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Après une rentrée compliquée pour les parents et mouvementée le monde enseignant, le ministre de l’Education nationale est la cible de vives critiques après la révélation qu’il a passé ses vacances de Noël à Ibiza. Récit avec Thomas Poupeau et Bérangère Lepetit, journalistes au service société du Parisien, et Olivier Beaumont, journaliste au service politique.

Dans ce podcast : Jean-Michel Blanquer dans la tourmente les syndicats d'enseignants lui reprochaient déjà d'avoir dévoilé un protocole sanitaire dans la presse dans le Parisien la veille de la rentrée et le 17 janvier le site d'info Mediapart a révélé que le ministre de l'éducation avait répondu aux questions du Parisien depuis Ibiza où il était en vacances ce qu'ignoraient à ce moment-là nos journalistes. Retour sur une rentrée de janvier compliqué par le variant Omicron et sur les difficultés de Jean-Michel Blanquer.
Depuis le printemps 2021 Emmanuel Macron se félicite régulièrement du fait que la France est l'un des pays où les écoles sont restées le moins longtemps fermées.
Les écoles ont fermé à deux reprises en France pour freiner la propagation du virus au printemps 2020 et en avril 2021. Pour les parents à chaque fois ça a été très compliqué…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian


Archives : France Inter, CNews, France TV, France Info,

#blanquer #ministre #Ibiza

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Jean-Michel Blanquer est dans la tourmente.
00:14Les syndicats d'enseignants lui reprochaient déjà d'avoir dévoilé un protocole sanitaire dans la presse dans le Parisien la
00:20veille de la rentrée.
00:21Et le 17 janvier, le site d'info Mediapart a révélé que le ministre de l'éducation avait répondu aux
00:28questions du Parisien depuis Ibiza, où il était en vacances, ce qu'ignorait à ce moment-là nos journalistes.
00:34Retour sur une rentrée de janvier compliquée par le variant Omicron et sur les difficultés de Jean-Michel Blanquer avec
00:40trois journalistes du Parisien,
00:42Thomas Poupot et Bérangère Lepetit du service Société en charge de l'éducation et Olivier Beaumont qui suit l'exécutif
00:50au sein du service politique.
00:59Nous pouvons nous féliciter dans notre pays d'avoir réouvert parmi les premiers nos écoles au printemps dernier, le 11
01:06mai, rappelez-vous, et de les avoir maintenues ouvertes.
01:09Nous faisons partie des rares pays qui ont fait ce choix, alors même que nous avons été très frappés par
01:14l'épidémie.
01:15Olivier Beaumont, depuis le printemps 2021, Emmanuel Macron se félicite régulièrement du fait que la France est l'un des
01:21pays où les écoles sont restées le moins longtemps fermées.
01:24C'est important pour lui ?
01:25Ah oui, et puis c'est même une spécificité française.
01:28Quand le pays a subi un premier confinement au printemps 2020 et qu'ensuite il était décidé de rouvrir les
01:33écoles,
01:33très vite on a décidé que plus jamais dans la suite de la crise, si un nouveau variant revenait, on
01:38ne viendrait à refermer à nouveau les établissements scolaires.
01:41Thomas Poupot, les écoles ont fermé à deux reprises en France pour freiner la propagation du virus, au printemps 2020
01:47et en avril 2021.
01:49Pour les parents, à chaque fois, ça a été très compliqué.
01:52Oui, ça a été très compliqué parce que d'une part c'est nouveau, les écoles fermaient aussi longtemps,
01:57donc pour les salariés qui ne bénéficient pas du chômage partiel, et ils sont nombreux, il faut s'organiser, il
02:02faut faire appel au système D,
02:03donc il faut appeler les grands-parents à la rescousse, il faut profiter de la sieste du petit pour passer
02:08ses appels, faire des visios.
02:09Et pour tous les salariés qui sont contraints d'aller bosser sur site, les emplois dits de première ligne, comme
02:14les caissiers par exemple,
02:15il faut trouver une solution de garde à long terme.
02:19Olivier Beaumont, le 27 décembre, alors que la cinquième vague de Covid se transforme en raz-de-marée,
02:24un conseil de défense sanitaire est organisé à l'Elysée, autour d'Emmanuel Macron.
02:29Après la réunion, le Premier ministre Jean Castex annonce de nouvelles mesures,
02:33mais malgré la hausse des contaminations, il ne prévoit pas de repousser la rentrée des classes.
