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En 1973, des nostalgiques de Philippe Pétain ont le projet fou de déterrer son cercueil pour le déposer à Verdun, où son commandement militaire a forgé sa gloire. Code source retrace ce fait divers avec Alexandre Arlot, journaliste à l’édition de Seine-Saint-Denis du Parisien, et l’historien spécialiste de la Première Guerre mondiale Jean-Yves Le Naour, auteur de “On a volé le maréchal !” (Larousse, 2009).

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA.
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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'était il y a 50 ans, dans la nuit du 18 au 19 février 1973, en Vendée, dans le
00:18petit cimetière de l'île-Dieu,
00:19un commando de quelques hommes s'approche du caveau de Philippe Pétain.
00:23L'ancien héros de la bataille de Verdun est enterré sur cette île,
00:27où il a passé les dernières années de sa vie emprisonné pour s'être rendu coupable d'intelligence avec l
00:33'ennemi
00:33en acceptant de collaborer avec l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.
00:37Ses partisans de Philippe Pétain ont le projet fou de déterrer son cercueil pour l'emmener à Verdun.
00:44Codesources retrace ce fait divers aujourd'hui avec Alexandre Arleau de l'édition de Seine-Saint-Denis du Parisien
00:50et notre invité, l'historien spécialiste de la Première Guerre mondiale, Jean-Yves Le Nahour,
00:55auteur d'un livre sur le sujet chez la Rousse, On a volé le maréchal.
01:03Le mystère de l'enlèvement du cercueil du maréchal Pétain reste entier.
01:07Les enquêteurs le reconnaissent, ils n'ont pratiquement aucune piste sérieuse.
01:12On va raconter comment on en est arrivé là avec Alexandre Arleau,
01:15journaliste à l'édition de Seine-Saint-Denis du Parisien,
01:17et notre invité, l'historien Jean-Yves Le Nahour.
01:20D'abord, Jean-Yves Le Nahour, rappelez-nous en quelques mots
01:23pourquoi Philippe Pétain est considéré comme le héros de Verdun pendant la Première Guerre mondiale.
01:29Pour les Français, la bataille de Verdun est sans aucun doute la plus grande bataille de la Grande Guerre.
01:33Il y a eu là 160 000 morts français, c'est tout à fait considérable.
01:38Et Pétain a été nommé à la défense de Verdun en février 1916.
01:43Fatalement, les lauriers de la victoire lui sont attribués.
01:46Et puis, vous avez aussi la majorité de l'armée française qui a combattu à Verdun.
01:50Et donc, les anciens combattants ont conservé le souvenir de Pétain comme leur chef.
01:56Et ça va beaucoup le servir ensuite dans sa popularité, notamment en 1940.
02:02Pendant la Seconde Guerre mondiale et l'occupation allemande de la France,
02:04le maréchal Pétain est le chef de l'État et il décide de collaborer avec l'ennemi.
02:10Rappelez-nous son rôle pendant cette période.
02:11La collaboration, elle est politique, elle est culturelle, elle est économique.
02:18Et évidemment, il y a aussi ce relais de la politique antisémite des nazis.
02:23Et notamment, les arrestations, les rafles, les déportations de juifs étrangers et français en direction de l'Allemagne.
02:31Après la libération, en août 1945,
02:34Philippe Pétain est reconnu coupable de complot contre la sûreté de l'État et intelligence avec l'ennemi.
02:40Il est condamné à mort.
02:42Une peine commuée en prison à vie par le général de Gaulle.
02:46Et il est envoyé dans un fort de l'Île-Dieu, en Vendée.
02:50Alexandre Arleau, décrivez-nous cette île.
02:52Alors l'Île-Dieu, c'est une île de quelques milliers d'habitants
02:54qui est située dans l'océan Atlantique, au large de la Vendée.
02:57C'est une île assez rurale qui compte quasiment plus de la moitié de son territoire couvert par des forêts
03:02ou des milieux naturels.
03:04Et au-delà de ça, c'est un lieu assez isolé par lequel on accède par un ferry
03:07dont les traversées sont réglées par les horaires des marées.
03:11Donc c'est aussi pour ça que ce lieu a été choisi, parce que c'est un lieu relativement isolé.
03:15Le maréchal Pétain va mettre longtemps à mourir.
03:18Il fête ses 90 ans dans sa prison de l'Île-Dieu en 1946 et ses 95 ans en 1951.
03:24Il est sénile, il perd la tête, mais ça ne l'empêche pas, Jean-Yves Le Nahour,
03:28parfois d'essayer de draguer les infirmières.
