- il y a 9 heures
À 91 ans, l’ancien Premier ministre et son ministre de la Défense doivent répondre du financement illégal de la campagne présidentielle de 1995. Trois personnes ont déjà été condamnées en juin dernier par le tribunal correctionnel. Récit de Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du Parisien.
Code Source est le podcast d’actualité du Parisien disponible chaque soir du lundi au vendredi.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian
Archives : INA, France 24.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un ancien Premier ministre devant la justice, accusé d'avoir financé de façon illégale sa campagne électorale pour la présidentielle
00:19de 1995,
00:22Édouard Balladur comparé aux côtés de l'ancien ministre de la Défense, François Léotard.
00:27C'est le procès de l'affaire Karachi, une affaire que l'on vous résume aujourd'hui dans Codesources avec
00:33Timothée Boutry du service pour les justices du Parisien.
00:4325 ans après le procès dans l'affaire Karachi, âgé de 91 ans, l'ancien Premier ministre français Édouard Balladur
00:50est rattrapé par la justice.
00:52Timothée Boutry, le mardi 19 janvier à Paris, Édouard Balladur arrive à la cour de justice de la République, il
00:58doit comparaître jusqu'au 11 février.
01:00Il est soupçonné d'avoir renfloué illégalement ses comptes de campagne en 1995. Il est comment ce jour-là ?
01:07Écoutez, il a 91 ans mais il affiche encore une belle prestance pour un homme de cet âge-là et
01:13il est évidemment habillé dans un costume sombre, strict, une cravate rouge, une chemise blanche et élégant.
01:20Son visage s'est émacié, ses cheveux ont blanchi mais il paraît plutôt en forme pour un homme de cet
01:25âge-là.
01:26Il doit répondre de complicité d'abus de biens sociaux tout comme son ancien ministre de la Défense, François Léotard,
01:31qui a choisi de ne pas avoir d'avocat.
01:33Oui, il dit que c'est de mon honneur dont il est question et je le défendrai seul.
01:38Au moment où on enregistre cet épisode de Code Source, le procès a déjà commencé depuis plusieurs jours. Comment est
01:44-ce qu'il se défend d'en résumer ?
01:46Édouard Balladur a fait une déclaration liminaire au deuxième jour du procès en se disant victime d'un acharnement des
01:53juges, d'une enquête à charge et en expliquant que ses comptes de campagne ont été validés à l'époque.
01:59En gros, il n'a rien à faire là. Il dit que rien ne m'a été épargné et qu
02:02'il compte démontrer que ses accusations ne reposent sur rien.
02:05Et François Léotard ?
02:07François Léotard, on sent qu'il est agacé. Lui dit que je n'étais pas un épicier, donc ces questions
02:12d'argent ne me concernaient pas.
02:14Pour le reste, j'assume. Ce que j'ai fait, je le referai et si vous me condamnez, ça ne
02:18changera rien.
02:24Pour bien comprendre cette affaire, Timothée Boutry, on va remonter le temps à deux reprises.
02:29D'abord en 2002, le mercredi 8 mai 2002. Le dimanche précédent, Jacques Chirac vient d'être réélu président de
02:36la République en France.
02:37Que se passe-t-il au Pakistan, à Karachi ?
02:40Il y a plusieurs ingénieurs de la direction des constructions navales, donc c'est les ateliers de l'arsenal de
02:45Cherbourg,
02:46qui sont là pour construire des sous-marins qui ont été vendus par la France au Pakistan.
02:50Et en fait, les ingénieurs habitent dans plusieurs hôtels de la ville et il y a un minibus qui vient
02:55les chercher, qui fait la tournée.
02:56La navette se trouve devant un grand hôtel de Karachi et il y a un faux taxi qui fonce sur
03:01le minibus.
03:02En fait, c'est une voiture piégée.
03:03Attentat contre la France au Pakistan.
03:05Il y a une gigantesque explosion. Il y a 14 personnes qui sont tuées, dont 11 ingénieurs français.
03:10Ivre de douleur, cette jeune femme vient d'apprendre la mort de son mari tué dans l'attentat.
03:14Il avait 27 ans.
03:16Cherbourg est en état de choc.
03:18À ce moment-là, l'émotion est immense en France.
