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A 71 ans, le comédien fait salle comble au Théâtre du Montparnasse depuis le 1er novembre pour sa pièce « Lafontaine et le confinement » et le 15 février prochain, il sera de retour au cinéma avec le film « Un homme heureux ». Derrière la bête de scène qui fascine les spectateurs se cache pourtant un homme qui dit ne pas être heureux, rongé par ses angoisses. Pour Code source, Sylvain Merle, journaliste au service culture du Parisien, dresse le portrait de Fabrice Luchini.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : France 3, INA, France 2.

#comedie #theatre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Fabrice Lucchini, 71 ans, a une double actualité.
00:15Il est à l'affiche d'un nouveau film, Un homme heureux de Tristan Seguéla, sorti le 15 février,
00:20et il est sur scène à Paris, au Théâtre Montparnasse, depuis le mois de novembre,
00:23pour le spectacle La Fontaine et le confinement.
00:26Fabrice Lucchini remplit les salles depuis le milieu des années 80,
00:30il est l'un des plus grands comédiens de sa génération,
00:32et pourtant ce succès ne l'a pas apaisé.
00:34Il dit prendre des antidépresseurs, être en analyse depuis 40 ans,
00:38affirme ne pas avoir d'amis, et avoir renoncé à l'idée même d'être heureux.
00:43Portrait d'un intranquille avec Sylvain Merle, journaliste au service culture du Parisien.
00:55Sylvain Merle, vous interviewez Fabrice Lucchini pour Le Parisien,
00:58le jeudi 12 janvier, dans ses bureaux, dans le 18ème arrondissement de Paris,
01:03près de la mairie, juste à côté de chez lui.
01:05Il m'accueille, il est dans son bureau, donc c'est une grande pièce,
01:09il y a une petite cuisine, un canapé, un énorme écran de télévision,
01:14et puis on s'installe, il se fait un thé, il a une écharpe, il a mal à la gorge,
01:18il a joué la veille, et on débute l'interview.
01:21Il est comment, pendant cette interview ?
01:23Il est très affable.
01:24C'est quelqu'un de très agréable, Fabrice Lucchini, quand il le veut.
01:28Il varie beaucoup en termes d'intensité,
01:30il faut savoir qu'il peut être très enthousiaste d'un coup,
01:34et retomber, il est très up and down.
01:40Sylvain Merle, vous signez sur leparisien.fr une série de 5 articles sur Fabrice Lucchini,
01:45alimenté aussi par des entretiens, avec la comédienne Arielle Dombal,
01:48le journaliste et auteur Philippe Labrault, ou encore la compagne de Fabrice Lucchini, Emmanuel.
01:53Le 15 février, Fabrice Lucchini est à l'affiche du film Un homme heureux,
01:57réalisé par Tristan Seguela, l'histoire en résumé d'un élu,
02:01le maire d'une commune, en campagne pour sa réélection,
02:04et dont l'épouse lui annonce se sentir au fond un homme depuis toujours.
02:08Comment est Fabrice Lucchini dans ce film ?
02:11Ah, il est excellent.
02:11Très drôle.
02:12Edith, quand une femme déclara à son mari qu'elle veut assumer ses désirs profonds,
02:16c'est qu'il y a un homme derrière tout ça. Je me trompe ?
02:18Un homme, si tu veux, on peut dire ça comme ça.
02:21Je suis un homme.
02:23C'est une blague ?
02:24Non, je suis très sérieux.
02:27Il aime faire rire, Fabrice Lucchini.
02:29Il est dans son rôle de perplexe, d'ahuri et de réac.
02:33C'est ce qu'il aime jouer.
02:35Sylvain Merle, vous allez maintenant nous résumer le parcours de Fabrice Lucchini.
02:39Il a 71 ans.
02:40Il est né le 1er novembre 1951 à Paris.
02:43Son prénom, à la naissance, c'est Robert.
02:46Et il grandit dans le 18e arrondissement, dans un quartier populaire.
02:50Ses parents tiennent une boutique de fruits et légumes.
02:52C'est une boutique qui fait le coin de la rue Ramay et du passage Cotin.
02:56C'est une boutique sur rue qui fait l'angle en rond.
02:59Son père, le matin, se lève très très tôt pour aller chercher sa cargaison de frais
03:03et qu'il remonte à pied pour installer le matin et ouvrir pour ses premiers clients.