03:31Oui, effectivement, il perd un peu la tête depuis 1946-1948.
03:35Et il se croit un peu revenu au temps de la caserne,
03:39quand il faisait venir des prostituées dans la caserne d'Arras,
03:42où il était colonel avant la Première Guerre mondiale.
03:46Parfois, il se croit soldat et il va voir le directeur de sa prison,
03:51du fort de Port-Jouinville, en lui demandant une permission pour retourner chez ses parents.
03:56Bon, c'est vrai, il drague un peu ses infirmières.
03:59Il dit à une infirmière qu'il a 50 ans et qu'il aimerait bien la séduire.
04:04Et évidemment, l'infirmière sait que Pétain a 95 ans.
04:08Philippe Pétain meurt le 23 juillet 1951 à l'âge de 95 ans.
04:13Il est enterré sur place à l'Île-Dieu.
04:15Et à partir de là, dans les années et les décennies qui suivent,
04:19ses rares fidèles demandent deux choses, Jean-Yves Le Nahour.
04:22Sa réhabilitation et le transfert de ses restes à l'ossuaire de Douaumont,
04:27près de Verdun, dans la Meuse, où sont inhumés les soldats de la bataille de Verdun.
04:31Ces deux revendications n'en forment qu'une seule, en réalité.
04:35Car transférer les cendres de Pétain à Douaumont revient à leur réhabilité de fait.
04:40C'est pourquoi ils mettent en avant toujours ce grand combat en affirmant que telle est la volonté du maréchal,
04:47qu'il avait exprimé en 1938 dans son testament.
04:50Mais derrière, évidemment, l'hommage au général de 1916, se cache en réalité la réhabilitation du maréchal de 40.
04:57À l'Élysée de 1959 à 1969, le général de Gaulle laisse croire les nostalgiques du maréchal Pétain
05:04qu'un éventuel transfert de ses cendres à Douaumont, près de Verdun, est encore possible.
05:08Alors, de Gaulle a joué au chat et à la souris avec les Pétainistes.
05:11Il n'a jamais eu l'intention, en réalité, de ramener le cercueil de Pétain à Verdun.
05:16Même s'il a des rapports un peu ambigus vis-à-vis de la personne de Pétain.
05:20Ça a été son chef quand il était lieutenant à Arras.
05:23Et puis ensuite, vous avez le grand affrontement pendant la Seconde Guerre mondiale.
05:27Il a prononcé un discours à Verdun en mai 1966,
05:31où il dit que, ah oui, ça a été un grand général pendant la Première Guerre mondiale,
05:35mais dans l'hiver de l'âge, ça a été un naufrage.
05:41Et puis, en 1968, il se paye même le luxe de fleurir la tombe.
05:47Et de Gaulle s'est beaucoup amusé à diviser les Pétainistes.
05:51Quelques années plus tard, en janvier 1973,
05:54un homme, un avocat et ancien candidat à la présidentielle,
05:57Jean-Louis Tixier-Vignancourt, va échafauder un plan.
06:00D'abord, qui est-il à ce moment-là, Jean-Yves Le Namour ?
06:04Jean-Louis Tixier-Vignancourt, c'est un grand avocat d'extrême droite.
06:07Il a été député anti-Front Populaire en 1936.
06:11Il a voté le pouvoir à Pétain.
06:13Il a eu quelques responsabilités sous Vichy, des responsabilités secondaires.
06:16Il était jeune à l'époque.
06:17Il est redevenu député de façon éphémère à la faveur de la vague Poujadiste en 1956.
06:23Lors de l'élection présidentielle de 1965,
06:26il réussit à rassembler à peu près 5%.
06:29En 1969, il est approché par des émissaires de Pompidou
06:33qui ne veulent pas qu'ils lui prennent quelques pourcentages de voix
06:37et qui lui font entendre que s'il ne se présente pas,
06:41le futur président Pompidou pourrait examiner favorablement
06:45l'idée d'un transfert des cendres de Pétain à Douaumont.
06:49Et donc, Tixier-Vignancourt se laisse attraper par ses promesses vagues
06:54et ne se présente pas en 1969.
06:56Promesse non tenue, forcément très déçue après cet épisode.
07:00Quelques années plus tard, donc en janvier 1973,
07:03Jean-Louis Tixier-Vignancourt élabore un plan.
07:06Quelle est son idée en résumé ?
07:08Il a envie de se venger de ses politiques qui l'ont un peu berné.
