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Lancé au mois d’août 1944, le Parisien fête cette année ses 80 ans. Récit d’une histoire mouvementée.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : Le Parisien.

#journal #media #leparisiens

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le Parisien fête ses 80 ans.
00:15Le journal a été lancé par des résistants au mois d'août 1944.
00:19A vocation populaire, le Parisien est à la fois un journal national et un journal régional.
00:25420 journalistes au total, dont 80 chargés de couvrir les 8 départements de l'Île-de-France et celui de
00:32l'Oise.
00:33Dans Codesource, aujourd'hui, on vous parle du Parisien, son histoire, ses valeurs, son lien avec ses lecteurs et ses
00:38lectrices.
00:39Un épisode raconté par deux journalistes qui sont arrivés toutes les deux au Parisien il y a 35 ans, en
00:451989.
00:46Laurence Voyer, rédactrice en chef, et Laurence Le Fur, rédactrice en chef adjointe.
00:59Laurence Voyer, le Parisien est en vente en France chez tous les marchands de journaux, 2,10 euros.
01:04Sur Internet, l'abonnement sans engagement est à 8 euros par mois.
01:08C'est quoi, le Parisien, en quelques mots ?
01:10Alors, c'est une rédaction où il y a 400 journalistes à peu près,
01:14qui est installée à Paris depuis quelques années de nouveau, après avoir été longtemps en banlieue.
01:19Et les journalistes sont répartis par service, donc comme on peut imaginer, économie, politique, sport.
01:26Mais aussi, nous avons des éditions départementales avec des journalistes qui sont implantés dans les départements,
01:32à Créteil, à Meaux, dans l'Oise, et qui collectent l'information au plus près de chez eux.
01:38Et pour mettre tout ça en forme, nous avons aussi des équipes de réalisation
01:43qui travaillent aux maquettes, qui réalisent des photos.
01:48Et puis, on a d'autres supports, donc des vidéastes et des journalistes de desk,
01:53on appelle ça ici, qui s'occupent de l'information vraiment quasiment en temps réel
01:57pour alimenter notre site Internet.
01:59Le Parisien compte aujourd'hui 100 000 abonnés numériques.
02:03Nos vidéos représentent 300 millions de vues chaque mois.
02:05Il y a aussi bien sûr les podcasts du Parisien, Code Source, que vous écoutez en ce moment.
02:10Et aussi Crime Story, 2 millions d'écoutes mensuelles au total.
02:14Le Parisien fait partie du groupe de presse Les Échos Le Parisien,
02:17une filiale du géant du luxe LVMH du milliardaire Bernard Arnault.
02:21Le Parisien est ce qu'on appelle un journal prescripteur.
02:24Nos sujets, nos informations exclusives sont très souvent reprises par les autres médias.
02:30Laurence Le Fur, quel est le crédo du Parisien ?
02:33Qu'est-ce qu'on cherche à faire au quotidien ?
02:34Chaque jour, on cherche évidemment à informer nos lecteurs, nos internautes,
02:39avec des informations, si possible, exclusives, des scoops.
02:45Et puis c'est aussi d'être au plus près des préoccupations des lecteurs,
02:49de leur parler vraiment de leur vie quotidienne,
02:52et de leur donner aussi, c'est un journal de solutions,
02:54de leur donner des conseils, de leur donner des clés pour comprendre
02:58et pour pouvoir agir, si l'on peut dire.
03:06Pour ses 80 ans, le Parisien publie un hors-série de 100 pages,
03:10disponible chez tous les marchands de journaux.
03:12Laurence Voyer, vous avez coordonné ce hors-série,
03:14vous avez essayé de creuser l'histoire du journal,
03:17mais on n'a pas forcément tous les éléments.
03:19Il y a parfois des informations qui manquent.
03:21Expliquez-nous ça.
03:22Absolument, parce qu'en fait, on est très fort aux Parisiens pour conserver ce qu'on produit,
03:27c'est-à-dire tous nos numéros, on les a soit sur microfilms,
03:30soit dans notre base de données numérique.
