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  • il y a 9 heures
La cheffe de file du Printemps Marseillais a marqué l’histoire en devenant l’été dernier la première femme maire de la cité phocéenne. Mais cinq mois plus tard, elle décide de démissionner. Marc Leras, le correspondant du Parisien à Marseille nous raconte ce séisme politique.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Marion Bothorel, Raphaël Pueyo, Nathan Chatelain et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol- Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : Europe 1, France 2, La Provence, Gomet Media, France Inter.

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Transcription
00:01Bonjour, je suis Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Elle était devenue en quelques semaines l'espoir de la gauche marseillaise.
00:15Première femme élue maire de Marseille, Michel Rubirola a démissionné le 15 décembre 2020,
00:21moins de six mois après le début de son mandat.
00:24L'écologiste vient d'échanger sa place avec son premier adjoint, Benoît Payan,
00:28et invoque des raisons de santé.
00:30Marc Lerasse, correspondant du Parisien à Marseille, revient sur son ascension
00:35pendant la campagne pour les dernières municipales
00:37et ses débuts difficiles à la tête de la deuxième ville de France.
00:43C'est un coup de tonnerre qui se prépare sur la cannebière.
00:46Michel Rubirola réunit à 14h sa majorité et selon plusieurs sources concordantes,
00:50ce serait pour annoncer sa démission de la tête du conseil municipal et donc de la mairie de Marseille.
00:55Marc Lerasse, vous êtes le correspondant du Parisien à Marseille depuis 20 ans.
01:00Est-ce que vous avez été surpris en apprenant la démission de Michel Rubirola ?
01:05C'est un bruit qui courait depuis sa désignation.
01:08Ses adversaires, à gauche comme à droite, estimaient qu'elle n'était qu'un poisson pilote.
01:12C'est donc plus une demi-surprise, même si je ne m'attendais pas à ce que cela soit si
01:16rapide.
01:17On va revenir avec vous dans cet épisode de Côte-Source sur cette démission.
01:20Mais pour comprendre son origine, il faut remonter au 5 novembre 2018 dans le centre de la ville, rue d
01:27'Aubagne.
01:28Deux immeubles s'effondrent.
01:29Pour la population, c'est la sidération des gens surpris chez eux peu avant 9h du matin
01:33et qui finissent à ensevelir sous des tonnes de gravards.
01:36Ces images sont destinées à son syndic.
01:38Le locataire veut les convaincre d'intervenir au plus vite.
01:43Il ne se doute pas que dans exactement 21 minutes, son immeuble va s'effondrer.
01:48On pense que ce genre de choses n'arrive que dans les villes du tiers-monde, mais là, c'est
01:52la deuxième ville de France.
01:53Ce qui compte, c'est qu'on trouve le moins de morts possibles, mais nous pensons qu'il y en
01:58aura.
01:59Et le bilan humain est lourd.
02:018 morts, 2 personnes blessées.
02:02Ce drame, il va bouleverser les Marseillais.
02:06Oui, d'abord par le bilan humain et les conditions de leur décès.
02:09Et puis très vite, la colère va monter, puisque cela faisait des années que les habitants du quartier
02:15signalaient l'état de certains immeubles.
02:17Les deux qui se sont effondrés avaient fait l'objet de nombreuses expertises et signalements.
02:23La réaction de la mairie, qui va évoquer la pluie comme cause de ces éboulements, va aussi choquer,
02:29puisque, objectivement, la pluie n'était pas très forte.
02:32Et puis, tout va s'emballer.
02:34Du côté des autorités, ça va être la panique.
02:36Tout ce qui n'a pas été fait, pendant des années, ça va se faire dans l'urgence.
02:40Les arrêtés de péril, ils pleuvent dans toute la ville.
02:42Il y a 195 immeubles qui sont évacués et 2500 Marseillais prennent le chemin de l'hôtel.
02:49Et cette catastrophe de la rue d'Aubagne, elle va avoir des conséquences politiques.
02:53Oui, sur Jean-Claude Godin et sur sa majorité.
02:56Jean-Claude Godin est maire depuis 25 ans.
