- il y a 9 heures
Le 26 août 1944, il y a tout juste 75 ans, une marée humaine envahissait les Champs-Élysées pour fêter la Libération de Paris. Dans la foule, une jeune femme, Madeleine Riffaud, qui allait devenir plus tard journaliste, reporter de guerre et poétesse. Cette résistante vient d’avoir 95 ans. Elle en avait 19, quand elle a tué de deux balles un militaire allemand au cœur de Paris, sur un pont de la Seine, le 23 juillet 1944. « Ce n'était pas de la haine. J'avais plutôt du chagrin en fait. ». Cet épisode de Code source est raconté par Charles de Saint Sauveur, journaliste politique, spécialiste histoire au Parisien. Les extraits sonores de Madeleine Riffaud proviennent d’enregistrements réalisés par France 3 en 2014, et l’AFP vidéo en 2019. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : France 3, AFP TV
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 26 août 1944, il y a tout juste 75 ans, une foule envahissait les Champs-Elysées pour fêter la
00:19libération de Paris.
00:20On vous raconte aujourd'hui l'histoire d'une femme qui a participé à ses combats, Madeleine Rifaut, journaliste, reporter
00:27de guerre et poétesse.
00:28Elle vient d'avoir 95 ans, elle en avait 19 quand elle a tué de deux balles un militaire allemand
00:34à Paris sur un pont de la Seine.
00:36C'était le 23 juillet 1944.
00:39On ne fait pas ces choses-là comme on joue à la poupée.
00:43Faire une action en mai, quand elle n'a pas de sens politique, ça ne sert à rien.
00:47Charles Le Saint-Sauveur, vous êtes journaliste au service politique du Parisien, vous signez aussi les pages histoire chaque dimanche.
00:53Vous avez rencontré Madeleine Rifaut ce mois-ci. Est-ce que vous pouvez nous décrire où elle vit, son appartement
00:59?
00:59Elle vit dans un appartement du Marais, dans un quartier très très prisé par les bobos, qu'elle trouve très
01:04pollué, mais qu'elle ne veut pas quitter.
01:05Elle adore Paris. En fait, ce qui marque d'entrée, c'est l'odeur de cigario cubain qu'elle fume
01:09dans son appart.
01:10On les sent même depuis le hall d'entrée.
01:11Et puis aussi les chants du Rossignol, enfin elle en a plusieurs dans son appartement.
01:14Parait-il qu'ils chantent quand ils aiment bien le visiteur.
01:18Et là, c'était le cas ?
01:19Je les ai entendus chanter.
01:21Est-ce que vous pouvez nous décrire Madeleine Rifaut ?
01:23Madeleine Rifaut, c'est une femme très menue, qui a une longue natte, très étrange.
01:27Il n'y a rien qui est banal chez elle.
01:28Et sa natte est blonde et noire, alors que ses cheveux sont tout à fait gris.
01:32Elle est fatiguée, mais elle a une incroyable énergie.
01:35C'est tout à fait sidérant.
01:36Elle vous reçoit dans quelles conditions ? Est-ce qu'elle peut marcher ? Est-ce qu'elle est assise
01:40sur un fauteuil ?
01:41Elle a très mal au genou et ça l'a empêché d'assister aux commémorations.
01:44Elle était embêtée.
01:45Elle déteste ne pas pouvoir marcher, donc elle est un peu alitée.
01:48Elle a besoin d'aide évidemment, donc des infirmiers qui se relaient.
01:51Mais par ailleurs, c'est une force de la nature tout à fait prodigieuse.
01:54Elle a des photos d'ailes.
01:55Jeune fille, quand elle est entrée dans la Résistance, elle était comment à l'époque ?
01:59Quand elle est rentrée dans la Résistance, il y a une photo d'ailes qui est tout à fait sidérante.
02:02On la voit en 1942 avec ce qui ressemble à un chaton dans les bras.
02:06Elle a l'air d'une toute petite fille.
02:07Et c'est pourtant cette année-là, en 1942, qu'elle rentre dans la Résistance.
02:10C'est vraiment très étrange.
