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Le 16 mai, Élisabeth Borne fêtait sa première année à Matignon. Malgré la difficile réforme des retraites et des tensions au sein de son gouvernement, la Première ministre assure qu’elle tient bon. Pour Code source, Pauline Théveniaud et Olivier Beaumont, journalistes au service politique du Parisien, retracent la première année d’Elisabeth Borne à Matignon.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : LCP, BFMTV, France Inter, TF1, Radio J.

#elisabethborne #gouvernement

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Cela fait un an qu'Elisabeth Borne, 62 ans, est chef du gouvernement.
00:16Le mercredi 31 mai, Emmanuel Macron lui a redit publiquement sa confiance, tout en la contredisant sur le fond.
00:23Elle avait déclaré le 28 mai, en reprenant la formule d'un journaliste que le RN de Marine Le Pen
00:28est l'héritier de Pétain,
00:30le président Emmanuel Macron estime, lui, qu'on ne peut plus combattre l'extrême droite aujourd'hui avec des arguments
00:36historiques et moraux.
00:38Ce nouvel épisode semble prouver qu'Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ne parlent pas d'une même voix.
00:44Et en tout cas, cette première année n'a pas été de tout repos pour la première ministre.
00:48On la résume aujourd'hui dans Codesources avec deux journalistes du service politique du Parisien qui suivent l'exécutif, Pauline
00:54Théveniot et Olivier Beaumont.
01:04Pauline Théveniot, le mardi 10 mai, vous allez prendre un avion, un Airbus A330 de la République française avec Elisabeth
01:10Borne.
01:11Vous allez la suivre dans un déplacement à La Réunion.
01:14Mais quand elle monte à bord, elle est très remontée contre le livre d'une journaliste qui parle d'elle,
01:19livre de Bérangère Bonte intitulé La Secrète.
01:22Sa colère est vraiment manifeste. On voit, elle rougit même, ce qui est rare chez elle.
01:28Elle est très en colère parce que c'est une biographie et donc ça revient sur des épisodes de sa
01:33vie très douloureux pour elle, le suicide de son père.
01:36Il y a aussi l'évocation de problèmes de santé, de sa vie familiale, un passage sur son orientation sexuelle.
01:44Et ça, elle considère, Elisabeth Borne, que ce sont des limites à ne pas franchir.
01:49Je la cite, ce sont ses mots à ce moment-là. Elle dit, même quand on est responsable politique, je
01:53ne suis pas sûre que l'on soit obligée de voir décrit dans les détails le suicide de son père.
01:57Elle dit trop, c'est trop. À un moment donné, il faut dire stop.
02:01Et donc, Elisabeth Borne décide d'assigner en justice l'éditeur pour supprimer les passages en question.
02:07Pauline Théveniot, plus tard dans ce podcast, vous allez nous raconter cette visite à La Réunion.
02:12Mais d'abord, vous allez nous résumer la première année d'Elisabeth Borne au poste de Premier ministre avec Olivier
02:17Beaumont.
02:18On a choisi de commencer ce récit après la réélection d'Emmanuel Macron le dimanche 24 avril et après les
02:25législatives.
02:26Elisabeth Borne est nommée à Matignon le 16 mai et au second tour des législatives le dimanche 19 juin.
02:32Le camp d'Emmanuel Macron n'obtient pas la majorité absolue à l'Assemblée.
02:37Le scrutin est marqué par l'élection de 89 députés Rassemblement National.
02:42Et juste après ce scrutin, le mercredi 22 juin, le patron du Modem, François Bayrou, les gratigne sur France Inter
02:49Olivier Beaumont.
02:50Le profil d'Elisabeth Borne, c'est un profil plutôt technique, marqué à gauche et ce n'est pas forcément
02:55le profil le plus adapté pour parler à la droite.
02:58Or, la configuration de l'hémicycle au lendemain des élections législatives, c'est que pour avoir une majorité absolue,
03:04Renaissance, la majorité présidentielle devra pouvoir composer avec l'appui des députés les républicains.
03:10Et donc François Bayrou fait effectivement une sortie sur France Inter où il a ses mots.
03:14Les temps exigent que le Premier ministre ou la Première ministre soient politiques.
03:19Qu'on n'ait pas le sentiment que c'est la technique qui gouverne le pays, mais au contraire les
03:25sentiments profonds qui s'expriment dans le peuple.
03:28Ça forcément elle le vit mal ?
03:29Elle le vit d'autant plus mal qu'elle vient à peine d'arriver à Matignon, donc c'est pas
03:32forcément une façon de débuter son magistère de la meilleure façon possible.
