00:00Salon international de l'agriculture depuis le stand de la coopération agricole.
00:04Le Grand Matin Sud Radio, la vérité en face, Maxime Liedot.
00:10Et 9h18 sur Sud Radio alors que nous sommes en direct jusqu'à 10h depuis le Salon de l'agriculture.
00:1662ème édition sur le stand de la coopération agricole justement pour parler vrai comme on le fait d'habitude sur
00:21cette radio.
00:22Mais parler vrai de quoi ? Des problèmes que rencontrent nos producteurs, nos agriculteurs et en l'occurrence durant les
00:27prochaines minutes de nos vignerons.
00:29Bonjour Joël Bouaille.
00:30Bonjour.
00:30Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:32Vous êtes président de l'interprofession des vins du Sud-Ouest et président également des vignerons coopérateurs de France.
00:37Beaucoup d'actualités, beaucoup de sujets à balayer avec vous.
00:40Le premier c'est qu'on a appris en début de semaine que certains produits qui incluaient l'utilisation du
00:45cuivre
00:46et qui étaient indispensables au bon fonctionnement, au bon exercice de l'activité de vignerons
00:51n'avaient simplement pas obtenu leur fameuse autorisation de mise sur le marché.
00:57Comment vous l'expliquez et dans quel état sont aujourd'hui les vignerons qui ont un besoin vital de ce
01:04type de produit ?
01:06Je n'arrive pas à me l'expliquer réellement parce que ça démontre une déconnexion complète
01:13entre des injonctions administratives et en même temps en face une obligation de résultat que nous avons
01:23notamment en agriculture biologique et en viticulture biologique pour le coup
01:28puisque je le rappelle, le cuivre est la seule matière active que nous ayons à disposition
01:35pour lutter contre le milieu en agriculture biologique.
01:39Donc ce que vous nous dites ce matin c'est qu'en réalité beaucoup pensent apparemment faire une bonne oeuvre
01:44en interdisant l'utilisation du cuivre dans certains produits pour les vignerons
01:47alors que quand on est vigneron, qu'on fait de l'agriculture biologique, c'est en réalité le seul produit
01:51qu'on peut utiliser.
01:53Exactement, donc on amène une catégorie de vignerons qui produisent un type de vin, le vin biologique
02:00qui est attendu par les consommateurs, on amène tous ces vignerons dans l'impasse
02:05et on met une croix sur cette viticulture biologique.
02:09Et pour vous c'est quoi ? C'est une logique qui peut être écologique dans le sens où elle
02:14est biaisée par une certaine idéologie
02:16ou alors c'est simplement une décision administrative qui vient, on va dire, s'imposer en déconnexion totale
02:24de la connaissance d'un secteur et d'un métier ?
02:27Alors c'est à la fois prendre juste le fait de, j'allais dire, de la rémanence du cuivre dans
02:36les sols,
02:37effectivement, dans le temps, qui a une difficulté à se dégrader.
02:41Et donc il faut limiter au maximum l'utilisation du cuivre ou les doses utilisées,
02:46ce que font aujourd'hui les agriculteurs et les vignerons bio, déjà, pour limiter cet impact sur le sol.
02:53Mais il n'empêche qu'on raisonne trop souvent dans notre pays par silos.
02:59Donc l'ANSES, pour le coup, qui a pris cette décision, a juste raisonné dans le sens de ce qu
03:07'elle voit par rapport au sol.
03:08Et peu importe s'il y a des enjeux économiques et même environnementaux, finalement.
03:14Puisque si les vignerons n'ont plus d'autres solutions, ils quitteront la viticulture biologique
03:19et reviendront vers du conventionnel à réutiliser des produits qui, quelquefois, sont décriés par ailleurs.
03:25C'est une décision totalement anti-écologique.
03:26Mais finalement, à la fin, oui.
03:28Ça risque de se transformer de cette façon.
03:29À la fin, complètement.
03:30– Joël Boy, vous êtes président de l'interprofession des vins du Sud-Ouest
03:33et président des vignerons coopérateurs de France.
03:35Vous avez donc une place de choix ici, dans cette 62e édition du Salon de l'Agriculture.
03:41Est-ce que quand vous êtes arrivé la semaine dernière avec ces problèmes, j'imagine,
03:44est-ce que vous avez pu trouver des solutions ?
03:46Parce que beaucoup de professionnels viennent ici aussi pour serrer des paluches, certes,
03:49pour souhaiter et pour fêter l'agriculture française, certes,
03:51mais aussi pour avoir des solutions à des problèmes.
03:53Est-ce que ça a été le cas ?
03:54– Alors, je viens au Salon avec deux ambitions.