03:08Et quelle est la vie du petit Robert à ce moment-là ?
03:10Il vit avec ses parents dans un deux-pièces, à une cinquantaine de mètres de la boutique.
03:15Donc il n'y a pas de salle de bain, les toilettes sont à l'étage.
03:18Il se partage la seule chambre avec ses frères.
03:21Il va à l'école, juste à côté, rue de Clignancourt.
03:25Et le midi, il déjeune avec ses frères et sa mère dans la petite cuisine aménagée à l'arrière de
03:32la boutique.
03:33Ses frères, allant en pensionnat, il se retrouve à déjeuner seul avec sa mère.
03:41Son père est originaire d'Italie, dans la boutique.
03:43Il lui apprend à économiser.
03:45Il lui dit par exemple, si tu as 100 000, tu mets 55 000 de côté.
03:50Et il lui transmet une vision plutôt sombre de la société.
03:54Il faut dire que son père a été prisonnier de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale.
03:58Il était engagé dans l'armée française.
04:00Il a été prisonnier très tôt.
04:01Donc il a fait cinq années de détention.
04:03Il en est revenu très marqué.
04:05Et puis c'est un petit commerçant qui travaille énormément pour gagner peu.
04:09Et donc, oui, il apprend à ses enfants que les gens ne font jamais rien, sans intérêt.
04:14Il a aussi une autre phrase.
04:15La vie, c'est une tartine de merde et on en croque un peu tous les jours.
04:19Robert n'est pas bon à l'école.
04:20Et quand il a 13 ans, sa mère lit une annonce dans le Figaro.
04:24Un salon de coiffure de la très chic avenue Montaigne, dans le cœur de Paris, cherche un apprenti.
04:29Et là, elle saute sur l'occasion, elle téléphone.
04:31Il raconte qu'ils prennent le bus 80 pour se rendre dans ce quartier des Champs-Elysées.
04:37Et là, le jeune Robert, qui n'a pas encore 14 ans, on est à la rentrée 65,
04:42va faire un numéro devant le patron du salon de coiffure.
04:45Et il va lui dire qu'il a toujours rêvé de devenir coiffeur.
04:48Et donc, il est engagé.
04:49Alors, ils sont plus de 90 postulants.
04:52Et c'est lui qu'on engage parce que, justement, il a réussi à le persuader que c'est ce
04:56qu'il voulait faire.
04:57Par contre, le patron pose deux conditions pour l'accepter.
04:59D'abord, qu'il se laisse pousser les cheveux.
05:01C'est à l'époque, à la mode.
05:03Et ensuite, qu'il change de prénom.
05:05Robert, c'est un peu trop populaire pour lui.
05:08Donc, rapidement, ils arrêtent Fabrice.
05:11Donc, Robert devient Fabrice Lequini.
05:14Quand il est ado, Robert, devenu donc Fabrice Lequini, fréquente des petits voyous du 18e arrondissement, eau en couleur.
05:21Il faut dire que Fabrice a toujours été dans la rue, dans ce quartier, à Montmartre.
05:25Dès qu'il est gamin, il court dans les rues avec ses amis.
05:28Et avec ses frères, il s'aventure de plus en plus loin.
05:31Et il rencontre une bande de marginaux.
05:33Ce sont des voyous où ils font le coup de poing, ils se battent.
05:35Par contre, ces marginaux ont une certaine vision poétique de la vie, ont des livres, lisent, disent de la poésie.
05:43Et dans ce groupe, on parle l'argot, on parle le verlan, déjà.
05:47On parle le loucherbem, qui est l'argot débouché, qui consiste à changer de sens certaines lettres, rajouter M à
05:55la fin,
05:55pour perdre, en fait, les flics et ceux qui n'ont pas à comprendre ce que vous dites.
05:58L'un de ses amis lui fait découvrir l'écrivain Louis-Ferdinand Céline.
06:02Oui, voyage au bout de la nuit.
06:04Et c'est un choc pour le jeune Fabrice.
06:07Car jusqu'ici, il n'avait jamais lu un livre aussi puissant.
06:10D'ailleurs, il ne lisait pas vraiment, il avait essayé.
06:13Et rien ne l'avait accroché.
06:14Et là, c'est la première fois.
06:15Il se balade avec, il le lit tout le temps.
06:18Il en apprend des passages par cœur.