03:38Elisabeth Borne avait le CV pour devenir Première ministre, CV qu'on avait détaillé dans un épisode de Côte-Source
03:43à l'époque.
03:44Ancienne collaboratrice de Lionel Jospin et de Ségolène Royal, notamment ex-présidente de la RATP.
03:50Et puis aussi ministre 5 ans pendant le premier quinquennat Macron, en charge successivement des transports, de la transition écologique,
03:57puis du travail.
03:58Problème, Olivier Beaumont, elle n'était pas le premier choix.
04:01Le premier choix c'était une autre personne, une femme, c'était Catherine Vautrin, alors elle n'est pas très
04:05connue du grand public,
04:06mais Catherine Vautrin c'est la présidente du Grand Reims, ancienne vice-présidente de l'Assemblée Nationale, et surtout elle
04:12vient des rangs des Républicains.
04:14Il faut se souvenir qu'on est un mois avant les élections législatives, et Emmanuel Macron a besoin aussi de
04:19donner des gages de ce côté-là de l'électorat.
04:22Donc la rumeur va aller croissant sur Catherine Vautrin, d'ailleurs elle va être reçue par Emmanuel Macron,
04:27donc c'est quasiment quelque chose de ficelé, jusqu'à ce que la petite musique commence à fuiter dans les
04:32médias.
04:33Et là, qu'est-ce qu'il va se passer ? En fait, il va y avoir une fronde interne
04:36de toute l'aile gauche de la Macronie,
04:38qui va aussi rappeler le passé de Catherine Vautrin, qui à l'époque du mariage pour tous, s'était mobilisée
04:44contre.
04:45Ça va débrancher Catherine Vautrin, et ça va permettre à Elisabeth Borne d'être nommée à Matignon comme second choix.
04:50Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, en m'adressant à vous, c'est à la France que je
04:58parle.
04:58Deux jours après avoir dévoilé la composition de son gouvernement, le mercredi 6 juillet, à l'Assemblée,
05:04Elisabeth Borne prononce son discours de politique générale.
05:07À un moment, Pauline Théveniot, elle évoque la mémoire de son père.
05:10Oui, ce jour-là, Elisabeth Borne, elle se prête à un exercice qu'elle n'aime pas, clairement.
05:15C'est parler d'elle et parler de son histoire. La Première Ministre, c'est quelqu'un d'extrêmement réservé.
05:20Cette conviction, je la tiens de mon histoire.
05:24Car si je suis ici devant vous, Première Ministre de la France, je le dois à la République.
05:32C'est elle qui m'a tendu la main en me faisant pupille de la nation,
05:37alors que j'étais cet enfant dont le père n'était jamais vraiment revenu des camps.
05:41Il y a quelque chose de notable et qui montre la difficulté politique dans laquelle elle est,
05:46c'est que ce discours de politique générale, il ne donne pas lieu à un vote.
05:50Pourquoi ? Parce que le gouvernement n'a pas la majorité absolue
05:54et qu'elle ne peut prendre le risque de perdre un vote sur son discours de politique générale.
06:00Le premier très gros dossier de sa mission à Matignon, c'est la réforme des retraites.
06:04Mais au mois de décembre, la présentation de la réforme est reportée d'un mois. On sait pourquoi ?
06:08Oui, parce que la Première Ministre Elisabeth Borne et le Ministre du Travail Olivier Dussopt
06:13ont de jour plus tôt plaidé avec force devant Emmanuel Macron
06:18pour reporter la présentation de cette réforme et qu'ils ont obtenu gain de cause
06:21parce qu'elle a eu des retours selon lesquels les syndicats auraient le sentiment
06:26de ne pas avoir été assez consultés.
06:28On dit en coulisses qu'elle a perçu une frustration de leur part,
06:33que ces concertations n'ont pas été assez poussées.
06:35Par ailleurs, elle a l'espoir à ce moment-là de pouvoir à minima
06:40obtenir une attitude un peu plus bienveillante de la CFDT.
06:45Par ailleurs, avec les syndicats, il faut quand même noter qu'il n'y avait
06:48aucune chance qu'ils tombent d'accord puisqu'ils ont toujours dit, y compris la CFDT,
06:53qu'ils étaient opposés à tout report de l'âge, que ce soit 64 ou 65 ans.
06:58Finalement, ils ne pouvaient pas tomber d'accord sur cette réforme.
07:01Pendant l'hiver, une phrase dite hors micro par Elisabeth Borne est publiée.