02:38Elle aura bien lieu le 3 janvier.
02:40Il est décidé autour du conseil de défense sanitaire que oui, la rentrée des classes se fera bien,
02:45mais avec un protocole particulier, et c'est ce à quoi vont s'atteler Jean-Michel Blanquer, Olivier Véran,
02:51et les autorités sanitaires dans les jours qui suivent pour précisément définir le protocole sanitaire à venir dans les écoles.
02:58Thomas Poupot, à ce moment-là, les élèves français sont en vacances,
03:01et aucune annonce n'a été faite concernant le protocole sanitaire prévu pour la rentrée.
03:05C'est l'inquiétude, le doute qui domine pour les parents et les enseignants ?
03:09Oui, parce qu'à ce moment-là, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé.
03:12D'un côté, on a les chiffres de contamination, et on se dit que les choses ne peuvent pas rester
03:15en l'état.
03:16Mais d'un autre côté, il est beaucoup trop tard pour organiser un protocole poussé dans les écoles.
03:20Les directeurs et les directrices sont en vacances, les profs aussi.
03:23Et de l'aveu même de l'entourage de Jean-Michel Blanquer,
03:25il faut de toute façon une bonne semaine pour installer un protocole, un vrai protocole.
03:29Donc c'est trop tard, et la grogne monte vite et monte fort.
03:32Bonjour Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale.
03:36Bérangère Lepetit, le lendemain, le mardi 28 décembre, sur France Inter,
03:40le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, évoque de nouvelles mesures concernant les écoles.
03:46C'est la première fois qu'il annonce une piste sérieuse envisagée par le gouvernement.
03:51Jusqu'à présent, les parents, dès que leur enfant était dans une classe avec un cas positif de Covid,
03:57devaient le faire tester, soit avec un test PCR ou antigénique,
04:02avant de pouvoir le remettre en classe si ce test était négatif.
04:06Là, désormais, il évoque l'obligation pour les parents de devoir faire à leur enfant
04:12deux, voire trois tests à plusieurs jours d'intervalle.
04:16Aujourd'hui, on en fait faire un test, et probablement nous allons aller vers deux ou trois tests.
04:20Avant donc de pouvoir le remettre en classe si le test est négatif.
04:23Le 31 décembre, le Haut Conseil de la Santé publique fait de nouvelles recommandations.
04:29Effectivement, recommandations qui consistent en un point majeur,
04:32suppression du test PCR antigénique dès le premier cas, et on basculerait vers trois autotests.
04:38Suite à cela, ce sont des préconisations.
04:40Une réunion va se tenir à Matignon, en présence de Jean-Michel Blanquer et d'Olivier Véran,
04:45et donc Jean Castex, pour savoir ce qu'on fait exactement de ces propositions,
04:49et quelles sont les décisions qu'on va prendre pour le lundi suivant.
04:52Cet avis du Haut Conseil de la Santé publique ne sera pas suivi, en tout cas pas dans l'immédiat.
04:57Thomas Poupot, avec Pierre Maurer du service politique du Parisien,
05:00vous faites une interview de Jean-Michel Blanquer le samedi 1er janvier.
05:04Interview au téléphone, parce que le ministre est en vacances, en famille, vous dit son entourage.
05:10L'interview est ensuite complétée le dimanche, en fonction des tout derniers arbitrages.
05:14Et vous la publiez, dans l'après-midi, peu après 16h, quel est le nouveau dispositif ?
05:20En résumé, on mise tout sur les tests.
05:23Dès la découverte d'un cas positif dans une classe, tous les élèves, avec leurs parents,
05:27doivent aller faire un test, soit PCR, soit antigénique, dans un labo ou dans une pharmacie.
05:30S'il est négatif, l'élève retourne en classe.
05:33Et à J2 et à J4, tous les élèves de la classe doivent se soumettre à un autotest.
05:38En fait, il y a trois tests.
05:40Ces autotests sont censés être donnés gratuitement par les pharmaciens ou les labos lors du premier test.
05:43Et pour les autotests, donc à J2 et à J4, une simple attestation sur l'honneur suffit pour rester en
05:49classe en disant que le test est négatif.
05:52Comment réagit le monde enseignant ?