03:32En revanche, toute l'histoire du journal, elle n'est écrite nulle part.
03:36C'est une histoire orale qu'on s'est transmise de génération en génération.
03:39Par exemple, à partir de quel moment le Parisien est allé de la rue d'Anguin
03:43à la rue Réaumur et vice-versa, pour quelle raison ?
03:47Tout ça, on l'a un petit peu oublié.
03:49Il faudrait en fait écrire cette histoire et ça reste à faire.
03:52Oui, le Parisien est très loin d'avoir tout gardé.
03:54L'exemple qui me vient à l'esprit, c'est nos plaques de verre.
03:57Donc, on a encore actuellement 30 000 négatifs sous forme de plaques de verre
04:01qui étaient utilisés par les photographes professionnels à la fin des années 40, début des années 50.
04:07C'est des documents très précieux, très fragiles.
04:10Et on les a stockés pas forcément toujours très bien.
04:12Et quand on a déménagé, on en a même récupéré sur le chemin de la poubelle.
04:17Parce que ça prend beaucoup de place.
04:19Donc voilà, tous ces documents-là n'existent plus forcément.
04:22En tout cas, il y a eu de la déperdition.
04:24Dans le hors-série qui vient de sortir, vous racontez la création du journal.
04:27C'est un journal issu de la Résistance et dont le premier numéro a été publié avant la libération de
04:33Paris.
04:34Paris est libéré le vendredi 25 août 1944.
04:37Et le Parisien sort quelques jours plus tôt, le mardi 22 août.
04:41Il faut imaginer que la guerre n'est pas finie du tout.
04:43Il y a des tirs encore partout dans Paris.
04:45Les alliés sont aux portes de la capitale.
04:48Et depuis quelques temps, une poignée de résistants s'organisent pour essayer de faire paraître un journal à la libération.
04:55Ce journal, ça sera le Parisien libéré, qui va se construire vraiment en quelques jours à partir de pas grand
05:01-chose.
05:01Il faut récupérer quand même du matériel pour publier un journal.
05:06Donc, les choses s'organisent par les comités de résistants.
05:10Et le Parisien va pouvoir récupérer des imprimeries, du matériel et les locaux du petit Parisien,
05:16qui paraissait avant la guerre et qui s'est compromis pendant la guerre,
05:20et donc qui est interdit de paraître au moment de la libération.
05:23Dans l'article qui résume l'événement, il y a quelques personnages marquants, notamment un cyclard.
05:28C'est quoi un cyclard ?
05:29Alors, un cyclard, c'est un livreur à vélo.
05:32Il a énormément de missions, ce cyclard.
05:34À la fois, livrer les premiers journaux, les premières liasses,
05:38mais aussi aller chercher des articles à l'autre bout de Paris.
05:42Et c'est parfois acrobatique, parce que ça tire un peu dans tous les sens.
05:46À quoi ressemble le premier numéro du Parisien libéré ?
05:49Alors, il ne ressemble pas du tout à ce qu'est une une de journal actuellement.
05:53Donc, c'est un journal qui fait deux pages.
05:56Il titre « La victoire de Paris est en marche ».
05:58C'est un journal très gris, avec plein de petits articles à droite, à gauche, très peu d'illustrations.
06:03Donc, le papier est très rare à l'époque, ce qui explique aussi qu'il soit très dense.
06:08Chaque millimètre carré est exploité au maximum.
06:11Et donc, tous les articles vont dans le même sens.
06:13C'est une ode à la libération, à la résistance, aux résistants.
06:21D'un mot, c'est un journal plutôt gaulliste, en tout cas au départ ?
06:24Clairement.
06:25Les deux fondateurs les plus importants du Parisien libéré
06:28sont des résistants, qui auront les plus grandes décorations à l'issue de la guerre.
06:32Donc, d'un côté, on a Émilien Amaury,
06:34qui lui imprime des tracts et la presse clandestine résistante pendant la guerre.
06:39Et de l'autre côté, Claude Bélanger,
06:41qui était le patron des cahiers de l'OCM, l'Organisation civile et militaires.
