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  • il y a 2 heures
Ce lundi 9 mars, Andreas Rüdinger, coordinateur Transition énergétique - IDDRI, s'est penché sur la part de spéculation dans la flambée des cours du pétrole, la durée de la résistance de l'Arabie Saoudite avant une réduction nécessaire de sa production de pétrole, et l'impact de la hausse du pétrole sur les politiques énergétique, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00On va parler des cours du pétrole, donc on va revenir quand même au nerf de la guerre en ce
00:03moment.
00:03Andreas Rudinger est avec nous, coordinateur pour la transition énergétique d'Idri.
00:07Bonjour Andreas, ravi de vous retrouver.
00:09Alors c'est assez impressionnant cet après-midi parce que les cours du pétrole d'un coup repassent sous les
00:13100 dollars.
00:14On est monté très très fort la nuit dernière et puis cet après-midi on repasse dessous.
00:17Le brut léger américain d'un coup est à 96 et le Brent à 98.
00:21Vous avez vu passer une info ou une explication éventuelle pour, on va dire, justifier, expliquer cette soudaine détente cet
00:27après-midi ?
00:30Alors le seul élément qui a réellement changé pour l'instant, c'est l'annonce qui porte sur le potentiel
00:36relâchement de réserves stratégiques.
00:38Donc on parle de 300 à 400 millions de barils de la part des pays du G7.
00:43Et donc cette seule annonce a priori aurait occasionné la chute des prix.
00:49Alors même que pendant ce temps-là, le conflit continue et que les installations d'extraction et de raffinage de
00:55pétrole et de gaz restent des cibles.
00:57Donc l'incertitude reste quand même extrême.
01:00Bien sûr.
01:01On est quand même étonné d'avoir vu les courreaux à ce point flamber la nuit dernière,
01:05dans la mesure où il y a beaucoup de pétrole dans le monde, beaucoup de production de pétrole.
01:08Alors évidemment, le Golfe reste un producteur, une région productrice majeure.
01:12Mais il y a beaucoup plus de régions de production de pétrole que pendant la guerre du Golfe, par exemple
01:16au début des années 90.
01:17Les Etats-Unis maintenant eux aussi produisent massivement du pétrole.
01:21Pour vous, quelle est la part de spéculation dans ce qui s'est passé,
01:23la flambée soudaine supplémentaire à des cours qu'on a vécues l'année dernière ?
01:28Alors c'est une très bonne question.
01:29Je ne pense pas qu'on puisse parler à ce stade de spéculation, mais plutôt d'incertitude.
01:34En fait, on est dans un environnement qui est hautement incertain,
01:37avec un conflit dont personne ne sait comment il va évoluer dans les prochains jours et les prochaines semaines.
01:42Vous l'avez évoqué, la région du Golfe, ça reste 30% de la production mondiale de pétrole.
01:49C'est 20% du transit de pétrole et de gaz au niveau mondial.
01:53Donc c'est quand même important.
01:55Le blocage du détroit d'Ormus aujourd'hui, c'est 20% de pétrole en moins.
01:58Donc certes, on a d'autres producteurs, on a des Etats-Unis qui jouent un rôle beaucoup plus prépondérant.
02:04Mais ça ne suffit pas pour calmer les marchés et les tensions aujourd'hui sont réelles.
02:07– Combien de semaines les Saoudiens, par exemple, peuvent-ils continuer de ne pas réduire leur production ?
02:13Peuvent-ils continuer d'accumuler du pétrole sans réduire leur production ?
02:15C'est une clé l'Arabie Saoudite, c'est quand même l'éléphant dans la pièce dans cette région du
02:18Golfe.
02:20– Alors l'Arabie Saoudite a aujourd'hui une position particulière,
02:24parce que ça reste le pays avec la plus grande production côté OPEP,
02:28mais qui a aussi des contraintes.
