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Cet été, Code source vous propose une série en quatre épisodes pour raconter l’occupation et la libération de Paris. Premier épisode, les premiers résistants parisiens s’organisent dans la capitale occupée. Cet épisode est raconté par deux historiens, Sylvie Zaidman, historienne et directrice du musée de la libération de Paris, du général Leclerc et de Jean Moulin, et Denis Peschanski, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, au micro de Raphaël Pueyo.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Conception, écriture et voix : Raphaël Pueyo - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier Amouroux - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Eric Azara
Archives : INA.
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Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Conception, écriture et voix : Raphaël Pueyo - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier Amouroux - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Eric Azara
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien, Codesources exceptionnel,
00:0680 ans après la libération de Paris, racontée en 4 épisodes, une série écrite et présentée par Raphaël Pueillot.
00:15Nous sommes actuellement à l'hôtel de ville, vendredi 25 août 1944 à Paris.
00:20Et nous apercevons dans le fond de la salle de réception la haute silhouette du fédéral de Gaulle.
00:25Il est 20h sur le parvis de l'hôtel de ville.
00:27Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré.
00:36Le général de Gaulle prononce un discours devant des milliers de Parisiens.
00:41De la France qui se porte, de la sainte France, de la vraie France, de la France éternelle.
00:51Après 4 ans, sous l'emprise de l'Allemagne nazie, Paris respire enfin.
00:55Je vais demander aux parisiens de vous parler eux-mêmes.
00:57Et vous dire ce qu'ils en pensent.
00:5980 ans après, Codesource vous raconte la libération de Paris.
01:03La capitale se livrait à une joie dépassant le cadre des émotions humaines.
01:08À quoi ressemblait la vie des Parisiens sous l'occupation ?
01:11Qui sont les hommes et les femmes qui ont mené la bataille de Paris ?
01:14Et que s'est-il passé dans les jours qui ont suivi la libération ?
01:18La libération pour moi, c'est des larmes et c'est du sang.
01:23Avec des historiennes et des historiens spécialistes de cette période, nous allons vous faire revivre ces jours historiques à travers
01:30le parcours d'un homme, aujourd'hui méconnu du grand public,
01:33qui a pourtant eu un rôle décisif dans la libération de Paris, le colonel Roll Tanguy.
01:38Je suis très émotionné de voir toute cette belle armée qui nous fait réellement notre joie à tous.
01:42Je m'appelle Raphaël Pueyo et vous écoutez La Libération de Paris, un podcast du Parisien.
01:50Épisode 1, Les Premiers Résistants
01:55Notre histoire commence le 13 juin 1940 à Paris.
01:59Je veux crier au monde, l'héroïsme des armées français.
02:04Il est 23h, l'heure est grave.
02:07L'héroïsme de notre soldat.
02:09Paul Reynaud, le président du conseil, s'adresse aux français depuis la préfecture de Tours.
02:14Les français vont savoir à souffrir qu'il soit digne du passé de la nation.
02:21Le jour de la résurrection viendra.
02:26Le gouvernement vient d'abandonner la capitale.
02:29L'armée française est disloquée, impuissante face à l'armée allemande,
02:33et Paris vient d'être déclarée ville ouverte.
02:36Décision est prise de se rendre à l'ennemi sans combattre.
02:40Ce 13 juin 1940, les troupes allemandes sont aux portes de la capitale.
02:45Le gouvernement avait tout fait, la censure avait tout fait,
02:48pour ne pas indiquer que les Allemands étaient en train de se rapprocher de la ville.
02:52Sylvie Seidmann, historienne et directrice du musée de la libération de Paris,
02:57du général Leclerc et de Jean Moulin.
02:59L'armée française était réputée être la meilleure armée du monde.
03:04La percée allemande et le fait qu'on ne puisse pas arrêter cette percée,
03:08c'est totalement incongru.
03:10Personne ne voit qu'en fait, l'armée est totalement en repli
03:13et qu'elle n'a plus les moyens de s'opposer à cette avancée allemande.
03:21Les Parisiens s'aperçoivent qu'il y a des incendies qu'ils peuvent voir au loin,
03:25qu'il y a des bruits de canonnades,
03:27que les camions chargés d'archives s'en vont,
03:30qu'on brûle des documents dans la cour des ministères.
03:33Donc ils voient bien qu'il y a un effet de panique qui monte.
03:39Entre le 10 juin et le 14 juin 1940,
03:43il y a plus des deux tiers des Parisiens qui vont tout quitter.
03:47Alors c'est un effet de domino.
03:48C'est-à-dire que les gens disent « non, non, moi je vais rester »
03:50et puis tous les voisins s'en vont.
03:52Donc il y a vraiment une foule de gens qui partent
03:55en mettant, en entassant comme ils peuvent,
03:58quelques biens dans une charrette ou en partant en vélo aussi.
04:01Ceux qui partent en voiture, il y a quelques gens plus fortunés qui ont des voitures à l'époque,
04:05se trouvent rapidement en panne d'essence.
04:07Et puis ils font le vide devant eux aussi.
04:10C'est-à-dire que cette panique, elle va grandissant.
04:12Il y a de plus en plus de villages qui sont désertés par les habitants,
04:15qui se joignent à cet exode.
04:17Alors il faut voir un exode de 8 à 10 millions de personnes sur les routes
04:20qui ne savent pas exactement où ils vont.
04:22Parce qu'il faut dire que l'armée allemande,
04:24considérant qu'il peut y avoir des soldats français dans ses colonnes de réfugiés,
04:29n'hésite pas à mitrailler depuis les avions.
04:31Et donc il y a des morts.
04:33Et il va y avoir des enfants séparés de leurs parents.
04:36On sait qu'il y a environ 90 000 enfants qui ont été recueillis via la Croix-Rouge.
04:41Il a fallu quand même, dans les mois qui suivent,
04:44beaucoup d'efforts pour retrouver les familles
04:47et rendre ces enfants à leur famille.
04:54À quoi ressemble Paris le 14 juin 1944 ?
04:59C'est une ville qui est complètement transformée parce qu'il n'y a plus rien.
05:03Il n'y a plus de bruit, il n'y a plus de voitures qui circulent,
05:06plus de va-et-vient, plus d'agitation, plus de commerce.
05:09C'est une ville désertée.
05:11Il n'y a plus qu'un tiers des habitants qui sont là
05:14et qui sont des gens qui n'ont pas pu partir.
05:19Nous sommes le 14 juin 1940.
05:21Il est 5 heures du matin.
05:23Les premiers soldats allemands entrent dans la capitale.
05:30L'armée allemande organise un défilé grandiose sur les Champs-Elysées.
05:35On voit bien qu'il y a l'arc de triomphe
05:38qui se profile derrière le cortège allemand.
05:41Et c'est une revanche parce que l'arc de triomphe symbolise la Première Guerre mondiale.
