- il y a 19 heures
Ce mardi 3 mars 2026, Sandra Gandoin a reçu Emeric Lebreton, docteur en psychologie et président d'OrientAction, Jean-Marc Benhaiem, médecin hypnothérapeute, et Xavier Dulin, avocat spécialisé en droit social, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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TVTranscription
00:01BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, les outils RH
00:11Sandra Gondouin
00:12Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver pour cette nouvelle émission de BFM Entreprises.
00:16Vous savez, émission qui plonge au cœur des boîtes tout au long de la semaine.
00:21Le lundi, on vous parle de leadership, le mardi des outils RH, le mercredi de croissance
00:25et le jeudi de transmission. Aujourd'hui, les outils RH avec un sujet important
00:31qui prend aussi de la place dans les entreprises, ce sont les addictions au travail.
00:35Comment les déceler ? Quels sont les risques ? Est-ce que l'entreprise a des devoirs vis-à-vis
00:39de ses salariés ?
00:40Sur ce sujet, on en parle avec mes experts du jour.
00:43Emric Le Breton, docteur en psychologie et président d'Orient Action.
00:46Bonjour Emric, ravie de vous avoir sur cette émission.
00:49A vos côtés, Jean-Marc Benayem, médecin hypnodérapeute.
00:52Bonjour Jean-Marc, ravie de vous accueillir.
00:54Et pour les questions juridiques, Xavier Dulin est avec nous,
00:58avocat spécialisé en droit social. Bonjour Xavier.
01:00Bonjour Sandra.
01:01On va répondre aux questions que vous vous posez sur les addictions au travail.
01:05BFM Entreprises, les outils RH, c'est parti.
01:08BFM Entreprises, les outils RH.
01:12Première question d'Alexandre.
01:14C'est pour vous Emric, je travaille 17 heures par jour, je ne fais plus que cela.
01:17Est-ce qu'on peut dire que je suis addict à mon travail ?
01:19C'est vrai que c'est une addiction qui existe.
01:22Alors là, la question, c'est celle de la passion et de l'addiction.
01:26Est-ce que la passion est une addiction ?
01:28J'imagine que ça dépend qui répond.
01:31Effectivement.
01:32Après, je pense que sur ce type de sujet, il y a beaucoup de personnes qui sont très investies dans
01:36leur travail,
01:37qui sont passionnées, peut-être ambitieuses aussi.
01:40Et donc la question, moi je pense que c'est vraiment celle des effets.
01:43C'est-à-dire, ok, je travaille 17 heures par jour, mais quels effets ça a sur ma vie ?
01:46Et est-ce que véritablement, ça a des conséquences néfastes ?
01:50C'est sûr que si je m'isole de plus en plus, que je suis hyper stressé, que j'ai
01:54des symptômes physiques liés au stress,
01:56là il y a peut-être quelque chose à faire.
01:57Mais si c'est quelque chose qui est plutôt sain, où on se sent bien, on prend du plaisir dans
02:02ce qu'on fait,
02:02on partage avec d'autres.
02:05Là, on ne va pas être dans l'addiction, c'est quand même quelque chose de positif.
02:09L'addiction, ça reste quelque chose, il faut se concentrer sur ce qui produit des effets négatifs.
02:14Évidemment, on reste ici dans le cadre de l'entreprise, dans cette émission BFM Entreprise.
02:20Il y a Thierry qui nous demande, les addictions au travail, de quoi on parle exactement ?
02:25C'est vrai que ce serait bien de cadrer, de définir un champ pour ce terme-là, Xavier Dulin.
02:31C'est vrai qu'on a besoin de clé de lecture, parce qu'en fait, il y a une myriade
02:35d'addictions possibles,
02:36avec cette distinction essentielle, effectivement, liée aux effets négatifs, positifs ou négatifs.
02:42On ne peut pas dire systématiquement qu'on est dans l'addiction quand on travaille trop.
02:46C'est effectivement si cela vous affecte.
02:47Alors, on a une clé de lecture en droit, parce que les signaux seront différents,
02:52la manière d'appréhender ces questions-là sera sensiblement différente selon les situations.
02:58On parle d'addition à des substances.
02:59Donc là, on comprend, c'est l'alcool, les drogues, certains médicaments
03:04qui sont consommés indépendamment de consultations médicales, etc.
03:09Donc c'est plutôt les substances.
03:10Et très souvent, ce que l'on dit, c'est que ce sera plutôt un effet physique,
03:15visible, perceptible à terme.
03:17Et il y a des addictions comportementales.
