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Depuis sa nomination au ministère du Travail en mai 2022, l’ancien socialiste Olivier Dussopt a porté plusieurs réformes impopulaires et marquées à droite. La dernière en date, celle des retraites, est particulièrement éprouvante pour le ministre. Pour Code source, Marcelo Wesfreid, journaliste au service politique du Parisien, retrace le parcours d’Olivier Dussopt.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

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#reformedesretraites #dussopt

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Ministre du Travail depuis la réélection d'Emmanuel Macron au printemps 2022,
00:17Olivier Dussopt, 44 ans, est chargé de faire voter la très sensible réforme des retraites au Parlement,
00:23réforme examinée depuis ce jeudi 2 mars au Sénat.
00:26Avant cela, pendant les deux semaines de débat à l'Assemblée Nationale,
00:30où les macronistes n'ont pas la majorité absolue,
00:33on a vu le ministre Dussopt chahuté, bousculé, pris à partie par les oppositions.
00:38C'est la première fois que cet ancien socialiste, plutôt discret,
00:42se retrouve aussi exposé depuis qu'il a commencé son ascension au gouvernement.
00:47Codesources brossent aujourd'hui le portrait d'Olivier Dussopt,
00:50avec Marcelo Vesfred, journaliste au service politique du Parisien.
00:58Marcelo Vesfred, la première fois qu'Olivier Dussopt échange avec Emmanuel Macron,
01:02c'est en 2014, dans les couloirs du Palais Bourbon, où siège l'Assemblée Nationale.
01:07Olivier Dussopt croise Emmanuel Macron, qui est alors le ministre de l'économie de François Hollande,
01:11et lui dit « Ma mère est ouvrière, et ce que vous avez dit est tout à fait indigne,
01:15c'est une attitude de connard, vous avez du mépris. »
01:18Pourquoi lui dit-il ça ? C'est qu'Emmanuel Macron vient de parler de l'illettrisme d'un certain
01:23nombre d'ouvriers de l'usine GAD.
01:25Sur les dossiers que j'ai, il y a la société GAD.
01:28Vous savez, cet abattoir.
01:29Il y a dans cette société une majorité de femmes.
01:32Il y en a qui sont, pour beaucoup, illettrées.
01:34Et le mot a soulevé l'indignation d'un certain nombre d'opposants.
01:39Et à l'époque, Olivier Dussopt est classé à gauche.
01:42Et donc, la première rencontre est une rencontre extrêmement houleuse.
01:45On va voir ensemble comment Olivier Dussopt est devenu, finalement, l'un des ministres les plus importants d'Emmanuel Macron,
01:52au point de devoir défendre cette année sa très sensible réforme des retraites.
01:56Mais d'abord, vous allez nous retracer son parcours.
01:59Olivier Dussopt a 44 ans.
02:01Il est né le 16 août 1978 à Annonay, en Ardèche.
02:05Dans quel milieu est-ce qu'il grandit ?
02:07Dans un milieu ouvrier, ses parents sont carrossiers.
02:10L'entreprise fait faillite.
02:12Donc, ils vont de CDD en CDD.
02:15Il y a des périodes de chômage.
02:16C'est un milieu qu'on dirait modeste.
02:19À seulement trois ans d'intervalle, il perd successivement son frère, puis son père.
02:24En 2004, Olivier Dussopt a 26 ans.
02:26Il perd son frère dans un accident de moto.
02:29Et deux ans plus tard, c'est son père qui décède.
02:31C'est des drames, évidemment, on peut imaginer très durs à vivre.
02:35Et il dira, d'ailleurs, dans une interview à Libération, en 2007,
02:39que c'est des événements qui lui ont permis d'avoir une sorte de cuir,
02:43de pouvoir, aujourd'hui, se sentir très solide face aux coups en politique.
02:48La victoire est confirmée.
02:50C'est une salle en délire qui acclame le nouveau député de l'Ardèche, Olivier Dussopt, 28 ans.
02:55Le 17 juin 2007, pendant les élections législatives, il remporte le scrutin dans la deuxième circonscription de l'Ardèche.
