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  • il y a 11 heures
Cyril Roger, président exécutif de SEGULA Technologies, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 24 février. Il parle du plan de sauvetage, établi pour faire face à la dette colossale, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin c'est Cyril Roger. Bonjour, vous êtes le président exécutif de Cegula Technologies.
00:05Nouvelle étape pour l'ensemble du groupe. Nouveaux actionnaires, nouveaux présidents.
00:09Vous avez rejoint le groupe à l'été dernier.
00:12Le plan de sauvegarde vient d'être validé par le tribunal de commerce de Nanterre.
00:15C'est une étape majeure. On va parler évidemment du futur de l'entreprise.
00:19Mais il faut quand même qu'on raconte ce qui s'est passé pour cette entreprise de 15 000 salariés,
00:2330 pays, une quarantaine de sites en France.
00:25Vous avez des clients, des très grands comptes, des EDF, des Alstom, des Airbus.
00:30Vous êtes une société d'ingénierie qui fait des tests notamment.
00:33Vous travaillez pour les véhicules électriques de Stellantis.
00:35Vous travaillez pour l'optimisation d'installations pour EDF.
00:40L'origine de l'histoire c'est le Covid.
00:42Il y a un moment ça s'arrête et là ça bouleverse complètement l'entreprise.
00:47Oui tout à fait. Cette entreprise a été créée il y a plus de 40 ans.
00:51Et puis finalement c'est développé au cours de cette histoire avec de grands clients.
00:57Le Covid, une acquisition malheureuse en Allemagne, et effectivement tout bascule.
01:02Et donc la dette s'est envolée et il fallait prendre des décisions.
01:06Ce qui a été fait durant l'été et qui a été finalement enterriné par les juges il y a
01:11de cela maintenant deux semaines.
01:13Parce que difficulté à rembourser le PGE et qu'à un moment donné ça s'emballe ?
01:16Oui et l'entreprise a toujours été rentable mais à un certain moment donné la dette d'acquisition en Allemagne
01:22et puis bien évidemment les difficultés de l'automobile ont fait que tout ça a dû forcément évoluer.
01:29Le point important c'est vrai c'est que Ségula avait acheté en Allemagne une capacité très forte dans le
01:34moteur thermique.
01:35Et comme chacun le sait, le moteur thermique est devenu beaucoup plus aléatoire dans son développement futur.
01:41C'est une activité d'Opel ?
01:43Voilà absolument.
01:44Et donc là il y a un choix stratégique qui n'est pas le bon au vu du marché, difficulté.
01:49Vous retrouvez, enfin vous n'y étiez pas encore mais quoi qu'on va raconter que vous avez travaillé chez
01:53Ségula il y a plusieurs années.
01:56L'entreprise se retrouve en grande difficulté, finie au tribunal de commerce.
02:01Aujourd'hui on parle des difficultés de l'automobile, elles n'ont pas changé ces difficultés-là, elles sont toujours
02:06là.
02:07Du coup vous quand on vient vous chercher pour vous dire on va remettre cette boîte à flot,
02:11il y a des nouveaux fonds qui rentrent au capital, on restructure la dette.
02:14Vous vous dites il faut que je change complètement l'orientation, il faut que je change les clients.
02:19Qu'est-ce que vous vous dites comme plan ?
02:21D'abord la première chose à faire c'est de savoir si les équipes sont les bonnes.
02:26Et ça de ce point de vue-là, vraiment chez Ségula, le choix des dirigeants précédents avait été pertinent.
02:33Et donc j'ai eu assez peu de mouvements à faire sur les équipes.
02:36Les équipes étaient au travail, étaient mobilisées, elles étaient depuis toujours finalement passionnées par ce marché.
02:43Donc finalement il suffisait d'une étincelle.
02:45Il fallait d'abord probablement se restructurer la boîte en termes d'organisation, ce que nous avons fait.
02:51D'être capable de faire circuler les savoirs de l'automobile vers le ferroviaire, vers l'aéronautique et l'énergie.
02:57Donc du travail de structuration, se demander qu'est-ce que les clients recherchent avec des nouvelles technologies émergentes.
03:04Se demander aussi comment ne pas faire finalement, comment ne pas perdre de temps dans des sujets qui ne sont
03:11pas ceux de Ségulin.
