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Le 5 octobre dernier, le square Forceval, situé dans le XIXe arrondissement de Paris, est évacué par les forces de police. Depuis plus d’un an, il était le nouveau lieu où se réunissaient les consommateurs de crack de la capitale. Pour Code source, Cécile Beaulieu et Pauline Darvey de l’édition de Paris, Hélène Hauss de l’édition de Seine-Saint-Denis, et Gwenaël Bourdon de la cellule enquête Île-de-France font le point.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : BFM TV, Le Parisien.

#crack #stalingrad #paris

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi. Je suis très heureux de vous annoncer le lancement d'un nouveau podcast du Parisien,
00:06podcast hebdomadaire de faits divers, Crime Story.
00:10Chaque samedi dans Crime Story, Claudia Prolongeau vous raconte une grande affaire criminelle
00:14en s'appuyant sur l'expertise du chef du service police-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:20Crime Story est disponible dès maintenant sur toutes les applications audio et sur leparisien.fr.
00:26Tout de suite, code source, votre podcast quotidien d'actualité.
00:33Le krach fait des ravages dans le nord de Paris depuis le début des années 90.
00:38Les toxicomanes ont énormément de mal à se sevrer,
00:41beaucoup d'entre eux, d'entre elles, sont en rupture avec le reste de la société
00:45et les riverains des lieux de consommation dénoncent un climat de tension et des violences insupportables.
00:51Etats, préfectures, mairies, élus locaux, associatifs ne sont pas d'accord entre eux sur la réponse à apporter à ce
00:58fléau,
00:58ce qui complique encore un peu la situation.
01:01Nous avions déjà consacré un épisode de code source à cette question en juillet 2021.
01:06Mais depuis, beaucoup d'événements se sont produits.
01:09Évacuation d'un parc, les jardins d'éoles abritant les craqueux,
01:13qui ont ensuite été rassemblés dans un square du 19e arrondissement à la Villette, près de Pantin et d'Aubervilliers.
01:19Ce site a été évacué à son tour le 5 octobre.
01:23On fait le point aujourd'hui dans code source avec 4 journalistes du Parisien,
01:27Cécile Beaulieu et Pauline Darvé de l'édition de Paris,
01:31Hélène Hauss de l'édition de Seine-Saint-Denis
01:33et Gwenaëlle Bourdon de la cellule Enquête-Île-de-France.
01:49Cécile Beaulieu, vous couvrez le problème du krach depuis plus de 5 ans.
01:52On le disait dans le premier épisode de code source consacré au sujet en juillet 2021.
01:57Rappelez-nous d'abord ce qu'est cette drogue.
01:59Le krach, c'est un dérivé de la cocaïne
02:02qui a été travaillé avec en général de l'ammoniaque ou du bicarbonate de soude.
02:06Pour le rendre fumable en fait.
02:08Et donc ça se présente sous forme de cailloux qu'on fume avec une petite partie annale en général,
02:12fabriquée par les toxicomanes eux-mêmes.
02:14Combien coûte une dose ?
02:14Une dose coûtait 5 euros parce qu'il paraît que récemment les prix ont augmenté.
02:18Qui sont les vendeurs de krach ?
02:20Alors en général c'est des hommes d'origine sénégalaise, qu'on appelle les modou.
02:23C'est un terme wolof qui veut dire petit vendeur en fait.
02:26Et puis qui vont à la rencontre comme ça des toxicomanes pour leur vendre leurs doses.
02:30Quand ils sont installés en camp, ils vivent parmi eux.
02:32Ce fléau a fait son apparition à Paris il y a plus de 30 ans,
02:35au début des années 90 et le problème est régulièrement déplacé.
02:39Rappelez-nous ce qu'il s'est passé ces dernières années.
02:42Alors il y a d'abord eu l'évacuation de la colline du Crac.
02:44La colline du Crac c'est un immense campement de toxicomanes
02:48qui se situait porte de la chapelle au-dessus de l'échangeur de l'autoroute.
