Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Daniel Fiévet, producteur des podcasts Naufragés - Une histoire vraie et In Extremis - Histoires de survie sur France Inter nous parle de son rapport à la langue.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00On n'a pas l'image, on n'a pas les gestes, on n'a que les mots pour se
00:03faire comprendre.
00:12Ils sont plutôt inspirants, bien sûr, les messages des auditeurs.
00:15Après une émission, souvent, je vais regarder la boîte mail pour voir comment ce que j'ai dit à l
00:21'antenne a été perçu,
00:23si j'ai été compris, si ça a intéressé.
00:25Souvent, on a des surprises où on se rend compte qu'on prononce mal un mot, qu'on peut dire
00:31une bêtise ou une approximation.
00:33Évidemment, dans ce cas-là, ça évite de refaire la même erreur la prochaine fois.
00:37Et puis, de toute façon, on fait de la radio pour les auditeurs.
00:39Si on n'écoute pas ce qu'ils ont à nous dire ou ce qu'on ne lit pas ce
00:44qu'ils ont à nous dire en retour, le lien est rompu.
00:50Oui, c'est important d'employer les mots justes et de s'exprimer dans un français correct quand on parle
00:56à la radio
00:57et qui plus est, sur une antenne du service public.
01:01Et c'est aussi important parce qu'on n'a pas l'image, on n'a pas les gestes, on
01:06n'a que les mots pour se faire comprendre.
01:07Donc, le choix du mot juste pour installer une ambiance, pour installer une idée précise, c'est tout particulièrement vrai
01:16lorsque j'écris les podcasts naufragés ou in extremis,
01:19où là, j'ai vraiment le temps de travailler le texte et de me relire.
01:23Évidemment que le choix des mots et aussi les formulations dans un français correct sont importantes.
01:31Parfois, quand on est en direct, quand on est pris par l'émotion, les mots manquent, on peut faire une
01:38phrase un peu plus bancale.
01:40Ça, c'est le risque du direct et de la spontanéité.
01:43Mais on gagne aussi parfois dans ces moments-là en émotions et en force.
01:47Donc, on avance sur ces deux pieds-là.
01:53Je peux prendre comme exemple, pour donner quelque chose d'un peu plus précis, la chronique « La planète des
01:57sciences » que je fais pour la matinale du week-end.
02:00Là, les mots que je m'interdis, c'est les mots inutilement compliqués, les mots scientifiques qui font que l
02:07'auditeur tout d'un coup va se sentir perdu ou va décrocher de ce que je raconte en se disant
02:11« les sciences, j'y comprends rien, c'est beaucoup trop compliqué ».
02:14Parfois, avec des mots simples, on va beaucoup plus droit au but et on est beaucoup plus clair.
02:20Donc, oui, les sortes de mots inutilement compliqués scientifiques, j'essaye de les bannir de mon vocabulaire dans la chronique.
02:30Je pense avoir un peu ceux de notre époque et de notre temps, mettre des « en fait » et
02:35des « du coup » au détour de certaines phrases.
02:39J'essaye évidemment de ne pas le faire, mais ça arrive.
02:41Et puis sinon, oui, un auditeur m'avait dit « vous avez pour tic de mettre finalement », le mot
02:47« finalement ».
02:47Et je n'en avais pas du tout conscience et j'ai réécouté.
02:49Effectivement, dans certaines phrases, ce mot « finalement » revenait beaucoup trop souvent.
02:57Les mots préférés, je ne sais pas, j'ai des noms propres de destination, notamment dans le temps d'un
03:02bivouac où j'aime faire voyager les gens.
03:04Il y a certains mots que je trouve très évocateurs.
03:08Zanzibar, Tombouctou, Machu Picchu.
03:11Ce sont des mots que j'aime prononcer, que j'aime entendre et qui tout de suite allument mon imaginaire
03:16et me font voyager.
03:20Certains sont nécessaires, d'autres sont franchement superflus.
03:24Mais il faut quand même garder en tête que ces mots qui voyagent, c'est la langue qui vit.
03:29Il y a certains mots qui ont fait des allers-retours, même avec l'anglais, beaucoup de mots qui ont
03:33fait des allers-retours.
03:34J'avais reçu un linguiste, Jean Prévost, qui m'avait raconté l'histoire du voyage des mots.
03:38Il y a effectivement Comté-Fleurette qui nous est revenu en flirt par les Anglais.
03:43Il y a aussi La Malle qui était un bateau qui faisait des liens entre la France et l'Angleterre
03:49pour transporter le courrier et qui est devenu e-mail.
03:52Donc cet e-mail, finalement, on préférait courriel, mais finalement l'e-mail, c'est aussi un mot qui à
03:57la base était français et qui s'est transformé pour nous revenir.
04:04Le mot radio, il évoque beaucoup de choses.
04:06C'est un peu un fil conducteur de ma vie.
04:08Il a à la fois dans l'enfance, ce gros poste de radio sur la table du petit-déjeuner, c
04:13'est des souvenirs d'enfance, c'est des souvenirs plus tard, les premiers moments où j'ai fait de la
04:18radio associative, étudiant, parce que la radio était une passion.
04:21Et puis c'est devenu un métier.
04:23Donc maintenant, il est à la fois source de grande joie professionnelle et aussi de stress parfois.
04:27Donc c'est un peu un fil conducteur.
04:29Et selon les périodes et les moments, il évoque beaucoup de choses différentes.
04:37Oui, des voix qui racontent.
04:39J'aimais beaucoup la voix de Patrice Gélinet, qui faisait 2000 ans d'histoire, qui a été rediffusée l'été
04:452025 sur France Inter.
04:46La voix de Jean-Claude Amézène.
04:48Et puis la voix de Marie-Odile Monchécourt, qui parlait de science sur France Info.
04:52C'est avec elle que j'ai fait mon premier stage à la radio.
04:56Et je connaissais sa voix en tant qu'auditeur.
04:59C'est une voix reconnaissable entre mille.
05:01Moi, ça m'est arrivé, après, en travaillant un peu avec elle, de prendre un taxi avec elle.
05:05Et le chauffeur de taxi, à peine avait-elle dit trois mots, l'a reconnu rien qu'au timbre de
05:10sa voix.
05:11Donc ces voix clairement identifiables, oui, m'évoquent beaucoup de choses et je les aime beaucoup.

Recommandations