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Cet été, Code source vous propose une série en quatre épisodes pour raconter l’occupation et la libération de Paris. Troisième épisode, la résistance s’organise à Paris pour préparer l’arrivée des Alliés, après le débarquement en Normandie. Cet épisode est raconté par deux historiens, Sylvie Zaidman, historienne et directrice du musée de la libération de Paris, du général Leclerc et de Jean Moulin, et Jean-François Muracciole, historien spécialiste de la Libération, au micro de Raphaël Pueyo.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Conception, écriture et voix : Raphaël Pueyo - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network - Identité graphique : Eric Azara

Archives : INA.

#liberation #paris #resistance

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien,
00:04Codesources exceptionnelles, 80 ans après la libération de Paris,
00:08racontée en 4 épisodes, une série écrite et présentée par Raphaël Pueillot.
00:14Je vais demander aux Parisiens de vous parler eux-mêmes, et vous dire ce qu'ils en pensent.
00:18Je m'appelle Raphaël Pueillot, et vous écoutez La libération de Paris, un podcast du Parisien.
00:24La capitale se livrait à une joie dépassant le cadre des émotions humaines.
00:29La libération pour moi, c'est des larmes et c'est du sang.
00:36Épisode 3, la bataille de Paris.
00:425 juin 1944, il est 22h, sur les ondes de la BBC.
00:47Ici, l'on, les Français parlent au français.
00:52Après plusieurs mois de préparatifs, les Alliés l'annoncent enfin, le débarquement est imminent.
00:59Les sanglots longs des violons de l'automne, blessent mon cœur d'une langueur monotone.
01:06Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, éclairée par la lumière de la pleine lune,
01:11une flotte de 7000 navires s'approche des côtes normandes.
01:17À bord, 150 000 hommes, essentiellement des Américains, des Anglais et des Canadiens.
01:24À 6h30, les premiers soldats américains débarquent sur Omaha Beach.
01:31En quelques heures seulement, le mur de l'Atlantique, construit par Hitler, est tombé.
01:38Le 6 juin 1944, à 18h, le général de Gaulle s'adresse aux Français depuis Londres.
01:46Après tant de combats, de fureurs, de douleurs, voici venu le choc décisif.
01:52C'est la bataille de France et c'est la bataille de la France.
01:57Près de 4 ans après son appel du 18 juin, de Gaulle n'est plus un inconnu.
02:02Il est désormais le président du gouvernement provisoire de la République française, le GPRF.
02:09C'est donc lui qui incarne la résistance depuis l'étranger,
02:13qui incarne la France en guerre contre le régime de Vichy, contre l'Allemagne nazie.
02:18Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes,
02:24voici que reparaît le soleil de notre grandeur.
02:30Dans son discours, le général de Gaulle ne mentionne pas les Américains et les Britanniques,
02:36car en coulisses, une bataille politique fait rage entre l'homme du 18 juin et les Alliés.
02:42Sur les 150 000 hommes qui débarquent en Normandie, seuls 177 sont français.
02:49Quant à de Gaulle, il n'a été prévenu qu'au dernier moment et n'a même pas participé aux
02:54opérations.
02:58Pour bien comprendre ce qu'il va se jouer à Paris en août 1944,
03:03il faut d'abord évoquer l'objectif du général de Gaulle.
03:06Quand les Alliés débarquent en Normandie, quel est son plan ?
03:10Le plan est assez simple en fait, il s'agit de prendre le pouvoir.
03:13Enfin, il a déjà le pouvoir, puisqu'il est président du GPRF
03:16et reconnu par l'ensemble des forces résistantes et politiques.
03:19L'historien Jean-François Murassiol, auteur du livre « Quand de Gaulle libère Paris ».
03:25Cela dit, il faut maintenant le prendre réellement en France.
03:27Et dans un pays aussi centralisé que la France, le pouvoir c'est bien sûr Paris.
03:31Il faut se faire acclamer par les Parisiens, il est absolument nécessaire de prendre le pouvoir à Paris.
03:36Il y a plusieurs embûches.
03:37D'abord l'hostilité des Alliés, qu'il reconnaisse comme président du GPRF,
03:41mais pas forcément comme président de la France libérée.
03:44Et éventuellement un contre-pouvoir qui pourrait venir de la rue, pourquoi pas, du Parti communiste.
03:48Donc il est absolument nécessaire pour lui de mettre le pied en France
03:51et particulièrement de se rendre à Paris.
03:57Le général de Gaulle a donc le regard tourné vers Paris.
04:00Et pour mener à bien son plan, il a confié une mission à un de ses hommes.
04:05Il s'appelle Philippe de Haute-Cloque, dit Leclerc.
04:10Philippe de Haute-Cloque, dit Leclerc, puisqu'il prendra ce surnom de résistance à partir de 1940,
04:15et est un officier français, saint-syrien, breveté de l'école de guerre,
04:19et d'ailleurs sorti major de l'école de guerre.
04:21Quelqu'un qui a un ancrage très très à droite, un morassien,
04:24et qui se rallie très précocement à la France libre dès l'été 1940.
04:27En 1943, Leclerc est nommé à la tête de la deuxième DB,
04:31qui a vocation à débarquer en Normandie avec les troupes alliées,
04:35mais dans un deuxième temps, fin juillet.
04:36Et en décembre 1943, De Gaulle confie à Leclerc une mission très importante,
04:41une mission d'ampleur nationale,
04:42dans une lettre que Leclerc conservera sur lui d'ailleurs pratiquement jour et nuit
04:47jusqu'à la libération de Paris.
04:49Il le nomme gouverneur de Paris par intérim,
04:51et il lui fait savoir qu'en Normandie,
04:55il devra se préparer à cette mission, à savoir prendre Paris.
05:02À Paris, la résistance s'organise.
05:05Pour préparer l'arrivée des alliés,
05:07elle peut compter sur les forces françaises de l'intérieur,
05:10les FFI.
05:12C'est une dénomination qui a été choisie à la fin 1943,
05:16quand il devient absolument nécessaire de commencer à organiser
05:19les résistants,
05:21d'en faire une espèce de fédération
05:23qui pourrait agir conjointement
05:26avec les alliés pour le débarquement.
05:29L'historienne Sylvie Zeidman.
05:31C'était la volonté de De Gaulle,
05:33parce que les gaullistes se méfient terriblement
05:36des ambitions des communistes.