03:20C'est-à-dire que vous êtes addict, pour employer un terme, un néologisme,
03:26anglais, c'est un anglicisme, c'est en fait, vous avez les jeux, l'addiction à des réseaux.
03:31Il y a la personne qui n'arrive pas à se concentrer, qui est systématiquement sur son écran.
03:36Voilà, c'est ça qui, ou un sur-régime, effectivement, professionnel.
03:40C'est-à-dire que vous allez bien au-delà de ce qu'on vous demande.
03:43Ou au contraire, vous avez tendance à vous en écarter et à multiplier les actions
03:48qui vous permettent de vous écarter de votre travail.
03:50Donc voilà, plutôt addiction à des substances et addiction comportementale.
03:54Encore une fois, c'est une clé de lecture.
03:56Ce n'est pas tout à fait une approche scientifique ou médicale,
04:00mais c'est une clé de lecture qui vous permet de savoir comment les appréhender.
04:03Jean-Marc Benayem, vous êtes hypnothérapeute.
04:05On l'a dit, est-ce que, avant de voir comment ça se traite, effectivement, ces addictions-là,
04:10est-ce qu'on peut dire qu'on en voit de plus en plus
04:13et qu'on en voit de plus en plus chez les salariés des entreprises, par exemple ?
04:17C'est difficile d'avoir une vraie statistique,
04:19mais en consultation, en tout cas, au cabinet ou à l'hôpital,
04:23on voit de plus en plus de personnes qui sont en burn-out.
04:26Des gens très bien, mais ils s'investissent, comme ça vient d'être dit,
04:29ils s'investissent avec tant de passion, de plaisir et d'envie de reconnaissance
04:35et qu'ils développent cette emprise, en quelque sorte,
04:40et c'est là qu'on les reçoit, bien sûr.
04:42Et puis, on a évidemment les addictions classiques avec le vin, l'alcool, le tabac, le cannabis.
04:48C'est vrai que, par rapport à il y a 20 ans, j'en vois de plus en plus.
04:51Et peut-être aussi que l'entreprise les prend de plus en plus en charge
04:56ou en tout cas prend ce sujet peut-être plus au sérieux qu'avant, dans votre expérience ?
05:00On pourrait dire qu'il y a les deux, c'est-à-dire qu'il y a des entreprises bienveillantes
05:04qui sont attentives et qui même, des fois, nous demandent de venir faire une présentation
05:10pour, justement, éviter les addictions.
05:12Et puis, il y a des entreprises pas bienveillantes qui, pas exploitent,
05:15mais qui mettent la pression sur leurs employés
05:19pour qu'ils fassent de plus en plus de travail.
05:21Et plus on est jeunes, et plus ils insistent,
05:24parce qu'ils disent que les jeunes ont plus de capacités
05:26que ceux qui ont déjà 55, 60,
05:28et donc, ils sont malmenés.
05:31Et c'est vrai qu'il faut communiquer pour qu'ils disent,
05:33qu'ils acceptent de dire non.
05:35C'est vrai que les jeunes malmenés, ça existe,
05:37mais c'est vrai qu'ils ont aussi cette capacité à s'en aller très vite
05:40si ça ne marche pas, ce qui est très bien concernant leur génération.
05:44Il y a Franck qui demande, justement, pour suiter,
05:46comment savoir si on est addict, justement, à une substance, à un produit ?
05:50Est-ce que ça passe par les symptômes physiques dont vous parliez tout à l'heure ?
05:53Est-ce que ça passe par des comportements spécifiques en société, en entreprise ?
05:57En fait, c'est l'élément vraiment qui permet de l'identifier,
06:01c'est la compulsion.
06:02C'est-à-dire, je n'arrive pas à ne pas le faire.
06:05Je n'arrive pas à ne pas consommer d'alcool,
06:07je n'arrive pas à consommer de cannabis,
06:09je n'arrive pas à arrêter de travailler,
06:11je n'arrive pas à arrêter de jouer.
06:13À partir du moment où on perd le contrôle,
06:16finalement, de ses propres comportements,
06:18là, il peut y avoir un soupçon d'addiction.
06:20Et après, effectivement, il y a les conséquences.
06:23Est-ce que les conséquences sont graves sur la santé mentale, physique ?
06:27Donc, c'est un peu ces deux facteurs, moi, que je prends en compte.
06:30Est-ce que j'arrive à m'arrêter tout seul ?
06:33À m'empêcher de le faire ?
06:34Et est-ce que ça a des conséquences néfastes ?
06:37Et les conséquences, c'est quoi ?
06:38On a parlé du burn-out à l'instant, par exemple.
06:41C'est quoi ?