06:46C'était des recueils qui étaient censés être envoyés à des prisonniers en Allemagne
06:51et qui servaient aussi de couverture et qui a permis de s'organiser
06:55pour faire paraître le Parisien libéré après la guerre.
06:59Dans les années qui suivent l'après-guerre, le Parisien libéré grandit.
07:02Dans les années 50, le journal innove et crée l'événement avec ses concours
07:06dont les premiers prix sont des maisons.
07:08Laurence Le Fur, au début des années 1960,
07:11le tirage du Parisien libéré est très important.
07:14Il y a 785 000 exemplaires qui sont vendus chaque jour.
07:19Ça en fait le premier quotidien du matin.
07:22Il faut savoir qu'effectivement, avec ce tirage,
07:25il y a plus de 2 millions de lecteurs qui ont le journal entre les mains chaque matin.
07:29Un journal, à ce moment-là, c'est une grosse machine.
07:31Comment est fabriqué en résumé le Parisien ?
07:33Il y a évidemment les journalistes qui collectent de l'information,
07:37qui écrivent les articles.
07:38Et puis après, il y a les secrétaires de rédaction qui mettent en page les articles qui ont été écrits.
07:45Et puis après, on a la spécificité d'avoir l'imprimerie sur place.
07:49Et donc là, on a les ouvriers du livre qui permettent l'impression de milliers d'exemplaires chaque jour.
07:57Et après, il y a effectivement une grande partie aussi qui est liée à la distribution.
08:01Parce que l'important dans un journal, c'est non seulement de l'imprimer,
08:05mais c'est que chaque jour, les lecteurs l'aient en main.
08:08Donc là, il y a tout un système qui fait qu'il y a des camionnettes devant le journal
08:13qui prennent tôt le matin et qui vont amener les journaux,
08:18les exemplaires dans tous les kiosques de Paris et de la région parisienne.
08:22Et à ce moment-là, le Parisien est installé dans un grand immeuble du centre de Paris,
08:26au 124 rue Réaumur.
08:28Oui, c'est un immeuble magnifique, un immeuble Art Nouveau qui est sur plusieurs étages.
08:35Donc on voit du sous-sol au Xème étage, toute la rédaction qui s'organise.
08:41Et il y a effectivement des rotatives sur place.
08:43Et on voit des photos où il y a des rouleaux de papier qui arrivent sur le trottoir.
08:48Tout se déroule vraiment au cœur de Paris.
08:51En 1962, le cofondateur et directeur de la rédaction du Parisien, Claude Bélanger,
08:56s'exprime dans un disque vinyle, un 45 tours publié par le journal.
09:00Claude Bélanger décrit la ligne éditoriale du journal avec une formule,
09:04les faits divers mais aussi les faits mondiaux.
09:07Il rappelle qu'on fait un journal non pas pour soi mais pour ses lecteurs.
09:11Et il dit aussi que les lecteurs justement n'aiment pas être endoctrinés.
09:15Ce français veut, avant toute chose, être au courant, savoir, connaître les faits.
09:22Ce lecteur veut s'instruire par des enquêtes, par des reportages.
09:25Il aime les renseignements pratiques qui vont lui faciliter l'existence et qu'il trouve dans son journal.
09:31C'est avoir le sentiment qu'on participe à la vie d'une communauté.
09:35Le journal est un lien.
09:36Autrement, on vit seul.
09:37Mais étant informé, on a la possibilité de communiquer avec autrui.
09:44On fait partie d'un corps, d'un groupe.
09:47Le lecteur, ce français, est un être sociable.
09:50Il veut que son journal soit clair.
09:53Clair aussi dans la langue.
09:55Pas dans une langue simplifiée mais dans un français vrai.
09:58Et le français est très sensible à la qualité de sa langue.
10:02En troisième lieu, le besoin auquel on essaie de répondre est un besoin de distraction.
10:10Et je dirais presque, si vous voulez, que les bandes dessinées, qui sont nombreuses, sont la récompense du lecteur.
