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  • il y a 10 heures
Le garde des Sceaux doit être jugé prochainement par la cour de justice de la République (CJR), pour «prise illégale d’intérêt». Code source revient sur les accusations qui visent le ministre, et comment il se défend, avec Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : BFMTV, France Inter, France 3.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:30Comment se défend-il ?
00:31Élément de réponse, aujourd'hui dans Codesource avec Timothée Boutry, journaliste au service Police-Justice du Parisien.
00:44Timothée Boutry, le mardi 20 septembre, vous interviewez Eric Dupond-Moretti dans son bureau au ministère de la Justice.
00:50Il vous parle surtout de sa politique pénale, lutte contre la délinquance ou encore contre les violences familiales.
00:56Mais vous l'interrogez aussi sur la menace d'un procès qui pèse sur lui.
01:01Oui, on sait que la décision de la commission d'instruction de la Cour de justice de la République va
01:05bientôt tomber.
01:06Il est sous la menace d'un procès pour prise illégale d'intérêt.
01:09Il me dit, je sais que je vais être envoyé, ça ne fait aucun doute.
01:13Et je m'expliquerai devant la juridiction de jugement.
01:16En fait, pour lui, c'est un fait acquis qu'il devra comparaître un jour pour cette affaire.
01:21D'un mot, prise illégale d'intérêt, en français de tous les jours, ça veut dire quoi ?
01:25Pour résumer, on l'accuse de se venger de magistrats avec lesquels il a eu maille à partir quand il
01:32était avocat.
01:33Et là, comme il est ministre de la Justice et qu'il a un pouvoir disciplinaire sur les magistrats,
01:37on l'accuse en gros de régler ses comptes.
01:39Donc, il y a un conflit d'intérêt et ça s'appelle une prise illégale d'intérêt comme infraction.
01:45Alors, on ne va pas retracer la carrière d'Éric Dupond-Moretti aujourd'hui.
01:49Mais pour commencer ce podcast, décrivez-nous Éric Dupond-Moretti, avocat à la barre pendant un procès d'assise.
01:55Éric Dupond-Moretti, c'était le meilleur avocat pénaliste, ça, ça fait aucun doute.
01:59C'est un homme qui a une parole extrêmement forte et qui s'est convainc, persuadé, voir où il y
02:06a des failles
02:07et vraiment, vraiment, vraiment emporter la conviction d'un jury.
02:10Il y va, quoi. Il s'engage physiquement, vocalement, si je puis dire.
02:14Il en impose, Éric Dupond-Moretti. Et ça ne va pas pour rien qu'on l'a surnommé acquittator,
02:19puisqu'il a à son palmarès un nombre d'acquittements incroyable.
02:22C'était vraiment le meilleur avocat pénaliste dans sa catégorie.
02:25Et pour convaincre, il n'hésite pas à déstabiliser les juges qu'il a en face de lui.
02:29Certains magistrats en avaient un peu peur, parce qu'il a aussi cette capacité à mettre beaucoup de tension dans
02:35les audiences.
02:36Rudoyer les témoins, les experts, les enquêteurs aussi.
02:40Mais il sait aussi s'emporter contre un président s'il estime que la police de l'audience n'est
02:44pas assez respectée,
02:46s'il s'exprime mal par rapport à un accusé.
02:48Il n'a jamais été réputé pour être très, très tendre avec les magistrats.
02:51Le 24 juin 2020, l'hebdomadaire Le Point fait des révélations dans le cadre de l'affaire Paul Bismuth, l
02:56'affaire des écoutes.
02:58Timothée Boutry, rappelez-nous l'essentiel de cette affaire.
03:00C'est une affaire de corruption qui concerne Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et un haut magistrat qui s
03:07'appelle Gilbert Azibert.
03:09Il faut se placer à l'époque où Nicolas Sarkozy est mis en cause dans l'affaire Bédancourt, dans laquelle
03:14il obtiendra un non-lieu.
03:15Et ses agendas ont été saisis et ils souhaitent les récupérer.
03:19Et ça passe par une procédure devant la Cour de cassation, qui est la plus haute juridiction française.