02:51En 2018 la colline est évacuée.
02:55Les toxicomanes ont été éparpillés sans prise en charge.
02:58Donc ils sont partis reconstituer le même campement, porte d'Aubervilliers dans le 19ème.
03:04Ils ont été à nouveau chassés.
03:06Ils se sont réfugiés là dans le tunnel SNCF, le tunnel de Rosa Parks, toujours dans le 19ème.
03:11Avant d'être à nouveau chassés et là de regagner Stalingrad
03:14qui était leur principal fief avant la colline du Crac.
03:17Et à partir du 18 mai 2021, les consommateurs de Crac sont chassés de la place Stalingrad
03:23et regroupés dans un parc, les Jardins d'Eole, dans le 19ème arrondissement, au nord de la place Stalingrad.
03:29A quoi ressemble le site des Jardins d'Eole à ce moment-là ?
03:32Alors les Jardins d'Eole c'est un très grand parc, complètement investi par les craqueux.
03:37Ils étaient dans les airs de jeu pour enfants, sur les pelouses.
03:40Et tout autour du parc il y avait des tentes qui avaient été installées,
03:42notamment certaines servaient à la prostitution.
03:44Des femmes toxicomanes qui se prostituent pour payer leurs doses.
03:48Et des voitures.
03:50Les habitants avaient appelé ça les Crac-mobiles.
03:51Donc c'est là où les gens viennent se ravitailler en fait en Crac.
03:54Et c'est des voitures qui sont tenues par les dealers.
03:56Que dénoncent les riverains à ce moment-là ?
03:58Ils dénoncent l'occupation déjà totale de leur quartier.
04:02Et puis la dangerosité parce qu'il y a énormément d'agressions assez violentes.
04:05A l'époque des Jardins d'Eole, il y a un jeune autiste qui aurait été tué par un toxicomane.
04:10En tout cas le toxicomane a été mis en examen pour ça.
04:13Il y a un bébé de 2 ans qui était en poussette,
04:15qui a été agressé par une femme toxicomane en crise de démence,
04:19qui en fait lui a envoyé son sac à main dans la figure.
04:23Donc le visage du bébé est apparu, tu mets chez ça dans les réseaux sociaux avec un oeil au beurre
04:26noir.
04:27Et ça a mis en émoi le quartier.
04:29Il y a eu des viols dont certains filmaient dans la rue par des riverains.
04:33Donc voilà, il y avait quand même un taux de violence record.
04:39Cécile Beaulieu, le 30 juin, les Jardins d'Eole sont évacués.
04:42Oui, alors ils se sont évacués sur demande de la maire de Paris.
04:45Ils ont été évacués en pleine nuit par des agents municipaux
04:48parce que le préfet de police d'Île Allemand, le préfet de l'époque,
04:52avait refusé d'apporter son concours en fait à la ville.
04:54Parce que lui ne voulait pas voir les toxicomanes se disperser dans le quartier à nouveau.
05:01Il préférait les avoir tous réunis pour essayer de gérer un minimum la situation.
05:04Pauline Darvé, à partir de là, où vont les craqueux une fois qu'ils sont évacués des Jardins d'Eole
05:08?
05:09C'est le problème, ils n'ont aucun autre endroit où aller.
05:11Donc ils se retrouvent aérés aux abords du parc, devant les grilles.
05:15Et on se retrouve avec les mêmes problématiques.
05:18Un niveau de violence qui est là encore très important.
05:22Durant l'été, il y a à plusieurs reprises des tirs de mortiers
05:25de la part de jeunes du quartier qui visent les consommateurs.
05:28Il y a aussi plusieurs agressions.
05:30Et encore une fois, les riverains tirent la sonnette d'alarme.
05:32Finalement, le 24 septembre, les consommateurs de craques sont évacués de la rue Riquet.
05:37Oui, alors quelques jours plus tôt, Anne Hidalgo était retournée sur place.