02:59On sait qu'il ne se représentera pas, mais lui et sa majorité sont comptables de ce qui vient de
03:05se passer.
03:06On peut dire, quelque part, que le roi est nu.
03:08La mairie, ça devient le terminus des manifestations qui se terminent au cri de Godin assassin.
03:17Il y a vraiment une coupure, là, qui est très nette,
03:20entre cette majorité finissante et une grande part de la population
03:26qu'il avait élue, par ailleurs, quatre fois.
03:28Mais là, il y a une cassure.
03:32Marseille devient alors une ville clé pour les prochaines élections municipales
03:36qui se sont prévues en 2020.
03:37Et pendant les mois qui suivent, les partis s'organisent.
03:41Oui, tout à fait.
03:42Mais pas dans l'union au départ.
03:44Jean-Luc Mélenchon, qui est député de la ville, n'est pas très chaud pour une union de la gauche.
03:48Samia Ghali, ex-socialiste, sénatrice des quartiers nord, joue sa propre partition.
03:54Dès octobre, Europe Écologie Les Verts, dopée par ses résultats aux européennes,
03:58choisie à travers un scrutin interne qui réunit quelques dizaines d'adhérents
04:02de partir tout seul, malgré les appels d'une partie de la gauche,
04:06dont Michel Rubirola, qui est adhérente EELV.
04:09Du côté des Républicains, ce n'est pas beaucoup mieux.
04:12Bruno Gilles, sénateur qui a annoncé sa candidature depuis plus d'un an,
04:15se voit souffler l'investiture par Martine Vassal.
04:18Il va partir en dissident et se maintiendra jusqu'au bout.
04:22Le fauteuil de Jean-Claude Godin, tout le monde le sait, va être libre.
04:27Et ça aiguise à la fois les appétits, les stratégies.
04:31Et pour l'heure, c'est plutôt dans la désunion.
04:35A côté de ça, il y a des citoyens et des élus à gauche qui, eux, ne sont pas d
04:39'accord avec cette compétition entre les partis.
04:42C'est le cas du mouvement sans précédent.
04:44Le 4 novembre 2019, ce collectif se rebaptise le Printemps Marseillais.
04:49Qu'est-ce que c'est ?
04:50Il y a des citoyens, des associatifs, des politiques de gauche et même au début des syndicats.
04:57L'idée, c'est de faire converger les différentes protestations pour les transformer en plateformes politiques et programmatiques.
05:02Que chacun abandonne son étiquette au profit de celle du Printemps Marseillais.
05:07C'est-à-dire construire avec les partis, mais sans laisser la place fondamentale aux partis politiques.
05:13Ce mouvement veut donc constituer une liste en vue des municipales.
05:17Et un homme est pressenti pour figurer à sa tête.
05:20C'est le socialiste Benoît Payan.
05:21Il connaît très bien la vie politique marseillaise.
05:24Oui, c'est un pur politique qui, après des études de notariat, est entré directement en politique.
05:30Il travaille au cabinet de Michel Vauzel à la région PACA.
05:33Puis avec le sulfureux Jean-Noël Guérini au département des Bouches-du-Rhône.
05:37Avant de rejoindre le cabinet de la ministre déléguée aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti.
05:42Il a été secrétaire général du mouvement des jeunes socialistes un temps.
05:47Et surtout, il est élu au conseil municipal en 2014.
05:51Et il devient président du groupe d'opposition socialiste.
05:55Un poste que pas grand monde ne voulait à l'époque.
05:57Il va ferrailler pendant six ans avec un Jean-Claude Godin qu'il aime bien.
06:01En 2015, il est élu en binôme au conseil départemental des Bouches-du-Rhône avec Michel Rubirola.
06:07C'est Marie-Arlette Carlotti qui, en cédant son canton historique, les a présentés.
06:11C'est le début d'un couple en politique.
06:13Mais le 10 janvier 2020, c'est Michel Rubirola qui, finalement, est élu à la tête de la liste pour
06:20les municipales.
06:21Qui est-elle ?