05:38Donc il s'agit d'organiser cette résistance armée,
05:43mais de faire en sorte qu'elle ne soit pas
05:45sous le contrôle des communistes.
05:46Parce qu'on ne sait jamais,
05:48il pourrait avoir dans l'idée
05:49de continuer une lutte,
05:51qui est une lutte armée de libération,
05:53par une lutte révolutionnaire
05:55pour s'emparer du pouvoir.
05:56C'est quand même la crainte
05:58qui domine dans ces années 1944.
06:04En 1944,
06:06Henri Tanguy est toujours résistant
06:08au sein du Parti communiste,
06:10aux côtés des FTP,
06:11les francs-tireurs et partisans.
06:13Mais le 1er juin 1944,
06:16il change de statut
06:16en devenant le nouveau chef des FFI
06:19en région parisienne.
06:20Alors, pourquoi les gaullistes,
06:22qui se méfient des communistes,
06:24font le choix d'Henri Tanguy ?
06:26Alors, on nomme un communiste
06:27parce qu'on n'a pas beaucoup de choix.
06:29Il y a des arrestations en série
06:32au niveau des états-majors
06:34des forces françaises de l'intérieur
06:36qui font que, finalement,
06:37on monte assez rapidement en grade.
06:40Henri Tanguy va se trouver disponible
06:42et, finalement, il accepte
06:45d'être sous les ordres
06:46non plus du Parti communiste,
06:48ou en tout cas pas uniquement
06:50du Parti communiste,
06:51mais sous les ordres des FFI.
06:53Henri Tanguy, il est avant tout FTP.
06:56Les FTP, jusqu'à présent,
06:58n'obéissent qu'aux ordres
07:00des communistes.
07:01Et donc, il y a un fort enjeu, là,
07:03pour que les forces des FTP
07:05se plient aux règles
07:06des forces françaises de l'intérieur.
07:08Henri Tanguy, il accepte
07:10de jouer cette carte-là.
07:11Henri Tanguy est promu au rang
07:13de lieutenant-colonel.
07:14Il change donc de statut,
07:16mais aussi de nom,
07:17pour devenir le colonel Roll.
07:20Quand on passe d'une fonction
07:22à une autre,
07:22il faut absolument couper les ponts
07:24et qu'on ne sache pas
07:25qui est nommé à telle ou telle fonction.
07:27C'est très important
07:28d'un point de vue de sécurité.
07:31Et donc, lorsqu'il est nommé
07:33à l'état-major
07:34des forces françaises de l'intérieur
07:35pour la région parisienne,
07:38Henri Tanguy choisit de porter
07:39le nom d'un de ses camarades
07:42des brigades internationales
07:43qui s'appelait Théophile Roll.
07:45Il a été tué sur le front de l'Ebre.
07:47Et c'est une forme d'hommage.
07:49C'est une forme d'hommage
07:51que de prendre le nom
07:51d'un de ses camarades proches
07:54morts au combat.
07:55Henri Tanguy devient donc
07:56le colonel Roll.
07:57En ce mois de juin 1944,
08:00quelle est sa priorité ?
08:01Tout le monde est éparpillé.
08:03On est quand même sous l'occupation.
08:05Chacun est dans sa planque.
08:07Alors, le problème
08:08qui va se poser à Roll,
08:10ça va être de pouvoir travailler
08:12avec les uns et avec les autres,
08:13avoir suffisamment de liaisons
08:14pour pouvoir faire fonctionner
08:17ce qu'on appelle
08:18les bureaux de l'état-major.
08:20Et donc, avoir des renseignements,
08:24avoir des effectifs
08:26et tout ça cohérent.
08:28Les FFI, ce sont des petits groupes
08:31qui sont dispersés
08:33sur la région parisienne.
08:34Il n'y en a pas qu'à Paris,
08:35mais en fait,
08:36sur toute la région parisienne.
08:38Leur rôle est vraiment
08:39de harceler l'ennemi.
08:41En essayant, notamment,
08:43de faire le plein de renseignements.
08:45Où sont les Allemands ?
08:46Combien d'unités ?
08:48Quel est l'armement ?
08:49Donc, c'est pour ça
08:50que c'est très important
08:51d'avoir ces résistants de terrain
08:53qui vont faire tout ce travail
08:55de reconnaissance
08:56et qui vont transmettre
08:58toutes ces informations
08:59centralisées
09:00par l'état-major
09:01du colonel Roll.
09:04Une nouvelle phase s'amorce
09:06pour la résistance parisienne.
09:08En vue de l'arrivée des alliés,
09:10les FFI multiplient les sabotages
09:12pour gêner le déplacement
09:14des troupes allemandes.
09:15Combien sont-ils ?
09:16Et surtout, sont-ils tous prêts
09:19à mener une insurrection armée
09:20contre l'occupant ?
09:22Dans une note,
09:24Roll estime ses effectifs
09:25en juin 1944
09:27à 60 000 hommes.
09:29Alors, ce sont principalement des hommes.
09:31Il y a quelques femmes,
09:32mais c'est quand même
09:33une affaire d'hommes.
09:34Et il note que les hommes
09:36ne disposent,
09:37ces 60 000 hommes théoriques,
09:39ne disposent que de 300 armes.
09:41Et où est-ce qu'on trouve des armes ?
09:44Chez les Allemands.
09:44Les communistes disent
09:46à chacun son boche,
09:48il faut essayer de récupérer les armes
09:51directement sur les soldats allemands.
09:54Certains résistants m'ont raconté
09:55qu'ils allaient dans les piscines
09:56pour faucher les armes des Allemands
10:00quand les Allemands étaient dans la piscine
10:02et qu'ils avaient laissé
10:03leurs armes au vestiaire.
10:05Jacques Chabandelmas et Alexandre Parodi,
10:07les délégués envoyés par De Gaulle à Paris,
10:10font tout pour retarder
10:11le déclenchement de l'insurrection.
10:12L'objectif, laisser le temps aux alliés
10:15et donc à De Gaulle
10:17d'arriver sur Paris.
10:19Sylvie Zeidman,
10:21de son côté,
10:21quelle est la tactique élaborée
10:23par le colonel Roll
10:24pour libérer Paris ?
10:25À ce moment-là,
10:26le colonel Roll a déjà bien réfléchi
10:28à la tactique qu'il faudrait employer
10:30pour l'insurrection parisienne.
