Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures
Ce lundi 2 mars, Patrice Geoffron, professeur à Dauphine et directeur du Centre de géopolitique de l'Énergie, était l'invité dans l'émission Good Morning Business sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Good morning business, la matinale de l'économie.
00:03Bonjour Patrice Geoffron, vous êtes professeure à Dauphine, directeur du centre géopolitique de l'énergie.
00:09On va parler de l'énergie évidemment beaucoup ce matin, la situation est critique, évidemment depuis deux jours,
00:14et cette situation au Moyen-Orient.
00:17J'aimerais d'abord qu'on remette cette information, qu'on explique le rôle exact de l'Iran sur les
00:23marchés mondiaux du pétrole.
00:26Alors, en fait c'est moins son rôle direct, parce que c'est un petit producteur, environ 3 millions de
00:30barils par jour,
00:31donc on est à 3% de la production quotidienne.
00:36En revanche, c'est la problématique du détroit d'Hormuz, qui comme son nom l'indique est très étroit,
00:41quelques dizaines de kilomètres, et donc dans une zone qui est une zone, elle, très riche en producteurs,
00:46notamment l'Arabie Saoudite.
00:48Et donc, si on regarde les données de l'année 2025, 20% du pétrole mondial extrait
00:54avait vocation à passer par le détroit d'Hormuz quotidiennement.
00:58Et cerise sur le gâteau, si je puis dire, évidemment avec beaucoup de guillemets,
01:01il y a également un nouveau paramètre qui est celui du gaz naturel liquéfié,
01:04qui plus que par le passé, du fait de la marginalisation des Russes,
01:08est produit, donc liquéfié, sort également par le détroit d'Hormuz à partir du Qatar,
01:13et donc tous ces bateaux là sont bloqués en attente d'un apaisement.
01:17Pour le moment, après ce week-end, ce détroit est immobilisé,
01:21il est gardé par les gardiens de la Révolution qui décident effectivement de cela.
01:25Est-ce qu'ils peuvent maintenir cette situation pendant longtemps ?
01:28Alors ça paraît difficile, en revanche, ce qui est tout à fait certain,
01:32c'est que pour eux c'est une arme maîtresse.
01:36C'est une menace qui est brandie depuis des dizaines d'années,
01:39c'est la première fois qu'elle est mise en œuvre aussitôt dans un conflit
01:43et avec autant d'intensité, mais dans un contexte dans lequel l'intégralité,
01:47pour ce qu'on peut en savoir, du haut commandement religieux et politique,
01:51a été éradiquée.
01:53Et donc la volonté du pouvoir iranien, pour ce qu'on peut en comprendre,
01:58est de mettre très très tôt la pression de telle manière à ce que les prix du pétrole montent,
02:03et ça c'est une fragilité pour les États-Unis,
02:05parce que Donald Trump s'est engagé auprès de sa base électorale
02:08à faire baisser sensiblement le prix à la pompe,
02:11ce qu'il n'a pas fait, en dépit de ce qu'il a évoqué il y a quelques jours
02:14au discours sur l'État de l'Union.
02:16Et là, le prix à la pompe, mécaniquement, il va avoir vocation à monter,
02:20et ça à quelques mois des mid-terms.
02:22On parlait tout à l'heure des 80 dollars, a priori, qui seraient atteints dans la journée,
02:26c'est ce que disait Philippe Chalmin, ça pourrait aller jusqu'où,
02:28ça pourrait monter jusqu'où, en fonction évidemment de la durée de cette crise ?
02:31Alors ce qu'on peut attendre dans les prochains jours,
02:33c'est de se tenir quelque part entre 80 et 90 dollars,
02:37notamment parce qu'une partie du risque avait été anticipé au cours de ces dernières semaines,
02:41notamment au cours de la dernière semaine.