07:11Alors son plan, c'est d'aller déterrer le cercueil de Pétain,
07:15de le cacher quelque part
07:17et d'entamer une espèce de chantage avec le gouvernement,
07:21avec l'Elysée carrément,
07:23en disant « on vous rendra Pétain si vous acceptez de l'inhumer sur le champ de bataille de Verdun
07:29»
07:29au milieu de ses poilus comme il le réclamait dans son testament.
07:32Alexandre Arleau, Jean-Louis Tixier-Vignancourt recrute pour mener cette opération sur le terrain
07:37un certain Hubert Massol.
07:39Présentez-nous cet homme.
07:41Alors Hubert Massol, c'est un militant d'extrême droite.
07:43Il est né en 1937, donc il avait trois ans quand le maréchal Pétain est arrivé au pouvoir.
07:47Et il a été élevé dans le culte du maréchal.
07:50C'est un homme qui a participé à la guerre d'Algérie,
07:52qui a ensuite cherché à s'engager en politique
07:55et il décide de s'engager aux côtés de Jean-Louis Tixier-Vignancourt.
07:58Pour une raison en particulier, c'était que dans le programme de Jean-Louis Tixier-Vignancourt
08:03figurait l'exigence de la translation des cendres du maréchal Pétain à Douaumont.
08:09Jean-Yves Le Nahour, physiquement, qu'est-ce qu'on sait d'Hubert Massol ?
08:12Hubert Massol, physiquement, c'est quelqu'un de baraqué, une grosse tête avec une moustache
08:18posée sur de larges épaules, un coup de taureau.
08:20C'est quelqu'un qui fait le coup de poing.
08:22Il est un ancien d'Occident pour la pureté raciale de l'Occident blanc.
08:26Donc c'est quelqu'un qui a l'habitude des bagarres
08:28et qui va rejoindre Tixier-Vignancourt dans son petit parti.
08:32Il va être le numéro 2 de ce parti, l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès.
08:36Jean-Louis Tixier-Vignancourt va voir un marbrillé, un spécialiste des pierres tombales,
08:40à Tiet, dans le Val-de-Marne, un certain Michel Dumas.
08:44Il va le voir, effectivement, on est en janvier 1973.
08:48Et dans la conversation, l'avocat lui demande
08:51« Mais comment s'y prend-on pour ouvrir une pierre tombale ? »
08:56Alors, il y a tout un savoir particulier, il dit Michel Dumas.
08:59Il faut mettre des cales, puis des roules, faire glisser ainsi la pierre tombale.
09:04Et oui, mais le cercueil, s'il est endommagé, comment faire pour le sortir ?
09:09Alors, les questions paraissent un peu bizarres à Michel Dumas.
09:11Il demande « Mais qu'est-ce que vous voulez faire ? »
09:12« Mais voilà, je voudrais exhumer un corps, d'accord ? »
09:15« Mais il y a combien de temps ? 20 ans d'inhumation ? »
09:17« Bon, puis à un moment donné, Tixier-Vignancourt avoue qu'il s'agit de Pétain. »
09:23« Et qu'il a besoin des services de Michel Dumas. »
09:27Et Michel Dumas accepte.
09:28C'est vrai qu'il partageait les idées largement de Tixier-Vignancourt.
09:32Mais à la condition que la famille soit d'accord.
09:34Il demande une lettre d'acceptation de la famille de Pétain.
09:37En l'occurrence, ses petits-neveux.
09:38Et Tixier-Vignancourt va dire « Mais oui, bien sûr, bien sûr. »
09:41Et il lui montrera, quelques jours plus tard, une lettre d'acceptation de la famille.
09:45Mais qui est une fausse lettre.
09:46Michel Dumas s'est fait rouler.
09:50Alexandre Arleau, toujours en janvier 1973, le vendredi 19 janvier,
09:56Jean-Louis Tixier-Vignancourt vient en repérage sur l'île-Dieu.
10:00En fait, il prend prétexte d'une affaire extrêmement banale,
10:03une affaire de poulet qui aurait franchi une clôture,
10:05pour aller plaider au tribunal de Saint-Nazaire.
10:07Et il finit, après ce prétexte, par s'éclipser pour se rendre sur l'île-Dieu,
10:11pour aller en repérage.
10:13Donc voilà, il se rend au cimetière pour voir la disposition des lieux.
10:16Il s'intéresse aussi aux horaires de traversée du ferry.
10:20Voilà, il vient préparer un coup.
