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  • il y a 9 heures
A l'heure où une troisième vague du COVID19 s'annonce, portrait du “Monsieur déconfinement” devenu Premier ministre au pied levé. Cet épisode de Code source est raconté par Marcelo Wesfreid et Olivier Beaumont du service politique du Parisien.


Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Journalistes : Raphaël Pueyo, Marion Bothorel, Nathan Chatelain et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : INA, RTL, France 24, BFM-TV, France 2, TF1

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Il était le monsieur déconfinement du gouvernement, le voici Premier ministre.
00:16Un changement de vie radical pour ce haut fonctionnaire, habitué jusqu'ici à travailler dans l'ombre.
00:22Jean Castex a remplacé Edouard Philippe le 3 juillet.
00:25Ces premiers mois à Matignon ont été difficiles, au point qu'ils semblent aujourd'hui en difficulté.
00:31Cet épisode de Codesources est raconté par Marcel Oves-Fred et Olivier Beaumont du service politique du Parisien.
00:45Marcel Oves-Fred au printemps 2020, Jean Castex est monsieur parfait, le monsieur déconfinement du gouvernement.
00:51A l'époque, les articles sont plutôt dithyrambiques, on le présente comme étant diplomate, efficace.
00:56Les ministres vont donc remettre aujourd'hui leur première copie sur le déconfinement, pour les écoles, les transports, le système
01:01de santé.
01:01Et pour coordonner tout ça, il y a un homme, c'est Jean Castex, le monsieur parfait du déconfinement, Olivier.
01:07Il doit gérer à la fois Macron et Philippe qui sont parfois pas d'accord sur certaines options, ça se
01:12passe bien.
01:13Réussir le déconfinement. Jean Castex a le profil pour ça, expliquent les conseillers du Premier ministre.
01:18Il connaît l'administration, l'organisation de l'État, sa lourdeur.
01:22Et il connaît le terrain, le quotidien, ses solutions.
01:25A tel point que sa mission est prolongée jusqu'au 2 juin, où il s'occupera de la deuxième étape
01:30du déconfinement,
01:31à savoir le sort des restaurants et des lieux culturels.
01:37Olivier Beaumont, à ce moment-là, Jean Castex est inconnu du grand public.
01:40On va rappeler son parcours ensemble. Jean Castex a 55 ans.
01:45Il est né le 25 juin 1965 à Vic-Fesansac, dans le Gers. Dans quel milieu est-ce qu'il
01:50grandit ?
01:51Un milieu, somme toute, rural et simple. Jean Castex, il est fils d'instituteur.
01:56Et son grand-père était le concessionnaire de machines agricoles.
01:59C'est pas n'importe qui son grand-père, il faut le rappeler, puisqu'il était le maire du village
02:02pendant de longues années.
02:03Et surtout, un sénateur radical du Gers pendant très longtemps.
02:07Voilà, une éducation dans un milieu notable de province, où il y a quand même cette figure tutélaire importante,
02:12celle du général de Gaulle dans cette France d'après-guerre.
02:14Une référence que reprend très régulièrement Jean Castex.
02:17Marcel Oves-Fred, en 1998, il épouse Sandra Ribelègue, avec qui il vont avoir 4 filles.
02:22Et avec elle, il épouse aussi sa région d'origine, la Catalogne.
02:25Alors la Catalogne, il connaissait lui à titre personnel, parce que ses parents l'amenaient là-bas,
02:29il avait des problèmes d'asthme.
02:31Mais effectivement, lui venait du Gers et il va s'installer en Catalogne.
02:35Il va se mettre au catalan, le rugby, et être une sorte de catalan d'adoption.
02:41Jean Castex a fait des études brillantes.
02:44Diplômé de Sciences Po Paris et de l'ENA en 1991.
02:47Il débute sa carrière à la Cour des Comptes avant de rejoindre la DAS du Var,
02:51la direction des affaires sanitaires et sociales.
02:53Il va ensuite occuper des postes dans le Vaucluse, en Alsace,
02:55avant de devenir directeur des hôpitaux en 2005.