05:53C'est un incroyable bad buzz pour le ministre de l'Éducation nationale,
05:56parce que si, en réalité, le protocole est publié sur le site du ministère en même temps que l'interview
06:01sur le site du Parisien,
06:02le fait d'en donner les grandes lignes à un média, au même moment, en fait, ne passe pas.
06:06Les enseignants ont l'impression d'être méprisés et que dans sa communication, Jean-Michel Blanquer se fiche un peu
06:11de la manière dont ils vont devoir s'organiser.
06:14L'autre élément de crispation, c'est que l'article est payant et que tous les profs, évidemment, ne sont
06:17pas abonnés aux Parisiens.
06:18Donc pour eux, c'est une gifle supplémentaire.
06:20Et en réalité, une heure après publication, l'article passe en gratuit,
06:23mais cette forme de communication à un moment très tendu où les chiffres épidémiques explosent chez les enfants ne passe
06:28vraiment pas.
06:29Et Blanquer va traîner ça longtemps, longtemps comme un boulet.
06:31Le lundi 3 janvier, c'est la rentrée. Thomas Poupot, vous appelez plusieurs directeurs d'école dans le Limousin, dans
06:37le Rhône ou encore en Bretagne.
06:38Et ils vous disent qu'ils ont beaucoup de mal à appliquer ce nouveau protocole.
06:42Tous parlent d'une usine à gaz parce qu'avec trois tests à faire par enfant, tenir les comptes, c
06:47'est mission impossible.
06:48Concrètement, le matin au portail, c'est un enfer.
06:50Qui a fait son test ?
06:51Quand se pose aussi la question des élèves dont les parents ne voudront pas de toute façon faire de test,
06:56mais qui déposeront quand même leurs petits ?
06:58Est-ce qu'on refuse les petits ? Est-ce qu'on les isole dans une salle à part dans
07:01l'école ?
07:01Est-ce qu'on ferme les yeux, tout simplement ?
07:03En fait, on fait reposer la réussite du protocole en grande partie sur les épaules des directeurs,
07:07sauf qu'il n'y a pas, dans un premier temps, de moyens supplémentaires.
07:10Et le souci ultime pour les directeurs d'école, c'est que comme désormais une attestation sur l'honneur suffit
07:14pour remettre son enfant en classe,
07:16c'est la crainte des attestations bidons et donc d'un virus qui circule toujours dans les classes.
07:20Les parents d'élèves, eux, peinent à tester leurs enfants,
07:23notamment parce que les pharmacies et les laboratoires sont loin d'avoir le stock nécessaire de tests.
07:29Dans l'interview au Parisien la veille de rentrée,
07:30Jean-Michel Blanquer nous assure que les stocks de tests sont prévus,
07:33notamment chez les pharmaciens, que tout a été anticipé pour qu'ils puissent en distribuer aux parents gratuitement.
07:38En réalité, les pharmaciens, les labos, découvrent la consigne le jour J et n'ont pas du tout les stocks.
07:43Alors là, c'est un calvaire pour les parents.
07:45Ils doivent faire la queue très longtemps, dès le matin, pour faire tester leurs petits.
07:49Et donc, une fois de plus, c'est l'emploi du temps familial qui est chamboulé.
07:51Pendant ce temps, les cas de Covid ne cessent d'augmenter.
07:54Le 6 janvier, le ministère de l'Éducation publie de nouveaux chiffres sur les cas de coronavirus
07:58dans les établissements scolaires depuis la rentrée.
08:01Thomas Poupot, vous écrivez dans le Parisien que ces chiffres donnent le tournis.
08:05Près de 50 000 cas positifs chez les élèves et plus de 5 600 chez les adultes.
08:10Au total, plus de 9 000 classes sont fermées.
08:14Est-ce qu'à ce moment-là, vous sentez monter le mécontentement ?
08:17Oui, évidemment.
08:18D'abord, parce que ces chiffres de l'Éducation nationale sont sans doute sous-estimés.
08:21Selon les statistiques qui sont publiques, de Santé publique France,
08:24on a autour, en réalité, de 400 000 cas positifs chez les 3-17 ans, c'est-à-dire la
08:28tranche scolaire.
08:29Donc, rien à voir avec les chiffres qu'évoque l'Éducation nationale.
08:32Alors, les pharmacies, les labos, les familles sont submergées.
08:35Et beaucoup de parents, à ce moment-là, avouent faire des attestations bidons.
