00:00On va parler des cours du pétrole, donc on va revenir quand même au nerf de la guerre en ce
00:03moment.
00:03Andreas Rudinger est avec nous, coordinateur pour la transition énergétique d'Idri.
00:07Bonjour Andreas, ravi de vous retrouver.
00:09Alors c'est assez impressionnant cet après-midi parce que les cours du pétrole d'un coup repassent sous les
00:13100 dollars.
00:14On est monté très très fort la nuit dernière et puis cet après-midi on repasse dessous.
00:17Le brut léger américain d'un coup est à 96 et le Brent à 98.
00:21Vous avez vu passer une info ou une explication éventuelle pour, on va dire, justifier, expliquer cette soudaine détente cet
00:27après-midi ?
00:30Alors le seul élément qui a réellement changé pour l'instant, c'est l'annonce qui porte sur le potentiel
00:36relâchement de réserves stratégiques.
00:38Donc on parle de 300 à 400 millions de barils de la part des pays du G7.
00:43Et donc cette seule annonce a priori aurait occasionné la chute des prix.
00:49Alors même que pendant ce temps-là, le conflit continue et que les installations d'extraction et de raffinage de
00:55pétrole et de gaz restent des cibles.
00:57Donc l'incertitude reste quand même extrême.
01:00Bien sûr.
01:01On est quand même étonné d'avoir vu les courreaux à ce point flamber la nuit dernière,
01:05dans la mesure où il y a beaucoup de pétrole dans le monde, beaucoup de production de pétrole.
01:08Alors évidemment, le Golfe reste un producteur, une région productrice majeure.
01:12Mais il y a beaucoup plus de régions de production de pétrole que pendant la guerre du Golfe, par exemple
01:16au début des années 90.
01:17Les Etats-Unis maintenant eux aussi produisent massivement du pétrole.
01:21Pour vous, quelle est la part de spéculation dans ce qui s'est passé,
01:23la flambée soudaine supplémentaire à des cours qu'on a vécues l'année dernière ?
01:28Alors c'est une très bonne question.
01:29Je ne pense pas qu'on puisse parler à ce stade de spéculation, mais plutôt d'incertitude.
01:34En fait, on est dans un environnement qui est hautement incertain,
01:37avec un conflit dont personne ne sait comment il va évoluer dans les prochains jours et les prochaines semaines.
01:42Vous l'avez évoqué, la région du Golfe, ça reste 30% de la production mondiale de pétrole.
01:49C'est 20% du transit de pétrole et de gaz au niveau mondial.
01:53Donc c'est quand même important.
01:55Le blocage du détroit d'Ormus aujourd'hui, c'est 20% de pétrole en moins.
01:58Donc certes, on a d'autres producteurs, on a des Etats-Unis qui jouent un rôle beaucoup plus prépondérant.
02:04Mais ça ne suffit pas pour calmer les marchés et les tensions aujourd'hui sont réelles.
02:07– Combien de semaines les Saoudiens, par exemple, peuvent-ils continuer de ne pas réduire leur production ?
02:13Peuvent-ils continuer d'accumuler du pétrole sans réduire leur production ?
02:15C'est une clé l'Arabie Saoudite, c'est quand même l'éléphant dans la pièce dans cette région du
02:18Golfe.
02:20– Alors l'Arabie Saoudite a aujourd'hui une position particulière,
02:24parce que ça reste le pays avec la plus grande production côté OPEP,
02:28mais qui a aussi des contraintes.
02:29C'est-à-dire que l'Arabie Saoudite est devenue directement la cible d'attaques de la part de l
02:34'Iran
02:34sur les installations de production et de raffinage,
02:38et est également directement affectée par le blocage du détroit d'Ormus.
02:42Donc l'Arabie aujourd'hui a l'avantage de disposer d'un pipeline interne
02:46pour acheminer une grande partie de la production vers la mer Rouge,
02:50pour en fait exporter par d'autres routes,
02:52mais en fait, dans les ports de la mer Rouge,
02:56on n'a pas forcément les capacités suffisantes pour acheminer tout ce pétrole,
03:01le mettre sur des navires et donc le faire circuler.
03:03Donc même l'Arabie Saoudite est aujourd'hui prise dans l'étau,
03:06parce qu'en fait, tant qu'on ne débloque pas le détroit d'Ormus,
03:10en fait, tant que tout ce pétrole ne peut pas s'évacuer,
03:13à un moment, les stocks domestiques sont pleins,
03:16et dans ce cas-là, il faut réduire la production,
03:18parce qu'en fait, on atteint des limites techniques,
03:21et là, ça peut devenir très, très compliqué.
03:23Et donc, combien de temps ils peuvent tenir encore sans avoir à réduire leur production ?
03:26Leurs stocks, leurs capacités de stockage ne sont pas encore complètement pleines,
03:30mais elles le seront dans combien de temps, du coup ?
03:32Et donc, à quel moment devront-ils couper leur production ?
03:35Je n'ai pas de chiffres là en l'immédiat,
03:38je n'ai pas de chiffres à donner,
03:39mais je pense qu'on est aujourd'hui dans une situation qui évolue au jour le jour.
03:44Et donc, ça peut changer très rapidement.
03:47Et je pense que ces contraintes, c'est aussi ce qu'on voit dans les chiffres,
03:49dans les prix de marché,
03:50c'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a clairement une prime de risque géopolitique
03:53à cause de toutes ces incertitudes.
03:56Julien.
03:57Oui, bonjour Andréa.
03:58Je me permets une question.
03:59On a vu que le spread, enfin l'écart entre WTI et le Brent,
04:02s'est beaucoup réduit, notamment hier soir, en fait.