06:22À cette période, il a 16-17 ans.
06:24Fabrice Lucchini danse chaque semaine dans les boîtes de nuit des Champs-Elysées.
06:27Et un jour, un patron de bar l'envoie en Charente, à Angoulême,
06:30pour danser à l'occasion de l'inauguration d'une nouvelle boîte de nuit.
06:34Oui, pour l'inauguration du premier drugstore de province.
06:38Le drugstore, c'est donc cet endroit aux Champs-Elysées
06:41où des groupes de jeunes se retrouvaient.
06:43C'est un endroit qui mélange une pharmacie, un bar, un restaurant,
06:48un endroit où on vendait des livres, des disques.
06:50Et c'est là qu'il apprend notamment à s'habiller, à se saper, comme il dit.
06:55Il a des westerns au pied, il a des petites vestes de blazer,
06:59il a des pantalons de flanel.
07:00Et sur les pistes de danse, il l'imite James Brown.
07:03Et il l'imite tellement bien qu'il se fait remarquer.
07:06Il devient une des coqueluches des pistes de danse parisiennes.
07:09Et c'est pour ça que ce patron l'invite.
07:11Et il imprime des prospectus sur lesquels il est écrit
07:15« Fabrice Lucchini va vous apprendre comment on danse à Paris ».
07:21À Angoulême, il est là, au milieu de la piste de danse.
07:25Dans la salle, il y a Philippe Labreau.
07:27Philippe Labreau, c'est un journaliste, réalisateur.
07:29Il va réaliser son premier film de cinéma.
07:31Et il fait des repérages pour ce film.
07:33Et il tombe sur Fabrice Lucchini.
07:35Ils échangent un regard.
07:37Il se présente.
07:38Et il lui dit « Salut, moi je m'appelle Sebrifa ».
07:40Il lui parle en verlan.
07:41Et il lui pose mille questions.
07:42Et il lui montre en quelques phrases
07:45qu'il a déjà une culture ahurissante.
07:48Et là, Philippe Labreau dit
07:49« Quand vous croisez un phénomène pareil,
07:51vous ne le laissez pas passer ».
07:52Dans le domaine de l'instinct,
07:54j'éprouve un laisser-aller contradictoire
07:56avec mes convictions religieuses.
07:58Philippe Labreau le fait tourner dans son premier film
08:01« Tout peut arriver » qui sort en 1969.
08:04Dis donc, t'as vu la sape ?
08:06Six rayons dessous comme Victorio de Sica.
08:09Flanelle, déesse 21 grise,
08:12homme de bourse,
08:13deux heures de l'après-midi,
08:14l'heure où ils montent les marches
08:15et où on voit leurs chaussures.
08:17Et là, ça fait mal.
08:18Je m'habille vieux
08:19parce que ça fait contraste avec ma gueule.
08:21Et après ça, Fabrice Lucchini est repéré
08:23par le réalisateur Eric Romer.
08:25Eric Romer, qui cherche un jeune comédien
08:27pour un film, Le Genou de Claire,
08:30on lui souffle ce nom à l'oreille.
08:32Il le rencontre.
08:34Et Fabrice Lucchini,
08:35qui n'a jamais rêvé de faire du cinéma,
08:37débarque dans ses bureaux.
08:39Il a dans sa poche un livre,
08:41ainsi par les Zaratoustra,
08:43et il commence à déclamer,
08:46à lire le début du livre.
08:48Romer, ahuri, interdit,
08:50lui dit « Attendez,
08:51il va chercher dans sa poche,
08:52il a exactement le même livre,
08:54mais en allemand,
08:55il est en train de le lire,
08:56la rencontre est faite. »
08:57Et donc, ils font plusieurs films ensemble.
08:59Ils en font six, en tout.
09:00Il y a d'abord Le Genou de Claire,
09:02avec Jean-Claude Briali,
09:03et puis il y aura Perceval Le Gallois.
09:05Alors Perceval Le Gallois,
09:06c'est quand même une aventure,
09:07parce que pour ce film,
09:09Fabrice Lucchini va apprendre à monter à cheval,
09:11à se battre à l'épée,
09:13il va porter une armure,
09:14il parle en vers,
09:15le film est en vers octosyllabique,
09:18en huit syllabes.