07:05La première ministre laisse entendre qu'elle a gagné plusieurs arbitrages
07:08sur la réforme des retraites, plusieurs points qui étaient donc en négociation
07:12avec l'Elysée et ça, Emmanuel Macron n'apprécie pas.
07:15Ce qui est un peu paradoxal puisqu'il s'est ostensiblement mis en retrait
07:19durant cette période.
07:20À ce moment-là, le président de la République, on le voit très peu,
07:23il n'intervient pas dans le débat public sur les retraites,
07:25sauf par une communication indirecte et par ailleurs, il fait très peu de déplacements de terrain.
07:30Néanmoins, le goût de guerre, l'idée que sa première ministre
07:34se targue d'avoir obtenu des arbitrages.
07:36Et pourtant, c'est le cas.
07:38Il faut relever qu'Elisabeth Borne, elle a gagné des petites batailles internes,
07:43notamment sur le fait d'entrer dans le match avec un report de l'âge légal
07:46à 64 ans et non 65 ans comme initialement prévu.
07:51Et puis, on le disait à l'instant, le report de la présentation de la réforme.
07:56L'examen de la réforme des retraites débute le lundi 6 février à l'Assemblée
08:00dans un climat particulièrement tendu.
08:02Olivier Beaumont, les deux jours qui suivent, les mardi 7 et mercredi 8 février,
08:06vous passez deux journées pleines avec la première ministre
08:09au moment de la troisième journée de mobilisation contre la réforme des retraites.
08:14Comment est-ce qu'elle vit cette pression ?
08:16Alors, avec Elisabeth Borne, c'est toujours difficile d'évaluer comment elle vit les choses
08:20parce qu'elle a une attitude corporelle qui manifeste assez peu de choses.
08:24Ce qui est sûr, c'est qu'elle a été marquée par le début de l'examen du texte
08:28la veille dans l'hémicycle où il y a eu quasiment des scènes de chaos généralisé.
08:33Il faut se souvenir qu'au moment où Olivier Dussopt commence son discours,
08:36il y a tellement de brouhaha et d'invectib dans l'hémicycle
08:39que la séance est suspendue.
08:50Elle est frappée par ces images
08:52et effectivement, lorsque j'ai l'occasion de la suivre pendant ces 48 heures à Matignon,
08:56c'est aussi le jour où il y a une manifestation, une mobilisation
08:59dans toute la France contre la réforme des retraites.
09:01Donc, elle est attentive, elle est soucieuse.
09:03D'ailleurs, très régulièrement, je la vois sur son téléphone.
09:06Je lui demande à un moment donné, mais qu'est-ce que vous faites ?
09:07Elle se tient au courant régulièrement auprès de chaque préfet de région
09:10pour voir le niveau de mobilisation un peu partout en France,
09:13pour voir si ça mobilise ou pas,
09:14et s'il y a des risques de dégradation ou de mouvements qui dégénèrent dans le pays.
09:19Et bien sûr, elle échange aussi très régulièrement par texto avec le président de la République.
09:23Au sein de son gouvernement, plusieurs ministres semblent intéressés par son poste.
09:27Vous lui en parlez.
09:28D'abord, rappelez-nous d'un mot.
09:29Qui peut être intéressé par le poste de Premier ministre ?
09:31Il y a évidemment Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances.
09:35Il y a Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur.
09:39Le nom aussi de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, qui circule.
09:42Et puis, pourquoi pas, d'autres figures comme un François Bayrou ou Richard Ferrand,
09:48l'ancien président de l'Assemblée nationale.
09:49Elle dit quoi de ça ?
09:50Ça l'amuse.
09:51D'ailleurs, à chaque fois qu'on la titille un peu sur le sujet,
09:54elle a toujours sa voix poteuse près de la bouche.
09:56Et puis, elle fait à chaque fois l'étonnement.
09:58Elle fait « Ah bon ? Il y en a qui voudraient ma place. »
10:00« Ah, c'est bon. »
10:01Et souvent, elle dit d'ailleurs « Mais j'aimerais les voir à ma place. »
10:05C'est-à-dire que c'est bien beau de vouloir le poste, mais pour faire quoi ?
10:08Qu'est-ce qui vous marque le plus d'un mot pendant ces deux jours de reportage ?
10:10Que c'est quelqu'un qui n'est pas dans la séduction,
10:13c'est quelqu'un qui est là pour dérouler.
10:15Et d'ailleurs, à un moment donné, j'ai une conversation avec son directeur de cabinet,
10:19Aurélien Rousseau, qui me dit, Elisabeth Borne,
10:21c'est quelqu'un qui est dans l'efficacité.
