- il y a 9 heures
Son nom reste attaché au mouvement né en octobre 2018, et qu’elle a quitté au bout de quatre mois. Aujourd’hui, elle peine à retrouver un travail d’aide-soignante. Retour d’expérience amer sur cette exposition qui a changé sa vie. Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journaliste : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian - Archives : France 5, BFM-TV.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Deux ans après les premières manifestations des Gilets jaunes, nous avons eu envie de prendre des nouvelles de l'une
00:17des figures de ce mouvement.
00:18Et on a pensé à Ingrid Levavasseur, cette femme aux longs cheveux roux,
00:22qui avait ému beaucoup de monde en racontant à la télé, dans des interviews, sa vie de mère célibataire au
00:29revenu modeste.
00:30Mais sa médiatisation lui a été reprochée par certains Gilets jaunes, parfois violents, verbalement ou physiquement.
00:37Deux ans après, elle regrette amèrement d'avoir participé à cette contestation,
00:41mais elle accepte de parler pour dénoncer à travers elle les fléaux de la pauvreté ou des violences conjugales.
00:48Claudia Prolongeau l'a rencontrée chez elle en Normandie pour CodeSource.
01:00Ingrid Levavasseur m'a accueillie chez elle.
01:02Elle habite à Louvier, dans l'heure, dans une petite maison avec ses deux enfants de 15 et 10 ans.
01:09Elle est très souriante, mais me dit qu'elle est très stressée et ne s'est jamais habituée au micro.
01:14Ça ne se voit pas du tout.
01:17On s'installe dans le joli salon au mur bleu pastel,
01:19et elle revient sur ces quelques semaines, fin 2018, qui ont changé sa vie.
01:27J'étais aide-soignante dans une clinique à Rouen,
01:30et donc je faisais à peu près 900 km par mois.
01:33Et donc, effectivement, cette fameuse éco-taxe m'aurait coûté 20 euros.
01:37Et je trouvais qu'en tant qu'aide-soignante, on ne gagnait pas assez notre vie.
01:41Aide-soignante payait 1 350 euros par mois.
01:45Enfin voilà, c'est une aberration, clairement.
01:47Donc, juste un mois avant le début du mouvement, le 12 octobre pour être précise,
01:52j'ai écrit à Emmanuel Macron.
01:54Je n'avais jamais eu d'intérêt pour la politique.
01:58Je n'avais jamais été syndiquée et je n'avais jamais manifesté.
02:01En fait, ma seule vraie manifestation, c'est celle quand on est sortis pour dire « je suis Charlie ».
02:08C'est la seule fois où j'ai été dans la rue, dans un mouvement,
02:11mais jamais je ne m'étais intéressée.
02:13Je n'ai même jamais été déléguée de classe, ni quoi que ce soit.
02:17Le président ne répondra jamais à Ingrid.
02:20Alors quand elle apprend que le samedi 17 novembre,
02:23des manifestations spontanées ont lieu un peu partout en France
02:26pour protester contre l'éco-taxe,
02:28elle se rend au PH2 de Bouville, le plus proche de chez elle.
02:32Et c'est le début.
02:37Déjà à la base, moi je pensais y aller que le samedi.
02:40Et puis tout le monde disait « on revient demain, on revient demain, on revient demain ».
02:43Et puis il est vrai que le jeudi, je n'avais pas du tout envie d'y aller.
02:45Il commençait à neiger en fait, il faisait très froid.
02:48Et en fait, j'ai dit « si j'abandonne, clairement, tout le monde va faire la même chose
02:52et il n'y aura plus personne ».
02:53Et cette journée, elle était très particulière,
02:54parce que sur le PH, il n'y avait quasiment pas de gens qui étaient là le samedi.
02:58Il y avait des gens, mais que je n'avais pas encore vus.
03:00Donc j'étais là, mais je n'étais pas à l'aise.
03:03Et en fait, au loin, j'ai vu un journaliste qui était en train d'interviewer quelqu'un.
03:06Et le type disait tout et n'importe quoi.
03:08Il lui disait « oui, on va vendre Brigitte, la vieille chaudière, ça fera de l'argent ».
03:14Enfin, n'importe quoi, en fait, ça n'avait aucun sens.
