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Cette robe ample, considérée comme un vêtement à connotation religieuse, avait fait l’objet de plusieurs signalements dans des établissements scolaires. Le nouveau ministre de l’Education a fait de son interdiction l’annonce phare de cette rentrée. Code source fait le point sur cette mesure avec Charles de Saint-Sauveur, journaliste à la cellule récits du Parisien, et Frédéric Gouillard, le spécialiste éducation de la rédaction.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France Inter, BFM TV, TF1

#gabrielattal #abaya #religion

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est une décision qui a marqué la rentrée scolaire.
00:14Le gouvernement français a interdit dans les établissements scolaires le port de l'Abbaya,
00:19une longue robe couvrant les bras et le corps.
00:21Ce vêtement n'est pas religieux au départ, mais le gouvernement considère que l'Abbaya
00:25était devenu un signe visible de son appartenance à la foi musulmane et tous les signes religieux
00:31ostensibles, visibles, sont interdits depuis 2004 dans les collèges et les lycées.
00:36Pourquoi le gouvernement a pris cette mesure ? Dans quel contexte ?
00:39Élément de réponse, aujourd'hui dans Codesources, avec deux journalistes du Parisien,
00:43Charles de Saint-Sauveur du service Récit et Frédéric Goyard, spécialiste éducation au sein du service Société.
00:58Charles de Saint-Sauveur, à partir du jour de la rentrée, le lundi 4 septembre,
01:02le port de l'Abbaya est interdit dans les établissements scolaires,
01:05mesure qui a entraîné beaucoup de réactions politiques.
01:08Cette interdiction est diversement appréciée.
01:10On a vu tout de suite que c'était un sujet extrêmement clivant,
01:14entre la gauche et la droite, même au sein de la gauche,
01:17puisque effectivement il y a eu des fractures qui se sont exprimées.
01:20Chez LFI notamment, beaucoup ont parlé de police, de la laïcité, de police du vêtement.
01:24Vous savez, je dis à toutes les femmes, et notamment aux lycéennes,
01:28que je ne suis personne pour leur dire comment est-ce qu'elles doivent s'habiller,
01:30que Gabriel Attal n'est personne pour leur dire comment est-ce qu'elles doivent s'habiller.
01:33Jean-Luc Mélenchon a évoqué une nouvelle guerre absurde de religion.
01:37Et à gauche, il y en a d'autres qui ont dit que non, c'était un vrai problème,
01:41qu'il ne fallait pas se voler la face.
01:42Et notamment une figure tutélaire de la gauche, Lionel Jospin,
01:45qui est intervenu dans une interview pour dire qu'effectivement,
01:49c'était aujourd'hui un vrai problème pour la République.
01:51Le fait que ce vêtement ne soit pas porté à l'école,
01:55même si d'autres ont envie de le porter dans la rue, ça c'est autre chose,
01:58on ne légifère pas, me paraît être plutôt une bonne chose.
02:04Alors on va voir dans ce podcast ce qu'est précisément une abaya,
02:07pourquoi le gouvernement en est arrivé à prendre cette mesure,
02:10et on reviendra aussi sur les réactions qui ont suivi cette décision.
02:14On a choisi de commencer ce podcast en 2004, cette année-là, Frédéric Goyard,
02:19tous les signes religieux, dont le voile islamique, sont interdits dans les écoles, les collèges et les lycées.
02:24D'abord, quel est le contexte de cette loi ?
02:26Le contexte, il est un petit peu similaire à ce qu'on vit aujourd'hui,
02:30c'est qu'il y a une demande de clarification des chefs d'établissement,
02:35mais aussi des enseignants,
02:36qui sont confrontés à une montée des revendications communautaristes et religieuses,
02:41et ils ne savent plus trop comment se positionner,
02:44il y a un clivage même au sein de la communauté enseignante,
02:46donc ils demandent au pouvoir de dire clairement
02:49est-ce qu'il faut autoriser ou pas le voile islamique à l'école.
02:53C'est ce que va faire le président de l'époque, le président Jacques Chirac,
02:56qui va nommer une commission, la commission Stasi,
02:58qui va se prononcer contre le port ostensible de signes religieux à l'école.
03:03Et donc, qu'est-ce qui est arrêté précisément dans la loi datée du 15 mars 2004 ?
03:08Alors, on a souvent l'habitude de parler de loi sur le voile,
03:11mais en réalité, c'est tous les signes religieux qui sont proscrits à l'école,
03:16c'est-à-dire qu'on peut parler aussi bien d'une kippa,
03:18qu'une grande croix aussi, par exemple,
03:21et bien sûr, le foulard islamique.