02:11Et à quel âge à l'époque ?
02:12Elle a 17 ans.
02:13Elle a exactement 16 ans quand elle décide de rentrer dans la Résistance et 17 ans quand elle le fait
02:16effectivement.
02:1975 ans plus tard, malgré les années, Madeleine Riffaut a gardé intact ses souvenirs de la libération de Paris à
02:25laquelle elle a participé.
02:26Elle a une mémoire prodigieuse.
02:28Il n'y a vraiment rien qui lui échappe.
02:30Aucune hésitation.
02:31Rien qui laisse se supposer qu'elle a oublié des pans, des morceaux d'histoire.
02:34Elle se souvient de tout, elle se souvient des noms.
02:36Elle remarque aussitôt, quand vous, vous ne savez pas un détail qui la concerne, elle ne laisse absolument rien passer.
02:40Il ne faut pas faire d'erreur avec elle.
02:41Ah non, il ne faut pas faire d'erreur avec elle.
02:43Dans quel milieu a grandi Madeleine Riffaut ?
02:45Elle a grandi dans un milieu relativement modeste, d'instituteurs.
02:48On les appelait les hussards de la République à l'époque.
02:50Qui étaient des limousins qui avaient migré vers la Somme, qui étaient à reconstruire après la Première Guerre mondiale.
02:56Et donc ses parents étaient instituteurs tous les deux.
02:57Plutôt tendance gauche Blum, SFIO.
03:01Ce n'était pas des communistes.
03:02Madeleine Riffaut est devenue communiste après.
03:03Pas toute sa vie d'ailleurs, mais ses parents étaient plutôt socialistes.
03:08À l'automne 1940, quand elle a 16 ans, un épisode va changer le cours de sa vie.
03:13Elle revient d'Exode avec son grand-père.
03:15Elle arrive en Gare d'Amiens, qui est dévastée.
03:17Et elle tombe sur un groupe de soldats allemands qui commencent à se moquer un peu d'elle, à avoir
03:22les mains baladeuses.
03:22Là, subitement, un officier arrive, leur hurle dessus.
03:26Et dans la foulée, l'envoie promener d'un coup de pied au derrière, qui la fait valdinguer à deux
03:32mètres de là.
03:33Elle se retrouve complètement engroguée par terre.
03:35Et avec le sentiment que, vraiment, il ne faut pas les laisser là.
03:40Elle se dit plus jamais ça.
03:41Elle s'est dit, ça ne peut plus se passer comme ça.
03:43Elle n'avait pas encore en tête de rentrer dans la résistance, mais disons que le fond était là.
03:48En 1941, elle est envoyée dans un sanatorium près de Connoble.
03:51On lui détecte une tuberculose pendant l'année 1941.
03:54Et ses parents décident de l'envoyer dans un sanatorium, comme beaucoup de tuberculeux de l'époque.
03:58Elle va y passer de longs mois et faire des rencontres qui vont être décisives pour la suite de sa
04:01vie.
04:01Et notamment une rencontre en particulier.
04:03Marcel Gagliardi, qui a 25 ans, elle en a 17.
04:07Il devient très vite son amoureux, chaste, dit-elle.
04:10Mais ils vont partager ensemble beaucoup de choses, notamment l'amour de la poésie et puis le sens du combat.
04:15Lui, il veut mourir les armes à la main parce qu'il se sait condamné.
04:17Il a une tuberculose dont il ne se réchappera pas.
04:19Elle veut être son égale et l'accompagner dans son combat.
04:22Quelque part, c'est lui qui va l'aider à devenir plus tard résistante ?
04:25Il va la guider dans son chemin vers la résistance.
04:28Après, elle a elle-même conscience de ce qu'elle fait.
04:31Elle ne le fait pas que par amour, mais elle va le faire avec lui.
04:33Et il va être décisif.
04:36Madeleine Riffaud va donc chercher à entrer dans la résistance.
04:39C'était compliqué ?
04:40C'était très compliqué d'entrer dans la résistance parce que c'était une chose de vouloir le faire.
04:44Il fallait savoir à quelle porte taper.
