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  • il y a 5 mois
Alexandre Lebrun, PDG d'Ami Labs, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 11 mars. Ils sont revenus sur le développement des nouveaux modèles d’intelligence artificielle d’Ami Labs, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h46 sur BFM Business et sur AMC Live, notre invité c'est Alexandre Lebrun.
00:03Bonjour, PDG d'AmiLives, qu'on suit évidemment depuis des années sur BFM Business,
00:09mais je reprends pour ceux qui ne vous connaissent pas.
00:11Alexandre, vous êtes le fondateur de Nabla, Télécom Paris, Polytechnique,
00:1620 ans que vous travaillez dans l'intelligence artificielle,
00:18et quand Yann Lequin est venu vous voir pour vous dire
00:20« Viens, suis-moi dans mon aventure extraordinaire »,
00:23vous avez tout lâché pour le suivre ?
00:25Alors je n'ai pas tout lâché, puisque je suis encore chez Nabla aussi,
00:29mais oui, la question ne se posait pas que c'était le projet d'une vie.
00:33Donc ça a été lancé hier, AmiLabs, avec des chiffres stratosphériques,
00:373,5 milliards de dollars de valorisation, une levée de fonds d'un milliard de dollars,
00:42ce qui veut dire que vous êtes une licorne avant même d'avoir vendu le moindre produit.
00:46Cette levée de fonds, elle s'est faite en grande partie auprès d'acteurs américains.
00:49Est-ce qu'on peut dire qu'AmiLabs est une entreprise française ?
00:53Alors je vous reprends, donc ce ne sont pas des acteurs américains.
00:57La levée de fonds est faite grosso modo à un tiers d'investisseurs européens,
01:02un tiers américains et un tiers Asie-Moyen-Orient.
01:05Donc la répartition est équitable.
01:07Exactement, et on l'avait décidé comme ça, Yann l'avait décidé et on l'a réalisé de cette manière.
01:11Donc ce n'est pas une entreprise d'investisseurs américains,
01:14malgré ce qu'on peut penser en lisant les noms,
01:16en termes de capital, c'est vraiment un tiers, un tiers, un tiers.
01:19Siège social à Paris.
01:20Siège social à Paris, on se voit comme une entreprise globale.
01:23On a quatre bureaux déjà aujourd'hui, avec Montréal, New York, Paris et Singapour.
01:28Et on construit une entreprise globale, dont le siège est européen.
01:33C'est comme ça qu'on voit l'entreprise.
01:35Alors la promesse, Anthony Moral était avec moi, c'est le world model.
01:37Voilà, la promesse technologique, il faut quand même qu'on en vienne à ça,
01:39parce que c'est ça le truc le plus fou,
01:41c'est de dire que finalement, l'intelligence artificielle
01:44telle qu'on la pratique aujourd'hui, telle qu'on la connaît
01:46avec les modèles de langage, chat, GPT, Gemini, Mistral,
01:50j'allais dire, ils font fausse route.
01:51Ce n'est pas qu'ils font fausse route, mais en tout cas,
01:52ils vont arriver à un moment, à un plafond,
01:54et il faut imaginer la prochaine génération d'intelligence artificielle.
01:59Donc ces fameux world models, qu'est-ce que ça change concrètement ?
02:02Alors il faut comprendre que ce qui marche aujourd'hui,
02:04ce qu'on utilise tous les jours, les LLM, les larges langues modèles,
02:08l'IA générative, c'est un peu un raccourci.
02:10Ça marche extrêmement bien, c'est utile,
02:13mais c'est un raccourci puisque ça s'appuie sur le langage.
02:16Donc en fait, avec le langage, on décrit le monde,
02:18et dans ces modèles, on apprend du texte, de la langue, au modèle,
02:23donc on leur décrit un monde dont les modèles n'ont pas l'expérience directe.
02:28Donc on a ce niveau d'abstraction,
02:30et on comprend bien qu'on perd quelque chose dans cette abstraction.
02:35Dans un world model, en fait, on essaie de se rapprocher
02:37de l'apprentissage d'un animal et d'un enfant humain en particulier,
02:42et de donner au modèle une expérience directe du monde.
02:45Donc à partir d'observations, ça passe beaucoup par la vidéo, par exemple,
02:48mais ça peut utiliser d'autres sens.