09:19« Ma mère a raison,
09:20qui me dit que les diables
09:21sont les plus affreuses créatures
09:23qui se trouvent dans la nature. »
09:24Il a pour partenaire Ariel Dombal,
09:26et Ariel Dombal s'en souvient très bien,
09:28et elle me dit
09:29« Il ne ressemblait pas tout à fait
09:31au pro-chevalier tel que je l'imaginais,
09:34il n'était pas très viril,
09:36mais sa beauté résidait ailleurs,
09:39elle résidait dans son verbe. »
09:42À cette période, dans les années 70,
09:44Fabrice Lucchini passe régulièrement
09:46ses après-midi
09:46avec d'autres fortes personnalités,
09:48chez Eric Romer,
09:49qui reçoit beaucoup,
09:51il tient salon.
09:51« Oui, c'est ça.
09:52Ariel Dombal me dit
09:53que c'était comme
09:55au siècle des Lumières.
09:56On y parle littérature,
09:58architecture, peinture,
09:59ce sont des après-midi entiers
10:01à disserter,
10:03à s'amuser,
10:03à déclamer.
10:05Et là, Fabrice Lucchini
10:06va faire rire
10:07en racontant son intimité,
10:10en racontant sa vie,
10:11en racontant son enfance,
10:12en racontant ses parents,
10:14le salon de coiffure.
10:15Il fait encore à nouveau
10:16son numéro.
10:19Mais il ne gagne pas assez
10:20avec la comédie
10:21et pour vivre,
10:22il est obligé d'avoir
10:23des petits boulots à côté.
10:24Il va vendre des légumes,
10:26comme son père.
10:27Il va distribuer
10:28des prospectus.
10:29Il va aussi
10:30livrer des repas
10:31en mobilette.
10:32D'ailleurs,
10:32il dit qu'il a adoré ça.
10:34Est-ce qu'on peut dire
10:34que sa carrière
10:35peine à décoller ?
10:36Carrément.
10:37Lui-même dit
10:37qu'il a mis 15 ans.
10:39Il a galéré, en fait.
10:40Et puis,
10:40tout de suite
10:41après le genou de Claire,
10:42il se présente
10:42à un agent
10:43et l'agent lui dit
10:44« Mais vous n'êtes pas
10:45assez sexué,
10:45je ne peux pas vous prendre.
10:47Il ne représente pas
10:48la virilité telle
10:48qu'on la célèbre à l'époque.
10:50Il est trop précieux.
10:51Il est particulier,
10:52singulier. »
10:54En revanche,
10:54cet agent lui donne
10:55un conseil
10:56et ce conseil sera fondateur.
10:58Il l'envoie
10:58chez le professeur de théâtre
10:59Jean-Laurent Cochet.
11:00Et là,
11:01Fabrice Lucigny
11:01apprend beaucoup
11:02avec ce professeur.
11:03C'est bien simple.
11:04C'est une révélation.
11:06Il aimait la langue,
11:07il aimait l'oralité,
11:08il aimait la littérature.
11:09Mais là,
11:10il va apprendre le théâtre.
11:12Il va apprendre les textes,
11:13le répertoire.
11:14Il va apprendre à travailler.
11:16Jean-Laurent Cochet
11:16va lui donner un cadre.
11:18Un cadre sur lequel
11:19sa nature
11:19va pouvoir s'épanouir
11:20et fructifier.
11:22Et là,
11:22d'un mot,
11:24beaucoup de textes,
11:24de grands auteurs.
11:25Il lit énormément.
11:27Et puis,
11:27quand il aime un auteur,
11:28il le lit,
11:29il le mâchonne,
11:30il digère ses mots
11:32pour mieux les restituer.
11:33En 1986,
11:34le patron d'un théâtre parisien
11:36lui propose de monter
11:37sur scène
11:37pour dire des passages
11:39de Voyage au bout
11:40de la nuit de Céline.
11:41J'ai tourné encore
11:42pendant des semaines
11:43et des mois
11:44tout autour de la place
11:45Clichy
11:46d'où j'étais partie
11:46et aux environs aussi
11:48à faire des petits métiers
11:49pour vivre
11:49du côté des Batignolles.
11:51C'est Jean-Louis Barrault
11:52au Théâtre du Rond-Point
11:54qui lui propose
11:54de venir
11:55à 18h30
11:57pour une dizaine de jours.
11:59Il hésite
12:00et puis il se lance
12:01tout de même.