10:23Il y a donc le Grosbras, Hubert Massol, le Marbrier, Michel Dumas,
10:27et d'autres hommes sont recrutés.
10:28Ils seront six au total, quatre autres hommes, quatre anciens militaires.
10:32Parmi eux, il y a un ancien légionnaire hongrois,
10:36il y a un autre ancien légionnaire polonais, un fervent anticommuniste,
10:40qui accepte parce qu'il souhaite remercier la France de l'avoir accueilli.
10:44Et il y a aussi deux autres anciens militaires français,
10:48un ancien parachutiste qui donc sera accompagné de son père pour cette mission.
10:54On en arrive au dimanche 18 février.
10:56Ce commando quitte Paris très tôt le matin et fait route vers l'île-Dieu.
11:01Il faut imaginer l'ambiance, c'est une ambiance finalement assez lourde,
11:04puisque c'est une mission qui n'est quand même pas banale.
11:07Il se trouve qu'ils ne se connaissent pas, ils n'ont pas spécialement envie de se connaître.
11:10On est quand même dans un complot, dans une conspiration.
11:12Moins on en sait sur ces comparses, mieux c'est.
11:15Donc l'ambiance au départ de la région parisienne est assez pesante.
11:17Et donc finalement la glace se brisera lors d'un repas.
11:20Hubert Massol demandera à Michel Dumas, le marbrier, comment il compte s'y prendre.
11:24Et Michel Dumas expliquera avec force détail comment il parviendra à extraire le cercueil du caveau.
11:31Jean-Yves Le Nahour, pendant ce temps, une femme a été chargée d'acheminer une fourgonnette à l'île-Dieu
11:35pour ramener ensuite le cercueil de Philippe Pétain.
11:38Une commerçante de l'île de France, effectivement, qui s'appelle Solange Bosch,
11:43a décidé de venir sur l'île-Dieu pour vendre des pulls, des pantalons.
11:49Et elle vient avec une estafette.
11:51Bon, le problème c'est que quand vous passez le bateau pour aller sur l'île-Dieu,
11:56il faut consigner sa plaque numérologique, ça laisse des traces.
12:00Les membres du commando se dispersent dans le petit port de Fromentine
12:04pour prendre chacun de leur côté le bateau pour l'île-Dieu.
12:07Ils arrivent sur place à la nuit tombée, ils rejoignent leur hôtel, l'hôtel des voyageurs.
12:12Après avoir dîné, ils montent dans leur chambre pour attendre que tout le monde dorme sur l'île.
12:18Leurs camionnettes pénètrent dans le cimetière de l'île-Dieu, les feux éteints.
12:22Il est 2h du matin.
12:23Le commando se met alors au travail, Jean-Yves Le Nahour.
12:26La première étape, c'est de casser les joints de la pierre tombale
12:29en donnant des grands coups de barre de fer.
12:32Le problème, c'est que ça crée un vacarme absolument dantesque
12:36parce qu'on est en pleine nuit.
12:37Vous imaginez, le bruit est répercuté.
12:40D'ailleurs, il y a un chien qui se met à hurler.
12:43Et puis, il y a des maisons tout autour, pas très loin.
12:46Il y a même la gendarmerie à quelques centaines de mètres.
12:48Il y a une lumière qui s'allume dans une maison.
12:51Donc, ils se disent, mais on ne va jamais y arriver.
12:53Michel Dumas hésite.
12:54Et là, Hubert Massol prend la barre à mine des mains de Michel Dumas
12:57et il tape à grands coups.
12:59Et puis, voilà, les joints ont sauté.
13:01Et puis, on va placer des espèces de barres
13:03sur lesquelles on va faire rouler cette lourde pierre tombale.
13:06Et voilà le cercueil qui apparaît,
13:08qui est en excellente état
13:09parce que c'est un très bon cercueil de chêne.
13:12Et donc là, Hubert Massol se met au garde-à-vous
13:14et dit cette phrase historique.
13:17Maréchal, nous voilà.
13:21Alexandre Arleau, que font ensuite les membres du commando ?
13:23Ensuite, il s'agit de couvrir les traces.
13:25Donc, c'est la raison de la présence de Michel Dumas dans ce commando.
13:28Donc, on replace la pierre tombale.
13:30On rebouche le trou qui a été causé par la barre à mine.
13:33Donc, on utilise du papier journal
13:35issu d'un journal espagnol qui traînait dans la camionnette.
13:37On refait les joints.
13:38Et avant de partir et de quitter le cimetière,
13:40on ratisse pour effacer les traces de pas.
