- il y a 12 heures
Placée à la tête d’un super-ministère de l’Education et des Sports, la ministre n’aura pas tenu un mois à son poste. Rétrogradée après les nombreuses polémiques autour de la scolarisation des ses enfants. Code source refait le film de cette séquence politique avec deux journalistes du Parisien, Olivier Beaumont du service politique, et Frédéric Gouaillard, spécialiste éducation.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : BFM, LCP, TF1, Fr2.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le jeudi 8 février, Amélie Oudea-Castera, 45 ans, a été rétrogradée dans l'ordre protocolaire au sein du gouvernement.
00:20Elle reste dans l'équipe du Premier ministre Gabriel Attal, mais elle perd le portefeuille de l'éducation suite à
00:26une série de polémiques,
00:27notamment sa réaction mal perçue par les enseignants concernant le choix de mettre ses enfants dans le privé.
00:34Qui est Amélie Oudea-Castera ? Pourquoi a-t-on autant parlé d'elle dans l'actualité ces dernières semaines
00:39?
00:39Et pourquoi a-t-elle dû quitter le ministère de l'Éducation ?
00:42Réponse aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du Parisien, Olivier Beaumont du service politique
00:48et Frédéric Goyard, spécialiste éducation au sein du service Société.
00:58Le mardi 9 janvier, Gabriel Attal, 34 ans, est nommé Premier ministre en remplacement d'Elisabeth Borne.
01:03Frédéric Goyard, Gabriel Attal ne sera resté que 5 mois et 20 jours au ministère de l'Éducation.
01:09Est-ce qu'il était apprécié des enseignants ?
01:11Certains en tout cas lui reconnaissent une capacité à incarner la fonction, on va dire, et à assumer ses positions.
01:19C'est-à-dire que quand Gabriel Attal décide de mener une réforme, il est droit dans ses bottes.
01:24Il y a aussi beaucoup d'enseignants qui lui reprochent de faire de la com et de surfer sur des
01:30positions
01:30comme l'interdiction de la baïa ou par exemple le port de l'uniforme
01:34et de ne pas prendre en compte les véritables priorités, c'est-à-dire le salaire par exemple
01:39ou les conditions de travail des enseignants.
01:41Madame Amélie Oudea-Castera, ministre de l'Éducation nationale.
01:46Deux jours plus tard, le jeudi 11 janvier, Amélie Oudea-Castera est choisie pour remplacer Gabriel Attal au ministère de
01:51l'Éducation.
01:52Elle était depuis mai 2022 ministre des Sports et des Jeux Olympiques.
01:57Olivier Beaumont, elle a plutôt convaincu à ce poste ?
01:59Oui, son passage a été plutôt remarqué, en tout cas ça a été salué par les professionnels du milieu sportif.
02:06Elle s'est distinguée dans le rapport de force qu'elle a eu avec un certain nombre de dirigeants de
02:09fédérations sportives.
02:11On se souvient du bras de fer qu'elle avait entamé notamment avec Noël Legrette et puis Bernard Laporte pour
02:16qu'ils soient démis de leur fonction.
02:17Et puis au ministère des Sports, elle s'est distinguée avec un certain nombre de mesures qu'elle a faites,
02:22notamment la généralisation des 30 minutes de sport à l'école et puis la lutte contre la sédentarité.
02:30Avant d'aller plus loin, on va la présenter. Frédéric Goyard, Amélie Oudea-Castera a joué au tennis à haut
02:36niveau dans sa jeunesse.
02:37Oui, dans sa jeunesse, c'était ce qu'on peut appeler un espoir du tennis français.
02:40C'était une jeune fille qui était même championne de France des moins de 14 ans, championne de France des
02:45moins de 16 ans.
02:46Donc elle était promise un très bel avenir dans le tennis français et international.
02:52Et puis à 18 ans, juste après son bac, elle a décidé de prendre une année de césure.
02:57Vous savez, une année où on arrête tout, les études.