04:03Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:04Et qu'est-ce que ça voudrait dire si le WTI passait au-dessus du Brent,
04:07en fait, en termes de cours ?
04:09Et qu'est-ce que ça signifie ?
04:10Qu'est-ce que ça pourrait signifier, pardon ?
04:12Alors, il y a deux éléments de réponse, je pense.
04:14Il y en a une qui est mondiale,
04:16et une qui est domestique pour les États-Unis.
04:19Au niveau mondial, ce que ça montre,
04:20c'est qu'en fait, il y a aujourd'hui une forte corrélation entre les indices.
04:23Pourquoi ?
04:24Parce que les États-Unis, il faut le rappeler,
04:26sont devenus un des principaux exportateurs,
04:28et d'ailleurs, le principal exportateur pour l'Europe,
04:31avec à peu près 20% des importations européennes.
04:34Donc, en fait, on passe très vite dans le monde
04:37d'une corrélation entre les indices.
04:39Ce que ça veut dire également, c'est que si le WTI augmente,
04:43le pétrole aux États-Unis devient plus cher,
04:45les carburants deviennent beaucoup plus chers.
04:47Il faut rappeler qu'il y a moins de taxes sur les carburants aux États-Unis,
04:50donc l'indexation sur les prix de gros et les bourses est beaucoup plus immédiat.
04:56Et donc, il y a aussi un débat à voir sur la situation politique en interne
05:00et le soutien à cet effort de guerre qui pourrait rapidement venir s'éroder.
05:05Ce qu'on est en train de vivre,
05:07aura-t-il un impact sur les politiques énergétiques françaises et européennes ?
05:10On était déjà suffisamment lancés vers des énergies vertes,
05:13on est déjà en train de moins en moins de dépenses du pétrole
05:15et on va tout simplement poursuivre notre cap.
05:17Comment est-ce que vous regardez l'impact politique possible
05:19de ce qui est en train de se jouer là ?
05:22Alors, c'est une excellente question
05:23et là encore, on a en fait deux visions assez antagonistes.
05:28On est aujourd'hui à un tournant pour les politiques climatiques et énergétiques européennes
05:32parce qu'évidemment, cette nouvelle crise, comme en 2022 d'ailleurs,
05:35vient rappeler l'intérêt et l'urgence des politiques de sortie des énergies fossiles.
05:40Et on a des politiques très ambitieuses à cet égard en Europe.
05:43Et en parallèle, elle vient aussi renforcer en fait la pression à très court terme
05:47sur le pouvoir d'achat, sur la compétitivité industrielle
05:50et donc un potentiel affaiblissement des politiques de transition à court terme.
05:54Et d'ailleurs, ce qu'on voit ces derniers jours, ces dernières semaines en Europe.
05:57Donc, de ce point de vue-là, on est là aussi pris dans l'étau.
06:01Parce qu'en fait, il faudrait aller beaucoup plus vite.
06:03Et c'est d'ailleurs ce que prévoit la France avec sa programmation pluriannuelle de l'énergie.
06:06Juste pour donner un chiffre là-dessus, l'objectif de la France, c'est quoi ?
06:10C'est de réduire de 50% sa dépendance aux énergies fossiles sur les dix prochaines années,
06:14d'ici 2035, avec à la clé, y compris avant l'explosion des prix,
06:19à peu près 200 milliards d'euros d'économies sur la facture énergétique extérieure.
06:23Donc en fait, cette politique, elle reste pertinente,
06:25pas uniquement à cause de l'urgence climatique,
06:27mais aujourd'hui surtout à cause de l'impératif de souveraineté économique et énergétique
06:32et de résilience géopolitique qui va avec.
06:34Donc espérons qu'on arrive à aller de l'avant,
06:36même si politiquement, c'est loin d'être simple.
06:38Andréas, une dernière question rapidement.
06:41Et si un nouveau front s'ouvrait en matière de gestion des matières premières
06:47et qui s'appellerait gestion de l'eau dans la région ?
06:52Alors là, on est dans l'impact, on va dire, directement du conflit dans la région,
06:58avec, si j'ai bien compris, des installations de désalinisation d'eau qui ont été prises pour cible par l
07:03'Iran.
07:04On est dans une région qui dépend très, très majoritairement de ses installations pour son approvisionnement en eau potable.
07:11Et en plus, on risque d'avoir un effet qui se coule avec l'impact de potentiel marais noire.
07:16Si en fait, on a des installations pétrolières offshore ou des navires qui sont de plus en plus ciblés,
07:22qui pourraient là aussi créer de nouveaux risques sanitaires.
07:25Donc c'est effectivement un nouveau front qui, évidemment, nous concerne moins directement en Europe,
07:30mais qui risque de fortement aggraver la situation humanitaire sur place.
07:34D'ores et déjà, une usine de désalinisation là-bas à Bahreïn, qui a été endommagée par des tirs iraniens,
07:40peut-être d'autres usines de désalinisation amenées à devenir des cibles.
07:4390% de l'eau consommée dans les Émirats ou encore en Arabie Saoudite.
07:47Alors en Arabie Saoudite, c'est 70%.
07:48Et dans les Émirats, 90% de l'eau consommée provient de ces usines-là.
07:52Donc c'est une véritable ressource stratégique également,
07:55avec en plus, vous le disiez, le risque de marée noire lié aux conflits et aux dégâts sur les installations
08:00pétrolières.
08:00Merci beaucoup de nous avoir accompagnés ce très midi, d'avoir répondu à nos questions.
08:03Andréas Frudeniger pour l'IDRI.
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