03:18Et je me suis dit « oh là là, mais pourquoi on va passer ? ».
03:21Il a fait un peu le tour des manifestants qui étaient là, dont moi.
03:24Et moi, je lui dis « mais en fait, je ne pense pas que ce soit la dissolution de Macron
03:28qui fasse changer le problème.
03:30En fait, on ne va pas modifier les choses en trois mois.
03:32C'est juste que là, il faut qu'ils prennent conscience qu'on existe. »
03:35Il m'a demandé mon numéro, il m'a rappelé dans l'après-midi en me disant
03:38« mon producteur souhaiterait que vous soyez sur le plateau de ces politiques dimanche soir ».
03:42« Ben ouais, mais qu'est-ce que je vais leur dire ? »
03:44« Ben exactement ce que vous venez de me dire ».
03:46« Il faut absolument que le gouvernement entende que l'on ne va rien lâcher.
03:51Bien au contraire, je pense qu'ils ont vraiment fait déborder le vase.
03:55On en a plus que ras-le-bol.
03:57On touche sans cesse à nos revenus.
03:59On vient nous voler dans nos poches l'argent qu'il nous reste pour nous nourrir.
04:04Clairement, c'est le message que je veux faire passer.
04:06Ça a commencé comme ça et en fait, ça ne s'est plus jamais arrêté. »
04:09Largement sollicitée, Ingrid commence à dévoiler devant les médias
04:13un parcours difficile et atypique qu'elle avait l'habitude de garder pour elle.
04:18« Alors, beaucoup pensent que c'est l'impudeur,
04:21mais moi je pense que c'est de l'intérêt général de dire les choses.
04:26Parce qu'en fait, en taisant les choses, on les accepte.
04:29Et moi, je pense que c'était une justice aussi envers ma mère
04:32qui, elle, a subi des violences conjugales avec mon père.
04:36Elle nous a sauvées, clairement,
04:37parce que je pense que mon père aurait pu la tuer.
04:39Il a fait diverses tentatives dont j'ai souvenir
04:42puisque, en fait, j'étais suffisamment grande pour avoir des souvenirs.
04:47Et ma mère a été une héroïne puisqu'elle s'est sauvée avec ses quatre enfants.
04:51On a vécu caché pendant des mois dans un foyer pour femmes battues.
04:55Et toute cette médiatisation, il faut que ça serve à quelque chose.
04:59En plus de son père, Ingrid Levavasseur a connu pendant 12 ans
05:03un beau-père qui ne battait pas sa mère, mais qui tyrannisait ses enfants.
05:08Au moment où elle doit choisir son orientation
05:11et alors qu'elle rêve d'être sage-femme,
05:13il lui explique qu'ils ne lui payeront pas d'études
05:15et qu'elle doit se former dans le CFA le plus proche.
05:20Je suis partie de chez moi, j'avais 16 ans et demi
05:23et j'ai vite construit ma famille.
05:26J'ai eu ma fille à tout juste 18 ans, je me suis mariée à 20 ans.
05:29Et puis, un jour, j'avais 24 ans
05:33et je suis allée à la mission locale de ma ville, donc Louvier.
05:36Et j'ai eu affaire à une personne formidable
05:38et elle m'a dit « Mais qu'est-ce que vous voudriez faire ? »
05:40Et je lui ai dit « J'aurais rêvé d'être sage-femme. »
05:42Et elle me dit « Bon, le parcours peut être très long, mais ce n'est pas impossible. »
05:46Et je lui ai dit « Bah si, c'est impossible, je n'ai pas le bac. »
05:48Et en fait, elle m'a très bien orientée
05:50et elle m'a conseillée de commencer par la base.
05:52Ingrid devient donc aide-soignante
05:54et rapidement, elle quitte son compagnon
05:56qui ressemble un peu trop à ceux qu'a eus sa mère.
05:59J'ai toujours été attirée par ce type d'homme
06:01puisque c'était la seule représentation masculine que j'avais à la maison.
06:04Donc voilà, j'ai été attirée par ce type d'homme
06:07et j'ai subi malheureusement aussi en tant qu'épouse
06:10les violences verbales et conjugales.