03:13C'est étonnant ce que vous racontez parce que normalement quand on reprend une boîte en difficulté,
03:16la première chose qu'on fait c'est qu'on vire les équipes.
03:18Notamment les équipes dirigeantes pour faire place nette et notamment pour avoir son empreinte.
03:22Vous dites non, c'est pas ça qu'il fallait faire.
03:24Les gens étaient toujours engagés.
03:26On ne peut pas ne pas faire attention, bien sûr, aux équipes.
03:30Il faut savoir s'il y a des gens qui ont envie ou moins envie.
03:32Mais ce qui était stupéfiant chez Ségula et que les clients d'ailleurs avaient tous identifié,
03:37c'est cet amour de ce métier, cette présence sur le terrain.
03:41En réalité, paradoxalement, l'activité de Ségula actuellement n'a rien à envie à celle de ses concurrents.
03:48Alors concurrents justement d'où vous venez, parce que vous vous venez de chez Altran.
03:51Vous aviez bossé chez Ségula Technologies il y a plus de 20 ans.
03:55Alors oui, malheureusement, le temps a passé.
03:58Il y a 25 ans, j'ai plus ou moins recréé Ségula Technologies.
04:01Quasiment de zéro, on l'avait porté à 400 millions.
04:04Je suis parti, j'ai dirigé Altran et je reviens.
04:07Donc il y a un côté un peu karmique.
04:09Je reviens 20 ans plus tard.
04:11Et finalement, les choix de l'époque ont été amplifiés, ont été poursuivis.
04:15Je suis assez fier pour tout vous dire de ce que Ségula a fait pendant toutes ces années, même si...
04:19Et vous avez retrouvé des salariés ?
04:21Absolument, j'ai retrouvé des gens que j'avais recrutés il y a 25 ans.
04:24Alors maintenant, vous vous focalisez sur quoi ?
04:27Donc il y a la mobilité, mais donc c'est compliqué sur la voiture, même si on passe à l
04:31'électrique, il y a des difficultés.
04:33C'est quoi vraiment votre plan en termes de secteur ?
04:37D'abord, être focus, d'être capable de bien anticiper les use cases de l'industrie, de l'automobile, du
04:43ferroviaire.
04:44Donc il y a de la complexité.
04:45Ségula est très costaud, très fort dans tous les métiers de, je dirais, de la construction de produits,
04:51qu'ils soient automobiles, ferroviaires, aéronautiques.
04:54Donc tout ça, il faut le préserver, le renforcer.
04:56Ne pas, à mon avis, perdre de temps dans des sujets qui ne sont pas essentiels.
05:01Probablement également réussir ce virage de l'IA, sur lequel on a, je pense, une carte à jouer,
05:07puisque l'IA en tant que telle n'apporte rien, si elle n'est pas associée à des experts,
05:12à des gens du métier qui connaissent l'automobile, qui connaissent le ferroviaire.
05:15Et c'est le cas de Ségula.
05:16Donc c'est un sujet probablement au cœur de notre stratégie.
05:19Au-delà de l'intelligence artificielle, vous venez de signer un contrat stratégique avec Airbus.
05:24Là, qu'est-ce que vous allez faire précisément ?
05:25Là, on fait l'intégration des satellites de OneWeb.
05:27C'est un exemple assez intéressant, puisqu'on l'a gagné en pleine tourmente,
05:31durant le mois de novembre.
05:32Airbus, comme d'ailleurs tous nos clients, a été au rendez-vous.
05:36Il ne nous a pas assez tombés.
05:37Il n'a pas hésité à nous confier ce contrat, qui est un contrat critique, important,
05:41sur lequel Ségula a su prouver sa capacité à être meilleure que les autres.
05:45Au contrat aussi avec ATR.
05:48Là, c'est sur les trains, ATR ?
05:51Oui, alors, on pourrait citer beaucoup.
05:52C'est vrai que Ségula est automobile à la base.
05:55Et ce savoir-faire automobile, on a pu le déployer ou le redéployer vers d'autres segments.
06:01On est très fort dans la partie ferroviaire.
06:03Dans la partie aéronautique, nous sommes très présents dans le manufacturing.
06:07Donc, oui, en effet, cette patte, cette signature Ségula,
06:11on arrive à la retrouver dans un contexte où, pourtant,
06:14on aurait pu craindre que les clients préfèrent s'écarter.