10:31En 1944,
10:33c'est un homme qui a énormément lu,
10:35qui a pu voir aussi
10:37de ses yeux
10:38ce qui se passait en Espagne
10:40et la façon dont
10:44les nationalistes
10:44et les républicains espagnols
10:46menaient une guerre
10:48dans une ville.
10:49Et là,
10:49il va se trouver confronté
10:51à un même théâtre d'opération,
10:52une ville.
10:53Et ce qu'il va défendre
10:55pour mener à bien
10:56cette guerre de libération,
10:58cette insurrection,
10:59ça va être une technique
11:00de guérilla.
11:01Il faut avoir des points
11:02qui sont protégés,
11:04mais que tout doit se passer
11:06dans la rue
11:06et dans le harcèlement continuel
11:08des forces ennemies.
11:09Et c'est ça
11:10qu'il va souhaiter développer
11:11lors de l'insurrection parisienne.
11:16Pendant ce temps,
11:17le général de Gaulle
11:18prépare son arrivée
11:19à Paris.
11:20Le 14 juin,
11:21il est en Normandie.
11:23Ce jour-là,
11:24les Français découvrent
11:25pour la première fois
11:26la silhouette
11:27de l'homme du 18 juin.
11:29De voix de la résistance,
11:31il devient le visage
11:32de la France libre.
11:33Ce voyage est très important.
11:35C'est le premier retour physique
11:36du général de Gaulle en France.
11:38Pour la première fois,
11:38il rencontre les Français.
11:39Il se rend en particulier
11:41à Bayeux,
11:41qui est la sous-profiteur
11:42du Calvados.
11:43Il prononce un discours
11:44sur la place
11:45qui s'appelle aujourd'hui
11:45la place Charles de Gaulle,
11:46la place du château à l'époque.
11:48Et ça marche.
11:49C'est-à-dire qu'il est accueilli
11:50par une foule très considérable,
11:52peut-être 20, 25 000,
11:5330 000 personnes
11:54pour une petite ville
11:55comme Bayeux
11:55et dans une région
11:56qui est en pleine guerre.
11:57On est en zone de guerre.
11:58Donc il est accueilli
11:59par une très grande ferveur.
12:00Le discours est très bien accueilli.
12:02Le test est réussi.
12:05Nous, nous n'avons pas été surpris,
12:07nous de la France libre.
12:08Mais il est certain
12:09que nos alliés,
12:10et ils avaient les observateurs,
12:12en particulier les Américains.
12:13Le résistant,
12:15Pierre de Chevignet,
12:16en 1994.
12:17Et pour eux,
12:18c'était extrêmement important.
12:20Si l'accueil avait été tiède,
12:22le président Roosevelt
12:23aurait immédiatement dit
12:24« Voyez-vous,
12:25le général de Gaulle
12:26ne représente qu'une faction ».
12:28Évidemment,
12:29quand ils ont vu l'accueil
12:30et la chaleur,
12:31ils ont compris
12:32que de Gaulle
12:33était, pour prendre une expression
12:34à la mode,
12:35incontournable
12:35et leur attitude,
12:37à son égard,
12:38s'en est trouvée modifiée.
12:39En somme,
12:40pour prendre une formule
12:42un peu archaïque,
12:43les rois de France
12:44se faisaient sacrés à Reims,
12:45de Gaulle a été sacré à Bayeux.
12:50Revenons à Paris.
12:52Nous sommes le 14 juillet,
12:55jour de fête nationale.
12:56Dans les rues,
12:58plusieurs milliers de Parisiens
12:59sortent de l'ombre
13:00pour manifester
13:02au grand jour
13:02contre l'occupant.
13:04Le 14 juillet 1944,
13:07pour la première fois,
13:09la police ne va pas intervenir
13:11en voyant des personnes
13:13qui manifestement
13:15défilent pour la fête nationale.
13:17On voit du bleu, blanc, rouge,
13:20on voit les trois couleurs
13:20qui sont interdites
13:21par l'occupant
13:22depuis 1940.
13:23en zone occupée,
13:25il est impossible
13:26d'avoir un drapeau tricolore.
13:27Et tout ça se fait
13:29globalement
13:29sans aucun problème.
13:31Et la police regarde ailleurs.
13:33Et ça,
13:33c'est une composante essentielle
13:34de ce 14 juillet
13:36parce que jusque-là,
13:37la police traquait aussi
13:39tous les signes,
13:40illégaux,
13:41en l'occurrence,
13:42les trois couleurs.
13:44Français,
13:46enfin voici l'heure
13:47tant attendue.
13:481er août 1944,
13:50nous remettons le pied
13:51sur le sol de la patrie.
13:52Il est 11 heures,
13:53la 2e division blindée
13:55du général Leclerc
13:56vient de débarquer
13:57à Utah Beach.
13:59Sur les ondes de la BBC,
14:00le général Leclerc
14:02s'adresse aux Français.
14:03Nous voulons d'abord
14:04battre le Bosch,
14:05l'ennemi maudit.
14:06Nous voulons ensuite
14:07retrouver les bons Français
14:09qui mènent depuis 4 ans
14:11dans le pays
14:11la lutte que nous menions
14:13en dehors.
14:14Pour libérer Paris,
14:15le général Leclerc
14:16peut compter sur 15 000 hommes
14:18et une cinquantaine de femmes
14:20chargées de venir en aide
14:21aux soldats blessés
14:22de la 2e DB.
14:24Debout, Français.
14:25Aidez-nous.
14:26Aidez nos alliés
14:27à abréger cette bataille.
14:29Livrez pour sa libération
14:30sur le sein de notre patrie.
14:36Alors que les alliés
14:37se rapprochent de la capitale,
14:39Hitler décide de nommer
14:40un nouveau gouverneur
14:41à la tête de Paris.
14:42C'est le général
14:43Von Scholtitz.
14:45Jean-François Murassiol,
14:46quelle est la mission
14:48que lui confie le Führer ?
14:49La mission est très simple,
14:50c'est-à-dire tenir Paris.
14:52Et Scholtitz passe
14:53pour un homme à poigne.
14:54Il a participé
14:54à toutes les opérations
14:55depuis le début
14:56de la seconde guerre mondiale.
14:57Il a participé
14:58en particulier
14:59à la prise de Sébastopol
15:00à l'été 42
15:01avec toute une série
15:02de crimes de guerre
15:03qui accompagnent cela.