03:02À 28 ans, il devient le plus jeune député de l'Assemblée nationale.
03:05L'année suivante, il est aussi élu maire de sa ville natale, Anonais.
03:09Comment ça se passe pour lui ?
03:10C'est une assurption fulgurante, puisqu'il n'a même pas 30 ans, il est déjà député maire d'Anonais
03:17dans l'Ardèche.
03:179h ce matin, sur les quais de la gare de Lyon, le plus jeune député de France arrive à Paris,
03:23le ventre noué.
03:24C'est un peu particulier quand même. C'est le premier jour où on entre vraiment dans le mandat.
03:28Un peu d'anxiété et beaucoup d'impatience.
03:31Aujourd'hui, Olivier Dussopt endosse officiellement son costume d'élu de l'Ardèche au Palais Bourbon.
03:36Il va falloir s'y habituer.
03:38Depuis dimanche, j'ai commencé à intégrer, je commence à me retourner quand on m'appelle monsieur le député.
03:4328 ans, c'est très jeune pour siéger à l'Assemblée, mais il n'est pas sans expérience.
03:474 ans attaché parlementaire d'un sénateur et conseiller régional de Rhône-Alpes.
03:51De quoi faire taire ceux qui le trouvent un peu tendre.
03:53Non, j'aimerais plutôt qu'on parle de moi comme un député qui bosse, effectivement.
03:56Plutôt qu'uniquement comme le Benjamin.
03:59Je ne veux pas être le gamin de l'Assemblée nationale.
04:02Il commence à se faire un nom.
04:04Il a pris des responsabilités au sein de l'appareil, en passant par le mouvement des jeunes socialistes.
04:09C'est un jeune élu prometteur, classé sur l'aile gauche du Parti socialiste.
04:14Mais son expérience de maire est assez difficile.
04:16Oui, il découvre ce qu'est la vie, le quotidien d'un maire qui se fait aborder par ses administrés
04:22et qui viennent se plaindre des différents problèmes du quotidien.
04:25Il est jeune, donc peu expérimenté, mais il est lancé dans le grand main.
04:33En 2010, à l'Assemblée nationale, il s'oppose à un projet de réforme des retraites.
04:38Projet porté à l'époque par la droite au pouvoir, le gouvernement Fillon, et son ministre du Travail, Eric Woerth.
04:44Il est comment à l'Assemblée ? Qu'est-ce qu'il dit à ce moment-là ?
04:46À ce moment-là, il dénonce une réforme qu'il trouve injuste.
04:49Ma question est double, mais elle est très simple.
04:51Allez-vous réellement prendre en compte les propositions des différents partenaires sociaux
04:55ou allez-vous imposer une réforme déjà décidée par l'Elysée ?
04:58Allez-vous, oui ou non, reculer l'âge de la retraite de 60 à 63 ans ?
05:03Il dénonce aussi un passage en force.
05:05Et donc, il fait partie de tous ces membres de l'opposition
05:08qui monte au créneau contre la réforme incarnée à l'époque
05:11par le ministre du Travail, Eric Woerth, ministre du Travail de Nicolas Sarkozy.
05:15La gauche arrive au pouvoir deux ans plus tard avec François Hollande.
05:19Olivier Dussopt, lui, est réélu député en 2012.
05:22Marcel Ovest-Fred, il a adhéré à plusieurs courants au sein du Parti Socialiste.
05:26François Hollande, ce n'est pas initialement sa tasse de thé
05:28puisque lui avait été plutôt porte-parole de la candidate à la primaire de la gauche, Martine Aubry.
05:35Et même avant d'être chez Martine Aubry, il avait fait ses premières années au Parti Socialiste auprès de Benoît
05:41Hamon.
05:41Bref, il émane d'abord des rives de la gauche de la gauche
05:45et ensuite, à la faveur de la campagne de François Hollande, puis de quinquennat,
05:52il va se recentrer et à la fin du quinquennat Hollande,
05:56terminer même sur ce qu'on appellerait l'aile la plus sociale libérale, la plus de droite,
06:00si on veut faire simple, celle de Manuel Valls,
06:02puisqu'au moment de la primaire de 2016, il est porte-parole de Manuel Valls.
