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  • il y a 9 heures
Enarque, Emmanuel Macron veut pourtant supprimer l'école dont il est lui-même issu. A un an de la présidentielle, cette grande école de l'administration française va être remplacée. Récit de Pauline Théveniaud et Olivier Beaumont, journalistes au service Politique du Parisien ainsi que Bérangère Lepetit, en charge de l'éducation supérieure.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Marion Bothorel, Raphaël Pueyo, Raphaël Thomas et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : INA, RMC, La Montagne, BFMTV, Quotidien, France 24.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12À un an de la présidentielle, Emmanuel Macron a fait une annonce surprise le jeudi 8 avril, la suppression de
00:19l'ENA.
00:20Elle sera remplacée par une autre école, l'ISP, l'Institut du service public.
00:25Retour sur cette annonce avec trois journalistes du Parisien, Pauline Théveniot et Olivier Beaumont du service politique qui sont en
00:31ligne avec nous,
00:32et Bérangère Lepetit, en charge notamment de l'éducation supérieure au sein du service société.
00:44Bérangère Lepetit, d'un mot, c'est quoi l'ENA ?
00:46C'est l'école nationale de l'administration qui a été créée en 1945, qui est située à Strasbourg depuis
00:531991,
00:53et qui forme les hauts fonctionnaires français.
00:57Nous l'avons tous connu, ce fonctionnaire qu'on retrouvait dans toutes les administrations,
01:02ce fonctionnaire vieilli sous le harnais et encombré de toutes les manies et de toutes les entraves d'un fonctionnarisme
01:08déçué.
01:09Tout cela va changer.
01:10Pour former ces hauts fonctionnaires, la 4e République possède maintenant son école d'administration,
01:16qui fournira des cadres parmi lesquels le gouvernement choisira ceux qui occuperont les emplois d'autorité,
01:21où l'administration rejoint la politique.
01:23Ces futurs fonctionnaires devront avoir les qualités d'initiative, d'énergie et de décision qu'exigent ces emplois.
01:31Le jeudi 8 avril, le jour de l'annonce de la suppression de l'ENA,
01:35vous parlez avec des étudiants qui préparaient l'ENA, justement.
01:38Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
01:40Ils me disent qu'ils sont surpris, parce qu'ils ne s'attendaient pas à cette annonce,
01:43étant donné que ça faisait des années qu'on en parlait,
01:46et ces dernières semaines, il était plutôt question de réformer l'ENA plus que de supprimer l'école.
01:51Ils sont aussi inquiets, parce qu'ils sont en train de préparer un concours qui risque d'être supprimé.
01:56Et puis ils sont critiques, en fait, parce qu'ils me disent que c'est sans doute une annonce très
02:00politique.
02:01D'un mot, les étudiants à qui vous parlez ce jour-là, ils ne viennent pas tous de milieux favorisés.
02:05Non, je parle notamment avec un étudiant de 25 ans, dont le père est maçon.
02:09La mère est auxiliaire de vie scolaire, et lui est boursier depuis des années.
02:14Il vient d'une petite ville du Gard.
02:16Il fait des efforts financiers ces dernières années, là, pour tenter le concours.
02:20Il vit dans un 15 mètres carrés à Paris.
02:23Pour lui, c'est le Graal de décrocher le concours de l'ENA.
02:26Donc il ne comprend pas, finalement, qu'on supprime ce concours.
02:29Vous avez parlé aussi avec le président de l'association des anciens de l'ENA, Daniel Keller,
02:34et il est amer.
02:35Il dit qu'on va créer une usine à gaz à la place de l'ENA.
02:39Il dit que cette suppression est une fatwa jupitérienne,
02:43et que c'est le prototype de la mauvaise décision, tant sur le fond que sur la forme.
02:48On ne voit pas les Britanniques rayer d'un trait de plume Oxford et Cambridge.