03:00Et à ce moment-là, elle a décidé de jouer au tennis pendant un an.
03:03Et au bout de cette année, elle s'est rendue compte que finalement le tennis n'était pas fait pour
03:08elle.
03:08Elle n'avait plus envie, elle n'avait plus la foi, on va dire.
03:11Et elle a décidé de se consacrer à ses études.
03:13Qu'est-ce que l'on sait de son enfance et de sa famille ?
03:16Elle est née en 1978 à Paris, dans un milieu plutôt aisé.
03:20Son père est Richard Castera, l'ancien directeur de Publicis, l'agence de communication,
03:26et aussi de la Croix-Rouge.
03:28Et sa maman, Dominique, elle, est l'ancienne d'IRH de Safran, le groupe aéronautique.
03:33Amélie Castera a fait l'ENA, l'école nationale d'administration,
03:36dans la promotion Léopold de Cédar Sangor, celle d'Emmanuel Macron.
03:39Elle s'est ensuite mariée en 2006 à Frédéric Oudéa, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy,
03:45qui dirigera notamment la Société Générale.
03:48Amélie Oudéa Castera, début de sa carrière comme magistrate à la Cour des Comptes.
03:52Plus tard, elle sera l'une des plus hautes responsables de l'assureur AXA, puis de Carrefour.
03:57Olivier Beaumont, est-ce qu'elle est proche de l'actuel président ?
04:00Oui, elle est proche, ils se connaissent bien, ils ont toujours gardé des relations depuis leur passage commun à l
04:05'ENA.
04:05Elle avait d'ailleurs été pressentie en 2017 pour rentrer au gouvernement, au ministère des Sports.
04:10Finalement, Emmanuel Macron lui avait choisi à la place Laura Flessel.
04:14Et en 2022, justement, c'est elle qui va contribuer à l'élaboration du programme présidentiel du candidat Macron pour
04:20la partie sportive.
04:22Cher Amélie, j'ai confiance, je compte sur toi, et tu l'as compris, tu peux compter sur moi. Je
04:28vous remercie.
04:29Amélie Oudea-Castera est nommée ministre des Sports et des Jeux de Paris le 20 mai 2022.
04:34Elle est donc nommée ensuite ministre de l'Éducation cette année, le 11 janvier.
04:39Un portefeuille qu'elle va gérer en même temps que celui des sports qu'elle conserve.
04:43Après sa nomination, Frédéric Goyard, comment réagissent les syndicats d'enseignants ?
04:47Pas très bien. On va dire qu'ils n'approuvent pas vraiment cette nomination.
04:51Je me souviens de Sophie Vénétité, qui est porte-parole du principal syndicat des enseignants du secondaire,
04:57qui me disait, quelques minutes après cette nomination, ça va être une ministre à mi-temps.
05:02C'est-à-dire qu'ils considèrent qu'entre les sports, et notamment les Jeux olympiques qui arrivent six mois
05:07après,
05:08et l'éducation qui est un chantier énorme, cette ministre n'aura pas le temps de tout faire.
05:14Donc ça peut dire qu'ils ne reconnaissent pas vraiment une légitimité à Amélie Oudea-Castera.
05:18Le lendemain, le vendredi 12 janvier, le site d'information Mediapart indique que la ministre a fait le choix de
05:24mettre ses trois fils
05:25dans un prestigieux établissement privé parisien, l'école Stanislas.
05:30Frédéric Goyard, présentez-nous cet établissement qui accueille des élèves de la maternelle aux classes préparatoires, donc après le bac.
05:36C'est une école catholique, privée, réactionnaire, diront certains, d'autres préfèrent parler de conservateurs.
05:45C'est une école où, par exemple, les baskets sont interdites, les enfants doivent porter des chaussures en cuir,
05:51les jeunes filles doivent porter des tenues opaques en haut.