10:17Le lecteur, il n'a pas le sentiment, lisant le Parisien libéré, peut-être qu'il est le lecteur d
10:24'un journal prestigieux, d'un journal mondialement connu.
10:28C'est son journal.
10:31Il a le sentiment, il a la certitude qui peut lui faire confiance.
10:35Et ce lecteur est attentif.
10:37Il n'aime pas être endoctriné.
10:39Il n'aimerait pas qu'on essaie de lui imposer des vues.
10:44Mais ce qu'il demande, c'est qu'on lui explique ce que sont les choses.
10:49Ainsi, nous avons devant nous un lecteur curieux, ouvert et en tout état de cause, indépendant.
10:59Voilà la bonne qualité humaine de ce lecteur et peut-être aussi la bonne qualité de ce journal.
11:07On fait un saut dans le temps de plus de dix ans.
11:10En novembre 1974, débute une grève dure, un bras de fer, entre le syndicat du livre CGT et la direction
11:17du journal.
11:18La direction veut faire des économies en réorganisant le titre, en supprimant des postes.
11:23Le patron, Émilien Amaury, cherche aussi à réduire le poids du syndicat du livre CGT.
11:28Mais Laurence Voyer, ce syndicat, a le pouvoir, à ce moment-là, d'embaucher les ouvriers qui vont travailler dans
11:34les imprimeries.
11:35Évidemment, ça ne plaît pas à Émilien Amaury.
11:38Exactement, ils choisissent les salariés.
11:40La direction du journal n'a pas son mot à dire, sauf au moment de faire la fiche de paye.
11:44Et donc, Émilien Amaury a envie de se moderniser, de s'étendre.
11:50Et il sent que ce système va le contraindre et va coûter surtout de plus en plus cher.
11:55Donc, il décide de mettre le haut là et en ce mois de novembre, il décide de ne pas publier
12:01un communiqué de la CGT et ça va mettre le feu aux poudres.
12:05La grève va durer plus de deux ans, 28 mois.
12:08Et elle va être très, très dure.
12:10Il y a des milliers d'exemplaires du journal qui vont être déversés dans la rue.
12:15Il y a des camions qui vont être empêchés de livrer le journal.
12:18Pour riposter, Émilien Amaury va aller jusqu'à faire imprimer son journal en Belgique.
12:24Les imprimeries belges vont se mettre en grève aussi pour soutenir les ouvriers du livre parisien.
12:29Et c'est vraiment à tel point tendu qu'il y a des escortes policières pour encadrer la livraison des
12:34journaux.
12:35Mais aussi une escorte policière pour protéger certaines personnalités du Parisien.
12:41Pour le hors-série, on a parlé avec François Bélanger, qui est le fils de Claude Bélanger, un des fondateurs
12:47du Parisien libéré.
12:48Et qui nous racontait que lui, en tant qu'enfant d'un membre de la direction, il allait à l
12:53'école sous protection policière.
12:55Ce qui était complètement dingue et qui lui a laissé un drôle de souvenir.
13:02Avec cette grève, le Parisien perd la moitié de ses lecteurs.
13:06Et c'est à ce moment-là que le journal quitte ses locaux parisiens de la rue Réaumur pour aller
13:10en très proche banlieue,
13:11à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, juste de l'autre côté du périphérique.
13:15Oui, là aussi c'est stratégique, parce qu'Emilien Amaury veut échapper un peu aux ouvriers du livre.
13:21Donc il a l'idée de faire construire une imprimerie ex nihilo, dans des locaux qui appartiennent au groupe depuis
13:29les années 50.
13:30Donc il faut imaginer, il y a juste un hangar, et là il fait livrer et installer des rotatives
13:35qui vont en quelques semaines pouvoir imprimer le journal.
13:39Et le journal va rester à Saint-Ouen et ne reviendra à Paris que bien des années plus tard.
13:43Au début de l'année 1986, le Parisien libéré devient Le Parisien, le nom que tout le monde utilisait.
13:51Au passage, la couleur remplace l'impression noir et blanc.