06:41Les conséquences, une addiction au jeu,
06:44c'est le surendettement, par exemple.
06:46Une addiction à l'alcool, ça va être des problèmes physiques.
06:49Bien sûr, on va avoir des symptômes physiques,
06:51parce que l'alcool détruit très rapidement le corps.
06:53Mais des symptômes aussi relationnels de la violence.
06:57On sait que quand on boit de l'alcool,
06:59on est plus facilement violent.
07:00On parlait avant cette émission des agressions sexuelles, par exemple.
07:04On sait aussi que sous l'emprise de l'alcool,
07:07elles sont plus probables.
07:08Donc voilà, on a tout un tas de symptômes comportementaux
07:13ou physiques sur la personne qui est addicte.
07:16Oui, Jean-Marc.
07:17Oui, et tout à fait dans ce sens-là, je me souviens,
07:20bon, c'est un cas clinique, mais voilà, d'un patient qui dit,
07:23avec le cannabis, ok, je calme mon stress,
07:27mais il dit, j'ai moins d'amis, ma famille s'éloigne de moi,
07:31je me sens moins capable intellectuellement pour travailler.
07:34Donc il se rend compte des effets secondaires,
07:36comme ça vient d'être dit.
07:37et il dit, et c'est pour ça que je viens,
07:39alors que j'ai beaucoup de plaisir avec le cannabis et de détente.
07:42Mais je sens que je passe à côté de ma vie.
07:45On voit bien, oui, Xavier.
07:46Oui, il y a des risques, effectivement,
07:48que l'on identifie très bien en termes de santé et de sécurité.
07:50C'est-à-dire qu'immédiatement,
07:52ça peut affecter sa propre santé et la sécurité des autres.
07:55Une inattention liée à une addiction peut coûter très cher,
07:59en termes de santé et de sécurité.
08:00Et vous avez un autre volet, c'est sur le plan commercial, évidemment.
08:03C'est que la productivité risque d'être moindre.
08:05La performance.
08:06Et l'image, on parlait de bienveillance, de malveillance,
08:09l'image de l'entreprise est très vite, en quelque sorte,
08:12j'allais dire identifiée.
08:14On parlait notamment des cabinets d'avocats.
08:16Je peux vous dire qu'on sait quels sont les cabinets d'avocats
08:18dans lesquels il y a des problèmes
08:20et ceux dans lesquels on a plutôt une ambiance saine.
08:22Ça se sait très vite.
08:23Il y a des conséquences.
08:24Voilà, il y a des conséquences.
08:25Santé, sécurité et sur le plan commercial.
08:27Et alors, au-delà de la conséquence dont on parlait
08:30sur la performance du salarié dans l'entreprise,
08:33parce que forcément, elle est moins bonne,
08:37l'employeur a des obligations.
08:39Justine nous demande quelles sont les obligations
08:41de l'employeur ou du manager.
08:43On est dans quel cadre là, Xavier ?
08:45C'est un cadre très large.
08:46On a une obligation générale de santé et de sécurité.
08:48On l'a dit très longtemps pour les juristes,
08:50on adore ça,
08:51c'est que c'était une obligation de résultat,
08:53c'est-à-dire que dès qu'il y a un problème,
08:54c'est de votre faute, vous, employeur.
08:55Et on dit maintenant que c'est plutôt une obligation
08:57de moyens renforcés.
08:58Peu importe.
08:58C'est une obligation très large,
09:00et on dit que l'employeur doit prendre
09:02toutes les mesures nécessaires
09:03pour préserver la santé et la sécurité,
09:05avec des salariés.
09:06Avec l'idée qu'il y aurait plutôt
09:08des mesures de prévention,
09:10c'est-à-dire que vous devez être à même de dire,
09:12et il faut fixer tout ça par écrit,
09:14en cas de contrôle,
09:15c'est-à-dire être à même de dire,
09:16voilà quels sont les risques,
09:17et il y en a spécifiques dans toutes les entreprises,
09:20il y a des risques généraux,
09:21il y a des risques spécifiques dans toute entreprise,
09:23en fonction des métiers, donc de la prévention,
09:26information et formation,
09:27c'est-à-dire que vous devez accompagner
09:29chacun des salariés pour être à même de leur dire,
09:31voilà où sont les risques,
09:33et voilà comment vous devez vous comporter.
09:35Et un troisième bloc,
09:36c'est l'organisation du travail,
09:38et l'organisation, par exemple, du temps de travail.
09:40C'est-à-dire qu'effectivement,
09:41si les gens doivent bosser 10 heures par jour,
09:43il y a plus de risques quand ils bossent 5 heures.
