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  • il y a 6 heures
Jeudi 26 février 2026, retrouvez Timothée Pubellier (Gérant de portefeuilles obligataires senior, Ostrum Asset Management) dans SMART PATRIMOINE, une émission présentée par Nicolas Pagniez.

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00:03Quelle approche à voir sur les marchés obligataires, voilà le sujet qui va nous animer à présent dans Enjeu patrimoine
00:09et pour en parler nous avons le plaisir d'accueillir sur le plateau de Smart Patrimoine Timothée Pubelier.
00:13Bonjour Timothée Pubelier. Bonjour Nicolas.
00:15Merci d'être avec nous, vous êtes gérant senior obligataire chez Ostrom Asset Management.
00:18On va essayer de comprendre quelle approche on peut avoir quand on est conseiller en gestion de patrimoine ou épargnant
00:24vis-à-vis de la poche obligataire de son portefeuille.
00:28Et la première question qu'on peut se poser quand on veut se demander ce qu'il en est de
00:34ces investissements obligataires,
00:35c'est est-ce que la nomination à la tête de la Réserve fédérale américaine de Kevin Warsh va changer
00:40ou a changé déjà
00:41la manière dont vous appréhendez les marchés obligataires en ce début d'année Timothée ?
00:45Alors en effet c'est un point extrêmement important, ça peut être un tournant pour l'économie américaine et donc
00:50l'économie mondiale.
00:51Donc le 30 janvier dernier, on a Donald Trump qui a nommé à la présidence de la Réserve fédérale américaine
00:58Kevin Warsh et ça fait donc de lui d'un coup l'un des banquiers centraux les plus importants de
01:03la planète
01:03et une des figures économiques les plus importantes.
01:06Kevin Warsh, si le Sénat le confirme...
01:09Oui parce qu'il y a encore cette étape-là, il a été nommé par Donald Trump, il doit encore
01:13être confirmé par le Sénat à l'heure actuelle.
01:14Exactement, ça devrait ne pas être un problème mais c'est quand même important de le mentionner
01:19parce que ça pourrait décaler le calendrier plus qu'annuler les choses.
01:22Mais donc s'il est confirmé, la question qu'on va se demander c'est
01:24est-ce que ça va être un yes man qui va dire absolument oui à tout ce que Donald Trump
01:28lui demande ?
01:29Et donc Bézé Léto ?
01:30Exactement, ou est-ce qu'il va se battre pour préserver l'indépendance de la Fed ?
01:34Et pour répondre à cette question, il faut se demander un peu qui est Kevin Warsh, d'où il vient
01:38?
01:38Et en fait ce n'est pas un universitaire akamédémicien classique, lui il vient du monde des banquiers d'affaires
01:44où il a fait une carrière qui a décollé très très vite et dès 35 ans, en 2006, il y
01:50a le président George W. Bush
01:51qu'il a nommé un des gouverneurs de la Fed, donc c'était un des plus jeunes de l'histoire
01:56à ce poste-là.
01:58Et quand il était là-bas, donc 2006 ce n'est pas une date anodine, c'est juste avant la
02:01tempête financière de 2008
02:02et donc il a énormément appris, notamment aux côtés du légendaire Ben Bernanke et il a aidé à sauver le
02:07système financier américain à cette époque-là.
02:09D'accord.
02:10Dès 2011, il a quitté la Fed pour devenir professeur d'économie à Stanford et ce qui est intéressant c
02:15'est qu'à partir de là, il a été très critique sur la Fed.
02:18Il a été critique sur l'interventionniste, lui il aimerait bien se débarrasser des entreprises zombies quand il y a
02:24des crises qui arrivent.
02:25Il a été très critique sur la régulation des banques, il pense que ce n'est pas le rôle de
02:31la Fed.
02:31Sur la taille du bilan, il n'aime pas le quantitative easing et donc il s'engage un peu à
02:35faire du quantitative tightening.
02:36Et enfin sur l'inflation, où lui il aimerait que la Fed soit plus agressive contre l'inflation.
