00:00Notre invité ce matin c'est Cyril Roger. Bonjour, vous êtes le président exécutif de Cegula Technologies.
00:05Nouvelle étape pour l'ensemble du groupe. Nouveaux actionnaires, nouveaux présidents.
00:09Vous avez rejoint le groupe à l'été dernier.
00:12Le plan de sauvegarde vient d'être validé par le tribunal de commerce de Nanterre.
00:15C'est une étape majeure. On va parler évidemment du futur de l'entreprise.
00:19Mais il faut quand même qu'on raconte ce qui s'est passé pour cette entreprise de 15 000 salariés,
00:2330 pays, une quarantaine de sites en France.
00:25Vous avez des clients, des très grands comptes, des EDF, des Alstom, des Airbus.
00:30Vous êtes une société d'ingénierie qui fait des tests notamment.
00:33Vous travaillez pour les véhicules électriques de Stellantis.
00:35Vous travaillez pour l'optimisation d'installations pour EDF.
00:40L'origine de l'histoire c'est le Covid.
00:42Il y a un moment ça s'arrête et là ça bouleverse complètement l'entreprise.
00:47Oui tout à fait. Cette entreprise a été créée il y a plus de 40 ans.
00:51Et puis finalement c'est développé au cours de cette histoire avec de grands clients.
00:57Le Covid, une acquisition malheureuse en Allemagne, et effectivement tout bascule.
01:02Et donc la dette s'est envolée et il fallait prendre des décisions.
01:06Ce qui a été fait durant l'été et qui a été finalement enterriné par les juges il y a
01:11de cela maintenant deux semaines.
01:13Parce que difficulté à rembourser le PGE et qu'à un moment donné ça s'emballe ?
01:16Oui et l'entreprise a toujours été rentable mais à un certain moment donné la dette d'acquisition en Allemagne
01:22et puis bien évidemment les difficultés de l'automobile ont fait que tout ça a dû forcément évoluer.
01:29Le point important c'est vrai c'est que Ségula avait acheté en Allemagne une capacité très forte dans le
01:34moteur thermique.
01:35Et comme chacun le sait, le moteur thermique est devenu beaucoup plus aléatoire dans son développement futur.
01:41C'est une activité d'Opel ?
01:43Voilà absolument.
01:44Et donc là il y a un choix stratégique qui n'est pas le bon au vu du marché, difficulté.
01:49Vous retrouvez, enfin vous n'y étiez pas encore mais quoi qu'on va raconter que vous avez travaillé chez
01:53Ségula il y a plusieurs années.
01:56L'entreprise se retrouve en grande difficulté, finie au tribunal de commerce.
02:01Aujourd'hui on parle des difficultés de l'automobile, elles n'ont pas changé ces difficultés-là, elles sont toujours
02:06là.
02:07Du coup vous quand on vient vous chercher pour vous dire on va remettre cette boîte à flot,
02:11il y a des nouveaux fonds qui rentrent au capital, on restructure la dette.
02:14Vous vous dites il faut que je change complètement l'orientation, il faut que je change les clients.
02:19Qu'est-ce que vous vous dites comme plan ?
02:21D'abord la première chose à faire c'est de savoir si les équipes sont les bonnes.
02:26Et ça de ce point de vue-là, vraiment chez Ségula, le choix des dirigeants précédents avait été pertinent.
02:33Et donc j'ai eu assez peu de mouvements à faire sur les équipes.
02:36Les équipes étaient au travail, étaient mobilisées, elles étaient depuis toujours finalement passionnées par ce marché.
02:43Donc finalement il suffisait d'une étincelle.
02:45Il fallait d'abord probablement se restructurer la boîte en termes d'organisation, ce que nous avons fait.
02:51D'être capable de faire circuler les savoirs de l'automobile vers le ferroviaire, vers l'aéronautique et l'énergie.
02:57Donc du travail de structuration, se demander qu'est-ce que les clients recherchent avec des nouvelles technologies émergentes.
03:04Se demander aussi comment ne pas faire finalement, comment ne pas perdre de temps dans des sujets qui ne sont
03:11pas ceux de Ségulin.
03:13C'est étonnant ce que vous racontez parce que normalement quand on reprend une boîte en difficulté,
03:16la première chose qu'on fait c'est qu'on vire les équipes.