06:08Il est pressenti plusieurs fois pour entrer au gouvernement, mais finalement, ça ne se fait jamais.
06:12Il fait partie de cette jeune génération de députés qui gratte à la porte,
06:18qui s'imaginent que l'erreur est arrivée.
06:20Or, les socialistes, et c'est une des avancées portées par François Hollande,
06:26a imposé la parité au sein du gouvernement.
06:29Donc, les éléphants, comme on aurait dit à une époque, eux, ils ont les postes au gouvernement.
06:34Pour les jeunes pousses, c'est plus compliqué.
06:36Et on cherche plutôt des talents à faire monter un vivier de ministres femmes.
06:40Est-ce que ça nourrit un peu sa rancœur envers les socialistes à ce moment-là ?
06:43On a un jeune élu talentueux qui a commencé une ascension assez fulgurante,
06:49qui a accumulé les postes au sein de l'appareil et des postes électifs,
06:53et qui se voit un destin politique national commencer.
06:59Et cette frustration pendant les années Hollande, elle va nourrir l'envie de goûter à l'expérience du pouvoir.
07:05Ce sera l'étape d'après.
07:06Il est 20h, voici le nouveau président de la République, et c'est Emmanuel Macron avec...
07:13En mai 2017, Emmanuel Macron est élu président de la République.
07:17Quelques semaines plus tard se tiennent les élections législatives.
07:20Olivier Dussopt conserve son siège de député.
07:22Et au mois de novembre, à la faveur d'un petit remaniement, il intègre le gouvernement d'Edouard Philippe.
07:28Personne ne s'y attendait.
07:30Il faut bien se rendre compte que trois jours avant, il avait voté contre le budget.
07:34Le budget, c'est vraiment l'acte politique qui marque votre appartenance ou non à la majorité.
07:41Alors lui, après, s'est défendu en disant « j'étais absent » et à ce moment-là, j'ai
07:44voté par procuration.
07:46Il y a une sorte de discipline de groupe et donc ce n'était pas moi personnellement qui m'y
07:50suis opposé.
07:50Il est nommé à ce moment-là secrétaire d'État auprès du ministre de l'Action et des Comptes Publics
07:57qui s'appelle Gérald Darmanin.
07:59Alors il met en scène un petit déjeuner à Bercy devant les caméras, etc.
08:04Accueil poli, mais un peu distant, ce matin à Bercy entre Olivier Dussopt et son ministre de tutelle Gérald Darmanin.
08:12Des sourires un peu figés, mais pas un mot, car entre eux, les échanges n'ont pas toujours été cordiaux.
08:18Comme il y a trois mois, alors sur les bancs de l'opposition à l'Assemblée, Olivier Dussopt, président de
08:24l'Association des petites villes de France,
08:26critique une réduction de crédit allouée aux collectivités locales. La réponse est cinglante.
08:32Monsieur le député Dussopt, dans le film « Le Président », Jean-Grabin a dit une phrase, je m'excuse
08:41de la citer ainsi,
08:43« Dire n'importe quoi est l'apanage de l'opposition. »
08:45« Malheureusement, cette phrase se vérifie aujourd'hui. »
08:50On a ce couple assez inattendu entre Gérald Darmanin, qui est un pur produit de la droite sarkoziste,
08:55et Olivier Dussopt, qui vient du PS et qui, à un moment de sa carrière, était même à la gauche
09:01de la gauche au sein du PS.
09:02Du côté des socialistes, comment on vit cette nomination ?
09:05C'est la stupeur, personne ne l'avait vu venir, alors évidemment c'est la condamnation unanime.
09:10On l'appelle le félon, on le désigne du doigt comme étant un opportuniste prêt à tout pour entrer au
09:14gouvernement.
09:15Ce matin, Stéphane Le Foll ne mâche pas ses mots.