03:57La première, effectivement, avec ma casquette de président national,
04:02c'est de rencontrer des ministres, des parlementaires, députés, sénateurs,
04:07les députés européens, le commissaire, et ainsi de suite.
04:10Et je savais, en arrivant, que mon carnet de rendez-vous était plein pour la semaine
04:15et que j'allais rencontrer tout le spectre politique, en plus.
04:18– Et donc évoquer les problèmes, les nombreux problèmes auxquels vous êtes confrontés,
04:21dont celui-ci, j'imagine.
04:22– Évoquer ce problème sanitaire, mais également les problèmes d'organisation
04:26de notre filière viticole et de l'avenir des caves coopératives,
04:30plus particulièrement, puisqu'on est quand même dans un moment de réelle difficulté.
04:35Et puis après, il y a aussi le sujet de rencontrer les consommateurs,
04:39ceux qui achètent nos produits à la fin.
04:41– Pour eux aussi les sensibiliser.
04:43– Pour les sensibiliser, pour la faire toucher du doigt,
04:45ce que nous faisons tous les jours dans nos vignes,
04:48comment nous transformons nos raisins en vins,
04:50et ce que deviennent nos vins, et ce que sont réellement nos vins.
04:53Sur la première partie, je vous avoue que je suis,
04:56je repars finalement avec les mêmes questions que celles que j'avais en arrivant.
05:01– C'est un salon de l'agriculture inutile pour vous ?
05:03– Pas inutile, mais quasiment pour rien.
05:06Parce qu'effectivement, je sens aujourd'hui,
05:10dans le personnel politique que j'ai rencontré,
05:13tout le spectre confondu,
05:16quelque chose qui ressemble à une fin de cycle.
05:20Et dans un moment de difficulté que nous traversons,
05:23comme celui qu'on connaît dans la filière viticole,
05:26et pour nos caves coopératives en particulier,
05:28où on aurait besoin de perspectives, de tracés, des lignes…
05:32– Vous sentez qu'il n'y a aucune réponse à la hauteur des difficultés
05:34de traverser la perte du personnel politique ?
05:36– On voit bien que là, il y a deux sujets sur la table.
05:40Il y a les conférences sur la souveraineté alimentaire,
05:42et il y a la loi d'urgence agricole.
05:45– La ministre nous en a parlé ce matin.
05:46– Si ces deux sujets n'aboutissent pas avant l'été,
05:52je vous dis qu'il ne se passera rien avant l'été 2027,
05:55parce qu'immédiatement, tout le monde va rentrer dans la phase
05:59de l'élection présidentielle, et tout ça ne sera plus le sujet.
06:03Et j'ai peur que, pour le coup, que tous ces gens
06:07qu'on a rencontrés cette semaine soient déjà peu ou prou
06:10dans cette perspective-là, et n'aient plus envie de secouer la table
06:14comme on devrait le faire pour redonner un peu de gaz
06:17à une économie qui en a bien besoin quand même.
06:20– Venons-en justement aux nombreux problèmes
06:21que traverse votre profession, et vous êtes là, je le rappelle,
06:25Joël Boy, en tant que président de l'interprofession
06:27des vins du Sud-Ouest, et président aussi des vignerons
06:30coopérateurs de France, rappelez d'abord, dans un premier temps,
06:32peut-être, quand vous parlez de cave coopérative,
06:35beaucoup de Français l'entendent, mais ne savent pas forcément
06:37ce que c'est une cave coopérative. Peut-être, rappelez-le.
06:40– Une cave coopérative, c'est tout simplement,
06:43je suis un vigneron à Saint-Monde-le-Gers,
06:46je produis mes raisins, je conduis mes vignes,
06:49je produis des raisins que je vais livrer à la cave coopérative
06:52où nous mutualisons avec mes collègues vignerons coopérateurs,
06:56le fait de vinifier à tous ensemble les raisins que nous produisons,
07:01et ensuite, nous mettons en marché un vin qui a été produit
07:04de façon collective.
07:06– C'est un secteur en difficulté, mais c'est un secteur qui va bénéficier
07:08d'un certain nombre d'aides, notamment débloquées par l'Union européenne,
07:12l'a-t-on appris il y a quelque temps, c'est-à-dire 40 millions d'euros,
07:15largement en faveur des caves coopératives, précisément pour aider
07:19à la distillation de l'alcool.
07:21– Alors, si je ne dis pas n'importe quoi, est-ce que ça, ça va dans le bon sens,
07:25par exemple ?
07:25– C'est une aide conjoncturelle, c'est un pincement, en réalité,
07:31qui ne va pas aider que les caves coopératives, d'ailleurs,
07:34qui va aider l'ensemble des vignerons.