05:39Elle avait à nouveau exhorté l'État à agir.
05:43Et effectivement, le 24 septembre, alors cette fois-ci,
05:45c'est une décision de la préfecture de police, sur demande du ministère de l'Intérieur.
05:50Donc ils décident d'évacuer les consommateurs.
05:54Et il y a des cars qui sont affrétés.
05:56Il y a une dizaine de cars. Où les consommateurs sont-ils emmenés ?
05:59Alors ils sont emmenés à peine à 3 kilomètres plus loin, un peu plus au nord, au niveau de la
06:04porte de la Villette.
06:05Et là, ils sont installés dans un square, le square Forceval.
06:09Donc c'est un petit espace vert qui appartient à la ville de Paris et que la préfecture de police
06:14réquisitionne.
06:15Pour qu'on comprenne bien, on est vraiment contre le boulevard périphérique qui fait le tour de Paris, c'est
06:19ça ?
06:20Oui, alors c'est un square qui est vraiment au pied du boulevard périphérique,
06:23qui est coincé en réalité entre le périphérique et une ancienne voie de chemin de fer.
06:27Et juste de l'autre côté, il y a les villes de Pantin et d'Aubervillais qui se trouvent, elles,
06:30en Seine-Saint-Denis.
06:31Le jour même, un mur est construit sous le périphérique, entre le square Forceval et la Seine-Saint-Denis, la
06:36commune voisine de Pantin.
06:38Hélène Hauss, décrivez-nous ce mur et racontez-nous pourquoi il est construit.
06:41C'est un mur de parpaing brut qui prend toute la largeur du passage Forceval,
06:46qui est un passage piéton qui passe sous le périphérique parisien.
06:50Et il a été construit sous instruction de la préfecture de police pour empêcher les toxicomanes d'accéder au quartier
06:57des Quatre-Chemins, à Pantin.
06:59Et donc sa construction énerve beaucoup les habitants qui ont l'impression que ça ne va pas du tout les
07:03protéger du campement
07:04et que ça les coupe, eux, par contre, de Paris.
07:06On est obligé de réfléchir à des chemins ailleurs qu'on pourrait emprunter,
07:10sauf que les autres chemins sont d'autant aussi pires.
07:13Donc en fait, on est un petit peu bloqué comme des rats, on est vraiment fait comme des rats.
07:17Et on ne sait pas comment on va pouvoir gérer la situation.
07:20Comme vous voyez, un monsieur qui voulait prendre ce chemin-là, il ne peut pas, il va être obligé de
07:24contourner, de faire le tour, monsieur.
07:25Je suis venu spécialement pour voir. C'est une honte.
07:29Jusqu'au bout, on nous pénalise.
07:32On ne protège pas les toxicomanes, on ne protège pas et on nous condamne et on nous dit
07:36« Ce n'est pas grave, débrouillez-vous, faites avec ce que vous pouvez faire. »
07:40Ils savent que si le mur est construit, c'est que la situation va durer longtemps en fait, et pas
07:44quelques heures, quelques jours.
07:45À quoi ressemble le square Forceval au départ, une fois que les consommateurs de crack sont arrivés ?
07:50Alors il y a beaucoup de tentes, c'est très dense, beaucoup de gens qui s'entassent,
07:54beaucoup de personnes qui errent tout autour.
07:57Les riverains sont très inquiets parce qu'ils ont peur justement que des toxicomanes se fassent renverser parce qu'il
08:02y a un carrefour routier à côté.
08:04Au début, il y a une forte présence policière, mais très vite, les policiers s'en vont, il n'en
08:09reste plus beaucoup et ça devient un secteur que les habitants évitent, surtout la nuit.
08:13Que disent les riverains à Paris et juste à côté, de l'autre côté du périphérique, à Pantin et Aubervilliers,
08:18une fois que les craqueux, comme on dit, sont arrivés ?