05:46Pour les Allemands, cette première défaite, elle n'est pas passée.
05:51Et en descendant les Champs-Elysées, en se montrant devant l'arc de triomphe,
05:56c'est une revanche invraisemblable.
06:04Pour les Parisiens, c'est la sidération, parce qu'en aucun cas,
06:08il n'était possible dans les mentalités, dans les têtes,
06:12que les Allemands arrivent à Paris.
06:14Et donc là, juste à voir ce défilé qui passe sous leurs yeux,
06:19c'est absolument incroyable.
06:21Et donc on voit sur les photos, il y a quelques badauds qui regardent,
06:24qui se demandent...
06:25En fait, il faut toucher du doigt la défaite.
06:28Et là, vraiment, on la voit et on la touche du doigt.
06:34Ici, Radio-Diffusion Nationale de l'État français.
06:3717 juin 1940. Il est midi.
06:39Mesdames, Messieurs, Monsieur le Marisane Pétain,
06:42Président du Conseil des ministres, vous parle.
06:44Paul Reynaud vient de remettre sa démission au Président de la République.
06:48Un militaire est nommé pour le remplacer.
06:51Il s'appelle Philippe Pétain.
06:53Français, à l'appel de Monsieur le Président de la République.
06:57J'assume, à partir d'aujourd'hui, la direction du gouvernement de la France.
07:03Pour le maréchal Pétain, il n'y a qu'une seule issue,
07:07signer l'armistice avec l'Allemagne et déposer les armes.
07:10Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
07:15Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside
07:20pendant ces heures, pendant ces dures épreuves,
07:23et fassent taire le revoir pour n'obéir qu'à leur foi dans le destin de la patrie.
07:32C'est la figure du vainqueur de Verdun,
07:35Denis Péchansky, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale.
07:39C'est-à-dire qu'alors même qu'on est dans un effondrement de l'intérieur,
07:43on a un nouveau président du Conseil
07:46qui a derrière l'image du vainqueur.
07:50Et donc, dans le contexte de la défaite,
07:53sans doute, beaucoup de Français se disent
07:55finalement, il nous garantit, certainement par son action,
07:59par son histoire, de ne pas sombrer dans la collaboration
08:02et de nous mettre à l'écart de la guerre.
08:20Tous les Français n'acceptent pas l'idée d'un armistice.
08:23Parmi eux, Charles de Gaulle, un général de 49 ans,
08:27inconnu du grand public, qui a fait le choix de désobéir
08:30pour continuer le combat aux côtés des Britanniques.
08:33Le 18 juin 1940, à Londres,
08:36il prononce un discours sur les ondes de la BBC.
08:39Les deux points très importants dans son discours,
08:42c'est un, la guerre n'est pas finie,
08:44on a l'Empire derrière nous,
08:46et deuxième élément fort, décisif dans son discours,
08:50c'est l'appel à la résistance.
08:52L'appel n'est pas entendu.
08:55Alors, sur le moment, on peut penser que la population était ailleurs.
08:59Elle s'était effondrée de l'intérieur
09:01et donc, elle était dans le drame de la défaite.
09:04Elle n'était pas dans l'espoir d'une guerre qui allait continuer
09:08et d'une reconquête et d'une résistance.
09:10On n'était pas dans cette logique-là.
09:13Cette résistance-là était le fait d'une minorité et de la population,
09:16une petite minorité.
09:17Beaucoup de Français n'acceptent pas la capitulation ni la servitude.
09:24Le 22 juin 1940, à 18h36, l'armistice est officiellement signé.
09:30Dans la soirée, le général de Gaulle lance un deuxième appel aux Français,
09:34toujours depuis Londres.
09:35J'invite tous les Français qui veulent rester libres à m'écouter et à me suivre.
09:44Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendant.
09:58La France se retrouve coupée en deux.
10:01Au nord, la zone occupée, administrée depuis Paris par le commandement allemand.
10:06Au sud, la zone libre, gérée par le gouvernement du maréchal Pétain, installée à Vichy.
10:12Quant à certains territoires comme l'Alsace et la Lorraine,
10:15ils sont annexés par le chancelier allemand Adolf Hitler.
10:19Au-delà du découpage territorial, l'armistice est une humiliation pour la France.
10:24Elle doit céder une partie de son armement
10:26et verser quotidiennement à l'Allemagne
10:28plus de 400 millions de francs pour l'entretien des troupes d'occupation.
10:33Du côté de l'armée française,
10:35près de 2 millions d'hommes sont faits prisonniers
10:37puis envoyés dans des camps en Allemagne.
10:40Mais certains n'ont pas été capturés par l'ennemi.
10:43L'un d'entre eux s'appelle Henri Tanguy,
10:45il a 32 ans et le 19 août 1940,
10:49il retrouve sa famille à Paris.
10:52Henri Tanguy a été mobilisé lors de la déclaration de guerre,
10:57comme tous les hommes valides.
10:58Et lors de l'armistice, son régiment va être replié.
11:03L'historienne Sylvie Zeidman.
11:05Et par chance, c'est un régiment
11:07qui ne va pas être fait prisonnier de guerre
11:10et lui-même va être démobilisé le 16 août 1940.
11:15Et il arrive le 19 août au matin, très tôt à Paris.
11:20Ce qu'il va faire, c'est qu'il va se rendre à son domicile
11:23qui est en fait chez ses beaux-parents.
11:26Ses beaux-parents sont les Lebyans
11:28qui habitent rue Louisgane, dans le 20e arrondissement.
11:32C'est proche de la porte de Bagnolet.
11:34Et c'est là qu'il habite avec sa femme,
11:37qui s'appelle Cécile.
11:39Il vient de perdre son bébé.
11:41Cécile vient de perdre un bébé de 7 mois,
11:45qui est une petite fille qui est morte d'une diarrhée.
11:48Les retrouvailles sont quand même à la fois
11:51un soulagement,
11:53mais aussi un moment assez douloureux pour le couple.
11:56Qu'est-ce qui a changé depuis son départ ?
11:58Ce n'est pas le Paris qui l'a quitté.
12:01Quand les Allemands sont arrivés,
12:02ils se sont installés.
12:04installés dans des endroits
12:05qu'ils avaient repérés à l'avance,
12:08dans les grands hôtels parisiens.
12:11Certaines rues du centre de Paris
12:12sont méconnaissables
12:13parce qu'elles sont pavoisées
12:16de grands étendards rouges
12:18avec une croix gammée au milieu.
12:20Autre chose,
12:21toutes les montres de France,
12:22toutes les horloges de France
12:23ont été mises à l'heure allemande.
12:24C'est-à-dire qu'elles ont été modifiées d'une heure
12:26pour être alignées sur l'heure de Berlin.
12:29Alors la radio devient tout de suite
12:31un organe de propagande
12:32au service du gouvernement de Vichy
12:35et au service de l'occupant.