03:23En résumé, l'esprit du principe de laïcité en France,
03:26c'est que la religion reste dans la sphère privée de chacun,
03:29pour que les croyants ou les non-croyants ne soient pas inquiétés d'une façon ou d'une autre,
03:33en raison de leur foi ou de leur absence de religion.
03:36Par ailleurs, Charles Saint-Sauveur, soyons clairs,
03:38l'éducation nationale, comme le gouvernement,
03:41s'inquiètent d'une montée de l'islamisme en France,
03:43d'un islam dévoyé,
03:45au nom duquel des individus ont commis des attentats dans le pays,
03:49en 2012 ou encore en 2015 notamment.
03:51Oui, depuis les attentats de 2015,
03:53c'est une réalité en France qui imprègne tous les discours,
03:56y compris ceux de chefs de l'État,
03:58et à l'école notamment,
03:59parce que c'est là que se préparent les Républicains de demain,
04:02où il y a une sorte de crainte d'emprise
04:03sur des esprits en construction qui feront la France de demain.
04:07Le 16 octobre 2020,
04:08un professeur, Samuel Paty,
04:10est tué près de son collège des Yvelines
04:12par un jeune russe de Tchétchénie,
04:14âgé de 18 ans,
04:16suite à un cours que le professeur d'histoire-géographie
04:18avait donné sur la laïcité et sur la liberté d'expression.
04:22On avait bien sûr raconté ce drame en détail dans Code Source à l'époque.
04:26Frédéric Goyard,
04:27pour beaucoup d'enseignants,
04:29l'assassinat de Samuel Paty
04:30est encore un traumatisme.
04:32Oui, c'était un traumatisme persistant,
04:34puisque les enseignants que nous avons pu interroger
04:36un an, voire même deux ans,
04:38après cet assassinat,
04:40ce qu'ils disent encore,
04:41c'est qu'au départ,
04:42il y a eu de la sidération,
04:43un choc,
04:44et puis immédiatement après aussi,
04:46de l'angoisse,
04:47parce que c'est la première fois dans l'histoire de l'école
04:49qu'un enseignant est assassiné
04:51en raison du contenu de ses cours,
04:53puisque Samuel Paty, à ce moment-là,
04:56parlait de la liberté d'expression à ses élèves,
04:58il avait montré des caricatures de Mahomet,
05:00c'était un cours sur la laïcité,
05:02et il a été tué à cause de ça.
05:04Donc il y a chez les enseignants
05:06un véritable sentiment d'angoisse
05:08et de vigilance par rapport à leur cours.
05:10On va voir plus tard dans ce podcast
05:11que c'est en partie suite à ce drame,
05:13et pour éviter d'éventuels bras de fer
05:14avec certaines élèves et leurs familles,
05:16que de nombreux chefs d'établissement
05:18vont réclamer l'interdiction de la baïa.
05:21Mais d'abord, Frédéric Goyard,
05:22à quoi ça ressemble concrètement une abaya ?
05:24C'est une robe ample, longue,
05:27qui recouvre les bras,
05:28qui va jusqu'aux chaussures,
05:30et surtout qui ne couvre pas la tête.
05:32Donc on peut la trouver avec des broderies,
05:36elle peut être toute simple,
05:38d'une couleur uniforme,
05:39il faut juste matérialiser
05:40qu'elle ne couvre pas la tête,
05:42donc on voit les cheveux de la personne.
05:44Charles de Saint-Sauveur,
05:45à partir de quand on voit apparaître
05:46des abayas dans les établissements scolaires ?
05:49Les spécialistes ont commencé à entendre parler
05:51des abayas à pointer ce vêtement
05:53dans les années 2010,
05:54donc il y a eu une dizaine d'années.
05:56Le Parisien, d'ailleurs, avait fait un fait du jour
05:58il y a 4 ou 5 ans, à peu près.
06:01Mais on peut dire que le phénomène a vraiment explosé
06:04depuis l'automne 2021,
06:06c'est-à-dire depuis à peu près 2 ans.
06:07C'est vraiment là que ça s'est diffusé assez massivement.
06:10C'est pas majoritaire dans les établissements,
06:12y compris les établissements de banlieue,
06:14mais par contre, effectivement,
06:15c'est plus du tout anodin.
06:17On en vendait avant dans les boutiques spécialisées,
06:19maintenant on les trouve vraiment dans le commerce,
06:20on les enseigne bon marché.
06:22La plupart des jeunes filles que j'ai interrogées
06:23aux abords des établissements
06:25me disaient qu'elles les avaient trouvées
06:26chez Zara, H&M et d'autres magasins.