02:42Après, on peut de fait tout imaginer, y compris un prix du baril
02:48qui monterait au-delà de 100 dollars,
02:50si on devait avoir, encore une fois, un phénomène qui perdure,
02:53et puis peut-être, très concrètement, des pétroliers coulés
02:57et une obstruction mécanique ou des difficultés à faire circuler les bateaux.
03:03Et par ailleurs, avec une prime de risque,
03:05la question assurancielle, évidemment, dans ce contexte,
03:07elle est absolument essentielle.
03:09Les primes qui ont déjà commencé à augmenter dans ces circonstances,
03:12on en a parlé effectivement ce matin.
03:14Quelle peut être donc la réaction de l'Occident ?
03:17C'est peut-être un terme mal choisi,
03:18mais les armes en sont pouvoirs pour contourner cette situation,
03:22au moins à court terme ?
03:24Alors le contournement mécaniquement, il est impossible,
03:27parce que pour l'essentiel, le C20 millions de barils,
03:30ils n'ont pas, ou très marginalement,
03:31de possibilité d'être exportés par des pipelines.
03:35C'est la force, évidemment, de l'Iran dans ce contexte.
03:38Alors après, on pourrait entrer dans une considération militaire
03:41que je ne maîtrise pas réellement.
03:43Et donc, il me semble qu'en tout cas,
03:46les États-Unis vont mettre, voilà, j'allais dire le paquet,
03:49l'accent très fortement, évidemment, sur le rétablissement des flux.
03:54Mais ça conduit également à dire que du côté américain,
03:57on a sans doute une durée d'engagement dans ce conflit
04:01qui, en tout cas, est indexée sur le prix du baril.
04:04C'est-à-dire qu'au-delà de quelques semaines,
04:06et si les tensions devaient perdurer,
04:08à ce moment-là, les tensions internes sur le prix à la pompe aux États-Unis
04:11deviendraient assez critiques.
04:13Encore une fois, il faut avoir à l'esprit
04:15le fait que cette action, elle est moins soutenue
04:18que l'on peut l'être auprès de prédécesseurs de Trump auparavant.
04:22Et donc, dans le camp Maga, notamment,
04:25et même à l'intérieur de la Maison-Blanche,
04:26on va sans doute voir apparaître des tensions assez rapidement
04:30liées au prix du pétrole, mais également au prix du gaz.
04:33C'est pour ça qu'il a parlé de quatre semaines, Donald Trump ?
04:36Est-ce que c'est parce que, réellement,
04:38c'est un délai qui paraît raisonnable
04:40pour aller au bout de ce conflit-là ?
04:43Ou c'est justement par rapport à son propre agenda politique ?
04:46Oui, je pense que le signal qu'il veut envoyer
04:49est de ne pas se dédire par rapport à ce qu'était la politique
04:52qu'il souhaitait mettre en œuvre,
04:54une politique de non-interventionnisme et d'America first.
04:57Là, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a au moins
05:00une rupture de cet engagement.
05:04Idéalement, il aurait souhaité une stratégie de type
05:06« eat and run », on frappe et puis le système s'effondre
05:09un peu à la vénézuélienne, sauf que, évidemment,
05:12l'Iran, de fait, n'est pas le Venezuela.
05:14Il n'est pas le Venezuela non plus pour ce qui est
05:16de l'importance, évidemment, de cette zone
05:18en termes de flux et l'impact potentiel sur le prix du baril,
05:21qui avait très peu bougé au moment de l'action
05:23à l'encontre de Maduro, mais qui a vocation, évidemment,
05:27à rester associé à une prime de risque assez élevée
05:30pendant quelques temps.
05:31Ça va avoir aussi un impact sur l'Iran en lui-même,
05:34qui a besoin de l'exporter, son pétrole.
05:37D'ailleurs, il avait augmenté ses exportations
05:39avant cette crise, sentant probablement
05:43la situation arriver.
05:45Tout à l'heure, on disait que l'économie
05:47était en ruine dans ce pays.