04:46Évidemment, à l'entrée de chaque bureau, il n'y avait pas marqué « entre ici, résistant ».
04:50Donc, il fallait de sérieuses connexions pour pouvoir taper à la bonne porte.
04:55Alors, comment est-ce qu'elle fait ?
04:55Après le sénatorium, elle décide de monter à Paris avec Gagli, son amoureux.
05:00Elle s'inscrit à l'école des sages-femmes de Port-Royal, lui à l'école de médecine.
05:04Et ensemble, ils vont entrer en résistance dans le front national des étudiants.
05:09C'est un mouvement de jeunesse de la résistance ?
05:12Ce sont des étudiants comme eux qui ont décidé de passer à l'action.
05:16Alors, ce sont des actions qui ne sont pas des actions armées, mais qui sont des actions militantes.
05:20Alors, sa première action, c'est un tag sur un mur de la rue de l'école des médecines.
05:24Un tag contre les nazis.
05:27Puis, ce sont aussi des slogans des croix de Lorraine.
05:29Après, il y a beaucoup de transport de matériel, y compris des clés de tir-fond qui servent à déboulonner
05:33les rails,
05:34qui sont utiles pour les sabotages.
05:35Et puis, il y a les actions de plus de propagande.
05:38Par exemple, d'aller dans les très très nombreuses à l'époque, que devant les magasins de ravitaillement,
05:43pour aller convaincre les gens qu'il ne faut pas se désespérer de l'issue de la guerre, qu'une
05:47victoire est possible.
05:48Quel nom d'emprunt elle a pour son activité clandestine ?
05:50C'est Rainer, c'est son pseudo de guerre.
05:53Elle l'a choisi parce qu'elle adore les poèmes de Rainer Maria Rilke, qui est un poète autrichien.
05:57Et d'ailleurs, ses amis résistants tiquent un peu parce qu'il est autrichien.
06:01Quand est-ce que Madeleine Riffoud décide de passer à la lutte armée ?
06:04Elle a essayé plusieurs fois de passer à la lutte armée.
06:07Et plusieurs fois, on l'a envoyée promener en lui disant, en gros, que c'était une petite fille.
06:10Mais elle, elle a très envie de le faire.
06:11Elle constate que les rangs de la lutte armée ont été décimés à Paris.
06:14Et à l'hiver 1943-1944, elle est obstinée, elle insiste.
06:18Et donc, elle va voir son chef et qui lui trouve un rendez-vous avec un cadre des FTP,
06:23donc des francs-tireurs partisans.
06:25Donc, elle a ce rendez-vous.
06:26La personne l'a mis en garde en disant, ça peut durer trois mois avant que tu sois morte,
06:30voire cinq mois pour les plus chanceux.
06:32Et elle répond, je m'en fous.
06:33Et du coup, ça marche ? Elle est recrutée par les FTP ?
06:36Elle est recrutée par les FTP, qui est un groupe communiste.
06:39Elle ne l'est pas encore.
06:40Elle décide de s'inscrire au Parti communiste pour en faire réellement partie.
06:43Elle n'était pas obligée de le faire, mais elle décide quand même de le faire.
06:45Le mot d'ordre du Parti communiste, à ce moment-là, c'était
06:48« tous debout et chacun son boche ».
06:50Que pense-t-elle de cette consigne ?
06:52Elle n'aime pas beaucoup, cette consigne, parce qu'elle ne la considère comme pas concrète.
06:55C'est tout, elle, d'ailleurs.
06:56Par contre, la consigne était de tuer un Allemand en plein jour, si possible avec de la foule autour.
07:03Pour marquer les esprits, en fait, il fallait que la peur change de camp.
07:06Est-ce qu'à cette époque, donc l'hiver 43-44, les résistants sont très actifs dans la capitale ?
07:11La lutte armée a vraiment essuyé des coups mortels.
07:14Il y a beaucoup de groupes qui ont été décimés par les nazis et par leurs sbires français.
07:20Des filatures très efficaces qui ont vraiment saigné littéralement la résistance française.