05:56En revanche, c'est une véritable fabrique à élite, c'est-à-dire que les enfants sont acceptés sur dossier,
06:01c'est 100% de réussite au bac, 100% de mention, c'est l'école des enfants bien-nés,
06:07j'ai envie de dire.
06:08D'un mot, l'école Stanislas, on en a parlé aussi récemment dans l'actualité.
06:12Oui, parce que l'école Stanislas est visée par une enquête interne, c'est-à-dire une enquête administrative
06:18lancée par le ministère de l'Éducation nationale, suite à des articles de presse,
06:23parce que des intervenants auraient tenu, à ce moment-là, on ne sait pas encore,
06:27mais des propos homophobes, voire anti-avortement, en contradiction totale avec la législation française.
06:34Le même jour, le vendredi 12 janvier, elle est interrogée par un journaliste sur ce choix
06:38de mettre ses enfants à Stanislas, et sa réponse va provoquer une polémique.
06:43Elle est en déplacement dans un collège des Yvelines, elle est accompagnée du...
06:47plutôt, elle l'accompagne, même le Premier ministre Gabriel Attal.
06:50On est quelques heures après la passation de pouvoir dans la cour du ministère de l'Éducation nationale.
06:55Ça se passe plutôt bien, les Premiers ministres et la nouvelle ministre de l'Éducation
06:59font des selfies avec les collégiens, l'ambiance est plutôt légère,
07:03mais elle sait qu'elle va être interrogée sur la scolarisation de ses enfants à l'école Stanislas.
07:07Quand elle est enfin interrogée devant les micros, elle dit...
07:11Alors très bien, on va aller sur le champ du personnel.
07:13Eh bien, allons-y.
07:14Moi, je vais vous dire pourquoi nous avons scolarisé nos enfants à l'école Stanislas.
07:19Et là, elle parle de la scolarisation de son enfant qui, en 2009, avait 3 ans.
07:24Elle donne son prénom, il s'appelle Vincent.
07:26Et elle explique que si, avec son mari, ils ont choisi de changer leur enfant d'école
07:31pour l'inscrire à l'école Stanislas, parce qu'il y avait un paquet d'heures perdues.
07:35La frustration de ses parents, mon mari et moi, qui avons vu des paquets d'heures
07:41qui n'étaient pas sérieusement remplacés.
07:44Et qu'ils en avaient marre, tout simplement.
07:45Et à un moment, on en a eu marre.
07:47Comment réagissent les syndicats d'enseignants ?
07:49Très mal. Ils sont indignés.
07:52Ils parlent de propos lunaires et provocateurs,
07:55parce qu'ils se sentent attaqués directement dans leur fonction d'enseignants.
08:00On sent bien que le fossé est en train, dès le départ, de se creuser
08:03entre les enseignants d'un côté et la ministre de l'autre.
08:08Dans la foulée, quelques jours plus tard,
08:09nos confrères de Libération publient un article
08:11indiquant que dans l'école publique où était son fils, l'école Littré,
08:15la maîtresse n'était pas absente.
08:17Expliquez-nous ça.
08:18Oui, on est à peine deux jours après la séquence du collège des Yvelines.
08:23Et là, nos confrères de Libération ont retrouvé l'enseignante
08:27qui s'occupait du petit Vincent, puisqu'il avait trois ans à l'époque.
08:31Et ce qu'elle dit ne colle pas du tout avec ce que ça a raconté
08:33la ministre deux jours plus tôt.
08:35Elle dit que cette année-là, elle était très peu absente.
08:39C'est-à-dire que si d'aventure, elle avait été absente, en plus, elle avait été remplacée.
08:44Et la deuxième chose, qui est quand même aussi très importante,
08:47c'est que pour elle, si les parents de Vincent, c'est-à-dire Amélie Oudea Castera et son mari,
08:53ont choisi d'enlever leur enfant de Littré pour l'inscrire à l'école Stanislas,
08:58c'était parce qu'ils souhaitaient lui faire sauter une classe
09:00et que l'équipe pédagogique n'était pas d'accord avec eux.