03:18Notamment les équipes dirigeantes pour faire place nette et notamment pour avoir son empreinte.
03:22Vous dites non, c'est pas ça qu'il fallait faire.
03:24Les gens étaient toujours engagés.
03:26On ne peut pas ne pas faire attention, bien sûr, aux équipes.
03:30Il faut savoir s'il y a des gens qui ont envie ou moins envie.
03:32Mais ce qui était stupéfiant chez Ségula et que les clients d'ailleurs avaient tous identifié,
03:37c'est cet amour de ce métier, cette présence sur le terrain.
03:41En réalité, paradoxalement, l'activité de Ségula actuellement n'a rien à envie à celle de ses concurrents.
03:48Alors concurrents justement d'où vous venez, parce que vous vous venez de chez Altran.
03:51Vous aviez bossé chez Ségula Technologies il y a plus de 20 ans.
03:55Alors oui, malheureusement, le temps a passé.
03:58Il y a 25 ans, j'ai plus ou moins recréé Ségula Technologies.
04:01Quasiment de zéro, on l'avait porté à 400 millions.
04:04Je suis parti, j'ai dirigé Altran et je reviens.
04:07Donc il y a un côté un peu karmique.
04:09Je reviens 20 ans plus tard.
04:11Et finalement, les choix de l'époque ont été amplifiés, ont été poursuivis.
04:15Je suis assez fier pour tout vous dire de ce que Ségula a fait pendant toutes ces années, même si...
04:19Et vous avez retrouvé des salariés ?
04:21Absolument, j'ai retrouvé des gens que j'avais recrutés il y a 25 ans.
04:24Alors maintenant, vous vous focalisez sur quoi ?
04:27Donc il y a la mobilité, mais donc c'est compliqué sur la voiture, même si on passe à l
04:31'électrique, il y a des difficultés.
04:33C'est quoi vraiment votre plan en termes de secteur ?
04:37D'abord, être focus, d'être capable de bien anticiper les use cases de l'industrie, de l'automobile, du
04:43ferroviaire.
04:44Donc il y a de la complexité.
04:45Ségula est très costaud, très fort dans tous les métiers de, je dirais, de la construction de produits,
04:51qu'ils soient automobiles, ferroviaires, aéronautiques.
04:54Donc tout ça, il faut le préserver, le renforcer.
04:56Ne pas, à mon avis, perdre de temps dans des sujets qui ne sont pas essentiels.
05:01Probablement également réussir ce virage de l'IA, sur lequel on a, je pense, une carte à jouer,
05:07puisque l'IA en tant que telle n'apporte rien, si elle n'est pas associée à des experts,
05:12à des gens du métier qui connaissent l'automobile, qui connaissent le ferroviaire.
05:15Et c'est le cas de Ségula.
05:16Donc c'est un sujet probablement au cœur de notre stratégie.
05:19Au-delà de l'intelligence artificielle, vous venez de signer un contrat stratégique avec Airbus.
05:24Là, qu'est-ce que vous allez faire précisément ?
05:25Là, on fait l'intégration des satellites de OneWeb.
05:27C'est un exemple assez intéressant, puisqu'on l'a gagné en pleine tourmente,
05:31durant le mois de novembre.
05:32Airbus, comme d'ailleurs tous nos clients, a été au rendez-vous.
05:36Il ne nous a pas assez tombés.
05:37Il n'a pas hésité à nous confier ce contrat, qui est un contrat critique, important,
05:41sur lequel Ségula a su prouver sa capacité à être meilleure que les autres.
05:45Au contrat aussi avec ATR.
05:48Là, c'est sur les trains, ATR ?
05:51Oui, alors, on pourrait citer beaucoup.
05:52C'est vrai que Ségula est automobile à la base.
05:55Et ce savoir-faire automobile, on a pu le déployer ou le redéployer vers d'autres segments.
06:01On est très fort dans la partie ferroviaire.
06:03Dans la partie aéronautique, nous sommes très présents dans le manufacturing.
06:07Donc, oui, en effet, cette patte, cette signature Ségula,
06:11on arrive à la retrouver dans un contexte où, pourtant,
06:14on aurait pu craindre que les clients préfèrent s'écarter.
06:17Pas du tout.