02:58Et c'est à cette période qu'il est repéré par Xavier Bertrand.
03:01Exactement parce qu'en 2005, Jean Castex a pour mission de porter un plan hôpital 2007
03:06avec cette mesure marquante dont on se souvient, c'est la tarification à l'activité
03:11qu'il réussit à mettre en œuvre.
03:13Et c'est là que Xavier Bertrand effectivement le repère.
03:15Il le nomme comme directeur de cabinet quand il est ministre de la Santé.
03:19Et Jean Castex le suit par la suite quand Xavier Bertrand est nommé au ministère du Travail.
03:23En 2010, il devient conseiller social du président Nicolas Sarkozy,
03:27puis secrétaire général adjoint de l'Elysée.
03:29Le maire UMP de Prat, Jean Castex, s'implante un peu plus à l'Elysée.
03:33Ainsi, après avoir été nommé il y a tout juste deux mois conseiller du président aux affaires sociales,
03:38il devient le nouveau secrétaire général adjoint de Nicolas Sarkozy.
03:42C'est vraiment un poste clé, ça fait partie du premier cercle des conseillers du président de la République.
03:47C'est d'ailleurs un poste qui a occupé un certain Emmanuel Macron sous François Hollande.
03:50D'un mot, il est aussi maire de Prat dans les Pernées Orientales.
03:53Prat, c'est 6000 habitants.
03:54Il prend cette ville à la gauche en 2008 de très peu.
03:57En 2014 et en 2020, il est réélu haut la main.
04:01Ce sont fait d'armes aujourd'hui les conseillers municipaux de Prat.
04:04En 2017, il est nommé délégué interministériel aux Jeux Olympiques de 2024 à Paris.
04:10Et c'est comme ça qu'il rencontre Emmanuel Macron.
04:12On en vient aux derniers événements cette année en pleine crise du Covid.
04:16Édouard Philippe le présente le 2 avril comme l'homme chargé de préparer le déconfinement.
04:21Et le Premier ministre le présente comme quelqu'un d'une redoutable efficacité.
04:26Oui, alors il faut savoir qu'Emmanuel Macron avait hésité à le faire entrer au gouvernement dès 2018.
04:31A l'époque, il s'agissait de pourvoir le poste de ministre de l'Intérieur.
04:35Donc il l'avait dans son paysage mental.
04:37Et là, il le choisit parce qu'on a affaire aux fonctionnaires qui connaissent bien le fonctionnement de l'État.
04:42Et il va falloir être efficace.
04:44Il connaît aussi les territoires.
04:45Olivier Beaumont, à l'approche de l'été, il y a des rumeurs d'un remaniement et d'un départ
04:49d'Édouard Philippe.
04:50Pourquoi ?
04:50Parce qu'Édouard Philippe, à ce moment, il est un petit peu usé.
04:53Il faut se rappeler quand même que pendant ces trois années, il y a eu la crise des gilets jaunes
04:55et bien sûr la réforme des retraites.
04:58Et arrive la crise sanitaire, la crise de la Covid, où on voit apparaître des tensions entre le président de
05:02la République et son Premier ministre.
05:04Ils ne sont pas d'accord notamment sur la stratégie de confinement et surtout de déconfinement.
05:08Et donc, depuis le mois de mai, il y a ces fameuses rumeurs d'un départ imminent du Premier ministre.
05:13Un certain Gérald Darmanin fait partie de ceux qui disent du bien de Jean Castex.
05:17Gérald Darmanin, c'est un des tout premiers qui va souffler pour la première fois le nom de Jean Castex
05:20à Emmanuel Macron.
05:21Et d'ailleurs, pour l'anecdote, il avait même rapporté à Édouard Philippe.
05:25Et à l'époque, Édouard Philippe n'y croyait pas du tout.
05:27Pourquoi ? Parce que les deux se connaissent depuis très longtemps.
05:29Gérald Darmanin, il faut rappeler qu'il s'est un proche aussi de Xavier Bertrand.