13:42Le cercueil de chêne du maréchal Pétain
13:44est placé dans la fourgonnette.
13:46Le commando repart.
13:48L'estafette au point mort
13:50pour faire le moins de bruit possible.
13:51Les six hommes retournent à l'hôtel
13:54pour attendre le premier bateau pour le continent
13:56qui part à 4h du matin.
13:58Et là, le directeur de l'hôtel,
14:00un certain monsieur Nolo,
14:01qui est un pétainiste purgeu,
14:03eh bien, il sort le champagne.
14:05Ce n'est pas tous les jours qu'on libère le maréchal.
14:07Il faut fêter ça.
14:08Il est même surpris
14:09tellement le commando a été vite.
14:10S'ils pensaient qu'ils sont partis depuis une demi-heure,
14:14ils ont dû échouer puisqu'ils reviennent aussitôt.
14:16Et non, le cercueil de Pétain est dans la camionnette.
14:19Les six membres du commando
14:20embarquent sur le ferry sans être inquiétés.
14:22Le jour se lève.
14:24Nous sommes le lundi 19 février.
14:26Et ce jour-là,
14:27Alexandre Arleau, vers 9h du matin,
14:29le gardien du cimetière de l'île-Dieu
14:31remarque quelque chose d'anormal
14:32autour de la tombe du maréchal Pétain.
14:34Oui, il s'aperçoit qu'il n'y a aucune trace de pas
14:37autour du caveau du maréchal Pétain.
14:39Ça allumait la puce à l'oreille
14:40puisque dans le week-end,
14:42s'est déroulé notamment,
14:43dans loin de là,
14:44un match de football.
14:45Et dans ce genre de cas,
14:48il n'est pas rare que certaines personnes
14:50se rendent au cimetière
14:51pour aller voir la tombe du maréchal Pétain.
14:53Pas forcément des pétainistes,
14:54mais c'est un peu la curiosité du cimetière.
14:57Et donc ce matin-là,
14:58pas de trace de pas autour du caveau.
14:59Le gardien du cimetière s'approche du caveau,
15:02se rend compte que les joints sont frais.
15:04Il se dit que quelque chose s'est passé.
15:10Pendant ce temps,
15:11à une heure de route du port de Fromantin,
15:13toujours en Vendée,
15:14les six membres du commando
15:15se présentent dans un château à Chaland.
15:18Château où ils doivent être accueillis
15:20normalement par un sympathisant de la cause.
15:22Mais il y a un problème, Jean-Yves Le Nahour.
15:24Il y a un problème parce qu'il n'est pas là.
15:26Le château est fermé,
15:27il y a bien une lumière,
15:28il y a un palfrenier
15:29qui est en train de s'occuper des chevaux,
15:31qui les regarde un peu de côté.
15:33Et ils vont rester là pendant trois heures
15:35avec leur camionnette,
15:36comme ça,
15:36en se disant « mais qu'est-ce qu'on fait ? »
15:38Et à un moment donné,
15:39Massol prend la décision de partir
15:41parce que tout cela ne sent pas bon.
15:43Le cercueil de Pétain,
15:44finalement,
15:45il devait être caché dans ce château.
15:46Et au dernier moment,
15:48vous avez le châtelain,
15:51le marquis Bout de Casson,
15:52qui a reculé,
15:55qui a eu peur,
15:55et il n'est pas là au rendez-vous.
15:58Le commando repart
15:59et sur la route en direction de Paris,
16:01Alexandre Arleau,
16:01en début d'après-midi,
16:03les membres du commando
16:04entendent.
16:05Un flash info à la radio.
16:08« Bonjour.
16:09Le mystère de l'enlèvement
16:10du cercueil du maréchal Pétain
16:12reste entier.
16:13Les enquêteurs le reconnaissent.
16:15Ils n'ont pratiquement
16:16aucune piste sérieuse.
16:17Deux sentiments dominent
16:19dans les réactions
16:20enregistrées après cette
16:21rocambolesque affaire,
16:22la stupeur
16:23et la réprobation. »
16:25C'est la stupéfaction générale
16:26puisqu'ils pensent avoir
16:27effacé leurs traces,
16:29ils pensaient avoir
16:29un peu plus de temps aussi
16:30pour pouvoir prendre la fuite
16:31et finalement,
16:33ils s'aperçoivent
16:33en entendant ce flash info
16:34que le vol du cercueil
16:36du maréchal Pétain
16:36a été découvert
16:37et du coup,
16:38forcément,
16:39ça change un peu leur plan.