10:23D'ailleurs, elle le dit.
10:25Quand plusieurs fois, je l'interroge sur le climat dans l'Assemblée nationale,
10:30le rejet massif de l'opinion sur ce projet de réforme des retraites,
10:33les mouvements dans les rues,
10:35elle est persuadée de la justesse de cette réforme,
10:38de la nécessité de la faire.
10:39Elle a ce mot « Je ne suis pas là pour avoir des états d'âme. »
10:43À l'approche de la fin de l'examen du projet de loi prévu le jeudi 16 mars,
10:46Emmanuel Macron consulte à l'Élysée à plusieurs reprises
10:49Elisabeth Borne et ses principaux ministres
10:51pour savoir s'il va soumettre le texte au vote des députés
10:54ou bien si la réforme va passer sans vote grâce à l'article 49.3 de la Constitution.
11:00Par sécurité, le président choisit finalement cette deuxième option.
11:04Mais clairement, Pauline Théveniot et Elisabeth Borne étaient contre un passage en force.
11:07Alors, Elisabeth Borne, pour elle, qui veut se faire le chantre du dialogue social,
11:14de la négociation, c'est quasiment renier ses engagements
11:18et ce dont elle veut faire, une des marques de sa personnalité politique.
11:23Il faut savoir qu'elle est déjà à ce moment-là aussi usée par les 10.49.3
11:27qu'elle a dû dégainer pour faire passer le budget de l'État
11:31et le budget de la sécurité sociale à l'automne.
11:34Il faut savoir que cette décision s'est jouée dans les toutes dernières minutes
11:36si bien que le gouvernement arrive même en retard en séance.
11:39Et là où on ne peut pas dire qu'elle a été contre la méthode adoptée,
11:44c'est que dans les toutes dernières réunions d'arbitrage,
11:48entre le 49.3 et le risque de perdre un vote,
11:52elle se range bel et bien à l'option du 49.3
11:55en disant même au président de la République
11:57« Si je dois être infusible, eh bien j'endosserai ce rôle. »
12:03« La parole est à madame la première ministre. »
12:07Et le jeudi 16 mars donc, Elisabeth Borne monte à la tribune de l'Assemblée
12:10pour défendre à la fois ce choix de passer par le 49.3 et cette réforme.
12:15« Les membres du gouvernement qui sont en retard
12:17puisque la décision du 49.3 a été prise à la toute dernière minute
12:21rentrent dans l'hémicycle sous les huées et les invectives des députés.
12:26On entend des députés de l'opposition qui crient la honte
12:30à la fois quand les ministres pénètrent dans l'hémicycle
12:32et quand Elisabeth Borne monte à la tribune.
12:35Comme toujours avec Elisabeth Borne,
12:38elle laisse très peu transparaître ses émotions.
12:41Elle est assez impassible.
12:43Elle déroule son discours.
12:45« Aussi, parce que je suis attachée à notre modèle social
12:48et parce que je crois dans la démocratie parlementaire,
12:53c'est sur votre réforme, sur le texte du Parlement,
12:58fruit d'un compromis entre les deux assemblées,
13:01que je suis prête à engager ma responsabilité. »
13:04En citant Michel Rocard et en disant que lui aussi,
13:07en son temps, a dû utiliser le 49.3
13:09et que ce n'était pas infamant.
13:11« Aussi, sur le fondement de l'article 49,
13:14alinéa 3 de la Constitution,
13:17j'engage la responsabilité de mon gouvernement. »
13:21Et elle tient bon.
13:22Il faut l'imaginer vraiment à la tribune,
13:24en train de dérouler son discours
13:26sous ce brouhaha indescriptible.
13:29On se demande même à un moment
13:30est-ce qu'elle va arriver à terminer dans une telle ambiance.
13:33Et finalement, elle achève son propos.
13:37« À l'engagement de la responsabilité du gouvernement,
13:41répondront une ou plusieurs motions de censure.
13:44Un vote aura donc bien lieu comme il se doit.
13:48Et c'est donc la démocratie parlementaire
13:50qui aura le dernier mot. »
13:53« Madame la première ministre, je vous remercie. »
13:56Et ce sera plus tard que la pression retombera
13:59et qu'elle versera devant les députés de la majorité
14:02même quelques larmes.
14:06Olivier Beaumont, dans les heures et les jours qui suivent,
14:08la plupart des commentateurs
14:10la décrivent comme fragilisée
14:12par ce recours au 49-3.