05:32Et Jean Castex a aussi débuté en politique aux côtés de Xavier Bertrand.
05:37Monsieur le Premier ministre, cher Jean Castex.
05:40Le 3 juillet, Édouard Philippe remet sa démission.
05:43Et quelques heures plus tard, c'est Jean Castex qui est nommé Premier ministre par Emmanuel Macron.
05:47Je suis très heureux de vous accueillir dans cet hôtel de Matignon.
05:52Et de vous passer le flambeau.
05:54Il coche plusieurs cases.
05:55On l'a rappelé, ce statut de super collaborateur et de fin connaisseur de la machine de l'État.
06:00Et deux autres raisons importantes pour Emmanuel Macron,
06:02c'est que Jean Castex parle à cette France périphérique et rurale à laquelle le président de la République a
06:07besoin de se raccrocher.
06:08Et on est à la sortie du déconfinement.
06:10Et on sait qu'une grande partie des Français ont mal supporté cette période-là.
06:14On a eu le sentiment que tout venait de Paris.
06:16Et puis, autre chose, Jean Castex vient de la droite.
06:19Et on est dans la poursuite de cette opération de dynamitage qu'a entrepris Emmanuel Macron depuis sa victoire en
06:252017.
06:25Marcel Ovest-Fred, c'est une surprise cette nomination ?
06:28C'est une semi-surprise parce qu'en fait, quelques jours auparavant,
06:32commençaient à circuler les deux hypothèses.
06:34Florence Parlin, un ministre des Armées, ou Jean Castex, c'est-à-dire des profils de grands commis de l
06:40'État,
06:40plutôt discrets, qui ne tirent pas la couverture à eux.
06:43Et donc, plutôt des gens qui font tourner la machine et qui laisseraient au président le temps de faire campagne.
06:50Jean Castex a dû accepter une condition pour devenir Premier ministre.
06:54C'est Emmanuel Macron qui a choisi son directeur de cabinet pour Matignon.
06:57Oui, alors pour la petite histoire, Emmanuel Macron avait déjà tenté d'imposer le directeur de cabinet,
07:02en l'occurrence Nicolas Revelle déjà, à Édouard Philippe.
07:05Édouard Philippe avait refusé et avait pu être épaulé par l'un de ses proches.
07:10Là, Jean Castex accepte cette condition.
07:12Et c'est donc Nicolas Revelle, qui est l'ancien directeur de cabinet de Bertrand Dolanoué,
07:17un socialiste qui a été secrétaire général adjoint en même temps qu'Emmanuel Macron sous François Hollande,
07:22qui devient le directeur de cabinet.
07:24Il y a donc à ce moment-là une passerelle entre l'Elysée et Matignon.
07:28Jean Castex rend sa carte du parti Les Républicains.
07:31Officiellement, il aurait rendu sa carte quelques jours auparavant,
07:34donc avant la décision d'Emmanuel Macron.
07:37Il argumente en disant qu'il avait été choqué par la façon dont son parti, Les Républicains,
07:43avait géré le cas de Perpignan, ville qui a basculé dans l'escarcelle du Rassemblement National.
07:49En réalité, Premier ministre, ça veut dire chef de la majorité.
07:53Il ne pouvait pas être chef de la majorité et être membre des Républicains.
08:02Olivier Beaumont, en juillet et août, Jean Castex multiplie les déplacements en France.
08:07Il va faire de ses déplacements de terrain sa véritable marque de fabrique.
08:10Dès la première semaine de son arrivée à Matignon, on le voit à Dijon, au tribunal de Bobigny.
08:15Il fait même un déplacement express en Guyane.
08:16La veille de la présentation du Ségur de la Santé.
08:19Bref, il veut se déployer sur tous les sujets pour une raison principale,
08:23c'est que les Français ne le connaissent pas.
08:25Donc il y a ce besoin pour Jean Castex de se présenter aux Français pour dire qui il est.
08:30Un croque-mémé ?