06:29Frédéric Goyard,
06:29beaucoup de jeunes filles concernées
06:31disent que la baïa n'a pas un caractère religieux,
06:33elles en portent pour être à l'aise, c'est ça ?
06:35Il y a certaines qui le revendiquent,
06:37disent que c'est un vêtement religieux,
06:38et puis il y a certaines jeunes filles
06:40qui disent qu'elles le portent
06:42comme un vêtement de confort
06:44pour couvrir les formes,
06:45un peu comme certaines jeunes filles aujourd'hui
06:47portent des jeans amples,
06:50des sweatshirts XXL,
06:52elles disent que c'est un vêtement
06:53qui permet de cacher leur forme,
06:56finalement de conserver leur pudeur.
06:58Pour le gouvernement de son côté
06:59ou encore pour l'observatoire de la laïcité,
07:01il n'y a pas de doute,
07:02la baïa a bien une connotation religieuse
07:05et à leurs yeux, Charles de Saint-Sauveur,
07:07c'est bien une façon
07:07de montrer sa religion.
07:09Même si cette tenue à l'origine
07:11n'est pas une tenue religieuse
07:13stricto sensu,
07:13effectivement,
07:15le gouvernement
07:15et la plupart,
07:17en tout cas les défenseurs de la laïcité
07:18et beaucoup d'observateurs,
07:20pointent le fait
07:20qu'elle a été vampirisée
07:21par les tenants d'un islam rigoriste,
07:24ce qu'on appelle
07:24les frérots salafistes,
07:26et qu'aujourd'hui,
07:27sa connotation religieuse
07:28ne fait aucun doute.
07:29D'un mot,
07:29est-ce que l'on sait
07:30comment la baïa est devenue à la mode ?
07:32Comme tous les effets de mode,
07:33il y a un effet d'entraînement,
07:34et là,
07:34il a été massif,
07:35démultiplié par les réseaux sociaux,
07:37sur TikTok notamment,
07:39sur Instagram,
07:39avec des influenceurs
07:41et des influenceuses
07:41qui cumulent des centaines
07:42de milliers d'abonnés,
07:43voire des millions,
07:45et qui expliquent
07:45à leurs millions de fans
07:46que la baïa
07:47est un vêtement
07:48tout à fait normal
07:49et qu'il est naturel
07:50de le porter.
07:51Bah les habayas,
07:52c'est juste une tenue culturelle,
07:54donc je n'en ai pas le problème.
07:55C'est pas comme si
07:56les filles,
07:56elles se ramènent en niqab.
07:57En plus, personnellement,
07:58je trouve ça archi joli.
07:59Genre, ça m'a même donné envie
08:00de m'en commander une
08:01et de la porter.
08:02C'est vraiment beau.
08:03Et puis, ce qui est bien
08:04avec cette tenue,
08:04c'est que c'est ample.
08:06Du coup, je me dis aussi,
08:06même, je sais pas moi,
08:07pour les filles qui ont des complexes
08:09ou qui n'aiment pas
08:10afficher leur corps et tout,
08:11elles mettent ça
08:11et au moins,
08:12elles ont une tenue bien,
08:13genre c'est joli,
08:14et en plus,
08:20vous révélez dans Le Parisien
08:22une note du Comité interministériel
08:25de prévention de la délinquance
08:27et de la radicalisation.
08:28Cette note met en garde
08:30sur des islamistes
08:31qui encouragent sur les réseaux
08:33les jeunes
08:33à afficher leur foi
08:35dans les collèges et les lycées.
08:36Oui, c'est une note
08:37qui date de la fin août 2022
08:39et qui met en garde
08:41les chefs d'établissement,
08:42notamment contre ces prosélytes religieux
08:46qui sur Internet
08:47et sur les réseaux sociaux,
08:48notamment TikTok,
08:51encouragent les jeunes filles
08:52à venir habillées
08:54avec une abaya
08:55dans les lycées.
08:56On leur demande même
08:57d'aller au conflit
08:58avec les chefs d'établissement
09:00si ceux-ci venaient
09:01à les refuser.
09:03Certains demandent même
09:04à prier
09:05à l'intérieur des établissements
09:06et les auteurs de la note
09:08racontent un épisode
09:11qui s'est passé
09:11lors de l'année 2021-2022
09:13avec une jeune fille
09:14qui s'est présentée
09:15avec un burkini
09:17dans un cours de natation
09:18et qui a été refusée
09:19bien sûr par le professeur d'EPS,
09:22ce qui a entraîné
09:23un conflit
09:24avec la direction
09:25de l'établissement.
09:26Deux jours plus tard,
09:27le vendredi 30 septembre,
09:29le ministre de l'Éducation
09:30Papandiaï
09:30dit avoir conscience
09:32du problème.