09:45Vous voyez, c'est l'organisation,
09:48c'est ce troisième volet.
09:50Ce qui est le plus efficace,
09:52c'est vraiment formation et information.
09:54C'est vraiment ça.
09:55Quand on sait ce qui se passe,
09:57ce qu'on conseille très souvent,
09:58c'est de faire ne serait-ce qu'une journée de sensibilisation,
10:01comment se passe votre journée de travail ?
10:02Qu'est-ce que vous faites ?
10:03À quelle heure vous arrivez ?
10:04Qu'est-ce que vous avez fait avant ?
10:05Vous voyez ça,
10:06et les gens acceptent de partager,
10:07et là, je vous assure que c'est très efficace.
10:09Avec un autre point,
10:10c'est que juridiquement,
10:12cette obligation,
10:12on l'est partagée,
10:13on l'oublie souvent,
10:14c'est-à-dire qu'elle pèse essentiellement sur l'employeur,
10:16mais il y a immédiatement un article qui suit,
10:19quelques dispositions plus loin,
10:21qui vous dit qu'en fait,
10:23un salarié doit s'occuper de sa santé
10:25et de celle de ses collègues de travail
10:27en fonction de ses actions ou omissions.
10:29Donc, même s'il oublie de faire quelque chose,
10:31vous voyez,
10:31en termes de sécurité,
10:33il prend des risques pour lui-même,
10:36et il peut en rendre compte,
10:38il peut en être responsable juridiquement.
10:40L'obligation est partagée.
10:41C'est pour ça aussi que je voulais mettre
10:42en début d'émission
10:44l'accent sur cette identification.
10:46Et vous avez vraiment mis le doigt sur un point.
10:49Stéphanie nous demande,
10:50j'ai constaté qu'un de mes collègues
10:51buvait beaucoup de midi au restaurant de l'entreprise,
10:53que puis-je faire ?
10:53C'est ça aussi.
10:54C'est-à-dire que les salariés dans une entreprise,
10:57il y a leur performance,
10:58mais comment identifier qu'ils sont addicts à quelque chose ?
11:01C'est peut-être justement,
11:02ça passe par les managers,
11:04par les collègues qui peuvent les aider.
11:06Ça passe par ça, Aymeric,
11:07avant de justement penser à les soigner derrière.
11:09Ce qui est très intéressant,
11:11c'est la question effectivement de l'information-formation,
11:14parce que comment savoir qu'une conduite,
11:16par exemple, qu'on est alcoolique ?
11:18Est-ce que c'est deux verres tous les midis,
11:20trois verres tous les midis,
11:21quatre verres tous les midis ?
11:22Ça, on n'a pas forcément les repères pour le détecter,
11:26sauf après avoir été formé
11:28et donc savoir un petit peu
11:30quels sont les bons repères, les bons réflexes.
11:33Donc ça, c'est une première chose.
11:35Et puis ensuite, sur cette question du collègue qui boit,
11:39il y a deux cas, je dirais.
11:41Il y a un premier cas où on est dans un travail de bureau,
11:43où le fait de boire, bon, va affecter la productivité,
11:46mais ne va pas entraîner de risque.
11:48Et donc dans ces cas-là, est-ce que je peux lui en parler ?
11:50Est-ce que je suis suffisamment en confiance avec lui
11:52pour qu'il y ait une discussion qui puisse avoir lieu ou pas ?
11:55Parfois, ce n'est pas possible.
11:56Et puis après, il y a un autre cas,
11:58c'est le midi, il boit trop,
12:00mais après, il prend la voiture ou le camion.
12:02Et là, on est dans un tout autre registre,
12:05parce que laisser effectivement un collègue conduire un camion
12:11sous l'emprise de l'alcool ou d'autres stupéfiants comme la cocaïne,
12:14on sait que ça se développe beaucoup aujourd'hui dans le transport,
12:18là, on fait courir des risques très importants à l'entreprise,
12:20à la personne et à de potentielles victimes.
12:22Donc là, il faut avoir un réflexe beaucoup plus fort,
12:25alerter le manager ou les responsables des ressources humaines.
12:29Peut-être en parler d'abord,
12:31mais là, il y a vraiment un devoir d'alerte, je pense.
12:33Xavier, pour compléter.
12:34En fait, on a posé deux questions.
12:35C'était comment je peux savoir que je suis victime d'addiction ?
12:39Cette première question, en fait, c'est ce que vous avez déjà dit,
12:42et que je vais peut-être reformuler autrement,
12:43c'est qu'il y a d'abord, à titre personnel,
12:45est-ce que je ressens, honnêtement, on peut se poser cette question ?