14:14« Oui, parce qu'Elisabeth Borne,
14:16elle avait besoin d'une victoire politique
14:19sur ce texte qui est présenté quand même,
14:21il faut le rappeler,
14:21comme la réforme majeure de ce second quinquennat.
14:25Sauf qu'elle est fragilisée politiquement
14:27et puis aussi parce que la rue est en ébullition.
14:30Il y a des manifestations partout dans les grandes villes de France,
14:32parfois très violentes,
14:34avec des heurts et des images très très fortes,
14:36des oppositions entre les forces de l'ordre
14:37et puis les manifestants.
14:42Et donc, c'est une Elisabeth Borne
14:44qui effectivement est plus que jamais fragilisée.
14:51Le 22 mars, Emmanuel Macron est à la télé
14:53sur TF1 et France 2
14:55et il met la pression sur Elisabeth Borne.
14:57Il lui demande de renouer le dialogue avec les syndicats
15:00et d'élargir sa majorité.
15:01Le mandat que je lui ai donné,
15:03c'est de continuer à élargir cette majorité
15:07autant qu'elle le pourra.
15:08Il lui demande deux missions impossibles.
15:11Les syndicats le martèlent sur tous les tons.
15:13Ils ne veulent pas passer à autre chose.
15:15Ils considèrent que le dossier retraite n'est pas clos
15:18et qu'il n'est pas question pour eux
15:20d'aller discuter travail ou autre
15:23tant que la porte retraite ne sera pas fermée.
15:26Il lui demande également d'élargir sa majorité.
15:29Or, précisément, la réforme des retraites
15:31vient de se terminer en fiasco
15:33parce que le gouvernement n'a pas pu compter
15:36sur les républicains à l'Assemblée
15:38qui sont les seuls alliés possibles
15:40en l'état actuel du rapport de force.
15:43Donc, en somme, en lui demandant de renouer
15:45le dialogue avec les syndicats
15:46et d'élargir sa majorité,
15:47Emmanuel Macron, il sait très bien
15:48qu'elle ne peut pas y arriver,
15:50encore moins dans le temps imparti qu'il lui donne,
15:52c'est-à-dire trois semaines.
15:53Et tout le monde relève à ce moment-là
15:55une petite phrase qui sonne à la fois
15:58comme une menace et à la fois
15:59comme une prise de distance très marquée.
16:02Le président de la République, Emmanuel Macron,
16:04il dit à ce moment-là,
16:05et j'espère qu'elle y parviendra.
16:06Et donc, je souhaite que la Première Ministre
16:09puisse bâtir, justement,
16:10cet élargissement de la majorité
16:12dans les semaines à venir
16:13et j'espère qu'elle y parviendra.
16:14Au-delà de cette action...
16:14Le vendredi 7 avril,
16:16des propos d'Elisabeth Borne
16:17rapportés par le journal Le Monde
16:18ne plaisent pas au président.
16:21Elisabeth Borne, à ce moment-là,
16:22elle estime qu'il faut, je la cite,
16:24une période de convalescence pour le pays.
16:28Elle estime aussi,
16:28et ce sont ces mots qu'il ne faut pas
16:29brusquer les choses avec les syndicats.
16:31Pourquoi ça semble dissonant
16:33avec le président ?
16:35C'est que le président,
16:37il émaille ses propos,
16:39ses discours, ses interventions,
16:40souvent de petits taquets
16:41à l'endroit des syndicats,
16:43en particulier de Laurent Berger,
16:44le patron de la CFDT,
16:45avec lequel les rapports sont très tendus.
16:48Alors, à ce moment-là,
16:49tout le monde se dit,
16:51il y a de l'eau dans le gaz,
16:52il y a de la friture sur la ligne
16:53entre le président et la Première Ministre.
16:54Et dans la journée,
16:56le couple exécutif
16:57tente d'étouffer la polémique
17:00et d'aimant toute divergence
17:02pour ne pas ne laisser prospérer
17:03cette mauvaise musique.
17:06Le lundi 17 avril,
17:07Emmanuel Macron prononce
17:08une allocution télévisée
17:09et il donne 100 jours
17:11à Elisabeth Borne
17:12en résumé pour réparer la France.
17:15Nous avons devant nous
17:16100 jours d'apaisement,
17:20d'unité,
17:21d'ambition et d'action
17:23au service de la France.
17:24Est-ce qu'on peut dire
17:25qu'il conforte Elisabeth Borne
17:27à son poste ce soir-là ?
17:28Oui et non.