08:20D'abord, ils ont peur parce que très vite, il y a des halls d'immeubles, des cages d'escalier
08:24qui sont squattés par des toxicomanes.
08:26Ils sont excédés parce qu'ils ont l'impression que si le campement a été installé ici, c'est parce
08:30que les quatre chemins sont un quartier populaire.
08:32Et ils pensent que ce ne serait jamais passé comme ça aux portes de Boulogne ou de Vincennes, qui sont
08:38deux villes huppées de la banlieue parisienne.
08:41Et surtout, ils ne comprennent pas pourquoi cette décision a été prise.
08:44C'est parce que les quatre chemins, c'est un quartier difficile qui est classé quartier prioritaire de la politique
08:51de la ville.
08:52Il est classé zone de sécurité prioritaire.
08:54Il est classé aussi quartier de reconquête républicaine du côté d'Aubervilliers.
08:59Clairement, ça lui donne droit à des policiers en plus.
09:02Donc, personne ne comprend pourquoi on a été rajouter une difficulté dans le quartier et les policiers locaux non plus,
09:07d'ailleurs.
09:12Gwenaïle Bourdon, à l'Assemblée nationale, le mardi 28 septembre, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, précise bien qu
09:19'il s'agit d'une solution provisoire.
09:21Oui, il dit qu'il a pris ses responsabilités en organisant cette évacuation et ce transport des toxicomanes vers le
09:28square situé à Porte de la Villette.
09:29Et il dit que cette situation ne peut durer que quelques heures ou quelques jours.
09:33Et en gros, maintenant, c'est à la ville de Paris de proposer des lieux pour accueillir ces personnes-là.
09:38Mais la situation perdure.
09:40Pauline Darvé, le 28 octobre, une consommatrice de krach, est retrouvée morte sur le site du Square Forcevel.
09:46Oui, c'est une femme d'une vingtaine d'années qui a fait une overdose sur le site.
09:50C'est un drame qui ravive encore plus la colère des riverains, qui sont choqués.
09:54Il y a notamment le collectif 93 Anticrach qui se mobilise à nouveau, qui manifeste.
09:59Avec un slogan « Soignez-les, protégez-nous ».
10:02Gwenaëlle Bourdon, début décembre, la Chambre régionale des comptes publie un bilan sur le plan krach des autorités pour la
10:09période allant de 2019 à 2021.
10:11Que dit la Chambre régionale des comptes dans ce document ?
10:14La Chambre régionale des comptes tire un bilan mitigé.
10:18Elle établit déjà un constat, c'est que le budget qui a été consacré à ce plan krach a finalement
10:22été beaucoup plus important que prévu.
10:24Au point de départ, le budget était fixé à 9 millions et en réalité c'est 25 millions.
10:29Qui ont été dépensés sans toutefois faire disparaître ce qu'on appelle une scène de consommation ouverte.
10:35C'est-à-dire précisément ce rassemblement de toxicomanes en pleine rue pour consommer du krach.
10:39L'argent a surtout été dépensé pour financer des places d'hébergement, c'est-à-dire des chambres d'hôtel
10:44censées accueillir les gens de façon temporaire.
10:48Pauline d'Harvey, au mois de janvier 2022, l'idée de transférer les consommateurs de krach dans un autre site
10:53de Paris, dans le 12e arrondissement, plus au sud, est évoquée.
10:57Oui, c'est une idée de la préfecture de police de Paris.
11:00Le 25 janvier au soir, Didier Lallement, le préfet de police de Paris de l'époque, dit qu'il a
11:05trouvé un terrain dans le 12e arrondissement,
11:07donc effectivement au sud de la capitale, pour transférer les consommateurs et donc soulager les habitants du nord de Paris.
11:14Il s'agit d'une friche ferroviaire de la SNCF.
11:18C'est un lieu sur lequel on va voir naître dans quelques années un nouveau quartier, le quartier de Bercy
11:22-Charenton.