06:14Et j'ai mis un terme à ça
06:15et j'ai décidé que plus jamais un homme ne me fera du mal
06:19et fera du mal à mes enfants.
06:20Mais c'est aussi un combat de femmes au quotidien.
06:23Autour de moi, je véhicule aussi ce message
06:25et si j'ai pris la parole et si je l'ai autant dit,
06:28peut-être qu'il y a une impudeur.
06:30Mais en fait, cette impudeur, elle est utile.
06:33Famille monoparentale depuis 9 ans,
06:35Ingrid vit avec un salaire pour 3.
06:37Ses enfants et elle ne font que des sorties gratuites
06:40et de temps en temps,
06:41elle arrive à leur offrir un déjeuner dans une brasserie.
06:43C'est tout cela qu'Ingrid raconte.
06:46Elle est jeune, parle bien
06:47et est facilement reconnaissable avec ses cheveux roux
06:50et ses grands yeux bleus.
06:53De plateau télé et en interview radio,
06:55elle prend vite une place prépondérante
06:57dans le mouvement des Gilets jaunes.
06:58Je ne sais même pas comment j'ai fait pour tenir sur la longueur.
07:02Je faisais ma journée et ensuite, je prenais le train,
07:05je partais à Paris, ma mère s'occupait de mes enfants.
07:08Il y a même des fois où je m'endormais dans le train
07:10et j'ai raté mon arrêt.
07:11J'appelais des gens à 1h du matin pour qu'ils viennent me chercher.
07:15C'est arrivé plusieurs fois.
07:17Il arrivait des fois où la production payait la nuit d'hôtel
07:21pour que je puisse assister aux 6h45 ou aux 7h30 le matin.
07:26Ensuite, je reprenais le train, je repartais.
07:28C'était toute une organisation.
07:29Des fois où je ne voyais pas mes enfants pendant plusieurs jours.
07:34Malgré la fatigue,
07:35il n'est pas question pour Ingrid de ralentir le rythme.
07:38L'occasion de représenter les familles monoparentales
07:41et les femmes seules est trop belle et trop rare.
07:45Pour les actes des Gilets jaunes,
07:47elle monte rarement à Paris
07:48et préfère les manifestations organisées localement.
07:51Ce qui la laisse en marge des autres leaders du mouvement
07:53comme Jérôme Rodriguez ou Eric Drouet
07:55avec lesquels elle ne noue finalement jamais de lien.
07:59Rapidement, des personnes viennent la voir
08:01pour lui dire qu'après avoir été séduit par les Gilets jaunes,
08:04il se désolidarise du mouvement.
08:07Ingrid Levavasseur identifie parfaitement ce moment de bascule.
08:10Il a lieu à l'acte 3, le 1er décembre 2018.
08:15Ce tag inscrit au pied de l'arc de triomphe.
08:19Ça sera sans doute une des images de la fin de journée.
08:22Les Gilets jaunes triompheront, ça a été tagué sur l'arc de triomphe.
08:26Les dégradations de l'arc de triomphe,
08:28les gens ont dit non mais là c'est la folie.
08:30Moi je ne me suis pas embarquée pour ça,
08:32c'est n'importe quoi.
08:34C'était devenu trop pour certaines personnes.
08:36Moi vous savez, j'ai des personnes autour de moi
08:38qui sont artisans, assistantes sociales, médecins,
08:41des gens qui ne sont pas en situation précaire
08:43mais qui avaient envie d'être soutiens
08:45et qui en ont marre d'être taxés à tout va.
08:48Donc ces gens-là étaient là et ils m'ont vite dit
08:50écoute Ingrid, moi je comprends ton combat,
08:53il n'y a pas de souci mais moi à titre personnel,
08:55j'arrête, ça ne me ressemble pas, je n'ai pas envie.
08:57Et puis voilà, mais très rapidement je crois
09:00qu'avant la fin décembre.
09:03J'ai compris dans des réunions publiques
09:06que chacun venait avec sa propre souffrance
09:08et que chacun avait envie que sa propre souffrance
09:12soit entendue.
09:13Et ça, ce n'était pas possible.