09:04Comment se défend Amélie Oudea Castera après cet article ?
09:07Le dimanche, elle ne réagit pas et la seule chose qu'on va apprendre à ce moment-là,
09:12c'est qu'elle a appelé l'enseignante de son fils le soir au téléphone
09:18pour échanger avec elle et pour visiblement s'excuser d'après ce que dit son entourage.
09:23Dès le lendemain, la ministre se rend sur place dans l'école où son garçon avait été scolarisé
09:28avant de rejoindre le groupe Stanislas, l'école Littré.
09:30Elle sent qu'il faut faire quelque chose et surtout qu'il faut reprendre la main.
09:34Donc elle décide de se rendre le matin à la fin des cours à l'école Littré
09:40pour échanger avec les enseignants.
09:43Pendant une heure, ils vont échanger.
09:46Mais à son arrivée, mais aussi à sa sortie de l'établissement,
09:50il y a une dizaine de caméras.
09:52Et surtout, il y a des enseignants syndiqués qui sont là
09:55et qui crient des slogans hostiles.
09:57Donc c'est une séquence totalement ratée et même désastreuse
10:00pour l'image d'Amélie Oudéa-Castera.
10:05Mesdames et messieurs, bienvenue dans cette maison.
10:08Le mardi 16 janvier, le président Emmanuel Macron organise une grande conférence de presse à l'Elysée
10:13sous les dorures de la salle des fêtes.
10:15Vous êtes sur place pour le Parisien Olivier Beaumont
10:17et l'une des questions porte sur le sort d'Amélie Oudéa-Castera.
10:21C'est la grande rentrée du président de la République
10:23qui va s'exprimer devant 200 journalistes
10:26et c'est retransmis en direct, en prime time,
10:29multidiffusé sur toutes les chaînes.
10:31Donc c'est un événement très attendu et en pleine polémique Oudéa-Castera.
10:34La question arrive.
10:36Vous avez fait de l'école la mer des batailles
10:37et vous avez encore annoncé plusieurs mesures ce soir et plusieurs chantiers.
10:42Peuvent-ils être menés à bien par la nouvelle ministre de l'Éducation,
10:45Amélie Oudéa-Castera,
10:46qui est affaiblie d'entrée de jeu par une intense polémique
10:49et a-t-elle votre confiance pour continuer dans ses fonctions ?
10:52Contre toute attente ou pas, j'ai envie de dire,
10:54en tout cas Emmanuel Macron lui apporte un soutien ferme et franc.
10:58La ministre a fait un choix pour ses enfants.
11:00Ce sont des choix individuels, personnels, je le disais, il faut les respecter.
11:04Il reconnaît qu'elle a eu un propos public qui a été maladroit
11:07mais qu'elle s'est excusée en même temps.
11:09Il envoie une forme d'encouragement à poursuivre
11:12et à persévérer à sa ministre
11:14puisqu'il dit qu'il est certain qu'elle réussira à sa tâche avec les enseignants.
11:21Bonjour et bienvenue dans les 4 V, Amélie Oudéa-Castera.
11:23Bonjour.
11:24Le lendemain, le 17 janvier, Amélie Oudéa-Castera est sur France 2
11:27dans les 4 V, les 4 vérités, l'entretien de Télématin.
11:31Elle renouvelle ses excuses et elle tient à se montrer dans l'action.
11:34Elle cherche encore à reprendre la main.
11:36Là, c'est sa première interview posée depuis la polémique, le début de la polémique.
11:41Donc là, elle fait en quelque sorte son mea culpa.
11:44Elle rappelle que si elle a blessé les enseignants, elle est vraiment, encore une fois, désolée.
11:50Je les ai blessés, je les ai heurtés.
11:54Je le regrette extrêmement vivement.
11:57Elle explique qu'elle n'aurait pas dû nommer l'école Littré.
12:00Je n'aurais pas dû tenir ces propos-là et je n'aurais pas non plus dû nommer l'école
12:07Littré.
