00:00Je pense que dans notre métier, en tant que journaliste, à la radio, on doit faire preuve de tempérance.
00:13Il faut toujours écouter l'auditeur, parce que, j'allais dire, notre client, c'est l'auditeur, on ne parle
00:19pas dans le vide.
00:20Donc l'auditeur, comme le lecteur, comme le téléspectateur, c'est fondamental qu'il ait son mot à dire,
00:27qu'il puisse nous faire des éloges, mais qu'il puisse aussi nous critiquer.
00:30Et donc, on est obligé d'avoir ce dialogue, et que les auditeurs nous écrivent et nous interpellent, c'est
00:36une très très bonne chose.
00:41Publique ou privé, je crois que quand on est journaliste professionnel, la première chose qu'on apprend,
00:45et d'ailleurs dans les écoles de journalisme, c'est d'écrire, de rédiger, de composer un texte, un article,
00:53d'écrire un papier radio.
00:55Et donc, oui, la maîtrise du français, c'est quand même le B à bas.
00:59La radio, la complexité, c'est que la plupart du temps, on écrit ce qu'on dit dans le micro.
01:06Parfois, c'est de l'improvisation ou du direct, voilà.
01:08Mais, je veux dire, 90% des fois, tout est écrit.
01:11Sauf qu'il faut l'écrire d'une manière que l'auditeur ne s'en rende pas compte,
01:16et qu'il a l'impression qu'on s'adresse à lui, dans sa salle de bain, dans sa cuisine,
01:20en voiture.
01:20Et donc, que ce soit un langage écrit mais parlé.
01:25Donc, c'est toute la difficulté du langage radio et des papiers radio,
01:30c'est d'avoir le ton, la profondeur, alors que c'est rédigé, voilà.
01:37Je ne m'interdis rien à l'antenne, mais vous avez raison, il y a des mots sensibles.
01:42Alors, moi, je travaille à la rédaction internationale de Radio France,
01:45donc c'est les services étrangers, le service diplomatique,
01:48et donc, moi, je couvre l'actualité internationale,
01:51et notamment l'actualité au Moyen-Orient, au Proche-Orient.
01:56Par exemple, le mot terrorisme, c'est un mot qui est très fort, qui est très connoté,
02:02et je l'utilise vraiment avec parcimonie, vraiment dans quelques cas.
02:06C'est une notion qui est tellement instrumentalisée, puissante,
02:12et tellement, je vais dire, utilisée à tout va,
02:18que vraiment, ce mot, je ne me l'interdis pas,
02:23mais je l'utilise vraiment dans des cas très précis.
02:30Quand vous êtes en direct, ou vous devez improviser,
02:33moi, ça m'arrive souvent sur le Moyen-Orient, sur les questions que je connais bien,
02:38on peut avoir des tics de langage, et comme je vous disais,
02:41je dirais que, parce que c'est un exercice, on est un peu dans le vide,
02:45on est un peu dans le vide, on vous dit, vous avez deux minutes, trois minutes, cinq minutes,
02:50on vous fait signe en studio, il faut continuer, il faut continuer,
02:54voilà, donc il faut alimenter la bête, il faut continuer à parler.
02:57Et donc, parfois, vous avez ces tics de langage qui sont un peu des béquilles,
03:02qui vous permettent finalement de vous rassurer.
03:07Non, je n'ai pas de mot préféré, mais il y a un mot que j'aime bien,
03:12et qui s'applique au journalisme, qui est de moins en moins utilisé,
03:16qui est un peu désuet, qui s'appelle la tempérance.
03:19La tempérance, c'est une forme de, je ne veux pas dire de sagesse, mais d'équilibre.
03:23Et je pense que, dans notre métier, en tant que journaliste, à la radio,
03:28on doit faire preuve de tempérance.
03:32Je pense qu'il y a des mots qui sont entrés dans le langage courant,
03:36mais, voilà, avec parcimonie.
03:42La radio, c'est la voix, ce sont des mots.
03:46Et il y a un pouvoir d'imagination de la radio que n'ont aucun autre média.
03:50C'est-à-dire que l'auditeur, il est chez lui, encore une fois,
03:53dans sa salle de bain, dans sa voiture, et il écoute une voix.
03:56Et je sais que, dans une voix, il y a beaucoup de choses qui passent,
04:00au-delà de l'information.
04:01Et c'est pour ça que je trouve que c'est un très beau média,
04:04parce qu'on fait passer peut-être plus de choses,
04:07et il y a un pouvoir d'imagination.
04:09D'ailleurs, les gens vous disent, je ne vous y ai pas comme ça dans la vraie vie.
04:12Donc, ça passe beaucoup d'émotions, beaucoup de choses qui sont en vous.
04:18Fabrice Drouel, qui a une voix quand même assez exceptionnelle,
04:22une tessiture, un timbre, presque du velours.
04:26Gérard Courchel, qui était un des grands présentateurs de France Inter dans les années 80-90,
04:31avait une voix envoûtante, et qui disait les informations le matin à 8 heures.
04:36C'est vrai que, voilà, la voix, c'est, voilà, chacun a sa voix.
04:41Il y en a, effectivement, qui ont don, qui ont, encore une fois, une patte,
04:46qui, voilà, qui, je veux dire, qui aiguise l'oreille, quoi.
04:50C'est du miel dans l'oreille.
04:51Après, voilà, on fait avec ce qu'on a.
04:53C'est parti.
04:55Ce qu'on a.
04:58C'est parti !