08:31Non, c'est un surnom qu'on vous donne.
08:33Qu'est-ce que c'est qu'un croque-mémé ?
08:34Vous avez la réputation d'être un câlineur d'anciens à Prades.
08:38Je suis un maire.
08:39Un maire, ça aime.
08:41Oui.
08:41Les mémés comme les autres.
08:43Et puis faire oublier aussi Édouard Philippe, son prédécesseur, qui est resté très très populaire à sa sortie de Matignon.
08:51Marcel Ovestred, quel est le message de Jean Castex ?
08:54Alors quand il va à Dijon, il parle de sécurité.
08:56Quand il va dans des territoires ruraux, il parle de viticulture.
08:59Il adapte ses discours avec beaucoup de mise en garde sanitaire parce qu'à ce moment-là, l'été, le
09:04virus commence à circuler, notamment chez les jeunes.
09:07Mais on voit bien que globalement, ce Premier ministre, il veut surtout montrer qu'il est capable de parler de
09:12tous les sujets.
09:12Et c'est une façon d'asseoir un peu de notoriété puisqu'à ce moment-là, c'est un inconnu
09:16pour les Français.
09:17Le mardi 14 juillet, il participe à une grande interview pour Le Parisien, ce qu'on appelle le face au
09:22lecteur, où une personnalité répond aux questions de nos lecteurs.
09:26Ça se passe à Matignon.
09:27Il y comment dans cet exercice, Olivier Beaumont ?
09:29Il est plutôt à l'aise. C'est la première fois qu'il participe à ce genre d'exercice.
09:32Ça se passe plutôt bien. La rencontre va durer plus de deux heures, alors qu'en général, ça dure plutôt
09:37une bonne heure.
09:37Donc il va vraiment donner le temps. Des réponses parfois très longues, trop longues même.
09:41Il ouvre beaucoup de parenthèses, il a du mal à les fermer. Parfois, il se disperse même.
09:45On voit qu'il apprend là aussi dans sa communication publique avec les Français.
09:50Et non, non, un exercice plutôt réussi pour lui.
09:52Le lendemain, il prononce son discours de politique générale à la tribune de l'Assemblée.
09:56C'est la tradition. Quand un Premier ministre prend ses fonctions, il doit s'exprimer devant la représentation nationale.
10:02Donc c'est un discours qui est forcément très attendu, qui intervient quand même le lendemain de l'interview du
10:07Président de la République lors du 14 juillet.
10:09C'est un exercice compliqué. On connaît l'arène de l'Assemblée nationale.
10:13Et là, Jean Castex, dans son discours, on le voit tout de suite.
10:16Le mot territoire est maintes fois, maintes fois, maintes fois, maintes fois répété.
10:19Et donc, on voit cette volonté d'imprimer cette marque.
10:22Marcel Ovest-Fred, le 18 juillet, vous signez un dossier dans Le Parisien.
10:26Son titre, le gouvernement démine tous azimuts.
10:30Plusieurs réformes, notamment la réforme des retraites, sont repoussées.
10:33Oui, l'ADN du macronisme, c'était la réforme.
10:36Au début du quinquennat, c'était parti très fort.
10:38Et là, tout à coup, avec la crise sociale et économique, beaucoup de réformes sont suspendues.
10:43Alors, la réforme des retraites, suspendue dès le début de la crise sanitaire.
10:48La réforme de l'assurance chômage, mise entre parenthèses, elle l'est encore.
10:52La réforme des APL, qu'on reporte de quelques mois.
10:55On sent une volonté d'apaisement et le gouvernement met tout ça en pause.
10:59Le vendredi 24 juillet, dans une interview au Figaro,
11:02et à la veille d'un déplacement sur le thème de l'insécurité,
11:05le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, dit, je cite,
11:08qu'il faut stopper l'ensauvagement d'une certaine partie de la société.
11:11Et ça ne plaît pas au ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti.
