la suite de cette perte
10:23que Missak Manouchian prend du galon
10:26dans l'organisation.
10:27Il devient d'abord commissaire technique en juillet
10:29puis le commissaire militaire,
10:31c'est-à-dire le responsable des opérations.
10:34C'est lui notamment qui est chargé
10:35de désigner les cibles à abattre
10:37et qui organise les trois groupements,
10:40c'est-à-dire une cinquantaine de résistants
10:41dont il a la responsabilité.
10:43Quels sont ces faits d'armes ?
10:44L'action la plus spectaculaire a lieu le 28 septembre 1943,
10:49rue Petrarch, dans le 16e arrondissement de Paris.
10:52Manouchian directement n'y participe pas,
10:55mais trois de ses lieutenants assassinent,
10:56donc en pleine rue,
10:58un des dignitaires nazis de Paris,
11:00le général SS Julius Ritter,
11:03qui était l'un des responsables du STO,
11:05le service travail obligatoire
11:07qui envoie de la main-d'oeuvre de force en Allemagne.
11:09Charles Saint-Sauveur, la police du régime de Vichy,
11:12cherche à démanteler le groupe Manouchian.
11:15Elle cherche avec de gros moyens.
11:17En gros, c'est la fameuse BS2,
11:21la brigade spéciale numéro 2 des renseignements généraux,
11:25qui est donc un service qui est commandé
11:27par le commissaire Lénoch,
11:29très efficace et qui met en œuvre
11:31des moyens spectaculaires
11:32pour traquer les groupes de résistants armés.
11:35C'est notamment le cas du groupe Manouchian.
11:38En novembre 1943,
11:40tout le réseau des FTP-IMOI à Paris est démantelé.
11:43Il y a 68 arrestations au total.
11:46C'est un vrai coup de filet.
11:48Le 16 novembre,
11:49Missak Manouchian a rendez-vous,
11:50comme tous les mardis,
11:50avec son chef, Joseph Epstein.
11:53Ils se rencontrent à la gare de Évry-Petibourg,
11:56comme on dit alors.
11:57Et là, ils sont immédiatement arrêtés,
12:00l'un comme l'autre.
12:01Méliné, elle, parvient à se cacher
12:04chez les Azinabouryans, justement.
12:05D'un mot,
12:06il y a plusieurs versions sur son arrestation,
12:08mais lui, à ce moment-là,
12:09il pense avoir été dénoncé.
12:11C'est ce qu'il écrit dans une de ses toutes dernières lettres.
12:13Il dit qu'il a été vendu,
12:15qu'il ne pardonnera pas à cette personne,
12:17contrairement à toutes les autres.
12:19Les historiens, aujourd'hui en tout cas,
12:21ne retiennent pas l'hypothèse d'une trahison,
12:24mais bien celle d'une enquête
12:26très fouillée de la police française
12:27pour remonter jusqu'à lui.
12:31Missak Manouchian et 22 autres membres
12:34de son groupe de résistants
12:35font l'objet d'un simulacre de procès.
12:37Procès qui s'est ouvert le mardi 15 février 1944,
12:41devant une cour martiale allemande.
12:43Il y a des doutes sur la durée de ce procès
12:45et le lieu.
12:46Selon certaines versions,
12:47c'était dans une salle de l'Hôtel Continental à Paris.
12:50On sait vraiment très peu de choses de ce procès,
12:52en tout cas des débats qui ont eu lieu.
12:54On ne sait même pas combien de temps exactement il a duré.
12:57Ce qu'on sait en revanche,
12:58c'est qu'il a été expéditif,
12:59que c'était un simulacre de procès
13:01et qu'il a été rapporté par une presse
13:03qui était complètement sous contrôle,
13:05donc évidemment hostile au groupe armé résistant.
13:08Et avant le procès,
13:09donc face à la presse Collabo,
13:11il aurait prononcé cette phrase
13:12« Vous avez hérité de la nationalité française,
13:15nous l'avons mérité ».
13:16Au moment de ce procès,
13:18la propagande allemande crée une affiche
13:20pour essayer de dénigrer le groupe Manouchian
13:22auprès du reste du pays.
13:24C'est une affiche qui va être placardée
13:26à peu près à 15 000 exemplaires
13:27sur les murs de Paris,
13:28puis de quelques grandes villes,
13:30qui est une affiche rouge sang,
13:31où pour la première fois apparaît le mot
13:33« l'armée du crime »,
13:34qui dénonce le groupe dirigé par Missac Manouchian,
13:39qui figure en plein milieu de cette affiche
13:41en médaillant noir,
13:43avec une tête cabossée,
13:44il est passé entre les mains de la Gestapo,
13:47qui ne ressemble pas du tout aux images
13:49qu'on peut avoir de lui par ailleurs.
13:51Il est dénoncé comme arménien,
13:52chef de bande,
13:53responsable de 56 attentats,
13:55150 morts et 600 blessés.
13:57On voit aussi juifs hongrois,
13:59juifs polonais,
14:00communistes italiens.
14:01L'idée, c'est de dire
14:02« ces résistants sont des étrangers », c'est ça ?
14:04L'idée des nazis,
14:05c'est d'en faire de sinistres criminels
14:07venus de partout, sauf de France,
14:09des criminels qui commettent des crimes en France,
14:11d'avoir une sorte d'effet répulsif
14:13sur la population française.