09:33Qu'est-ce qu'il dit
09:33à ce moment-là ?
09:34Il dit que les faits
09:36d'atteinte à la laïcité
09:37ont explosé
09:39lors de ce mois de septembre.
09:40Il dit qu'il est conscient
09:41de ce problème,
09:42qu'il va publier
09:43des chiffres désormais
09:44tous les mois
09:45sur les atteintes
09:46à la laïcité
09:47et quelques jours plus tard,
09:48on apprendra que ce sont
09:49plus de 300 faits
09:50d'atteinte à la laïcité
09:51qui ont eu lieu
09:52lors de ce mois de septembre
09:54et parmi ces 300 faits,
09:56plus de 54%
09:57concernent le port
09:58de tenue religieuse
09:59à l'école
10:00et majoritairement,
10:01bien sûr,
10:01la baïa.
10:02Frédéric Goiard,
10:02toujours pendant ce mois
10:04de septembre 2022,
10:05à la fin du mois,
10:06il y a un incident
10:06au sujet de la baïa
10:07dans un lycée
10:08de Montauban,
10:09un différent
10:10entre une élève
10:11qui porte la baïa
10:12et l'une de ses professeurs.
10:13Oui,
10:14tout part d'une vidéo
10:15sur TikTok
10:16où une élève
10:17de première
10:18de ce lycée
10:19de Montauban
10:19met en scène
10:21sa professeure
10:22d'espagnol,
10:23alors le visage
10:24est flouté,
10:24la voix
10:25est maquillée,
10:26mais on comprend
10:27très vite
10:28que c'est une professeure
10:28de son lycée,
10:29elle l'a filmée
10:30à son insu,
10:32alors que la professeure
10:33la réprimande
10:34sur sa tenue
10:35puisqu'elle porte
10:35une abaya
10:36et par-dessus
10:38cette vidéo,
10:39on entend
10:40la jeune fille
10:40qui dit
10:41qu'Allah
10:41va s'occuper
10:42de sa professeure,
10:43donc ce sont
10:44des menaces,
10:44on peut dire,
10:45à tel point
10:46que le lycée
10:46va être placé
10:47sous protection policière
10:48ainsi que la professeure
10:49d'espagnol.
10:52Au-delà de ce cas précis,
10:53à ce moment-là,
10:54les chefs d'établissement
10:55sont censés réagir
10:56comment ?
10:56Est-ce qu'ils doivent
10:57autoriser ou non
10:58la baïa ?
10:58Il n'y a pas
10:59de directive claire
11:00concernant les chefs
11:01d'établissement,
11:02il y a bien une circulaire
11:03qui sera prise
11:04un peu plus tard
11:05en novembre,
11:06mais c'est un petit peu
11:06du cas par cas,
11:07d'ailleurs eux se plaignent
11:08d'un vide juridique,
11:09ils estiment en tout cas
11:11être livrés à eux-mêmes.
11:12D'un mot,
11:12les chefs d'établissement
11:13sont censés connaître
11:14l'intention de l'élève,
11:16c'est ça ?
11:17Oui, c'est ça,
11:18parce qu'en fait,
11:19ce que prévoit la loi
11:20et ce que va rappeler
11:20la circulaire de novembre 2022,
11:22c'est que,
11:23avant d'engager
11:25une sanction disciplinaire
11:26contre l'élève,
11:27il faut discuter,
11:28dialoguer
11:29avec la jeune fille,
11:30voire avec sa famille
11:31pour savoir
11:32quelle est l'intention
11:32de la jeune fille
11:34à travers le port
11:34de cette tenue.
11:36Donc c'est à ce moment-là
11:37que le chef d'établissement
11:38doit se faire une idée
11:39de si c'est une tenue
11:40religieuse ou pas.
11:41En 2023,
11:42le 7 juin,
11:43le Parisien consacre
11:44son fait du jour
11:44au sujet de l'ABAIA
11:45dans les collèges
11:47et les lycées en France,
11:48la une et les premières
11:49pages du journal.
11:50Charles de Saint-Sauveur,
11:51vous signez ce dossier
11:52et vous interviewez
11:52notamment un professeur
11:54d'histoire,
11:55par ailleurs membre
11:55du Conseil des Sages
11:57de la Laïcité,
11:58une instance de conseil
12:00du ministère
12:00de l'Éducation nationale.
12:02Cet enseignant
12:02s'appelle Yanis Roder
12:03et il est fermement
12:05opposé à l'ABAIA.