12:49Est-ce que je suis dépendant de certaines substances ou de certains gestes ?
12:54Il faut se poser la question honnêtement.
12:56Et puis après, il y a l'effet négatif.
12:58Je fais moins de choses, je fais les choses différemment,
13:01je ne suis pas bien.
13:02Ça, ça peut se voir, se ressentir.
13:05Et une chose est certaine, c'est qu'on l'associe très souvent,
13:08cette addiction, à une récompense, à un support.
13:11C'est de l'énergie, c'est de l'essence dont j'ai besoin pour fonctionner.
13:14Et ça aussi, quand on se pose cette question-là, on voit bien.
13:17Il y a un test très simple, c'est est-ce que vous pouvez arrêter une journée ?
13:20Oui, ce qu'on me disait tout à l'heure.
13:22Et ça, c'est redoutable.
13:23Parce que tout d'un coup, vous vous dites,
13:25non, non, pas du tout, en fait, je pense que je n'en dépends pas.
13:27Et puis, pendant un jour, j'arrête.
13:29Et on voit les faits.
13:30Et là, on peut répondre.
13:31Et l'autre point, c'est que, est-ce qu'on doit signaler le comportement d'un collègue de travail
13:36qui vous semble dépendre d'une substance ou de certains jeux ?
13:40Normalement, oui.
13:41Attention, il y a le risque de l'atteinte à la vie privée.
13:44Donc, il faut prendre des précautions initialement.
13:46Mais normalement, on doit le dire.
13:48Mais vous avez raison de le dire, on marche un peu sur des...
13:50On va parler maintenant de la façon dont on traite ces addictions.
13:53Parce qu'il y a des moyens, effectivement.
13:55Vous êtes vous-même hypnothérapeute, Jean-Marc.
13:58Vous agissez, vous allez voir en entreprise ?
14:03Vous exercez en entreprise ?
14:05On a des deux actions.
14:06De temps en temps, on nous demande de venir, même dans des hôpitaux,
14:08dans des cliniques ou dans des sociétés,
14:12pour communiquer avec des personnels,
14:15pour voir comment ils se comportent.
14:17C'est-à-dire, est-ce qu'ils sont présents ?
14:19Est-ce qu'ils sont dans le stress ?
14:21Est-ce qu'ils sont tendus musculairement ?
14:22Est-ce qu'ils ont des douleurs, des céphalées, des addictions ?
14:26Donc, on cherche les comportements qui pourraient justifier
14:29le fait qu'ils ont trop développé leur mode intellect.
14:34C'est-à-dire, je veux maîtriser, je veux être performant,
14:36je veux être parfait ou parfait.
14:38Et si ce mode-là se développe beaucoup,
14:41c'est au détriment du mode sensoriel,
14:43qui est, est-ce que je suis à l'aise dans ma vie,
14:46dans mon corps, dans ma place ?
14:47Et donc, c'est une rivalité entre le mode maîtrise
14:51qui veut la perfection, l'exigence,
14:53pour plaire au patron, pour etc.
14:56Enfin, plaire et dire, voyez, je suis capable.
14:59Et puis, le mode sensoriel qui est,
15:01mais est-ce que je me suis bien dans mon corps,
15:02dans ma respiration, dans mon dos ?
15:04Est-ce que je suis heureux ?
15:05Ou bien, est-ce que non, je suis juste à rechercher le plaisir ?
15:09L'addiction, c'est le plaisir,
15:11alors que ce qu'on cherche dans la vie, c'est le bonheur,
15:13et pas uniquement le plaisir qui est éphémère.
15:16Et donc, on travaille ça de façon à ce que la personne
15:19puisse passer à une sensation où elle ressent,
15:22pas simplement elle réfléchit, mais elle ressent.
15:24De quelle façon l'hypnose peut aider, justement,
15:27à se déshabituer, comme on le disait à l'instant,
15:30d'une substance, par exemple, que ce soit de l'alcool,
15:33que ce soit du travail qui mène au burn-out ?
15:36Comment on travaille là-dessus ?
15:37En fait, l'hypnose, c'est un mécanisme
15:38complètement physiologique, c'est très simple.
15:40Le patient dit, je suis capté par le système de récompense,
15:45de soi-disant récompense qu'on a dans le cerveau.
15:47Et comment on fait ?
15:49Eh bien, il faut que la personne,
15:50en quelque sorte, négative, l'alcool, le cannabis, le tabac...
15:55Que ce soit plus son ami.
15:57Exactement.