14:15Au terme de ce simulacre de procès,
14:17les 23 sont condamnés à mort.
14:19L'exécution de Missak Manouchian
14:21et des autres membres de son groupe de résistants
14:23va avoir lieu quelques jours plus tard,
14:25le lundi 21 février,
14:27au Mont-Valérien, près de Paris.
14:28Oui, au Mont-Valérien,
14:29dans la clairière des fusillés.
14:31Pourquoi cet endroit ?
14:32Parce qu'on n'entend pas le bruit des détonations
14:34quand les exécutions ont lieu,
14:36notamment on ne les entend pas à Paris.
14:38Donc c'est un lieu privilégié par les nazis
14:40pour exécuter leurs otages ou leurs condamnés,
14:43beaucoup de communistes d'ailleurs.
14:45Missak Manouchian, lui, est exécuté
14:46en milieu d'après-midi
14:47avec l'ensemble de son groupe,
14:49à peu près 4 par 4.
14:50On sait qu'il fait beau ce jour-là,
14:53qu'il refuse d'avoir les yeux bandés
14:54et qu'il a 37 ans au moment où il meurt.
14:57Avant son exécution,
14:59Missak Manouchian a pu écrire des lettres,
15:00notamment une lettre à son épouse Méliné.
15:03C'est une lettre bouleversante,
15:04comme le sont d'ailleurs souvent
15:05les lettres de résistants
15:07qui s'apprêtent à être passés par les armes.
15:10Ma chère Méliné,
15:11ma petite orpheline bien-aimée,
15:14dans quelques heures,
15:15je ne serai plus de ce monde.
15:17Nous allons être fusillés
15:18cet après-midi à 15h.
15:21Cela m'arrive comme un accident dans ma vie.
15:24Je n'y crois pas,
15:24mais pourtant je sais
15:25que je ne te verrai plus jamais.
15:27Il raconte la victoire.
15:30Il dit qu'ils sont près du but,
15:32mais qu'il ne verra pas la France libérée.
15:35Il raconte qu'il n'a aucune haine
15:36contre le peuple allemand.
15:37Ce sont des mots très forts.
15:39Il demande à Méliné de se remarier,
15:41d'avoir un enfant,
15:42ils n'en ont pas eu,
15:43et de continuer à honorer sa mémoire.
15:46D'ailleurs, il se dit sûr
15:47que le peuple français
15:48honorera sa mémoire.
15:50C'est en regardant le soleil
15:51et la belle nature
15:52que j'ai tant aimée
15:53que je dirai adieu à la vie
15:54et à vous tous,
15:56ma bien chère femme
15:57et mes bien chers amis.
15:59Je pardonne à tous ceux
16:01qui m'ont fait du mal
16:01ou qui ont voulu me faire du mal,
16:03sauf à celui qui nous a trahis
16:05pour racheter sa peau
16:06et ceux qui nous ont vendus.
16:08Je t'embrasse bien fort,
16:10ainsi que ta sœur
16:11et tous les amis
16:11qui me connaissent
16:12de loin ou de près.
16:13Je vous sers tous
16:14sur mon cœur.
16:16Adieu.
16:17Ton ami, ton camarade, ton mari.
16:23Charles de Saint-Sauveur,
16:24après la fin de la guerre,
16:26Missac Manouchian
16:26passe à la postérité.
16:28Oui, très rapidement,
16:30par le biais de l'affiche rouge
16:31qui s'est retournée
16:32contre la propagande nazie,
16:34Missac Manouchian
16:35et ses camarades
16:36deviennent des icônes
16:38de la libération,
16:39des martyrs de la résistance,
16:41notamment au sein
16:43du Parti communiste.
16:45En 1950,
16:46un premier poème
16:47de Paul Éluard
16:48célèbre leur mémoire.
16:49Mais c'est surtout
16:50en 1955
16:51que la figure
16:53de Manouchian
16:54et des camarades
16:56de l'affiche rouge
16:57rentrent vraiment
16:57dans la mémoire collective
16:58avec un poème
16:59de Louis Aragon.
17:00C'est le journal
17:01de l'humanité
17:02qui lui a commandé
17:02un poème.
17:04Ça s'appelle
17:04Strophe pour se souvenir.
17:06Et quatre ans plus tard,
17:08en 1959,
17:09Léo Ferré
17:10met en musique
17:11le poème d'Aragon.
17:12Vous aviez vos portraits
17:13sur les murs
17:14de nos villes,
17:17noirs de barbe
17:18et de nuit,
17:19hirsutes,
17:20menaçants,
17:22l'affiche
17:23qui semblait
17:24une tâche de sang
17:26parce qu'à prononcer
17:28vos noms
17:29sont difficiles,
17:33ils cherchaient
17:34un effet de peur
17:35sur les passants.
17:44Merci à Charles de Saint-Sauveur,
17:46Code Source
17:46et le podcast quotidien
17:47d'Actualité du Parisien.
17:48Cet épisode a été produit
17:50par Julia Paré,
17:51Thibaut Lambert
17:52et Emma Jacob.
17:53Réalisation,
17:54Julien Moncou-Piol.
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