12:07Mais elle est encore très très figée, on sent, elle a un sourire qui est bloqué sur son visage.
12:12Donc c'est un acte de contrition, mais pas vraiment réussi.
12:15Le 21 janvier, nos confrères de Mediapart publient un article affirmant que son fils,
12:20comme des dizaines d'autres élèves de Stanislas, a profité d'un système pour contourner
12:25la plateforme d'attribution des places dans l'enseignement supérieur, Parcoursup,
12:30et pour être certain de pouvoir rester à Stanislas en classe préparatoire.
12:35Parcoursup, qu'est-ce que c'est ? C'est la plateforme d'admission post-bac,
12:39c'est-à-dire que quand vous êtes bachelier, vous allez multiplier les vœux,
12:44c'est-à-dire vous choisissez les écoles que vous avez envie de faire,
12:47et ensuite ces écoles vont vous répondre et vous dire ok, vous êtes admis, non, on vous refuse.
12:52Donc qu'est-ce que fait en général un bachelier ?
12:54Il multiplie les choix pour se donner le plus de chances d'être admis,
12:58j'ai envie de dire, dans le maximum d'écoles possible, et ensuite il choisit.
13:03Mais ce qui s'est passé avec le fils d'Amélie Oudéa Castera,
13:07c'est qu'il n'a fait qu'un seul vœu.
13:09Ce vœu, c'est Stanislas.
13:11Et on sait qu'en général, que fait Stanislas ?
13:15Il demande à ses élèves de faire un seul vœu,
13:17et ils savent par avance, j'ai envie de dire,
13:19alors que ça c'est contourner le système,
13:21ils vont être choisis par l'école.
13:23Le lendemain, le lundi 22 janvier,
13:25l'AFP révèle les grandes lignes du rapport de la commission d'enquête parlementaire
13:29sur les défaillances des fédérations sportives en France.
13:33Ce rapport souligne les rémunérations très élevées,
13:35voire anormales, de plusieurs dirigeants sportifs,
13:38dont celle d'Amélie Oudéa Castera.
13:40Le chiffre était connu depuis novembre.
13:42Quand elle était directrice générale de la Fédération française de tennis,
13:45entre 2021 et 2022,
13:48elle gagnait plus de 35 000 euros nets mensuels,
13:51en comptant une prime importante.
13:53Olivier Beaumont, cette information,
13:55elle joue forcément en sa défaveur dans ce contexte ?
13:57Oui, ça joue en sa défaveur,
13:59parce que là, elle dit pour sa défense,
14:01elle dénonce en tout cas des propos militants
14:04dans ce rapport rédigé à des fins politiques,
14:07alors que ce rapport s'appuie sur des montants factuels,
14:10qui sont ceux de la rémunération qu'elle a touchée quand elle était à ses fonctions,
14:15et une défense d'autant plus maladroite
14:16que quelques mois plus tôt,
14:18lorsqu'elle avait déjà été auditionnée devant les députés de l'Assemblée
14:21dans un autre contexte,
14:22elle avait claironné qu'elle avait renoncé aux deux tiers
14:26de sa rémunération pour sa passion pour le sport,
14:29je la cite,
14:30avec cette phrase qui, quelques semaines plus tard,
14:32va faire écho,
14:33« L'argent n'a jamais été mon moteur ».
14:37Le 27 janvier,
14:39Amélie Oudea-Castera reçoit le soutien
14:41d'une grande partie du monde du sport en France.
14:43C'est une lettre ouverte,
14:44publiée par la tribune dimanche,
14:47sont 50 dirigeants sportifs,
14:49dont 20 présidents de fédérations,
14:51ce qui n'est pas rien.
14:52Ces dirigeants, je les cite,
14:54apportent leur respect et reconnaissance
14:57envers une ministre qui a su depuis sa nomination
14:59être à la hauteur de sa fonction
15:00avec écoute, exigence et leadership.
