00:00C'est l'heure de notre invité d'actualité, nous recevons ce matin Patrick Dutard,
00:04Transrin, ancien général de l'armée de l'air, ex-conseiller auprès de différents
00:07ministres des affaires étrangères.
00:09Évidemment, nous parlons avec vous du conflit au Moyen-Orient.
00:12Bonjour et merci d'avoir accepté notre invitation.
00:15Alors vous avez écouté le président Macron hier soir, comme nous tous d'ailleurs.
00:19Il s'est adressé à la nation.
00:22Trois mots peut-être pour qualifier ce discours ?
00:25Une synthèse de la position française et de ce qui se passe actuellement dans le Golfe,
00:31à la fois par rapport à nos ressortissants, par rapport à nos intérêts et par rapport
00:36à nos relations diplomatiques, autant vis-à-vis de ce conflit que vis-à-vis de nos partenaires
00:41avec lesquels nous avons des liens assez étroits, notamment les Émirats arabes unis,
00:45le Qatar, le Koweït, l'Irak d'ailleurs et l'Arabie saoudite.
00:48Alors le président a annoncé beaucoup de choses, dont l'arrivée d'une frégate au large de Chypre
00:53et il a aussi, sinon, surtout confirmé le déploiement du Charles de Gaulle vers la Méditerranée.
00:59Comment est-ce qu'on doit interpréter ce symbole-là ?
01:02Est-ce que c'est un signe que la France se rapproche de la guerre ?
01:06Non, la France n'est pas en première ligne de toute manière,
01:09mais elle doit prendre les mesures nécessaires, si vous voulez,
01:12pour s'adapter à tous les types de scénarios.
01:15Et le premier scénario, c'est de protéger nos ressortissants,
01:19protéger nos bases aériennes, protéger nos intérêts,
01:23notamment dans l'étroit d'Hormuz,
01:24et puis respecter nos accords de défense que l'on a,
01:28qui sont à l'étroit, notamment avec les Émirats arabes unis.
01:31Il était question de sécurité intérieure aussi,
01:33on sait qu'on renforce notre présence sur le sol français.
01:38Est-ce que cela est lié à notre engagement en Moyen-Orient ?
01:43Vous savez, malheureusement, notre pays a toujours été sujet à des actes de terrorisme,
01:47totalement infondés, souvent,
01:49et donc, lorsqu'il y a un endroit de tension,
01:52malheureusement, par contre-coup,
01:53on peut être soumis à quelques exactions,
01:57totalement indésirables, évidemment.
01:58Donc, il me semble tout à fait normal
02:00qu'on ait des mesures de sécurité préventives en France.
02:03J'aimerais qu'on regarde deux déclarations ensemble.
02:05On a d'un côté, celle du ministre des Affaires étrangères,
02:08qui est notre invité tout à l'heure,
02:09et qui a dit ces derniers jours,
02:11« La France se tient prête à défendre ses partenaires à leur demande ».
02:14Ça a été confirmé par le président de la République hier.
02:16Et la réponse de son homologue iranien,
02:19qui dit « Ce sera un acte de guerre ».
02:22À quel moment l'Iran peut-il réellement nous déclarer la guerre ?
02:27Est-ce qu'il y a une ligne rouge à ne pas franchir ?
02:29Si vous voulez, la seule ligne rouge,
02:31c'est que l'Iran devrait cesser de menacer ses pays,
02:34ses voisins et les intérêts mondiaux,
02:37notamment au détroit d'Hormuz.
02:38Et au-delà de ses voisins, l'Europe est aussi menacée par l'Iran ?
02:40Absolument.
02:41Et donc, vous avez vu que Chypre, par exemple,
02:43qui est dans l'Europe,
02:44a été sujet à des attaques de drones,
02:47dont c'est en ce cadre d'ailleurs
02:48que la frégate de défense aérienne
02:51va être déployée à proximité.
02:54On a un intérêt qui concerne tous un détroit d'Hormuz.
02:57Vous savez, 20% de l'énergie mondiale transite par ce détroit.
03:01Actuellement, les gardiens de la révolution
03:03bloquent quelque part ce détroit.
03:05Je pense qu'il y aura les actions nécessaires pour le débloquer.
03:08Emmanuel Macron parle d'action défensive.
03:10Mais est-ce que vous pensez qu'à un moment,
03:11même contre le droit international,
03:13on pourrait bombarder l'Iran ?
03:15Alors, vous savez, défensif, c'est vous défendre.
03:19Donc là, vous êtes parfaitement dans le droit international.
03:21Donc aujourd'hui, nos partenaires sont attaqués.
03:24Vous savez, il y a presque 800 tirs de drones
03:27qui ont été effectués,
03:28ne serait-ce que sur les Émirats arabes unis,
03:30plus des missiles balistiques,
03:31plus des missiles de croisière.
