00:03Bonjour à tous, bonjour Philippe Juvin, vous menez la fronde à l'Assemblée Nationale contre le texte sur la fin
00:09de vie que les députés ont commencé hier soir à réexaminer.
00:14Vous dites texte trop permissif. On va voir un article sur l'éligibilité.
00:20Il faut présenter une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital en phase avancée ou terminale.
00:28En quoi ce n'est pas assez strict ?
00:33Il y a des possibilités aujourd'hui de traiter et de vivre pendant des années avec des maladies graves incurables
00:40en phase terminale ou en phase avancée.
00:44Quand vous avez un cancer du sein avec des métastases osseuses, avec les nouvelles thérapies, vous pouvez vivre pendant des
00:48années.
00:50Et donc il y a une fausseté à présenter cette loi comme une loi de fin de vie.
00:55C'est une loi qui n'est pas sur la fin de vie. C'est une loi qui enclobe potentiellement
00:59des centaines de milieux de patients.
01:02Mais OK, peut-être qu'avec les thérapies, on peut vivre longtemps.
01:05Si vous êtes atteint d'un cancer métastasé, que vous savez que l'issue est à courte et fatale, peut
01:13-être pas dans le mois qui vient,
01:14mais dans les mois qui viennent, que la vie n'a plus beaucoup d'intérêt et que vous souffrez, pourquoi
01:19vouloir refuser à quelqu'un de choisir la mort ?
01:21En fait, c'est une loi. D'abord, il y a des alternatives, en particulier les centres de lutte contre
01:27la douleur qui ne sont pas accessibles.
01:29Vous savez que pour avoir une consultation contre la douleur aujourd'hui, il faut 2 à 7 mois, je crois,
01:34en France.
01:35Là, vous pourrez obtenir l'euthanasie entre 2 à 17 jours. Il y a des soins palliatifs, des soins palliatifs.
01:41Aujourd'hui, un Français sur deux qui meurt en ayant besoin de soins palliatifs n'a pas accès, en fait,
01:47aux soins palliatifs.
01:48Et donc, moi, ma crainte, c'est que par défaut d'accès aux soins palliatifs, par défaut d'accès aux
01:53soins tout court,
01:54un certain nombre de gens soient poussés vers la porte en leur disant « finalement, il y a une alternative
01:58».
01:58Elle est là, mon inquiétude, c'est qu'en fait, on vous dit « c'est une loi de liberté,
02:02rien ne vous y oblige »,
02:03sauf qu'il y a un certain nombre de conditions sociales, économiques, qui feront que vous pourrez avoir à demander
02:09l'euthanasie par défaut.
02:11Mais vous pourrez, vous n'êtes pas obligé.
02:13Non, bien sûr. Alors, il y a ce qu'on appelle des libertés formelles.
02:16Marx nous a appelés, nous a appris qu'il y avait des libertés formelles.
02:20Ça signifie que votre liberté, elle n'est pas totalement absolue.
02:23Quand vous êtes grabataire dans votre lit, vous baignez dans votre merde, pardon de dire les choses crûment, votre urine,
02:30votre sueur,
02:30et que l'infirmière ne passe qu'une fois par jour,
02:33eh bien oui, la fin de vie est plus compliquée, vous avez envie de mourir plus que si l'infirmière
02:38est là en permanence,
02:39et vous change immédiatement, et vous rend propre, et qu'il y a quelqu'un en plus de votre entourage
02:44pour vous aider.
02:45Donc, d'une certaine manière, la situation d'isolement, de pauvreté, du fait qu'il n'y a personne pour
02:50ceux qui vous occupez de vous,
02:52peut vous donner des envies de mort.
02:53C'est pour ça que vous dites, vous l'avez écrit, c'est une loi imaginée par des gens riches,
02:57et bien pourtant, elle s'appliquera en fait à des gens pauvres et seuls.
03:01Absolument, en fait, encore une fois, quand vous avez les moyens, quand vous n'êtes pas seul,
03:05quand il y a des gens pour s'occuper de vous, la fin de vie est moins difficile,
03:08moins difficile, elle peut l'être, mais elle est moins difficile que quand vous êtes seul, isolé.
03:11Et dans les pays où l'euthanasie a été libéralisée, légalisée, on observe une surreprésentation des populations pauvres
03:20et des populations qui sont défavorisées.
03:23Pardon, mais moi, je suis médecin, j'ai un réseau, j'aurais toujours une place en soins palliatifs.
03:29Je ne suis pas sûr que mon voisin, ma voisine, qui ne connaît personne, ait une place en soins palliatifs.
03:33Est-ce que nous sommes égaux ? Non, nous ne sommes pas égaux.
03:36Moi, je serais mieux pris en charge que mon voisin.
03:39Et avant de légaliser l'euthanasie, il me semble qu'il est très important
03:42de faire en sorte que chacun soit égal devant les soins.
03:45Nous ne sommes pas égaux devant les soins aujourd'hui, il faut bien le comprendre.
03:48C'est un mythe, ce mythe de l'égalité.
03:51On ne s'oppose pas forcément là.