16:40Jean-Yves Le Nahour,
16:41dans l'après-midi,
16:42à Paris,
16:42le cerveau de l'opération,
16:43l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt
16:45décide de parler
16:46à plusieurs médias.
16:48« Vers 14h,
16:50Tixier-Vignancourt
16:52affirme à la presse
16:53qu'il a reçu
16:53un coup de téléphone
16:55d'un inconnu,
16:56un inconnu
16:57qui s'exprime
16:57au nom des anciens combattants
16:59et au nom des anciens combattants,
17:00il aurait procédé
17:01l'exhumation
17:02de la dépouille du maréchal
17:03et il l'aurait amené
17:04à Verdun,
17:05ce qui a été fait,
17:06dit-il,
17:07et on laisse le temps
17:09maintenant
17:10au président de la République
17:11de décider
17:12de son inhumation définitive
17:13à Douaumont.
17:14Évidemment,
17:14tout ceci n'est qu'une fable,
17:15le cercueil de Pétain
17:17n'est pas à Verdun.
17:18Cet après-midi-là,
17:19il arrive à Paris
17:21dans la camionnette
17:21du commando
17:22dirigée par le gros bras
17:23Hubert Massol.
17:25Hubert Massol
17:25dépose les membres
17:27et puis il reste seul
17:29avec le cercueil.
17:30Il fait une descente
17:30des Champs-Elysées
17:31afin de rendre hommage
17:32à Pétain,
17:33une dernière descente
17:34des Champs-Elysées
17:35et puis il se rend
17:36au domicile
17:37de Tixier-Vignancourt
17:39dans le sixième arrondissement
17:40pour lui demander
17:40des instructions.
17:41Car Verdun,
17:42évidemment,
17:43ce n'est pas possible.
17:43La police quadrille
17:44le champ de bataille,
17:45les gendarmes sont là,
17:46les CRS,
17:47ils arrêtent toutes les voitures
17:48et ils regardent
17:48dans le coffre.
17:50Donc,
17:51ce n'est absolument pas possible
17:52d'aller à Verdun
17:53avec le corps de Pétain.
17:57Bonsoir,
17:58au micro,
17:58Jean-Claude Bourré.
17:59Des barrages de gendarmerie
18:00fouillent les camionnettes
18:01dans la région
18:02de Douaumont.
18:03On pense en effet
18:03que ceux qui ont enlevé
18:05le cercueil du maréchal Pétain
18:06tenteront peut-être
18:07de déposer
18:08à la faveur de la nuit
18:09le cercueil
18:10à l'ossuaire de Douaumont
18:11où reposent environ
18:12300 000 soldats français
18:14morts pendant la bataille
18:15de Verdun en 1916.
18:16L'annonce de cette profanation
18:18a provoqué la stupéfaction.
18:20Le vol du cercueil
18:20du maréchal Pétain
18:21fait évidemment
18:22la une de l'actualité.
18:23Le cambriolage
18:25dont vient d'être victime
18:26la star de la chanson,
18:27Claude François,
18:28est totalement éclipsé.
18:29La police est mobilisée
18:31sur cette enquête.
18:32Alexandre Arleau,
18:33c'est la camionnette,
18:34l'estafette,
18:35qui permet aux enquêteurs
18:36de découvrir
18:37assez rapidement
18:37les noms
18:38de plusieurs membres
18:39du commando.
18:40Cette commerçante,
18:41Solange Bosch,
18:42est retrouvée,
18:43elle est interpellée,
18:44placée en garde à vue,
18:45elle est cuisinée
18:46et elle finit par donner
18:46les noms de ses complices,
18:47ceux qu'elle connaît.
18:48Donc il y a parmi eux
18:49Michel Dumas,
18:50le marbrié,
18:52il y a le légionnaire hongrois
18:53et puis il y a ce père
18:55et ce fils,
18:56ces deux anciens militaires
18:57qui l'accompagnaient.
18:59Le mardi 20 février,
19:00la justice annonce
19:01l'arrestation
19:02de trois membres
19:03du commando.
19:04Parmi eux,
19:04il y a Michel Dumas,
19:05il y a aussi
19:06le fameux baron
19:07dans le château
19:08duquel devait être
19:09entreposé
19:10le cercueil du maréchal
19:11qui avait fait faux bond
19:12au commando
19:12qui est placé en garde à vue.