12:06À ses yeux,
12:07ça contrevient
12:07à la loi de 2004
12:08et à la circulaire
12:10de 2022
12:10parce que même si
12:12les lycéennes jurent
12:14que ce n'est pas
12:14un vêtement religieux,
12:15que c'est juste destiné
12:17à cacher leur forme
12:18ou que c'est par pudeur
12:19ou parce qu'elles trouvent
12:19ça joli,
12:20parce qu'elles le disent
12:21toutes ou beaucoup,
12:22le simple fait
12:23de le porter tous les jours
12:24un petit peu comme
12:24un uniforme
12:25et même de refuser
12:26de l'enlever
12:27si par exemple
12:27le chef d'établissement
12:28le demande,
12:29c'est un signal de plus
12:30que le vêtement
12:31est religieux
12:32et qui répond
12:32à des injonctions
12:33des tenants
12:34de l'islam rigoriste
12:35qu'il s'agisse
12:36de l'imam du coin
12:37ou des influenceurs
12:38sur les réseaux sociaux
12:39et c'est en ça
12:40qu'il contrevient
12:41à la loi de 2004
12:42sur les signes
12:43ostensibles religieux
12:44à l'école.
12:44Charles Saint-Sauveur,
12:45dans ce dossier,
12:46vous citez aussi
12:46un syndicat
12:47de chefs d'établissement,
12:48le SNPDEN majoritaire
12:50pour qui la baïa
12:51pose un vrai problème.
12:52Oui, il pose un vrai problème
12:53parce qu'il est
12:54de l'ordre de l'interprétation.
12:55On doit interpréter
12:56ce qu'il y a
12:57dans la tête de l'élève.
12:58C'est beaucoup de pression
12:59sur les épaules
13:00des proviseurs
13:00parce que ça les expose.
13:02C'est-à-dire qu'eux
13:02sont obligés de décider,
13:04de discuter avec l'élève certes,
13:05mais ensuite de décider
13:06si oui ou non
13:07il y a port
13:08d'un signe religieux.
13:09Ils ont tous
13:10Samuel Paty en tête,
13:11bien évidemment.
13:12Ils doivent prendre
13:12une décision
13:13qui est difficile
13:13avec énormément
13:14de pression autour.
13:15La pression des élèves
13:17mais aussi évidemment
13:18des parents d'élèves.
13:19D'ailleurs,
13:20le SNPDEN
13:21n'est pas le seul syndicat
13:22de chefs d'établissement
13:23qui est opposé.
13:24EDFO,
13:25qui est le deuxième syndicat
13:27des chefs d'établissement,
13:28est exactement
13:29sur la même ligne.
13:30Quelques jours plus tard,
13:31le 12 juin,
13:32le Conseil français
13:32du culte musulman
13:33s'exprime sur la baïa.
13:35Le CFCM
13:36qui a longtemps été
13:36l'interlocuteur privilégié
13:38du gouvernement
13:38au sujet de l'islam
13:39mais aujourd'hui
13:40ce n'est plus le cas.
13:41Charles de Saint-Sauveur,
13:42que dit le CFCM
13:43sur la baïa ?
13:44Le CFCM
13:45explique que la baïa
13:46n'est pas
13:47un vêtement religieux
13:48mais le CFCM
13:49aujourd'hui
13:50ne compte plus
13:50vraiment dans le paysage.
13:51Il avait été introduit
13:52il y a 20 ans
13:53par Nicolas Sarkozy
13:54pour être un interlocuteur
13:56de l'État
13:57pour les musulmans
13:58sauf qu'effectivement
13:59trop de chapelles
14:00trop de divisions
14:01il n'a jamais pu s'imposer
14:02comme cet interlocuteur
14:03et aujourd'hui
14:04effectivement
14:04il n'a quasiment plus
14:06le vaut au chapitre.
14:08Pendant l'été
14:09le 20 juillet
14:10le gouvernement
14:10d'Elisabeth Borne
14:11est remanié
14:12le ministre de l'éducation
14:13Papendia
14:14y est remercié
14:15il est remplacé
14:16par Gabriel Attal
14:1734 ans
14:17qui était jusque-là
14:19ministre délégué
14:20chargé des comptes publics
14:21ancien porte-parole
14:22du gouvernement.
14:23Charles de Saint-Sauveur
14:24vous avez longtemps
14:25travaillé au service politique
14:26du Parisien
14:27vous connaissez bien
14:28cette matière
14:28d'un mot
14:29Gabriel Attal
14:30est nommé à ce poste
14:31parce qu'il est plus médiatique
14:33et plus habitué
14:33à la politique
14:34que Papendiaï ?
14:35Le problème de Papendiaï
14:36c'est qu'il n'était pas
14:37un spécialiste
14:38des rouages administratifs
14:40de l'éducation
14:41comme pouvait l'être
14:42par exemple
14:42son prédécesseur
14:43Jean-Michel Blanquer
14:44et que c'est pas non plus
14:45un politique.