08:38Et beaucoup de directeurs disent dès les premiers jours qu'ils n'appliqueront pas la totalité du protocole.
08:42En fait, l'école craque de partout dès les premiers jours.
08:47Dans la soirée du jeudi, les directeurs d'école reçoivent un mail du ministère de l'Éducation nationale,
08:53ministère qui annonce que le protocole va être légèrement assoupli.
08:57Il fallait faire un geste, c'est assez clair.
08:59Le très léger assouplissement dit que désormais, si un élève est positif,
09:03alors que toute la classe a déjà démarré un parcours de 3 tests,
09:05il n'est pas nécessaire de repartir à nouveau pour 3 tests, parce que sinon c'était sans fin.
09:10Le lendemain, Bérangère Lepetit, Jean-Michel Blanquer intervient sur la chaîne de télévision CNews.
09:14Il justifie le renforcement du dispositif depuis cette rentrée de janvier.
09:18Bien sûr que c'est dur, bien sûr que c'est compliqué.
09:20Il rappelle son objectif qui est celui de garder les écoles ouvertes.
09:24Donc le grand enjeu d'abord, c'est d'être tous solidaires, unis pour réussir nos objectifs,
09:29qui sont au service des enfants tout simplement, c'est-à-dire avoir l'école ouverte au maximum.
09:33En fait, il dit « je vous comprends », mais c'est le prix à payer pour garder les écoles
09:37ouvertes dans le pays.
09:38Le vendredi 7 janvier, après cette rentrée très compliquée pour les enseignants et les parents,
09:43une réunion est organisée entre Jean Castex, Olivier Véran et Jean-Michel Blanquer.
09:48Parce qu'ils partent tous d'un constat « ça ne fonctionne pas ».
09:50Il faut trouver des solutions pour répondre à la colère des parents et des enseignants.
09:54Et qu'est-ce qu'on se dit à cette réunion ? C'est qu'il faut alléger le protocole.
09:58Olivier Véran évoque notamment des pistes, notamment le fait de passer par trois autotests.
10:03Cette piste n'est pas pour autant validée par Matignon.
10:06Jean Castex va encore se donner le week-end avant de trancher définitivement.
10:10Le même jour, les syndicats de l'éducation nationale se rencontrent
10:14et à l'issue de la réunion, la quasi-totalité d'entre eux décident de lancer un appel à la
10:18grève pour le jeudi 13 janvier.
10:21Thomas Poupot, qu'est-ce qu'il reproche précisément à Jean-Michel Blanquer ?
10:24Il lui reproche d'abord sa communication, c'est-à-dire de parler d'abord aux médias et après aux
10:28personnels enseignants.
10:29Surtout que ce n'est pas la première fois qu'il procède de la sorte.
10:32Et puis, sur le fond, il lui reproche de ne pas mettre les moyens pour garder les écoles ouvertes.
10:36Eux veulent des masques FFP2, ils veulent des embauches pour alléger les effectifs,
10:41ils veulent des capteurs de CO2 dans les classes.
10:43En réalité, ils n'auront rien de tout ça.
10:44Bérangère Lepetit, à ce moment-là, vous écrivez aussi que partout dans France,
10:49les rectorats essaient de recruter en urgence des remplaçants
10:52et ils se tournent notamment vers les profs retraités.
10:55En fait, ce qu'ils cherchent avant tout, c'est à recruter du personnel expérimenté.
10:59Et dès le mois de décembre, partout dans le pays,
11:02les rectorats envoient des mails ou appellent les personnels récemment partis
11:06de l'éducation nationale en 2020 ou 2021.
11:10Sauf que le problème, en fait, c'est que ce sont des gens
11:12qui parfois sont bien contents d'avoir arrêté de travailler,
11:16ont connu le début de la crise épidémique,
11:18connaissent les conditions de travail dégradées
11:20dans lesquelles ils doivent exercer leur métier.
11:23Et en fait, ils refusent.
11:25La plupart ne donnent pas suite à ces propositions.
11:28La tentative est un peu chou-blanc.
11:31Nous accueillons Jean Castex.
11:32Bonsoir, monsieur le Premier ministre.
11:34Bonsoir, madame LaPix.
11:34Le lundi 10 janvier, le soir, Jean Castex est l'invité du journal de 20h de France 2
11:39et il annonce un assouplissement du dispositif dans les écoles.
11:43Il annonce donc...