11:24C'est une annonce qui provoque tout de suite la colère des élus parisiens, qu'ils soient de gauche ou
11:29de droite,
11:30mais aussi la colère des élus côté Val-de-Marne.
11:34Il y a notamment le maire de Charenton, c'est un maire les républicains, Hervé Gickel,
11:39qui lui aussi dit son opposition totale à ce projet, qui a été annoncé sans aucune concertation.
11:45Et donc finalement c'est abandonné ?
11:46Oui, c'est abandonné. Trois jours plus tard, le 28 janvier, le préfet Didier Lallement dit que finalement il renonce.
11:53Et là, il en profite pour tacler à nouveau la mairie de Paris, en disant que c'est à cause
11:58de l'opposition de la mairie de Paris
11:59qu'il est obligé de renoncer à ce projet et qu'en gros la ville bloque les consommateurs au square
12:05Forceval.
12:06Pauline Darvé, la maire de Paris, la socialiste Anne Hidalgo, veut créer à ce moment-là des nouveaux centres d
12:11'accueil et d'aide aux drogués.
12:13Oui, elle veut créer ce qu'elle appelle des halte-soins-addictions.
12:17Donc il y a déjà à Paris une salle de consommation à moindre risque qui existe,
12:21c'est ce qu'on appelle communément les salles de shoot.
12:23Alors à Paris, il en existe une qui se trouve à proximité de la Gare du Nord
12:27et c'est des espaces où les consommateurs peuvent entre autres consommer de la drogue.
12:33Alors celles qui existent à Gare du Nord, les consommateurs peuvent s'injecter de la drogue,
12:37mais pas inhaler de la drogue.
12:39Donc les consommateurs de crac n'y vont pas.
12:41Et là, avec ces halte-soins-addictions, c'est l'idée de sortir la consommation de crac de la rue
12:46et de proposer un accès à un parcours de soins.
12:49Mais cette volonté de la maire de Paris est mal perçue par beaucoup d'élus et de rivains.
12:53Oui, c'est un sujet qui est très clivant.
12:55Les riverains ne veulent pas de ces salles au pied de chez eux.
12:58Ils ont peur que ça crée des points de consommation de drogue au pied de leur immeuble.
13:03Et les élus, notamment les élus de droite, ils sont très opposés aussi.
13:06Eux militent plutôt pour des injonctions de soins ou des lieux de sevrage.
13:13Le lundi 14 février, une trentaine de riverains viennent occuper le Square Forceval près du périphérique.
13:18Hélène Hauss, racontez-nous ce moment.
13:20Oui, donc ils profitent d'une opération de nettoyage pour occuper le camp et dénoncer l'enfer qu'ils disent
13:27vivre depuis 5 mois.
13:28Ils demandent à l'État de prendre en charge les toxicomanes.
13:32C'est une préoccupation qu'on retrouve dans toutes les manifestations qu'ils font.
13:35Ils ont un slogan, c'est soignez-les, protégez-nous.
13:38Hélène Hauss, le 15 mars, vous recueillez le témoignage d'un salarié d'une pharmacie de Pantin qui a été
13:43agressée par un consommateur de crac.
13:44Oui, c'est une pharmacie bien connue des habitants puisqu'elle est ouverte 7 jours sur 7 et 24 heures
13:49sur 24.
13:50Et depuis l'arrivée des toxicomanes, son trottoir est squatté au quotidien, notamment la nuit.
13:56Et un matin, un salarié arrive, il se fait alpaguer par un toxicomane qui lui demande de l'argent, il
14:02refuse, il se prend un coup de cutter dans le dos.
14:04Pour cette pharmacie, c'est vraiment un traumatisme.
14:07Les employés sont vraiment choqués.
14:09Le temps passe et à la fin de l'été, cela fait près d'un an que les consommateurs de
14:13crac sont installés au Square Forceval dans le 19e arrondissement de Paris.
14:17Gwenaëlle Bourdon, où en est la situation à ce moment-là, donc à la fin de l'été ?