12:37C'est le fameux Radio Paris
12:38qui va être brocardé
12:40par les Français
12:41qui sont partis à Londres
12:43et qui s'opposent au gouvernement de Vichy
12:45qui vont dire
12:46Radio Paris ment,
12:48Radio Paris est allemand.
12:49Radio Paris ment,
12:52Radio Paris ment,
12:54Radio Paris est allemand.
12:56On avait une radio
12:58qui était une radio gouvernementale
13:00lorsque la France était sous un régime démocratique
13:03qui donnait des nouvelles
13:04et qui incitait les Français
13:07à penser
13:07qu'il fallait se battre
13:10contre les Allemands,
13:11que l'armée française
13:12arriverait à lutter contre les Allemands.
13:14Et du jour au lendemain,
13:15le discours change.
13:17Et au contraire,
13:19voilà une radio
13:20qui va inciter les gens
13:22plutôt
13:22à rester tranquillement
13:25chez eux
13:25et à accepter finalement
13:27cette présence allemande
13:28et puis plus tard
13:29la collaboration.
13:32Est-ce que la vie reprend vraiment son cours
13:34à Paris ?
13:35Alors,
13:36il a fallu accepter l'idée
13:38qu'effectivement,
13:39non seulement les Allemands étaient là
13:41mais qu'il allait falloir vivre avec.
13:43Les gens s'interrogent,
13:45ils en parlent un petit peu
13:46mais ils n'osent pas en parler trop
13:47avec leurs cercles amicaux,
13:50leurs cercles familiaux.
13:51Ça divise vraiment les gens,
13:53cette question de la présence des Allemands
13:55et de la façon de réagir.
13:57Est-ce que la vie reprend son cours ?
13:59Eh bien oui.
14:00Je peux vous dire qu'en juillet 1940,
14:03toutes les terrasses de café sont ouvertes.
14:06C'est vraiment une demande
14:07de Joseph Goebbels
14:08qui est ministre de la propagande du Reich
14:11de faire en sorte
14:13que la vie reprenne son cours à Paris.
14:16Les réfugiés sont fortement incités
14:19à revenir.
14:21Donc on leur distribue des cartes
14:23en leur disant
14:23voilà les routes par lesquelles
14:25vous pouvez rentrer.
14:26Mais pas tout le monde.
14:28parce que dès le 27 septembre 1940,
14:32les Allemands interdisent aux Juifs
14:34de revenir sur Paris.
14:37Pour nous, la bataille continuait.
14:40Henri Tanguy, en 1987,
14:43dans Mémoire du siècle,
14:44diffusé sur France Culture.
14:46Je me souviens à Grandbourg dans la Creuse,
14:48mon régime en dissous,
14:50je suis revenu à Paris
14:51à 6 heures du matin
14:53et mon épouse m'a dit
14:54j'ai rendez-vous à 11 heures
14:55avec les camarades
14:56qui avaient déjà organisé,
14:58c'était le 19 août 1940,
15:00qui avaient déjà organisé
15:01dans les entreprises
15:02de la région parisienne
15:03les comités populaires
15:05qui suppliaient aux syndicats
15:06qui étaient passés
15:07sous la coupe de Vichy.
15:08C'est-à-dire que la résistance
15:10était déjà organisée
15:11et sans retard,
15:13je m'y suis intégré
15:14et j'ai repris ma place
15:16de combattant.
15:21Comment expliquer
15:22qu'Henri Tanguy
15:23soit animé
15:24dès son retour à Paris
15:26par l'envie de résister ?
15:27Pour répondre à cette question,
15:29il faut retracer son parcours
15:31qui débute en 1908
15:33dans un petit village breton
15:34du Finistère.
15:36On sait beaucoup de choses
15:37sur l'enfance d'Henri Tanguy.
15:39On sait qu'il est né en 1908.
15:42Sa maman a accouché
15:43dans un train.
15:44Il est arrivé
15:44plus tôt que prévu,
15:46il était prématuré.
15:47C'était un enfant
15:49qui était plutôt chétif,
15:50qui va être protégé
15:52par sa mère.
15:53Sa mère qui est blanchisseuse.
15:55Son père est officier de marine
15:56et donc la famille
15:57déménage au fur et à mesure
15:59de ses affectations.
16:00D'abord Brest,
16:01ensuite Toulon,
16:03puis Cherbourg.
16:04Donc la famille suit.
16:05Et il faut dire
16:06que les rapports
16:07entre Anatole,
16:09le père et Henri
16:10sont très mauvais
16:11parce qu'en fait,
16:13Henri n'est pas
16:14le fils d'Anatole.
16:15Et lorsqu'il raconte sa vie,
16:17il raconte une vie
16:18un peu de liberté
16:19d'un jeune garçon
16:20qui va avoir une passion.
16:23Ça va être le vélo.
16:24Et à côté de cette passion-là,
16:25il y en a une deuxième.
16:26C'est la photographie.
16:28Et après son certificat d'études
16:30en 1921,
16:31c'est l'apprentissage pour lui.
16:34Il va faire diverses entreprises
16:35où il va s'initier
16:38à divers métiers
16:39sans vraiment se fixer
16:42sur une branche en particulier.
16:43jusqu'en 1923
16:45où sa mère décide
16:47de quitter Brest
16:48et elle part
16:49avec ses deux enfants.
16:50Elle part pour Paris.
16:52En 1923,
16:53à peine arrivé à Paris,
16:55à la gare Montparnasse,
16:56Henri Tanguy,
16:57en 1987,
16:58nous avons trouvé
16:59du travail tout de suite,
17:01ma mère chez Renaud
17:02et moi chez Talbot.
17:03Quand je suis arrivé
17:03chez Talbot,
17:04je voyais ces ouvriers
17:05travailler le métal,
17:06la tôle,
17:07avec une virtuosité
17:08qui m'impressionnait.
17:10Moi, j'étais encore
17:11ce qu'on appelle
17:11un tôlier bricoleur.
17:13Vraiment,
17:13ce contact
17:14avec la classe ouvrière
17:15parisienne,
17:15pour moi,
17:16était comme une sorte
17:17de révélation.
17:18Et en même temps,
17:19aussi, alors,
17:19ce climat revendicatif,
17:23intelligemment mené,
17:25discutant des revendications,
17:27tout cela
17:27était très formateur
17:28pour moi.
17:29Et ce n'est que
17:30dans les années 25,
17:3226,
17:33à ce moment-là,
17:34tout à fait par hasard,
17:35en sortant de chez Renaud
17:36où je travaillais,
17:38un camarade m'a abordé
17:40en me disant
17:40ce soir,
17:41il y a une réunion
17:41de jeunesse communiste,
17:42il m'a donné l'endroit,
17:43j'y suis allé.