03:25Et on le soupçonne, avec l'aide de son avocat et ami Thierry Herzog, d'avoir tenté d'influencer un
03:32de ses magistrats à la Cour de cassation, Gilbert Azibert.
03:35Il y a des écoutes téléphoniques.
03:36Et en fait, on appelle l'affaire Paul Bismuth, puisque pour se parler librement, croyaient-ils,
03:43Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy avaient des téléphones d'emprunt qui avaient été acquis au nom de Paul Bismuth.
03:49Paul Bismuth étant le nom d'un ancien camarade de classe de Thierry Herzog qui n'a absolument rien à
03:53voir dans cette histoire.
03:54On avait déjà consacré un podcast à l'affaire Paul Bismuth.
03:57Que révèle le point ce jour-là, le 24 juin ?
04:00L'hebdomadaire révèle que, dans le cadre de cette enquête, le PNF est persuadé qu'il y a une taupe,
04:07en fait,
04:08et que Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog ont été informés que leur téléphone occulte avait été découvert et que donc
04:16leurs conversations sur cette ligne peuvent être entendues, enregistrées et analysées.
04:20Et le PNF part à la chasse à la taupe et ouvre une enquête préliminaire, donc une enquête gigogne dans
04:27l'enquête Bismuth.
04:28Et dans le cadre de cette enquête-là, ils vont éplucher les relevés téléphoniques, les fadettes de nombreux avocats pénalistes,
04:34dont Éric Dupond-Moretti.
04:36L'avocat Éric Dupond-Moretti est très en colère.
04:39Il le dit dans une longue interview accordée aux Parisiens.
04:42On a basculé dans la République des juges, affirme-t-il.
04:46Oui, il parle de méthode barbousarde.
04:48Il s'en prend au gouvernement des juges et il annonce qu'il va porter plainte contre les magistrats du
04:53PNF,
04:54notamment pour atteinte à l'intimité de la vie privée.
04:56L'affaire entraîne beaucoup de réactions dans les jours qui suivent parmi les personnalités politiques.
05:00Et le 1er juillet, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, lance une enquête.
05:06Nicole Belloubet demande donc à l'inspection générale de la justice de décortiquer l'enquête Bismuth,
05:12l'enquête source, mais aussi l'enquête gigogne qui a abouti au relevé des fadettes des avocats.
05:18Et elle va demander à l'inspection de voir ce qui s'est passé, d'établir la chronologie
05:22et de savoir si des manquements ont été commis par les magistrats qui ont eu à traiter ces différentes enquêtes.
05:27Le 3 juillet, Emmanuel Macron change de Premier ministre.
05:31Édouard Philippe quitte Matignon, il est remplacé par Jean Castex.
05:34Il y a donc un remaniement, un changement de gouvernement.
05:37Et le 6 juillet, Éric Dupond-Moretti remplace Nicole Belloubet.
05:42À 59 ans, la star des avocats devient ministre de la justice.
05:46Il est le visage le plus connu de ce remaniement.
05:49Lui qui fait aussi du théâtre, qu'on voit parfois dans des films.
05:52Mais cette nomination, Timothée Boutry, choque les magistrats.
05:55Oui, déjà, c'est une surprise.
05:57Vraiment, c'est très très mal perçu par les avocats.
05:59Et l'union syndicale des magistrats, le principal syndicat de la profession, parle même de déclaration de guerre.
06:05Puisqu'on l'a dit, Éric Dupond-Moretti, il n'a jamais ménagé les magistrats.
06:09Il s'en prend à l'école nationale de la magistrature.
06:13Il dit que les magistrats sont dans l'entre-soi.
06:15Enfin, il les a beaucoup, beaucoup critiqués.
06:17Moi, je me souviens d'avoir eu plusieurs magistrats à l'époque.
06:20C'est délirant, quoi.
06:21Pourquoi nommer la personne qui nous déteste le plus, quoi ?
06:23C'est vraiment très très mal perçu.
06:27Quand vous voyez qu'un syndicat a dit que c'était une déclaration de guerre, ma nomination, non.
06:32Non, non, ce n'est pas une déclaration de guerre, c'est l'application de la Constitution.