15:04Et dans la séquence que vit la ministre de l'Éducation
15:07depuis le 12 janvier,
15:09c'est une sorte de respiration,
15:11on va dire pour elle,
15:12un acte de soutien bienvenu,
15:14même si on peut imaginer qu'il a été un petit peu téléguidé.
15:18Frédéric Goyard, pour qu'on comprenne bien
15:19cette polémique et ces polémiques à répétition,
15:21dans quelle mesure ça peut l'empêcher
15:23d'exercer en tant que ministre de l'Éducation ?
15:26Parce que ça l'affaiblit.
15:27Je me souviens d'une syndicaliste
15:29qui me racontait que quand elle a vu
15:30la ministre de l'Éducation nationale,
15:32elle avait senti quelqu'un qui était très touché,
15:35qui semblait même vulnérable,
15:36affecté par ces polémiques concernant son enfant.
15:39Donc on sent bien que c'est une ministre affaiblie,
15:42qui reste engluée dans ces polémiques.
15:44Le 2 février, le recteur de l'Académie de Paris,
15:47le chef de l'Éducation dans ce secteur,
15:49Christophe Quérero, annonce sa démission.
15:52Après trois ans dans cette fonction,
15:54il dénonce une décision bien particulière
15:56prise par la ministre.
15:57C'est l'ancien directeur de cabinet
15:59de Jean-Michel Blanquer.
16:01Quand il était ministre de l'Éducation nationale,
16:03il est à la tête de la plus grosse Académie de France,
16:06celle de Paris.
16:07Donc c'est un personnage qui compte dans le paysage.
16:09Et quelques semaines plus tôt,
16:11il avait indiqué qu'il allait fermer
16:13quatre classes préparatoires à Paris
16:15pour en ouvrir trois autres différentes
16:17afin de favoriser la mixité sociale et scolaire.
16:20Le 31 janvier, par un tweet en plus d'un syndicat,
16:23il apprend que la ministre, Amélie Oudéa-Castera,
16:26a décidé de suspendre la fermeture
16:29des quatre classes qu'il avait envisagées
16:30et qu'elle ne l'a même pas prévenue en plus.
16:33Il le vit comme un camouflet
16:35et il décide de démissionner.
16:36Le même jour, Amélie Oudéa-Castera
16:39est l'invitée de la matinale de TF1
16:41présentée par Bruce Toussaint.
16:42Question.
16:43A-t-elle reçu l'assurance
16:44de rester ministre de l'Éducation ?
16:47Il y a des interrogations
16:48sur votre maintien au gouvernement.
16:49Est-ce que vous avez eu des garanties
16:51du président et du premier ministre
16:52sur votre maintien au gouvernement ?
16:54Mais rien n'est garanti pour personne.
16:57Le sujet n'est pas
16:57est-ce que moi je suis garantie ?
16:59Le mardi 6 février,
17:01à l'Assemblée,
17:02pendant la séance des questions au gouvernement,
17:03Amélie Oudéa-Castera
17:04est interpellée par un député socialiste.
17:06Ce jour-là,
17:07il y a eu une nouvelle grève
17:09dans l'éducation
17:10et Olivier Beaumont,
17:11dans l'après-midi,
17:12elle est interrogée
17:13pendant plus de deux heures
17:14par les députés
17:14de la Commission des Affaires Culturelles
17:17et de l'Éducation à l'Assemblée.
17:18Elle est interpellée effectivement,
17:20notamment par les députés de la gauche,
17:22sur la situation de l'école.
17:25Des allusions sont à nouveau faites
17:25sur la scolisation de ses enfants
17:27par les députés de l'opposition.
17:29Et elle a cette phrase.
17:31Opposer l'école publique à l'école privée,
17:33c'est vraiment une guerre d'un autre âge.
17:35Là, clairement, Amélie Oudéa-Castera
17:37se sent menacée ?
17:37Plus que menacée,
17:39on a vraiment le sentiment
17:40que ses heures sont comptées.