09:18Moi je rappellerai simplement une phrase de Blum, qui est une belle phrase, qui sera marquée tout à l'heure,
09:22qui était de dire que les hommes sont démunis face au pouvoir lorsqu'ils le veulent par vanité ou convoitise.
09:29Voilà, c'est assez simple et ça s'applique d'ailleurs de manière très large.
09:32Lui d'ailleurs dira, non non, moi je suis fidèle à mes valeurs.
09:37Mais c'est vrai que c'est une étiquette que ses anciens camarades du PS continuent à lui ressortir,
09:45puisque par exemple Boris Vallaud, qui est le patron des députés PS à l'Assemblée nationale,
09:49continue à l'appeler Olivier Dussopt.
09:53Au sein du gouvernement, Olivier Dussopt occupe des postes de plus en plus importants.
09:57D'abord secrétaire d'État, on l'a dit, ministre en charge des comptes publics à partir de 2020,
10:02puis ministre du Travail après la réélection d'Emmanuel Macron en mai 2022.
10:07Il est quel genre de ministre justement ?
10:08C'est un ministre qui ne fait pas d'effet de manche, mais qui est efficace.
10:14C'est un peu comme ça qu'on peut le résumer.
10:15Il est très bon technicien, il avale des kilos et des kilos de fiches,
10:19il est incollable sur les chiffres, sur la technicité, c'est vraiment son truc,
10:23tout en étant assez politique dans la négociation avec les partenaires sociaux.
10:27Et il parvient, pendant toute cette période, à faire passer des réformes importantes et sans grande contestation.
10:32Par exemple, une réforme de la fonction publique,
10:35on sait que la fonction publique, il y a des secteurs qui sont très syndiqués,
10:37et il arrive à lancer une réforme qui passe sans trop de heurts.
10:41Pareil, sur la réforme de l'assurance chômage,
10:44il parvient à obtenir y compris un accord des Républicains au Parlement.
10:49Et sur ces deux points-là, il écrit sa légende de ministre qui fait avancer les dossiers.
10:54Au fil du temps, il tisse aussi un lien particulier avec Emmanuel Macron.
10:57Olivier Dussopt, c'est un ministre discret qui ne dit jamais un mot de ses échanges avec Emmanuel Macron.
11:04Et pour le président, c'est un signe de fiabilité.
11:08De ce côté, j'ai des résultats, je mets en place des réformes,
11:11j'exécute un certain nombre de consignes qui me sont données par l'Elysée.
11:14C'est quelque chose qui va plaire au niveau de la présidence
11:18et qui font qu'une certaine confiance va s'installer entre le chef de l'État et son ministre Dussopt.
11:24Marcel Oves-Fred, on en vient à la date du 31 décembre 2022.
11:28Dans ses voeux aux Français pour la nouvelle année,
11:30Emmanuel Macron promet une réforme des retraites dans les semaines à venir.
11:33Devra-t-on travailler plus longtemps en 2023 ?
11:37Là aussi, comme je m'y suis engagé devant vous,
11:40Cette année sera en effet celle d'une réforme des retraites
11:44qui vise à assurer l'équilibre de notre système pour les années et décennies à venir.
11:48Olivier Dussopt, puisqu'il est ministre du Travail,
11:51doit faire partie des membres du gouvernement en première ligne pour porter ce projet de loi.
11:55C'est un vrai défi pour lui ?
11:57Oui, parce que qui dit réforme des retraites dit réforme impopulaire.
12:01On l'a vu par le passé.
12:02Une première réforme qui a capoté, c'était celle de 2019,
12:06qui est arrêtée en 2020 au moment du déclenchement du Covid,
12:10qui a valu au gouvernement des semaines de mobilisation sociale.
12:15Et cette fois-ci, il s'agit de faire une réforme différente,
12:18qui a été annoncée pendant la présidentielle,
12:20sur la base d'un report de l'âge légal.
12:23À l'époque, dans le programme, il est question de passer à 65 ans.
12:27Donc la marche est haute.