15:05Alors, il dispose
15:05de forces qui sont
15:06assez maigres.
15:07En termes d'effectifs,
15:09à peu près 16 000 hommes
15:10en tout, dont 6 000 dans Paris,
15:12un armement limité,
15:1380 chars,
15:1460 canons,
15:15pas d'aviation.
15:16Bon, bref,
15:17on ne tient pas longtemps
15:18avec des forces pareilles.
15:19Le plan allemand,
15:20d'ailleurs,
15:20est assez modeste.
15:20Il consiste
15:21à se barricader
15:22en quelque sorte
15:22dans des bastions
15:24fortifiées,
15:24comme par exemple
15:25l'école militaire,
15:26comme par exemple
15:26le Sénat,
15:27comme par exemple
15:27la caserne
15:28de la place de la République.
15:29En outre,
15:30des points de fixation
15:31en grande banlieue
15:32pour, en quelque sorte,
15:33fixer, retarder
15:34le plus possible
15:34l'avancée des forces alliées
15:36puisqu'elles arriveront
15:36par l'ouest,
15:37évidemment.
15:4110 août 1944,
15:44des mouvements de grève
15:45éclatent à Paris
15:46et paralysent la ville.
15:48Donc là,
15:48on est vraiment
15:49dans les prémices
15:50de l'insurrection.
15:52Ça commence
15:52par des grèves,
15:53des grèves
15:54qui sont organisées
15:55par des mouvements
15:57de résistants.
15:58Alors,
15:59ça va toucher
15:59à peu près
16:00l'ensemble des secteurs,
16:01c'est-à-dire
16:02depuis la Poste
16:04jusqu'aux cheminots,
16:05en passant
16:06par l'électricité.
16:07Tous ces secteurs-là,
16:09à un moment
16:09ou à un autre,
16:10vont être touchés
16:11par ces grèves.
16:13Ça dit
16:13une adhésion,
16:15finalement,
16:16des travailleurs
16:17de ces branches-là
16:18à l'insurrection
16:19et à la libération.
16:21On apprend aussi,
16:22au 15 août,
16:23qu'il y a eu
16:24un débarquement
16:24en Provence.
16:26On sait que les alliés
16:27vont arriver
16:28par l'ouest,
16:29on sait qu'ils sont
16:29en train d'arriver
16:30par le sud.
16:31C'est merveilleux.
16:32Les Allemands
16:33n'en ont plus
16:33pour si longtemps que ça.
16:34La question
16:35du top départ
16:36de l'insurrection,
16:37elle est posée.
16:38Roll va obtenir
16:40l'accord
16:40pour lancer
16:42cette insurrection
16:43et qu'un ordre
16:45de mobilisation
16:46apparaisse,
16:47affiché sur les murs
16:48de la capitale
16:49dès le 18 août.
16:50La population parisienne,
16:51ça y est,
16:52elle va écrire l'histoire.
16:54Les groupes alliées
16:55sont à proximité
16:56de Paris.
16:57L'ennemi traqué
16:58va en retraite
16:59avec les débris
17:00d'unités démoralisées.
17:01L'insurrection
17:02est maintenant déclenchée.
17:04Dans les rues,
17:05on commence à tirer
17:06sur les convois allemands,
17:08on monte des barricades
17:09et des habitants
17:10viennent en aide
17:11au FFI.
17:12Français,
17:13debout,
17:15tous au combat.
17:16Pendant ce temps,
17:17que fait
17:18le colonel Roll ?
17:19Roll s'aperçoit
17:20que la préfecture
17:21de police,
17:22effectivement,
17:23est rentrée
17:23en quelque sorte
17:24en dissidence,
17:25mais forme un bastion.
17:27Et donc,
17:27la question,
17:28elle est très importante
17:29pour lui.
17:30il faut que les policiers
17:31soient du côté
17:32des forces françaises
17:33de l'intérieur,
17:34il faut qu'ils s'en assurent.
17:35Donc,
17:36arbore le brassard
17:37des FFI.
17:38Comment expliquer
17:39que les résistants FFI,
17:40qui pendant des années
17:41ont été traqués
17:42par la police parisienne,
17:44acceptent maintenant
17:44de combattre
17:45à leur côté ?
17:46On est dans un moment
17:48d'histoire.
17:49Et tout le monde le sait.
17:50Et donc là,
17:51on va jouer l'unité.
17:52Ça n'efface pas du tout
17:54les problèmes,
17:55les rancœurs,
17:56mais il y a une partition
17:58à jouer
17:58et il faut que
17:59tout l'orchestre
18:00fonctionne.
18:01Et au niveau des résistants,
18:03ils savent très bien
18:04que c'était ceux
18:05qui les traquaient hier
18:06qui sont là
18:07dans la cour
18:07de la préfecture de police.
18:09Il n'y a aucune naïveté.
18:10Mais chacun est tendu
18:11vers un but commun
18:12et on sait que ce but,
18:13c'est une question d'heure.
18:14Il faut avoir choisi son camp.
18:16La police parisienne
18:17a choisi son camp.
18:22Le colonel Roll
18:23doit trouver
18:24un nouveau poste
18:25de commandement.
18:26Il lui faut un lieu sûr,
18:28relié au réseau téléphonique
18:29pour coordonner
18:30les FFI à Paris,
18:32mais aussi
18:33dans toute la région parisienne.
18:34Le 20 août,
18:36décision est prise
18:37d'investir un bunker
18:38situé sous la place
18:40d'Enfer-Rochereau.
18:41Lundi 21, 1944, 22h.
18:43Nous sommes en ce moment
18:45à 26 mètres sur terre
18:46dans une des gaz
18:47du réseau
18:48des vices et de catacombes.
18:49Avec le déclenchement
18:50de l'insurrection,
18:51c'est aussi la presse
18:52et la radio libre
18:53qui renaissent à Paris.
18:55Ce jour-là,
18:56pendant que les combats
18:57font rage dans les rues,
18:58un journaliste
18:59descend sous terre
19:00pour rendre visite
19:01au colonel Roll Tanguy.
19:02Ah bon, oui, oui.
19:03Oh, mais la porte est énorme,
19:05la porte est colossale,
19:06ça envoie 25 cm de largeur.
19:08Oh, même avec une grenail,
19:09il ne peut plus organiser.