13:55Laurence Le Fur, vous, vous débutez au Parisien trois ans plus tard, en juin 1989, au siège à Saint-Ouen.
14:01Vous êtes embauchée après votre stage d'été.
14:04À quoi ressemble le travail des journalistes à ce moment-là ?
14:07On fait un travail de journaliste classique.
14:09On va sur le terrain, on fait des interviews, on est en reportage.
14:14Mais il faut quand même se rendre compte qu'en 1989, par exemple, on part en reportage, dans une voiture
14:20de reportage, avec un chauffeur.
14:21Il n'y a évidemment pas de téléphone portable.
14:24Mais on a le guide Michelin et ça m'avait sidéré quand j'étais toute jeune à l'époque.
14:30En partant en reportage, le photographe qui m'accompagnait, le chauffeur, il regardait dans le guide Michelin où on pouvait
14:36s'arrêter.
14:37Donc là aussi, aujourd'hui, c'est complètement inconcevable.
14:41Autre chose qui était vraiment très différente, c'est que mon papier, mon article, je le dictais à une sténo,
14:50qui n'existe plus du tout aujourd'hui.
14:53Concrètement, on écrivait à la main son article et puis on téléphonait au journal.
14:59Et il y avait donc ce qu'on appelait une sténo, qui le prenait, on faisait comme une dictée.
15:04Mais elle nous aidait aussi en disant, tiens, reprends cette phrase, je ne comprends pas trop, coupe-la en deux
15:09morceaux, etc.
15:10C'était aussi, elle nous aidait dans la rédaction, mais surtout, ça allait très vite.
15:14C'est-à-dire qu'à 17 ou 18 heures, on pouvait avoir déjà envoyé l'article.
15:20Laurence Voyer, vous, vous avez fait un stage un an plus tôt et vous êtes recrutée définitivement par Le Parisien
15:25en octobre 1989.
15:27Et vous commencez à l'agence de mots en Seine-et-Marne.
15:30Comment ça se passe quand vous arrivez et qu'est-ce qui vous frappe ?
15:32Alors, ce qui me frappe, c'est l'autonomie et le système D.
15:35C'est-à-dire qu'on fait nous-mêmes nos propres photos et il faut les développer nous-mêmes.
15:41Donc, on a une sorte de placard, de Kajibi, où il y a une machine qui est un peu capricieuse
15:48et qui nous permet de développer nos photos.
15:50Alors, quand il fait très chaud, il faut rajouter des glaçons dans le liquide pour ne pas cramer les négatifs.
15:55Enfin, voilà, tout ça est très artisanal.
15:57Donc, on développe nos photos, on choisit nous-mêmes le négatif qui va partir à Saint-Ouen au siège du
16:04journal pour paraître dans le journal le lendemain.
16:07Et évidemment, pour emmener ce négatif au siège du journal, il y a encore une étape qui est très importante
16:14qui s'appelle le pli.
16:15Et donc là, nous, en l'occurrence, à Meaux, c'est un taxi qui passe à l'heure fixe.
16:20Et moi, mon angoisse en tant que journaliste, c'est de rater le pli.
16:23Donc, je dois avouer que j'ai cramé plusieurs fois les pellicules photographiques et j'ai plusieurs fois raté le
16:29pli.
16:29Et là, c'était très compliqué quand même parce qu'il fallait soi-même récupérer le coup après.
16:34Et en même temps, on a énormément d'autonomie puisqu'on réalise un cahier départemental où on est maître de
16:40nos sujets.
16:41On raconte ce qu'on veut, on raconte la vie autour de nous et c'est très enthousiasmant.
16:45Quels sont les grands principes ou les conseils que vous donnent les journalistes du Parisien à ce moment-là ?
16:49Il y a une espèce de mantra, c'est tout pour les lecteurs.
16:52Il faut parler au lecteur, il faut que le lecteur parle dans les articles, il ne faut pas que l
16:57'information soit descendante
16:58et que les gens s'y retrouvent tout de suite et il faut leur donner des clés pour bien vivre
17:04leur secteur.