02:51Et le modèle va chercher à construire sa représentation interne du monde,
02:57exactement comme le fait un bébé.
02:58Mais ça veut dire qu'on a moins besoin de lui faire avaler des données,
03:01des données, des données, des données ?
03:02Il comprend mieux seul ?
03:04Il faut des données, sauf que c'est des données différentes,
03:08typiquement de la vidéo.
03:12Par exemple, en fait, dans les quatre premières années de notre vie,
03:17un humain collecte autant de données
03:20que l'ensemble de l'Internet mondial aujourd'hui,
03:23en termes de quantité de bits d'informations,
03:26en quatre ans de vie, en bébé, juste avec le visuel, en fait.
03:30On ne se rend pas compte de la quantité de données qu'on absorbe,
03:32et c'est ça qui commence à construire notre compréhension du monde,
03:36par couches d'abstraction qui partent des choses les plus simples,
03:39un objet tombe, quelque chose qui passe derrière un écran
03:42doit ressortir à la fin, etc.,
03:44et qui va mener après à des couches comme la religion,
03:47la société, la philosophie.
03:49Donc c'est des informations, mais différentes.
03:51C'est une compréhension du monde réel, en fait.
03:52C'est ça, la différence. En fait, c'est faire la différence entre
03:55aujourd'hui, l'IA tel qu'on l'utilise, c'est
03:57« j'apprends à conduire en lisant tous les livres théoriques sur le permis de conduire »
04:01et « votre modèle à vous », c'est « j'apprends en pratique, en tâtonnant et avec une vraie
04:05voiture ».
04:06Et c'est la vraie IA intelligente, alors, du coup ?
04:08Alors, c'est la vraie IA…
04:10En tout cas, c'est une IA qui aura une utilité supérieure, on le pense,
04:14puisqu'elle ne sera pas cantonnée à des exercices où le langage ou les symboles sont les plus importants.
04:23Donc, en fait, si on prend des problèmes comme résumer un texte ou faire des maths ou écrire du code
04:28informatique,
04:29ça, ce sont des activités symboliques avec des séquences de symboles, du langage.
04:34Là, les LLM, on ne les battra pas.
04:36Ça marche très bien pour ça et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'aujourd'hui, ce sont les champs
04:39d'application.
04:39Si on regarde maintenant toutes les applications basées sur le monde réel,
04:44par exemple, qu'est-ce qui fait qu'un robot va être réellement utile et pas juste quelque chose de
04:49bête ?
04:50Là, on n'a pas de solution aujourd'hui avec les LLM.
04:52Donc, c'est ça, les produits sur lesquels vous allez travailler, ça ne va pas être des chatbots comme pour
04:57monsieur et madame tout le monde,
04:58ça va plus être des applications d'ordre industriel, c'est-à-dire l'application dans des robots, dans des
05:02véhicules autonomes,
05:03ça va être ça, l'industrie, la santé, c'est plus ça, en fait, c'est des produits sur lesquels
05:07vous allez travailler ?
05:08Les applications les plus directes, c'est effectivement ça.
05:11Pourquoi ? Parce que ce sont des applications qui sont aujourd'hui très très mal servies par les modèles qu
05:15'on a sur le marché
05:16et donc il y a un besoin immense.
05:19Vous êtes toujours présent chez Nabla, par exemple, vous allez l'utiliser, vous, dans vos modèles de Nabla, pour faire
05:24quoi, par exemple ?
05:25Alors absolument, on a le premier partenaire d'Ami et Nabla, donc je suis des deux côtés du partenariat.
05:31Dans la santé, on utilise des modèles génératifs depuis 4-5 ans pour faire des copilotes pour les médecins
05:37qui vont les aider à rédiger des comptes rendus, par exemple, ou à préparer des lettres, à mettre à jour
05:43des dossiers patients,
05:43mais c'est toujours des copilotes, c'est-à-dire qu'on peut préparer, d'abord ce sont des tâches
05:47qui sont basées sur du langage,
05:49c'est souvent des comptes rendus, des choses comme ça, et c'est des copilotes, donc on ne peut pas
05:52automatiser à 100%,
05:55puisqu'il y a toujours un risque d'imprécision, d'hallucination, donc on arrive aux limites dans la santé
06:00de ce qu'on peut faire à cause des modèles qu'on utilise.