07:25L'occupant allemand qui cherche aussi à faire peur avec la propagande.
07:28On peut voir sur les murs de Paris, à l'époque, la fameuse affiche rouge
07:31qui va inspirer un poème de Louis Aragon en 1955.
07:36Poème mis en musique et chanté, quelques années plus tard, par Léo Ferret.
07:40Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes,
07:45noirs de barbe et de nuit, hirsutes, menaçants.
07:50L'affiche qui semblait une tache de sang,
07:54parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles.
08:01Ils cherchaient un effet de peur sur les passants.
08:06L'affiche rouge, c'est une affiche de propagande nazie.
08:09On y voit 23 résistants des FTP et MOI, la main-d'oeuvre immigrée,
08:14principalement des Arméniens, le poète Manoukian qui dirige le groupe
08:17et beaucoup de Juifs qui vont être fusillés le 21 février 1944.
08:22On leur doit notamment l'assassinat du général SS Julius Ritter.
08:27C'est en voyant cette affiche dans le métro
08:29que Madeleine Riffaut va vraiment se décider à rentrer dans la lutte armée.
08:33Ils sont morts, eux. J'ai dit, bon sang, on n'a pas fait autant, nous.
08:37La résistance armée est décapitée à Paris.
08:40Ça fait un bout de temps que je demande à passer la lutte armée.
08:43Eh bien, j'y passe ce soir.
08:45En juillet 1944, le 1er et le 14 juillet,
08:48Madeleine Riffaut participe à deux manifestations en plein Paris.
08:52Alors à l'époque, elle est chef d'un groupe FTP d'une douzaine de personnes.
08:56Le débarquement allié s'est déroulé le 6 juin.
09:00Il faut préparer Paris au soulèvement.
09:02Et pour ça, elle organise des manifestations
09:04qui sont encadrées par les FTP avec arme à la main
09:08et le consentement des policiers qui laissent faire ces manifestations.
09:11Clairement, le vent est en train de tourner à Paris.
09:13À ce moment-là, à un moment, elle croit être arrêtée.
09:15Les Allemands arrivent, c'est la débandade.
09:18Elle fuit dans un immeuble, se réfugie chez une vieille dame
09:20qui lui ouvre gentiment la porte et qui la cache sous un édredon rouge.
09:24Les Allemands ouvrent, rentrent dans l'appartement et inspectent toutes les pièces.
09:28Là, elle pense que son heure est arrivée.
09:30Mais miraculeusement, grâce à la vieille dame
09:32qui fait un numéro terrible aux Allemands, elle réussit à s'en tirer.
09:35Le 20 juillet, à Paris, elle perd l'un de ses camarades.
09:38C'est Picpus, un pseudo pour un Corse farouche, comme elle dit,
09:43qui s'appelle Charles Martini, il a 28 ans.
09:45C'est le meilleur élément de son groupe, du groupe FTP qu'elle dirige.
09:49Picpus n'a pas eu le cran de tuer un soldat allemand quelques jours plus tôt.
09:52Et ce soldat le reconnaît et il est mitraillé dans le dos.
09:57Madeleine Riffaut décide d'essayer à son tour de tuer un militaire allemand.
10:01Est-ce qu'elle s'est tirée d'abord ?
10:02Alors, elle s'est très bien tirée, Madeleine Riffaut.
10:04Son père lui a appris.
10:06Trouve que c'est une très, très fine gâchette.
10:08Il l'emmenait à la chasse aux lapins et à la perderie avant la guerre.
10:12Sa mère, d'ailleurs, en était interloquée.
10:14Et lui répondait, ça peut toujours servir avec les temps qui courent.
10:18Le dimanche 23 juillet, elle passe à l'acte.
10:20C'est une très belle journée à Paris.
10:21Il fait très, très beau à Paris.
10:23C'est en plein été.
10:24Il y a du monde.
10:25Comme toujours, les Parisiens vont près de la Seine.
10:28Elle a rendez-vous à Notre-Dame, un petit peu avant 15h, avec un dénommé manuel.
10:32Et elle lui dit, passe-moi ton arme, prête-moi ton vélo.