14:21Il y a environ une centaine, un peu plus d'une centaine de personnes qui dorment sur place, ou qui
14:27restent en tout cas sur place chaque nuit,
14:29s'abritant comme elles peuvent, sous des tentes, des abris de fortune ou s'allongeant sur des matelas, même le
14:35sol.
14:36Mais en journée, il peut y avoir jusqu'à 600 personnes qui affluent vers ce campement.
14:41Les associations parlent d'un climat de grande violence à l'intérieur du campement,
14:45climat qui est confirmé par les témoignages de toxicomanes, qui décrivent des agressions entre toxicomanes,
14:51ou parfois par des personnes extérieures, des coups de couteau, des viols.
14:56Dans ce campement, les femmes sont particulièrement vulnérables.
14:59De son côté, en Seine-Saint-Denis, Hélène Hauss, le maire de Pantin, manifeste sa colère envers le ministre de
15:04l'Intérieur, Gérald Darmanin.
15:05Il fixe sur les grilles de sa mairie un panneau qui tient le décompte de l'installation du campement
15:11et qui dit depuis X jours le ministre de l'Intérieur nous ment,
15:14qui fait référence aux propos de Gérald Darmanin tenu à l'Assemblée nationale,
15:17où il avait dit que le campement ne durerait que quelques heures, que quelques jours.
15:20Le jour où on s'y est rendu, ça faisait déjà 363 jours.
15:24Le dimanche 2 octobre, un homme qui habite à la Villette, à 8 minutes à pied du square Forceval,
15:28raconte dans Le Parisien l'agression dont a été victime son père, très âgé, son père qui a 92 ans.
15:34Oui, c'est un vieux monsieur qui s'appelle Jean-Baptiste Vattel et qui habite chez son fils une semaine
15:41sur deux
15:42et qui là, en l'occurrence, c'était début septembre, revenait d'une petite promenade à pied.
15:46Et en fait, il ne s'était pas rendu compte qu'il était suivi par une femme qui s'avèrera
15:52être une toxicomane
15:53et qui va l'agresser en le suivant à l'intérieur du hall de l'immeuble de son fils.
15:59Selon le récit fait par son fils, elle lui porte un premier coup au crâne et ensuite il se serait
16:04retourné.
16:04Il aurait tenté de résister et puis finalement, elle va le frapper à nouveau.
16:09Il va tomber, il va être grièvement blessé.
16:13Son agresseuse s'enfuit en emportant son portefeuille.
16:16Le non-agénaire, qui est un gendarme à la retraite, est hospitalisé dans un état très préoccupant.
16:21Il a deux fractures du bassin, une hémorragie interne.
16:24Il ne va en fait jamais se remettre de ses blessures et mourra quelques semaines plus tard.
16:30Pauline Darvé, finalement l'évacuation du Square Forceval est programmée pour le matin du mercredi 5 octobre.
16:36Je me rends sur place ce mercredi 5 octobre vers 7h du matin sans réellement savoir ce que je vais
16:43trouver sur place.
16:45Et quand j'arrive, il y a un dispositif policier très important qui a été déployé.
16:49On apprendra un peu plus tard, dans la bouche de Gérald Darmanin, que 1000 policiers et gendarmes ont été mobilisés.
16:56Et sur place, au moment où j'arrive, il y a déjà pas mal de riverains qui sont là pour
17:01assister à cette opération.
17:03Et beaucoup de journalistes aussi.
17:06Riverains et journalistes, on est derrière des barrières.
17:08La seule chose qu'on voit, c'est les agents de propreté de la ville de Paris qui ont été
17:12réquisitionnés,
17:13qui sont en combinaison blanche et qui sont en train de nettoyer le Square.
17:17Il y a toutes les tentes de fortune, les matelas noircies, tout ça est mis dans des grandes bennes,
17:22avec l'aide notamment d'un bulldozer.
17:24Les consommateurs de crack, on sait ce qu'ils deviennent ce jour-là ?