09:16Individuellement, on a tous et toutes
09:18quelque chose qui nous fait mal,
09:20qui nous gêne, qui nous perturbe
09:22mais on ne peut pas résoudre politiquement
09:25toutes les problématiques individuelles.
09:28Donc là, je me suis dit, on va avoir du mal
09:29à s'entendre, on va avoir du mal à s'organiser,
09:32c'est sûr.
09:33En fait, c'était plus un réconfort
09:36qu'un mouvement qui cherchait à s'organiser.
09:39C'était plus, je me retrouve
09:40et je trouve des gens comme moi
09:42qui m'entendent et qui me ressemblent.
09:45Début décembre, Apolline de Malherbe,
09:48une journaliste politique de BFM,
09:50contacte Ingrid Levavasseur
09:51pour lui proposer une chronique
09:53dans l'émission politique hebdomadaire
09:55et en même temps.
09:56Et moi, j'ai dit, non, ça ne va pas la tête,
09:59je ne veux pas m'ouvrir, quoi.
10:00Et puis, elle m'a rappelé, je crois,
10:02début fin décembre, début janvier,
10:04en me disant, écoutez, Ingrid,
10:05je ne vous propose rien,
10:07venez une fois, on fait une émission,
10:10vous posez vos questions,
10:11vous voyez ce que ça donne,
10:12s'il y a de l'intérêt, on le fait.
10:14Et puis, je me suis dit, pourquoi pas,
10:16juste on essaie une fois,
10:18mais je n'ai pas eu le temps de le faire.
10:20Ingrid doit participer à cette émission test
10:22le 6 décembre,
10:23mais l'annonce de sa venue
10:25fait l'effet d'une bombe.
10:26D'une part, chez les Gilets jaunes,
10:28qui la veille encore ont défilé devant BFM
10:31en traitant les journalistes de collabos,
10:33et d'autre part, chez BFM,
10:35où la Société des journalistes
10:36interroge la direction
10:37sur l'opportunité de ce choix.
10:42Au moment où tout cela se passe,
10:44Ingrid rentre de Marseille,
10:46où elle a rencontré d'autres militants
10:47pour tenter de structurer le mouvement,
10:49et son téléphone n'a plus de batterie.
10:51Entre deux trains, à Paris,
10:53elle s'arrête dans un fast-food
10:54pour le recharger.
10:56J'ai branché mon portable
10:57et quand je l'ai rallumé,
10:58j'avais toutes les insultes possibles
11:00et inimaginables.
11:01Mais j'avais des gens du mouvement
11:03qui m'envoyaient des insultes
11:04en disant, ah, en fait, t'es une vendue,
11:06et toutes les insanités
11:08qu'on pouvait entendre.
11:09Des gens que je ne connaissais pas,
11:11des trucs sur les réseaux sociaux
11:12qui étaient immondes.
11:13Et en fait, plus je lisais,
11:14plus je pleurais.
11:15Et c'est à ce moment-là que j'ai dit,
11:16écoutez, Apolline de Malherbe,
11:18c'est mort.
11:19Oubliez-moi, quoi.
11:20Et donc, vous me disiez tout à l'heure
11:22que ça, ça continue ?
11:24Oui, il y a encore des violences,
11:26surtout sur les réseaux sociaux,
11:28et ils n'hésitent pas.
11:29Mais ce que je remarque,
11:30c'est quand même que beaucoup de personnes
11:31prennent ma défense.
11:33Et ça, avant, j'étais obligée
11:34de me défendre moi-même
11:35avec mes petits points
11:36et je répondais.
11:37Mais ça, si c'était plus utile,
11:39c'est qu'il y a beaucoup de personnes
11:40qui le font à ma place.
11:41Quelques semaines plus tard,
11:43alors que les Européennes
11:44doivent avoir lieu en mai,
11:45Ingrid se dit que c'est enfin l'occasion
11:47de politiser les Gilets jaunes.
11:49Avec d'autres membres,
11:50elle crée une liste
11:51et en devient la tête,
11:52même s'ils n'ont pas tous
11:53les mêmes idées politiques.
11:55Mais le sulfureux et complotiste
11:57Gilets jaunes Christophe Chalençon
11:58la rejoint et commence à prendre
12:00un certain nombre d'initiatives personnelles
12:02qui ne plaisent pas à Ingrid.