10:35Il n'a rien dit.
10:36Il lui a juste passé ce qu'elle demandait et elle est partie.
10:39Elle longe les quais de Seine.
10:40Et là, elle se met en chasse d'un officier allemand.
10:43Isolé.
10:44Il fallait qu'il soit isolé.
10:45Surtout pas une unité.
10:46Donc elle pédale, pédale sur les quais de Seine, le quai d'Orsay.
10:50Et là, tout à coup, sur le pont de Solferino, près des Tuileries,
10:53elle aperçoit un officier isolé.
10:55Et là, elle décide de descendre de vélo.
10:57Elle a trouvé sa victime.
10:58Elle s'approche.
10:59Elle demande à un petit garçon de se pousser.
11:01Elle sort le pistolet 765 de type ruby qu'elle a dans son sac, qu'elle appelle Oscar.
11:06L'Allemand a juste le temps de se retourner.
11:08Je ne voulais pas, moi, abattre un homme dans le dos.
11:12Je voulais qu'il me regarde, qu'il ait le temps de sortir son arme.
11:16Et qu'on fasse ça, le royal, même si ça a duré une seconde.
11:20Il a fini par se retourner.
11:21Bon ben là, il me donnait devant la tombe et puis voilà.
11:25Qu'est-ce qu'elle dit aujourd'hui de cet acte ?
11:28Elle dit que ça ne l'avait pas mise en joie, que c'était une mission,
11:32qu'il y avait un objectif politique et qu'elle a accompli sa mission.
11:35Je n'avais aucune haine, aucune.
11:40Je n'avais plutôt du saga.
11:42Et plus tard, elle écrira un poème sur cet instant.
11:47Neuf balles dans mon chargeur pour venger tous mes frères.
11:50Ça fait mal de tuer.
11:52C'est la première fois.
11:54Sept balles dans mon chargeur, c'était si simple.
11:57L'homme qui tirait l'autre nuit, c'était moi.
12:00Elle remonte sur son vélo.
12:02Qu'est-ce qu'elle se dit à ce moment-là, juste après avoir tué ce militaire allemand ?
12:07Alors, elle est curieusement très tranquille.
12:09Elle se dit qu'elle va sans doute s'en tirer.
12:12Elle croit même apercevoir un policier français qui lui indique que la voie est libre.
12:16Donc, elle file sur le quai d'Orsay.
12:18Et là, évidemment, les choses vont se gâter.
12:20Elle entend une voiture derrière elle et ça, elle sait que c'est inquiétant.
12:23Elle sait que c'est inquiétant parce que c'est un moteur à essence qu'elle entend.
12:26Et elle appelle ça les voitures de la mort parce que seule la Gestapo, les Allemands, ou les policiers français
12:30en avaient.
12:31Et il y avait qui dans cette voiture ?
12:32C'était un sous-intendant de la police de Versailles, qui était à la solde des nazis, qui la percute
12:37violemment, qui la traite de traître et qui l'embarque dans sa voiture, menotte au poignet.
12:41Elle est complètement groguie, blessée, évidemment.
12:43Et il la conduit à la Gestapo, rue des Saussets.
12:46Elle est torturée.
12:47Elle s'est subie des sévices physiques et des sévices mentaux, d'atroces tortures dont elle n'aime pas beaucoup
12:52parler.
12:53Elle parle de jours irracontables tellement ils ont été violents.
12:57Elle passe de la Gestapo à la police française, qui n'est pas plus tendre.
13:00Et puis elle revient finalement à la Gestapo, est internée à Fresnes, puis ensuite à Compiègne.
13:04Et son exécution sera programmée pour le 5 août, dans sa cellule.
13:09La veille, elle écrit ce poème.
13:11Sept pas de longs à ma cellule, et en largeur quatre petits.
13:15Elle est murée, plus de lumière, la fenêtre de mon cachot.
13:19Et la porte, elle est verrouillée.
13:22Sept pas de longs et puis un mur, si durs les murs, et la serrure.
13:27Ils ont bien pu tordre mes mains, je n'ai jamais livré vos noms.