15:58Un jour, un patient me dit, c'est difficile pour moi
16:00parce que c'est mon ami.
16:02Alors, je lui ai dit, vous restez longtemps
16:04avec des amis qui vous font du mal ?
16:07Ah, il me dit, ah oui, d'accord.
16:09Donc, on a mis une confusion dans ces...
16:10Finalement, c'est un faux ami.
16:12C'est la trance.
16:14Il ferme les yeux et il rejoint son corps,
16:17puisque c'est son corps qui est le guide.
16:20Qui lui dit, t'es contracté, tu m'empoisonnes,
16:24j'arrive pas à dormir, tu me laisses pas dormir suffisamment.
16:27C'est le corps qui nous donne les infos.
16:28L'hypnose, c'est un chemin pour retrouver le corps,
16:32qui est en chacun de nous, évidemment.
16:34Et quand le patient est rigide, bloqué, figé,
16:37hop, il passe de l'autre côté.
16:39C'est-à-dire, ah, c'est le corps qui va...
16:41Ah oui, parce que j'avais perdu contact avec le corps.
16:43Oui, c'est ça.
16:44Et ça qui est bizarre chez les humains,
16:45c'est qu'on arrive à s'éloigner de notre corps.
16:50De se déconnecter du corps et on peut l'empoisonner.
16:54Et quand on le retrouve,
16:55ah non, ben non, c'est pas mon chemin.
16:57Ah non, c'est que de la souffrance.
16:59Ah, c'est une plante mortelle.
17:00Ah non, non, c'est bon, ça m'intéresse plus.
17:02À ce moment-là, on peut sortir de cette souffrance.
17:05C'est vrai que c'est essentiellement une question de dosage.
17:08Parce qu'en fait, vous avez besoin d'un certain stress.
17:12Et c'est ça qui est assez délicat.
17:13C'est qu'en fait, il y a un stress très positif.
17:16Et il ne faut pas l'associer seulement à une idée que...
17:20Ce n'est pas normal que vous soyez inquiet.
17:22Vous voyez, ce n'est pas normal que vous soyez inquiet.
17:24C'est normal que vous soyez inquiet.
17:25Il ne faut pas que ça entame votre capital.
17:27Il ne faut pas que ça affaite votre intégrité.
17:29Mais cette inquiétude, elle peut être finalement assez justifiée
17:33et utile, mais dosée correctement
17:36et pas associée nécessairement à des choses qui...
17:39Il y a certaines personnes qui peuvent associer
17:41à des choses destructrices, en quelque sorte.
17:43Alors, c'est vrai qu'il y a au travail
17:45de plus en plus d'addictions.
17:46Pourquoi ? Parce qu'il y a plus en plus de stress.
17:48Mais ce n'est pas simplement le stress de l'activité professionnelle.
17:50C'est lié aussi à un environnement mondial, quasiment.
17:52Si vous voulez, c'est que...
17:54Vous parlez d'écologie, vous inquiétez.
17:56Vous parlez de sécurité
17:58entre les pays, de géopolitique,
18:00vous vous inquiétez.
18:01Vous parlez de l'actualité, vous vous inquiétez.
18:03Donc, il faut aussi être capable de doser ces inquiétudes-là.
18:07Et encore une fois, le partage
18:08de la formation et de l'information
18:09permet de se dire que l'autre aussi a peur de ça
18:12et donc je dois pouvoir le doser autrement.
18:16Un autre cas concret pour vous, Aymeric.
18:18Julien nous dit
18:18« Je prends de la cocaïne pour tenir dans mon travail
18:21où je ne dors pas beaucoup.
18:23Qu'est-ce que je peux faire pour m'en sortir ? »
18:26Oui, alors, on en parlait...
18:27Enfin, j'en parlais il y a quelques instants
18:29sur la cocaïne,
18:29qui est une drogue qui fait vraiment
18:31de plus en plus de ravages.
18:32C'est-à-dire que les prix ont beaucoup baissé.
18:35Elle est devenue accessible.
18:36Et il y a de plus en plus de gens.
18:38Donc, ça va du chauffeur routier,
18:39chauffeur de taxi.
18:40On a vu des hommes ou des femmes politiques récemment
18:43qui aussi ont été surpris à acheter de la cocaïne.
18:46Donc, c'est une drogue qui vraiment infiltre la société
18:49parce qu'elle donne confiance
18:51et surtout, elle est un booster de performance.
18:53C'est-à-dire qu'elle permet de tenir plus longtemps,
18:56de ne pas dormir.
18:56Et donc, dans tous les métiers
18:57où il y a la question du sommeil,
19:00ça va jouer.