06:35Et d'ailleurs, j'ai eu l'occasion de dire à la présidente de ce syndicat,
06:38qui m'était arrivé dans mon parcours d'avocat,
06:40de plaider devant des magistrats que je n'avais pas choisi.
06:43Et qu'on n'ait pas choisi le garde des Sceaux qui lui convenait.
06:46Eh bien, il fallait qu'elle l'accepte et pointe à la ligne.
06:49Dès son arrivée au ministère le 7 juillet,
06:52il retire sa plainte contre le parquet national financier.
06:56Et il affirme aussi couper les ponts avec son cabinet d'avocat.
06:59Quelques semaines plus tard, au mois d'août,
07:00il passe une partie de ses vacances avec l'un des prévenus de l'affaire Paul Bismuth,
07:04Thierry Herzog, un ami proche.
07:06Thierry Herzog, qui est donc aussi l'ami et l'avocat de Nicolas Sarkozy.
07:11D'un mot, ça aussi, Timothée Boutry, ça choque les magistrats ?
07:14Ça nourrit et renforce la défiance des magistrats à son égard,
07:18en disant que, là encore, il y a peut-être un conflit d'intérêts
07:21d'être aussi proche d'un homme qui va être jugé dans une affaire hautement sensible.
07:25Il dit, attendez, c'est mon ami, depuis des années, je le vois régulièrement,
07:30et voilà, laissez-moi tranquille, j'ai les amis que je veux,
07:32et ça n'influe pas sur mon travail, c'est ma vie privée, respectez ça.
07:36Donc là, vraiment, il est extrêmement ferme là-dessus.
07:38Le 14 septembre, le rapport d'inspection sur l'enquête Paul Bismuth est rendu,
07:42rapport qui avait été demandé, on le rappelle, par l'ancienne ministre Nicole Belloubet.
07:45Il conclut, en résumé, à certains dysfonctionnements au sein du parquet national financier, le PNF,
07:51mais à une absence de faute des magistrats dans cette affaire.
07:55Ça veut dire quoi, en résumé ?
07:56En fait, les inspecteurs ont entendu les magistrats du PNF qui ont diligenté les investigations.
08:03Ils ont retracé vraiment la chronologie de l'enquête source,
08:06mais aussi de l'enquête préliminaire gigogne sur l'identification de la source et les FADET.
08:12Alors, on constate qu'il y a eu des problèmes de relations personnelles entre les uns et les autres,
08:18qu'il y a eu un problème de remontée d'informations aussi au niveau du parquet général,
08:20qu'il y a eu des périodes assez longues pendant lesquelles il n'y a eu aucun acte d'investigation
08:26qui ont été menés,
08:27mais aucune faute disciplinaire a priori, aucune faute pénale évidemment,
08:31et que le parquet a le pouvoir d'orienter les enquêtes comme il le veut.
08:37Donc c'est quand même un rapport qui pointe, on va dire, des problèmes de fonctionnement,
08:42mais rien de grave en tout cas.
08:44Quatre jours plus tard, le 18 septembre, Eric Dupond-Moretti ordonne une enquête administrative.
08:49Oui, il dit, c'est ce qui me paraissait bien la moindre des choses,
08:52puisqu'il est interviewé dans Le Parisien face à nos lecteurs après son arrivée,
08:56en disant, voilà, moi j'ai un rapport qui me dit, il y a quand même des dysfonctionnements,
09:01ça ne se passe pas très bien, ce n'est pas très fluide, je veux en avoir le cœur net,
09:05et donc je dirigeante une enquête administrative qui est le préalable à d'éventuelles poursuites disciplinaires.
09:11Mais donc là, c'est le point central de cette affaire, c'est là que tout se joue, que tout
09:16se noue,
09:16c'est cette décision d'Eric Dupond-Moretti de diligenter une enquête administrative
09:22sur des magistrats du parquet national financier,
09:25des magistrats contre lesquels, quelques semaines plus tôt, il avait annoncé porté plainte.
09:29À la fin du mois d'octobre, par décret, la gestion de toutes les procédures
09:33qui ont un lien avec les anciennes activités d'avocat d'Eric Dupond-Moretti
09:38est transférée au chef du gouvernement.