12:02Et c'est un succès
12:02qui devait durer
12:03une dizaine de jours,
12:04va durer trois mois.
12:05Il lance
12:06un nouveau
12:07style de spectacle.
12:08En 1990,
12:09quand il a 39 ans,
12:11Fabrice Luchini
12:11est à l'affiche
12:12d'un film
12:12de Christian Vincent.
12:14La discrète
12:15et le rôle principal
12:16lui convient parfaitement.
12:18Parce qu'il a été écrit
12:19pour lui.
12:20C'est un rôle
12:21de séducteur.
12:22Catherine,
12:23faites-moi un sourire
12:24sinon je vais croire
12:24que je vous ennuie
12:25ou que vous m'en voulez.
12:26Amoureux des lettres.
12:27Et il va mettre en valeur
12:28tout ce que jusqu'ici
12:30ont considéré
12:31comme des défauts.
12:32C'est-à-dire
12:32sa volubilité,
12:34sa diction précise,
12:35précieuse
12:36et le fait
12:36qu'il parte
12:37dans des grandes
12:39circovolutions orales.
12:40Parce que vous
12:40qui aimez tant le mensonge...
12:42Je n'aime pas le mensonge.
12:43Vous qui aimez tant le mensonge.
12:44Vous m'avez laissé raconter
12:45ces anecdotes
12:45qui sont absolument authentiques
12:47et qui parce qu'elles sont vraies
12:48auraient dû vous faire horreur.
12:50Et ce film est un carton
12:52et enfin
12:52on découvre
12:53le comédien
12:53Fabrice Lucchini
12:55et enfin justement
12:56ses défauts
12:57vont être les qualités
12:58qu'on va s'arracher.
13:00En 1994,
13:02il reçoit
13:02le César du meilleur
13:03second rôle
13:04pour son rôle
13:04dans
13:04Tout ça pour ça
13:05de Claude Lelouch.
13:06Il brille aussi
13:07dans
13:08Beau marché l'insolent
13:09d'Edouard Molinaro
13:10qui sort en 1996.
13:12Ah ça c'est à moi
13:13que vous vous adressez ?
13:13Oui, oui, oui, à vous
13:14et à l'institution
13:15que vous incarnez
13:16qui se soucie
13:17beaucoup moins
13:18de la vérité
13:19que de la protection
13:19de ses privilèges.
13:20Oui, monsieur le conseiller.
13:21Pendant les années 90 et 2000,
13:23Fabrice Lucchini
13:24se fait remarquer
13:24à chaque apparition
13:25à la télé.
13:26Par exemple,
13:27le lundi 6 mars 2000
13:29avec Marc-Olivier Fogiel
13:30sur le plateau
13:31dont ne peut pas plaire
13:32à tout le monde
13:33sur France 3.
13:33On va chez Fogiel
13:34de ne pas la faire
13:35très très neutre,
13:36très sérieux,
13:37très sérieux,
13:37c'est grave.
13:38Lucchini c'est un bon client.
13:39C'est-à-dire qu'on l'invite
13:40parce qu'on le sait
13:40qu'il va le faire un numéro.
13:42Et d'ailleurs,
13:43Fogiel l'interroge là-dessus,
13:44le relance,
13:45vous ne pouvez pas
13:45vous en empêcher,
13:46vous faites votre numéro
13:47à chaque fois.
13:48Vous imaginez
13:49que je fasse autre chose
13:49dans une télévision
13:50que du spectacle ?
13:51Vous voulez quoi ?
13:52Qu'un mec ait l'indécence
13:53de raconter le patos
13:55qui colle à ce qu'il est,
13:56tu veux ça ?
13:57En gros, il explique
13:59qu'il vient à la télé
14:00pour vendre un produit.
14:02Il vient à la télé
14:02comme son père
14:03vendait des fruits et légumes,
14:05lui, il vend une pièce
14:06ou il vend un film.
14:07Et pour ça,
14:07il a besoin d'entrer
14:09en représentation.
14:10Il est là pour faire rire
14:11et pour amuser.
14:15Il est célibataire
14:16pendant très longtemps,
14:17des décennies,
14:18il ne reste jamais longtemps
14:19avec ses compagnes
14:20et il n'envisage pas
14:21de vivre en couple.
14:22Il faut dire que
14:23Fabrice Lucchini
14:24a un rapport singulier
14:25avec les femmes.