11:43La possibilité que nous avons donc décidé, que je vous annonce,
11:47en réalité de pouvoir recourir à trois autotests.
11:50Plutôt qu'un PCR et deux autotests, que des autotests.
11:53Trois autotests suffiront.
11:55Plus besoin de tests PCR pour que les enfants puissent revenir à l'école.
11:58Olivier Beaumont, est-ce que c'est un désaveu pour Jean-Michel Blanquer ?
12:02C'est la lecture que certains ont voulu faire,
12:04notamment les adversaires politiques.
12:06Le ministre de l'Éducation nationale, lui, a une lecture un petit peu différente.
12:09Quand Jean Castex prend la parole, il fait des annonces sanitaires
12:12et aussi des annonces qui concernent l'Éducation nationale.
12:15Et donc, comme c'était une thématique interministérielle,
12:18il avait été décidé d'un commun accord,
12:19que ce soit Jean Castex qui prenne la parole ce soir-là.
12:22Bérangère Lepetit, est-ce que cette intervention du chef du gouvernement apaise la situation ?
12:27Pas du tout.
12:28Le lendemain, moi, j'appelle notamment le secrétaire général de l'UNSA,
12:31donc l'un des syndicats qui appelle à la mobilisation du 13 janvier.
12:35Et lui me dit, cette intervention, en fait, elle a empiré la situation.
12:39Ce matin, moi, j'ai des collègues qui m'appellent,
12:41qui n'avaient pas l'attention de faire grève le 13 janvier et qui vont se déclarer grévistes.
12:45En fait, l'intervention de Jean Castex a agacé encore plus les enseignants
12:51parce que finalement, il annonce un allègement du protocole,
12:54mais il annonce encore un énième changement de protocole
12:57que le personnel de l'éducation dans son ensemble va devoir appliquer,
13:01va devoir intégrer à nouveau.
13:03Et ça, c'est délétère, en fait.
13:05Avant même l'intervention de Jean Castex, dans la journée du lundi,
13:08la FCPE, la principale organisation de parents d'élèves,
13:11avait rejoint l'appel à la grève des syndicats d'enseignants.
13:14Bérangère Lepetit, c'est le monde de l'éducation dans son intégralité
13:18qui se prépare à manifester son mécontentement ?
13:21C'est très rare que la FCPE appelle les parents à ne pas déposer leur enfant à l'école.
13:26C'est un mouvement inédit qui se prépare.
13:29C'est l'école tout entière qui va descendre dans la rue.
13:31Donc, à la fois les enseignants, les parents, sans doute accompagnés de leurs enfants,
13:38les médecins, les infirmières scolaires
13:40et aussi les cadres dirigeants de l'éducation nationale,
13:43les inspecteurs d'académie, les proviseurs, les principaux de collège,
13:47les directeurs et directrices d'écoles maternelles,
13:50l'école tout entière va manifester.
13:56Olivier Beaumont, la prise de parole de Jean Castex le lundi soir
13:59est présentée par la plupart des commentateurs comme un désaveu pour Jean-Michel Blanquer.
14:04Comment vit ça l'entourage de ministres de l'éducation ?
14:07C'est très mal perçu, y compris directement par le ministre lui-même,
14:12parce qu'il a le sentiment d'être le coupable de ce grand bazar,
14:15alors que ce sont des annonces qui ont aussi été validées par Olivier Véran
14:18et puis par Jean Castex et l'Elysée.
14:20Il le vit très mal, il est très énervé d'ailleurs.
14:23Il a un vrai sentiment d'injustice par rapport au fait de subir toutes ces attaques et ces colibés.
14:26Et il y a cette formule que vous citez dans l'un de vos articles,
14:29le mardi 11 janvier au soir sur leparisien.fr.
14:32Jean-Michel Blanquer ne veut pas passer pour le père Fouettard.
14:34Bah oui, il en a un peu marre de prendre pour tout le monde,
14:37parce que lui, il considère que le protocole, il a été tenu.
14:40Et c'est là où on voit, il y a des petites tensions d'ailleurs,
14:42entre le ministère de la Santé et celui de l'Éducation nationale,
14:46parce que, grosso modo, chacun s'envoie un petit peu la balle.
14:48Et du côté de Jean-Michel Blanquer, on soulève d'ailleurs que,
14:51si ça n'a pas marché, c'est qu'il manquait des autotests,
14:53alors qu'il avait été promis de mettre en place, au cours de la semaine de la rentrée,
14:5710 millions d'autotests.