11:14Le ministre de la Justice réagit assez vivement,
11:17puisqu'il fait entendre une voix tout de suite divergente,
11:20en expliquant que ce qu'on doit combattre, c'est l'insécurité,
11:23pas le sentiment d'insécurité qui se développe avec ce type d'expression,
11:28expression qui est empruntée au vocabulaire de l'extrême droite.
11:31Et à partir de ce moment-là, on va voir entre ces deux personnages,
11:35et d'une façon générale au gouvernement, deux lignes s'affirmer.
11:38Olivier Beaumont, que fait Jean Castex face à ce différent entre deux de ses ministres ?
11:41Il essaie de siffler la fin de la récré à plusieurs reprises d'ailleurs,
11:44et n'y compris dans des expressions publiques en marche et déplacement,
11:47où Jean Castex considère que l'épisode est clos.
11:50Le problème, c'est qu'il continue de perdurer,
11:52puisque par la suite, Gérald Darmanin persiste et signe,
11:55en disant que pour lui, le terme d'ensauvagement est à ses yeux le terme approprié.
11:59À ce moment-là, plusieurs articles relèvent qu'il a du mal à s'imposer.
12:02Oui, c'est-à-dire que le choix de Jean Castex, c'est le choix d'un technicien qui fera
12:07tourner la machine seulement.
12:09Il s'est accompagné aussi par un casting de ministres forts,
12:12que ce soit Roselyne Bachelot à la culture,
12:14que ce soit Éric Dupond-Moretti à la justice,
12:17Darmanin qui arrive place Beauvau.
12:20Et donc, on a un premier ministre avec peu d'expérience, peu d'autorité,
12:24qui commence à se faire déborder de tous côtés par des ministres forts.
12:27et ce sera un scénario qui va cesser de se répéter au fil de ces dernières semaines.
12:33Et pendant l'automne, Jean Castex veut prendre la main sur la majorité présidentielle,
12:37LREM et ses deux alliés, le Modem et le parti de centre droit Agir.
12:42Que fait-il concrètement ?
12:43Premier geste fort, il prend sa carte à La République En Marche,
12:45ce que n'avait jamais fait Edouard Philippe quand il était à Matineau,
12:48ce qu'il n'a toujours pas fait d'ailleurs au jour où on se parle.
12:50Et ça intervient dans un contexte particulier,
12:53puisque La République En Marche n'a plus la majorité absolue à l'Assemblée nationale.
12:57Et donc il y a cette nécessité, cette urgence même, de tenir la majorité
13:01avec l'allié traditionnel qui est le Modem et bien sûr également Agir.
13:05Et donc Jean Castex, il s'empare de cette fonction de chef de la majorité à l'Assemblée nationale
13:10pour tenir les rangs et puis aussi pour préparer les échéances électorales à venir,
13:14à commencer par bien sûr celle de la présidentielle de 2022.
13:17Et concrètement, on sait ce qu'il fait ?
13:18C'est ça le problème, c'est que concrètement on ne sait pas trop ce qu'il fait.
13:21Certes, il remet bien sûr les petits-déj' de la majorité
13:24qui ont lieu tous les mardis matins à Matignon en présence des autres responsables de la majorité.
13:29Mais c'est ce que faisait déjà Édouard Philippe à son époque.
13:32Et au-delà de ça, bien sûr, il est en lien direct et constant avec les présidents de groupe.
13:37Mais ça ne va pas vraiment au-delà.
13:39Le 24 septembre, il est l'invité de l'émission Vous avez la parole sur France 2.
13:42Et il est interrogé à un moment par Léa Salamé sur l'application StopCovid.
13:46– Avez-vous téléchargé l'application StopCovid sur votre téléphone ?
13:49– Non. – Pourquoi ?
13:51– Non, parce que je ne l'ai pas chargé, je ne l'ai pas fait.
13:54– Mais pourquoi ?
13:54– Mais vous poussez les Français à le faire, vous ne l'avez pas fait ?
13:56– Oui, je pousse les Français à le faire, mais je ne l'ai pas fait parce que, voilà, je
14:00ne l'ai pas fait.