19:14À ce moment-là,
19:14les enquêteurs
19:15ne savent toujours pas
19:16où se trouve
19:17le cercueil du maréchal
19:18et en coulisses,
19:19l'avocat Jean-Louis Tixier-Vignancourt
19:21parle avec d'autres pétainistes
19:23comme l'avocat historique
19:24de Philippe Pétain,
19:25Jacques Izorni
19:26et voyant qu'ils ne pourront
19:28pas acheminer
19:28le cercueil à Verdun,
19:29ils envisagent un plan B.
19:31Il y a un plan B
19:32puisqu'à partir du moment
19:34où les autorités
19:34refusent le transfert
19:37de Pétain à Douaumont,
19:38il n'est pas possible
19:39évidemment
19:39de le garder
19:41là où ils l'ont caché.
19:42Donc il faut le rendre
19:45mais accepter
19:46qu'il y ait un procès.
19:47Si Hubert Massol
19:48se rend à la police,
19:50effectivement,
19:51il sera jugé
19:52et Tixier-Vignancourt
19:54pourra être son avocat.
19:56Et ainsi,
19:56derrière le procès
19:57de ceux qui ont enlevé
19:58le corps de Pétain,
19:59on va refaire
20:01le procès Pétain
20:02de 1945
20:03et on va tenter
20:05de laver son honneur.
20:06On va de nouveau
20:07déterrer le cadavre
20:09de Vichy
20:09et on va juger Pétain.
20:10Voilà,
20:11et essayer de le réhabiliter.
20:13C'est là le calcul
20:14de Tixier-Vignancourt.
20:16Et concrètement,
20:16où est-ce qu'ils veulent
20:17déposer le corps,
20:18alors le cercueil de Pétain ?
20:19Tixier-Vignancourt propose
20:21que le corps soit déposé
20:22aux Invalides,
20:23les Invalides
20:23où sont enterrés
20:24des prestigieux militaires
20:26comme le maréchal Foch,
20:27autour notamment
20:28du cercueil de Napoléon,
20:30le temps que le président
20:31de la République
20:32se décide
20:33pour inumer le corps
20:35officiellement
20:36à Douaumont.
20:40Alexandre Arleau,
20:41le mercredi 21,
20:42l'un des membres
20:43du commando
20:43pendant sa garde à vue
20:44est confondu
20:45par une carte postale.
20:47C'est Michel Dumas,
20:48le marbrié.
20:49Il se trouve qu'après
20:50le vol du cercueil,
20:51lorsqu'ils sont retournés
20:52à l'hôtel des Voyageurs
20:53sur l'île Dieu,
20:54Michel Dumas,
20:54il n'a rien trouvé
20:56de plus malin
20:57que d'écrire
20:57des cartes postales
20:58qu'il a confiées
20:59ensuite aux tenanciers
21:00de l'hôtel
21:00pour les envoyer.
21:01Et lorsqu'il est placé
21:02en garde à vue
21:03et lorsqu'il est interrogé,
21:04il commence par nier,
21:06il nie pendant un bon moment,
21:07et puis finalement
21:07on lui place
21:08cette carte postale
21:09sous les yeux
21:09et il est bien forcé
21:10d'admettre
21:11qu'effectivement
21:12il était présent
21:13à l'île Dieu
21:13et de reconnaître
21:14sa participation
21:15et son implication
21:16dans cette opération.
21:17La même journée,
21:18le chef du commando
21:19Hubert Massol
21:20décide de se rendre
21:21et il le fait
21:22pendant une conférence
21:23de presse
21:23devant une dizaine
21:24de journalistes
21:25qu'il a fait venir
21:26dans un café
21:26du 17ème arrondissement,
21:28le café Le Cristal,
21:29avenue de la Grande Armée.
21:31Hubert Massol,
21:32devant la presse,
21:33lance un ultimatum.
21:35Vu que le cercueil
21:35est en notre possession,
21:38et que nous le tiendrons
21:39dans ce lieu
21:41jusqu'à ce que
21:42le président de la République
21:44nous fasse parvenir
21:46une lettre
21:47dans laquelle
21:48il s'engage personnellement
21:49à ce que le corps
21:50du maréchal Pétain
21:52soit entreposé
21:53dans une crypte
21:53des Invalides
21:55dans l'attente
21:56de la réhabilitation
21:57et les trois stations
21:59des cendres
21:59à Douaumont.
22:01Et évidemment,
22:01il sait que c'est impossible,
22:02il est arrêté
22:03et cet ultimatum
22:05ne dure pas.
22:05Pendant sa garde à vue
22:06et après quelques heures
22:07de réflexion,
22:08Hubert Massol accepte
22:10de dire aux enquêteurs
22:11où se trouve
22:12le cercueil.