12:30Et pour le ministre qui doit porter cette réforme,
12:33c'est un risque d'impopularité considérable.
12:35Au cours du mois de janvier, la phase de concertation avec les syndicats,
12:39en vue de cette réforme, donne lieu à des rapports compliqués
12:42entre Olivier Dussopt et la première ministre Elisabeth Borne.
12:45Elle a été ministre du Travail juste avant d'entrer à Matignon.
12:49Et donc il y aura une petite concurrence entre eux, en coulisses,
12:54parfois des tensions qui sont palpables sur la méthode,
12:58peut-être parfois sur certains arbitrages de fond.
13:00Alors dans les réunions, il pousse par exemple de façon importante auprès du chef de l'État
13:06pour qu'on passe à une réforme à 64 ans avec une accélération du dispositif Touraine.
13:11Donc il essaye d'être le monsieur retraite de l'exécutif.
13:15Mais ce n'est pas simple.
13:17Le risque politique est très élevé et il y a beaucoup d'intervenants.
13:20Le vendredi 3 février, trois jours avant le début des débats sur la réforme des retraites,
13:25à l'Assemblée nationale, le site d'information Mediapart révèle qu'Olivier Dussopt
13:29est poursuivi pour favoritisme dans une enquête du parquet national financier.
13:33De quoi est-il soupçonné en résumé ?
13:36C'est une affaire qui remonte en fait à une enquête de 2020
13:39sur le don d'estampes d'un artiste contemporain plutôt bien coté
13:45de la part d'un ancien dirigeant de la SOR.
13:48La SOR, c'est un des géants de la distribution d'eau.
13:52Donc la question est de savoir,
13:53est-ce que celui qui fut député maire d'Anonnet
13:56a à l'époque fait bénéficier de mesures privilégiées
14:01lors de l'attribution du marché de l'eau à cette entreprise ?
14:06Les deux estampes dont il est question, il faut le rappeler,
14:09elles ont été depuis rendues par Olivier Dussopt
14:11à celui qui les lui avait données.
14:13En tout cas, ce que Mediapart révèle,
14:16c'est que les enquêteurs vont retenir la question du favoritisme
14:21et ce que va dire la défense d'Olivier Dussopt,
14:25c'est que, ok, mais qu'en revanche,
14:28les enquêteurs ont écarté d'autres accusations possibles
14:31comme celles de corruption ou de prise illégale d'intérêt.
14:35Et donc, finalement, c'est une affaire qui suit son cours,
14:38mais globalement qu'elle n'est pas si grave.
14:40Vous êtes affaibli aujourd'hui, Olivier Dussopt, non ?
14:42La seule chose qui m'intéresse aujourd'hui,
14:44c'est comme ministre d'aller au bout de cette réforme
14:46et comme citoyen, comme personne privée,
14:50de continuer à avancer et à dire, à rappeler d'abord
14:53que 4 des 5 reproches ont été classés sans suite
14:55et qu'il n'y a pas d'accusation de corruption.
14:56Mais l'exécutif, aujourd'hui, vous soutient jusqu'à là.
14:59Et qu'il y a un cinquième point sur une question de procédure
15:02avec la possibilité, en tout cas aux yeux du parquet,
15:05d'une infraction.
15:06Et je vais continuer à me défendre
15:07et expliquer que ma position est une position de bonne foi.
15:11La réaction du gouvernement va être de dire sa confiance
15:15envers Olivier Dussopt.
15:16Et même le chef de l'État fera fuiter un certain nombre de propos
15:19pour dire à quel point il maintient sa confiance.
15:22À ce moment-là, tout le monde fait bloc derrière Olivier Dussopt.
15:26On en vient au lundi 6 février.
15:29Marcel Oves-Fred, c'est le début des débats
15:31autour du projet de loi sur la réforme des retraites
15:33à l'Assemblée nationale.
15:35Le texte prévoit dans les grandes lignes
15:37un recul de l'âge de départ de 62 à 64 ans
15:41et la fin progressive des régimes spéciaux.
15:43Racontez-nous le début de la première journée.