14:01– Vous êtes honnête, mais c'est…
14:03– Ce qu'on appelle en français courant, il rame.
14:05Il essaye d'expliquer que dans la mesure où il ne prend pas le métro, c'est compliqué,
14:09donc il est moins exposé, etc.
14:11– Écoutez-moi bien, vu les activités qui sont les miennes, vous les voyez, très honnêtement.
14:16StopCovid, c'est intéressant, quand vous allez dans le métro, quand vous croisez du monde…
14:20– Derrière lui, on voit qu'il y a des mines déconfites de certains ministres,
14:23et donc c'est un peu un fiasco pour cette application qui est elle-même un fiasco.
14:28Viendra ensuite, TousAntiCovid, une application qui aura plus de succès.
14:32– Un mois plus tard, le jeudi 29 octobre, il évoque à l'Assemblée, devant les députés, la situation sanitaire.
14:38Pendant son discours, on apprend qu'un attentat au couteau vient de se produire à Nice.
14:41Il fait l'aller-retour avec la cellule de crise à Matignon et revient un peu plus tard à l
14:46'Assemblée dans l'hémicycle.
14:48– Vous l'avez rappelé tout à l'heure, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,
14:51avant d'interrompre notre séance, un attentat ignoble a été commis ce matin
14:58en la Basilique Notre-Dame à Nice, aux alentours de 9h.
15:02– Après un point rapide sur l'attentat, il évoque à nouveau la gestion de la crise du Covid.
15:07– Mesdames et messieurs les députés, si nous avons soi-disant raté le déconfinement en France,
15:15alors il a été raté partout, car partout la réalité est la même.
15:21La flambée épidémique exceptionnelle de la deuxième vague est là.
15:26– Marcel Ovest-Fred, cette séquence illustre la difficulté de la tâche du Premier ministre.
15:31– Oui, parce qu'il ne doit pas gérer une seule crise, ou les affaires courantes,
15:34il doit gérer une accumulation de crise, la crise sanitaire, la crise économique,
15:38la crise sociale et la crise sécuritaire.
15:41– Olivier Beaumont, le 5 novembre, vous co-signez un papier dans Le Parisien intitulé
15:47« Y a-t-il un problème, Castex ? »
15:49– Bien qu'il se soit déployé tout l'été sur le terrain,
15:52Jean Castex commence à dévisser dans les sondages, contrairement à Emmanuel Macron,
15:55et on voit bien que le doute va commencer à s'installer autour de lui,
15:58principalement parce qu'on voit qu'il y a un problème d'émission du message,
16:01c'est-à-dire que Jean Castex parle beaucoup, mais finalement on n'en retient pas grand-chose.
16:05Et puis, il faut se souvenir, il arrive au gouvernement, c'était le monsieur déconfinement,
16:09et là on voit, on arrive à l'automne, où il va devenir le monsieur reconfinement.
16:13Donc en termes d'image, c'est pas très bon, on voit que c'est compliqué pour lui,
16:15à tel point d'ailleurs qu'Emmanuel Macron va demander à plusieurs membres du gouvernement
16:21d'envoyer des messages positifs sur le Premier ministre auprès des journalistes.
16:25Le mercredi 25 novembre, Marcel Ovest-Fred, Jean Castex s'adresse par visioconférence
16:30à une quarantaine de membres du gouvernement, nous sommes en plein second confinement,
16:34et à l'ordre du jour justement, il y a les modalités du second déconfinement, l'ambiance est tendue.
16:40Le Premier ministre qui est donc un peu sous pression, qui est fatigué,
16:44qui doit gérer un gouvernement dans lequel il y a plus d'une quarantaine de membres,
16:47au cours de cette réunion, chaque ministre explique un petit peu quelle est la situation dans son secteur,
16:53c'est très long, c'est un défilé d'intervention, mais ce que veut le Premier ministre,
16:57c'est pouvoir arriver à des arbitrages, et là, on a notamment Malen Chapa,
17:03à ce moment-là, qui représente le ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin n'est pas là,
17:06plaide pour une solution différente pour les cultes, à ce moment-là, pour une adaptation de la jauge,
17:11et le Premier ministre voit qu'on est en train d'essayer d'enfoncer un coin entre lui et le
17:15président de la République,
17:16alors il s'énerve un peu, et à ce moment-là, ce qui peut apparaître comme un acte d'autorité
17:20sera décrit par certains comme un acte d'autoritarisme.