02:52Il n'y a qu'en France, parce qu'on a une certaine culture,
02:55que j'appelle moi la culture de la haine de soi.
02:57On ne cesse de vouloir éliminer de notre panorama
03:00les entités qui ont fabriqué notre histoire.
03:04Parmi les reproches que l'on entend souvent au sujet de l'ENA,
03:07il y a celui de ne pas recruter assez d'étudiants issus de milieux modestes.
03:11Est-ce que c'est vrai ? Est-ce qu'on a des éléments là-dessus ?
03:13À l'ENA, il y a 1% de fils d'ouvriers.
03:16Factuellement, c'est vrai.
03:17Mais en fait, ce qu'il faut aussi savoir,
03:19c'est que c'est à l'image du milieu social des élèves
03:23qui sont dans les grandes écoles françaises.
03:25Et le directeur de l'ENA a communiqué récemment sur le sujet.
03:28En fait, il y a de plus en plus d'élèves boursiers à l'ENA.
03:31Il y avait 36% d'élèves boursiers l'année dernière.
03:34Et surtout, il y a beaucoup de fils d'enseignants
03:36qui ne sont pas forcément de milieux très privilégiés.
03:39Les diplômés de l'ENA sont souvent accusés d'être coupés des réalités du terrain.
03:43L'autre grand reproche qui est fait à l'ENA, Pauline Théveniot,
03:46c'est d'assurer un statut à vie à ceux qui en sortent.
03:49C'est notamment à cause du fameux classement de sortie.
03:52Depuis 1945, ce classement distribue les postes aux jeunes énarques
03:57juste à la sortie de l'école.
03:59Et notamment, il permet aux 15 meilleurs d'entre eux
04:01d'accéder aux grands corps les plus prestigieux de la haute fonction publique.
04:05Et ainsi, ils ont un statut à vie.
04:08Olivier Beaumont, depuis quand est-ce que des responsables politiques
04:10parlent de supprimer l'ENA ?
04:12Ça fait plus de 30 ans qu'on entend parler.
04:14On peut parler véritablement de serpents de mer.
04:16Déjà, dans les années 80 et 90, Laurent Fabius, Michel Rocard
04:20avaient déjà parlé de ce sujet-là.
04:23Et puis, il faut souvenir que même Jacques Chirac, lui-même énarque,
04:26avait dénoncé cette institution en parlant d'une élite qui a failli.
04:29Et le véritable tournant, c'est dans le courant des années 2008,
04:33particulièrement sous Nicolas Sarkozy,
04:35puisque lui, il avait carrément remis en cause le système du classement de l'ENA.
04:40Bon, ça n'avait pas pu aller jusqu'au bout.
04:42Et puis, Bruno Le Maire, quand il avait été candidat pour la présidence
04:46de l'UMP, lui, il avait directement proposé de supprimer l'ENA.
04:50Donc, on voit que c'est un sujet qui n'est pas nouveau.
04:52Et d'ailleurs, aussi, François Hollande avait également proposé,
04:56à plusieurs reprises, de réformer l'ENA,
04:59et notamment sur la question du classement de sortie.
05:01Pauline Théveniot, Emmanuel Macron, lui, au départ,
05:04n'était pas favorable à une fermeture de l'ENA.
05:06Il avait même, au contraire, défendu cette école
05:09dans un livre publié en novembre 2016.
05:11C'était dans Révolution, un livre qu'il avait écrit pour entrer en campagne.
05:16Et dans ce livre, il rappelle qu'il n'a jamais plaidé pour la suppression de l'ENA.
05:22Ce qu'il disait alors, c'est que c'est au niveau de la carrière que cela pêchait,
05:26car il jugeait que les hauts fonctionnaires étaient trop protégés.
05:29Emmanuel Macron avait été interpellé, un jour, par un passant à propos de l'ENA,
05:33en janvier 2017.
05:34Il faut se souvenir du contexte.
05:35À l'époque, Emmanuel Macron est candidat à l'élection présidentielle.