06:22C'est une médecin des quartiers Nord qui travaille pour la sécurité sociale dans ces quartiers paupérisés de la ville.
06:28Qui est entrée en politique par les luttes écologistes des années 70.
06:32Elle est sur le plateau du Larzac, à Cresmalville, partout où se construit l'écologie politique balbutiante à cette époque
06:40-là.
06:41C'est une mère de trois enfants, très discrète.
06:44Elle a été élevée dans le quartier populaire du Roué par une famille très politisée.
06:48C'est une petite fille d'immigrés italien et espagnol.
06:51Son père est l'un des fondateurs du parti communiste marxiste-léniste, un éphémère parti maoïste des années 70.
06:59Elle est donc élevée très à gauche et va trouver son indépendance à travers son engagement écologiste.
07:05À Marseille, politiquement, ce n'est pas vraiment une inconnue, mais elle n'est pas très connue non plus.
07:10Elle est candidate école depuis les années 2000.
07:12Elle a été élue en 2015 conseillère départementale Europe Écologie-Les Verts avec Benoît Payan.
07:18Mais disons que c'est plus un second rôle qu'un premier rôle politique.
07:23Et pourquoi ce choix ?
07:25Pour plusieurs raisons.
07:26La première, c'est que c'est une femme qui, a priori, a une bonne image et qui est écologiste.
07:31Ce qui est stratégiquement un bon moyen pour couper l'herbe sous le pied à Europe Écologie-Les Verts,
07:37qui a décidé de partir tout seul à ces élections municipales.
07:39Et surtout, on ne veut pas d'une tête de liste issue d'un parti classique,
07:44notamment chez les collectifs citoyens.
07:47Benoît Payan va comprendre rapidement que son étiquette PS ne lui permettra pas de faire consensus dans le printemps marseillais.
07:53Dès le 6 janvier, il annonce son retrait via une vidéo Facebook.
07:57Je crois en chacun des mots et des actes que j'ai posés pour faire naître le rassemblement.
08:02Et je refuse de servir de prétexte à la division.
08:05Et puis, ça va être tout naturellement qu'il va pousser la candidature consensuelle de son binôme au département,
08:11qui est Michel Rubirola.
08:13J'ai pris la décision de ne pas me présenter comme tête de liste et de soutenir Michel Rubirola.
08:19Début janvier, qui sont alors les principaux candidats en course pour la mairie de Marseille ?
08:23Il y en a pléthore.
08:25Rarement le paysage politique local a été aussi dispersé.
08:29À droite, il y a l'héritière officielle de Jean-Claude Godin, Martine Vassal, à qui il a déjà laissé
08:34la métropole.
08:35Mais aussi le dissident Bruno Gilles.
08:37Le RN présente sans surprise Stéphane Ravier.
08:41La République en marche présente de son côté l'ancien président de l'université Yvon Berlan,
08:48qui n'arrivera jamais à vraiment percer dans la campagne.
08:51À gauche aussi, il y a le choix entre le printemps marseillais,
08:54les listes de Samia Ghali et celle des Verts amenée par Sébastien Barle.
08:57Le 19 mars, on est au premier tour des élections municipales, dans un contexte de crise sanitaire.
09:03Le printemps marseillais, porté par Michel Rubirola, arrive en tête.
09:07Est-ce que c'est une surprise ?
09:08Oui, clairement oui.
09:10Même si les derniers sondages notaient sa remontée,
09:13sa première place avec 23,44% des voix,
09:16contre 22,32% à Martine Vassal et un RN à 19,48%,
09:20c'est un coup de tonnerre, notamment pour la droite.
09:23Dans un contexte de faible participation, notamment à la Covid,
09:27elle va bénéficier d'une surmobilisation de son électorat,
09:32notamment des jeunes et des néo-marseillais installés dans des secteurs
09:35traditionnellement acquis à la droite et qui vont basculer.
09:39On sait que peu de temps après, le second tour sera reporté,
09:42au moins jusqu'au mois de juin, à cause de la pandémie de Covid-19 et du confinement.
