00:00Le Grand Entretien ce matin, c'est avec Christophe Péria.
00:02Bonjour, vous êtes le directeur général de Valeo.
00:04Vous avez publié vos résultats annuels hier soir après Bourse.
00:08Un chiffre d'affaires en baisse, oui, mais une marge opérationnelle qui est en hausse de 6%.
00:12Vous poursuivez l'amélioration de la rentabilité.
00:15Pourtant, le marché, il est compliqué.
00:16Le marché est compliqué, il y a des vents contraires, ça c'est sûr.
00:20Mais on y est habitué, ça fait un certain nombre d'années que ça dure.
00:24Nos résultats sont bons, ils sont solides, ils sont encore loin de notre potentiel,
00:27j'en suis convaincu, mais ils progressent d'année en année.
00:31Et quand on regarde ceux de 2025, parler des ventes,
00:34à périmètre échange constant, ça progresse un petit peu de 0,5%.
00:38La marge opérationnelle progresse, le résultat annuel progresse,
00:41la génération de cash progresse.
00:43Et pour certains indicateurs, comme la marge brute ou bien la génération de cash,
00:49ils sont même à des niveaux historiques.
00:50Donc il y a vraiment un redressement assez spectaculaire,
00:53mais on est encore loin de notre potentiel.
00:55Mais comment vous faites ?
00:56Parce qu'on a les résultats de Célantis et Renault,
00:58vous êtes équipementier automobile,
00:59on a l'automobile qui est quand même dans une situation difficile.
01:02Alors je ne sais pas s'il y a des négociations commerciales
01:04comme dans la grande distribution,
01:05mais j'imagine que c'est compliqué quand on fournit ce type d'entreprise aujourd'hui.
01:09Comment vous faites pour réussir justement à améliorer la rentabilité dans ce contexte ?
01:14C'est finalement assez simple.
01:15D'abord, avoir une certaine discipline sur les prix.
01:18On a des technologies.
01:20Valeo, comme vous le savez, est un groupe technologique.
01:22On est le premier dépositaire de brevets dans le monde.
01:27Donc il y a beaucoup de technologies chez Valeo.
01:29On les vend.
01:30On les vend au prix que méritent ces technologies.
01:34Et puis on a beaucoup travaillé sur nos coûts,
01:36ce qui est absolument nécessaire,
01:38parce qu'il y a cette offensive chinoise qui est importante dans l'industrie automobile.
01:42Donc il est essentiel de travailler sur nos coûts.
01:44Et on l'a fait beaucoup depuis 2024.
01:46Mais comment vous voyez aujourd'hui le marché automobile ?
01:49Vous dites, là on arrive à un creux,
01:50on va repartir grâce à nouveau à la voiture électrique.
01:54Comment vous regardez le marché ?
01:56Alors il y a le marché et puis il y a Valeo.
01:58Le marché en voie stable.
02:00Il n'aura pas d'élan.
02:01C'est comme ça.
02:02On ne peut rien y faire.
02:04Le marché sera stable.
02:05Par contre, Valeo, on a annoncé le retour de la croissance en 2027.
02:08Et c'est vraiment une annonce d'ailleurs qu'on a faite.
02:12Avec une prise de commande en hausse quand même.
02:13Avec des prises de commande qui sont à un très bon niveau.
02:16En hausse de 38% quand même.
02:17Absolument.
02:18Et ça, pas seulement en 2025.
02:19Quand vous regardez toute la période 2022-2025,
02:21on a pris beaucoup de commandes.
02:23Une fois et demie nos ventes.
02:25Alors dans le secteur automobile, il y a des cycles.
02:28C'est trois ans entre le moment où vous prenez une commande
02:30et le moment où vous en bénéficiez en termes de chiffre d'affaires.
02:33Donc il faut attendre un petit peu.
02:34Mais ça y est, ça vient.
02:35Et à partir de 2027, j'ai annoncé le retour de la croissance.
02:38Et ça, c'est quand même un événement assez spectaculaire.
02:41Parce que dans un marché que je qualifiais de sans élan...
02:44C'est-à-dire que vous battez la concurrence.
02:45On va réussir à augmenter nos ventes.
02:49On va réussir à recroître.
02:50Et c'est aussi important pour la génération de cash et pour la profitabilité.
02:53Parce que ça vous donne évidemment un boost pour augmenter votre profitabilité.
02:57Mais c'est quoi le best-seller, par exemple, chez vous ?
02:59Parce que vous me dites que c'est la techno qui compte.