03:20Le 13 mai, des obsèques nationales sont organisées à Cherbourg pour les victimes françaises de cet attentat.
03:28C'est le dernier hommage de la République à ses morts.
03:34Ce crime est monstrueux.
03:36Quelques mois plus tard, en septembre 2002, l'employeur des ingénieurs français, la DCN, la direction des constructions navales,
03:44reçoit un rapport sur les raisons de cet attentat.
03:48Rapport commandé à un expert, un ancien membre du contre-espionnage.
03:52Avant de tout expliquer en détail, Timothée Boutry, quelle est la thèse de ce rapport ?
03:57C'est un rapport secret, il faut bien le dire, qui n'est pas dévoilé à l'époque.
04:01Ce rapport fait le lien entre cet attentat et l'arrêt du versement des commissions qui avaient été négociées
04:08lors de la passation de ce marché en 1994.
04:12La livraison de sous-marins à la marine du Pakistan.
04:15En gros, la thèse, c'est que les commissions ont cessé d'être versées en 1996.
04:19Et par rétorsion, il y a eu cet attentat par vengeance, en quelque sorte.
04:23Donc ça fait un lien entre la négociation commerciale de l'époque et cet acte terroriste.
04:26Le site d'information Mediapart va révéler l'existence de ce rapport baptisé Nautilus en 2008.
04:33Et en parallèle, la justice française va creuser cette piste.
04:36Timothée Boutry, nous, on va remonter un peu plus dans le temps.
04:40À l'automne 1994, la France négocie donc un gros contrat avec le Pakistan.
04:46Quel est ce contrat ?
04:47C'est un contrat qui porte sur la livraison de deux puis trois sous-marins à la marine pakistanaise.
04:52Ce sont des sous-marins de type Agosta.
04:54C'est le contrat Agosta.
04:55C'est un contrat faramineux qui porte sur plusieurs milliards de francs à l'époque.
04:59On est dans une période où l'arsenal de Cherbourg est en difficulté.
05:02Évidemment, il y a une importance industrielle pour l'emploi en France qui est très importante.
05:06Et on va se concentrer maintenant sur le contrat Agosta.
05:09C'est sous-marin fabriqué par la DCN, la direction des constructions navales.
05:13Il y a donc des négociations avec le Pakistan.
05:15Et c'est prévu dès le départ et c'est légal à ce moment-là.
05:19Il va y avoir des commissions de fortes sommes données à des intermédiaires.
05:23C'est légal.
05:24C'est même déclaré à Bercy par toutes les entreprises pour obtenir tel marché.
05:28On a versé tant à telle personne.
05:29C'est de la corruption.
05:30Il n'y a pas d'autres mots.
05:32C'est de la corruption légalisée.
05:33Sauf que maintenant, ces pratiques ont été interdites.
05:36Mais à l'époque, c'était totalement autorisé.
05:38Mais à la fin de l'année 1994, d'après l'enquête, un second réseau d'intermédiaires
05:44est imposé à la DCN en pleine négociation.
05:47Ce second réseau, on l'a appelé le réseau K.
05:50Et c'est le réseau du célèbre intermédiaire franco-libanais Ziad Taqeddin.
05:54En fait, c'est trois personnes autour de Ziad Taqeddin qui vont être imposées,
05:59ça c'est la thèse de l'accusation, par le pouvoir politique pour négocier.
06:02Et pour lui aussi bénéficier de commission, ils vont obtenir 4% du montant des contrats.
06:09D'après l'enquête, le réseau K serait imposé par le ministre de la Défense de l'époque, François Léotard.
06:14Pourquoi est-ce qu'on dit que ce réseau K a été imposé par le pouvoir politique ?
06:19Les gens de la DCN disent, voilà, on est en égo.
06:21Et puis Renaud Denis de Varbre, le conseiller spécial de François Léotard, dit
06:25il faut que vous rencontriez Taqeddin, il faut que vous négociez avec lui, il faut passer par lui.
06:29Donc en gros, à la DCN, on dit qu'il y a eu un ordre du pouvoir politique pour traiter
06:32avec ce réseau-là.
06:33Comment Ziad Taqeddin a rencontré François Léotard ?