05:38Et la scène se passe à Clermont-Ferrand, dans le centre-ville,
05:41sur un marché, le marché Saint-Pierre.
05:43Et effectivement, il est interpellé par cet habitant
05:46qui lui reproche d'être un produit du système.
05:48Emmanuel Macron lui répond...
05:50J'ai la tête d'un moule ?
05:53Vous trouvez ?
05:54Il est piqué au vif et il va jusqu'à défendre l'institution
05:58en refusant d'être étiqueté comme le produit d'un système.
06:02Ben non.
06:03L'ENA, ce n'est pas un moule.
06:04C'est un moule pour qui veut le devenir ou qui l'avait déjà.
06:06Et en expliquant qu'avant l'ENA, le recrutement des hauts fonctionnaires,
06:10ça passait par du copinage, par de la cooptation,
06:13ça se faisait entre parents, entre cousins.
06:15Il expliquait que l'ENA, ça a au moins un mérite,
06:17c'est que c'est un concours de la République
06:19qui représente finalement la méritocratie à la française.
06:23Moi, je préfère les concours de la République.
06:24Ils sont méritocratiques.
06:26Est-ce qu'il parle du problème du fait qu'il n'y a pas assez d'enfants
06:29issus de milieux modestes au sein de l'ENA ?
06:31Ah oui, exactement.
06:32Et d'ailleurs, il emploie ce terme.
06:33Il dit que c'est un vrai scandale.
06:35Et je le cite, il dit que le fait qu'il y ait moins d'enfants de paysans
06:38ou d'ouvriers qui arrivent à l'ENA, c'est un vrai problème.
06:40Donc quand il explique ça, on voit quand même que se dessine déjà
06:44une réflexion, en tout cas de sa part,
06:46sur la question de la représentation dans cette école.
06:51Pauline Théveniot, Emmanuel Macron va vraiment changer d'avis
06:54pendant la crise des Gilets jaunes.
06:55Oui, il faut se souvenir, la crise des Gilets jaunes,
06:57c'est un mouvement social sans précédent.
06:59Les manifestants demandent le RIC, le référendum d'initiative populaire,
07:03et dénoncent un pouvoir central, vertical, qui décide depuis Paris,
07:07qui est loin des préoccupations du terrain.
07:09Et Emmanuel Macron, après des mois de cette protestation jamais vue,
07:14il cherche la parade, il cherche des réponses.
07:16Or, il y en a une qui est un peu toute trouvée, un peu la plus évidente,
07:20c'est l'École nationale d'administration, l'ENA.
07:23C'est devenu le symbole de l'élitisme à la française,
07:27qui est vu comme étant omniprésente aux plus hauts étages du pouvoir,
07:31et notamment sous le mandat d'Emmanuel Macron.
07:33Il faut quand même rappeler que le président de la République,
07:37Emmanuel Macron, le Premier ministre de l'époque,
07:39Édouard Philippe, le secrétaire général de l'Élysée,
07:42Alexis Collère, et le directeur de cabinet
07:44de l'ancien Premier ministre, Benoît Ribadot-Dumas,
07:48ils viennent tous de l'ENA.
07:49Donc finalement, on a à ce moment-là,
07:51et comme actuellement d'ailleurs, sous Jean Castex,
07:54c'est toujours le cas, un coitur d'énarques qui dirige le pays.
07:59Olivier Beaumont supprimait l'ENA.
08:01Emmanuel Macron évoque cette idée clairement pour la première fois
08:04pendant une conférence de presse, le 25 avril 2019.
08:08Cette conférence de presse, elle est censée clore la fameuse séquence du Grand Débat,
08:12où le chef de l'État a fait son tour de France pour aller à la rencontre des Français.
08:16Ça se passe à l'Élysée, dans la salle des fêtes.
08:19C'est retransmis en direct et tombe effectivement cette proposition.