09:46Mais d'ici là, le printemps marseillais doit faire alliance pour espérer gagner.
09:50Oui, puisque l'objectif pour le printemps marseillais,
09:53c'est de réaliser la plus large union possible,
09:57surtout dans ce scrutin très particulier,
10:00réparti en huit secteurs qui sont huit élections différentes
10:04qui ensuite permettent d'avoir ou pas la majorité au conseil municipal central.
10:09Alors le 18 mai, Europe Écolégie-Les Verts,
10:11qui a fait moins de 10% sur la ville,
10:13annonce un accord de fusion des listes.
10:16Reste Samia Ghali, qui, elle, ne peut se maintenir que dans son secteur des quartiers nord,
10:21mais qui va refuser un accord et va aller jusqu'au bout.
10:24Et elle va gagner dans son secteur de moins de 400 voix
10:27devant le printemps marseillais et le Rassemblement national,
10:30ce qui va lui apporter les élus,
10:32qui vont lui permettre d'être la faiseuse de roi au conseil municipal central.
10:37De son côté, Jean-Luc Mélenchon,
10:39la position officielle de la France insoumise,
10:42c'est d'enjamber les municipales.
10:43On l'écoute peu, il ne dit pas grand-chose.
10:46Je n'ai pas non plus compris pourquoi Mme Rubirola s'est sentie obligée de dire
10:51qu'il n'y avait trace de moi dans la liste.
10:53Bon, si je la dérange, je trouve ça un peu dommage,
10:56parce qu'il ne faudrait quand même pas que ça dissuade des gens d'aller voter pour.
10:59Me mépriser, ça ne porte pas toujours chance à tout le monde.
11:01Il soutient du bout des lèvres, on va dire.
11:03Et que fait Michel Rubirola pendant cet entre-deux-tours en plein confinement ?
11:06Comment elle fait campagne ?
11:07Cet entre-deux-tours, il est très très long,
11:10comme partout en France, donc un entre-deux-tours de plusieurs mois.
11:14Et puis la campagne est mise entre parenthèses pendant tout le confinement.
11:18Alors pendant ce temps, qu'est-ce qu'elle fait ?
11:19Elle laisse les clés à Benoît Pallian et elle retourne à son travail de médecin
11:23en participant au groupe de traçage Covid dans les quartiers Nord.
11:26À quelques jours du deuxième tour, que disent les sondages ?
11:29Qu'est-ce qu'on pressent ?
11:30On sent que Michel Rubirola le va en poupe, d'autant que les verres l'ont rejoint.
11:35Mais le mode de scrutin extrêmement complexe fait qu'avant ce second tour,
11:42il est très dur d'y voir clair.
11:43Et ce second tour des municipales a lieu finalement le 28 juin.
11:47Le résultat, Marc Lerasse, est très serré.
11:50Oui, très serré, parce que le printemps marseillais remporte 4 secteurs,
11:55dont celui de Jean-Claude Godin dans les quartiers Sud,
11:58les Républicains, 3 secteurs, et Samia Ghali conserve le sien.
12:02Ça nous donne un résultat de 42 conseillers municipaux pour le printemps marseillais,
12:0639 pour les Républicains, 3 pour Bruno Gilles,
12:108 pour Samia Ghali et 9 pour le Rassemblement National.
12:14Donc concrètement, personne n'a tout seul la majorité de 51 voix sur 101.
12:19Il va falloir négocier.
12:21La droite va changer aux débautés de candidats.
12:24Le vétéran Guy Tessier va remplacer Martine Vassal,
12:27avec l'idée d'avoir la possibilité d'être élu au bénéfice de l'âge en cas d'égalité.
12:32Les Républicains, ils refusent très nettement toute alliance avec le Rassemblement National de Ravier,
12:38mais ils vont faire des appels du pied à Samia Ghali.
12:41Guy Tessier lui propose même le poste de premier adjoint.
12:44Tout le monde sait que c'est elle, avec ses 8 voix, qui peut faire basculer la majorité
12:49et qui va faire élire le futur maire de Marseille.