03:01C'est quoi ce que vous demandent les équipementiers chez vous
03:03et qu'on n'a pas chez les autres ?
03:04Alors, c'est assez simple.
03:06La voiture, elle suit une transformation spectaculaire.
03:10Elle devient électrifiée.
03:12Et elle devient aussi, on va dire, plus sûre, autonome.
03:16Vous utilisez l'adjectif que vous voulez.
03:18Et ça, ce sont les technologies de vélo.
03:20Ce sont les technologies sur lesquelles nous avons vraiment fait des efforts
03:22super importants pour nous positionner.
03:25Et pour avoir des technologies, oui, je crois, qui sont différenciantes.
03:28C'est vous qui avez les caméras où on peut filmer la voiture et envoyer au secours ?
03:32Comme ça, on sait exactement ce qui s'est passé.
03:34On est numéro un mondial de beaucoup de capteurs dans la voiture, en particulier les caméras.
03:38Vous faisiez partie de la délégation des chefs d'entreprise
03:40qui accompagnaient Emmanuel Macron en Inde.
03:43L'Inde qui devient un sujet majeur quand on cherche de la croissance.
03:47Vous êtes revenu avec, d'une part, un contrat et de l'autre part, des investissements sur place.
03:51Oui, on a annoncé un investissement majeur de 200 millions d'euros en Inde.
03:55Donc, moi, je dis, c'est le moment de l'Inde.
03:59Et je dis aussi, c'est le moment de Valeo en Inde.
04:01Donc, il y a les deux choses.
04:02C'est le moment de l'Inde.
04:02Et je crois que tous ceux qui ont visité l'Inde récemment voient un changement profond dans le pays.
04:09C'est un pays qui a longtemps été un sous-traitant informatique du reste du monde.
04:14Aujourd'hui, il y a une génération d'entrepreneurs.
04:16Il y a une génération de nouvelles entreprises qui se créent.
04:20C'est très technologique.
04:21La pauvreté diminue.
04:23Il y a une émergence d'une classe moyenne qui est évidente.
04:26Ça se voit.
04:26Ça se voit dans la rue.
04:28Donc, c'est le moment de l'Inde.
04:30Et je pense que c'est un moment qui va durer.
04:32Et c'est aussi le moment de Valeo en Inde.
04:33Parce que finalement, même si on y est, nous, présents depuis presque 30 ans,
04:38on a assez peu de chiffre d'affaires là-bas.
04:40C'est 1% du chiffre d'affaires du groupe.
04:41Alors que l'Inde représente 6% des immatriculations mondiales.
04:45Pourquoi ?
04:45Parce que les voitures étaient assez basiques jusqu'à maintenant.
04:48Mais l'émergence d'une classe moyenne...
04:50On se souvient de la fameuse Tata, la voiture la moins chère du monde.
04:53Maintenant, ce n'est plus ça.
04:54D'ailleurs, ça n'a pas marché.
04:55La Tata, ça n'a pas trouvé son consommateur.
04:58Ce n'est plus ça.
04:59Eux aussi, ils ont une évolution technologique dans le véhicule important.
05:02C'est spectaculaire.
05:03Il suffit de se promener dans la rue.
05:05C'est absolument spectaculaire.
05:06Pour deux raisons.
05:07D'abord, parce qu'il y a une émergence, je le disais, d'une classe moyenne
05:09qui a soif d'une mobilité qui est plus électrifiée, qui est plus sûre, qui est plus confortable.
05:15Et puis aussi, la réglementation évolue.
05:17L'un et l'autre évoluent en même temps.
05:19En 2028, par exemple, le freinage d'urgence va devenir obligatoire.
05:23Et ça, pour nous, c'est super important.
05:25Parce qu'on est leader mondial de l'aide à la conduite.
05:27Parce qu'on développe tous les capteurs, tous les logiciels, tous les calculateurs
05:31qui permettent de réaliser ce type de fonction.
05:34Donc, c'est pour ça que je dis que c'est notre moment.
05:36Et en Inde, votre client, il est indien ?
05:38Nos clients, ce sont les clients du pays.
05:40C'est-à-dire, bien sûr, indien, oui.
05:42Absolument.
05:43Vous allez produire pour le marché local, comme vous faites à peu près partout.
05:47Oui, ça a toujours été notre stratégie.
05:48Et c'est une stratégie qui nous sert aujourd'hui, qui est très utile dans un monde où les droits
05:52de douane changent un peu partout, tous les jours.
05:55On a vraiment une stratégie d'être local.