17:44Et c'est comme ça
17:45que j'ai pris contact,
17:46je dirais,
17:47avec le mouvement
17:47de la jeunesse communiste
17:48et naturellement,
17:49non seulement
17:50les aspects revendicatifs,
17:52mais aussi naturellement
17:53les lectures.
17:54Et c'est à partir
17:55de ce moment-là
17:55alors que j'ai commencé
17:57à me former
17:58vraiment comme
17:59un communiste
18:00puisque c'était
18:01le mouvement de la jeunesse.
18:02En juin 1929,
18:04Henri Tanguy
18:05a 21 ans.
18:06Comme tous les jeunes
18:07de son âge,
18:08il part faire
18:09son service militaire.
18:11Envoyé en Algérie,
18:12près d'Oran,
18:13il apprend le maniement
18:14des armes
18:14et la discipline militaire.
18:17Et un an plus tard,
18:18il est de retour
18:19à Paris.
18:20Henri Tanguy,
18:21lorsqu'il rentre
18:22donc de son service militaire,
18:24il va reprendre le travail.
18:25Il va aller
18:26dans les usines métallurgiques,
18:27s'employer,
18:28notamment à l'usine Bréguet.
18:30C'est une époque
18:31où il a pris ses distances
18:32avec le vélo
18:33puisqu'il se rend compte
18:35qu'il ne sera jamais
18:36champion cycliste.
18:37Aussi, il faut bien voir
18:39que les années 30
18:39sont des années
18:40vraiment de grands
18:42bouleversements en France.
18:43Il y a d'abord
18:44la crise économique
18:45qui touche la France
18:46et puis une crise politique
18:47assez profonde
18:48avec les émeutes
18:51du 6 février 1934.
18:53Les ligues d'anciens combattants
18:55et les ligues d'extrême droite
18:57vont manifester
18:59une manifestation
19:00qui va dégénérer
19:01en menace
19:03sur l'Assemblée nationale.
19:04Il va y avoir
19:05une répression d'ailleurs
19:06très forte
19:07de la part
19:07des gardes républicains.
19:09Tout ça va ébranler
19:10la société française
19:11qui va se rendre compte
19:12qu'il y a une extrême droite
19:14extrêmement puissante
19:15en France
19:16et ça va décider
19:18du sort politique
19:19d'un certain nombre
19:20de militants.
19:21Henri Tanguy
19:22fait partie de ces gens-là.
19:23Il va être assez saisi
19:24par les événements
19:25et donc
19:26il va décider
19:27de s'investir
19:28en militants communistes
19:30en fait.
19:31Il va être responsable
19:32pour les usines
19:34breguées
19:34d'une section
19:36syndicale
19:37ce qu'on appelle
19:37la CGTU.
19:39Il devient même
19:40responsable
19:41des jeunesses communistes
19:42pour le 14e arrondissement.
19:44Donc il va vraiment
19:46de plus en plus
19:46s'investir
19:47dans l'action politique
19:48ce qui va faire
19:49qu'il va finalement
19:49être licencié
19:50de l'usine breguée.
19:53Et à partir du moment
19:54où le Front Populaire
19:56qui est un Front Populaire
19:58des gauches
19:59contre le fascisme
20:00va remporter
20:02les élections
20:02en mai 1936,
20:05il va y avoir
20:06une vague de grève
20:07qui va soulever le pays,
20:08un enthousiasme débordant
20:10aussi qui va naître.
20:11Le gouvernement
20:12de Front Populaire
20:14agira
20:16dans le cadre
20:18de la société actuelle
20:19mais
20:21avec la volonté
20:23délibérée
20:25d'en extraire
20:26tout ce qu'elle peut
20:28comporter
20:29d'ordre,
20:31de sécurité,
20:33de bien-être
20:35et de justice.
20:40Enrétangui
20:40en fait pleinement partie,
20:42il sera à nouveau
20:43licencié
20:44de l'entreprise
20:44où il était
20:45et donc
20:46on va lui proposer
20:47d'être
20:48permanent
20:49au niveau
20:50du syndicat
20:51des métallurgistes.
20:52Sa vie bascule
20:53à ce moment-là
20:54puisque
20:54de l'ouvrier métallurgiste
20:56il passe de l'autre côté
20:57il va être
20:58responsable syndical
21:00il va donc
21:00être permanent
21:01il va être
21:02de l'autre côté
21:03du miroir
21:03en quelque sorte.
21:07L'année de ses 28 ans
21:08Henri Tanguy
21:09est porté par
21:09l'effervescence
21:10du front populaire
21:11de Léon Blum.
21:12Il participe même
21:13aux grandes grèves
21:14de l'été 1936
21:15qui paralysent
21:16les usines
21:17de la région parisienne.
21:19Et c'est dans
21:19cette atmosphère
21:20qu'il va faire
21:21la rencontre
21:22de Cécile Lebihan.
21:23Cécile Lebihan
21:24c'est une
21:25toute jeune fille
21:26dans ces années-là
21:27elle est née
21:28en 1919
21:29donc elle a
21:30à peu près
21:3117 ans
21:32elle vit dans
21:33un milieu profondément
21:35militant.
21:35Alors sa mère
21:36n'est pas militante
21:37mais son père
21:37si.
21:38Son père
21:38est un syndicaliste
21:40et surtout
21:41c'est
21:41on va appeler ça
21:42un hôte.
21:43Il a déménagé
21:44spécialement
21:45rue Louis Ghan
21:46dans le 20ème arrondissement
21:48pour avoir
21:49une pièce supplémentaire
21:50pour accueillir
21:52des militants
21:53que le parti communiste
21:54souhaite accueillir
21:55en région parisienne
21:56un temps.
21:57Alors des militants
21:58internationaux.
21:59Cécile a l'habitude
22:00de voir passer des gens
22:01elle a l'habitude
22:02de ne pas poser de questions
22:03et puis comme dans
22:05toutes les familles
22:06ouvrières
22:07il faut bien apprendre
22:08un métier très vite
22:09pour pouvoir gagner sa vie.
22:11Donc elle va faire
22:12l'école Pigier
22:13elle va devenir
22:13dactylo
22:14et là
22:15elle va être
22:16embauchée
22:17dans le pool
22:18de secrétaire
22:19du syndicat
22:21des métaux.
22:22Comme dactylo
22:23un jour
22:23elle a affaire
22:24à Henri Tanguy
22:26qui n'apprécie pas
22:27beaucoup
22:28qu'elle ait fait une faute
22:28en dactylographiant
22:30un document
22:31donc
22:32la première rencontre
22:33n'est peut-être
22:33pas
22:35disons
22:36sympathique
22:36sympathique
22:37mais finalement
22:37ils s'entendent
22:39assez bien
22:40et puis
22:40ils commencent
22:41à se fréquenter.
22:46En février 1937
22:48la guerre civile espagnole
22:50fait irruption
22:51dans la vie
22:51d'Henri
22:52et Cécile.