09:41Timothée Boutry, au mois de décembre, le 16 décembre,
09:45deux syndicats de magistrats portent plainte contre Eric Dupond-Moretti
09:49pour prise illégale d'intérêt, donc conflit d'intérêt.
09:52Ce sont les deux syndicats unis,
09:55le syndicat de la magistrature qui est plutôt classé à gauche
09:57et l'union syndicale des magistrats qui est plutôt au centre et qui est plus important.
10:01Et là, ils unissent leur force, ils déposent une plainte commune
10:03et ça représente vraiment la grosse majorité des magistrats de l'ordre judiciaire.
10:08Et c'est pas rien pour des syndicats de magistrats de porter plainte contre leur ministre, en fait.
10:12Donc c'est vraiment un moment très très important.
10:15Timothée Boutry, début 2021, au mois de janvier,
10:18les plaintes contre le ministre sont jugées recevables
10:21et c'est une juridiction tout à fait particulière qui va enquêter.
10:25Oui, en fait, c'est pas aussi simple que ça d'engager des poursuites contre un ministre en exercice.
10:31C'est un régime dérogatoire, ça dépend d'une institution qui s'appelle la Cour de justice de la République,
10:36C-J-R, et il y a donc d'abord un filtre, en fait, sinon ce sera un peu trop
10:40simple.
10:40On peut se dire que tout le monde peut porter plainte contre tel ou tel ministre.
10:43Et là, la commission des requêtes va considérer que les plaintes sont recevables
10:48et donc qu'une enquête peut être ouverte contre Éric Dupond-Moretti.
10:52Quelques semaines plus tard, le lundi 1er mars,
10:55dans le cadre de l'affaire des écoutes, l'affaire dite Paul Bismuth,
10:58Nicolas Sarkozy et son avocat et ami Thierry Herzog sont condamnés
11:02à trois ans de prison, dont deux avec sursis.
11:05Ils ont fait appel, il y aura donc un autre procès.
11:08Timothée Boutry, quelques mois plus tard, le jeudi 1er juillet,
11:12l'enquête qui vise le ministre Dupond-Moretti donne lieu à une perquisition spectaculaire.
11:17Elle est spectaculaire déjà par l'endroit où elle se passe,
11:20puisqu'elle a lieu au ministère de la Justice, à la chancellerie, place Vendôme.
11:24Une vingtaine de gendarmes de la section de recherche de Paris sont mobilisés, c'est beaucoup.
11:28Ils vont passer 15 heures dans les locaux du ministère de la Justice, c'est très très long.
11:33Ils vont récupérer plusieurs mails et ils vont aussi, petit détail cocasse,
11:38avoir besoin d'un serrurier pour ouvrir à la meuleuse des vieux coffres
11:42qui étaient dans le bureau du ministre.
11:44Et pour le ministre, c'est évidemment une stupeur,
11:47mais là symboliquement c'est très fort que des enquêteurs,
11:51diligentés par des juges d'instruction, aillent au cœur même de la machine
11:54au sein du ministère de la Justice pour essayer de recueillir des preuves.
11:59Deux semaines plus tard, le vendredi 16 juillet,
12:02Éric Dupond-Moretti est convoqué à la Cour de Justice de la République,
12:05la CJR rue de Constantine dans le centre de Paris.
12:08Les juges de la commission d'instruction de la CJR
12:12doivent décider ou non de le mettre en examen.
12:15A son arrivée, le ministre se dit serein et particulièrement déterminé.
12:20Timothée Boutry, comment est-ce qu'il se défend face à cette accusation de prise illégale d'intérêt ?
12:24Alors d'une manière générale, ce qu'Éric Dupond-Moretti explique au juge ou publiquement
12:30quand il est interrogé sur le sujet, c'est qu'il n'a fait que suivre les consignes de son
12:34administration.
12:36Lui il dit oui, mais quand moi on m'a remis un rapport
12:38qui a été commandé par ma prédécesseur Nicole Belloubet,
12:41j'ai demandé l'avis de mon administration, le bureau de la déontologie,
12:45pour savoir quelle suite je dois donner à cette inspection
12:47qui avait révélé un certain nombre de dysfonctionnements dans l'organisation du PNF.