13:30On doit me fusiller.
13:32Demain.
13:33As-tu très peur ? Dis.
13:35Oui ou non.
13:36Les yeux bandés, le mouchoir bleu.
13:38Le poing levé, le grand adieu.
13:41Charles de Saint-Sauveur, qu'est-ce qu'elle dit aujourd'hui de ces heures où elle croyait qu'elle
13:46allait être exécutée ?
13:47Elle n'avait pas parlé, elle avait accompli sa mission jusqu'au bout.
13:51Et elle semblait presque joyeuse, heureuse à l'idée de mourir.
13:55Parce que, encore une fois, elle avait été résistante jusqu'au bout.
13:59Et elle n'avait pas dénoncé ses camarades ?
14:00Elle n'avait pas dénoncé ses camarades, elle n'avait pas parlé, elle avait tenu bon.
14:04Aujourd'hui, 75 ans plus tard, elle se dit qu'elle ne sera plus jamais heureuse de mourir.
14:10Et qu'elle trouve ça dommage.
14:11C'est très curieux, mais c'est ce qu'elle nous a dit.
14:12Et miraculeusement, Madeleine Riffaut s'en sort.
14:15Il lui arrive énormément de choses entre son arrestation et sa libération.
14:20Mais elle bénéficie d'un échange de prisonniers dans le cadre de la trêve qui est négociée entre le commandement
14:26militaire allemand von Scholtitz et le consul de Suède qui s'appelle Raoul Nordling.
14:31Donc, 3200 prisonniers sont échangés, dont elle.
14:34Elle est libérée de la prison de Frennes le 18 et envoyée à l'hôpital Cochin pour se faire soigner.
14:38Elle a des souvenirs de ce moment-là, à l'hôpital Cochin ?
14:41Elle a un immense souvenir qui l'a marqué à vie.
14:44Ce sont les nouilles à la tomate qu'elle a ingurgité et qui avaient sans doute le goût de la
14:49résurrection.
14:50Elle en mange encore aujourd'hui, même quand elle a plus faim.
14:58Le 23 août, avec des camarades, Madeleine Riffaut bloque un train rempli d'allemands à la gare de Belleville.
15:0380 allemands seront arrêtés.
15:05Et le 23 août, c'est une journée particulière pour elle.
15:08C'est une journée particulière qu'elle a failli oublier d'ailleurs.
15:10C'est son anniversaire.
15:11Et dans le train, elle va récupérer du foie gras, du champagne.
15:14Et elle va se souvenir qu'elle a 20 ans ce soir-là.
15:16Et elle va pouvoir faire la fête.
15:18Le 25 août, les Allemands capitulent en fin d'après-midi.
15:21Mais ce soir-là, justement, elle n'a plus le cœur à la fête.
15:24Madeleine est sur un banc avec quelques amis.
15:26Elle pleure parce qu'elle a perdu beaucoup d'amis.
15:28Ce jour-là, sur la place de la République, ils ont attaqué la caserne du Prince Eugène,
15:33qui était le dernier bastion allemand.
15:34C'est la dernière bataille de Paris.
15:35Et lors de cette bataille, qui est furieuse, où il y a beaucoup de morts,
15:39son ami Michel Tagrine, qui a 25 ans et qui est un violoniste merveilleux,
15:43tombe sous ses yeux, la tête emportée par une balle.
15:46Alors elle n'a vraiment pas le cœur à la fête.
15:48Il y a eu combien de victimes pendant la libération de Paris ?
15:50La semaine de libération de Paris, qui a duré du 19 au 25 août 1944,
15:55a fait 1700 morts côté français, dont 1000 résistants,
15:59et 3200, c'est-à-dire à peu près le double, côté allemand.
16:01Donc c'est tout sauf une bataille anodine.
16:03Le lendemain, le 26 août 1944, il y a donc tout juste 75 ans,
16:08une marée humaine envahit les Champs-Elysées, où les troupes alliées défilent.
16:12Madeleine Riffaut est sur place.
