00:02Bonjour Adrien, bonjour à tous, bonjour Géraud, merci d'avoir accepté notre invitation.
00:07Les frappes se sont poursuivies toute la nuit dans tous les sens, sur le Liban, sur l'Iran, sur les
00:11pays arabes du Golfe.
00:13Manifestement ce n'est pas fini. Cette guerre est-elle nécessaire ? Cette guerre est-elle juste ?
00:18Vous savez le concept de guerre juste, c'est un concept très débattu, de savoir est-ce qu'il faut
00:23qu'elle soit légale ?
00:24Des guerres légales, il y en a très rarement depuis la création de l'ONU que tout le monde invoque.
00:30Il n'y a eu que deux guerres qui ont été validées par le Conseil de sécurité de l'ONU.
00:35Le concept de guerre juste, c'est de savoir est-ce que c'est légitime et justifié.
00:39Du point de vue des 36 000 Iraniens qui ont été massacrés par les Mollahs les 8 et 9 janvier
00:48derniers,
00:49il y a une réaction qui est légitime.
00:52Du point de vue de la menace permanente que représente l'Iran pour les pays de la région,
00:57à travers le Hezbollah, à travers le Hamas, à travers les Houthis, à travers les milices chiites en Irak,
01:04il y a une légitimité.
01:06Mais c'est le caractère inextrictable de la situation.
01:09Du point de vue de la sécurité internationale et régionale, quels sont les buts de cette guerre ?
01:17Est-ce que c'est de renverser le régime ?
01:19Est-ce que c'est de contenir la prolifération nucléaire ou le déploiement des missiles balistiques ?
01:24C'est une situation de crête légitime du point de vue de ce que vivent les Iraniens.
01:31On ne peut pas être indifférent depuis 47 ans sous le joug islamiste.
01:35Mais du point de vue du droit international...
01:38Est-ce que la légitimité, que vous avez très bien décrite, l'emporte sur le fait que le droit international
01:43ait été bafoué ?
01:45C'est la difficulté.
01:47Il y a un moment où on n'y va pas.
01:49Vous êtes candidat à la présidentielle, un chef d'État, à un moment, il doit décider d'appuyer sur le
01:53bouton ou pas.
01:54En l'espèce, il n'y a pas de condamnation portée y compris par la France, et je le comprends,
02:00de l'intervention qui a été conduite.
02:03Non, je ne la condamne pas, mais il y a le regret et le constat d'Épité de l'impuissance
02:10de la communauté internationale à travers le droit international
02:14de n'avoir pas réussi à déployer une intervention ou une action qui aurait pu éviter tout cela.
02:21Mais il y a un principe de réalité.
02:25Ce n'était pas possible.
02:27La Russie et la Chine sont membres du Conseil de sécurité de l'ONU.
02:30Et je le rappelle, dans l'histoire, depuis 1945...
02:33Ce n'était pas possible d'avoir la base juridique.
02:34Je le redis parce qu'on l'a trop oublié.
02:36Depuis 1945, il n'y a eu que deux conflits qui ont été autorisés par l'ONU.
02:41C'était en 1950, la guerre de Corée, et c'était en 1990-1991, la guerre en Irak, après l
02:49'invasion du Koweït par Saddam Hussein.
02:52Et à chaque fois, dans des conjonctions internationales très particulières qui ont fait que ni la Chine ou ni la
02:58Russie ne se sont opposées au sein du Conseil de sécurité.
03:01Tout le reste du temps, il faut avoir la lucidité de constater que le droit international, que je chéris, je
03:06défends l'état de droit à l'échelle des nations.
03:09Et donc, je souhaite aussi d'avoir un état de droit international.
03:11Mais je suis lucide.
03:12Il est le fruit d'un rapport de force politique.
03:14Et ce rapport de force politique, il aboutit à ce qui nous apparaît juste, légitime, balayer des dictateurs, contenir des
03:22menaces.
03:22Rien que la condamnation de la Russie après l'invasion de l'Ukraine, la communauté internationale, elle est divisée puisqu
03:29'il y a un des membres du Conseil de sécurité qui est partie prenante de ce conflit.
03:32Donc, oui, je rêve d'un monde dans lequel le droit international soit le pilier de la régulation des relations
03:38entre les États.
03:39Mais il y a un principe de réalité qui fait que dans la période, à un moment donné, il y
03:42a des responsabilités qui doivent être prises.
03:44Dans un rare méa culpa, hier, Jean-Luc Mélenchon s'est excusé.
03:47Ça vous fait déjà rigoler.
03:48Mais non, parce qu'on passe de choses essentielles à l'écume des choses.
03:54C'est le lot de ces interviews.