06:36A l'époque, il avait été directeur de la station de ski d'Isola 2000, dans les Alpes-Maritimes.
06:41Et François Léotard, lui, il était maire de Fréjus pendant très longtemps, c'est pas très loin.
06:45Et l'épouse de François Léotard connaissait aussi Ziad Taqeddin.
06:48Donc en gros, il explique qu'il a été invité à l'inauguration de la station,
06:51et c'est à ce moment-là qu'il a fait connaissance.
06:52Et quand il a recontacté, après, il a dit qu'il n'y a pas de raison que je ne
06:55le reçoive pas.
06:56D'après l'enquête et d'après certains anciens de la DCN,
06:58ce nouveau réseau d'intermédiaires ne servait vraiment à rien pour conclure l'affaire ?
07:03Lors du procès, un homme qui s'appelle Emmanuel Harris a été entendu comme témoin.
07:07Lui, son métier, il a expliqué, moi, j'ai parcouru le monde pour trouver les gens avec qui il négociait
07:12pour obtenir des contrats.
07:13Il était chez Thompson, après à la DCN.
07:15Donc en gros, son métier, c'était de trouver les bons intermédiaires à payer pour obtenir ces contrats.
07:19Et il dit, voilà, ce qui s'est passé là, sur ce contrat, je ne l'ai jamais vu de
07:23toute ma carrière.
07:24Pour la première fois, le pouvoir politique nous a imposé un réseau.
07:27Qui plus est, on nous a imposé des conditions de paiement totalement dérogatoires à la pratique,
07:33c'est-à-dire qu'il fallait les payer en avance et pas au prorata du paiement des échéances.
07:37Il dit vraiment, tout était anormal dans ce processus d'imposition du réseau car.
07:43On rappelle qu'on est à la fin de l'année 1994.
07:45À cette époque en France, nous sommes en pleine campagne présidentielle.
07:49La droite est divisée avec d'un côté Jacques Chirac, le candidat du RPR,
07:53et de l'autre, le Premier ministre, soutenu par l'UDF et certains membres du RPR.
07:57Édouard Balladur et les deux camps se haïssent.
08:00Timothée Boutry.
08:01C'est vraiment le déchirement de la droite, la grande fracture.
08:04En gros, Jacques Chirac devait être le candidat naturel,
08:08puisque c'était le leader du parti, il avait déjà été candidat plusieurs fois.
08:11Et Édouard Balladur, il était à Matignon, il était populaire, il s'est laissé griser et il a eu envie
08:17d'y aller.
08:17Et Jacques Chirac, évidemment, lui en a voué une haine et une rancœur tenace.
08:22C'est vraiment une époque de violence extrême dans le même camp politique.
08:27Édouard Balladur a forcément moins de moyens que Jacques Chirac, il n'a pas les moyens financiers du RPR.
08:32Oui, parce que le parti, c'est celui de Jacques Chirac,
08:35et donc les moyens du RPR sont alloués principalement à la campagne de Jacques Chirac.
08:39Timothée Boutry, le premier tour de cette présidentielle est organisé le dimanche 23 avril 1995.
08:46Voici le choix des Français pour ce premier tour de l'élection présidentielle 1995.
08:53Au tête de ce premier tour, Lionel Jospin avec 23,4% des suffrages exprimés.
08:58Derrière Jacques Chirac, 20% tout rond.
09:01Ce qui intéresse surtout l'époque, c'est de savoir qui va gagner le combat fratricide à droite,
09:06et c'est Jacques Chirac qui est devant Édouard Balladur.
09:08Jacques Chirac, c'est la remontada incroyable, puisque personne n'y croyait quand il s'est lancé en campagne.
09:13Les sondages étaient calamiteux, la dynamique était pour Édouard Balladur, il était à Matignon, il devait être élu.
09:18C'est vraiment à l'époque, je pense, la plus belle campagne de Jacques Chirac, parce que personne ne l
09:23'attendait à ce niveau-là.
09:24Et donc le deuxième tour va opposer Lionel Jospin à Jacques Chirac.
09:27A cet instant précis, au soir du 23 avril, Timothée Boutry, les comptes de campagne d'Édouard Balladur sont fortement
09:33déficitaires,
09:34mais ça va changer trois jours plus tard, le mercredi 26 avril 1995.