15:45La présidente de l'Assemblée nationale ouvre les débats.
15:50L'opposition essaye tout de suite de bloquer
15:53presque auditivement le débat.
15:56D'ailleurs, Olivier Dussopt essaye de prendre la parole.
15:58Mesdames et messieurs les députés,
16:02nous y sommes.
16:04Tout le monde a pu s'exprimer sur les rappels au règlement.
16:08Vous laissez parler le ministre.
16:10Merci, madame la présidente.
16:14Il prononce trois mots et il ne peut pas aller plus loin.
16:17Suspension de séance annoncée par la présidente
16:20de l'Assemblée nationale.
16:21Monsieur le ministre, on va suspendre cinq minutes
16:23le temps que ses herstats collègues
16:25laissent le gouvernement s'exprimer.
16:26On voit dès le début que ça va être un chemin de croix pour lui.
16:30Le lendemain, le mardi 7 février,
16:32un député de la NUPES lui tend un piège à travers une question.
16:36Oui, il s'agit d'un député pyrénéen socialiste,
16:39un jeune député,
16:40qui lui pose une question assez simple d'apparence.
16:44Allez-vous réellement prendre en compte
16:46les propositions des différents partenaires sociaux
16:48ou allez-vous imposer une réforme déjà décidée par l'Elysée ?
16:51Allez-vous, oui ou non, reculer l'âge de la retraite
16:54de 62 à 64 ans ?
16:56Je vous remercie.
16:57Il répond, non, non, on a écouté,
16:59il y a eu une phase de concertation
17:00et on a enrichi le texte sur cette base.
17:02À l'issue de la concertation,
17:03le texte que nous vous présentons n'est pas le même
17:05qu'avant la concertation.
17:06Et ce député reprend la parole et dit
17:08« Merci beaucoup, monsieur Dussopt,
17:09vous venez de répondre à une question
17:11que vous posiez vous-même en 2010
17:14au ministre Eric Wehrt
17:15quand vous étiez dans l'opposition. »
17:16« Bien, monsieur le ministre,
17:17je vous remercie la main sur le cœur
17:19pour avoir répondu à la question
17:21que vous aviez vous-même posée
17:22le 4 mai 2010
17:23à Eric Wehrt,
17:25ministre en charge de la réforme des retraites
17:26de Nicolas Sarkozy. »
17:27Olivier Dussopt vient de tomber
17:28dans un piège qui lui a été tendu.
17:30Il s'agissait, par cette petite ficelle,
17:33de montrer à quel point
17:34Olivier Dussopt avait lui-même
17:36fait du chemin
17:37qu'il était capable aujourd'hui
17:39de défendre une réforme
17:40à laquelle il était opposé
17:42quand il était socialiste.
17:43Et comment est-ce qu'il justifie aujourd'hui
17:45le fait de porter cette réforme ?
17:46Alors, lui, il dit
17:47« On peut changer,
17:48ça s'appelle mûrir. »
17:50« La maturité politique
17:51fait qu'on évite parfois
17:52les solutions simplistes. »
17:54Donc, il faut...
17:54Donc, j'ai changé.
17:55Il faut assumer parfois
17:57de mûrir
17:58et de mesurer peut-être plus
17:59les contraintes
18:00et la complexité des choses.
18:01Et puis, la situation,
18:02dit-il, n'est plus la même.
18:03Il s'agit aujourd'hui
18:04de sauver un système
18:05par répartition
18:06en permettant aux jeunes générations
18:08d'en bénéficier.
18:09Et si on ne fait rien,
18:10sous-entend-il,
18:11on n'en aura plus.
18:17Le vendredi 10 février,
18:18l'hémicycle s'enflamme
18:20à propos d'un tweet
18:20d'un député insoumis,
18:22Thomas Porte.
18:23Alors, ce tweet
18:24montre une photo
18:26d'une scène
18:26qui se passe à Nantes.
18:27Le député Thomas Porte
18:29participe à une action
18:30contre la réforme
18:31des retraites
18:32et sous son pied,
18:33il écrase un ballon.