03:33Nous avons des bases dans lesquelles nous sommes déployés.
03:36Il y a des chasseurs français de l'armée de l'air actuellement,
03:40en Jordanie bien sûr,
03:41mais surtout aux Émirats arabes unis.
03:42On peut voir une carte d'ailleurs qui synthétise notre présence française dans l'armée.
03:46Absolument.
03:46400 000 ressortissants.
03:47Donc, notre devoir, c'est de protéger nos compatriotes,
03:52respecter nos accords internationaux
03:54et défendre nos intérêts.
03:56On constate donc une présence dans deux bases françaises,
04:01à Djibouti, à Abu Dhabi,
04:03et des soldats déployés, vous l'avez dit.
04:05Ça représente 4 000 militaires dans la région.
04:08Est-ce qu'ils sont en danger ?
04:10Vous savez, tout soldat, son rôle,
04:13c'est de défendre la France, ses compatriotes,
04:16compatriotes, à partir du moment où il est.
04:17Un soldat est forcément en première ligne.
04:19Et donc, si nos bases sont attaquées,
04:21bien sûr, bien sûr qu'on peut le ressentir dans notre chair.
04:26Mais c'est le métier du soldat.
04:28Il y a une question que beaucoup de Français se posent
04:29et probablement certains téléspectateurs qui nous regardent.
04:32Est-ce que l'Iran a les moyens techniques
04:34de nous toucher sur le sol français, sur l'Hexagone ?
04:38Non, pas directement, bien sûr, mais indirectement.
04:41Non, la plus grande portée, si vous voulez,
04:43des missiles balistiques iraniens,
04:45quand on prend l'extrême nord-ouest de l'Iran,
04:50portent à près de 2 000 kilomètres,
04:51elles pourraient toucher effectivement Chypre ou la Grèce.
04:55Mais nous sommes hors de portée de leur capacité,
04:58en tout cas, de missiles balistiques.
05:00Mais via des actes de terrorisme,
05:02via leur proxy,
05:04il faut être en mesure de faire face, en fait,
05:07à tous les scénarios.
05:08Vous savez, quand on a débuté une guerre,
05:10vous savez quand elle commence,
05:11et pas vraiment quand elle va se terminer.
05:13Justement, Donald Trump a dit hier après-midi
05:16que tout avait été détruit en Iran.
05:17Donc là, on se demande pourquoi la guerre continue,
05:20si tout a été détruit.
05:21En fait, si je reprends ces propos,
05:23il veut dire que tous les objectifs initiaux
05:25ont été frappés.
05:27Mais vous prenez l'exemple de la guerre du Golfe numéro 1,
05:30à laquelle la France a participé.
05:31L'objectif, c'était de sortir Saddam Hussein du Koweït,
05:34et uniquement ça.
05:3645 jours de bombardements ininterrompus,
05:40avant que les forces terrestres rentrent dans le Koweït.
05:43Donc ces 45 jours, c'est quelque chose,
05:47à l'échelle du pays comme l'Iran,
05:48peuvent être envisagés.
05:50Emmanuel Macron a évoqué une dissuasion avancée,
05:54permettant de déployer l'armée nucléaire française
05:57chez des alliés.
05:58Ça veut dire quoi, exactement ?
06:01Alors, je crois que c'est une évolution
06:02de la dissuasion française
06:04instaurée par le général de Gaulle,
06:05qui était très simple.
06:06Nous, nos protections de intérêts vitaux,
06:08jamais plus quelqu'un vient sur notre territoire.
06:11C'était simple.
06:12Et donc, l'idée, c'était de doter de l'arme nucléaire
06:15sur différentes composantes.
06:17À l'époque, on avait même une composante terrestre,
06:19on a une composante toujours maritime, bien sûr,
06:21et une composante aérienne.
06:23Et là, le volet de la dissuasion avancée,
06:26c'est une réflexion avec nos partenaires européens.
06:28Il y a huit pays qui sont entrés dans cette réflexion
06:33et un partenariat plus étroit avec l'Allemagne.
06:38Pourquoi ?
06:38Parce que l'intérêt vital de la France,
06:40ce sera aussi une partie de l'Europe, en tout cas,
06:43dont l'Allemagne.
06:44Et donc, c'est dans ce cadre-là qu'on fait une discussion,
06:46et notamment au niveau des moyens aériens
06:48que vous avez sur l'écran,
06:49les rafales,
06:50pourquoi ne pas, parfois,
06:51plutôt que les garder à deux ou trois endroits en France,
06:55les déployer aussi dans des pays partenaires
06:57pour augmenter, si vous voulez, l'effet dissuasif.
07:00C'est très clair.
07:00Merci beaucoup, Général Patrick Dutard,
07:02Dutard, d'être venu nous éclairer sur ce conflit.
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