14:58Visiblement, ça n'a pas été le cas.
15:00Le mercredi, juste avant le Conseil des ministres à l'Élysée,
15:03Jean-Michel Blanquer et le ministre de la Santé, Olivier Véran,
15:07ont une conversation tendue.
15:09Ça se passe mercredi matin, juste avant le Conseil des ministres,
15:12qui allait au Salon des ambassadeurs.
15:13Et effectivement, à ce moment-là, Jean-Michel Blanquer reproche à Olivier Véran
15:17de ne pas prendre sa part de responsabilité.
15:18Olivier Véran, lui, il joue l'étonnement.
15:21Il y a cette phrase, d'ailleurs, à un moment qu'on rapporte,
15:23d'Olivier Véran, qui dit à Jean-Michel Blanquer,
15:25Jean-Michel, calme-toi.
15:26Il faut rappeler aussi que Jean-Michel Blanquer lui reproche
15:29de ne pas l'avoir assez soutenu lors des questions au gouvernement.
15:31Et quand il lui fait part de ce mécontentement,
15:34Olivier Véran lui fait, non, mais attends, au contraire,
15:36tu ne peux pas dire ça encore ce matin à la radio.
15:39Je t'ai défendu, j'ai fait le service après-vente,
15:41en disant que Jean-Michel Blanquer tenait bien son ministère et tout.
15:44Donc, Olivier Véran, il est très surpris par ces attaques.
15:46La colère des enseignants, mais aussi de certains parents,
15:49des manifestations ont lieu partout en France.
15:51C'est la grève dans les écoles, les collèges, les lycées,
15:53contre le protocole sanitaire du gouvernement.
15:56On en arrive à la journée de grève dans l'éducation nationale,
15:59le jeudi 13 janvier.
16:00Les enseignants qui manifestent redisent leur ras-le-bol.
16:03Ils dénoncent une nouvelle fois en résumé
16:05un protocole sanitaire inapplicable et un manque de moyens,
16:07comme des masques FFP2.
16:09L'entrée émission ! L'entrée émission ! L'entrée émission !
16:15Bérangère Lepetit, dans quelle mesure le mouvement est-il suivi ?
16:18Le mouvement est très suivi.
16:20C'est donc un succès pour les syndicats d'enseignants,
16:23les associations de parents.
16:25Au total, dans la France, le ministère de l'Intérieur
16:28compte 80 000 manifestants,
16:29donc il y a beaucoup de cortèges un peu partout.
16:32Le ministère de l'Éducation nationale, lui,
16:35dit que c'est 30% du personnel de l'éducation qui s'est mobilisé.
16:38Les syndicats avancent, comme toujours, des chiffres plus importants.
16:42Ils disent qu'il y a 60% des enseignants qui ont suivi le mouvement.
16:46C'est quand même très important.
16:47Le lendemain matin, Jean-Michel Blanquer est l'invité de France Info
16:50et il promet des renforts et des moyens supplémentaires.
16:53Il annonce des moyens et des renforts,
16:56mais il annonce aussi un changement de méthode.
16:59Il dit qu'il va rencontrer désormais les syndicats d'enseignants
17:02avec les ministères de la Santé et de l'Éducation
17:05toutes les deux semaines.
17:06Depuis hier, c'est d'institutionnaliser le fait de parler
17:08entre santé, éducation nationale et organisation nationale.
17:10Ce sera toujours à trois comme ça ?
17:12Ce sera deux fois par mois.
17:13Cela permettra au ministère de la Santé d'expliciter un certain nombre de choses.
17:18Par ailleurs, il annonce des embauches.
17:213 300 contractuels vont rejoindre les effectifs de l'éducation nationale
17:26dans les semaines à venir.
17:27Il va y avoir 70 millions de masques chirurgicaux
17:30qui vont être distribués dans les écoles,
17:325 millions de masques FFP2.
17:35Et il annonce aussi le renforcement d'un fonds
17:39pour favoriser l'installation de capteurs CO2
17:42et de purificateurs d'air dans les écoles.
17:46Thomas Poupot, les syndicats se réunissent ce jour-là.
17:49Quelles suites vont-ils donner au mouvement ?
17:51Ils veulent surfer sur le succès de la mobilisation.