09:40Il manque environ 20 millions de francs dans les comptes d'Édouard Balladur,
09:44et donc ce 26 avril, il y a un versement opportun de 10,2 millions de francs sur le compte
09:49en banque de la campagne d'Édouard Balladur.
09:52Ces comptes de campagne seront validés par le Conseil constitutionnel, mais 20 ans plus tard, en janvier 2015,
09:58celui qui présidait à ce moment-là cette institution, Roland Dumas,
10:02reconnaît dans le Figaro que les comptes de campagne d'Édouard Balladur et de Jacques Chirac étaient, je cite, «
10:08manifestement irréguliers ».
10:09Pourquoi est-ce qu'il a fait ça alors ?
10:11En gros, il explique qu'il a voulu sauver la République,
10:13et que s'ils avaient invalidé les comptes de campagne à l'époque, ça a annulé l'élection,
10:18et ça allait retraîner une période de crise et de troubles politiques considérables.
10:22Jean-Marie Le Pen avait déjà fait 15%, et que la raison d'État, en quelque sorte, a prévalu,
10:27et qu'ils ont décidé de l'enchir ses comptes, sachant que les rapporteurs du Conseil constitutionnel,
10:33notamment sur les comptes d'Édouard Balladur, avaient tiqué et avaient préconisé le rejet de ses comptes,
10:37notamment en raison de ce versement en liquide.
10:42Que dit Édouard Balladur sur ses plus de 10 millions de francs arrivés au tout dernier moment sur son compte
10:47de campagne ?
10:48Pendant l'instruction, Édouard Balladur a expliqué que cet argent provenait de dons de particuliers
10:55lors de meetings ou de la vente de produits dérivés, pins, t-shirts, gadgets,
10:59et au premier jour de l'audience, il maintient cette thèse du don de particuliers.
11:04D'où viennent ces 10 millions de francs d'après l'accusation ?
11:06Alors la thèse de l'accusation, c'est que cet argent provient directement du versement des commissions,
11:11puisque début avril, Ziad Takédine a retiré une somme équivalente en Suisse,
11:16et que pour l'accusation, ces 10 millions de francs sont arrivés en France,
11:21et ont ensuite été versés sur le compte d'Édouard Balladur.
11:23Sachant que si à l'époque les commissions étaient autorisées, des rétro-commissions sont totalement illégales.
11:29Que dit Édouard Balladur sur ce point ?
11:31Lui dit que les billets n'étaient pas les mêmes, puisque le retrait en Suisse,
11:35c'était que des billets de 500 francs empaquetés,
11:39et le versement des 10 millions, il y avait des billets de 500 francs, mais pas que,
11:43donc ça ne peut pas être la même somme.
11:44Timothée Boutry, après son accession à l'Elysée,
11:47Jacques Chirac aurait donc décidé de mettre un terme au réseau K, c'est ça ?
11:51Il a effectivement mis un terme au versement des commissions au réseau K.
11:55Et d'ailleurs, là encore, on a eu le témoignage d'Emmanuel Harris,
11:57qui était à la DCN, l'homme chargé de retrouver les intermédiaires et de les payer.
12:03Et qu'en gros, il a vu arriver quelqu'un,
12:05qui était envoyé par le nouveau ministre de la Défense, Charles Millon,
12:07et donc par Jacques Chirac,
12:08qui lui a dit « Écoutez, voilà, à partir de maintenant,
12:10vous arrêtez de payer le réseau Takedin, c'est fini. »
12:13Et il a dit de manière incroyable « Je n'ai pas eu de nouvelles. »
12:16Normalement, il dit « Yata Kedin, jusque-là, il me suce et les sangs. »
12:19À chaque fois que j'avais 15 jours de retard ou 2 heures de retard pour le payer ses commissions,
12:22et là, j'ai arrêté de payer le jour au lendemain, il ne m'a jamais rappelé.
12:24On sait que derrière, il y a eu un arrangement qui a été trouvé sous l'égide de Rafi Kariri,
12:29l'ancien leader libanais, très proche de Jacques Chirac.
12:32La justice a essayé d'enquêter un petit peu pour savoir ce qu'il en était vraiment de cet accord.