12:52Mais jusqu'au conseil municipal et jusqu'à l'élection, elle restera muette.
12:58Et ce conseil municipal, où Samia Ghali doit donner sa réponse, il a lieu le 4 juillet 2020.
13:05Marc Lerasse, vous y assistez pour Le Parisien.
13:07Vous sentez quelle ambiance là-bas ?
13:09Elle est assez tendue, puisque les partisans du printemps marseillais manifestent devant la mairie.
13:15Ils ne veulent pas se faire voler une élection qu'ils considèrent avoir gagné en nombre de voix.
13:19L'entrée en ce moment même derrière moi, vous pouvez le voir, de Michel Rubé-Rola
13:24et aussi d'autres élus du printemps marseillais, une ambiance électrique.
13:28Plusieurs élus entrent par la deuxième entrée pour éviter la foule.
13:31Tout le monde sait que tout va dépendre de l'attitude de Samia Ghali.
13:35Ces électeurs qui sont en attente autour de nous, ils sont près de 500 à attendre le résultat.
13:40Et notamment, ils avaient pour la plupart un message pour Samia Ghali.
13:44Vous savez, celle, l'élu des 15e et 16e arrondissements.
13:48Un message pour l'encourager à se rallier au printemps marseillais.
13:52Ce conseil municipal va durer 6 heures. Qu'est-ce qu'il s'y passe ?
13:56Une fois le premier tour passé, une délégation du printemps marseillais emmenée par Benoît Payan
14:01se réunit avec une délégation derrière Samia Ghali dans une salle retirée.
14:08Les discussions à l'abri de la presse, à l'abri des regards vont durer plusieurs heures
14:13et sont assez tendues d'après ce que nous disent les témoins.
14:16Ghali demande le poste de première adjointe qu'elle n'aura pas.
14:20Finalement, tout le monde retourne en séance.
14:23Et Samia Ghali, avant le deuxième tour, annonce qu'elle ne se présente pas
14:27et qu'elle soutient le printemps marseillais.
14:29Il n'y a plus de doute, Michel Rubirola va être élu.
14:32Comment est Michel Rubirola à ce moment-là ?
14:34Au moment de son élection, elle apparaît émue, mais elle n'est pas euphorique.
14:39Je veux remercier avant tout tous les citoyens qui sont allés voter,
14:43tous les assesseurs, les délégués, les centaines de personnes
14:47qui se sont mobilisées pour que vive la démocratie.
14:51On sent qu'elle a le poil de ces nouvelles responsabilités sur les épaules.
14:55Cette victoire, elle est perçue comme une victoire historique pour Marseille.
15:00Pour Marseille, oui, puisque c'est le retour aux affaires de la gauche
15:03après 25 ans de règne-godin.
15:05Et puis, c'est aussi la première fois qu'une femme est élu maire de la ville.
15:09Et c'est aussi la première écologiste.
15:11Mais il ne faut pas extrapoler à partir d'une situation locale extrêmement particulière,
15:17un contexte de fin de règne et puis surtout une participation très faible
15:22au scrutin dû à l'épidémie.
15:23Marc Lerasse, vous vous interrogez après des Marseillais rassemblés devant l'hôtel de ville.
15:28Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
15:29C'est un moment un peu hors du temps, très joyeux, mais en même temps assez sobre.
15:36Et quand Rubirola et Paillans sortent, c'est un triomphe.
15:46Les militants leur montrent qu'ils attendent un vrai changement.
15:50Comment se passent les premiers pas de Michel Rubirola en tant que maire ?
15:54À son image, c'est-à-dire qu'elle a une conception horizontale de la politique,
15:59qu'elle voit comme un collectif.
16:00Elle sait qu'elle n'est pas à l'aise devant les micros et les caméras.
16:03Elle va par exemple déléguer la première invitation à France Inter au lendemain de son élection.
16:09Bonjour Benoît Paillans.
16:11Bonjour.
16:11Je tiens à préciser que nous avons invité Michel Rubirola.
16:13Elle ne souhaite pas s'exprimer ce matin.
16:15Ce sera pourtant bien elle, la voix de Marseille, ces six prochaines années.