03:57Dans un rare méa culpa, Jean-Luc Mélenchon s'est excusé d'avoir déformé par erreur le nom de Raphaël
04:02Glucksmann, sur lequel il avait ironisé, comme il avait ironisé sur le nom d'Epstein, comme il le dit lui
04:09-même.
04:10Est-ce que vous croyez à la sincérité de ces excuses ?
04:12Alors, ces propos initiaux étaient indignes et ces excuses sont indécentes.
04:16Parce que c'est ce foutre du monde, pardonnez-moi l'expression, que de laisser entendre qu'il ne l
04:20'a pas fait exprès.
04:21Voilà.
04:21Nous connaissons trop, je connais trop Jean-Luc Mélenchon pour savoir que chacun de ces mots est ciselé, précis, prononcé
04:29à dessein.
04:30Donc, la provocation initiale était à dessein.
04:34Elle est consistée à être dans la surenchère, dans la singularisation, dans la conflictualisation, qui est sa marque de fabrique
04:41aujourd'hui et qui nécessite en effet une mise à distance sérieuse.
04:44Quand il dit qu'il est ironisé par erreur, il ment et quand il s'excuse, il n'est pas
04:48sincère.
04:49Ils se foutent de nous, oui.
04:51Ils se foutent de nous.
04:52Est-ce qu'il est, comme l'a dit Raphaël Glucksmann, le Jean-Marie Le Pen de notre époque ?
04:57Force est de constater, ma génération a vécu les provocations, les lignes rouges franchies, après avec « mais non, vous
05:05n'avez pas bien compris », etc.
05:06Oui, c'est terrible de constater que, délibérément, il décide de se glisser dans cette manière de faire de la
05:16politique, dans cette manière de s'adresser non plus à l'intelligence,
05:19non plus à la réflexion, au libre-arbitre, à l'esprit critique de chacun des électeurs ou des citoyens, mais
05:25de venir flatter des bas instincts et de considérer qu'il faut se singulariser pour être entendu.
05:31Moi, ce n'est pas ma conception du débat politique, ce n'est pas ma conception. Moi, je suis candidat
05:35à l'élection présidentielle, justement, pour porter et renouer avec ce qui fait la noblesse de la politique, la dispute
05:41apaisée.
05:41Je peux être d'accord ou pas d'accord avec vous, mais je le fais dans un cadre républicain. J
05:45'essaye de trouver la manière de s'écouter mutuellement, de se convaincre mutuellement,
05:49mais pas de brutaliser en permanence, d'essentialiser le débat et, au final, de le salir.
05:56Il nous reste une minute. Dans ce cadre républicain que vous venez de décrire, vous préférez perdre une ville au
06:02municipal, qui arrive dans une dizaine de jours,
06:04que la gagner au prix d'un accord avec les insoumis. Ça se passe dans beaucoup de villes de France.
06:08Je pense à Toulouse, par exemple,
06:10où il va être compliqué de gagner, de battre le maire Moudinque sans les insoumis. Vous préférez Moudinque ou un
06:17accord avec les insoumis ?
06:18Moi, je préfère toujours commencer par ce qui fait la noblesse de la politique, ce sont les valeurs. On ne
06:23peut pas, le jeudi ou le vendredi,
06:25constater que, comme le fait Olivier Faure, comme le fait le candidat socialiste à Toulouse, François Briançon,
06:31qu'il y a une dérive antisémite de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon, en tous les cas
06:37des dirigeants de la France insoumise,
06:38de Jean-Luc Mélenchon, et valider des accords au deuxième tour avec ceux-là.
06:43Et donc, moi, je l'incarne dans mon combat politique. Vous savez, j'ai rompu.
06:47Vous préférez perdre une élection que perdre votre âme, comme avait dit Michel Noir.
06:50Je reprends les termes de Michel Noir, en effet. Je les avais utilisés en juillet 2024.
06:54J'ai été candidat aux élections législatives en refusant l'accord du Nouveau Front Populaire et de la France insoumise.
07:00J'ai eu une candidature de la France insoumise face à moi. J'ai pris le risque de perdre l
07:04'élection plutôt que de perdre mon âme
07:05parce que l'universalisme républicain, la laïcité, le refus de la brutalisation,
07:10sont des valeurs sur lesquelles on ne peut pas négocier, transiger à l'intérieur de la gauche,
07:14surtout quand certains s'éloignent des rives de la gauche en étant dans les provocations dans lesquelles ils sont.
07:18Merci beaucoup, Jérôme Guedj, député de l'Essonne, qui ne condamne pas l'opération en Iran
07:24et qui dit que Jean-Luc Mélenchon se fout de nous.
07:27C'était votre expression. À vous, Adrien. Très bonne journée à tous.
07:30Jérôme Guedj.
Commentaires