12:37On n'a pas pu aller beaucoup plus loin.
12:39Mais en tout cas, il est avéré qu'en 1996,
12:42Jacques Chirac a fait cesser le versement des commissions au réseau Takedin.
12:45Est-ce qu'on sait pourquoi Jacques Chirac demande l'arrêt de ces versements ?
12:48Oui, parce qu'il est persuadé qu'en marge de ces commissions,
12:51il y a des rétro-commissions, c'est-à-dire des retours d'argent vers la France,
12:55pour reverser de l'argent à l'entourage d'Edouard Balladur.
13:00Timothée Boutry, la thèse du rapport secret de la DCN, le rapport Nautilus,
13:04pour expliquer l'attentat de Karachi, une représaille donc suite à l'arrêt de versements de commissions.
13:10Est-ce que cette thèse a été prouvée par les enquêtes françaises ?
13:12Aujourd'hui, il n'y a pas de vérité judiciaire qui se dégage sur les causes de l'attentat de
13:18Karachi.
13:18Donc l'instruction aux terroristes est toujours en cours.
13:20Au départ, on était sur la thèse d'un acte commis par Al-Qaïda.
13:24C'était aussi la thèse des autorités pakistanaises.
13:27Des gens ont été condamnés sur place.
13:30Et puis finalement, à partir de la révélation de Nautilus,
13:33le juge d'instruction de l'époque, Marc Trévidic, a rencontré les familles de victimes en disant
13:36« Non, maintenant on part sur la thèse de Nautilus. »
13:38Et aujourd'hui, le dernier élément qui est venu à bonder l'enquête,
13:41c'est un rapport des services secrets français qui revient plutôt sur la thèse de l'attentat terroriste.
13:46Mais on est dans cet entre-deux et l'enquête n'est pas du tout bouclée,
13:49elle est toujours en cours et on ne connaît pas la vérité judiciaire sur les causes de cet attentat.
13:53En revanche, d'après les juges d'instruction, le financement illégal de campagne électorale ne fait pas de doute, c
13:59'est ça ?
14:00Selon les juges de la commission d'instruction, le lien entre le retrait d'argent en Suisse par Zia Takiadine
14:05et le versement deux semaines plus tard des 10 millions sur le compte d'Edouard Balladur, le lien est établi.
14:10C'est la thèse de l'accusation, donc c'est précisément l'objet de ce procès.
14:13On lui reproche donc d'avoir bénéficié de commissions indûment versées.
14:21Les juges d'instruction ont bouclé leur enquête en 2014.
14:24Ensuite, on dirait qu'il ne se passe rien pendant des années.
14:27En fait, il va y avoir beaucoup de problèmes de procédure.
14:29La cour de cassation va casser un arrêt de la chambre de l'instruction.
14:34Donc il va y avoir beaucoup d'aller-retour.
14:35Ça va prendre du temps, des contestations sur les constitutions de parties civiles des victimes et des proches de l
14:41'attentat.
14:41Il y a également les avocats d'Edouard Balladur qui vont se démener pour tenter de faire reconnaître la prescription
14:47sans succès.
14:49Donc tout ça, plus une certaine inertie de la cour de justice de la République, va faire qu'on va
14:54arriver à des délais qui sont extrêmement longs.
14:55Timothée Boutry, cette affaire va être jugée en deux fois.
14:58D'un côté, les hommes de l'ombre, les conseillers et les intermédiaires jugés par le tribunal correctionnel de Paris.
15:04Et de l'autre, les ministres jugés par la cour de justice de la République,
15:07qui est la seule habilité à juger des ministres pour des faits commis pendant l'exercice de leur fonction,
15:14la CJR, composée de trois magistrats professionnels et douze parlementaires, six députés et six sénateurs.
15:20Le premier procès se déroule en octobre 2019.
15:24Six hommes comparaissent, dont l'intermédiaire Zia Takiedine,
15:27ou encore Renaud Donnieu-Devabre et Nicolas Bazir,
15:30qui étaient les collaborateurs de François Léotard et Édouard Balladur.
15:33La décision est rendue en juin 2020 et les peines sont lourdes.
15:39Oui, les peines sont lourdes et les attendus du jugement sont extrêmement sévères.