06:19Depuis EDF jusqu'à Airbus, en passant par Renault, Stellantis et bien évidemment Alstom.
06:24Tous ses clients, évidemment aussi à l'étranger.
06:26Ségula est présent dans 30 pays, vous l'avez dit.
06:29La moitié du chiffre d'affaires est fait à l'étranger.
06:32Il est fait en dehors d'Europe.
06:33On est plus de 4000 aux Etats-Unis.
06:35On est en Asie.
06:36Donc, c'est quand même une trace, une signature extrêmement intéressante dans ce marché qui se durcit.
06:42Et vous ne voyez pas de redéplant ?
06:44Par exemple, aux Etats-Unis, l'activité, vous me dites, 4000 personnes.
06:47Vous êtes amené à grossir, à faire des acquisitions.
06:50Vous voyez comment l'évolution...
06:51Les acquisitions, pour l'instant, ne sont pas à l'ordre du jour.
06:53Ça reviendra.
06:54Vous êtes retête.
06:54Mais en tout état de cause, déjà, avec ce qu'on a, avec la capacité à recruter,
06:58Ségula est une machine à former des gens, à entraîner des équipes.
07:02Donc, aux Etats-Unis, on continue à se développer.
07:04On est en Amérique latine, on est en Chine.
07:07Je pense que la Chine est un endroit où on doit être présent.
07:09Ce n'est pas forcément qu'une menace, c'est une opportunité.
07:12Comprendre comment la Chine réussit à faire des produits industriels nous paraît essentiel.
07:17Donc, voilà.
07:17Il y a tellement de choses à faire qu'il faut, là aussi, faire des choix.
07:20Et vous voyez, justement, la Chine, avec cette montée en gamme industrielle,
07:24aujourd'hui, et cette compétence que, désormais, en Europe, on s'est mis à envier ?
07:28Oui, c'est un petit peu le retour, là aussi, karmique des choses.
07:31C'est vrai qu'aujourd'hui, la Chine innove.
07:33Mais je pense que ce qui fait que la Chine est différente,
07:36c'est qu'elle a retrouvé les racines de l'industrie.
07:38On a peut-être un peu perdu en Europe cette capacité à produire des choses.
07:43On a beaucoup investi dans le digital, c'était nécessaire.
07:46Néanmoins, les Chinois ont démontré que revenir aux ressources d'un design de produit
07:51permet d'aller vite, permet d'aller plus loin.
07:54Et là, là-dessus, il faut probablement qu'on reprenne notre bâton de pèlerin
07:57pour réapprendre à nos ingénieurs à faire des produits
08:00et pas seulement à coordonner ou à, je dirais, optimiser.
08:03Et on dit qu'il faut des champions européens
08:06si on veut justement pouvoir être de taille face aux autres.
08:08Vous ne vous dites pas que la solution, c'était de fusionner avec Altran ?
08:11Alors, premièrement, Altran est arché par Capgemini.
08:13C'était déjà trop tard.
08:13Mais de toute façon, je pense que Segula avait une empreinte,
08:16avait un positionnement particulier.
08:18Et c'est vrai que tous nos clients nous disent
08:20que dans son domaine, Segula est assez unique.
08:23On est un des derniers, je dirais, combattants
08:26dans le domaine de la mécanique face à l'Asie,
08:29face à l'arrivée de grands champions.
08:30Donc, on a un rôle à jouer.
08:31Vous êtes mieux indépendant ?
08:32Enfin, vous êtes mieux que dans un groupe comme Capgemini ?
08:35Probablement, parce que la culture, c'est important.
08:37La culture que je qualifierais de familiale, historique de cette entreprise
08:41est vraiment un élément très fort.
08:44Et c'est évident que quand on se mélange,
08:46parfois, il y a des problématiques internes.
08:48Et je crois que l'urgence-là, c'est les clients.
08:50On ne peut pas perdre de temps en interne.
08:52Et ce qu'on a réussi à faire en quelques mois,
08:54c'est que tout le monde, maintenant, regarde vers l'avenir,
08:57ne se pose plus tellement de questions sur le passé,
08:59même si le passé, c'est des racines.
09:00Il ne faut pas les oublier.
09:01Merci beaucoup, Cyril Roger.
09:02Vous êtes venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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