17:05Nous, en Seine-et-Marne, on ne peut pas écrire un article sans dire tel objet,
17:09on peut se le procurer à telle adresse, de telle heure à telle heure pour aller voir tel spectacle.
17:14Il faut réserver maintenant, sinon il n'y aura plus de place.
17:17On est très, très à cheval sur ce genre de détails, d'informations servicielles.
17:21Laurence Le Fur, qu'est-ce qui vous frappe dans ce que vous apprennent les anciens du Parisien ?
17:25Ce qui me frappe, déjà, ils me disent qu'il faut qu'on se tutoie,
17:29que dans notre profession, il faut absolument se tutoyer.
17:33Donc, moi, je vous voyais les chefs, entre guillemets.
17:38Donc là, ils me disent non, non, tu appartiens à notre profession, il faut qu'on se tutoie.
17:42Et ce qui me frappe aussi, il y a énormément une culture, entre guillemets, du pot.
17:48Il y a énormément d'occasions de trinquer pour un article réussi,
17:53pour un anniversaire, pour un départ en vacances, pour un retour de vacances.
17:58Et surtout, finalement, je m'aperçois qu'il y a beaucoup de vieux journalistes, entre guillemets,
18:04qui ont carrément leur petit bar personnel dans leur bureau.
18:08Donc, des fois, je viens à leur bureau pour discuter d'un article ou pour avoir un conseil.
18:13Et ils me proposent qu'il y ait un whisky, qu'il y ait un porto.
18:17Et ils tirent leur tiroir.
18:19Et là, il y a plein de bouteilles à disposition.
18:22Et ça, ça m'avait, en 89, 90, énormément frappée, marquée.
18:28En même temps, il y avait tout un côté convivial qui était extrêmement sympathique.
18:35Laurence Voyer, dans le hors-série que vous avez coordonné pour les 80 ans, il y a 81.
18:40Les unes sur des événements qui ont marqué notre histoire collective.
18:43L'assassinat de Kennedy en 1963.
18:46La chute du mur de Berlin en 1989.
18:49Le début de la guerre du Golfe l'année suivante.
18:51L'arrestation de DSK Dominique Strauss-Kahn en 2011.
18:55On peut citer aussi, par exemple, la une le 12 octobre 1963, sur la mort d'Edith Piaf.
19:01Mort qui a fait passer au second plan celle du poète Jean Cocteau disparu la veille.
19:06Laurence Voyer, ça peut surprendre.
19:08Le Parisien publie une petite photo d'Edith Piaf sur son lit de mort.
19:12Alors, il y a cette photo-là, à la une.
19:14Et il y a d'autres photos qui pourraient paraître très, très choquantes.
19:17Par exemple, on a aussi la photo qui illustre la mort de Messrine, port de Clignancourt,
19:23où on voit l'ennemi public numéro 1, affalé, mort, sur son volant.
19:27C'est des photos qu'on ne ferait plus jamais paraître, et encore moins à la une maintenant.
19:31Parmi les unes marquantes qu'on peut voir dans ce hors-série, il y en a plusieurs consacrées aux attentats.
19:36Attentats en France ou à l'étranger, le 11 septembre 2001, les attentats de 2015 à Paris et Saint-Denis.
19:42Le 8 janvier 2015, le Parisien fait sa une avec des manifestants qui brandissent des feuilles de papier avec ce
19:47slogan « Je suis Charlie ».
19:49Oui, on est au lendemain de l'attentat contre Charlie Hebdo.
19:52La sidération est immense dans le pays.
19:55Et tout de suite, il y a ce slogan qui jaillit de l'esprit d'un directeur artistique qui travaille
20:00dans la presse.
20:02Donc, sur cette une, on voit des manifestants qui brandissent l'affiche « Je suis Charlie » écrit en blanc
20:08sur fond noir.
20:09Donc, c'est très, très impactant.
20:11Avec un titre qui est, lui aussi, écrit en blanc sur fond noir.
20:15« Ils ne tueront pas la liberté ».