17:41La seule chose qui la maintient en vie,
17:43en survie même,
17:44c'est sa relation directe
17:46avec Emmanuel Macron.
17:47Justement, on dirait qu'Emmanuel Macron
17:49ne semble pas favorable
17:50à l'idée de la voir partir du gouvernement.
17:52On sait pourquoi ?
17:53Amélie Oudéa-Castera,
17:54c'était son choix.
17:55C'est lui qui l'a imposé à Gabriel Attal
17:57pour devenir ministre de l'Éducation nationale
18:00dans ce super méga ministère
18:02incluant les sports,
18:03les Jeux olympiques et paralympiques.
18:06Et donc, pour lui,
18:07d'avoir à la débrancher
18:08seulement quelques jours
18:09après l'avoir nommée,
18:11ce serait une forme de désaveu
18:12qu'il ne veut pas assumer.
18:13Et il n'est pas question
18:14de changer de ministre des sports
18:15juste avant les JO.
18:16Et il y a cette difficulté.
18:17Effectivement, les JO sont dans
18:19moins de six mois.
18:20C'est elle qui a piloté
18:22ces derniers mois
18:23ce dossier qui est lourd.
18:24Donc, c'est très délicat aussi
18:26de la débrancher
18:26sur ce portefeuille-là.
18:29Pendant le week-end
18:30du samedi 3 et dimanche 4 février,
18:32il y a des tractations
18:33sur le remaniement à venir,
18:35sur les noms de celles et ceux
18:36qui vont faire leur entrée
18:37au gouvernement.
18:38Et concernant Amélie Oudéa-Castera,
18:41la décision est prise
18:42de lui retirer l'éducation.
18:44Emmanuel Macron va se rendre
18:45à l'évidence
18:45au cours du week-end,
18:47d'autant que Gabriel Attal
18:48lui pousse vraiment
18:49pour la sortir.
18:50Il n'est vraiment pas à l'aise
18:51avec le maintien
18:52de cette personnalité
18:53dans son gouvernement.
18:55Il y a un nom qui circule,
18:56celui de François Bayrou,
18:57qui milite clairement
18:58en coulisses
18:59pour pouvoir occuper
19:00ce poste.
19:01Emmanuel Macron
19:02va avoir une autre idée.
19:04Un nom va commencer
19:04à circuler,
19:05celui de Nicole Belloubet,
19:07l'ancienne garde des Sceaux.
19:12Le jeudi 1er février est une journée nationale
19:15de grève et de manifestation
19:16dans l'éducation nationale.
19:18Frédéric Goiard,
19:18vous êtes dans le cortège parisien
19:20et la ministre est souvent prise pour cible.
19:22Une très grande majorité
19:24des banderoles
19:25la concernent.
19:26On trouve des messages
19:27comme
19:28AOC-Casse-toi,
19:31AOC-AC.
19:33En fait,
19:33on voit bien
19:34que la cristallisation
19:36du mécontentement enseignant
19:37à ce moment-là
19:38touche vraiment
19:39Amélie Oudéa-Castera,
19:41tous les enseignants
19:42de l'école Littré,
19:44parce qu'ils ont été choqués
19:45par les propos de la ministre,
19:47les concernant,
19:48et même
19:48s'ils ont reçu
19:49ces excuses,
19:50ils tiennent
19:51à être là pour manifester
19:52leur désapprobation.
19:54Le jeudi 8 février,
19:55la vague de nominations
19:56au gouvernement est dévoilée
19:57et l'ancienne ministre
19:58de la Justice,
19:59Nicole Belloubet,
20:0168 ans,
20:02remplace donc
20:02Amélie Oudéa-Castera
20:04à l'éducation.
20:05Frédéric Goiard,
20:06le lendemain,
20:06le vendredi,
20:07vous assistez à la passation
20:08de pouvoir
20:09entre les deux femmes.