14:26Il les adore
14:27et il en a peur.
14:28Jeune,
14:29dans ce salon de coiffure,
14:30notamment,
14:30il voyait des champouineuses,
14:32des clientes
14:33en petite tenue.
14:35Lui est très
14:36gracile,
14:37précieux déjà.
14:39Personne ne fait
14:39vraiment attention
14:40et donc il devient fou,
14:41ça lui tourne la tête.
14:42Il passe son temps,
14:43il le dit,
14:44il l'a écrit,
14:45à se masturber
14:46plusieurs fois par jour.
14:47Il l'écrit encore
14:48voir des prostituées.
14:50Il a beaucoup été client
14:51de prostituées.
14:53Et puis,
14:53c'est un séducteur,
14:54il va être connu,
14:56ça va être plus facile
14:57pour lui.
14:58Mais il n'a pas envie
14:59de s'attacher
15:00à une femme
15:00ou en tout cas
15:01d'avoir le sentiment
15:02d'être attaché.
15:03Il a peur du couple.
15:05Il dit que c'est
15:06une dépersonnification.
15:08Il a peur de s'y perdre.
15:10Malgré ça,
15:10il aura une fille.
15:11Il a une fille
15:12parce qu'il a rencontré
15:13une femme qui s'appelle
15:14Cathy dans un ashram,
15:15une salle de méditation
15:16dans le 18e arrondissement.
15:17Une femme qui va lui permettre
15:20de vivre sa vie
15:21comme il veut.
15:22Ils ont une fille,
15:23ils n'habitent pas ensemble,
15:25il a son appartement,
15:26elle a son appartement,
15:26il se voit
15:27et il ne se voit plus.
15:28C'est comme ça.
15:29Fabrice Lucchini
15:29reconnaît aussi volontiers
15:31ne pas avoir d'amis.
15:32Fabrice Lucchini,
15:33c'est un misanthrope.
15:34En tout cas,
15:34il aime à faire croire
15:36qu'il ne supporte pas
15:38les autres.
15:38Après les représentations,
15:40il va souvent dîner
15:41au restaurant
15:41avec les gens
15:42qui viennent le voir,
15:43des personnalités,
15:44des politiques et autres.
15:45Mais des amis
15:47au sens vraiment
15:48amis proches,
15:49c'est vrai qu'il en a peu.
15:51C'est peut-être
15:51une façon de se protéger.
15:53Il a pu déclarer,
15:54c'était dans le Figaro
15:56en 2017,
15:57au fond,
15:58j'ai peu d'amis,
15:59je suis un solitaire,
16:00sans doute parce que
16:01j'ai compris
16:02qu'être avec les autres,
16:03c'est être avec un paquet
16:04de névroses,
16:05de maladies.
16:06Il a déjà suffisamment
16:07à faire avec les siennes,
16:08de névroses,
16:09pour s'encombrer
16:10de celles des autres.
16:12Au niveau politique,
16:13Sylvain Merle,
16:14il adore rencontrer
16:15les puissants,
16:15les présidents,
16:16mais il égratigne
16:17tout le monde,
16:17à droite comme à gauche.
16:18Oui, oui,
16:19il passe son temps
16:20à dire qu'il aimerait
16:21tant être de gauche
16:22mais qu'il n'a pas
16:23les qualités morales
16:24suffisantes.
16:25J'adorerais être de gauche,
16:26c'est un souhait
16:27mais je trouve
16:28que c'est tellement élevé
16:30comme vertu
16:31que j'y ai renoncé
16:32parce que il y a,
16:33d'abord c'est un gros boulot,
16:34c'est un dépassement de soi,
16:36c'est une attitude,
16:38une présence à l'autre.
16:39Il faut être exceptionnel
16:40quand t'es de gauche.
16:41Quand t'es pas de gauche,
16:43tu peux être moyen.
16:44Quand t'es de gauche,
16:45c'est l'excellence.
16:47Le génie moral,
16:48le génie de l'entraide,
16:50c'est trop de boulot.
16:50Et à la fois,
16:51il fustige la droite
16:52pour la petitesse d'esprit.
16:54J'ai pas de confort de la droite.
16:56Je consomme pas comme la droite.
16:58Je déteste la droite
16:59avec autant de passion
17:00que je hais la gauche.