02:42Et c'est là où ça va être extrêmement intéressant.
02:44Oui, parce que ce n'est pas forcément ce que prône Donald Trump d'un point de vue politique pour
02:49le coup.
02:49Exactement, Donald Trump a une feuille de route très claire, il l'a mis là-bas par hasard, il veut
02:54des baisses de taux.
02:54Donc les baisses de taux, ça va faire de l'inflation.
02:56Le quantitative tightening, donc le resserrement du bilan, ça va durcir les conditions financières, ça va être compliqué pour les
03:02entreprises.
03:03Le président américain, je ne suis pas sûr qu'il aime ça non plus.
03:05Et enfin, s'il devait y avoir une crise financière et que des entreprises américaines étaient en danger et que
03:09la Fed avait le pouvoir de les sauver,
03:10je ne suis pas sûr qu'il serait ravi de les laisser couler non plus.
03:13Kevin Warch n'est pas encore à la tête de la Fed, mais le gérant obligataire que vous êtes,
03:19comment est-ce que vous appréhendez du coup ce qui peut se passer,
03:23ce qui peut avoir une incidence sur les marchés obligataires cette année et plutôt en fin d'année ?
03:26Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a deux façons de voir des choses.
03:28La première, c'est où il obéit un peu à Donald Trump et il baisse les taux plus que ce
03:32que le marché s'attend.
03:33Et donc ça, dans un premier temps, on peut se dire que c'est très bon pour les marchés obligataires.
03:36On a les taux directeurs de la Fed qui vont s'écrouler et ils vont entraîner toute la courbe avec
03:40eux.
03:40Et ce sera bon aussi pour les actions qui vont se financer à moindre coût, etc.
03:45Mais par contre, il y a une autre façon de voir les choses.
03:46C'est qu'en fait, pour l'économie, ça marche sur la confiance.
03:49Un marché, il a besoin d'avoir confiance en une économie.
03:51Et la Réserve fédérale, c'est une des clés de voûte de cette confiance.
03:55Donc si la Réserve fédérale perd son indépendance et fait ce que le gouvernement lui dit,
03:59il va y avoir une perte de cette confiance, une montée de l'incertitude
04:03et une montée de la prime à terme qu'exigent les investisseurs obligataires pour prêter de l'argent à cette
04:07zone.
04:08Donc ça, ça peut faire monter les taux longs, quantifier les courbes
04:11et ça peut être très mauvais pour tout le monde en fait.
04:14Et pour les investisseurs européens, est-ce que du coup, ça a une incidence particulière ?
04:19Est-ce que ça fait entrer une concurrence plus grande vis-à-vis peut-être d'investissements obligataires européens ?
04:25Pour les investisseurs européens, ça peut être intéressant, ça remet la zone euro sur le focus
04:31avec justement cette thématique de confiance, c'est plus clair ce qui se passe en Europe,
04:36il y a moins de questions à se poser sur l'indépendance de la Banque Centrale Européenne,
04:39donc on peut avoir un jeu de vastes communicantes qui profiteraient à l'euro et aux investissements européens en général.
04:47Un mot des montants records de collecte obligataires depuis le début de l'année.
04:56Aux Etats-Unis, les ventes d'obligations Investment Grade ont dépassé les 200 milliards de dollars en janvier 2026,
05:03c'est 12% de plus qu'à la même période l'année dernière.
05:06Le secteur technologique, lui, représente une part très élevée.
05:09On voit en Europe qu'on a des Etats qui, eux, annoncent également des montants de levée assez impressionnants également.
05:18Est-ce que cette arrivée de dettes massives sur les marchés va avoir une incidence sur les cours
05:26et sur l'approche qu'on peut avoir de l'obligataire ?
05:29C'est un autre point extrêmement important.
05:32Et à la fin de l'année dernière, c'était une des grandes inquiétudes des investisseurs obligataires.
05:36C'est cette avalanche d'émissions sur le marché primaire obligataire.