20:20Laurence Le Fur, quand Notre-Dame de Paris est ravagée par un incendie, le lundi 15 avril 2019,
20:25racontez-nous comment la rédaction du Parisien se mobilise.
20:28On a l'information en fin de journée, vers 18h20.
20:31« Immédiatement, tout le monde s'est mobilisé dans beaucoup de services,
20:35que ce soit la culture, l'édition de Paris et notre service à l'époque qui s'appelait Société.
20:40Il n'y a plus question de services.
20:43On est une rédaction unie et ultra mobilisée.
20:46Et on a envoyé des journalistes sur le terrain, recueillir là aussi la sidération des Parisiens qui voyaient ça.
20:53Et puis, on a refait entièrement un journal pour tout expliquer de ce qui s'était passé,
21:00quelles étaient les causes de l'incendie.
21:02Et tout de suite déjà, parler de l'après, de savoir qu'est-ce qui allait se passer,
21:08comment on allait reconstruire cette merveille de Paris, des symboles de la capitale.
21:17Laurence Voyer, beaucoup plus récemment et sur une actualité heureuse,
21:20les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.
21:23Une nouvelle fois, la rédaction s'est mobilisée,
21:25200 journalistes mobilisés pour couvrir l'événement.
21:28C'est la moitié de la rédaction.
21:30Comment ça s'est passé ?
21:31Les journalistes se sont mobilisés dans absolument tous les services,
21:34même s'ils n'étaient pas des sportifs à la base.
21:38Donc, on a par exemple Charles de Saint-Sauveur, qui est le chef du service international,
21:42qui est allé beaucoup moins loin, à Châteauroux, pour couvrir le tir à la carabine.
21:47Ou alors, Timothée Boutry, qui lui vient du service police-justice,
21:51qui a couvert le ping-pong et assisté à la folie et à l'emballement,
21:55tout ce qui s'est produit autour des frères Lebrun.
21:57Le 19 août 2024, Le Parisien consacre une grande partie du journal à la mort d'Alain Delon.
22:02Un magazine spécial est également publié juste après.
22:05Et dans le hors-série des 80 ans, on y revient.
22:08Laurence Voyer, avec un article signé Catherine Ball,
22:10Catherine Ball, l'une des spécialistes cinéma du Parisien,
22:13qui raconte ses nombreux coups de fil avec l'acteur, à plusieurs occasions très différentes.
22:18On se rend compte, en fait, qu'Alain Delon passait sa vie à appeler des journalistes,
22:23et notamment Catherine Ball, avec qui il s'entendait bien.
22:25Donc c'était, par exemple, pour lui dire qu'il avait apprécié un article dans le journal,
22:31qu'il remerciait aussi, parce qu'il y avait une critique de la pièce où jouait sa fille Anouchka,
22:36et que le journal avait bien aimé cette pièce.
22:37Donc il téléphonait simplement pour remercier, pour échanger.
22:41Et c'est des liens qui sont très anciens, en fait, avec Le Parisien.
22:44Parce qu'il y a quelques années de cela, on avait réalisé un numéro spécial pour le 20 000ème numéro
22:50du journal,
22:51et il y avait des personnalités qui nous disaient quel était leur lien avec Le Parisien.
22:55Et on avait appelé Alain Delon, il nous avait raconté qu'il était un fidèle lecteur,
23:00qu'il le lisait tous les matins, et que pour lui, c'était le journal du peuple, pas des people.
23:05Et c'est une formule qui nous plaît bien.
23:06Pour marquer les 80 ans du journal, Le Parisien a invité une centaine de ses lecteurs,
23:12des abonnés à venir dans ses locaux.
23:14Nos bureaux sont juste à côté de la Seine, pas loin de la Tour Eiffel,
23:17dans le 15e arrondissement, boulevard de Grenelle.
23:20Sur scène, dans un auditorium, il y a plusieurs journalistes du Parisien qui répondent aux lecteurs.
23:25Et pour Codesource, on a demandé à deux de ses lecteurs de dire ce que représente pour eux Le Parisien.
23:30On écoute d'abord Quentin, 39 ans, un abonné numérique.