17:29Oui, parce que ce soir-là,
17:30il confirme
17:31qu'Elisabeth Borne
17:33reste à Matignon.
17:34Non, parce que, en fait,
17:36tout le monde comprend
17:37que son bail est précaire,
17:40que la Première Ministre
17:41reste en sursis.
17:42D'ailleurs,
17:43il ne cite même pas son nom.
17:44Il dit la Première Ministre.
17:45Il ne dit pas
17:46la Première Ministre Elisabeth Borne.
17:47Et par ailleurs,
17:48il pose ses 100 jours
17:50et qu'il dit
17:50qu'à l'issue de ses 100 jours,
17:52il tirera un bilan.
17:53tout le monde comprend
17:54qu'elle est, en fait,
17:56dans une période d'essai
17:57qui est prolongée.
17:59Le 26 avril,
18:00Elisabeth Borne
18:01tient une conférence de presse
18:02pour détailler
18:02la feuille de route
18:03du gouvernement
18:04des 100 jours
18:05promis par Emmanuel Macron
18:0710 jours plus tôt.
18:08Olivier Beaumont,
18:09qu'est-ce qu'il faut retenir
18:09de cette intervention
18:10d'Elisabeth Borne ?
18:11Ce qu'il faut retenir
18:12de cette présentation,
18:13c'est plutôt
18:14ce qu'il n'est pas dit.
18:15Effectivement,
18:16elle trace
18:16un certain nombre
18:17de chantiers
18:18comme le travail,
18:19le plein emploi,
18:19la réindustrialisation
18:21et puis aussi
18:22la régulation
18:22de l'espace numérique.
18:23Mais ce qui surprend
18:24tout le monde,
18:24tous les observateurs,
18:25c'est qu'il y a un gros manque.
18:26C'est la question
18:27du projet de loi immigration.
18:29Ce sujet
18:30dont on entend parler
18:30depuis maintenant
18:31quasiment un an,
18:32qui a été plusieurs fois
18:33reporté,
18:34plusieurs fois repoussé
18:35pour différentes raisons.
18:36On sait que le couple
18:37exécutif tergiverse
18:38sur la question
18:39et qu'Elisabeth Borne,
18:40elle considère
18:40que ce n'est pas forcément
18:41le moment
18:42pour aller sur un sujet
18:43clivant maintenant.
18:44Donc,
18:44on décide de supprimer,
18:46tout simplement,
18:46de ne pas mettre
18:48cette priorité
18:49en tout cas dans les 100 jours
18:50et on reporte
18:51le projet de loi immigration
18:52à l'automne prochain.
18:55Le mardi 10 mai,
18:56Elisabeth Borne
18:57prend l'avion
18:57pour rallier la Réunion.
18:59C'est son premier déplacement
19:00en Outre-mer
19:01depuis son arrivée
19:02à Matignon,
19:02il y a donc près d'un an.
19:04On en revient
19:04au début de cet épisode
19:05de Code Source.
19:06Pauline Théveniot,
19:06vous êtes avec elle
19:07dans l'avion
19:08et quand elle arrive sur place,
19:10elle doit soigneusement
19:11éviter les manifestants.
19:12Oui,
19:12et ce sera le cas
19:13tout au long
19:14de son déplacement.
19:15Elle ne sort pas
19:15de l'aéroport
19:16par la porte principale,
19:18mais par une porte
19:19plus discrète
19:21pour éviter les manifestants.
19:22Certains étaient arrivés là
19:23à 4 heures du matin
19:24pour être sûrs
19:26de pouvoir taper
19:27sur des casseroles
19:28à son arrivée.
19:29Dès qu'elle va quelque part,
19:31il y a des manifestants.
19:33Elle en vient même
19:34à utiliser
19:35une technique
19:36éprouvée
19:37par Emmanuel Macron
19:38qui est celle
19:38de la visite surprise,
19:40c'est-à-dire
19:41qu'elle s'arrête
19:42à un moment donné
19:43au débeauté,
19:44ce qui est quelque chose
19:44qu'elle assume totalement.
19:46à ce moment-là,
19:47elle nous explique
19:48qu'elle considère
19:49que ce sont des gens
19:50avec qui il n'est pas possible
19:51de parler,
19:51qui ne veulent pas le débat
19:52et que donc
19:54elle continuera,
19:55l'exécutif
19:56et le gouvernement également,
19:58à trouver les moyens
19:59pour se déplacer
20:00en les esquivant.