03:52On peut à la fois essayer de développer les soins palliatifs, d'ailleurs il y a une deuxième loi
03:57assez consensuelle pour ça, développer les soins palliatifs et autoriser l'euthanasie.
04:01On peut faire les deux en même temps.
04:03Justement, on ne peut pas faire les deux en même temps.
04:04La légalisation, enfin le développement des soins palliatifs qui est désirable
04:08et sur lequel on travaille, il va mettre des années, des années, alors que l'euthanasie
04:13sera immédiatement accessible.
04:14C'est ça le véritable scandale.
04:16C'est qu'on vous dit non, non, mais vous avez le choix.
04:18Je discutais avec un jeune homme très gravement handicapé et il me disait
04:22« Ma vie, monsieur Juvin, c'est une lutte de tous les jours.
04:25Tous les jours, je dois me donner une raison de vivre. »
04:27Et là, en fait, vous allez poser, il me parlait à moi comme député,
04:31un pistolet chargé sur ma table de nuit en me disant « Mais vous êtes libre de ne pas l
04:35'utiliser. »
04:36Alors que moi, me disait-il, j'ai besoin de tous les jours, vous me tendiez la main.
04:40Et la fraternité qui est au fronton de nos mairies ne peut pas se résumer à
04:45« Ben oui, faites la main que je vous tends, c'est une main de facilité qui vous permet de
04:50prendre la porte. »
04:52Philippe Juvin, nous sommes en démocratie.
04:55Une majorité de Français est favorable à cette loi.
04:58Ça a été testé, retesté, re-retesté.
05:01Alors j'entends, vous, vous êtes médecin, mais vous êtes dans la posture.
05:04Vous dites « Moi, je suis médecin, moi, je connais la fin de vie. »
05:07Finalement, en tant que médecin, j'ai raison contre le corps social.
05:11Non, pas du tout.
05:11Non, non, pas du tout.
05:12D'abord, il est faux de dire que les Français…
05:14Vous savez, quand vous demandez aux Français dans un sondage « Voulez-vous mourir dans d'atroces souffrances »
05:18ou de façon indigne, sans définir ce qu'est la dignité ?
05:20Ils disent non, ça c'est sûr.
05:21Oui, ben voilà, mais c'est ça la question qu'on leur pose.
05:23La Fondapol, qui est un organisme d'homnie craignée très sérieux,
05:28a refait ses sondages avec des questions qui sont neutres.
05:30Et en fait, non, les gens, qu'est-ce qu'ils veulent ?
05:32Ils veulent ne pas souffrir.
05:33C'est ça le vrai sujet.
05:33Mais on leur vend, ils ne veulent pas souffrir et on leur vend l'euthanasie.
05:38Donc attention à tous les raccourcis.
05:40Encore une fois, si vous me posez à moi la question
05:41« Voulez-vous mourir dans d'atroces souffrances, M. Juvin ? », je vous dirais non.
05:46Non, concluez pas que je veux l'euthanasie.
05:47Moi, je veux être soigné.
05:48En fait, je suis médecin, oui, je vous le dis.
05:50Des morts, j'en vois.
05:51Et j'en vois depuis des années.
05:53J'ai eu des demandes d'euthanasie dans ma carrière.
05:56Pas beaucoup.
05:57Pas autant qu'on ne croit.
05:58Quelques-unes.
05:59Mais toutes se sont évaporées, ont disparu au moment où je leur apportais une réponse.
06:04Il y a une statistique très intéressante que je cite dans une interview récente.
06:07Quand vous entrez en soins palliatifs, 3% des gens disent « Je veux mourir. Donnez-moi la mort. »
06:13On ne leur donne pas puisque l'euthanasie est interdite.
06:16Une semaine plus tard, ils ne sont plus 3%, ils sont 0,3%.
06:19Divisé par 10.
06:20Qu'est-ce qui s'est passé en 7 jours ?
06:22On a pris soin des gens.
06:23On a pris soin des gens.
06:24On leur a apporté des réponses à leur douleur physique, psychologique, spirituelle, leur isolement social.
06:30Parfois, c'est la pression de la famille.
06:31Vous ne faites aucune illusion.
06:32Il y a des pressions de la famille.
06:33L'abus de faiblesse, ça existe.
06:36C'est ça que je souhaite, c'est qu'on ne règle pas le problème d'un coup de baguette
06:42en disant que l'euthanasie, ça règle la question.
06:44La fraternité, c'est apporter une réponse.
06:47Ce n'est pas se débarrasser des gens.
06:49Et puis, je conclue là-dessus.
06:50Il y a des tas de catégories de gens qui vont avoir accès à l'euthanasie dans des conditions qui
06:54me paraissent folles.
06:55Au nom de cette fameuse liberté, par exemple, quand vous êtes sous tutelle, vous n'avez pas le droit de
06:59signer un chèque.
06:59Mais vous aurez le droit de demander l'euthanasie.
07:03Les psychiatres savent que quand on est dépressif, on n'est pas libre.
07:07Et c'est ça que je veux souligner.
07:09Philippe Juvin, député des Hauts-de-Seine, invité des 4V, l'examen du texte sur la fin de vie reprend
07:14cet après-midi à l'Assemblée.
07:15Merci à tous.
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