12:52Et en gros, on m'a conseillé d'ouvrir une enquête administrative.
12:57Et donc moi j'ai suivi ce conseil-là.
12:59Donc là c'est vraiment le point fort de sa défense,
13:01dire je n'ai pas saisi l'inspection et en diligentant une enquête administrative,
13:06je n'ai fait que suivre les conseils de mon administration.
13:08Donc ça c'est vraiment le cœur de la défense d'Éric Dupond-Moretti.
13:11Six heures plus tard, le garde des Sceaux ressort sans faire de commentaire le visage crispé
13:16qu'a décidée la Cour de justice de la République.
13:19La commission d'instruction l'a mis en examen pour prise illégale d'intérêt.
13:22Ça veut dire que les magistrats estiment qu'il y avait des indices graves et concordants
13:27qu'il ait pu se rendre coupable de prise illégale d'intérêt,
13:30c'est-à-dire de conflit d'intérêt.
13:33C'est une première dans notre histoire, un ministre de la justice mis en examen.
13:38Éric Dupond-Moretti, interrogé par la Cour de justice de la République pendant près de six heures.
13:43Ça marque les gens, voilà.
13:44On a le ministre de la justice qui est mis en examen.
13:47Effectivement c'est pas banal, ça peut choquer.
13:50Sachant que cette mise en examen n'est assortie d'aucun contrôle judiciaire.
13:54Ça veut dire que rien ne l'empêche de continuer à exercer sa fonction.
13:58Après cette mise en examen, Emmanuel Macron et le chef du gouvernement Jean Castex lui renouvellent leur confiance.
14:04On fait un saut dans le temps de quelques mois.
14:07Timothée Boutry, en 2022, le 3 mars, Éric Dupond-Moretti refuse de répondre au juge
14:12qui enquête sur son éventuelle prise illégale d'intérêt.
14:15Oui en fait, Éric Dupond-Moretti l'a répondu une fois lors de sa première convocation
14:20qui aboutit à sa mise en examen.
14:22Et après il a dit, moi je réserve mes explications à la juridiction de jugement,
14:27c'est-à-dire si je suis renvoyé devant le tribunal, devant la CGR,
14:31il estime que les jeux sont déjà faits et que ça ne sert à rien de s'expliquer
14:35et qu'il s'expliquera devant ses juges.
14:36Le 10 mai, un procès d'Éric Dupond-Moretti est requis par le parquet général de la Cour de cassation
14:42qui est l'autorité de poursuite devant la Cour de justice de la République.
14:46Dix jours plus tard, le 20 mai, il y a un remaniement.
14:48Un mois après l'élection d'Emmanuel Macron et à trois semaines des élections législatives
14:53et l'ancien avocat est maintenu à son poste.
14:56Timothée Boutry, une nouvelle fois, c'est l'incompréhension qui domine chez les magistrats.
15:00Les magistrats se disaient, mais non, c'est quand même pas possible,
15:03il ne va pas pouvoir le reconduire, et si.
15:04On sait qu'Emmanuel Macron apprécie énormément Éric Dupond-Moretti
15:08et les magistrats le vivent très mal comme un bras d'honneur en fait,
15:12en considérant qu'eux, ils ne sont absolument pas du tout considérés par le chef de l'État
15:17qui est capable de reconduire à la tête du ministère un homme mis en examen.
15:21On en arrive à ce mois de septembre 2022, le 15 septembre.
15:25Le Conseil supérieur de la magistrature doit rendre sa décision
15:29dans une seconde affaire de potentiel prise illégale d'intérêt de la part du ministre,
15:35affaire qu'on n'a volontairement pas évoquée jusqu'ici par souci de clarté.
15:39En résumé, Éric Dupond-Moretti, quand il était avocat,
15:42avait porté plainte contre un ancien juge d'instruction en poste à Monaco.
15:46Éric Dupond-Moretti l'accusait d'avoir violé le secret de l'instruction.
15:51Rappelez-nous ça, Timothée Boutry.