17:27Gérald Darmanin se rend sur place le soir.
17:30Je voudrais ce soir remercier les services de la préfecture de la région Île-de-France et de la préfecture
17:35de police,
17:37et l'ensemble des policiers et des gendarmes, de tous ceux qui ont travaillé depuis 7h ce matin,
17:41sur mon instruction pour l'évacuation de ce camp.
17:45Je mets évidemment des guillemets de force Vannes.
17:47Et là, il se félicite de son bilan, il parle d'au moins 200 contrôles qui ont été effectués,
17:53avec des personnes qui ont été mises à l'abri, d'autres qui ont été interpellées,
17:57et d'autres qui ont été placées en centre de rétention administratif en vue d'être expulsées.
18:01J'ai pris la décision avec la Première Ministre d'évacuer ce camp.
18:05Nous avons procédé ce matin à 211 contrôles,
18:09plus d'une cinquantaine de personnes d'étrangers en situation irrégulière,
18:13qui sont, au moment où je parle, emmenées vers les centres de rétention administratif,
18:17et qui vont se voir désigner évidemment leur expulsion du territoire national.
18:25Cécile Beaulieu, à partir de là, où sont les consommateurs de crack ?
18:28Ils se sont disséminés dans le Nord-Est parisien,
18:30ils ont rejoint leurs anciens points de fixation,
18:34donc on les trouve au port de la chapelle, sur le bassin de la Villette, quai de la Seine.
18:39La présence policière est très importante, donc les toxicomanes se sont adaptés à ça.
18:44Ils ne circulent plus du tout en groupes très importants, comme ils le faisaient avant,
18:47mais plutôt par groupes de deux, de trois, pour éviter d'attirer l'attention des forces de l'ordre.
18:52Hélène Hauss, en Seine-Saint-Denis, à Pantin et au Bervilliers,
18:55il reste des personnes accro-crac ?
18:57Oui, mais la situation s'est quand même relativement apaisée.
19:00Après, on en croise encore dans les rues d'Aubervilliers,
19:03où il y en avait déjà un petit peu avant l'arrivée du campement,
19:06et puis on en croise surtout dans les lignes de métro,
19:10notamment sur la ligne 12, qui est très utilisée par les habitants d'Aubervilliers.
19:13Le Parisien publie une enquête le 28 novembre,
19:15pour faire le point, un mois après l'évacuation du square Forceval.
19:19Gwenaëlle Bourdon vous attend reportage en banlieue,
19:22à 50 km de Paris, dans une commune dont on a fait le choix de ne pas donner le nom.
19:26Gwenaëlle, dans un hôtel de cette commune francilienne,
19:29une quinzaine de drogués accro-crac ont été relogés.
19:32Oui, c'est un hôtel qui n'est pas un hôtel touristique en fait.
19:37C'est un hôtel qui est déjà dédié à ce qu'on appelle l'hébergement d'urgence,
19:40qui sert de toit à des personnes qui n'ont pas de logement.
19:44Donc il y a là des familles, on croise des enfants, de très jeunes enfants.
19:49Et puis, accompagnés par l'association Aurore,
19:54dans le cadre d'un dispositif qu'on appelle le dispositif Assor,
19:57il y a effectivement une quinzaine de toxicomanes qui fréquentaient le square Forceval,
20:02et qui ont été hébergés progressivement dans des chambres de cet établissement.
20:07Et parmi les toxicomanes que vous rencontrez, il y a un certain Alexandre.
20:10Il a 36 ans et il semble aller mieux.
20:13Il dit que le fait d'avoir trouvé un abri lui a permis de réduire de façon assez importante sa
20:21consommation.
20:22C'est le témoignage de tous les toxicomanes que je rencontre ce jour-là à l'hôtel,
20:27et qui disent que le simple fait de pouvoir se poser dans une chambre,
20:31de pouvoir y dormir, puisque l'une des caractéristiques du square Forceval,
20:34semble-t-il, c'est qu'en fait on n'y dormait pas,
20:36on pouvait y passer des jours sans dormir à la recherche du caillou à consommer.