05:40Est-ce qu'il y allait avoir des investisseurs en face de ça pour venir les acheter ?
05:43Et sinon, on pourrait avoir une envolée des taux et qui, là, pourraient être mauvaises pour tout,
05:48pour les obligations, pour les actions, vraiment pour tous les marchés.
05:51Donc ça, c'était un gros point d'interrogation.
05:53On a eu la chance, entre guillemets, d'avoir des émissions records dès le mois de janvier aux Etats-Unis,
05:58mais aussi en Europe.
05:59En Europe, si on prend souverain plus les entreprises, donc toutes les obligations,
06:05on en a eu plus de 360 depuis le début de l'année.
06:07Et en termes de volume, on parle de 430 milliards.
06:10D'accord.
06:10Donc si on veut comparer avec une année classique obligataire européenne,
06:14on est déjà à 30% de faits, alors qu'on est juste en fait.
06:16Sur un seul mois ?
06:17C'est vraiment des chiffres à cette semaine.
06:20Mais donc, sur un mois et une partie, deux semaines de février,
06:23on a déjà fait 30% du programme d'émissions obligataires des entreprises et des pays européens.
06:27Donc c'est très important.
06:29Déjà, comment les investisseurs ont réagi ?
06:32Les investisseurs, ils ont réagi de façon très positive.
06:35On était inquiets là-dessus.
06:36Et en fait, ils ont absorbé cette avalanche d'émissions sans aucun problème.
06:40Pour rappeler, le marché primaire obligataire,
06:43c'est quand une entreprise ou un pays veut émettre une obligation pour la première fois,
06:46c'est elle qui va dicter les termes.
06:48Elle va dicter le taux.
06:48Elle va dire, par exemple, j'ai besoin à 4% sur 5 ans d'emprunter 10 milliards.
06:52Et en face de ça, il y a un carnet d'ordres des investisseurs qui va se construire.
06:55Et quand un pays veut emprunter 10 milliards,
06:58les investisseurs, ils répondent, nous, on est prêt à prêter 100 milliards.
07:01Et après, ils se battent pour avoir un pro-rata de la somme.
07:04Donc ça, c'est sur les pays, on peut voir des carnets d'ordres à x10.
07:07Sur les entreprises, c'est toujours moins,
07:09mais on avait vu des carnets d'ordres énormes,
07:11plutôt de l'ordre de x3,6 pour les financières, x3,4 pour les entreprises non financières.
07:18Donc là aussi, c'est énorme.
07:19Donc l'appétit, il est intact.
07:21Donc ça, c'est la première bonne nouvelle.
07:22La deuxième bonne nouvelle, c'est que ces 30% qui sont déjà émis,
07:25ils ne sont plus à émettre par la suite.
07:27Donc il y a un peu de souffle et de clarté.
07:30Voilà, c'est une interrogation en moins.
07:32Ils savent que cette partie du programme, elle est faite à des termes qui étaient bons pour eux.
07:37Donc ils vont avoir moins à faire et vont pouvoir se concentrer sur d'autres sujets.
07:41Alors que parfois, ils ne savent pas s'ils vont pouvoir émettre sur des termes intéressants.
07:45Est-ce qu'il faut craindre une concurrence entre différentes émissions,
07:50que ce soit des entreprises tech qui ont besoin de lever de l'argent pour financer des programmes d'intelligence
07:55artificielle,
07:55des États, notamment l'État allemand, pour ces projets d'infrastructure ?
08:00Est-ce qu'il faut craindre une concurrence entre différentes émissions obligataires sur le reste de l'année ?
08:05Ou finalement, ce qui s'est passé sur le début du mois de janvier vient rassurer quand même sur le
08:09comportement des investisseurs ?
08:10Alors, ça vient rassurer, mais en effet, tous les secteurs ne sont pas logés à la même ancienne.
08:15On a commencé un cycle d'expansion des CAPEX, notamment sur l'IA pour la construction des data centers,
08:19notamment, qui est absolument vertigineux.