18:34Un ballon qui est
18:35à l'effigie
18:36de la tête
18:37du ministre du Travail,
18:38Olivier Dussopt.
18:39Il est tout sourire
18:40et c'est une façon
18:42pour lui
18:42de rejeter cette réforme.
18:44Sauf que, évidemment,
18:45la forme est choquante
18:46et elle provoque
18:47une levée de boucliers
18:49au sein du Parlement.
18:50pas seulement
18:51dans les rangs
18:51de la majorité,
18:52mais aussi
18:53c'est le malaise
18:54du côté du Rassemblement
18:55National.
18:56Il y a un malaise
18:56aussi à gauche
18:57et beaucoup lui demandent
18:59à ce moment-là
18:59de le retirer.
19:01La présidente
19:02de l'Assemblée Nationale
19:02lui dit au micro
19:04devant tout le monde
19:04on attend des excuses.
19:06Monsieur Porte,
19:08je crois que l'hémicycle
19:10vous demande des excuses.
19:11Que répond Thomas Porte ?
19:12Je vais retirer mon tweet
19:14le jour où vous retirez
19:14cette réforme
19:15qui va sacrifier
19:16des milliers de gens.
19:18Et trois jours plus tard,
19:19le ministre du Travail
19:20est pris à partie
19:21par le député insoumis
19:23Aurélien Saint-Toule.
19:24Il dit qu'il y a
19:25beaucoup plus de morts
19:27d'accidents du travail
19:28que vous ne le dites,
19:29vous, ministre du Travail.
19:31Et il commence à égrener
19:32un certain nombre de chivres
19:33et dans une sorte
19:34de surenchère
19:35il termine son propos
19:36en disant
19:37vous êtes un imposteur
19:38par rapport à ces chiffres
19:39qui sont bidons
19:40c'est ça qu'il sous-entend
19:41vous êtes un assassin.
19:42Vous êtes un imposteur
19:44et un assassin.
19:46L'hémicycle à ce moment-là
19:47est en ébullition
19:48ça crie dans tous les sens.
19:50Aurélien Saint-Toule
19:50s'excuse assez rapidement.
19:52J'ai eu il y a quelques instants
19:53à ce micro
19:54des mots
19:55que l'émotion
19:56et l'emportement
19:57m'ont fait mal choisir
19:59et qui sont déplacés.
20:01Je vous demande donc
20:02de recevoir ces excuses
20:04monsieur le ministre
20:04et comme je viens de vous le dire
20:05je suis à votre disposition
20:06pour avoir une discussion
20:07plus personnelle.
20:08Et la réaction à ce moment-là
20:10du ministre du Sop
20:11est de dire
20:11j'entends ce que vous me dites
20:12mais je n'accepte pas
20:14vos excuses
20:14car depuis le début
20:16de ces débats
20:17la France insoumise
20:18qui est le cible
20:19à ce moment-là
20:19m'a insulté
20:20une bonne dizaine de fois
20:21donc je n'oublie rien.
20:22Depuis une dizaine de jours
20:24dans plusieurs de vos interventions
20:25vous avez eu à mon égard
20:27entre 10 et 12 qualificatifs
20:28que je peux considérer
20:29comme insultant
20:30dont un
20:30qui a atteint
20:31le paroxysme de l'insulte.
20:33J'entends vos excuses
20:34mais vous comprendrez
20:35qu'un traité d'assassin
20:36ne se pardonne pas.
20:37Par contre
20:37ces excuses ont un mérite
20:38c'est qu'elles permettent
20:39au débat de continuer
20:40et c'est mon seul souhait.
20:45Est-ce qu'on sait
20:46comment il vit
20:47toutes ces invectives ?
20:48Officiellement
20:49il assure
20:50être solide
20:51par rapport à ça
20:52il assure que
20:53l'important pour lui
20:54c'est de mener
20:56à terme cette réforme
20:57et qu'il est imperturbable.