17:54Dans la foulée, plusieurs d'entre eux appellent à une nouvelle journée d'action,
17:57y compris par la grève, je cite, pour la journée du 20 janvier.
18:00Et ils appellent chaque établissement à lister leurs problématiques.
18:03Et puis, leur nouveau cheval de bataille,
18:05c'est de demander le report des épreuves du bac prévu en mars à juin.
18:09Ils jugent les syndicats que la préparation a été trop chaotique.
18:12Et sur ce point, le gouvernement serait d'accord avec eux
18:14et l'envisage sérieusement.
18:16Le lundi 17 janvier, le site d'information Mediapart révèle
18:20que lorsque Jean-Michel Blanquer a parlé aux Parisiens
18:22le week-end précédant la rentrée,
18:24il était en fait dans l'archipel espagnol des Baleares, à Ibiza.
18:28Les deux journalistes qui ont réalisé cette interview,
18:31vous Thomas Poupot et Pierre Morère,
18:33ne savaient pas que le ministre était à Ibiza à ce moment-là.
18:36Les syndicats d'enseignants pointent un symbole terrible,
18:39Olivier Beaumont, et la gauche réclame sa démission.
18:42Oui, parce qu'Ibiza s'est forcément connoté bling bling, jet set.
18:46Il part en vacances au moment où on recommande aux Français
18:49de vivre à moitié sous cloche, de s'auto-tester pour les repas de fin d'année.
18:52L'opposition est très remontée parce que ça rajoute une pièce de plus dans le jukebox.
18:56Jean-Michel Blanquer, ça fait déjà 15 jours qu'il est acculé par les oppositions
19:00qui réclament sa démission sur la crise sanitaire et sur la gestion politique.
19:03Et c'est vrai que cette séquence d'Ibiza ne fait qu'ajouter du mécontentement
19:07et de la colère à tous ses adversaires politiques.
19:10Monsieur le ministre, votre gestion de la crise sanitaire à l'école vire au fiasco
19:14et nous interroge quant à la légèreté avec laquelle vous l'abordez.
19:18Votre faute politique n'est pas d'avoir pris des vacances,
19:20mais de ne pas avoir fait vos devoirs de vacances en présentant plus tôt
19:24et de manière concertée votre protocole.
19:27Il y a, je le reconnais, une symbolique.
19:29Il se trouve que le lieu que j'ai choisi, j'aurais dû en choisir sans doute un autre.
19:32La symbolique, je la regrette.
19:35Mais pour le reste, madame la députée, depuis deux ans, avec la majorité, avec mes équipes,
19:42avec tous les professeurs de France, nous tenons la politique de l'école ouverte.
19:45C'est cela qui est l'essentiel et nous ne nous perdons pas dans l'accessoire.
19:49Olivier Beaumont, vous, vous révélez le mardi 18 janvier que Jean-Michel Blanquer s'est marié.
19:54Le week-end du 15 et 16 janvier avec la journaliste Anna Cabana, on savait qu'ils étaient ensemble.
19:59Olivier Beaumont, Jean-Michel Blanquer est affaibli aujourd'hui politiquement.
20:03Au pire moment, en pleine crise sanitaire, est-ce qu'il va pouvoir rester au gouvernement ?
20:07En pleine crise sanitaire, il y a trois mois de l'élection présidentielle.
20:10Donc, par ricochet, ça peut aussi fragiliser le potentiel candidat Emmanuel Macron.
20:15Est-ce que pour autant, l'hypothèse d'une démission est crédible ?
20:19Je ne le pense pas. Nous sommes à trois mois de la présidentielle.
20:21Et si Emmanuel Macron acceptait la démission ou ici le démissionnait son ministre de l'Education nationale,
20:26ce serait aussi un revers politique pour le président de la République.
20:41Merci à Bérangère Lepetit, Thomas Poupot et Olivier Beaumont.
20:45Podcast enregistré pour l'Essentiel le lundi 17 au matin et le mardi 18 à midi pour les deux dernières
20:51questions.
20:51Cet épisode de Code Source a été produit par Clara Garnier-Amourou et Thibault Lambert.
20:56Réalisation, Julien Moucouquiol.
20:58Code Source, le podcast d'actualité du Parisien, est disponible sur toutes les plateformes.
21:03Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
21:06Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner.
21:09Et puis, si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur votre application audio préférée.
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