02:29C'est-à-dire que l'Arabie Saoudite est devenue directement la cible d'attaques de la part de l
02:34'Iran
02:34sur les installations de production et de raffinage,
02:38et est également directement affectée par le blocage du détroit d'Ormus.
02:42Donc l'Arabie aujourd'hui a l'avantage de disposer d'un pipeline interne
02:46pour acheminer une grande partie de la production vers la mer Rouge,
02:50pour en fait exporter par d'autres routes,
02:52mais en fait, dans les ports de la mer Rouge,
02:56on n'a pas forcément les capacités suffisantes pour acheminer tout ce pétrole,
03:01le mettre sur des navires et donc le faire circuler.
03:03Donc même l'Arabie Saoudite est aujourd'hui prise dans l'étau,
03:06parce qu'en fait, tant qu'on ne débloque pas le détroit d'Ormus,
03:10en fait, tant que tout ce pétrole ne peut pas s'évacuer,
03:13à un moment, les stocks domestiques sont pleins,
03:16et dans ce cas-là, il faut réduire la production,
03:18parce qu'en fait, on atteint des limites techniques,
03:21et là, ça peut devenir très, très compliqué.
03:23Et donc, combien de temps ils peuvent tenir encore sans avoir à réduire leur production ?
03:26Leurs stocks, leurs capacités de stockage ne sont pas encore complètement pleines,
03:30mais elles le seront dans combien de temps, du coup ?
03:32Et donc, à quel moment devront-ils couper leur production ?
03:35Je n'ai pas de chiffres là en l'immédiat,
03:38je n'ai pas de chiffres à donner,
03:39mais je pense qu'on est aujourd'hui dans une situation qui évolue au jour le jour.
03:44Et donc, ça peut changer très rapidement.
03:47Et je pense que ces contraintes, c'est aussi ce qu'on voit dans les chiffres,
03:49dans les prix de marché,
03:50c'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a clairement une prime de risque géopolitique
03:53à cause de toutes ces incertitudes.
03:56Julien.
03:57Oui, bonjour Andréa.
03:58Je me permets une question.
03:59On a vu que le spread, enfin l'écart entre WTI et le Brent,
04:02s'est beaucoup réduit, notamment hier soir, en fait.
04:03Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:04Et qu'est-ce que ça voudrait dire si le WTI passait au-dessus du Brent,
04:07en fait, en termes de cours ?
04:09Et qu'est-ce que ça signifie ?
04:10Qu'est-ce que ça pourrait signifier, pardon ?
04:12Alors, il y a deux éléments de réponse, je pense.
04:14Il y en a une qui est mondiale,
04:16et une qui est domestique pour les États-Unis.
04:19Au niveau mondial, ce que ça montre,
04:20c'est qu'en fait, il y a aujourd'hui une forte corrélation entre les indices.
04:23Pourquoi ?
04:24Parce que les États-Unis, il faut le rappeler,
04:26sont devenus un des principaux exportateurs,
04:28et d'ailleurs, le principal exportateur pour l'Europe,
04:31avec à peu près 20% des importations européennes.
04:34Donc, en fait, on passe très vite dans le monde
04:37d'une corrélation entre les indices.
04:39Ce que ça veut dire également, c'est que si le WTI augmente,
04:43le pétrole aux États-Unis devient plus cher,
04:45les carburants deviennent beaucoup plus chers.
04:47Il faut rappeler qu'il y a moins de taxes sur les carburants aux États-Unis,
04:50donc l'indexation sur les prix de gros et les bourses est beaucoup plus immédiat.
04:56Et donc, il y a aussi un débat à voir sur la situation politique en interne
05:00et le soutien à cet effort de guerre qui pourrait rapidement venir s'éroder.
05:05Ce qu'on est en train de vivre,
05:07aura-t-il un impact sur les politiques énergétiques françaises et européennes ?