14:46Gabriel Attal
14:47lui c'est un profil
14:48très différent
14:48beaucoup plus politique
14:50que Papendiaï
14:51il a la faculté
14:52de flairer
14:52les sujets porteurs
14:54d'être bon communicant
14:56de parler clairement
14:57sur des sujets
14:58assez complexes
14:59quitte parfois
14:59à faire beaucoup
15:00de communication
15:01et à privilégier
15:02la forme sur le fond.
15:03Le nouveau ministre
15:04de l'éducation
15:04Gabriel Attal
15:05est dans le journal
15:06de TF1
15:06le dimanche 27 août
15:08et il s'exprime
15:09sur la baïa.
15:10Pour moi la laïcité
15:10dans un cadre scolaire
15:11c'est quelque chose
15:12de très clair
15:12vous rentrez dans
15:13une salle de classe
15:13vous ne devez pas
15:14être capable
15:15de distinguer
15:16ou d'identifier
15:17la religion des élèves
15:18en les regardant.
15:19Donc oui ou non
15:19la baïa ?
15:20Je vous annonce
15:21j'ai décidé
15:21qu'on ne pourrait plus
15:22porter la baïa
15:23à l'école
15:24je vais m'entretenir
15:25cette semaine
15:26avec les chefs
15:27d'établissement
15:27et je veux leur rendre
15:28hommage
15:28on ne parle pas suffisamment
15:29d'eux
15:29les principaux
15:30principaux adjoints
15:31proviseurs
15:32proviseurs adjoints
15:33ils sont en première ligne
15:34sur ces questions
15:34de laïcité
15:35sur les questions
15:35de harcèlement
15:36sur beaucoup de sujets
15:37je vais m'entretenir
15:38avec eux
15:38leur donner
15:38toutes les clés
15:40pour qu'ils puissent
15:41faire appliquer
15:42cette règle
15:43qui me semble
15:43nécessaire
15:44et qui est juste.
15:45Frédéric Goyard
15:46Gabriel Attal
15:47ne dit pas que ça
15:47ce soir-là.
15:48Il va annoncer
15:49également qu'il y a
15:50le report
15:50des épreuves
15:51du baccalauréat
15:52de mars à juin
15:53et c'est une annonce
15:55qui va passer
15:55complètement au second plan
15:56ce que va retenir
15:58la classe politique
15:58mais aussi le grand public
15:59c'est cette interdiction
16:01de la baïa.
16:01Charles Saint-Sauveur
16:02est-ce que cette annonce
16:03de Gabriel Attal
16:04ce n'est pas aussi
16:05un coup de communication politique ?
16:07Clairement c'est un coup
16:07de communication politique
16:09puisque par exemple
16:10les oppositions
16:11les insoumis
16:12et certains syndicats
16:13plutôt positionnés à gauche
16:14ont quand même clairement dit
16:15qu'il y avait
16:16beaucoup d'autres problèmes
16:17autrement plus compliqués
16:18à gérer
16:19notamment le simple fait
16:21qu'il n'y a pas un prof
16:23devant chaque élève
16:24contrairement à la promesse
16:25qui avait été formulée
16:26par Emmanuel Macron
16:27au cœur de l'été.
16:28Donc oui
16:29c'est un coup de communication politique
16:31pour Gabriel Attal
16:32c'est l'occasion
16:32d'afficher un message
16:33de fermeté et d'autorité.
16:35La mesure concerne aussi
16:36les camis
16:37une longue tunique masculine
16:38très portée
16:39au Moyen-Orient
16:40ou au Maghreb.
16:41Frédéric Goyard
16:42Gabriel Attal
16:43précise que les modalités
16:44d'application
16:45de cette interdiction
16:45seront détaillées
16:46dans une note
16:47et c'est le cas
16:48quelques jours plus tard
16:49la veille de la rentrée
16:50le dimanche 3 septembre
16:5115 000 responsables
16:53de l'éducation nationale
16:54chefs d'établissement
16:55reçoivent ce message
16:56Que dit cette note de service ?
16:58Le camis et la baïa
17:00ne peuvent pas être tolérés
17:02dans un établissement scolaire.
17:04Il est précisé
17:05qu'avant de rentrer
17:07dans une sanction disciplinaire
17:09vis-à-vis de l'élève
17:09il faut discuter avec lui
17:12le convaincre
17:13des valeurs de la laïcité
17:15et surtout ne pas rentrer
17:16dans une négociation.
17:19Frédéric Goyard
17:20vous interrogez
17:21dans la foulée
17:22des chefs d'établissement
17:23qui se disent satisfaits
17:24de cette interdiction ?