20:41Et donc là, le fait de se poser, de ne plus avoir aussi la possibilité de se fournir aussi facilement,
20:46ça leur permet de se retaper, ça leur permet de réduire leur consommation.
20:49L'un des compagnons d'un fortune d'Alexandre fait même observer qu'il a repris du poids,
20:54qu'il s'est remplumé, et donc effectivement, Alexandre dit aller mieux.
20:59Après, c'est quelqu'un qui est polytoxicomane depuis longtemps,
21:02qui est aussi sous méthadone, donc c'est évidemment un chemin qu'on devine très long,
21:08mais en tout cas, il manifeste l'envie de se sortir de tout ça.
21:11Pauline Darvé, les salles d'aide aux drogués,
21:13les quatre halte-soins-addictions que voulait mettre en place Anne Hidalgo, on en est où ?
21:17Elles sont toujours en suspens.
21:19Il y a un décret d'application qui a été publié au journal officiel en février 2022,
21:25qui précise que ces halte-soins-addictions devront être implantés à proximité des scènes de consommation.
21:30Pour le moment, tous les lieux qui ont été proposés par la ville de Paris
21:34ont à chaque fois suscité de très vives mobilisations,
21:38et donc pour le moment, aucune n'a vu le jour.
21:40Cécile Beaulieu, la situation s'est améliorée aujourd'hui dans le Nord de Paris concernant le krach ?
21:44Elle s'est améliorée aux abords de Forceval,
21:47aux abords également des jardins d'Eul, puisque les toxicomanes n'y vont plus.
21:50En revanche, le retour de tous ces points de fixation fait extrêmement peur aux riverains,
21:57notamment rue de la Chapelle, où les toxicomanes sont revenus en force.
22:01La situation est extrêmement inflammable, selon les riverains,
22:07qui envisagent même un référé parce qu'ils se sentent mis en danger.
22:10Pauline Dervé ?
22:10Oui, ce qu'il faut aussi dire, c'est que c'est un dossier dans lequel les pouvoirs publics
22:14se renvoient à la balle depuis des années.
22:15Il y a une opposition entre la préfecture de police, la ville de Paris,
22:19et finalement, rien ne se fait.
22:22Cécile Beaulieu, le krach est un fléau sans fin à Paris ?
22:25Ce n'est peut-être pas un fléau sans fin,
22:27mais une chose est certaine, c'est que c'est une drogue excessivement addictive.
22:31Il ne peut pas y avoir qu'une réponse sécuritaire.
22:33Et la réponse sanitaire, c'est très compliqué aussi,
22:35parce que les gens qui consomment du krach en général,
22:38ce sont des gens qui ont perdu toute vie sociale, toute vie familiale,
22:41qui se sont mis au banc de la société.
22:44Alors, entamer une démarche de soins, c'est hyper compliqué,
22:47et c'est peut-être pour ça aussi que le krach est un fléau très difficile à gérer.
22:50Pauline Dervé, un nouveau plan krach doit être annoncé d'ici quelques mois,
22:54on ne sait pas quand précisément.
22:55Est-ce qu'on sait ce qu'il contient ?
22:57Oui, alors on l'attend depuis plusieurs semaines déjà,
23:00et pour le moment, on ne sait toujours pas si les fameuses halte-soins-addictions en font partie.
23:05Selon les informations qu'on a pu récolter,
23:07le préfet de police de Paris, l'Agence régionale de santé et la préfecture de région
23:12auraient retenu cette solution,
23:15et c'est désormais au gouvernement de trancher.
23:28Merci à Cécile Beaulieu, Gwenele Bourdon, Pauline Dervé et Hélène Hoss.
23:33Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
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23:43Cet épisode de Code Source a été produit par Raphaël Pueillot,
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23:49Réalisation, Julien Moncouquiole.
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