15:52Le juge dont il est question, c'est le juge Édouard Levrault,
15:55qui était donc en poste à Monaco,
15:57qui a enquêté sur une gigantesque affaire de corruption,
16:00l'affaire Ribolo Vlef, qui est le nom d'un oligarque russe,
16:03qui est le propriétaire de l'AS Monaco.
16:06Et l'enquête a révélé des liens incestueux
16:10entre cet homme-là, le procureur général,
16:14les chefs de la police, le ministre de la justice de Monaco.
16:16Donc tous ces gens-là ont été mis en examen.
16:19Éric Dupond-Moretti défendait le chef de la police judiciaire de Monaco,
16:23qui a été mis en cause dans ce dossier.
16:25Et Édouard Levrault a donné une interview à France 3,
16:29où il explique que c'est très difficile d'enquêter à Monaco.
16:32Et d'ailleurs, alors qu'il devait être renouvelé à son poste,
16:35finalement, Édouard Levrault n'a pas été reconduit.
16:37Et lui, il estime que c'est en raison de la sensibilité de l'enquête
16:40qu'il a menée et des personnalités qu'il a mises en cause.
16:43Il y a eu des actes que je m'apprêtais à accomplir,
16:47des actes d'investigation,
16:48dont je pense que les autorités monégasques ont eu vent,
16:52dont elles ont eu connaissance et dont elles ont cherché à se prémunir.
16:56Pour Éric Dupond-Moretti, le juge Levrault sort de son rôle
16:59en dénonçant le manque d'indépendance de la justice à Monaco.
17:02Et l'avocat a des mots très durs contre lui.
17:05Oui, il parle de méthode de cow-boy.
17:07Il annonce qu'il va porter plainte contre lui.
17:09Donc voilà, on est dans un réel antagonisme.
17:13Et donc, qu'est-ce qu'il a fait une fois devenu ministre ?
17:15Alors là, on est sur le deuxième potentiel conflit d'intérêts
17:18qu'on reproche à Éric Dupond-Moretti.
17:20C'est-à-dire qu'une fois devenu ministre,
17:22il a engagé des poursuites disciplinaires contre Édouard Levrault.
17:28Il a diligenté une enquête administrative.
17:30On fait un parallèle, en fait.
17:32Le PNF, je porte plainte, j'arrive au ministère,
17:36je me désiste de ma plainte, mais je diligente une enquête administrative.
17:41Édouard Levrault, je suis encore avocat,
17:44je dénonce des méthodes de cow-boy,
17:46je porte plainte contre le magistrat,
17:48je deviens ministre de la justice,
17:50je diligente une enquête contre Édouard Levrault.
17:52Voilà. Ça, c'est vraiment les deux affaires qui sont au cœur
17:56des poursuites qui visent Éric Dupond-Moretti.
17:59Et donc, le Conseil supérieur de la magistrature a enquêté
18:02pour voir s'il y avait quelque chose à reprocher au juge Édouard Levrault.
18:06Que dit-il le 15 septembre ?
18:07Le CSM, qui est donc l'organe disciplinaire des magistrats,
18:11estime qu'il n'y a aucune faute qui peut être retenue
18:14à l'encontre d'Édouard Levrault.
18:16Et surtout, dans ses conclusions,
18:18le CSM dit que le ministre,
18:21en diligentant cette enquête contre Édouard Levrault,
18:23s'est placé dans une situation de conflit d'intérêts.
18:26C'est évidemment un revers pour Éric Dupond-Moretti.
18:29On en arrive au lundi 3 octobre.
18:31Ce jour-là, les juges d'instruction de la CJR,
18:33la Cour de justice de la République,
18:35ordonnent un procès contre Éric Dupond-Moretti.
18:38En cet automne déjà extrêmement chargé,
18:40un front de plus s'est ouvert ce matin pour le gouvernement.
18:43Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti,
18:45cinquième dans l'ordre protocolaire,
18:47est renvoyé devant la Cour de justice de la République
18:50pour prise illégale d'intérêts.
18:52Le ministre sera donc jugé,
18:54accusé en résumé d'avoir profité de sa fonction
18:57pour régler ses comptes avec des magistrats.