05:57Et on est indien en Inde.
05:59D'ailleurs, l'Inde demande 80% de contenu local sur ses voitures à l'horizon 2030.
06:05Donc, il faut être local en Inde.
06:08Et on est local en Inde.
06:09Donc, l'Inde veut 80%.
06:11Le contenu local, ça existe en Inde, en Chine, aux États-Unis.
06:13Il y a ce débat, enfin ce débat, cette attente d'un projet pour l'Union européenne,
06:19qui est repoussée, repoussée, avec une proposition de contenu qui devrait être autour de 70% pour les véhicules électriques.
06:24Vous, vous étiez pour. On attend ce texte. Qu'est-ce que vous dites ? On ne va pas réussir
06:29à se mettre d'accord ?
06:30C'est quoi votre sentiment, là ?
06:32Je dis que c'est le moment du politique. Voilà. Maintenant, il faut décider.
06:35Maintenant, il faut trancher. Est-ce qu'on veut des emplois en Europe ou est-ce qu'on n'en
06:38veut pas ?
06:39Est-ce qu'on préfère une voiture pas chère avec tous les composants qui viennent de Chine ?
06:42Ou bien est-ce qu'on veut que les emplois industriels, automobiles, restent en Europe ?
06:48Je rappelle que l'industrie automobile est la première industrie européenne. Elle pèse pour 7 à 8% du PIB.
06:57C'est énorme. C'est absolument considérable.
06:59Donc il faut... Je rappelle aussi que l'industrie automobile européenne, elle ne s'est pas délocalisée.
07:0475% de la valeur d'une voiture européenne aujourd'hui, elle est faite en Europe. Voilà.
07:09Donc il faut absolument défendre ça. Il faut défendre les emplois qui sont en Europe. Il faut défendre l'industrie
07:17automobile européenne.
07:18Face aux consommateurs, parce que ça va renchérir le prix des véhicules.
07:21C'est un changement de logiciel. C'est un changement de logiciel de la Commission européenne.
07:24Vous savez que j'ai beaucoup milité sur ce sujet depuis maintenant un an et demi. Un an et demi,
07:28quand même.
07:29C'est long. C'est long pour obtenir de premières décisions, en tout cas de premières propositions.
07:34Mais là, vous y croyez ? Ces reports, ce n'est pas de mauvaise augure ?
07:38Ça veut dire qu'il y a des tensions. Mais quand la Commission européenne change de logiciel,
07:42quand un certain nombre de pays européens changent de logiciel, on peut aussi accepter l'idée que ça ne se
07:48passe pas en une nuit,
07:49qu'il faille beaucoup de réflexions, beaucoup de dialogues pour parvenir à créer un consensus.
07:56Les fuites qui sont sorties, je ne sais pas si elles sont justes ou pas, laissent entendre que oui, ce
08:02changement de logiciel, il arrive.
08:04Il arrive. Alors, est-ce que ce sera 70%, 75%, 65% ? Je n'en sais rien.
08:09Il faut que ça soit important comme chiffre pour que ça soit significatif, sinon ça n'a pas d'intérêt.
08:13Les choses sont simples. Aujourd'hui, la voiture européenne est produite à 75% en Europe.
08:18Donc, si vous avez un chiffre inférieur à 75%, ça veut dire plus de délocalisation.
08:22Si vous avez un chiffre supérieur à 75%, ça veut dire plus de relocalisation, de réindustrialisation.
08:28Et ça, ce n'est plus une décision de la filière automobile, c'est une décision politique.
08:33Mais est-ce que ça ne va pas ?
08:33C'est le moment du politique.
08:35La voiture électrique, quand même, ça commence à prendre, on voit des chiffres, on en voit dans la rue, c
08:39'est le changement quand même.
08:40Vous n'avez pas peur justement qu'on mette un petit coup si le prix remonte et qu'on n
08:44'arrive pas à avoir des véhicules accessibles ?
08:47Alors, c'est toujours le débat entre, voilà, est-ce qu'il faut donner priorité aux consommateurs ?
08:52Nous, on dit qu'il faut faire les deux au sens où nous, notre travail d'équipementier, le travail de
08:56Valeo,
08:57ça a toujours été de prendre une technologie et puis d'y travailler, d'y travailler, d'y travailler encore
09:01pour en faire baisser le coût.
09:02Et pour en faire baisser le coût, vous n'avez pas nécessairement besoin d'aller acheter loin de nos frontières.
09:07Merci beaucoup Christophe Péria d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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