22:56Cette année-là
22:58Henri Tanguy
22:58s'engage
22:59dans les brigades
22:59internationales.
23:01Placée sous la coupe
23:02du parti communiste
23:03elle regroupe
23:0453 nationalités
23:05différentes
23:05avec un objectif
23:07commun
23:07se battre
23:08aux côtés
23:09des républicains
23:09espagnols
23:10contre le général
23:11Franco
23:12qui est soutenu
23:13par l'Italie fasciste
23:14et l'Allemagne nazie.
23:15Que dire du rôle
23:16d'Henri Tanguy
23:17en Espagne ?
23:18Henri Tanguy
23:19il ne va pas être
23:21mis sur le front
23:22il va être
23:23commissaire politique.
23:25Alors qu'est-ce que c'est
23:25qu'un commissaire politique ?
23:27C'est quelqu'un
23:27qui discute
23:28avec les soldats
23:29pour leur expliquer
23:31les raisons de la guerre
23:32pourquoi est-ce qu'on se bat
23:34comment il faut se battre
23:36donc c'est une formation
23:37je dirais
23:37plus politique
23:38qu'une formation
23:40militaire
23:41à la base.
23:42Après avoir combattu
23:43sur le front de l'Ebre
23:44Henri Tanguy
23:45et ses camarades
23:46doivent se rendre
23:47à l'évidence
23:47le général Franco
23:49est en train
23:50de gagner la guerre.
23:52A l'automne 1938
23:54décision est prise
23:55de dissoudre
23:56les brigades internationales
23:57et de renvoyer
23:58les combattants
23:59chez eux.
24:00Ils ont fait un adieu
24:01aux armes
24:01à Barcelone
24:02ils reviennent
24:03comme des combattants
24:05mais en fait
24:06la situation a
24:07vraiment beaucoup
24:08changé en France
24:09parce que
24:10nous ne sommes plus
24:11à l'époque
24:11du front populaire
24:12de Blum
24:13on est à l'époque
24:14d'un autre
24:15front populaire
24:16qui ne défend plus
24:18les mêmes choses
24:18qui revient
24:19sur certaines questions
24:20sociales
24:21notamment
24:21et donc
24:22ils ne sont plus
24:24vus
24:24comme des héros
24:25partis combattre
24:26dans l'ivresse
24:28de la victoire
24:28du front populaire
24:29en France
24:29ce sont presque
24:31des gens
24:31qui sont partis
24:32pour combattre
24:33une cause lointaine
24:34et surtout
24:35peut-être
24:35qu'ils vont ramener
24:36des ennuis
24:36et donc c'est pour ça
24:38que c'est un retour
24:39qui est finalement
24:40très amer
24:40il va retrouver
24:41son poste
24:43au syndicat
24:44et puis il va retrouver
24:45Cécile
24:46et le 15 avril 1939
24:49ils se marient
24:50tous les deux
24:51à la mairie
24:52du 20e arrondissement
24:53et ils vont habiter
24:54rue Louis Gannes
24:56chez les beaux-parents
24:57le Bihan
24:57dans cette fameuse pièce
24:59qui était réservée
25:00aux hôtes
25:01du parti communiste
25:02donc ils ne vont pas
25:04avoir le temps
25:04de beaucoup profiter
25:06de leur vie
25:06de couple
25:07puisque le 3 septembre 1939
25:10la guerre est déclarée
25:11et Henri Tanguy
25:13va être mobilisé
25:16Quand Henri Tanguy
25:17revient du front
25:17à l'été 1940
25:19Paris a changé
25:20mais c'est aussi
25:21la France
25:22qui a changé
25:23car le 10 juillet
25:25les parlementaires
25:26réunis au casino
25:27de Vichy
25:27ont voté
25:28les pleins pouvoirs
25:29au maréchal Pétain
25:30L'Assemblée nationale
25:32m'a investi
25:33de pouvoirs étendus
25:34j'ai à vous dire
25:36comment je les exercerai
25:38pour accomplir
25:39la tâche immense
25:40qui nous incambe
25:41j'ai besoin
25:42de votre confiance
25:43vos représentants
25:45me l'ont donné
25:46en votre nom
25:47ils ont voulu
25:48comme vous
25:49et comme moi-même
25:50que l'impuissance
25:52de l'Etat
25:52cesse de paralyser
25:54la nation
25:55j'ai constitué aussitôt
25:57un nouveau gouvernement
25:58il y a deux fondements
26:00dans le régime de Vichy
26:00l'historien
26:01Denis Péchansky
26:02le premier
26:03c'est la révolution nationale
26:04et c'est fondé
26:05sur une interprétation
26:06de la défaite
26:07la défaite
26:08n'est pas le résultat
26:10d'échecs militaires
26:11c'est le résultat
26:13d'un effondrement
26:14d'un délitement
26:15de la société française
26:15et là on est
26:17dans la longue durée
26:18de l'histoire
26:19de l'extrême droite française
26:20on va chercher
26:22un complot
26:23qui explique
26:24cet effondrement
26:25de l'intérieur
26:26et donc au bout du compte
26:27la défaite en 40
26:28et un complot
26:29qui est ourdi
26:30par ce que Pétain
26:31va appeler lui-même
26:32les forces de l'antifrance
26:34qui ont pour nom
26:35le juif
26:36le communiste
26:36l'étranger
26:37le franc-maçon
26:37tous les postes
26:38de commande
26:39de la maison France
26:40se trouvaient
26:41entre les mains
26:41des juifs
26:42après avoir jeté
26:43dans la guerre
26:44un peuple
26:44profondément attaché
26:45à la paix
26:46ils ont conduit
26:47la France
26:47vers la plus totale
26:48défaite de son histoire
26:49telle fut
26:50l'oeuvre destructive
26:51des juifs en France
26:54pour régénérer
26:55la société française
26:56de l'intérieur
26:56parce que c'est par là
26:58que ça passera
26:58on doit
26:59exclure
27:01les éléments
27:01dits
27:02impurs
27:03le terme
27:04est même employé
27:05et
27:05rassembler
27:07les éléments
27:07purs
27:08autour des valeurs
27:09traditionnelles
27:10travail
27:10famille
27:11patrie
27:11avec le culte
27:12du chef
27:13je m'engage
27:14sur l'honneur
27:15à servir
27:16la France
27:17et le maréchal
27:18Pétain
27:18on est dans
27:19un régime autoritaire
27:20donc exécutif
27:21législatif
27:22et judiciaire
27:23sont concentrés
27:24dans des mêmes mains
27:25c'est la définition même
27:26du régime autoritaire
27:28avec la disparition
27:29des libertés démocratiques
27:30l'autre fondement du régime
27:32c'est le choix
27:32de la collaboration
27:33et on peut dire
27:34que le choix
27:34de la collaboration
27:35est déjà
27:36dans le choix
27:37de l'armistice
27:41Quelle est la position
27:42d'Henri Tanguy
27:43face à Vichy ?