16:19Bien sûr. C'est la question que vous me posez ?
16:21Oui, effectivement. On est étonné qu'elle ne veuille pas s'exprimer ce matin.
16:24Écoutez, peut-être qu'il faut lui laisser quelques heures pour se reposer de tout ça.
16:30Il ne faut pas s'inquiéter, mais essayer de faire une polémique avec ça, ça n'a pas de sens.
16:32Elle ne s'installe pas dans le bureau du maire en expliquant qu'elle va avoir une autre vision de
16:38la fonction.
16:39Donc ce sont des premiers pas assez particuliers qui ne sont pas ceux d'un élu classique.
16:43Et quelles sont ses priorités pour Marseille ?
16:45Alors ça va être forcément les écoles, dont l'État est devenu un scandale national,
16:51le logement suite à la rue d'Aubagne,
16:54mais aussi les transports, la gestion des déchets qui sont gérés, eux, par la métropole.
16:59Ce sont tous ces sujets qui ont poussé les Marseillais à changer d'équipe.
17:03Mais pour elle, la Covid va tout basculer et changer tous les plans.
17:07Elle va devoir gérer les urgences et notamment l'explosion de la pauvreté dans la ville.
17:12La ville va distribuer des masques, des couches pour les enfants, soutenir les collectes alimentaires, gérer les urgences.
17:18Le socialiste Benoît Payan est devenu son premier adjoint. Est-ce qu'ils s'entendent bien les deux ?
17:23C'est un binôme. Leurs proches disent qu'ils sont comme chiens et chats
17:27et qu'ils s'engueulent pour se réconcilier juste après à la Marseillaise.
17:31C'était déjà comme ça pendant la campagne.
17:33Michel Rubirola se reposait énormément sur Benoît Payan et ça continue à la mairie.
17:38Il a des qualités qu'elle n'a pas et elle a des qualités qu'il n'a pas.
17:42Marie-Arlette Carlotti parle d'un couple, d'un couple politique.
17:47Colère et étonnement pour la maire écologiste de Marseille, Michel Rubirola.
17:51C'est peu dire que la décision annoncée hier soir depuis Paris par le ministre Olivier Véran
17:55fait bondir les élus locaux droite et gauche.
17:59Fermeture pure et simple des bars et restaurants à partir de samedi dans la métropole d'Aix-Marseille.
18:04Au mois d'août, l'épidémie de Covid-19 repart en France
18:07et la situation à Marseille est pointée du doigt par le gouvernement.
18:10Un décret impose le masque dans toute la ville
18:12et la fermeture des bars, des restaurants et des épiceries.
18:15Michel Rubirola, là, elle va être absente à plusieurs reprises.
18:19Oui, puisqu'elle va avoir des problèmes de santé, elle va devoir être opérée
18:22et puis elle va annoncer son absence et son remplacement par Benoît Payan
18:27le temps de sa convalescence.
18:29Mais avant, elle va participer à une conférence de presse très médiatique
18:33à l'IHU Méditerranée d'infection
18:36avec Martine Vassal, présidente de la métropole qui a été sa rivale
18:41et le professeur Raoult.
18:43Je remercie Didier Raoult de nous avoir un peu exposé la situation sanitaire
18:48parce que je pense, comme lui, qu'il a raison,
18:51avant de faire peur, il faut partir sur les factuels.
18:53Il faut comprendre ce qui se passe
18:55et il faut arrêter de laisser libre cours à notre imagination et à notre peur.
19:02Comme Didier Raoult, j'ai peur de la peur.
19:06Tous vont dénoncer des décisions venues de Paris, un sentiment anti-marseillais.
19:12Puis elle va disparaître de la circulation.
19:14À ce moment-là, Benoît Payan prend la relève, il assure l'intérim.
19:18Est-ce qu'il est à l'aise dans l'exercice ?
19:19Il n'a jamais caché qu'il visait le fauteuil de mer.
19:22Alors oui, il est à l'aise, comme un vrai politique.