19:01Donc, après, comment arrêter ces drogues ?
19:06Docteur Benayem a parlé de l'hypnose.
19:09Moi, je crois beaucoup à la substitution.
19:12C'est-à-dire qu'arrêter complètement une substance
19:16très difficile, mais essayer de la substituer
19:17par des comportements positifs.
19:20Donc, le sport, le travail peut être une source de...
19:23Parce que, par exemple, il y a beaucoup de gens
19:25qui se droguent non par excès de travail,
19:27mais aussi par ennui,
19:28parce qu'ils n'ont pas assez de stimulation,
19:30ils n'ont pas assez de challenge dans leur vie,
19:32ils n'ont pas assez d'aventure.
19:33On trouve ça beaucoup chède dans le cannabis.
19:35Et donc, monter une boîte, avoir un boulot sympa,
19:38on retrouve du plaisir par un bien positif.
19:41Donc, c'est finalement trouver des comportements positifs
19:45qui vont venir se substituer progressivement à l'addiction
19:48et qui vont aider la personne, au contraire, à se sentir bien.
19:52Jean-Marc ?
19:53Oui, c'est tout à fait ce chemin-là,
19:55c'est-à-dire comment est-ce que cette personne vit ce qui se passe.
20:01En fait, ce qui est très important,
20:03et vraiment une émission comme celle-ci,
20:04c'est transmettre quelque chose,
20:06c'est-à-dire, oui, on s'intéresse à vous,
20:09pas uniquement la réussite,
20:11non, à vous, est-ce que ce chemin vous rend heureux ?
20:15Est-ce que vous êtes à votre place ?
20:16Et plus on fait des communications comme ça,
20:20plus les personnes disent,
20:21ah, c'est vrai, je compte ?
20:22Ah, c'est pas que l'entreprise qui compte ?
20:24Moi aussi, je suis un humain, je compte ?
20:26Ben oui, t'es pas un robot, t'es un humain,
20:28donc c'est bien qu'on s'intéresse à toi et qu'on communique.
20:31L'idéal, ce serait que ce soit fait dans toutes les entreprises.
20:34Je suis pas sûr, puisque je vois beaucoup de personnes me dire,
20:38j'ai un nouveau chef, j'ai une nouvelle patronne, si je puis dire,
20:41elles s'en fichent complètement de mon état d'angoisse, d'inquiétude.
20:47Juste, on donne des ordres et je dois obéir.
20:50Et même si cet ordre ne va pas du tout dans le sens
20:53de ce que je pensais bien pour l'entreprise,
20:55je dois obéir.
20:56Et les voilà, ça y est, installés dans une espèce de discorde
21:00qui les angoisse et qui fait qu'ils consultent.
21:03Xavier ?
21:04Et ce qu'il y a de terrible, c'est que j'ai dit tout à l'heure,
21:06on essaie de pas trop susciter d'inquiétudes,
21:08je vais en susciter une,
21:10c'est que les addictions peuvent vous conduire à tout perdre,
21:13mais tout perdre.
21:14Et votre emploi, vous pouvez perdre votre emploi,
21:17être licenciant en raison de cette addiction.
21:18Donc ça vaut le coup, si je puis dire, de s'interroger.
21:22C'est une préservation de sa santé, protection de soi.
21:24Et puis, il y a une clé de lecture dans la vie,
21:28c'est prenez soin de vous quand même.
21:30La vie peut être très plaisante, il y a des rayons de soleil.
21:33Mais attention, parce que c'est vrai que ces addictions,
21:35si vous ne prenez pas la chose au sérieux,
21:36vous pouvez perdre votre emploi.
21:39Très vraisemblablement aussi, vous vous isolez de vos amis,
21:41de votre famille.
21:42On a vu des dégringolades pour des addictions à des jeux,
21:46à de l'alcool ou à de la drogue.
21:50La descente peut être redoutable.
21:52Donc ça, ça vaut le coup à double titre.
21:55C'est que par rapport au plaisir que vous aurez,
21:58au bonheur que vous allez rechercher en existence,
22:00il n'y a aucun doute sur le fait que trouver d'autres moyens
22:02pour être bien et voir ce qui est bien, c'est très utile.
22:05Et en droit, sachez que vous prenez des risques,
22:08sans parler d'abord de perte d'emploi,
22:10mais sans parler des dangers aussi que vous prenez.
22:13Si sur la route, vous avez blessé quelqu'un,
22:16si en raison de votre manière de vous servir d'une machine,
22:19vous avez blessé quelqu'un ou détruit quelque chose,
22:22vous pouvez en plus payer très cher sur le plan pénal.