17:25Oui il y a un soulagement
17:26clairement chez les chefs
17:28d'établissement
17:28ils parlent effectivement
17:30d'une mesure enfin claire
17:32qui leur facilite le travail
17:34beaucoup nous disent
17:35qu'il y avait un vide juridique
17:36qui subsistait
17:37et qu'il est enfin comblé
17:38beaucoup nous disent aussi
17:40qu'ils n'avaient pas envie
17:40d'être les prochains
17:41Samuel Paty
17:42et que là enfin
17:43ils étaient épaulés
17:45aidés
17:45par le pouvoir politique
17:47et qu'ils sentaient
17:49que en tout cas
17:50sur cette rentrée scolaire
17:51ils allaient pouvoir
17:52travailler sereinement.
17:53Plusieurs reporters du Paris
17:54les parisiens notamment
17:55ceux des différentes éditions
17:56du Parisien en Ile-de-France
17:57et dans l'Oise
17:58recueillent des réactions
18:00des premières concernées
18:01les jeunes filles
18:01qui portaient l'abaya
18:02et d'autres élèves
18:04et dans l'ensemble
18:05elles sont fatalistes.
18:06Pour la plupart d'entre elles
18:07et celles que nous avons pu interroger
18:09elles ne veulent pas rentrer
18:11en conflit
18:11avec leur établissement
18:13elles sont là
18:14pour étudier
18:15et si elles veulent étudier
18:17il ne faut pas
18:18qu'elles se présentent
18:19avec une abaya
18:20donc la plupart
18:21ne viennent pas
18:22lors de cette rentrée scolaire
18:23avec une abaya
18:24en revanche ce qu'on a pu constater
18:26c'est beaucoup de stratégies
18:27on va dire
18:28d'évitement
18:28la plupart des jeunes filles
18:31qui portaient l'abaya
18:32jusque là
18:33et bien viennent
18:34avec un kimono
18:35par exemple
18:36assez ample
18:37qui permet de cacher les formes
18:38donc ça fait un petit peu
18:39penser à une abaya
18:40mais ce n'est pas une abaya
18:41une autre va mettre
18:43un pantalon très large
18:44et par dessus
18:45une tunique
18:46donc là encore
18:47vous avez le corps
18:48entièrement couvert
18:49mais ce n'est pas une abaya
18:50donc on voit qu'il y a des stratégies
18:52d'évitement
18:53qui se mettent en place
18:54ensuite les filles
18:55pour rester dans le thème
18:55des arabaya
18:56en été
18:57tout ça
18:57vous pouvez prendre
18:58une petite arabaya
18:58comme ça
18:59en satin
18:59et refaire avec le même principe
19:01mais juste
19:01à la page du pantalon
19:02vous mettez la arabaya
19:03et pour pas que ce soit
19:04un peu cramé à l'école
19:05vous fermez les blazers
19:06comme ça
19:07et ça passe crème de ouf aussi
19:08et voilà les filles
19:09dernier petit conseil
19:10ne mettez pas de jean
19:11s'il vous plaît les filles
19:12même si votre jean
19:13il est super ample
19:15évitez
19:15Charles Saint-Sauveur
19:17le service récit du parisien
19:18dont vous faites partie
19:19raconte que sur les réseaux
19:21comme TikTok
19:21de nombreux internautes
19:23fustigent cette mesure
19:24sans réelle surprise
19:25effectivement
19:26on avait des mots
19:27qui revenaient très régulièrement
19:29contrôle au faciès
19:30discrimination
19:31ségrégation
19:32le fait que l'état
19:33veuille faire la vie dure
19:35à l'islam
19:36et aux musulmans
19:37tous les mots clés
19:38en quelque sorte
19:39d'un discours
19:40au relant victimaire
19:41qui sont portés
19:42par des influenceurs
19:43et des influenceuses
19:44mais aussi relayés
19:45par beaucoup de jeunes filles
19:46ou de jeunes garçons
19:47qui s'estiment stigmatisés
19:48d'après le ministère
19:49de l'éducation nationale
19:51un peu plus de 500 collèges
19:52et lycées
19:53étaient potentiellement
19:54concernés en France
19:55500 sur un total
19:57de 7000 établissements
19:58le mardi 5 septembre
20:00au lendemain de la rentrée
20:01Gabriel Attal
20:01dresse un premier bilan
20:03de la mesure
20:03près de 300 élèves
20:05se sont présentés
20:06le lundi
20:06en Abaya
20:07dit-il
20:08et 67 d'entre elles
20:09ont refusé de la retirer
20:11Frédéric Goyard
20:12deux jours plus tard
20:13le jeudi 7 septembre
20:14il y a eu un incident
20:15au sujet de l'Abaya
20:16à Clermont-Ferrand
20:17oui c'est un incident
20:18assez grave
20:19puisqu'une jeune fille
20:20qui s'est présentée
20:21à la porte de son établissement
20:23avec une Abaya
20:24a été renvoyée
20:25chez elle
20:26par le chef d'établissement
20:27son père a ensuite
20:30téléphoné au lycée
20:31et là des menaces de mort
20:33ont été proférées
20:34contre le chef d'établissement
20:36le père a été arrêté
20:38par la police
20:39et il sera jugé
20:40dans quelques semaines
20:41fin octobre
20:43au-delà de ce cas particulier
20:44Frédéric Goyard
20:45le lundi 11 septembre
20:47date à laquelle
20:47on enregistre ce podcast
20:48est-ce qu'on peut dire
20:49que cette interdiction
20:50est entrée en vigueur
20:52globalement
20:53sans trop de difficultés ?