19:25Que ce soit au conseil municipal ou dans les réunions avec la préfecture
19:29sur le suivi du Covid, dans les interventions devant la presse,
19:32il s'impose peu à peu, même s'il reste le premier adjoint.
19:35Le 15 octobre, c'est la grande rentrée de Michèle Robirola.
19:39Elle participe à l'émission politique de France 2,
19:41Vous avez la parole,
19:42où intervient aussi le ministre de la Santé, Olivier Véran.
19:46Comment ça se passe ?
19:47Mal, pour ne pas dire catastrophique.
19:49Elle est vraiment très mal à l'aise devant la caméra.
19:52Elle est confuse et de l'avis général, sa prestation est un fiasco.
19:56Ça donne une image un peu lunaire.
19:58Sans doute, ça lui confirme qu'elle n'est pas faite pour ce genre d'exercice.
20:03Le 15 décembre, à 16h20, Michèle Robirola convoque une conférence de presse à l'hôtel de ville.
20:09Qu'est-ce qu'elle dit ?
20:10Elle confirme sa démission.
20:11Elle explique en disant qu'elle est à 150%,
20:14mais que vu l'état de la ville, il faudrait être à 300%,
20:17que son état de santé, sur lequel elle ne s'étend pas,
20:21l'empêche de se donner pleinement.
20:23Et en filant la métaphore médicale,
20:25elle explique que la ville a besoin d'un urgentiste,
20:27ce qu'elle n'est pas,
20:29que la Covid a tout changé,
20:30que la situation est plus compliquée.
20:33Elle confirme sa démission
20:34en expliquant qu'elle va devenir première adjointe
20:38et qu'elle souhaite que le premier adjoint, Benoît Payan,
20:41la remplace au poste de maire.
20:42Si je change de place dans l'équipe,
20:44je ne la quitte pas.
20:46Et je serai toujours aux côtés de notre équipe.
20:48Nous défendons une nouvelle manière de faire de la politique,
20:51de gouverner, collective et partagée.
20:54C'est pour les Marseillaises et les Marseillais que je me bats.
20:57Et c'est pour les Marseillaises et les Marseillais que je fais ce choix.
21:01Marc Lerasse, certains Marseillais que vous interrogez
21:03au lendemain de sa démission
21:05vous disent que l'élection de Benoît Payan
21:07était prévue depuis le départ.
21:09Qu'est-ce qu'ils sous-entendent ?
21:11C'est un soupçon qui était présent à droite comme à gauche,
21:14d'ailleurs, dès l'investiture de Michel Rubirola.
21:16Elle aurait servi de tête de gondole féminine,
21:21écologiste, à une gauche qui n'aurait pas gagné sans elle.
21:24De nombreuses sources affirmaient dès la campagne
21:27qu'elle ne resterait pas.
21:28La droite parle de hold-up démocratique
21:31et soupçonne que tout était prévu dès le départ.
21:34Pour eux, Payan ne pouvait pas gagner.
21:36Elle a envoyé Rubirola, puis a pris sa place.
21:38Certains élus parlent même de vampirisation.
21:41Le lundi 21 décembre, au terme d'un conseil municipal,
21:44c'est donc Benoît Payan qui est élu maire de Marseille.
21:48Finalement, Marc Lerasse,
21:49qu'est-ce qu'on gardera du passage éclair de Michel Rubirola ?
21:52Elle a incarné quelque chose,
21:54un rêve finalement brisé de la société civile en politique.
21:58Elle est aussi la première mère écologiste de la ville.
22:03Mais sa démission reste en travers de nombreuses élus féminines,
22:08je pense à Samia Galli, Martine Vassal et d'autres,
22:11qui lui en veulent de ce passage éclair.
22:13Pour elle, elle a finalement fait reculer la cause des femmes
22:15en n'allant pas au bout de son mandat.
22:22Merci à Marc Lerasse.
22:24Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
22:27Il est disponible chaque soir du lundi au vendredi.
22:30Cet épisode a été produit par Marion Bottorel,
22:32Raphaël Payot et Nathan Chatelain,
22:34à la réalisation Julien Moncouquiole.
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