06:03Donc les world models permettront de dépasser ça et de faire des choses beaucoup plus intéressantes encore dans la santé.
06:10C'est quoi la roadmap derrière ? Parce que si vous avez été embauché comme CEO,
06:14c'est parce que vous avez une connaissance justement de la transition entre le laboratoire de recherche et le produit
06:19commercialisable.
06:20Yann Lequin, lui, c'est vraiment un chercheur, donc c'est quoi ?
06:23Est-ce qu'on est dans la deep tech et ça va prendre des années et des années ?
06:26Est-ce que ça va être plus rapide que ça ? On peut s'attendre à quoi ?
06:28Alors ça va prendre longtemps et on ne dit pas combien de temps parce qu'on ne le sait pas
06:31et qu'on est humble devant la recherche, on rentre dans un territoire inconnu.
06:36Donc l'activité initiale est vraiment une activité de recherche.
06:40Alors la recherche en deep learning, c'est une recherche très empirique,
06:42il y a beaucoup d'ingénieurs, il y a beaucoup de codes,
06:45ce n'est pas une recherche purement théorique, mais c'est de la recherche quand même.
06:50Donc il y a une première phase de recherche de cette entreprise.
06:54Une bonne partie de l'équipe vient de Meta, on n'a pas vu Meta parmi la liste des investisseurs,
06:58mais vous allez continuer à travailler avec eux, vous avez un lien privilégié ?
07:02Oui bien sûr, on est en très bon terme avec Meta, on sera partenaire,
07:07on est en train de discuter d'un accord de partenariat.
07:10Meta, pour certaines applications notamment, dans la réalité augmentée,
07:13est très intéressée par les modèles qu'on va produire, donc il y a un partenariat assez naturel.
07:18Je finis avec une question piège, Alexandre Lebrun, si vous vous cotez demain, vous vous cotez où ?
07:23En bourse, c'est tellement loin que je ne sais pas encore.
07:28Mais vous resteriez à Paris ? Il y a beaucoup d'attentes autour de vous,
07:31il n'y a qu'à voir hier, Emmanuel Macron a encore fait des messages pour annoncer que vous vous
07:35lanciez,
07:35vous êtes très soutenu par le président français,
07:38donc si vous vous cotez ailleurs, vous imaginez bien qu'il y aurait une petite déception.
07:42On a eu des investisseurs dans les discussions qui nous ont dit
07:46que ce serait mieux de mettre le siège dans le Delaware, aux US ou au Luxembourg,
07:50et on a tout de suite dit à ces investisseurs, on ne travaillera pas ensemble,
07:53ce n'est pas notre priorité, on n'est pas dans l'optimisation fiscale,
07:57on serait très content de payer beaucoup d'impôts un jour.
08:00Nous, on est à Paris, l'entreprise est centrée à Paris,
08:04donc ça fait partie de notre ADN.
08:06Vous avez dû faire le tri dans les investisseurs, ça s'est passé comment ?
08:09Oui, enfin faire le tri c'est un peu méchant, mais on a eu la chance de pouvoir choisir,
08:15disons au début on cherchait à lever plutôt 500 millions,
08:18finalement on a doublé la taille devant la demande,
08:21et donc ça nous a permis d'être très alignés,
08:23ce qui est très important dans un projet de long terme comme le nôtre,
08:26d'avoir un très bon alignement avec les investisseurs sur les échéances, la durée,
08:32et qu'on soit d'accord sur le fait que c'est un projet de recherche long terme.
08:36Dernier point, parce qu'on a largement fini,
08:37qu'il va falloir faire le journal de 8h à un moment donné,
08:39vous allez forcément recruter, vous ouvrez quoi comme poste ?
08:43Dans un premier temps, des postes techniques avant tout,
08:46donc de recherche et d'ingénierie, sur les 4 places,
08:50donc Paris, New York, Montréal et Singapour.
08:54Les CV c'est ouvert !
08:55Vous êtes aussi bien payé à Paris qu'à New York ou pas ?
08:58Alors dans chaque pays, la grille s'ajuste au marché local.
09:04Oui c'est ça, donc moins bien payé à Paris qu'à New York.
09:06Oui mais donnant accès au même niveau de vie.
09:09Merci beaucoup Alexandre Lebrun d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
09:11Merci.
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