19:10Une grenail de latin,
19:10ça fait une pique d'effet
19:11sur un éléphant,
19:12oui, c'est formidable, formidable.
19:14La porte s'ouvre,
19:16nous entrons,
19:16nous entrons
19:17dans l'abri lui-même.
19:20Oh, c'est une impression extraordinaire,
19:21on se croirait
19:22dans la ligne Maginot.
19:23Une grande galerie centrale,
19:24voûtée,
19:25éclairée violemment,
19:26à droite et à gauche,
19:27des portes métalliques
19:28qui donnent sur des pièces
19:29le standard téléphonique,
19:31le réfectoire,
19:32les dortoirs,
19:33les bureaux.
19:33Ah, voici le bureau
19:34du colonel Roll.
19:36Sylvie Seidman,
19:37on se trouve actuellement
19:38dans le bureau
19:39du colonel Roll.
19:40Est-ce que vous pouvez
19:41me décrire un peu les lieux ?
19:42Déjà, on a descendu
19:43un nombre de marches considérables.
19:45On est passé par un petit sas
19:47en voyant une porte
19:48qui est une porte anti-souffle
19:49qui était là à l'époque
19:52pour empêcher
19:53des gaz toxiques éventuellement
19:56de rentrer dans l'abri.
19:58Et puis, on voit
19:59d'immenses couloirs.
20:00Et ces couloirs
20:01desservent des petites cellules.
20:03Alors, tout est très austère.
20:05Vraiment, on voit
20:06que c'est du béton
20:07qui est juste peint.
20:09Le 20 août,
20:10cet endroit est en pleine installation.
20:12Et pendant ce temps-là,
20:13il y a vraiment une tragédie,
20:14en fait,
20:15qui se noue à l'extérieur.
20:16Parce que,
20:17si la préfecture de police
20:19est aux mains des résistants,
20:21policiers,
20:21si l'hôtel de ville
20:23vient d'être aux mains
20:25des résistants aussi,
20:26il y a une forte pression
20:27pour stopper cette insurrection.
20:29Il y a toujours l'idée
20:30que ça peut devenir
20:31un bain de sang.
20:33Et donc,
20:33Chaban est le délégué
20:36militaire national.
20:37Il est chargé
20:38de porter cette parole,
20:39de stopper l'insurrection.
20:41Jacques Chaban Delmas
20:42est le délégué militaire
20:44du GPRF à Paris.
20:45Il est le représentant
20:47du général de Gaulle
20:47auprès de la résistance parisienne.
20:49Il se trouve que
20:51le consul de Suède
20:53a réussi à négocier
20:56auprès du commandant allemand
20:58du Grosse Paris,
20:59le général Van Scholtitz,
21:01une trêve
21:02pour qu'au niveau
21:03de la préfecture de police,
21:05on puisse ramasser
21:06les blessés
21:07et les soigner.
21:08Alors,
21:09ça va donner lieu
21:10à des prises de position
21:12de part et d'autre
21:12assez fortes.
21:13Et notamment,
21:14on sait que Roll
21:15était extrêmement opposé
21:17à cette trêve
21:18parce que cette insurrection
21:19qu'il avait déclenchée,
21:20il ne voulait pas
21:21que ça retombe.
21:22Il était très important
21:24d'un point de vue symbolique
21:25que le peuple de Paris
21:27se libère par lui-même.
21:29De toute façon,
21:30la trêve n'est absolument
21:31pas respectée.
21:32On tire dans la rue,
21:33l'insurrection est lancée,
21:35on ne peut plus rien faire,
21:35c'est une boule de neige.
21:36Donc autant l'accompagner.
21:41Dans le bunker
21:42de Danfer-Rochereau,
21:43le colonel Roll
21:44coordonne les combats
21:45aux côtés de sa femme,
21:46Cécile,
21:47qui est venu renforcer
21:48son état-major.
21:50Mais il a aussi
21:51une autre mission,
21:52contacter les alliés
21:53pour leur demander
21:54de venir au plus vite
21:55sur Paris.
21:56Cette mission,
21:57il la confie à son second,
21:59le commandant
22:00Cocteau-Gallois.
22:01Le 21 août,
22:02Cocteau-Gallois
22:03quitte la capitale
22:04pour rejoindre
22:05le poste de commandement
22:06américain
22:07situé à une centaine
22:09de kilomètres de Paris.
22:10Cocteau-Gallois
22:11parvient au QG
22:13du général de Palton
22:14qui commande
22:14la 3e armée américaine
22:15à ce moment-là,
22:16au sud-ouest de Paris,
22:17le 22 vers les 2h ou 3h
22:19du matin,
22:20on réveille Patton,
22:22qui est un petit peu
22:23embrumé,
22:24et Patton lui explique
22:25que non,
22:26qu'il ne va pas à Paris,
22:27que sa mission
22:27n'est pas du tout
22:27de prendre Paris.
22:29Pourquoi est-ce qu'il n'est pas
22:29question de prendre Paris ?
22:30Pour d'excellentes raisons
22:31militaires en fait.
22:32D'abord,
22:33ça y est,
22:33enfin,
22:34le front allemand est percé,
22:35l'armée allemande
22:35est en retraite,
22:36les américains avancent
22:37de 50 km par jour,
22:38voire plus.
22:39Patton,
22:40à ce moment-là,
22:40se fait fort
22:41d'être sur le Rhin
22:41en 10 jours.
22:42Autrement dit,
22:43la prise de Paris,
22:44avec tous les combats
22:45qu'elle pourrait susciter,
22:46risque de faire passer
22:47l'occasion historique
22:48de gagner la guerre
22:49à ce moment-là.
22:50Deuxièmement,
22:51prendre Paris,
22:51c'est un cauchemar logistique.
22:53Les américains ont fait
22:53leur compte.
22:54Paris,
22:55c'est 3 millions d'habitants,
22:56plus 3 en bon lieu,
22:57ça fait 6 millions de personnes,
22:58c'est 4 000 tonnes
22:58de ravitaillement par jour.
22:594 000 tonnes de ravitaillement
23:00par jour,
23:01c'est en gros l'équivalent
23:02de 3 jours d'avancée
23:03de l'ensemble
23:03des forces débarquées.
23:04Autrement dit,
23:05chaque jour de ravitaillement
23:06de Paris,
23:07c'est 1 à 2 jours de perdu
23:09dans l'avancée vers l'Est.