17:01Je déteste la droite
17:02dans ce cas-là
17:03quand t'as un 4x4
17:04qui pollue comme un malade
17:06qui transfère son phallus
17:07sur sa grosse bagnole.
17:08Ce qui caractérise Fabrice Luchini,
17:11je crois que c'est plutôt
17:11la liberté de penser
17:12ce qu'il a envie de penser.
17:17Sylvain Merle,
17:17Fabrice Luchini
17:18est souvent nommé au César
17:20mais il n'est pas récompensé
17:21pour un premier rôle
17:22et il essaie à trois reprises
17:23d'intégrer la comédie française.
17:25Oui, il a fait savoir
17:26par trois fois
17:27qu'il souhaitait intégrer
17:28la maison de Molière
17:29et par trois fois
17:30on va lui refuser
17:31lui dire en substance
17:33parce que parfois
17:33on ne lui répondra pas
17:35qu'il n'a pas sa place
17:36dans cette maison
17:37que dans cette maison
17:38la star c'est la troupe
17:39et qu'il n'y a pas de place
17:41pour un égo comme lui
17:42dans la troupe.
17:43Pas de César
17:43pour un premier rôle,
17:44il n'est pas pris
17:45à la comédie française.
17:46On sait comment il vit ça ?
17:48Lui dit qu'il s'en fout,
17:49qu'il fait sa petite
17:50comédie française
17:51à côté au théâtre
17:52qu'il est très content
17:53comme ça.
17:54Au fond, je suis sûr
17:55qu'il existe une blessure,
17:57une piqûre à l'amour propre
17:58et d'ailleurs
17:59il intitule assez crânement
18:00d'ailleurs
18:01son autobiographie
18:02comédie française.
18:03En 2008,
18:04il perd sa mère
18:05qui était tout pour lui.
18:07Sa mère, il le dit,
18:08c'était la femme de sa vie.
18:10Ils avaient une relation
18:11très très forte.
18:12Il est effondré.
18:13Un de ses amis proches
18:14me dit que c'est la première fois
18:15qu'il l'a vu pleurer
18:16et la seule fois
18:17qu'il l'a vu pleurer.
18:17Un de ses frères raconte
18:19qu'il embrassait le corbillard.
18:20Il est effondré.
18:22Et après la mort de sa mère,
18:23il se met réellement
18:24en couple
18:24pour la première fois.
18:25Alors, ses concomitants
18:26lui-même le dit
18:27que c'est peut-être ça
18:28qu'il l'a permis.
18:30C'est peut-être l'âge.
18:31C'est peut-être la rencontre.
18:32Mais oui,
18:32il va rencontrer une femme
18:34qui s'appelle Emmanuel.
18:35Une femme qu'il rencontre
18:36à la sortie d'un théâtre
18:38après une représentation.
18:39C'est un dragueur.
18:40Il donne son numéro.
18:42Il se revoit.
18:43Elle habite le 18ème.
18:44Lui aussi.
18:45C'est une relation
18:46qui se met doucement en place
18:47et qui va finir
18:49par s'installer.
18:50En 2015,
18:51Sylvain Merle,
18:51Fabrice Lucchini
18:52tourne un film
18:53réalisé par sa fille
18:54Emma Lucchini.
18:55Un début prometteur
18:56sorti en septembre 2015.
18:59Sa fille dont il reconnaît
19:00qu'il ne s'est pas
19:01beaucoup occupé
19:01quand elle était petite.
19:02A l'époque où elle naît,
19:04elle naît à la fin
19:05des années 70,
19:06Fabrice Lucchini
19:07a une vie un peu dissolue.
19:09Il va voir à droite,
19:10à gauche.
19:10Il ne vit pas avec sa fille
19:11ni la mère de sa fille.
19:13Elle dira qu'elle n'arrivait
19:15pas à savoir
19:15qui il était réellement
19:17au départ.
19:17Elle le prenait
19:18pour un cousin,
19:19une vague connaissance.
19:20Elle ne savait pas
19:21vraiment que c'était son père.
19:22Sylvain Merle,
19:23on le disait au début
19:23de ce podcast,
19:24vous avez rencontré
19:25Fabrice Lucchini
19:26le 12 janvier
19:26pour une longue interview
19:28de 2h30.
19:29Et vous avez parlé
19:30avec lui aussi
19:31de ses quelques 40 années
19:32de psychanalyse.
19:33Qu'est-ce qu'il en dit ?