05:10On était déjà suffisamment lancés vers des énergies vertes,
05:13on est déjà en train de moins en moins de dépenses du pétrole
05:15et on va tout simplement poursuivre notre cap.
05:17Comment est-ce que vous regardez l'impact politique possible
05:19de ce qui est en train de se jouer là ?
05:22Alors, c'est une excellente question
05:23et là encore, on a en fait deux visions assez antagonistes.
05:28On est aujourd'hui à un tournant pour les politiques climatiques et énergétiques européennes
05:32parce qu'évidemment, cette nouvelle crise, comme en 2022 d'ailleurs,
05:35vient rappeler l'intérêt et l'urgence des politiques de sortie des énergies fossiles.
05:40Et on a des politiques très ambitieuses à cet égard en Europe.
05:43Et en parallèle, elle vient aussi renforcer en fait la pression à très court terme
05:47sur le pouvoir d'achat, sur la compétitivité industrielle
05:50et donc un potentiel affaiblissement des politiques de transition à court terme.
05:54Et d'ailleurs, ce qu'on voit ces derniers jours, ces dernières semaines en Europe.
05:57Donc, de ce point de vue-là, on est là aussi pris dans l'étau.
06:01Parce qu'en fait, il faudrait aller beaucoup plus vite.
06:03Et c'est d'ailleurs ce que prévoit la France avec sa programmation pluriannuelle de l'énergie.
06:06Juste pour donner un chiffre là-dessus, l'objectif de la France, c'est quoi ?
06:10C'est de réduire de 50% sa dépendance aux énergies fossiles sur les dix prochaines années,
06:14d'ici 2035, avec à la clé, y compris avant l'explosion des prix,
06:19à peu près 200 milliards d'euros d'économies sur la facture énergétique extérieure.
06:23Donc en fait, cette politique, elle reste pertinente,
06:25pas uniquement à cause de l'urgence climatique,
06:27mais aujourd'hui surtout à cause de l'impératif de souveraineté économique et énergétique
06:32et de résilience géopolitique qui va avec.
06:34Donc espérons qu'on arrive à aller de l'avant,
06:36même si politiquement, c'est loin d'être simple.
06:38Andréas, une dernière question rapidement.
06:41Et si un nouveau front s'ouvrait en matière de gestion des matières premières
06:47et qui s'appellerait gestion de l'eau dans la région ?
06:52Alors là, on est dans l'impact, on va dire, directement du conflit dans la région,
06:58avec, si j'ai bien compris, des installations de désalinisation d'eau qui ont été prises pour cible par l
07:03'Iran.
07:04On est dans une région qui dépend très, très majoritairement de ses installations pour son approvisionnement en eau potable.
07:11Et en plus, on risque d'avoir un effet qui se coule avec l'impact de potentiel marais noire.
07:16Si en fait, on a des installations pétrolières offshore ou des navires qui sont de plus en plus ciblés,
07:22qui pourraient là aussi créer de nouveaux risques sanitaires.
07:25Donc c'est effectivement un nouveau front qui, évidemment, nous concerne moins directement en Europe,
07:30mais qui risque de fortement aggraver la situation humanitaire sur place.
07:34D'ores et déjà, une usine de désalinisation là-bas à Bahreïn, qui a été endommagée par des tirs iraniens,
07:40peut-être d'autres usines de désalinisation amenées à devenir des cibles.
07:4390% de l'eau consommée dans les Émirats ou encore en Arabie Saoudite.
07:47Alors en Arabie Saoudite, c'est 70%.
07:48Et dans les Émirats, 90% de l'eau consommée provient de ces usines-là.
07:52Donc c'est une véritable ressource stratégique également,
07:55avec en plus, vous le disiez, le risque de marée noire lié aux conflits et aux dégâts sur les installations
08:00pétrolières.
08:00Merci beaucoup de nous avoir accompagnés ce très midi, d'avoir répondu à nos questions.
08:03Andréas Frudeniger pour l'IDRI.
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