22:13Avec ce précieux
22:14renseignement en poche,
22:15les policiers
22:16filent vers l'approche
22:17banlieue parisienne
22:18à Saint-Ouen
22:19en Seine-Saint-Denis
22:20dans la cour
22:20d'un immeuble
22:21de 7 étages
22:22au 30 avenue
22:23Gabriel Péry.
22:24Oui, Hubert Massol
22:25c'est celui
22:26qui a caché le corps
22:27il est le seul
22:27à savoir
22:27où se trouve
22:28le corps
22:28à ce moment-là.
22:29Il a une exigence
22:30pour donner
22:31le lieu
22:31où se trouve
22:32le cercueil
22:32c'est que la presse
22:34les accompagne
22:35et donc effectivement
22:36dans la nuit
22:37ils prennent la direction
22:37de Saint-Ouen
22:38ils arrivent devant
22:39cet immeuble
22:40où se trouve
22:41une enfilade de box.
22:42A première vue
22:43Hubert Massol
22:44a presque un peu
22:44du mal
22:45à se souvenir
22:45dans quelle box
22:46se trouve le cercueil
22:47finalement
22:48la mémoire
22:48lui revient assez vite
22:49les policiers
22:50ouvrent le box
22:51il y a une bâche
22:53il y a un vieux matelas
22:53et sous des cartons
22:55ils découvrent
22:55le cercueil
22:56du maréchal Pétain
22:57qui était entreposé là
22:58dans ce box
22:59de prole banlieue parisienne.
23:00Le jeudi 22 février
23:01le cercueil
23:01du maréchal Pétain
23:02s'envole
23:03de la base
23:03de Villacoublet
23:04à bord d'un hélicoptère
23:05Puma
23:06direction l'île-Dieu
23:07le jour même
23:08à 14h40
23:09après une courte
23:10cérémonie religieuse
23:11Philippe Pétain
23:12est inhumé
23:13à nouveau
23:13dans son caveau blanc
23:14les membres
23:16du commando arrêté
23:16ont fait quelques jours
23:17de prison
23:18à la santé à Paris
23:19mais ensuite
23:20ils ont été libérés
23:21et ils n'ont jamais
23:22été jugés
23:23volonté des autorités
23:24pour éviter
23:25de leur offrir
23:26une tribune.
23:27Jean-Yves Le Nahour
23:28aujourd'hui
23:2950 ans plus tard
23:30plus personne en France
23:31ne rêve d'une réhabilitation
23:32de Philippe Pétain
23:33ou d'un transfert
23:34de ses restes à Verdun ?
23:35Eh bien il y a toujours
23:36une association
23:36qui avait été formée
23:37à la mort de Pétain
23:38l'ADMP
23:39l'association pour la défense
23:40de la mémoire
23:41du maréchal Pétain
23:42mais aujourd'hui
23:43ce ne sont plus que
23:43des petits vieux
23:44octogénaires
23:45nonagénaires
23:45qui sont tellement peu nombreux
23:46avec peu de moyens
23:47aujourd'hui
23:49c'est pour vous dire
23:50qu'il n'y a plus personne
23:51même parmi les défenseurs
23:52de Pétain
23:53qui croient que
23:54la réhabilitation
23:54est possible.
23:56Donc Pétain
23:56aux yeux de l'histoire
23:57c'est définitivement
23:59l'homme de la collaboration
24:01l'homme du déshonneur.
24:19Merci à Alexandre Arleau
24:21et Jean-Yves Le Nahour
24:22Jean-Yves Le Nahour
24:23je rappelle que vous êtes historien
24:24votre livre sur ce sujet
24:26publié par Larousse en 2009
24:28est intitulé
24:29on a volé le maréchal
24:30avec un point d'exclamation
24:31et vous avez signé
24:33un docu télé
24:34sur ce sujet
24:35en 2012
24:35que l'on peut retrouver
24:36aujourd'hui sur Youtube.
24:38Cet épisode de Code Source
24:39a été produit par
24:40Clara Garnier-Amourou
24:41et Thibault Lambert
24:42réalisation
24:43Julien Moncouquiol
24:47Sous-titrage Société Radio-Canada
24:53Sous-titrage Société Radio-Canada
24:53Sous-titrage Société Radio-Canada
24:55Sous-titrage Société Radio-Canada
24:56Sous-titrage Société Radio-Canada
24:56Sous-titrage Société Radio-Canada
24:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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