17:22Le lendemain, le jeudi 26 novembre, le média en ligne Loopsider diffuse les images du passage à tabac d'un
17:29producteur,
17:29un homme noir, quelques jours plus tôt à Paris, Michel Zecler, ça s'est passé dans son studio d'enregistrement,
17:35et c'est un tollé.
17:36Oui, c'est un tollé, ça intervient au pire moment pour Jean Castex et son gouvernement,
17:40parce que, il faut se rappeler du contexte, il y a la fameuse préparation du projet de loi sur le
17:44séparatisme,
17:45et puis la proposition de loi sur la sécurité globale,
17:48on est dans une période où, effectivement, le gouvernement est accusé de se droitiser, d'avoir une ligne très dure,
17:55et donc cette vidéo, elle arrive mal, parce que dans cette proposition de loi sécurité globale,
17:59il y a ce fameux article 24, qui tend l'opinion, il y a des vraies crispations au sein même
18:05de la majorité,
18:06parce que les termes de cet article font débat sur la question d'autoriser la diffusion d'images de policiers
18:13en intervention.
18:14La proposition de loi sur la sécurité globale vient d'être votée quelques jours plus tôt à l'Assemblée nationale,
18:20et suite à ce tollé provoqué par la vidéo de l'Oopsider,
18:24Jean Castex fait marche en arrière, il annonce qu'une commission va réécrire l'article 24.
18:29Jean Castex a annoncé hier la mise en place d'une commission chargée de le réécrire,
18:34tollé du côté des présidents de l'Assemblée et du Sénat,
18:37qui voit clairement un court-circuitage des parlementaires.
18:40Alors il faut imaginer la mauvaise surprise pour les parlementaires,
18:43à qui on a fait avaler cet article 24, parce que beaucoup voyaient bien que ce n'était pas très
18:47équilibré,
18:48que ça pouvait poser des problèmes en termes de liberté de la presse.
18:51Les leaders de la majorité s'expriment pour dire qu'on ne peut pas contourner le parlement comme ça,
18:56donc il est un peu gêné.
18:58Le déminage va se faire par les autres,
19:00pour assurer que le travail parlementaire va se faire jusqu'au bout,
19:04sous-entendu, cette commission, elle ne sera là pour réfléchir sur les relations entre les forces de l'ordre et
19:10les journalistes,
19:10mais elle n'aura aucun impact sur l'écriture de l'article 24.
19:15Et donc finalement, Olivier Beaumont, c'est Christophe Castaner, le président du groupe LRM à l'Assemblée,
19:20qui dit qu'on va réécrire cet article 24.
19:22Oui, et puis Christophe Castaner qui se fait un petit plaisir au passage,
19:24puisque il faut se rappeler que c'est Gérald Darmanin qui quelque part l'a mis dehors,
19:28en tout cas c'est lui qui l'a succédé à la place Beauvau,
19:30et Christophe Castaner profite de cet événement pour réapparaître en pleine lumière
19:35et expliquer à grand renfort d'une conférence de presse improvisée un lundi après-midi à l'Assemblée nationale
19:40pour dire qu'effectivement, ce sont les députés de la majorité qui vont reprendre la main
19:45pour réfléchir à la réécriture de cet article.
19:47Olivier Beaumont, le 3 décembre, dans Le Parisien,
19:49vous revenez sur les tensions qui existent entre Jean Castex et son ministre de l'Intérieur.
19:54Oui, et c'est étonnant quand on connaît le parcours des deux hommes
19:56et qu'on sait qu'en effet c'est Gérald Darmanin qui avait poussé pour que Jean Castex entre à
20:01Matignon.