08:23Je pense que pour faire la réforme que j'évoquais, il faut supprimer entre autres l'ENA.
08:27Il prône la suppression pure et simple de l'École nationale d'administration.
08:32Il appelle à la constitution d'une élite qu'il veut désormais,
08:36à l'image de la société qui serait sélectionnée sur des bases exclusivement méritocratiques.
08:42Il faut rappeler que depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron se plaint régulièrement du poids des hauts fonctionnaires.
08:48Oui, c'est une constante.
08:50Il a essayé de donner un grand coup de pied dans la fourmilière au tout début du quinquennat
08:54pour remplacer en profondeur tous les postes dans la haute administration.
08:57Mais il s'est vite heurté à de grosses réticences.
09:01Et même encore aujourd'hui, on le voit avec la crise sanitaire,
09:04le chef de l'État s'est souvent plaint en privé d'être barriéré par des hauts fonctionnaires
09:09qui, sur le terrain, n'appliqueraient pas les recommandations prises par lui et son Premier ministre.
09:20Une question à présent des ministres.
09:22Participe-t-il à des soirées clandestines autour de repas étoilés ?
09:26On en vient à l'actualité la plus récente.
09:28La semaine du 5 avril, Pauline Théveniot est marquée par une polémique
09:32sur des luxueux dîners clandestins auxquels, d'après ce que prétend l'un des organisateurs,
09:37ont participé des ministres.
09:39Tout part d'un reportage qui a été diffusé par M6 sur ces fameux dîners clandestins.
09:45Et dans ce reportage, il y a un des organisateurs qui s'exprime de façon anonyme
09:49et qui sera identifié par la suite comme étant le collectionneur Pierre-Jean Chalençon
09:53qui affirme qu'il a croisé des ministres à ces dîners.
09:57J'ai dîné cette semaine dans deux ou trois restaurants qui sont justement d'ailleurs
10:01des restaurants soi-disant clandestins, avec un certain nombre de ministres.
10:05Alors ça me fait doucement rigoler.
10:06On est encore en démocratie, on fait ce qu'on veut.
10:09Alors évidemment, cela fait tout de suite polémique.
10:11On cherche qui cela pourrait être.
10:14Dans la semaine, il est revenu sur ses propos en disant que c'était un poisson d'avril.
10:18Il n'y a toujours pour l'heure aucune preuve qu'un ou des ministres ont participé à ces dîners.
10:24Mais il reste que le soupçon de fait perdure de façon latente.
10:30Au sein du gouvernement, on est à la fois très agacé par ces polémiques, par ce soupçon.
10:36On est aussi inquiet de la petite musique que ça peut imprimer dans l'opinion.
10:42Olivier Beaumont, c'est dans ce contexte que la suppression de l'ENA est préparée
10:47en petit comité par Emmanuel Macron le soir du mercredi 7 avril.
10:51La scène se passe à l'Elysée, en présence du Premier ministre Jean Castex
10:55et puis d'Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation publique.
10:59Il est question le lendemain de s'exprimer devant des hauts fonctionnaires
11:03sur la question de la réforme publique.
11:05Lors de cette réunion du soir organisée à la veille de ce rendez-vous,
11:09le chef de l'État finit par trancher définitivement sur cette annonce de suppression de l'ENA.
11:14À cette occasion, ils arbitrent les ultimes décisions et les dernières annonces
11:20qui seront faites le lendemain à l'occasion de cette convention.
11:23Pour l'interview, justement, que fait Emmanuel Macron le jeudi 8 ?
11:26À 16h, il réunit en visioconférence 600 cadres de la haute administration.
11:34Ce sont tous les plus hauts fonctionnaires du pays qui sont là.
11:37Il y a des préfets, des directeurs d'administration centrale, des ambassadeurs.
11:40C'est un discours qui est prononcé sans presse, mais qui sera retransmis ensuite par écrit par l'Elysée.
11:48La réforme de la haute fonction publique en France.