20:10On est quand même
20:11à la quatrième
20:12passation de pouvoir
20:13dans la cour du ministère
20:14de l'éducation nationale
20:15en moins de deux ans.
20:16Et puis surtout,
20:17en général,
20:18la passation de pouvoir,
20:19c'est l'opportunité
20:20pour le ministre sortant,
20:22de défendre
20:23son bilan.
20:25Et là,
20:26bien sûr,
20:27Amélie Oudéa-Castera,
20:28elle est restée
20:29que quelques jours,
20:30donc elle n'a rien
20:31à défendre,
20:31à part un chapelet
20:32de polémiques
20:33qui ont égrené
20:34les dernières semaines.
20:35Donc automatiquement,
20:36son discours
20:37n'est pas bon.
20:39Et puis surtout,
20:40il n'y a aucune émotion
20:41avec les personnels.
20:43C'est complètement
20:44à tonne.
20:44En ces derniers instants
20:46ici,
20:47c'est au mot
20:48de Mandela
20:49que je pense.
20:50Quand il nous dit
20:51« Je ne perds jamais.
20:54Soit je gagne,
20:56soit j'apprends. »
20:58Les syndicats d'enseignants,
20:59ils disent quoi
21:00après ce nouveau passage
21:01express au ministère,
21:03après celui
21:03de Gabriel Attal ?
21:04Ils parlent d'un désastre.
21:06C'est un peu
21:07ce qui symbolise
21:07le passage d'Amélie
21:08Oudéa-Castera
21:09au ministère
21:10de l'éducation nationale.
21:10Ils ne comprennent pas
21:11en revanche
21:12pourquoi le président
21:13de la République
21:13a attendu aussi longtemps
21:15avant de changer de ministre.
21:17En creux,
21:17on perçoit aussi
21:18que cette ministre
21:20très faible
21:20leur a permis
21:21de retrouver
21:22un petit peu de vigueur
21:23afin de pouvoir
21:24s'opposer aux réformes
21:26qu'a mis en place
21:27Gabriel Attal
21:28lors de son passage
21:28au ministère
21:29de l'éducation nationale.
21:30Je veux parler bien sûr
21:31du fameux choc des savoirs,
21:32c'est-à-dire
21:33cette réforme
21:34majeure
21:34qui concerne
21:35le retour du redoublement,
21:37aussi les groupes
21:38de niveau collège
21:40et également
21:41des nouveaux programmes
21:42pour l'école élémentaire.
21:43Et Nicole Belloubet,
21:44elle est perçue comment ?
21:46Disons qu'elle a un peu
21:46plus de crédit
21:47que sa prédécesseur
21:48tout simplement
21:49parce qu'elle vient
21:50elle du giron
21:50de l'éducation nationale.
21:52Elle a été professeure
21:53d'université,
21:55elle a également
21:55été rectrice
21:56mais il y a un autre aspect
21:57c'est qu'elle n'a plus
21:59travaillé pour l'éducation nationale
22:00depuis environ 20 ans
22:01donc ils se demandent
22:03tous
22:04si elle saura prendre
22:05la mesure de la grave crise
22:07que traverse
22:08l'éducation nationale
22:09en 2024.
22:18Merci à Frédéric Goyard
22:19et Olivier Beaumont.
22:20Cet épisode de Code Source
22:21a été produit par
22:22Clara Gardier-Amourou,
22:23Thibaut Lambert
22:24et Barbara Gouy.
22:26Réalisation
22:26Julien Moncouquiol.
22:28Le Parisien vous propose
22:29un nouveau podcast
22:30jusqu'aux Jeux Olympiques.
22:31Le Sacre
22:32présenté par Anne-Laure Bonnet.
22:34Chaque mercredi,
22:35un ou une médaillée
22:36d'Eurolympique
22:37raconte son chemin
22:38vers le Sacre
22:38et puis n'oubliez pas
22:40Crime Story
22:40chaque samedi
22:41une grande affaire criminelle.
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