22:25Oui, ça implique effectivement, il faut franchir des limites.
22:30C'est être bien, mais savoir aussi que les conséquences,
22:33pour certains, on dit carotte et bâton,
22:35mais pour certains, il faut penser aussi à ça,
22:37c'est dire attention, ça peut aller très très loin.
22:39Jean-Marc, tout à l'heure, Xavier a parlé de formation,
22:42c'est-à-dire là de ne pas finalement agir après les dégâts,
22:46mais avant, en entreprise, ce serait idéal.
22:50Ce serait mieux d'anticiper.
22:51Oui.
22:52Mais dans un autre, mais qui ressemble un peu,
22:54j'ai ouvert il y a 25 ans un diplôme universitaire d'hypnose à la pitié,
22:58et finalement on s'est dit, ah, on va former les soignants,
23:01et il y a beaucoup de soignants qui disent,
23:04cette formation m'a permis de me désangoisser,
23:07parce que j'étais là avec beaucoup de patients,
23:10beaucoup de devoirs, beaucoup d'obligations,
23:12beaucoup de temps que je dévoue à ma clientèle,
23:15et donc beaucoup des collègues qui en ont formé 3000 disent,
23:20eh bien c'est ça qui m'a permis, moi,
23:22de trouver ma tranquillité pour faire du bon travail.
23:25Et pourquoi c'est intéressant ?
23:27Parce que si le soignant, il n'est plus tranquille,
23:29il a trouvé la mesure,
23:31alors il va pouvoir transmettre ça à ses patients
23:34qui arrivent et qui disent,
23:35ah, d'accord, voilà quelqu'un qui me comprend,
23:37qui me guide,
23:38c'est pas moi qui suis fou,
23:40c'est accepté, je suis capable de retrouver mon équilibre,
23:44et ça, c'est gratifiant pour les patients.
23:46La dernière question, celle d'Apolline,
23:47pour vous, Emry, que vous allez conclure.
23:49Est-ce qu'il existe une méthode miracle
23:50pour sortir des addictions ?
23:53Alors, on a parlé de l'hypnose,
23:54on a parlé de la substitution par des comportements positifs.
23:59Moi, dans mon approche, en fait,
24:01sur cette question-là,
24:02c'est que je travaille beaucoup plus
24:04sur l'environnement global de la personne.
24:06C'est-à-dire, on a beaucoup d'addictions
24:08qui sont déclenchées par un travail
24:10qui ne vous correspond pas,
24:12par une relation amoureuse,
24:14parfois, qui ne vous correspond pas.
24:16Et donc, finalement, parfois,
24:17pour travailler sur les addictions,
24:19il faut travailler vraiment
24:20sur l'environnement global de la personne,
24:22avec qui elle est en relation au quotidien,
24:24quel métier elle a,
24:25et ça nécessite parfois des choix
24:29de rompre certaines choses,
24:31d'arrêter peut-être des fois
24:32de changer de métier,
24:34parce que les addictions,
24:36c'est lié au stress,
24:38et le stress est lié à l'environnement,
24:39donc souvent, les causes
24:40sont quand même environnementales.
24:41On s'arrête,
24:42et on regarde un peu sa vie,
24:43Jean-Marc, pour finir.
24:44La guérison miracle, elle existe,
24:46mais pourquoi ?
24:47Parce que la personne a sincèrement
24:49envie de guérir,
24:50et c'est là que le miracle apparaît,
24:52parce qu'on a des ressources pour guérir.
24:54Les mots de la fin, Xavier.
24:55Et ce qui est certain,
24:55c'est que c'est difficile,
24:57mais les joies que ressentent
24:59ceux qui s'en sortent après
25:00sont décuplées par rapport
25:01à ce qu'ils ont vécu précédemment.
25:02C'est une renaissance, effectivement.
25:03Merci, merci beaucoup messieurs
25:05d'être venus dans cette émission
25:06Les Outils RH,
25:07dans BFM Entreprises,
25:09pour parler des addictions au travail.
25:11Aymeric Le Breton,
25:12docteur en psychologie
25:13et président d'Orient Action.
25:14Jean-Marc Benayem,
25:15médecin hypnothérapeute.
25:16Xavier Dulin,
25:17avocat spécialisé en droit social.
25:19Cette émission est à retrouver
25:20évidemment en podcast
25:21et en replay.
25:22BFM Entreprises,
25:23c'est tous les jours
25:23sur BFM Business à 12h30.
25:26Passez une très bonne journée.
25:28BFM Entreprises,
25:29Les Outils RH.
25:31Sur BFM Business.
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