11:50Emmanuel Macron rend ses arbitrages cet après-midi.
11:53Il doit annoncer la suppression de l'ENA, l'école nationale d'administration.
11:56On y forme les élites françaises.
11:58Olivier Beaumont, que dit Emmanuel Macron sur l'ENA ?
12:01Tout simplement qu'il va le supprimer.
12:03Il emploie ce mot « je vais supprimer l'ENA ».
12:05Pour autant, il existera toujours une école de formation des hauts fonctionnaires
12:10qui va s'appeler l'Institut du service public, l'ISP.
12:15L'annonce de la suppression de l'ENA, c'est une surprise ?
12:17C'est vrai que cette annonce donne un petit peu le sentiment de tomber comme un cheveu dans la soupe.
12:21En tout cas, personne ne s'y attendait.
12:23Vous avez pu parler dans la journée avec une ancienne directrice de l'ENA,
12:27l'eurodéputée LREM Nathalie Loiseau.
12:29Est-ce qu'elle est surprise elle aussi par cette annonce ?
12:32Non, parce que Nathalie Loiseau avait été consultée par le chef de l'État
12:36à quelques reprises ces dernières semaines.
12:40Elle, Nathalie Loiseau, qui pourtant a été la directrice de cette école,
12:43était très lucide sur les reproches qui étaient faits depuis des années
12:47en disant que l'ENA était devenue aujourd'hui, là je la cite,
12:50l'école des fils de profs, des fils de cadres.
12:53Elle n'a pas été jusqu'à défendre l'idée de la suppression de l'ENA,
12:57mais en tout cas, c'est vrai qu'elle a véritablement enjoint le chef de l'État
13:01à aller dans le sens d'une révolution culturelle concernant cette école.
13:15Bérangère Lepetit, à l'ENA, les rentrées se faisaient chaque année au mois de janvier.
13:19Que va-t-il se passer concrètement du coup en janvier 2022 pour la prochaine rentrée ?
13:24Ce ne sera plus l'ENA qui existera, mais ce sera l'ISP, l'Institut de Service Public.
13:29Pour l'instant, il y a assez peu de détails sur la façon dont se passera la rentrée.
13:33Et le président Emmanuel Macron affirme que l'Institut du Service Public
13:37sera plus ouvert aux étudiants issus de familles modestes que l'ENA.
13:41Pour cela, il s'inspire d'un rapport, le rapport Thirier, qui a été rendu en février 2020
13:46et qui recommande de conserver le concours,
13:49mais que le concours soit notamment plus ouvert aux étudiants d'université
13:52et recommande aussi la création de classes préparatoires dans les quartiers plus populaires.
13:58Est-ce que la formation va changer ?
14:00Oui, alors la formation va changer. En gros, les élèves de l'ISP seront mélangés avec d'autres étudiants.
14:07Ils auront un enseignement en commun avec 12 autres écoles de la fonction publique,
14:13comme les futurs juges de l'ENM, l'École Nationale de la Magistrature,
14:18ou les futurs commissaires de police de l'École des Commissaires de Police.
14:23Et il n'y a pas que la formation qui va changer ?
14:25Il y a le système à la sortie également. Auparavant, les meilleurs, notamment de l'ENA,
14:31étaient intégrés directement à trois grands corps,
14:34donc le Conseil d'État, l'Inspection Générale des Finances et la Cour des Comptes.
14:38Là, ils n'intégreront plus qu'un seul corps, le corps des administrateurs de l'État.
14:43Et d'après Emmanuel Macron, tous les jeunes diplômés de l'ISP devront ensuite aller travailler en région.
14:48Oui, alors en région, ou en Ile-de-France d'ailleurs.
14:52Mais l'idée, c'est qu'ils aient une expérience de terrain sur des missions opérationnelles,
14:56a dit Emmanuel Macron, dans des préfectures ou sous-préfectures,
15:00plutôt que d'accéder à de hautes responsabilités au sommet de l'État à 25 ou 26 ans,
15:05comme c'est le cas actuellement.