23:11Paris,
23:11c'est également
23:12la perspective
23:13de combat urbain.
23:14Et depuis Stalingrad,
23:15plus aucun général
23:16raisonnable et sensé
23:17n'a envie de s'aventurer
23:18dans ce type de combat.
23:19Et on sait en plus
23:20que l'avantage
23:21dont il dispose,
23:21l'avantage mécanique
23:22et général,
23:24est remis en cause
23:24en ville,
23:25puisqu'en ville,
23:26le défenseur a l'avantage.
23:27En outre,
23:28se battre dans Paris,
23:29c'est risquer
23:30de très fortes destructions,
23:32à la fois humaines
23:32et culturelles,
23:33qui assumera
23:34la destruction
23:35de la tour Eiffel,
23:36de Notre-Dame,
23:36etc.
23:37Donc,
23:38vous voyez,
23:38il y a toute une série
23:39vraiment de très très
23:40bonnes raisons
23:41qui poussent les Américains
23:42à ne pas prendre Paris.
23:43Le 22 août,
23:44une réunion décisive
23:46est organisée
23:46par le général américain
23:48Eisenhower.
23:49Ce jour-là,
23:50le chef suprême
23:51des forces alliées
23:52en Europe
23:53décide finalement
23:54de changer ses plans
23:55pour libérer Paris.
23:57En gros,
23:57il y a trois raisons
23:58qui poussent Eisenhower
23:59à changer d'avis.
24:00La première,
24:00effectivement,
24:01ce sont les arguments
24:02de Gaulle.
24:02De Gaulle,
24:03avant des arguments
24:04de type militaire
24:04pour convaincre Eisenhower
24:05en lui disant
24:06qu'il n'est pas très prudent
24:07de laisser un point
24:07de fixation
24:08sur ses arrières.
24:09Deuxièmement,
24:10il y a certainement
24:10l'influence des émissaires
24:11venus de Paris,
24:12procto-galois.
24:13Et troisièmement,
24:14il y a le rôle
24:16certainement décisif
24:17du renseignement américain
24:18qui explique à Eisenhower
24:19que 1,
24:20les forces allemandes
24:21dans Paris
24:21ne sont pas si fortes
24:22que cela
24:22et que 2,
24:23que la détermination
24:24de Von Scholtitz
24:25à combattre
24:26est également,
24:27disons,
24:28assez aléatoire
24:29et qu'il n'est pas impossible
24:30qu'il livre la ville
24:34Eisenhower
24:34à ordonner
24:35la marche sur Paris.
24:36Donc,
24:36deux divisions
24:37seront envoyées,
24:38la deuxième division
24:38blindée du général Leclerc
24:40et la quatrième division
24:41d'infanterie américaine
24:42du général Burton
24:44que l'on veut
24:44récompenser ainsi
24:45pour son excellent comportement
24:47en Normandie.
24:49Le 23 août,
24:50Paris se réveille
24:51tout doucement
24:52après une journée
24:53de combat acharnée.
24:54Aux 37 rues
24:55de l'université,
24:56dans le quartier latin,
24:58un journaliste
24:59prend l'antenne.
25:00Dehors,
25:01le jour se lève,
25:03déjà dans le long,
25:04loin,
25:04on entend
25:05des rafales
25:05de mitrailleuses.
25:07Ce sont les combats
25:08qui ont repris
25:08autour de certaines barricades.
25:10C'est l'annonce
25:11d'une nouvelle étape
25:12de la France
25:13vers un ordre
25:14de justice
25:15et de liberté.
25:16Des barricades
25:17dans les rues de Paris,
25:18il y en aura jusqu'à 650
25:19dans les rues de Paris
25:20pour gêner l'occupant.
25:22Et ça permet
25:23de se souder,
25:23de se voir entre voisins,
25:25de participer soi-même
25:27à la libération
25:28de la ville.
25:28Les barricades 1848
25:30et la commune de Paris,
25:31c'est ça qui est convoqué.
25:33La barricade,
25:34c'est le soulèvement populaire.
25:36Et derrière ces barricades,
25:37s'abritent
25:38des FFI
25:39qui ont,
25:40je dirais,
25:40des pétoires.
25:41Et ils font le coup de feu.
25:43Quand un convoi passe,
25:44on tire.
25:45Et la population
25:46se cache à ce moment-là,
25:47tout le monde
25:48se met en retrait
25:49et revient
25:50pour les encourager,
25:51revient pour leur apporter
25:52des munitions,
25:53leur apporter des vivres,
25:54les quelques vivres
25:55qu'on a dans ces moments-là.
25:56Donc c'est vraiment
25:58quelque chose
25:58de collectif,
25:59finalement.
26:00Comment réagissent
26:01les soldats allemands ?
26:02Il y a quand même,
26:03de la part des Allemands,
26:05le souci de patrouiller,
26:06en quelque sorte,
26:07pour montrer
26:08qu'ils sont quand même
26:09maîtres de la rue.
26:10Ce qu'ils ne sont plus
26:11du tout, en fait.
26:12Mais il y a ce souci
26:13de se montrer
26:14et de montrer la force.
26:15Les chars qui passent
26:16devant la préfecture de police,
26:18étant agressés,
26:20certains répliquent
26:20avec des canonnades.
26:22Ils font des victimes
26:23et les forces françaises
26:26de l'intérieur vont gagner,
26:28mais uniquement
26:29parce que les alliés
26:30vont arriver.
26:31Nous apprenons à l'instant
26:32qu'il vient d'arriver
26:33un message parachuté
26:34du général Leclerc.
26:35Tenez bon,
26:36nous arrivons.
26:41Le 24 août 1944,
26:43où sont les alliés
26:44et en particulier
26:45les hommes du général Leclerc ?
26:47Le général Leclerc
26:49a reçu l'ordre
26:50de marcher sur Paris,
26:51ce qu'il a fait
26:51avec une rapidité
26:53absolument incroyable
26:54pour une division blindée
26:55quand même.
26:56Mais voilà,
26:57il se heurte
26:57à des forces allemandes
26:58qui sont extrêmement vigoureuses,
27:01qui l'empêchent
27:02d'avancer plus sur Paris.
27:04Donc il va se tourner
27:05vers le capitaine Drone
27:06qui est un vieux de la vieille,
27:08qui est un français libre
27:09de la première heure
27:10et qui a toujours été
27:11aux côtés de Leclerc.