27:44En tant que militant
27:45discipliné
27:46il est contre
27:47le gouvernement
27:48de Vichy
27:49gouvernement de Vichy
27:50qui est particulièrement
27:52dur à l'égard
27:52des communistes
27:54et puis lui-même
27:55c'est un militant
27:56antifasciste
27:57c'est ça
27:57qu'il a constitué
27:58c'est pour ça
27:59qu'il s'est engagé
28:00dans les brigades
28:00internationales
28:01donc il y a
28:02ces deux forces
28:03qui le conduisent
28:05a refusé
28:06tout ce que peut
28:06représenter
28:07le maréchal Pétain
28:08qui a en plus
28:10une vision
28:10extrêmement conservatrice
28:12de la société
28:12à l'opposé total
28:14de la vision progressiste
28:16qu'avait pu défendre
28:18Henri Tanguy
28:19D'autant que
28:19le maréchal Pétain
28:20a eu un rôle
28:21quand il était en Espagne
28:22Le maréchal Pétain
28:23en fait
28:24on l'oublie souvent
28:26mais effectivement
28:27il était
28:27ambassadeur de France
28:29en Espagne
28:30il a eu des contacts
28:32avec Franco
28:32vous imaginez
28:34Henri Tanguy
28:34lui il était
28:35dans le corps adverse
28:36et il a vu donc
28:38un représentant
28:40de la France
28:40de son pays
28:41qui était
28:43lui
28:43ouvertement
28:44pro-franquiste
28:46on ne peut pas dire
28:46que ça crée
28:47des relations
28:48de confiance
28:48et de sympathie
28:50pour le maréchal Pétain
28:565 octobre 1940
28:58à Paris
28:59le piège de Vichy
29:01se referme
29:02sur des centaines
29:03de militants communistes
29:04Ce gouvernement
29:05de Vichy
29:06qui est
29:07très anticommuniste
29:09c'est un
29:10de ses fondements
29:11va faire procéder
29:13à une vague
29:13d'arrestations
29:14de militants
29:16communistes
29:16syndicalistes
29:17et donc
29:19au nom de la sûreté
29:20de l'Etat
29:20il va les faire
29:21interner
29:22dans des camps
29:23Henri Tanguy
29:24lui
29:24il va vraiment
29:25se mettre à l'abri
29:26parce qu'il a développé
29:27en Espagne
29:29une compréhension
29:31de la politique
29:32qui est finalement
29:33très différente
29:34de celle
29:35des communistes
29:35qui sont restés
29:36en France
29:37et lui
29:38il a compris
29:38très vite
29:39que ça pouvait
29:41basculer
29:41c'est à dire
29:42que ces internés
29:43communistes
29:44vont servir
29:45de réserve
29:46d'otages
29:47que le gouvernement
29:48de Vichy
29:49va laisser
29:50aux mains
29:50des allemands
29:51Henri Tanguy
29:52va passer
29:53dans la clandestinité
29:54c'est à dire
29:55qu'il va
29:56utiliser un pseudonyme
29:57pour ne pas
29:58qu'on sache
29:59qui il est
29:59il va changer
30:01évidemment
30:01de lieu
30:02de domicile
30:03il va être
30:04aux aguets
30:05pour essayer
30:06de ne pas
30:06se faire arrêter
30:11la question
30:11pour tous
30:12ces militants
30:13qui se retrouvent
30:14à agir
30:15clandestinement
30:16ça va être
30:17quand même
30:18de parvenir
30:18à établir
30:20un contact
30:21parce que
30:21quand on rompt
30:22les attaches
30:23aussi brutalement
30:26et bien
30:26c'est problématique
30:27de pouvoir se retrouver
30:29pour pouvoir agir
30:30donc c'est toute
30:31une organisation
30:32à mettre en place
30:33et trouver
30:35un agent de liaison
30:36c'est à dire
30:38quelqu'un
30:38qui sait
30:38où vous êtes
30:39et qui va
30:41transmettre
30:42les messages
30:42que vous avez
30:43à transmettre
30:43aux bons interlocuteurs
30:45donc qui sait
30:45où sont
30:46les interlocuteurs
30:47et pour
30:48Henri Tanguy
30:49il va avoir
30:49une chance
30:50c'est que
30:51son agent de liaison
30:52ce sera Cécile
30:53sa femme
30:56la peur
30:56constante
30:58des agents
30:59de liaison
30:59et de tous
31:00les résistants
31:01de toute façon
31:02ça va être
31:03d'être
31:04arrêté
31:05torturé
31:06et de parler
31:08et pour ça
31:09il vaut mieux
31:10ne pas savoir
31:10donc ça
31:11c'est la règle
31:12numéro 1
31:12en savoir
31:13le moins possible
31:14et la règle
31:15numéro 2
31:16c'est quand on sait
31:16essayer d'oublier
31:17ce qu'on sait
31:19donc elle ne posera
31:20jamais de questions
31:21et elle-même
31:22elle va expliquer
31:22à quel point
31:23elle s'est entraînée
31:24pour oublier
31:25oublier les noms
31:26oublier qu'elle connaissait
31:27les gens
31:28et il ne faut plus
31:29que s'en tenir
31:30à sa mission
31:31c'est-à-dire
31:32porter un message
31:33porter un paquet
31:35d'un endroit
31:35à un autre
31:36point
31:39alors Henri Tanguy
31:40il essaye de la tenir
31:41un petit peu
31:42à l'abri
31:43donc elle reste
31:44au domicile
31:45familial
31:46Henri lui
31:47il va de
31:48planque en planque
31:49pour se cacher
31:50pour trouver des planques
31:51en fait il fait appel
31:53à des amitiés
31:53en dehors
31:54de son cercle militant
31:55il va faire appel
31:57aux gens
31:58qu'il connaissait
31:58quand il faisait du vélo
31:59et qui ne savent pas
32:00du tout
32:01qu'Henri Tanguy
32:01est un résistant
32:03et ça va lui permettre
32:04de faire une coupure
32:05très nette
32:06entre sa vie
32:08de résistant
32:09et puis
32:10son autre vie
32:11on va dire
32:17à quoi ressemble
32:18la nouvelle vie
32:19d'Henri Tanguy
32:19qu'est-ce qu'il fait
32:20concrètement
32:21dans la résistance
32:22à Paris
32:23la résistance
32:24va vraiment
32:25d'abord être
32:26le fait
32:26de petits groupes
32:28de gens
32:28qui essayent
32:29de discuter
32:29entre eux
32:30et de faire
32:30quelque chose
32:31pour ce qui est
32:32d'Henri Tanguy
32:33il va faire
32:34ce que le parti
32:34communiste
32:35lui confie
32:36comme action
32:36essayer de
32:37constituer
32:38des petites cellules
32:39en quelque sorte
32:40en espérant
32:41pouvoir
32:42s'engager
32:43plus avant
32:44dans la résistance
32:45il faut voir
32:46qu'à l'époque