20:54oui on peut le dire
20:55parce que 300 élèves
20:56qui se sont présentés
20:58avec une Abaya
20:59alors qu'on parle
21:00de 12 millions d'élèves
21:01qui faisaient leur rentrée
21:02quand même
21:02c'est assez marginal
21:04donc on peut considérer
21:05que la rentrée
21:06s'est plutôt bien passée
21:0767 d'entre elles
21:08ont refusé de la haute
21:09il faudra voir maintenant
21:11dans le temps
21:12comment s'installe
21:13cette mesure
21:13si comme le voile
21:15c'est-à-dire
21:15ça rentre dans les mœurs
21:17c'est-à-dire
21:17et que les élèves
21:19et notamment
21:19les jeunes filles
21:20décident
21:21de ne plus venir
21:23vêtues du Nabaya
21:24dans leur établissement solaire
21:26de la même manière
21:27qu'aujourd'hui
21:28elles ôtent leur voile
21:29à l'entrée
21:30des collèges
21:30ou des lycées
21:31Frédéric Goyard
21:32pour autant
21:32est-ce que vous pensez
21:33que cette mesure
21:34a été bien comprise
21:35par les jeunes ?
21:36pas tout à fait
21:37c'est ce que nous disent
21:37d'ailleurs
21:38certains chefs d'établissement
21:39et ce que montrent
21:40d'ailleurs des sondages
21:41dont un sondage
21:42de l'IFOP
21:42assez récent
21:43beaucoup de jeunes
21:44et pas uniquement
21:45chez les jeunes musulmans
21:46considèrent que c'est
21:47une mesure
21:48assez stigmatisante
21:49et beaucoup de jeunes
21:51considèrent aujourd'hui
21:52que les libertés individuelles
21:54sont peut-être
21:54plus importantes
21:55que la laïcité
21:56à la française
21:57un chef d'établissement
21:58me faisait remarquer
21:59qu'aujourd'hui
21:59les jeunes sont emprunts
22:01de laïcité
22:02à l'anglo-saxonne
22:02c'est-à-dire
22:04laisser chacun
22:05vivre sa foi
22:06comme il le veut
22:07même au sein
22:08de son établissement scolaire
22:09c'est pourquoi
22:10je pense que
22:11pour beaucoup d'entre eux
22:12cette mesure
22:12concernant la baïenne
22:13n'a pas été encore
22:14totalement comprise
22:15Charles de Saint-Sauveur
22:16quand on entend
22:17Frédéric Goyard
22:18parler d'une jeune fille
22:19qui vient en kimono
22:20à la place de la baïa
22:21on se dit que
22:21l'application de cette mesure
22:23risque malgré tout
22:23d'être parfois
22:24compliquée
22:25pour les chefs d'établissement
22:26oui parce que
22:27pour une raison assez simple
22:28c'est que
22:29vous interdisez la baïa
22:30mais qu'est-ce qu'une baïa
22:31on en revient toujours
22:32au même problème
22:33une tenue couvrante
22:35il peut y en avoir
22:36plein d'autres
22:36qui s'apparentent à la baïa
22:37sans être une baïa
22:38pour tous les chefs
22:39d'établissement
22:41confrontés
22:41à ces tenues
22:43restera toujours
22:44la question de savoir
22:45si c'est une baïa
22:46ou pas
22:51Merci à Frédéric Goyard
22:52et Charles de Saint-Sauveur
22:54Cet épisode de Code Source
22:55a été produit par
22:56Thibault Lambert
22:56et Raphaël Pueillot
22:58Réalisation
22:58Julien Moncouquiol
23:00Code Source
23:01est le podcast quotidien
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