16:14Quel regard elle porte aujourd'hui sur cet épisode, sur la libération de Paris ?
16:18Je considère que c'est un grand moment d'allégresse, un moment de combat aussi,
16:22où tous les Parisiens s'aimaient, s'embrassaient.
16:25Il y a quelque chose d'unique qui s'est passé pendant cette semaine-là.
16:28Comme si Paris se réveillait de 4 ans de torpeur,
16:31lavait la fronde, l'occupation, les privations, comme un volcan qui se réveille.
16:36Finalement, la libération de Paris, c'était surtout une victoire symbolique ?
16:39C'est une victoire symbolique parce que c'est Paris, que Paris c'est la France,
16:42et que c'est aussi l'une des villes les plus connues du monde.
16:46Mais c'est aussi une victoire politique.
16:49Il faut savoir que les Américains n'entendaient pas du tout libérer Paris.
16:52Ils regardaient vers le Rhin, ils voulaient avancer très très vite
16:54et considéraient que la prise de Paris offrait un intérêt stratégique très limité.
16:58Mais les Français ont insisté, notamment De Gaulle.
17:00Et pour De Gaulle, c'était très important que Paris soit libérée, libérée par les Français,
17:04parce que ça lui permettait de légitimer son pouvoir,
17:07d'installer un pouvoir français et non pas un pouvoir allié,
17:11et puis aussi de laver quatre ans d'occupation allemande,
17:15quatre ans de régime de Vichy, de capitulation, de honte, quelque part.
17:19Lui parlait de la France libre, mais la France, pendant ces quatre années-là, avait été à la solde des
17:24nazis.
17:25Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé,
17:31mais Paris libéré, avec l'appui et le concours de la France toute entière.
17:39Et c'est grâce à la libération de Paris, au fond, que la France a pu s'installer à la
17:45table des vainqueurs.
17:46Après la guerre, Madeleine Riffaut va ensuite devenir grand reporter.
17:49Elle va couvrir de nombreux conflits au Vietnam, la guerre d'Algérie, notamment, pour le journal L'Humanité.
17:55Elle va devenir amie avec le poète Paul Éluard, Picasso.
17:58Elle écrira plusieurs livres. On peut citer « Les linges de la nuit » en 1974,
18:04résultat d'un reportage en immersion à l'hôpital en tant qu'aide-soignante.
18:08Charles de Saint-Sauveur, vous avez parlé de longues heures avec elle.
18:11Qu'est-ce qui vous a le plus frappé chez Madeleine Riffaut ?
18:14C'est son énergie, sa farouche énergie.
18:16Madeleine Riffaut, 95 ans, c'est une vieille dame qui n'y voit plus grand-chose,
18:21qui a été torturée par la Gestapo,
18:24qui a des graves séquelles d'un attentat qu'elle a subi
18:27quand elle était correspondante de guerre dans les années 1960 en Algérie.
18:30Et malgré ça, on a le sentiment qu'elle est indestructible.
18:33Elle résiste à tout, elle résiste au temps, évidemment.
18:36Et on sent que c'est une résistante, elle le dit elle-même,
18:41une combattante jusqu'au bout.
18:46Merci à Charles de Saint-Sauveur.
18:48Les extraits sonores de Madeleine Riffaut
18:50proviennent d'enregistrements de France 3 en 2014
18:52et de l'AFP Vidéo cette année.
18:58Codesource est le podcast d'actualité du Parisien.
19:01Production Jeanne Boézek et Clara Garnier-Amourou.
19:04Réalisation Benoît Gillon.
19:09Si vous aimez Codesource, n'oubliez pas de vous abonner
19:11sur votre application de podcast préférée.
19:14Nous sommes aussi sur Spotify, Deezer et YouTube.
19:16Vous pouvez nous écrire directement
19:18codesource at leparisien.fr
19:22d' Station.
19:34A l'équipe de Paris ha informé
19:36de toute cette vidéo.
19:36Communignez la carte de l'ATI
19:36où on se trouve views,
19:37Donc c'estables.
19:39Ce sens'investissement.
19:41On se trouve en situation2021.
Commentaires