20:58il n'empêche physiquement
21:00on voit bien
21:00qu'il est atteint
21:01à ce moment-là
21:01on sent qu'il accuse le coup
21:03il n'a plus de voix
21:04il est fatigué
21:05il a une écharpe
21:06autour du coup
21:06c'est vraiment
21:07une épreuve physique pour lui.
21:09Le vendredi 17 février
21:11à minuit
21:12l'examen du projet de loi
21:13sur la réforme des retraites
21:15se termine
21:15après deux semaines de débat
21:17comme l'exige le règlement
21:18sans que les députés
21:19n'aient pu voter ce texte
21:21ni même examiner
21:22l'article 7
21:23celui sur le report
21:24de l'âge légal
21:25à 64 ans
21:26en raison des milliers
21:28d'amendements
21:28qui ont été déposés
21:29et c'est à Olivier Dussopt
21:31que revient
21:32la dernière prise de parole
21:33dans l'hémicycle.
21:34Il s'approche du micro
21:36et à ce moment-là
21:37déjà se lèvent
21:38les députés du groupe
21:39de la France Insoumise
21:40une façon de dire
21:42tu peux parler
21:42nous on ne t'écoutera
21:43déjà plus
21:44et donc il prend la parole
21:46il hausse le ton
21:46Mesdames et Messieurs
21:47les députés Insoumis
21:48vous m'avez insulté
21:5015 jours
21:50vous chantez
21:52mais vous m'avez insulté
21:53personne n'a craqué
21:54personne n'a craqué
21:56et nous sommes là
21:57devant vous
21:57pour la réforme
21:58Il est au bout
22:00d'une épreuve
22:00qui aura été
22:01une épreuve politique
22:02et physique
22:03celle de la lecture
22:04à l'Assemblée Nationale
22:11Alors l'examen
22:12de ce texte de loi
22:13n'est pas terminé
22:13Olivier Dussopt
22:14défend en ce moment
22:15le texte au Sénat
22:16où les débats
22:17doivent s'achever
22:18le 12 mars
22:19Marcel Oves-Fred
22:20cette première étape
22:21à l'Assemblée
22:22c'était l'épreuve du feu
22:23pour lui
22:23est-ce qu'il en ressort
22:25plutôt renforcé
22:26ou au contraire
22:27fragilisé ?
22:28Dans la mémoire collective
22:29les réformes
22:30des retraites
22:31elles ont été
22:33attribuées
22:33en général
22:34au ministre du travail
22:35Si on prend la photographie
22:37au moment des débats
22:38il semble sortir
22:39essoré
22:40de cette épreuve
22:41il n'empêche
22:42l'histoire retiendra
22:43peut-être
22:44qu'il a été
22:44l'un des ministres
22:46à avoir porté
22:46une réforme
22:47on va dire
22:48difficile
22:49à un moment
22:50où en plus
22:51l'exécutif
22:52ne dispose pas
22:53à l'Assemblée Nationale
22:54d'une majorité
22:55absolue
22:56Et après les retraites
22:57ce ne sera pas terminé
22:58d'autres grosses réformes
22:59l'attendent
23:00S'ouvrent devant lui
23:01deux gros dossiers
23:02celui de texte immigration
23:04qu'il doit porter
23:05avec le ministre de l'Intérieur
23:07Gérald Darmanin
23:08et un texte
23:10sur le travail
23:11qui est une sorte
23:12d'acte 2
23:13acte 1
23:13c'est les retraites
23:14l'acte 2
23:15se veut
23:16un texte
23:17sur le plein emploi
23:18transformation
23:19de ce qui est aujourd'hui
23:21Pôle emploi
23:21en France Travail
23:22bref
23:23le jeune
23:24maire
23:25Danone
23:26est devenu
23:27aujourd'hui
23:27une pièce maîtresse
23:29de l'exécutif
23:30macroniste
23:58merci à Marcelo Vestfred
24:01de laisser des petites étoiles
24:02ou un commentaire
24:03et vous pouvez aussi
24:05nous écrire
24:05à cette adresse
24:06codesource
24:07at le parisien
24:08point fr
24:11Musique
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