00:00Good morning business, la matinale de l'économie.
00:03Bonjour Patrice Geoffron, vous êtes professeure à Dauphine, directeur du centre géopolitique de l'énergie.
00:09On va parler de l'énergie évidemment beaucoup ce matin, la situation est critique, évidemment depuis deux jours,
00:14et cette situation au Moyen-Orient.
00:17J'aimerais d'abord qu'on remette cette information, qu'on explique le rôle exact de l'Iran sur les
00:23marchés mondiaux du pétrole.
00:26Alors, en fait c'est moins son rôle direct, parce que c'est un petit producteur, environ 3 millions de
00:30barils par jour,
00:31donc on est à 3% de la production quotidienne.
00:36En revanche, c'est la problématique du détroit d'Hormuz, qui comme son nom l'indique est très étroit,
00:41quelques dizaines de kilomètres, et donc dans une zone qui est une zone, elle, très riche en producteurs,
00:46notamment l'Arabie Saoudite.
00:48Et donc, si on regarde les données de l'année 2025, 20% du pétrole mondial extrait
00:54avait vocation à passer par le détroit d'Hormuz quotidiennement.
00:58Et cerise sur le gâteau, si je puis dire, évidemment avec beaucoup de guillemets,
01:01il y a également un nouveau paramètre qui est celui du gaz naturel liquéfié,
01:04qui plus que par le passé, du fait de la marginalisation des Russes,
01:08est produit, donc liquéfié, sort également par le détroit d'Hormuz à partir du Qatar,
01:13et donc tous ces bateaux là sont bloqués en attente d'un apaisement.
01:17Pour le moment, après ce week-end, ce détroit est immobilisé,
01:21il est gardé par les gardiens de la Révolution qui décident effectivement de cela.
01:25Est-ce qu'ils peuvent maintenir cette situation pendant longtemps ?
01:28Alors ça paraît difficile, en revanche, ce qui est tout à fait certain,
01:32c'est que pour eux c'est une arme maîtresse.
01:36C'est une menace qui est brandie depuis des dizaines d'années,
01:39c'est la première fois qu'elle est mise en œuvre aussitôt dans un conflit
01:43et avec autant d'intensité, mais dans un contexte dans lequel l'intégralité,
01:47pour ce qu'on peut en savoir, du haut commandement religieux et politique,
01:51a été éradiquée.
01:53Et donc la volonté du pouvoir iranien, pour ce qu'on peut en comprendre,
01:58est de mettre très très tôt la pression de telle manière à ce que les prix du pétrole montent,
02:03et ça c'est une fragilité pour les États-Unis,
02:05parce que Donald Trump s'est engagé auprès de sa base électorale
02:08à faire baisser sensiblement le prix à la pompe,
02:11ce qu'il n'a pas fait, en dépit de ce qu'il a évoqué il y a quelques jours
02:14au discours sur l'État de l'Union.
02:16Et là, le prix à la pompe, mécaniquement, il va avoir vocation à monter,
02:20et ça à quelques mois des mid-terms.
02:22On parlait tout à l'heure des 80 dollars, a priori, qui seraient atteints dans la journée,
02:26c'est ce que disait Philippe Chalmin, ça pourrait aller jusqu'où,
02:28ça pourrait monter jusqu'où, en fonction évidemment de la durée de cette crise ?
02:31Alors ce qu'on peut attendre dans les prochains jours,
02:33c'est de se tenir quelque part entre 80 et 90 dollars,
02:37notamment parce qu'une partie du risque avait été anticipé au cours de ces dernières semaines,
02:41notamment au cours de la dernière semaine.
02:42Après, on peut de fait tout imaginer, y compris un prix du baril
02:48qui monterait au-delà de 100 dollars,
02:50si on devait avoir, encore une fois, un phénomène qui perdure,
02:53et puis peut-être, très concrètement, des pétroliers coulés
02:57et une obstruction mécanique ou des difficultés à faire circuler les bateaux.
03:03Et par ailleurs, avec une prime de risque,
03:05la question assurancielle, évidemment, dans ce contexte,
03:07elle est absolument essentielle.
03:09Les primes qui ont déjà commencé à augmenter dans ces circonstances,
03:12on en a parlé effectivement ce matin.
03:14Quelle peut être donc la réaction de l'Occident ?
03:17C'est peut-être un terme mal choisi,
03:18mais les armes en sont pouvoirs pour contourner cette situation,
03:22au moins à court terme ?
03:24Alors le contournement mécaniquement, il est impossible,
03:27parce que pour l'essentiel, le C20 millions de barils,
03:30ils n'ont pas, ou très marginalement,
03:31de possibilité d'être exportés par des pipelines.
03:35C'est la force, évidemment, de l'Iran dans ce contexte.
03:38Alors après, on pourrait entrer dans une considération militaire
03:41que je ne maîtrise pas réellement.
03:43Et donc, il me semble qu'en tout cas,
03:46les États-Unis vont mettre, voilà, j'allais dire le paquet,
03:49l'accent très fortement, évidemment, sur le rétablissement des flux.
03:54Mais ça conduit également à dire que du côté américain,
03:57on a sans doute une durée d'engagement dans ce conflit
04:01qui, en tout cas, est indexée sur le prix du baril.
04:04C'est-à-dire qu'au-delà de quelques semaines,
04:06et si les tensions devaient perdurer,
04:08à ce moment-là, les tensions internes sur le prix à la pompe aux États-Unis
04:11deviendraient assez critiques.
04:13Encore une fois, il faut avoir à l'esprit
04:15le fait que cette action, elle est moins soutenue
04:18que l'on peut l'être auprès de prédécesseurs de Trump auparavant.