12:04Début février 2019,
12:06il organise même une rencontre
12:08avec Luigi Di Maio,
12:09le populiste chef du mouvement
12:115 étoiles en Italie.
12:12Sidéré, Ingrid quitte la liste
12:15et abandonne son ambition électorale
12:16sans imaginer ce que va lui coûter
12:18cette brève expérience politique.
12:24Le 17 février,
12:25j'étais déjà sortie de l'idée
12:26d'aller aux européennes,
12:29naïvement,
12:29parce que là pour le coup
12:30c'était naïvement,
12:31je me suis dit
12:31bon, j'ai fait une erreur,
12:34certes,
12:35c'était pas la bonne manière,
12:37ok, je vous entends,
12:38vous avez pas voulu vous politiser,
12:40j'ai peut-être été trop vite.
12:41En fait, j'ai voulu faire un mea culpa
12:42et dire bon, je reviens,
12:45on continue quoi.
12:47Et du coup,
12:48je me rends
12:49sur cette manifestation à Paris.
12:52La manifestation
12:53s'était plutôt bien déroulée
12:54dans l'ensemble.
12:55J'avais croisé des gens
12:56qui me disaient
12:56ben moi je suis pas d'accord avec vous
12:57mais vous êtes fort,
12:59bravo, voilà.
13:00Il y en avait qui disaient
13:01ouais moi je te parle pas,
13:02tu nous as trahis,
13:03bon ok, soit.
13:05Et la manifestation se termine,
13:07on arrive sur le champ de Mars,
13:08je crois.
13:09Et j'étais avec un groupe
13:11de camarades
13:13et je fais demi-tour
13:14et là on se retrouve
13:15en fait dans une ruelle.
13:16Sauf que les CRS sont là
13:18et ferment la rue
13:18pour dire
13:19ben non vous allez
13:20en sens inverse.
13:21Sauf que ce que je savais pas
13:22c'est que j'étais juste
13:23derrière le front
13:25de la manifestation,
13:26c'est-à-dire les plus virulents
13:27qui vont frapper du flic.
13:29Et en fait j'ai commencé
13:30à entendre des ouhs
13:31et je me suis dit
13:33ben tiens qu'est-ce qu'il se passe ?
13:34Mais je pensais pas
13:34que c'était pour moi.
13:35Et puis en plus moi j'étais tranquille,
13:36il y avait un orchestre
13:37qui jouait de la musique,
13:38tout ça je me disais bon.
13:39Et là les ouhs
13:40se sont intensifiés
13:41et j'ai commencé
13:42à avoir des types
13:43qui venaient
13:44qui étaient à 10 cm de mon visage
13:45et qui me criaient dessus.
13:47Et en fait les chaînes télé
13:49ont compris
13:49qu'il se passait quelque chose
13:50donc ils se sont rendus compte
13:51que c'était moi.
13:52Donc micro sur moi,
13:54caméra,
13:55les gens filmaient,
13:56etc.
13:57Et j'ai commencé
13:58à être bousculée,
13:59on m'a tiré les cheveux.
14:03Enfin voilà,
14:03c'était horrible.
14:04Et puis les insultes,
14:06enfin puis une haine incroyable.
14:09Les camarades qui étaient là,
14:10j'avais 2-3 personnes
14:11que je connaissais
14:11m'ont plaqué en fait
14:12contre une voiture
14:13et donc du coup
14:13j'étais protégée de l'arrière
14:15et eux me faisaient barrage
14:16devant,
14:17insultées,
14:18bousculées.
14:19Je me suis dit
14:20ils sont tous collés contre moi
14:21il y en a un qui sort le couteau
14:22et une plante quoi.
14:23Dans le cortège
14:24des gilets jaunes,
14:25Ingrid Levavasseur,
14:26figure du mouvement
14:26et prise à partie
14:27par plusieurs manifestants.
14:29Ils m'ont fait sortir
14:30progressivement vers les CRS
14:31en me protégeant.
14:34Il y a un des CRS
14:35qui dit
14:36c'est Ingrid Levavasseur
14:37je ne suis plus
14:37en fait il s'adressait
14:38à un supérieur.