20:01Mais il va y avoir un automne assez compliqué pour Beauvau et Matignon.
20:05Pourquoi ? Parce que Jean Castex met une grosse pression sur les épaules de Gérald Darmanin
20:09au moment du confinement pour renforcer les contrôles de police.
20:12Ça passe très mal au niveau de la base des policiers.
20:15Il y a aussi des tensions autour de la jauge, dans les cérémonies religieuses aussi.
20:18On voit que Matignon et Beauvau ne s'accordent pas sur le chiffre exact.
20:22Bien sûr, l'article 24 et puis le précédent du terme « ensauvagement » au cours de l'été.
20:27Et peut-être un malentendu parce qu'il faut se souvenir que Gérald Darmanin était très proche d'Edouard Philippe.
20:31Et quand Jean Castex arrive, compte tenu de son histoire, de son passé avec Jean Castex,
20:36Gérald Darmanin pense qu'il va pouvoir recréer cette proximité avec Matignon.
20:39En tout cas, aujourd'hui, même si la relation n'est plus aussi idyllique qu'au début,
20:44ces deux hommes sont condamnés à s'entendre,
20:46puisque autour d'eux, on le dit clairement, s'ils ne s'entendent pas, c'est Macron qui perdra en
20:492022.
20:50Il est accusé de ne pas assez s'imposer auprès de ses ministres les plus médiatiques.
20:55On lui reproche aussi donc parfois d'être autoritaire.
20:58Est-ce qu'il doute aujourd'hui Jean Castex ?
21:00Jean Castex, c'est quelqu'un qui ne doute pas.
21:02Il le reconnaît, il le dit en privé.
21:03J'en prends plein la gueule, mais j'assume, j'ai mon lot d'emmerdements au quotidien.
21:07C'est quelqu'un qui refuse de se faire polluer avec toutes les musiques extérieures.
21:11Et d'ailleurs, pour l'anecdote, jamais il ne lit le moins d'articles qui lui est consacrés.
21:15A fortiori ceux qui sont négatifs.
21:17Et donc, il essaie vraiment de rester sur sa mission.
21:19Il assume, il le dit, son rôle de paratonnerre du président de la République.
21:24D'autant plus que lui ne peut pas être soupçonnable et soupçonné de quelconque ambition pour la suite.
21:28Jean Castex, il est là quelque part en CDD à un moment donné.
21:32Et voilà, son histoire s'arrêtera très probablement après 2022.
21:36Marcel Ovest-Fred, est-ce que Jean Castex ira jusqu'au bout du quinquennat d'Emmanuel Macron ?
21:41Lui, il est prêt à rester jusqu'au bout puisqu'il a théorisé l'histoire des 600 jours.
21:45Je suis là pour 600 jours.
21:47Mais c'est le président de la République qui décide.
21:49Et il y a une borne qui est le scrutin des départementales et des régionales.
21:52C'est fin juin.
21:53Et à ce moment-là, le président de la République peut tout à fait, c'est une option que certains
21:57envisagent,
21:57changer de Premier ministre.
21:59Ce serait plus à ce moment-là pour faire une sorte de coup de communication, de marketing.
22:02Et puis, il faut aussi rappeler qu'on va rentrer dans un moment très politique.
22:05Aura-t-il besoin à ce moment-là d'un super collaborateur ou plutôt d'un Premier ministre
22:09qui soit plutôt politique et qui aille en meeting pour battre le fer
22:13et pour défendre aussi la candidature possible d'Emmanuel Macron ?
22:16Ce qui pourrait, bien sûr, dans ces cas-là, opter pour le scénario,
22:20une hypothèse d'un remplacement de Premier ministre.
22:29Merci à Marcel Ovest-Fred et Olivier Beaumont.
22:32Cet épisode a été produit par Thibault Lambert, Marion Bottorel et Nathan Châtelain.
22:36Réalisation, Julien Moncouquiole.
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