27:12Il va se tourner
27:13vers le capitaine Drone
27:14et il va lui dire
27:15« Faites quelque chose,
27:16essayez de passer,
27:17si vous pouvez, allez-y ».
27:18Et Drone est alors
27:20commandant
27:21la neuvième compagnie
27:22d'un bataillon
27:23du régiment de marche
27:25du Tchad.
27:25Parmi ces hommes,
27:27il y a beaucoup d'Espagnols.
27:29Ces Espagnols sont,
27:30pour beaucoup,
27:31des républicains
27:32qui ont combattu
27:34contre le général Franco,
27:35qui ont dû partir
27:37suite à l'exil
27:38de ces républicains espagnols
27:39et qui se sont retrouvés
27:40petit à petit
27:41dans d'autres forces,
27:42engagés dans d'autres forces
27:43pour pouvoir combattre.
27:45Il y a aussi
27:46beaucoup d'anciens brigadistes
27:48qui sont présents.
27:49La lutte touche à sa fin.
27:51Paris achève
27:52sa libération.
27:56Maintenant,
27:56les avant-gardes
27:57de la division Leclerc
27:58roulent vers Paris.
28:00Ils rejoignent
28:01l'avenue d'Italie,
28:03ils remontent
28:04sur le pont d'Austerlitz,
28:05là ils tournent
28:06sur les quais
28:07et ils arrivent
28:08à l'hôtel de ville.
28:09On est le 24 août 1944
28:12et il est à peu près
28:1321h.
28:14Quelques tours de chemis
28:15et ils sont
28:15à l'hôtel de ville.
28:17Et là,
28:17dans la lueur des torches,
28:18ils vivent avec Paris
28:19la dernière nuit
28:20d'un cauchemar
28:20de 4 ans.
28:26Drone,
28:27c'est un drôle de type,
28:28c'est un colosse,
28:29il fait 1m80,
28:30il est barbu,
28:31c'est un baroudeur.
28:31L'historien
28:32Jean-François Murassiol.
28:34En même temps,
28:34c'est un docteur en droit,
28:36c'est un drôle de personnage,
28:37donc il est couvert debout,
28:38il est fatigué,
28:39il est sale
28:39et il est accueilli
28:40comme un héros
28:41et il se rend suite
28:42à la préfecture de police
28:43où il est accueilli
28:44par parodie,
28:45par le préfet Luizet.
28:46La police
28:47rend les honneurs
28:48et d'ailleurs,
28:50le seul souhait de Drone
28:51est de prendre un bain.
28:52Donc il prend un bain
28:53et il s'endort
28:54sur un lit de camp
28:55à la Belle Étoile
28:55dans la cour
28:56de la préfecture
28:57par la suite.
28:58Le matin du 25 août 1944,
29:01le général Leclerc
29:03entre enfin dans Paris,
29:05acclamé par des milliers
29:06de Parisiens.
29:06Les gens viennent
29:07en bicyclette
29:08de tous les coins
29:09pour être ensemble,
29:10pour communier
29:11dans cette magnifique journée
29:12de la libération totale
29:14de Paris,
29:15de la libération.
29:17Alors que les combats
29:18font rage
29:19dans les rues de Paris,
29:21Leclerc installe son QG
29:22à Montparnasse.
29:24À ses côtés,
29:25il y a le colonel Roll,
29:26mais aussi le général allemand
29:28Von Scholtitz,
29:29gouverneur du Grand Paris,
29:31qui vient tout juste
29:32de capituler.
29:33Le général Von Scholtitz
29:35a donc signé
29:36la capitulation
29:37dans la salle de billard
29:38de la préfecture de police.
29:39C'est un acte
29:41qui a été
29:41contre-signé
29:43par
29:44Roll Tanguy
29:45à la demande
29:46de
29:47Valrimont,
29:48qui est un
29:49communiste
29:50et qui veut
29:51absolument
29:52que les communistes
29:54figurent
29:55sur cet acte.
29:56Donc le commandant
29:57Von Scholtitz,
29:58après avoir signé
29:59cette capitulation,
30:00est conduit
30:01à la gare Montparnasse,
30:02qui est le QG
30:03de Leclerc.
30:04Quelques minutes après,
30:06arrive le général
30:07de Gaulle
30:08et on lui soumet
30:10l'acte de capitulation
30:12du général Von Scholtitz.
30:14Et alors là,
30:15nous n'avons pas
30:16de quoi
30:17affirmer
30:18ce que dit,
30:19ce que ressent
30:20le général de Gaulle,
30:21ça c'est sûr.
30:22Par contre,
30:22les caméras le filment.
30:24Et là,
30:25on voit que
30:26le général de Gaulle
30:27lit l'acte
30:28de capitulation
30:29et
30:30il a quelque chose
30:31qui ressemble quand même
30:32à un petit mouvement
30:32d'humeur.
30:34Et à voir
30:34l'attitude de Leclerc
30:36et l'attitude derrière
30:38deux rôles
30:39de Valrimont
30:40qui sont aussi
30:42dans le champ
30:42de la caméra,
30:43on se dit
30:44que probablement
30:45ce qu'est en train
30:46de voir le général de Gaulle,
30:47c'est que la signature
30:48de rôle a été apposée
30:49sur l'acte.
30:51On voit le général de Gaulle
30:52prendre connaissance
30:52de l'acte de rédition,
30:54demandant des explications
30:55à Leclerc.
30:55Henri Tanguy,
30:56en 1987,
30:58dans Mémoire du siècle,
30:59diffusé sur France Culture.
31:01Mais aussitôt
31:02après cette réaction
31:03première,
31:04il m'a félicité
31:05justement
31:06du rôle
31:06et dans ses mémoires
31:07d'ailleurs,
31:08on dit textuellement
31:09que c'était
31:10les FFI
31:10qui avaient chassé
31:11l'ennemi de nos rues,
31:12qu'il avait enfermé
31:13à quelques points d'appui
31:14et Paris libéré
31:16par lui-même.
31:16C'est écrit d'ailleurs
31:17sur les bas-reliefs
31:19de l'hôtel de ville
31:19et ensuite,
31:21naturellement,
31:21libéré
31:22avec l'appui
31:23des forces françaises.
31:25Donc,
31:25je crois que
31:26tout se remet en place
31:28historiquement parlant.