19:00Timothée Boutry,
19:01que disent justement les syndicats de magistrats
19:03après cette décision ?
19:04Il demande sa démission, tout simplement.
19:07Ils disent qu'il ne peut plus rester à la tête de ce ministère.
19:11Politiquement, il y a aussi des réactions
19:12mais qui sont un petit peu plus mitigées.
19:14Mais dans l'opposition, certains appellent également
19:16le ministre à démissionner.
19:18Mais il est maintenu
19:19et le gouvernement lui renouvelle sa confiance.
19:22Timothée Boutry, d'un mot, juste après,
19:24Éric Dupond-Moretti et ses avocats ont contesté cette décision.
19:27Aussitôt l'annonce de son renvoi,
19:29les avocats d'Éric Dupond-Moretti ont annoncé
19:32qu'il formait un pourvoi en cassation.
19:34La principale conséquence de ce pourvoi,
19:36c'est que ça va prendre du temps
19:37parce qu'il faut réunir l'Assemblée plénière
19:40et ce n'est pas évident.
19:41Donc il y a des délais
19:41et le calendrier va forcément être retardé.
19:45Tout cela devrait prendre de longs mois.
19:48Le moment venu, comment doit se dérouler ce procès ?
19:52Alors la CJR, c'est très particulier
19:54puisque la juridiction de jugement
19:55est composée de 15 personnes,
19:573 magistrats professionnels
19:59et 12 parlementaires,
20:016 députés, 6 sénateurs.
20:03L'idée, c'est qu'il soit jugé par ses pairs.
20:05Alors c'est vraiment très, très particulier
20:06puisqu'on va donc avoir des magistrats
20:10qui le fréquentent à l'Assemblée ou au Sénat,
20:14certains le connaissent plus ou moins,
20:16certains le sont de son bord ou pas.
20:17On est quand même dans un système
20:18qui est très, très particulier.
20:20Pendant un procès devant la Cour de justice de la République,
20:23c'est le procureur général de la Cour de cassation
20:25qui est chargé de porter l'accusation.
20:28En l'occurrence, François Mollins.
20:30Problème, Timothée Boutry.
20:32François Mollins devra céder sa place
20:34le 30 juin 2023.
20:36Et du coup, c'est Éric Dupond-Moretti,
20:38le ministre,
20:39qui va choisir son successeur.
20:41C'est ça ?
20:42L'idée, c'est que peut-être,
20:44il va choisir la personne
20:46qui va porter l'accusation contre lui.
20:47Si, comme on l'a dit,
20:49le pourvent en cassation
20:50fait que le calendrier dure,
20:53une solution pourrait être,
20:55encore une fois,
20:57de décharger le ministre de la Justice
20:58de cette prérogative
20:59et de la confier au Premier ministre
21:02et pas au ministre de la Justice.
21:03Timothée Boutry,
21:04quand vous avez rencontré
21:05le ministre de la Justice,
21:07Éric Dupond-Moretti,
21:08dans son bureau,
21:08le mardi 20 septembre,
21:09pour le Parisien,
21:10qu'est-ce qu'il vous a dit de tout ça ?
21:11Est-ce qu'il peut travailler sereinement ?
21:13Oui, lui, c'est vraiment
21:14ce qu'il dit depuis le début.
21:15Voilà, ça ne m'a pas empêché
21:16de travailler.
21:18Il estime qu'il est victime
21:19d'une vengeance
21:20des syndicats de magistrats
21:21qui n'ont jamais accepté
21:22sa nomination.
21:23En gros, circuler,
21:24il n'y a rien à voir.
21:25Moi, je bosse.
21:26J'ai augmenté le budget
21:27trois fois de suite de 8%.
21:28Et tout ça, vraiment,
21:31ça me passe au-dessus
21:32et je m'expliquerai
21:32le moment venu.
21:38Merci à Timothée Boutry.
21:40Cet épisode de Codesource
21:41a été produit par Thibault Lambert
21:42et Clara Garnier-Amourou.
21:45Réalisation,
21:45Julien Moncou-Kiol.
21:47Codesource est le podcast
21:48d'actualité du Parisien.
21:49Nous publions un nouvel épisode
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