14:39Le supérieur
14:40m'a attrapée par l'épaule
14:41et m'a en fait
14:42extrait de là.
14:44Et là je me suis dit
14:45en fait il y a plusieurs sentiments
14:46c'est ils ont gagné
14:48ils m'ont injecté
14:49ils sont contents.
14:50Ouf je suis en vie.
14:51J'ai eu peur
14:52franchement
14:52j'oublierai jamais
14:54quand je regardais
14:55vers les CRS
14:56je me disais
14:56putain s'ils me plantent
14:58je suis à 10 mètres des CRS
14:59c'est quand même dommage quoi.
15:02Preuve pour certains
15:03de la fracture
15:04au sein du mouvement.
15:06Le lendemain
15:06un nouvel épisode
15:08va terroriser Ingrid.
15:09Avec son fils
15:10et sa mère
15:11elle se rend
15:11à une manifestation familiale
15:13contre la fermeture
15:14de la maternité de Bernay
15:16dans l'heure.
15:16J'étais complètement
15:19en pleine trouille
15:20et il n'y avait pas de mots
15:21en fait
15:21je crois que j'ai jamais
15:22si peu dormi
15:23et fait autant de cauchemars
15:24en une nuit
15:25et j'avais promis
15:26en fait à mes camarades
15:30de lutte
15:30de l'hôpital
15:31puisque c'était des collègues
15:32quoi
15:33des etoniens
15:34des infirmières
15:35enfin c'est un service hospitalier
15:36qu'on fermait quoi
15:37et je leur avais dit
15:38je serai là
15:39vous inquiétez pas
15:41sauf que j'avais pas imaginé
15:42qu'il puisse y avoir
15:43un groupe de gilets jaunes
15:45et là j'ai été
15:46de nouveau agressée
15:47sauf qu'il y avait
15:48mon fils et ma mère
15:49et ils m'ont tendu
15:50un piège clairement
15:53et il a fallu
15:53que je fasse une marche arrière
15:55il y avait un terre-plein central
15:56enfin voilà
15:57c'était une
15:58c'était chaotique
15:59et là mon fils m'a dit
16:00bon maintenant
16:01c'est bon
16:01t'as compris
16:02tu vas arrêter quoi
16:04et là quand mon petit garçon
16:05me dit ça
16:06je le regarde dans le rétro
16:07et je crois qu'il a plus peur que moi
16:09donc là j'ai dit stop
16:11j'ai plus jamais remis les pieds
16:13sur une manifestation
16:14et à partir de ce moment là
16:15j'ai dit
16:15je suis plus gilet jaune
16:16donc finalement
16:17quand on regarde
16:18j'ai pas passé beaucoup de temps
16:20sur ce mouvement
16:21mais c'est quelque chose
16:22qui me collera à la peau
16:24toute ma vie
16:25et le gilet il est où ?
16:26il est là
16:27il est rangé
16:30vous le regardez de temps en temps ?
16:31non jamais
16:31c'est vraiment un truc
16:33que j'apprécie pas forcément voir
16:37d'ailleurs j'en ai plus dans ma voiture
16:40et j'ai beaucoup de mal
16:41avec la couleur jaune
16:42j'ai vraiment un problème
16:42avec cette couleur
16:43je suis devenue jaunophobe
16:46et vous regrettez d'avoir fait tout ça ?