31:29dans le camp des vainqueurs
31:30qui est vraiment
31:31le grand gagnant
31:32de la bataille de Paris.
31:33Il est incontestable
31:35que le général de Gaulle
31:36est le grand vainqueur
31:38de cette histoire.
31:39Pour Roll,
31:40ce retour
31:41de l'ordre républicain
31:43qui est un retour gaulliste
31:45se solde
31:46par une mise en retrait
31:48forcément.
31:49Puisque
31:49de Gaulle a gagné,
31:50ça veut dire
31:50que les communistes
31:51sont perdus quelque part.
31:53Donc évidemment,
31:54Roll,
31:54il est renvoyé
31:55à ce qu'il est.
31:56C'est-à-dire
31:57un ouvrier métallurgiste,
31:59un responsable syndical
32:02et quelqu'un
32:02qui a une instruction
32:03militaire,
32:04certes,
32:05mais qui n'est pas conforme
32:06à la tradition
32:07de l'armée française.
32:08Lui qui a quand même
32:09mené
32:09l'insurrection parisienne.
32:11Le général de Gaulle
32:12vient d'arriver
32:13sur la place
32:13de l'hôtel de ville.
32:14Il faut imaginer
32:15un hôtel de ville
32:16sans électricité
32:17puisque le courant électrique
32:18est coupé dans Paris.
32:19Donc il est 9h du soir.
32:21Au mois d'août,
32:21il est encore un petit peu jour.
32:22Enfin, on est un petit peu
32:23dans la pénombre.
32:24Il rentre dans l'hôtel de ville.
32:25Il est accueilli
32:26très chaleureusement
32:27par Georges Bidot,
32:28le président du CNR.
32:30Et de Gaulle
32:30prend ensuite la parole.
32:31Paris outragé,
32:34Paris brisé,
32:36Paris martyrisé,
32:37mais Paris libéré.
32:40À la suite du discours,
32:41Georges Bidot
32:42invite le général de Gaulle
32:44à proclamer
32:45la restauration
32:45de la République.
32:47Et de Gaulle refuse sèchement.
32:48D'abord,
32:49il est président du GPRF,
32:50gouvernement provisoire
32:51de la République française.
32:52Donc il n'y a pas lieu
32:53de proclamer
32:53qu'une République
32:54qui existe déjà.
32:55Et qu'en outre,
32:56la République n'a jamais
32:57cessé d'être,
32:58que Vichy n'a été
32:59qu'une parenthèse
32:59et que la France libre
33:01a incarné la République
33:02durant la guerre.
33:04Le 26 août 1944,
33:07des millions de Parisiens
33:08sont réunis
33:08sur les Champs-Elysées
33:09pour fêter la Libération.
33:12Samedi 26 août 1944,
33:1415h toujours
33:15aux Champs-Elysées,
33:16hier après-midi,
33:17les derniers points
33:18d'actualement
33:18dans Paris,
33:19les Suyres
33:19et le ministère
33:20de la Marie,
33:20une école militaire,
33:21le majestique
33:22de Luxembourg
33:23sont tombés.
33:23La bataille de Paris
33:24finira sa fin.
33:25La ville est commune
33:25des troupes de Leclerc
33:26et des Américains.
33:27Le gouvernement provisoire
33:28siège à l'hôtel de ville.
33:29Le général de Gaulle
33:30qui est arrivé cette nuit
33:31est en train
33:32de descendre en ce moment
33:33vers nous
33:34venant de l'Arc de Trion.
33:35Le général de Gaulle
33:37lors de ce défilé
33:38est entouré
33:39de tous les membres
33:40du Conseil National
33:40de la Résistance
33:41qui sont tous autour de lui.
33:43Ils descendent tous
33:44en cortège
33:45l'avenue des Champs-Elysées
33:46ce qui est un moment
33:47extrêmement important,
33:48extrêmement émouvant
33:49pour la foule
33:50où on voit
33:51les gens sont venus
33:52pour de Gaulle,
33:53pour acclamer de Gaulle
33:54et pour dire leur joie
33:56de cette libération de Paris.
33:59C'est un enthousiasme fou,
34:00on s'embrasse,
34:01on applaudit,
34:02on prie.
34:02Et jamais l'expression
34:03noire de monde
34:04n'est aussi fausse.
34:05Il y a des gens
34:06jusque sur les toits.
34:07Et de Gaulle descend ainsi
34:09un pas devant tous les autres,
34:11l'avenue des Champs-Elysées
34:13jusqu'au rond-point
34:14de la Concorde.
34:16On pourrait croire
34:17que la fin de ce défilé
34:18se passe uniquement
34:19dans la ferveur,
34:20dans la liesse,
34:21dans la joie,
34:22mais la situation
34:23est bien plus compliquée
34:24que ça
34:24parce qu'il y a encore
34:25des collaborateurs
34:27ou en tout cas
34:27des gens
34:27qui sont prêts
34:28à en découdre.
34:29Et donc,
34:30malgré cette grande liesse
34:32populaire
34:33qui entoure de Gaulle,
34:34il va y avoir des gens
34:35qui vont se mettre
34:36à tirer
34:37en semant la panique
34:38complète dans la foule.
34:42Attention aussi !
34:44Mes chers auditeurs,
34:46mes chers auditeurs,
34:47la foule s'écouche
34:48instantanément
34:49au milieu des Champs-Elysées.
34:51Les effets-pilles
34:52sont réfugiés
34:52derrière leur voiture.
34:53Les passants,
34:54la foule s'est abritée
34:56derrière les voitures,
34:56derrière les arbres
34:57et dans les porches,
34:57les maisons.
34:58Les coups de feu
34:59viennent des immeubles.
35:00Ce sont des chleux,
35:02comme on dit,
35:02ce sont des frontières
35:03qui tirent des maisons.
35:06À suivre dans le quatrième
35:08et dernier épisode,
35:09le jour d'après.
35:11La Libération de Paris est une série
35:13réalisée par Pierre Chafanjon.
35:15Production,
35:16Thibault Lambert
35:17et Clara Garnier-Amourou.
35:19Merci à Laurence Vaugeois,
35:21Charles de Saint-Sauveur,
35:23Lisa Jo
35:23et Jean-Hugo Hill
35:24pour leur aide.
35:25La Libération de Paris
35:27est un hors-série
35:28de Codes sources,
35:29le podcast d'actualité
35:30du Parisien.
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