06:17Pas du tout.
06:19Depuis EDF jusqu'à Airbus, en passant par Renault, Stellantis et bien évidemment Alstom.
06:24Tous ses clients, évidemment aussi à l'étranger.
06:26Ségula est présent dans 30 pays, vous l'avez dit.
06:29La moitié du chiffre d'affaires est fait à l'étranger.
06:32Il est fait en dehors d'Europe.
06:33On est plus de 4000 aux Etats-Unis.
06:35On est en Asie.
06:36Donc, c'est quand même une trace, une signature extrêmement intéressante dans ce marché qui se durcit.
06:42Et vous ne voyez pas de redéplant ?
06:44Par exemple, aux Etats-Unis, l'activité, vous me dites, 4000 personnes.
06:47Vous êtes amené à grossir, à faire des acquisitions.
06:50Vous voyez comment l'évolution...
06:51Les acquisitions, pour l'instant, ne sont pas à l'ordre du jour.
06:53Ça reviendra.
06:54Vous êtes retête.
06:54Mais en tout état de cause, déjà, avec ce qu'on a, avec la capacité à recruter,
06:58Ségula est une machine à former des gens, à entraîner des équipes.
07:02Donc, aux Etats-Unis, on continue à se développer.
07:04On est en Amérique latine, on est en Chine.
07:07Je pense que la Chine est un endroit où on doit être présent.
07:09Ce n'est pas forcément qu'une menace, c'est une opportunité.
07:12Comprendre comment la Chine réussit à faire des produits industriels nous paraît essentiel.
07:17Donc, voilà.
07:17Il y a tellement de choses à faire qu'il faut, là aussi, faire des choix.
07:20Et vous voyez, justement, la Chine, avec cette montée en gamme industrielle,
07:24aujourd'hui, et cette compétence que, désormais, en Europe, on s'est mis à envier ?
07:28Oui, c'est un petit peu le retour, là aussi, karmique des choses.
07:31C'est vrai qu'aujourd'hui, la Chine innove.
07:33Mais je pense que ce qui fait que la Chine est différente,
07:36c'est qu'elle a retrouvé les racines de l'industrie.
07:38On a peut-être un peu perdu en Europe cette capacité à produire des choses.
07:43On a beaucoup investi dans le digital, c'était nécessaire.
07:46Néanmoins, les Chinois ont démontré que revenir aux ressources d'un design de produit
07:51permet d'aller vite, permet d'aller plus loin.
07:54Et là, là-dessus, il faut probablement qu'on reprenne notre bâton de pèlerin
07:57pour réapprendre à nos ingénieurs à faire des produits
08:00et pas seulement à coordonner ou à, je dirais, optimiser.
08:03Et on dit qu'il faut des champions européens
08:06si on veut justement pouvoir être de taille face aux autres.
08:08Vous ne vous dites pas que la solution, c'était de fusionner avec Altran ?
08:11Alors, premièrement, Altran est arché par Capgemini.
08:13C'était déjà trop tard.
08:13Mais de toute façon, je pense que Segula avait une empreinte,
08:16avait un positionnement particulier.
08:18Et c'est vrai que tous nos clients nous disent
08:20que dans son domaine, Segula est assez unique.
08:23On est un des derniers, je dirais, combattants
08:26dans le domaine de la mécanique face à l'Asie,
08:29face à l'arrivée de grands champions.
08:30Donc, on a un rôle à jouer.
08:31Vous êtes mieux indépendant ?
08:32Enfin, vous êtes mieux que dans un groupe comme Capgemini ?
08:35Probablement, parce que la culture, c'est important.
08:37La culture que je qualifierais de familiale, historique de cette entreprise
08:41est vraiment un élément très fort.
08:44Et c'est évident que quand on se mélange,
08:46parfois, il y a des problématiques internes.
08:48Et je crois que l'urgence-là, c'est les clients.
08:50On ne peut pas perdre de temps en interne.
08:52Et ce qu'on a réussi à faire en quelques mois,
08:54c'est que tout le monde, maintenant, regarde vers l'avenir,
08:57ne se pose plus tellement de questions sur le passé,
08:59même si le passé, c'est des racines.
09:00Il ne faut pas les oublier.
09:01Merci beaucoup, Cyril Roger.
09:02Vous êtes venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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