04:22Et donc, dans le camp Maga, notamment,
04:25et même à l'intérieur de la Maison-Blanche,
04:26on va sans doute voir apparaître des tensions assez rapidement
04:30liées au prix du pétrole, mais également au prix du gaz.
04:33C'est pour ça qu'il a parlé de quatre semaines, Donald Trump ?
04:36Est-ce que c'est parce que, réellement,
04:38c'est un délai qui paraît raisonnable
04:40pour aller au bout de ce conflit-là ?
04:43Ou c'est justement par rapport à son propre agenda politique ?
04:46Oui, je pense que le signal qu'il veut envoyer
04:49est de ne pas se dédire par rapport à ce qu'était la politique
04:52qu'il souhaitait mettre en œuvre,
04:54une politique de non-interventionnisme et d'America first.
04:57Là, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a au moins
05:00une rupture de cet engagement.
05:04Idéalement, il aurait souhaité une stratégie de type
05:06« eat and run », on frappe et puis le système s'effondre
05:09un peu à la vénézuélienne, sauf que, évidemment,
05:12l'Iran, de fait, n'est pas le Venezuela.
05:14Il n'est pas le Venezuela non plus pour ce qui est
05:16de l'importance, évidemment, de cette zone
05:18en termes de flux et l'impact potentiel sur le prix du baril,
05:21qui avait très peu bougé au moment de l'action
05:23à l'encontre de Maduro, mais qui a vocation, évidemment,
05:27à rester associé à une prime de risque assez élevée
05:30pendant quelques temps.
05:31Ça va avoir aussi un impact sur l'Iran en lui-même,
05:34qui a besoin de l'exporter, son pétrole.
05:37D'ailleurs, il avait augmenté ses exportations
05:39avant cette crise, sentant probablement
05:43la situation arriver.
05:45Tout à l'heure, on disait que l'économie
05:47était en ruine dans ce pays.
05:49Oui, l'économie est fragilisée par des décennies,
05:52et notamment au cours de ces dernières années
05:53de sanctions par une inflation de l'ordre de 40 %,
05:57ce sont les données de 2025.
05:59Donc, évidemment, ce contexte ne permet pas
06:01de maintenir, avant l'effondrement de l'économie,
06:03du côté iranien, des tensions de cet ordre.
06:08Et donc, on peut difficilement imaginer
06:11l'entrée dans une forme de guerre d'attrition.
06:13C'est la raison pour laquelle ce qui va se jouer,
06:14évidemment, durant le mois de mars,
06:16va être à cet égard absolument essentiel.
06:19Pour ce qu'on peut en savoir,
06:20des barils avaient été prépositionnés
06:23en ayant franchi le détroit d'Hormuz
06:25avant le début du conflit,
06:26ce qui est absolument essentiel pour,
06:28aux yeux des Chinois, être considérés
06:31comme un fournisseur fiable.
06:34Du côté de la Chine, d'ailleurs,
06:35il y a un enjeu à ce qui est en train de se passer,
06:37parce qu'avec l'interruption des flux
06:40en provenance du Venezuela,
06:41et puis ces tensions, pour le moins,
06:43pendant quelque temps sur l'Iran,
06:45on se retrouve avec deux fournisseurs
06:48importants pour la Chine en matière de pétrole.
06:50Vers qui pourrait-il se tourner ?
06:52Du coup, il y aurait une troisième option ?
06:53Alors, on est sur un marché
06:55qui, à la différence du gaz,
06:57n'est pas structuré par des contrats d'engagement
06:59sur des mois ou sur des années.
07:01Donc, il n'y a pas de risque de pénurie.
07:03En revanche, il y a le risque de se voir,
07:05y compris pour nous-mêmes,
07:06et avant toute chose, même pour nous-mêmes,
07:07de se voir soumis à des prix plus élevés,
07:10avec un impact sur l'activité chinoise,
07:12et plus encore sur la nôtre.
07:14Rappelons que la France importe 99% de son pétrole
07:18et 96% de son gaz.
07:20J'ai une dernière question.
07:22L'AIEA a convoqué une réunion extraordinaire ce lundi.
07:26L'Agence internationale de l'énergie atomique,
07:28on parle aussi, il y a un très gros dossier nucléaire ici.
07:33Qu'est-ce qui va être discuté concrètement
07:36lors de cette réunion ?
07:37Alors, j'ai un peu de mal à imaginer concrètement
07:39ce que peut être l'agenda, parce que l'objectif,
07:43le but de guerre, à la fois du côté américain
07:44et du côté israélien,
07:48est d'en finir une fois pour toutes
07:49avec la menace d'un enrichissement.
07:51Et on a vu d'ailleurs que les États-Unis
07:52avaient fait des propositions,
07:53y compris très singulières, très engageantes,
07:56de fournir l'Iran avec de l'uranium enrichi,
08:00de telle manière, et gratuitement,
08:02à nouveau pour ce qu'on peut en savoir,
08:04et de telle manière à contrôler
08:06l'intégralité du processus.
08:08Dès lors que cette proposition,
08:11encore une fois très singulière,
08:12avait été repoussée par l'Iran,
08:14le but, c'est vraiment d'avoir un impact
08:17bien plus considérable que celui de l'an dernier
08:19sur ce programme.
08:22Et pour Israël, on peut imaginer évidemment
08:25l'importance d'être tout à fait au clair
08:28à la fin de ce conflit
08:29sur la capacité de reconstruire
08:34une industrie dans ce domaine
08:35avec des visées éventuellement militaires.
08:37Merci beaucoup, Patrice Geoffron,
08:39d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
08:42Professeur Adaufiné, directeur du Centre Géopolitique de l'Énergie,
08:44merci d'avoir été avec moi dans cette émission.
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