32:46les militants communistes
32:48qui aimeraient
32:49faire quelque chose
32:50on va dire
32:50ils disposent de quoi
32:52d'à peu près rien
32:53il n'y a pas d'arme
32:54il est difficile
32:57de même
32:58pouvoir
32:59faire des tracts
33:00parce que
33:01il y a un contrôle
33:02sur le papier
33:03il y a un contrôle
33:04sur les imprimeurs
33:05il y a un contrôle
33:06sur l'encre aussi
33:07donc même
33:08faire des tracts
33:09c'est compliqué
33:10le premier rôle
33:12ça va être
33:12un rôle
33:13d'organisation
33:14déjà se compter
33:15voir combien on est
33:16c'est là où
33:17Henri Tanguy
33:18va être précieux
33:19et donc lui
33:20il va poser des bases
33:22et ces bases là
33:23il va pouvoir
33:23appliquer par la suite
33:24des choses
33:25qui seront
33:26des opérations
33:27de véritables actions
33:41à l'automne 1940
33:43la résistance
33:44est donc l'affaire
33:45d'une extrême
33:46minorité de parisiens
33:47ils n'ont pas
33:48le soutien
33:48de l'opinion publique
33:49ils se retrouvent
33:50traqués
33:51par la police de Vichy
33:52qui collabore activement
33:54avec l'occupant
33:58mais le 11 novembre 1940
34:01l'espoir au nez
34:03sur les Champs-Elysées
34:04des milliers de jeunes
34:05manifestent leur colère
34:06chantent la marseillaise
34:08écrit
34:09Abba Pétain
34:10on est le 11 novembre
34:1122 ans plus tôt
34:13en 1918
34:14c'était la défaite allemande
34:16et c'est la France
34:17qui gagnait
34:17et parmi les français
34:19il y avait Pétain
34:20et là on arrive
34:21à cette manifestation
34:22du 11 novembre 1940
34:24qui est initiée
34:25par des lycéens
34:27et des étudiants
34:28autour de la Sorbonne
34:29parce qu'ils avaient
34:30des profs
34:30qui commençaient
34:31à être attaqués
34:32par les autorités
34:34et là vous avez
34:35une manifestation
34:36qui est organisée
34:37pour célébrer
34:39la défaite de l'Allemagne
34:40en 1918
34:41et pour dire
34:43nous sommes là
34:44malgré la victoire
34:45allemande
34:46qui ne peut être
34:47que provisoire
34:48et ils vont manifester
34:49sur les Champs-Élysées
34:51sous l'Arc de Triomphe
34:52quand même
34:53il faut avoir
34:54un peu de colonne vertébrale
34:55et c'est vrai
34:56que ça va avoir
34:56un impact
34:58en France même
34:59bien sûr
34:59mais bien au-delà
35:00il y a des correspondants
35:02américains
35:02puisque les américains
35:03ne sont pas en guerre
35:04et ils voient ça
35:05ils vont s'en faire l'écho
35:07et vous imaginez
35:08quelles conséquences
35:09ça peut avoir
35:10d'abord à l'extérieur
35:12l'image que ça donne
35:13un peuple qui commence
35:14à lever la tête
35:15et là
35:16un espoir va naître
35:20le 22 juin 1941
35:22l'armée allemande
35:23envahit l'URSS
35:24le pacte germano-soviétique
35:27un traité de non-agression
35:29signé juste avant la guerre
35:30entre Hitler et Staline
35:31vient de voler en éclats
35:33alors
35:34comment réagit le PCF
35:36le parti communiste français
35:38alors le PCF
35:40je peux vous dire
35:41qu'ils sont contents
35:41ils sont contents
35:42parce qu'il n'y a plus
35:43les ambiguïtés
35:44qu'il y avait avant
35:44on dénonce
35:45évidemment
35:46l'attaque allemande
35:48et on appelle
35:49à la lutte
35:50contre les allemands
35:51en France
35:51et aussi parce que
35:53Moscou le demande
35:54et Moscou le demande
35:56pour essayer
35:56de concentrer
35:57un maximum
35:58d'allemands
35:58à l'ouest
35:59en déclenchant
36:00des attentats
36:01pour les empêcher
36:03d'aller
36:03renforcer
36:04les troupes allemandes
36:06à l'est
36:06à Paris
36:07des résistants communistes
36:09appliquent les ordres
36:10de Moscou
36:10le 21 août 1941
36:12pour la première fois
36:14depuis le début
36:15de l'occupation
36:16un soldat allemand
36:17est tué par des résistants
36:18dans les semaines
36:19qui suivent
36:20d'autres exécutions
36:21en pleine rue
36:22vont suivre à Paris
36:23mais aussi à Nantes
36:24et à Bordeaux
36:25le général von Stülpnagel
36:27militaire
36:28Weffelsaber en France
36:29arrive à la Madeleine
36:31où il va assister
36:32au funérail
36:33du capitaine Scheven
36:33lâchement assassiné
36:35à Paris
36:35le 16 secteur
36:37face à cette vague
36:38d'attentats
36:39comment réagissent
36:40les allemands
36:40les allemands vont rentrer
36:42dans une spirale
36:43d'exécution d'otages
36:44il y a ce qu'on appelle
36:46un code des otages
36:46qui va être promulgué
36:47et qui prévoit
36:48que pour un soldat allemand
36:51un officier allemand
36:51qui est tué
36:52on doit exécuter
36:5350 otages
36:54donc là ça va être
36:55dans les négociations
36:57avec Vichy
36:57parce que Vichy
36:58va intervenir
36:59faire le tri
37:00et il va cibler
37:02les militants
37:02communistes
37:03les plus engagés
37:04français
37:05contre des officiers
37:07de l'armée d'occupation
37:08des coups de feu
37:10ont été tirés
37:11deux morts
37:13discours du maréchal Pétain
37:14le 12 août 1941
37:1650 français
37:18ont ce matin
37:19payé de leur vie
37:21ces crimes sans nom
37:2250 autres
37:24seront fusillés de vin
37:25si les coupables
37:27ne sont pas découverts
37:31dans l'opinion
37:32au début
37:34il y avait une sorte
37:35d'incompréhension
37:36face à ces attentats
37:37c'est un geste anarchiste
37:40puis au fur et à mesure
37:41on exécute des otages
37:43le parti communiste
37:44va dire
37:45les allemands
37:46tuent
37:46par dizaines
37:47nos militants
37:48oeil pour oeil
37:49dent pour dent
37:50et on va lancer
37:51une nouvelle offensive
37:52d'attentat individuel
37:53et là on est rentré
37:54dans un cycle
37:54et c'est fini
37:55c'est fini
37:56parce qu'il y a
37:57un fossé de sang
37:58qui est creusé
37:59par les autorités allemandes