15:42En gros, les juges du tribunal correctionnel considèrent que, d'une part, le recours au réseau cas était inutile.
15:50D'autre part, que cet argent a ensuite bénéficié à la campagne d'Édouard Balladur.
15:55Donc là, ce n'est pas lui qui a été jugé, mais ses collaborateurs.
15:57Donc la personne qui est la plus condamnée, c'est Ziad Takiedine,
16:00qui est condamnée à cinq ans de prison depuis qu'il est en fuite au Liban.
16:04Ensuite, on a l'ancien directeur de cabinet d'Édouard Balladur, Nicolas Bazir,
16:08qui est condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, plus de 300 000 euros d'amende.
16:12Et Renaud Donnieu-Devabre, qui a été ministre de Jacques Chirac,
16:15qui était à l'époque le principal conseiller d'Édouard Balladur,
16:18qui a été condamné, lui aussi, à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, et 120 000 euros d
16:21'amende.
16:22En gros, le tribunal correctionnel valide totalement la thèse de l'accusation,
16:26à savoir des commissions indues exorbitantes et un circuit de rétro-commissions
16:31pour aborder la campagne d'Édouard Balladur.
16:33Ils ont tous fait appel, mais ces peines de prison ferme,
16:36c'est forcément inquiétant pour Édouard Balladur et François Léotard ?
16:39Le tribunal correctionnel a validé la thèse de l'accusation.
16:43Après, ils peuvent aussi estimer qu'il n'y a pas d'action positive des décideurs politiques
16:48et que ça s'est fait peut-être à l'insus, en directives particulières,
16:52et que les preuves ne sont pas suffisantes pour rentrer en vote de condamnation.
16:55Ça sera évidemment aux juges de la CJR de prendre leur décision,
16:58mais effectivement, là, on a un tribunal qui dit, bah oui, tout ce que dit l'accusation est vrai,
17:03donc ça complique la donne, évidemment, de la dépense.
17:07Timothée Boutry, sans parler du fond du dossier, Édouard Balladur est devant la justice,
17:11à 91 ans, pour des faits qui remontent à près de 26 ans.
17:15Est-ce que ce n'est pas trop tard ?
17:16Bien sûr, c'est ça. On aurait évidemment aimé que cette affaire soit jugée à un moment
17:20où il y avait sans doute un rôle politique plus actif,
17:23à un moment où on était plus proche des faits, ça aurait plus de sens.
17:25Alors certes, juger un homme de 91 ans, quel est le sens ?
17:29Mais lui, il y voit un sens, et il est victimement meurtri,
17:33il a expliqué qu'il avait justement contribué à assainir la vie politique
17:37en faisant voter une loi sur le financement des compagnies électorales,
17:40et que donc il serait bien pervers si lui-même en avait profité.
17:43Donc il y a évidemment un enjeu considérable pour l'honneur d'Édouard Balladur.
17:49Est-ce qu'il risque réellement d'aller en prison ?
17:52Ça paraît extrêmement peu probable.
17:53Il pourrait être condamné à une peine de prison par la ségire
17:56si jamais les magistrats décident de rentrer en voie de condamnation.
17:59L'enjeu, il n'est pas vraiment là.
18:01Il est sur l'image qu'il laissera à la postérité.
18:04Soit il aura été le premier ministre de la France,
18:06soit il aura été le premier ministre de la France
18:07qui a financé sa campagne présidentielle par des fonds occultes
18:12obtenus en marge de contrats d'armement.
18:14Et ça, évidemment, pour l'histoire, et donc pour lui, ça change tout.
18:22Merci à Timothée Boutry.
18:24Cet épisode a été produit par Raphaël Pueyo et Thibaut Lambert.
18:28Réalisation, Julien Moncouquiole.
18:30N'hésitez pas à nous écrire, codesource at leparisien.fr
18:34ou à nous interpeller sur les réseaux.
18:36Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
18:38disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:41Pour ne rater aucun épisode,
18:43abonnez-vous sur Apple Podcasts ou Google Podcasts par exemple.
18:46Et puis si vous aimez codesource,
18:48dites-le nous en laissant des petites étoiles
18:50ou un commentaire sur votre appli préférée.
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