20:02Il y a eu un moment
20:03dans son déplacement
20:04où elle avait
20:06200 mètres à faire
20:07entre un rendez-vous
20:08qu'elle avait
20:09avec des élus locaux
20:10pour parler logement
20:11et un rendez-vous
20:12qu'elle avait à la mairie,
20:12c'était dans la ville
20:13de Saint-Pierre
20:14et à ce moment-là,
20:15elle prendra sa voiture
20:16pour parcourir
20:17ces 200 mètres
20:18alors même
20:19qu'elle avait prévu
20:20de faire ce chemin à pied
20:21et qui devait passer
20:22notamment par un marché.
20:27À un moment de cette visite
20:28à la Réunion,
20:29Pauline Théveniot,
20:30vous assistez
20:30à une scène surprenante.
20:32On est à l'observatoire
20:33de physique
20:34et de l'atmosphère
20:34de la Réunion.
20:35Il faut imaginer
20:36un bâtiment
20:37qui est sur un promontoire
20:38au milieu de montagnes
20:40magnifiques
20:40et il y a une terrasse
20:43qui est en balcon
20:44au-dessus du vide.
20:45Elisabeth Borne,
20:46son premier réflexe
20:47c'est de vouloir
20:48aller voir la vue
20:48parce que c'est un endroit
20:49absolument sublime.
20:51Et donc,
20:51elle sème
20:52toute la petite délégation
20:53officielle
20:54qui l'accompagne
20:54et elle fonce
20:55vers ce balcon.
20:56Ce qui déroute
20:57et ce qui prend de court
20:58à tous ceux
20:59qui l'accompagnent
20:59qui se demandent
21:00ce qu'elle fait là
21:01et là,
21:02elle leur lance
21:02avec l'humour caustique
21:04dont elle sait faire preuve
21:06en privé
21:07ne vous inquiétez pas
21:08je ne saute pas.
21:10Et ça,
21:10c'est une façon
21:11un peu avec un humour noir
21:13de montrer
21:15qu'elle ne compte pas
21:16baisser les bras
21:17qu'elle ne lâchera rien
21:18pour Matignon
21:19et qu'elle ne rendra pas
21:21les armes
21:21que si on veut
21:23l'en déloger
21:23ça ne sera pas si facile
21:25et elle est clairement
21:26à ce moment-là
21:27en campagne.
21:28Le mardi 16 mai
21:29le jour marquant
21:30les un an
21:30de son arrivée à Matignon
21:31et le lendemain
21:32Elisabeth Borne reçoit
21:33les syndicats de salariés
21:34pour reprendre contact
21:35suite à la réforme
21:37des retraites
21:37passée sans vote.
21:38Le dimanche 28 mai
21:40Elisabeth Borne
21:40est l'invité
21:41d'une longue interview
21:42sur Radio J
21:42la première radio juive
21:44de France
21:44et à un moment
21:45le présentateur
21:46l'interroge
21:46sur le rassemblement national
21:48de Marine Le Pen.
21:49Est-ce que vous voyez
21:50dans le rassemblement national
21:52un parti républicain
21:53ou est-ce que vous y voyez
21:54toujours
21:54le parti héritier de Pétain ?
21:57Vous savez moi
21:58je ne crois pas du tout
21:59à la normalisation
22:00du rassemblement national
22:01je pense qu'il ne faut pas
22:02banaliser ses idées
22:03ses idées
22:04sont toujours les mêmes
22:05alors maintenant
22:06le rassemblement national
22:08y met les formes
22:09mais je continue à penser
22:10que c'est une idéologie
22:11dangereuse.
22:12Héritier de Pétain ?
22:13Oui également héritier de Pétain.
22:15Deux jours plus tard
22:15Emmanuel Macron
22:16recadre Elisabeth Borne
22:18suite à cette déclaration.