08:22On a rarement vu ça dans l'histoire, même, on peut comparer aux missions Apollo pour aller sur la Lune,
08:28qu'on a mis en banqueroute là aussi, l'URSS.
08:31C'est rien à côté des émissions qui sont en train d'être faites pour financer les data centers.
08:35Donc c'est absolument phénoménal ce qui est en train de se passer en ce moment.
08:38L'autre grand game changer, c'est en mars dernier, quand l'Allemagne a annoncé son plan d'infrastructure civile.
08:44On parle de 500 milliards sur 12 ans.
08:45Donc là aussi, c'est énorme pour l'Allemagne.
08:47Ils veulent investir dans le transport, l'énergie, le numérique, le logement ou les hôpitaux.
08:55Et c'est combiné à un plan militaire aussi, où là, ils vont acheter des tanks, des frégates.
09:00Donc sur le plan militaire, on va leur reprocher de financer un peu la guerre d'hier,
09:04d'acheter plus des tanks et des frégates plutôt que faire comme l'Ukraine,
09:07qui a mis le paquet sur les drones, les nouvelles technologies.
09:11Donc là-dessus, il y a un débat qu'ils sont en train d'adresser.
09:14Mais ce qui est vraiment important de dire, c'est que l'Allemagne avait besoin de ce plan.
09:18Ils avaient un modèle qui reposait beaucoup sur la chimie, l'automobile.
09:22Ils sont en concurrence frontale avec la Chine et les États-Unis sur ce niveau-là.
09:25Donc ils ont besoin de se réinventer.
09:26Et le deuxième point, c'est qu'ils ont les moyens de se réinventer.
09:28L'Allemagne, la dette sur PIB, c'est 63%.
09:32Donc ils peuvent lever.
09:33Ils peuvent lever.
09:34Là où la moyenne européenne, c'est 88%.
09:36Et en France, malheureusement, on est à 117%.
09:38Bien sûr.
09:38On voit la marge de progression.
09:40Donc oui, ils ont des routes et des ponts en mauvais état.
09:42Ils ont un problème d'indépendance énergétique.
09:44Mais là, ils ont les moyens, la capacité et la volonté.
09:48Donc potentiellement, ils vont aller très fort à ce niveau-là.
09:51Donc plus d'émissions, ça va venir soutenir la croissance.
09:54Et ça, ça peut être un léger négatif pour les obligations avec des taux qui accompagneraient à la hausse, une
09:59croissance à la hausse.
10:00Et donc plus d'émissions, donc plus d'offres qui pourraient impacter les investisseurs.
10:06L'investissement obligataire pour les épargnants, très rapidement, reste intéressant en 2026.
10:11Évidemment, il faut être sélectif selon les secteurs, selon les entreprises, selon les typologies de risque.
10:15Mais il y a des opportunités encore sur le marché obligataire ?
10:18Bien sûr. Ce qui est intéressant par rapport aux dernières années où on a eu des taux proches de zéro,
10:23c'est qu'aujourd'hui, on part d'un niveau assez élevé.
10:27On a des taux anglo-saxons qui sont beaucoup plus élevés que nos taux en Europe.
10:33Mais même en Europe, si on prend le taux allemand un peu au-dessus de 2,70, c'est un
10:37bon point de départ.
10:38Après, si on va sur les entreprises, il y a un spread de crédit à ajouter à ces 2,70.
10:43Et donc ça, c'est un coupon régulier qui va arriver et qui, même si la valeur intrinsèque de l
10:48'obligation baisse,
10:49cette baisse, elle sera amortie par le rendement total de l'obligation.
10:54Donc on a un break-even qui peut être assez intéressant.
10:57Merci, Timothée Pubelier, de nous avoir accompagné dans Enjeu patrimoine.
11:00Je rappelle que vous êtes gérant-seigneur obligataire chez Ostrom Asset Management.
11:02Merci beaucoup.
11:03Merci beaucoup.
11:04Et quant à nous, on se retrouve tout de suite dans L'œil de l'expert.
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