19:34Pourquoi est-ce qu'il est
19:35en analyse depuis aussi longtemps ?
19:37Il a commencé l'analyse
19:38parce qu'il avait
19:39des problèmes
19:39notamment alimentaires.
19:41il me dit qu'il avait peur
19:43qu'on l'empoisonne.
19:44Il s'angoisse énormément.
19:46D'abord,
19:46il a eu des angoisses
19:47métaphysiques.
19:47Il s'interroge beaucoup
19:48sur qui il est,
19:50sur ce qu'il fait
19:51et pourquoi.
19:52Et néanmoins,
19:52il a réussi
19:53à régler
19:54quelques petits tracas.
19:55Déjà,
19:56trouver une personne
19:57à qui déverser
19:58ses angoisses,
19:59ses peurs,
19:59ses craintes,
20:00lui permet d'améliorer
20:01ses rapports aux autres.
20:03Ensuite,
20:04il a compris
20:04que le bonheur
20:06n'était pas fait pour lui
20:07et qu'à partir du moment
20:09où ce n'était plus un but,
20:10ce n'était plus un problème.
20:11Dans cette interview,
20:13il vous parle
20:13de sa seule vraie joie.
20:15S'il dit
20:16que le bonheur
20:16n'est pas pour lui
20:17ou en tout cas
20:17qu'il n'est pas fait
20:18pour le bonheur,
20:19il rajoute
20:20que le bonheur
20:21que le public lui donne,
20:22lui,
20:22est réel.
20:24Pour préparer
20:25cette série d'articles
20:25et son interview,
20:27vous êtes allé le voir
20:27sur scène
20:28le 11 janvier
20:29au Théâtre Montparnasse
20:30pour son dernier spectacle
20:31qu'il défend
20:32depuis le mois de septembre.
20:34Ça s'appelle
20:34La Fontaine
20:35et le confinement.
20:36Racontez-nous
20:37comment il est sur scène,
20:38comment vous l'avez vu
20:39et l'ambiance dans la salle.
20:41C'est une sorte
20:42de récital littéraire.
20:43C'est ce qu'il fait
20:44depuis bientôt 40 ans.
20:45C'est-à-dire
20:46qu'il va parler de lui,
20:47il va parler de ses angoisses,
20:48de sa vie,
20:49il va parler aussi
20:50de la société
20:50et de ce qui ne va pas.
20:51Mais il va parler de La Fontaine,
20:53il va parler de Pascal,
20:54de évidemment Céline.
20:59Dans la salle,
21:00on sent énormément
21:00d'affection
21:01et de reconnaissance
21:02de la part du public.
21:04Ils ont les yeux écarquillés,
21:05ils ont la bouche bée
21:07et ils boivent ces paroles.
21:08Il parvient à nous dire
21:10par exemple
21:11un texte de Pascal
21:12sur l'ennui
21:13qu'on aurait du mal à lire
21:14et là du coup
21:15on le comprend
21:15et il devient le texte
21:17et donc le texte
21:18est là devant nous.
21:20Il le porte
21:20et il nous le transmet
21:21et réellement
21:22il nous touche.
21:37Merci Sylvain Merle.
21:38Votre série de 5 articles
21:40sur la vie de Fabrice Lucchini
21:41et son interview
21:42sont à retrouver
21:43sur leparisien.fr.
21:46Code source
21:46est le podcast quotidien
21:48d'actualité du Parisien.
21:49N'oubliez pas de vous abonner
21:50pour ne rater aucun épisode.
21:52Vous pouvez nous écrire
21:53code source
21:54at leparisien.fr
21:56Cet épisode de Code Source
21:57a été produit par
21:58Raphaël Pueillot
21:59et Thibaut Lambert.
22:00Réalisation
22:01Pierre Chaffanjon.
22:02Le Parisien vous propose
22:04un deuxième podcast
22:05depuis décembre 2022.
22:07Crime Story
22:07podcast hebdomadaire
22:09de faits divers.
22:10Chaque samedi
22:11Claudia Prolongeau
22:11vous raconte
22:12une grande affaire criminelle
22:13avec l'expertise
22:14de Damien Delseny
22:15le chef du service
22:16police-justice du Parisien.
22:18Crime Story
22:19est disponible
22:20sur toutes les plateformes audio.
22:22Sous-titrage Société Radio-Canada
22:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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