16:51non
16:53mais non en fait
16:53si ça s'est passé
16:54c'est qu'il y avait une raison
16:56pour Ingrid
16:57les gilets jaunes resteront
16:58une occasion manquée
16:59de fédérer les plus précaires
17:01pour réclamer plus de justice
17:03convaincue que la politique
17:04peut permettre de changer les choses
17:06elle poursuit son combat
17:07et a été élue en 2020
17:09conseillère municipale
17:10sur une liste d'opposition
17:11d'hiver gauche à Louvier
17:13elle a aussi écrit un livre
17:15dans lequel elle se raconte
17:16et qui s'intitule
17:17rester digne
17:19mais elle n'a pas retrouvé d'emploi
17:20à la hauteur du poste d'aide soignante
17:22en clinique
17:23qu'elle occupait au début du mouvement
17:24et elle doit vivre aujourd'hui
17:26avec encore moins
17:27j'ai mis un terme à mon CDI
17:31voilà pour le mouvement
17:33c'était une grosse erreur
17:35c'était une grosse erreur
17:36puisque quand on met un terme à son contrat
17:38même en période d'essai
17:40on n'a pas d'indemnité
17:42je ne sais même pas comment j'ai fait
17:44pour surmonter tout ça
17:45pendant tous ces mois
17:47mais encore une fois
17:48c'était nécessaire
17:51maintenant je suis secrétaire
17:54standardiste
17:54dans une boîte de plomberie chauffagerie
17:56non pas parce que
17:57c'était ma grande vocation
17:59et que j'en avais envie
18:00mais c'est parce qu'on ne veut plus de moi
18:02en tant qu'aide soignante
18:04j'ai compris que c'était vraiment mon nom
18:05qui posait problème
18:06quand Priscilla Ludoski a osé me dire
18:08qu'elle aussi en fait
18:09elle subissait
18:11la discrimination à l'emploi
18:12en tant qu'activiste militante
18:14de ce mouvement
18:15donc moi on a peur de moi
18:17je pense
18:17parce que les gens
18:19s'imaginent que je suis lanceuse d'alerte
18:21alors je tiens à les rassurer
18:23moi je n'ai jamais mis à mal
18:24un établissement de santé
18:26il est vrai qu'on a des difficultés
18:27dans les services de soins
18:28mais ce n'est pas pour ça
18:29que ça ne fait pas de moi
18:30une mauvaise aide soignante
18:31moi j'aime les gens
18:32et j'aime mon travail
18:34et je veux travailler
18:36en tant qu'aide soignante
18:36mais on ne veut pas de moi
18:38et j'ose espérer
18:39qu'on va comprendre
18:41à quel point je suis résignée
18:42et que de toute façon
18:43je ne lâcherai pas
18:44c'est mon diplôme
18:45c'est mon travail
18:47premièrement
18:47et je continuerai
19:01Claudia
19:02malgré tout ce qui lui arrive
19:03et ce qui lui est arrivé
19:04elle garde le moral ?
19:05oui elle garde le moral
19:07je pense qu'on l'entend très bien
19:08dans sa voix
19:09et moi c'est vraiment
19:10l'image qu'elle m'a donnée
19:11celle d'une femme
19:12qui est très enthousiaste
19:14et qui ne se laisse pas du tout abattre
19:15elle a du mal à joindre
19:16les deux bouts en ce moment
19:17est-ce qu'elle peut compter
19:18sur la solidarité
19:19qui était née pendant le mouvement ?
19:20elle peut compter à la fois
19:21sur la solidarité
19:23des personnes
19:23qu'elle connaissait avant
19:24et évidemment aussi
19:26sur celle qui est née
19:27pendant le mouvement
19:28puisqu'elle a acquis
19:29une certaine notoriété
19:30il y a des personnes
19:31qui l'aident actuellement
19:33à remplir son frigo
19:34de temps en temps
19:35elle est extrêmement reconnaissante
19:37mais c'est quand même
19:38il faut l'avoir en tête
19:39parce qu'on ne l'entend pas
19:40vraiment dans sa voix
19:41mais c'est quand même
19:41une période difficile pour elle
19:43depuis février 2019
19:45elle enchaîne des boulots
19:46qui n'ont rien à voir
19:46avec sa formation
19:48qui ne sont pas le métier
19:49qu'elle aime
19:49mais qui lui permettent
19:51de gagner de l'argent
19:51il y a eu l'écriture
19:52de son livre
19:53qui lui a permis
19:54d'en gagner un peu aussi
19:55elle a même fait une folie
19:56elle s'est acheté une moto
19:57mais là elle est dans une situation
19:58où en fait
19:59elle revend sa moto
20:00et elle est à nouveau
20:02dans une situation
20:03vraiment très précaire
20:04Merci Claudia Prolongeau
20:06Codesource est le podcast
20:08d'actualité du Parisien
20:09disponible chaque soir
20:10du lundi au vendredi
20:11Cet épisode a été produit
20:13par Thibaut Lambert
20:14et Raphaël Pueyo
20:15réalisation
20:16Julien Moncou-Kiol
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