38:01et au début
38:02avec la complicité
38:03de Vichy
38:03et même après
38:04et donc
38:05ça va faire
38:07basculer
38:08une bonne partie
38:08de l'opinion
38:10contre Vichy
38:11et encore plus
38:12contre les allemands
38:13bien entendu
38:15été 1941
38:17à Paris
38:17un fossé de sang
38:19coule entre
38:19la résistance
38:20communiste
38:21et les allemands
38:22c'est dans ce contexte
38:24qu'Henri Tanguy
38:24va sortir de l'ombre
38:25aux côtés
38:26de deux autres résistants
38:27ils s'appellent
38:28Gaston Carré
38:29et Raymond Losserand
38:30alors à l'été 1941
38:32en fait
38:33on a
38:33l'organisation spéciale
38:36initiée
38:37par Tanguy
38:38par Carré
38:40par Losserand
38:42qui vont
38:42encadrer
38:43les débuts
38:43de la lutte armée
38:44alors Losserand
38:46Carré
38:46comme Tanguy
38:47d'ailleurs
38:49ont une double
38:50une double expérience
38:51ils ont une expérience
38:52politique
38:54d'engagement
38:55dans les années 30
38:56conseillers municipaux
38:58et
38:59ils ont l'expérience
39:00de la guerre
39:01en Espagne
39:02et c'est cette double expérience
39:04politique et militaire
39:05qui explique
39:07leur engagement
39:07très tôt
39:08dans le parti communiste
39:10clandestin
39:11et
39:12quand le temps est venu
39:14dans la lutte armée
39:15à partir de l'été 1941
39:21Sylvie Zeidman
39:21on sait ce que fait
39:23Cécile Tanguy
39:23la femme d'Henri
39:24en 1941
39:25Cécile Tanguy
39:26joue exactement
39:28le même rôle
39:29qu'elle joue
39:29depuis 1940
39:30en fait
39:32elle est
39:32à la fois
39:33l'agent de liaison
39:34d'Henri
39:35et à la fois
39:37sa dactylo
39:37et il faut savoir
39:39qu'en même temps
39:40elle est enceinte
39:40et elle donne naissance
39:42à une petite fille
39:44qui s'appelle Hélène
39:45en mai 1941
39:46donc la voilà
39:47avec un petit bébé
39:49et il va falloir continuer
39:50et elle va continuer
39:51elle va mettre
39:52les armes
39:53et tous les journaux
39:55clandestins
39:55la vie ouvrière
39:56etc.
39:56dans le landau
39:57et se promener
39:59comme une maman innocente
40:00pour assurer
40:02les liaisons
40:02et pour assurer
40:03le transport du matériel
40:04elle ira même plus loin
40:06elle a tellement confiance
40:07dans son mari
40:08et il a tellement confiance
40:09en elle
40:09qu'il va lui donner
40:11une bombe
40:12à transporter
40:12et elle va mettre
40:14cette bombe
40:15dans le paquet de couches
40:16tenir sa fille
40:17à la main
40:18et puis aller se promener
40:19jusqu'au lieu du rendez-vous
40:20où elle remettra
40:21la bombe
40:22à Henri
40:23pour qu'il fasse
40:24des essais
40:24ça demande
40:25effectivement
40:26beaucoup de courage
40:27ça demande
40:28beaucoup de précautions
40:29évaluer les risques
40:30et notamment
40:31en 1941
40:321942
40:33elle s'enferme
40:34dans une penderie
40:35pour pouvoir taper
40:36à la machine
40:36parce qu'elle a peur
40:38que les voisins
40:39entendent le bruit
40:40le cliquetis
40:40de la machine
40:41donc il faut voir
40:42que c'est
40:42des risques
40:43continuels
40:44au printemps 1942
40:46l'étau se resserre
40:48autour de l'organisation spéciale
40:50Henri Tanguy
40:51et ses camarades
40:52sont dans le viseur
40:53de la police parisienne
40:55la guerre
40:56qui menait
40:57contre la résistance
40:59communiste
40:59l'est par
41:00des policiers français
41:02l'est par
41:03la brigade spéciale
41:05numéro 2
41:06des renseignements généraux
41:07la BS2
41:08qui est chargée
41:09de la lutte
41:10contre
41:10entre guillemets
41:11les communaux terroristes
41:13et cette BS2
41:14elle repère
41:15les militants
41:15et elle fait des filatures
41:17c'est leur spécialité
41:19on peut retrouver
41:20aux archives
41:20de la préfecture de police
41:22le procès verbal
41:23de filature
41:24le 6 mai
41:271942
41:28Losserand
41:29se rend place
41:30du Danube
41:31puis Losserand
41:32rencontre un autre individu
41:34et ainsi de suite
41:35il se rencontre à 2
41:37à 4
41:38et là
41:39on voit
41:40émerger
41:41Carré
41:42à 14h15
41:43rendez-vous de Losserand
41:45porte de Vincennes
41:46avec Besser
41:47Carré
41:48Appert
41:48et Éden
41:50entre guillemets
41:50Éden
41:52qui est sans doute
41:52Tanguy
41:5611 mai 1942
41:57Éden
41:58entre guillemets
41:59se rendra
41:59après multiples rendez-vous
42:01à 12h15
42:02rue François Copé
42:03à Malakoff
42:05Malakoff
42:06qui était
42:06une des planques
42:08de Tanguy
42:10et à un moment donné
42:12parce qu'on a suffisamment
42:14engrangé d'informations
42:15on organise la rafle
42:1716 mai 1942
42:19c'est le coup de filet
42:21qui leur permet
42:22d'arrêter 69 personnes
42:25et il y a 49 autres personnes
42:27qui n'ont pas été identifiées
42:30qu'on n'a pas pu arrêter
42:32donc Losserand
42:33carré
42:34sont parmi
42:35les 69
42:37Tanguy
42:38lui
42:38a pu échapper
42:40à la police
42:41quand ils viennent le chercher
42:42là où il pensait
42:44l'avoir repéré
42:45à Malakoff
42:45il n'est pas là
42:46il n'a jamais été identifié
42:48il peut reprendre
42:50son combat clandestin
42:59à suivre dans l'épisode 2
43:02L'Occupation
43:06La Libération de Paris
43:08est une série réalisée
43:09par Pierre Chafanjon
43:10Production
43:11Thibault Lambert
43:13et Clara Garnier-Amouroux
43:16Personne ne m'a demandé
43:18Merci à Laurence Vaugeois
43:20Charles de Saint-Sauveur
43:22Lisa Jo
43:23et Jean-Hugo Hill
43:23pour leur aide
43:27La Libération de Paris
43:28est un hors-série
43:29de Codesources
43:30le podcast d'actualité
43:32du Parisien
43:32J'ai changé
43:34cent fois de nom
43:35J'ai perdu
43:36femme et enfant
43:38Mais j'ai tant d'amis
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