05:49Oui, l'économie est fragilisée par des décennies,
05:52et notamment au cours de ces dernières années
05:53de sanctions par une inflation de l'ordre de 40 %,
05:57ce sont les données de 2025.
05:59Donc, évidemment, ce contexte ne permet pas
06:01de maintenir, avant l'effondrement de l'économie,
06:03du côté iranien, des tensions de cet ordre.
06:08Et donc, on peut difficilement imaginer
06:11l'entrée dans une forme de guerre d'attrition.
06:13C'est la raison pour laquelle ce qui va se jouer,
06:14évidemment, durant le mois de mars,
06:16va être à cet égard absolument essentiel.
06:19Pour ce qu'on peut en savoir,
06:20des barils avaient été prépositionnés
06:23en ayant franchi le détroit d'Hormuz
06:25avant le début du conflit,
06:26ce qui est absolument essentiel pour,
06:28aux yeux des Chinois, être considérés
06:31comme un fournisseur fiable.
06:34Du côté de la Chine, d'ailleurs,
06:35il y a un enjeu à ce qui est en train de se passer,
06:37parce qu'avec l'interruption des flux
06:40en provenance du Venezuela,
06:41et puis ces tensions, pour le moins,
06:43pendant quelque temps sur l'Iran,
06:45on se retrouve avec deux fournisseurs
06:48importants pour la Chine en matière de pétrole.
06:50Vers qui pourrait-il se tourner ?
06:52Du coup, il y aurait une troisième option ?
06:53Alors, on est sur un marché
06:55qui, à la différence du gaz,
06:57n'est pas structuré par des contrats d'engagement
06:59sur des mois ou sur des années.
07:01Donc, il n'y a pas de risque de pénurie.
07:03En revanche, il y a le risque de se voir,
07:05y compris pour nous-mêmes,
07:06et avant toute chose, même pour nous-mêmes,
07:07de se voir soumis à des prix plus élevés,
07:10avec un impact sur l'activité chinoise,
07:12et plus encore sur la nôtre.
07:14Rappelons que la France importe 99% de son pétrole
07:18et 96% de son gaz.
07:20J'ai une dernière question.
07:22L'AIEA a convoqué une réunion extraordinaire ce lundi.
07:26L'Agence internationale de l'énergie atomique,
07:28on parle aussi, il y a un très gros dossier nucléaire ici.
07:33Qu'est-ce qui va être discuté concrètement
07:36lors de cette réunion ?
07:37Alors, j'ai un peu de mal à imaginer concrètement
07:39ce que peut être l'agenda, parce que l'objectif,
07:43le but de guerre, à la fois du côté américain
07:44et du côté israélien,
07:48est d'en finir une fois pour toutes
07:49avec la menace d'un enrichissement.
07:51Et on a vu d'ailleurs que les États-Unis
07:52avaient fait des propositions,
07:53y compris très singulières, très engageantes,
07:56de fournir l'Iran avec de l'uranium enrichi,
08:00de telle manière, et gratuitement,
08:02à nouveau pour ce qu'on peut en savoir,
08:04et de telle manière à contrôler
08:06l'intégralité du processus.
08:08Dès lors que cette proposition,
08:11encore une fois très singulière,
08:12avait été repoussée par l'Iran,
08:14le but, c'est vraiment d'avoir un impact
08:17bien plus considérable que celui de l'an dernier
08:19sur ce programme.
08:22Et pour Israël, on peut imaginer évidemment
08:25l'importance d'être tout à fait au clair
08:28à la fin de ce conflit
08:29sur la capacité de reconstruire
08:34une industrie dans ce domaine
08:35avec des visées éventuellement militaires.
08:37Merci beaucoup, Patrice Geoffron,
08:39d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
08:42Professeur Adaufiné, directeur du Centre Géopolitique de l'Énergie,
08:44merci d'avoir été avec moi dans cette émission.
Commentaires

Recommandations