23:34Il est directeur digital d'un groupe hôtelier.
23:37Alors, je dis Le Parisien, je pense, depuis 4 ou 5 ans.
23:41En disant Le Parisien, je suis à peu près sûr de louper le moins de choses possibles à Paris.
23:46Il y a tellement de choses à faire qu'il faut sélectionner ce qu'on fait le week-end,
23:48et surtout d'avoir un peu de nouvelles de ce qui se passe,
23:51où est-ce que je peux tester, je ne sais pas, le dernier gâteau à la mode,
23:55ou le dernier truc sympa à faire avec les enfants.
23:58Et du coup, Le Parisien, je trouve que c'est assez large, et en plus, ce n'est pas que
24:01ça.
24:01Ça va parler de science, ça va parler d'actualité internationale, de politique, de plein de choses.
24:07En vrai, c'est très très large, et surtout, on n'a pas trop l'occasion de s'emmerder.
24:11C'est-à-dire qu'avant, je disais, je ne sais pas s'il faut citer d'autres noms,
24:14mais les journaux généralistes sont parfois un peu chiants, et c'est un peu moins vrai avec Le Parisien.
24:18Marie Geneviève est retraitée, elle vit à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine.
24:22Elle a presque le même âge que Le Parisien, 79 ans et demi.
24:26Marie Geneviève a plusieurs problèmes de santé.
24:28Actuellement, Le Parisien l'aide à prendre la vie du bon côté.
24:32Moi, c'est un objet indispensable le matin.
24:36Parce qu'il y a des informations très importantes qui nous concernent directement.
24:40C'est notre vie, on y voit notre ville.
24:43On apprend même des choses qu'on ne connaissait pas, même si c'est dans notre propre ville.
24:49C'est un journal de proximité, Le Parisien, mais qui est large dans ses réflexions, dans ses articles,
24:59qui est ouvert et qui dit les choses.
25:01Il dit les choses et il analyse, il pose des questions.
25:04Non, non, moi, je ne remets pas en cause mon abonnement.
25:09Voilà.
25:10Laurence Voyer, on dit souvent chez les journalistes qu'un journal a une âme.
25:14Le Parisien, il a une âme ?
25:16Je ne sais pas si le journal a une âme, mais en tout cas, il a un ADN.
25:20Et cet ADN, c'était les termes qu'utilisaient Émilie Amaury et Claude Bélanger
25:25dès la création du journal en 1944.
25:27C'est un quotidien populaire de qualité, avec des recherches d'angle.
25:33On est assez exigeant aussi sur la qualité rédactionnelle.
25:37Et on essaye de livrer tous les matins, que ce soit sur notre site internet ou sur le journal papier,
25:43le meilleur journal possible.
25:45Et en travaillant sur ce hors-série et donc en se repenchant sur l'histoire du Parisien,
25:50ça vous a surpris de voir à quel point le Parisien est proche de ce qui était annoncé en 1944
25:54?
25:55Oui, moi j'ai vraiment eu l'impression que tout était déjà écrit
25:58et qu'on se passait un peu comme un flambeau de génération en génération.
26:02C'est comme un mantra, ce journal populaire de qualité.
26:06Les idées claires chaque matin.
26:07Enfin, il y a quand même quelques slogans comme ça,
26:09qui sont limpides et qui nous portent depuis 1944.
26:13Et on sent un peu les héritiers de cette période.
26:34Merci à Laurence Voyer et Laurence Le Fur,
26:37le hors-série des 80 ans du Parisien,
26:39avec donc 81 qui ont marqué l'histoire,
26:42et disponible chez tous les marchands de journaux.
26:44A noter aussi un numéro spécial le dimanche 22 septembre.
26:48Le journal sera écrit par 80 personnalités,
26:50allant de Karine Lemarchand à Tony Estanguet,
26:53en passant par Gad Elmaleh, Michel Drucker ou encore Jean-Christophe Ruffin,
26:57Riyad Satouf et Marjane Satrapi.
26:59Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Raphaël Pueyo.
27:04Réalisation, Julien Moncouquiol.
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