15:06Le vendredi 9 avril, quand on a commencé à en savoir plus sur les modalités de la suppression de l
15:11'ENA,
15:11vous avez échangé à nouveau avec des étudiants qui préparaient l'ENA,
15:15et ils semblent rassurés.
15:17Ils sont rassurés à titre personnel, parce que leur crainte, c'était de préparer un concours qui allait disparaître.
15:24L'ENA a communiqué tout de suite en disant qu'il y aurait une continuité de service public,
15:28que le concours était maintenu en août prochain,
15:31et que les élèves qui le préparaient actuellement pourraient intégrer l'ISP en janvier 2022.
15:36Donc là-dessus, ils sont rassurés.
15:38Après, ils restent néanmoins assez critiques.
15:41Eux, ce qu'ils craignent, c'est qu'il y ait une école au rabais,
15:44et notamment, ce qui est assez peu connu, c'est que l'ENA a une image de marque au niveau
15:50international,
15:51qu'il y a des pays étrangers qui viennent en France pour s'inspirer de l'ENA,
15:55pour créer des petites ENA dans leur pays.
15:59Et là, ils ont peur que cette image de marque se perde.
16:03Pauline Théveniot, vous nous avez rappelé tout à l'heure que la semaine avait débuté par une polémique
16:08sur des dîners luxueux clandestins.
16:11Est-ce que l'annonce de la suppression de l'ENA a été faite pour éteindre quelque part cette polémique
16:16?
16:17Quand Emmanuel Macron a annoncé la suppression de l'ENA, le symbole de l'élitisme à la française,
16:23certains, notamment dans l'opposition, y ont vu un contre-feu.
16:26Cela ne vous surprendra évidemment pas, si je vous dis qu'au sein de l'exécutif,
16:30on martèle et on certifie que cela n'a rien à voir.
16:33On ne peut pas s'empêcher de penser, malgré tout, que ce n'est pas un hasard
16:35si Emmanuel Macron annonce ça à un an de la présidentielle de 2022 ?
16:40Non, absolument pas. Emmanuel Macron, il sait qu'il lui reste peu de temps de quinquennat utile.
16:45Or, il est toujours empêtré dans la gestion de crise avec la troisième vague,
16:49la campagne vaccinale qui reste largement critiquée.
16:53Or, il doit montrer qu'il continue à agir.
16:55Et puis, la réforme de l'ENA, ce n'était pas n'importe quelle promesse,
17:00puisque c'était une promesse qu'il avait faite en réponse à la crise des Gilets jaunes.
17:04Donc, il était important pour lui de marquer qu'il tenait cet engagement-là.
17:08Olivier Beaumont, il est en campagne, ça y est, Emmanuel Macron ?
17:11Ah oui, évidemment, Emmanuel Macron, il n'a surtout pas oublié de faire de la politique dans cette séquence-là.
17:16Il sait très bien que les élections se profilent.
17:18On est quasiment à un an aujourd'hui.
17:20Au-delà d'une volonté de répondre à une promesse,
17:24il y a aussi l'intention d'envoyer un message fort à une certaine catégorie aussi de Français
17:30et un électorat qui s'est peut-être déporté de lui pendant ce quinquennat
17:34et qu'il va essayer de récupérer pendant la campagne présidentielle.
17:47Merci à Bérongère Lepetit, Pauline Théveniot et Olivier Beaumont.
17:51Cet épisode de Codesources a été produit par Thibaut Lambert,
17:54Raphaël Pueillot, Marion Bottorel et Raphaël Thomas.
17:58Réalisation, Julien Moncouquiol.
18:00Codesources est le podcast d'actualité du Parisien,
18:02disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:04N'hésitez pas à nous écrire pour nous faire des retours.
18:08Codesources at leparisien.fr

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