07:35– Mais avec une plus grosse partie, en tout cas,
07:37– Oui, probablement que les vignerons coopérateurs
07:42souscriront un peu plus à la mesure,
07:44mais il n'empêche, ça reste quand même un pincement
07:46à mener dans un moment de crise.
07:49Et ce que nous proposons à la ministre,
07:53c'est plus souvent de se projeter
07:55et de plutôt engager des fonds structurellement,
07:58et en plus, on a eu un audit du CGAER, là, il y a quelques jours,
08:02qui nous a dit que les pouvoirs…
08:03– Le CGAER, pour tous ceux qui nous éclosent ?
08:04– C'est le Conseil général de l'alimentation
08:07et de l'aménagement rural,
08:08qui nous a dit que les pouvoirs publics
08:11devaient accompagner ce mouvement de restructuration
08:14des caves coopératives,
08:15parce que dans la difficulté que nous connaissons,
08:18eh bien, les caves vont devoir se rapprocher,
08:22se mettre en union, fusionner,
08:23il va y avoir un mouvement de concentration
08:25qui est inéluctable,
08:26et donc il faut accompagner ce mouvement
08:29pour préparer, parce qu'on l'a bien vu aussi cette semaine,
08:32et c'était le second point dont je voulais parler tout à l'heure,
08:34c'est que les consommateurs,
08:36les gens qui viennent au salon de l'agriculture en visiteurs,
08:40eux sont heureux de se rendre compte
08:41que dans nos caves coopératives,
08:43il y a un bouillonnement actuellement
08:45d'inventions de nouveaux vins,
08:48de nouveaux concepts,
08:49de nouveaux contenants,
08:50des produits à base de vins,
08:52ainsi de suite,
08:53et que ça cogite fort justement
08:56pour pallier la baisse de la consommation
08:59que nous connaissons par ailleurs,
09:00et ne pas avoir justement
09:02qu'à distiller ou qu'à arracher des vignes.
09:04Donc vous dites que tout ce qu'on peut reprocher,
09:07on va dire, dans le débat public,
09:08certainement aussi par facilité,
09:09par esprit français,
09:10c'est-à-dire tous ceux qui voient fleurir
09:12avec un peu de désespoir quand même
09:14le marché du vin sans alcool,
09:16le marché du vin en canette,
09:17le marché du vin pétillant,
09:18tout ça, vous dites,
09:19peut-être que ce n'est pas réjouissant pour certains,
09:21mais pour nous, en tout cas dans notre métier,
09:23c'est enthousiasmant,
09:24parce que c'est de la nouveauté,
09:25ce sont de nouveaux profils,
09:26c'est une nouvelle forme d'innovation.
09:27Mais il faut tout simplement s'adapter
09:30à des consommateurs qui changent,
09:32à des moments de consommation qui changent,
09:34à des goûts qui changent.
09:36Et que si on produit toujours le même vin
09:39depuis 150 ans,
09:41et bien effectivement,
09:42à un moment donné,
09:42il va falloir peut-être évoluer.
09:45Certains consommateurs continueront
09:47à boire ce vin comme on l'a toujours fait,
09:49mais d'autres auront envie d'autre chose
09:51et nous devons les entendre.
09:52Et bien en tout cas,
09:53nous, les auditeurs de Sud Radio,
09:55vous ont entendu ce matin, Joël Bois.
09:56Et merci beaucoup d'avoir été avec nous,
09:57président de l'interprofession des vins du Sud-Ouest
09:59et président des vignerons coopérateurs de France,
10:02toujours en direct du Salon de l'agriculture
10:04sur Sud Radio,
10:05jusqu'à 10h dans un instant avec nos habités.
10:07On va se poser cette question,
10:08est-ce que la France a encore les moyens
10:10d'être une puissance agricole ?
10:11Parce que oui, on adore les slogans,
10:13oui, on adore les lois,
10:14oui, on adore nos agriculteurs,
10:15mais alors quand il s'agit derrière
10:17de passer à l'ac,
10:17quand il s'agit derrière
10:19de mettre une bassine,
10:20quand il s'agit derrière
10:21de construire un nouveau poulailler,
10:22quand il s'agit derrière
10:23de construire de grands bâtiments agricoles,
10:25et bien là, les Français
10:26et notamment ceux qui habitent
10:28dans les zones rurales
10:29sont aux abonnés absents.
10:30D'où cette question
10:31qu'on vous pose ce matin
10:32sur le site sudradio.fr,
10:34sur l'application naturellement
10:35et sur les réseaux sociaux.
10:36La France a-t-elle encore les moyens
10:38d'être une puissance agricole ?
10:39Débat à suivre dans une poignée de secondes.
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