22:19Oui ça se passe
22:20en conseil des ministres
22:21et le président de la République
22:22lors de son propos
22:24où il évoquait à un moment donné
22:25les résultats
22:26des dernières élections
22:27législatives en Espagne
22:28où l'extrême droite
22:29a fait une percée
22:30assez importante
22:31et bien c'est l'occasion
22:32pour lui de rappeler
22:33la stratégie adoptée
22:35face au rassemblement national
22:37une stratégie qui consiste
22:38à l'attaquer
22:38là je cite ses mots
22:39sur le réel
22:41sur le concret
22:42c'est-à-dire sur son programme économique
22:43dénoncer aussi
22:44ses alliances
22:45avec certains partenaires
22:47pays européens
22:48et une façon de dire aussi
22:49qu'il faut sortir
22:51des postures
22:52des arguments moraux
22:53il faut finir
22:54avec les arguments
22:55des années 90
22:56je cite le président
22:57et là
22:57il ne la cite jamais
22:59nommément
22:59il ne la regarde pas
23:00mais on voit très bien
23:01à quoi ces attaques
23:02cette allusion
23:03en tout cas
23:03fait référence
23:04ça fait référence
23:04aux propos
23:05qu'a tenu Elisabeth Borne
23:06l'avant-veille
23:07sur Radio-J
23:08effectivement
23:08quand elle compare
23:09le Front National
23:10à un héritier de Pétain
23:11d'un mot
23:12comment c'est perçu
23:13par les ministres présents
23:14ils sont assez sidérés
23:15ils sont assez sidérés
23:16parce qu'elle ne réagit pas du tout
23:18certains d'ailleurs
23:18ont du mal
23:19à saisir l'allusion
23:21on pense que non
23:21c'est pas elle qui le visait
23:22mais d'autres le voient très bien
23:23et d'ailleurs
23:23pour avoir échangé
23:24avec plusieurs membres du gouvernement
23:25à la sortie du conseil des ministres
23:27certains m'ont même dit
23:28le président lui a envoyé un scud
23:30le mercredi 31 mai
23:31pendant un déplacement en Slovaquie
23:33Emmanuel Macron
23:34dément avoir recadré
23:36Elisabeth Borne
23:37pendant le conseil des ministres
23:38il lui renouvelle sa confiance
23:39et il répète
23:41en résumé
23:41ce qu'il a dit
23:42pendant le conseil des ministres
23:43on ne peut plus battre
23:45dans nos démocraties
23:47l'extrême droite
23:47simplement avec
23:48des arguments historiques et moraux
23:50d'abord parce que
23:51cette extrême droite
23:51s'est transformée
23:52et ensuite parce qu'elle a
23:54beaucoup d'électeurs aujourd'hui
23:55qui ne votent pas
23:57pour cette histoire
23:59mais votent parce qu'ils se disent
24:00au fond
24:00on n'a pas encore essayé cela
24:02et ce qu'il nous propose
24:03paraît séduisant
24:04il faut répondre au concret
24:06parce que
24:07on produit du malheur
24:09quand on annonce
24:10des fausses promesses
24:10et donc le combat
24:11contre l'extrême droite
24:12est aussi un combat
24:13au réel
24:14au concret
24:14pour être clair
24:15factuellement
24:15le président a donc bien dit
24:17en conseil des ministres
24:18ce que le parisien
24:19en a rapporté
24:20mais il affirme
24:21qu'il ne s'agissait pas
24:22d'un recadrage
24:23de la première ministre
24:24contrairement à l'impression
24:26de plusieurs personnes
24:27présentes dans la salle
24:28et contrairement
24:29à notre analyse
24:30de la situation
24:31Pauline Théveniot
24:32Elisabeth Borne
24:33reste aujourd'hui
24:34sur un siège éjectable ?
24:36Oui plus que jamais
24:37d'ailleurs
24:38ce recadrage
24:39du président
24:39au conseil des ministres
24:41ça a clairement
24:41été vu
24:42comme une nouvelle preuve
24:44qu'elle est sur ce siège
24:45éjectable
24:46au sein du gouvernement
24:48certains se sont même
24:49dit
24:50c'est une façon
24:51pour le président
24:52de sonner le glas
24:53du couple exécutif
24:55en somme
24:55d'annoncer
24:56et finalement
24:58d'ambiancer un peu
24:59tout le monde
24:59sur l'idée
25:00qu'il va s'en séparer
25:01on n'en est pas là
25:02on n'a aucune certitude
25:03à l'heure où on se parle
25:04sur ce que fera
25:05le président
25:06dans les prochaines semaines
25:07mais clairement
25:08Elisabeth Borne
25:09est dans une situation
25:10politique
25:12extrêmement difficile
25:12et inconfortable
25:18Merci à Pauline Théveniot
25:19et Olivier Beaumont
25:20Code Source
25:21est le podcast quotidien
25:22d'actualité du Parisien
25:24un nouvel épisode
25:24chaque soir de la semaine
25:25n'oubliez pas
25:26de vous abonner
25:27sur une application audio
25:28pour nous retrouver facilement
25:30cet épisode de Code Source
25:31a été produit par
25:32Raphaël Pueillot
25:33Thibaut Lambert
25:34et Emma Jacob
25:36réalisation
25:36Julien Moncouquiol
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